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L'industrie et les industries
Définir l'industrie, c'est d'abord accepter une polysémie que l'histoire du mot reflète fidèlement. Dans son sens le plus ancien, emprunté au latin industria qui désigne l'activité appliquée, la diligence, l'industrie qualifie toute activité humaine organisée en vue d'une production : en ce sens, il existe des industries dès qu'il existe des techniciens, c'est-à-dire dès l'humanité elle-même. C'est ce sens que retiennent l'archéologie préhistorique lorsqu'elle parle d'industries lithiques pour désigner les ensembles d'outils de pierre caractéristiques d'une culture matérielle, ou l'histoire des techniques lorsqu'elle étudie les chaînes opératoires par lesquelles une matière première devient un artefact. Dans un sens plus étroit et plus récent, apparu à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre puis diffusé avec la révolution industrielle, l'industrie désigne la production de biens par des procédés mécanisés, concentrés dans des établissements de grande taille, mobilisant du capital et une main-d'oeuvre salariée. Entre les deux s'étend un continuum : l'industrie est toujours la transformation systématique de la nature en objets utiles par le travail, la connaissance et l'outillage, mais ses formes concrètes (échelle, énergie, organisation, finalité) varient considérablement.

Ainsi comprise, la place de l'industrie dans les sociétés humaines apparaît double et même dialectique. L'industrie est d'abord constitutive : l'humanité est l'espèce qui survit et prospère en fabriquant, et toute société, de la horde paléolithique à la métropole contemporaine, s'organise autour de ses techniques, de ses productions et de leur répartition. Elle est ensuite transformatrice : à chaque saut technique (agriculture, métal, machine, microprocesseur) correspondent des mutations des structures sociales, des hiérarchies, des rapports de genre (on songe à la relégation du travail textile féminin de l'atelier domestique à l'usine), des formes de pouvoir et des imaginaires. L'industrie est simultanément ce par quoi l'humanité s'arrache à la rareté, ce qui lui donne les moyens matériels de la science, de la médecine et de l'émancipation, et ce qui menace aujourd'hui l'habitabilité de la Terre. Penser l'industrie, c'est donc penser à la fois la plus vieille et la plus récente des activités humaines, et le fil rouge qui relie le biface du Paléolithique à la puce de silicium.

La Préhistoire

Les premières industries humaines sont des industries de la pierre. Vers 3,3 millions d'années avant le présent, à Lomekwi (Kenya), des hominines débitent déjà des blocs de façon intentionnelle, bien avant l'apparition du genre Homo. Mais c'est l'Oldowayen, documenté à Gona (Éthiopie) vers 2,6 millions d'années, qui fournit la première tradition technique reconnue : des galets aménagés, des éclats tranchants obtenus par percussion directe, des outils d'opportunité que leurs auteurs transportent sur quelques kilomètres. Vers 1,7 million d'années, l'Acheuléen introduit un changement de nature : le biface, symétrique et façonné sur ses deux faces, suppose une image mentale préalable de l'objet et un apprentissage transmis. Cette tradition se maintient plus d'un million d'années et se diffuse de l'Afrique à l'Europe et à l'Inde. La maîtrise du feu, attestée de manière discontinue dès 1 million d'années (Wonderwerk) et de façon régulière après 400 000 ans, ouvre une autre dimension : cuisson des aliments, durcissement des pointes de bois, et plus tard traitement thermique du silex pour en améliorer la taillabilité. Avec le débitage Levallois, apparu il y a plus de 300 000 ans, la préparation du nucléus permet de prédéterminer la forme de l'éclat, ce qui marque un degré supplémentaire d'anticipation.

Au Paléolithique supérieur, à partir de 50 000 ans environ, la production se diversifie et s'accélère. Le débitage laminaire fournit des lames en grand nombre, standardisées, qui servent de supports à des outils composites. L'industrie de l'os, du bois de cervidé et de l'ivoire produit aiguilles à chas, harpons, propulseurs et sagaies; l'aiguille témoigne de la couture de vêtements ajustés, décisive pour survivre aux froids glaciaires. Des perles de coquillage, des pigments d'ocre, des lampes à graisse, des statuettes comme la Vénus de Hohle Fels ou l'homme-lion de Hohlenstein-Stadel relèvent d'un artisanat spécialisé, parfois fondé sur des circuits d'échange de matières premières sur plusieurs centaines de kilomètres. À Dolní Věstonice, vers 26 000 ans, on cuit des figurines d'argile dans des fours : la céramique existe donc avant l'agriculture. Les plus anciens récipients connus, à Xianrendong en Chine (vers 20 000 ans) et dans le Japon des Jōmon (vers 16 000 ans), sont l'œuvre de chasseurs-cueilleurs, et rappellent que la sédentarisation n'est pas la condition première de l'invention technique.

Le Néolithique, qui commence vers 9500 avant notre ère au Proche-Orient, puis indépendamment en Chine, en Mésoamérique, dans les Andes, en Nouvelle-Guinée et en Afrique subsaharienne, transforme les industries en profondeur. La pierre est désormais polie, ce qui produit des haches durables, indispensables au défrichement; l'extraction se fait en mines, comme à Spiennes en Belgique ou à Grimes Graves en Angleterre, avec puits et galeries, et la diffusion des haches en roches dures, jadéite des Alpes ou dolérite de Cornouailles, s'étend à l'échelle continentale. L'obsidienne d'Anatolie centrale, taillée à Çatal Höyük, circule à plusieurs centaines de kilomètres. La poterie se généralise comme technique de stockage et de cuisson; le tissage du lin, de la laine et plus tard du coton, attesté par des fusaïoles et des métiers à poids, devient une activité domestique massive, et c'est sans doute le premier grand secteur de production en volume. Le broyage des grains, la fabrication de briques crues, le chaulage et la production de plâtre, la préparation du sel complètent un ensemble d'activités encore intégrées à l'économie rurale.

La métallurgie naît au Ve millénaire. Le cuivre natif est martelé dès le IXe millénaire en Anatolie orientale (Çayönü), mais la véritable pyrométallurgie, qui réduit le minerai au four, apparaît dans les Balkans (Belovode, Pločnik) et sur le plateau iranien vers 5000 avant notre ère. La nécropole de Varna, vers 4600, livre les plus anciens objets d'or travaillés en quantité, signe que le métal est déjà un marqueur de rang. Le bronze, alliage de cuivre et d'étain ou, plus anciennement, d'arsenic, s'impose vers 3000 en Mésopotamie et dans le monde égéen, puis au IIe millénaire en Europe et en Chine. Il suppose des chaînes d'approvisionnement complexes : l'étain vient d'Afghanistan, de l'Anatolie du Sud-Est, plus tard de Cornouailles et de la Bohême, et ces flux structurent les premiers réseaux commerciaux à longue distance. L'épave d'Uluburun, au XIVe siècle avant notre ère, transporte dix tonnes de cuivre et une tonne d'étain en lingots, avec du verre, de l'ivoire et des parfums, image d'un commerce interrégional déjà très organisé. L'invention de la roue vers 3500 et de l'araire, puis l'attelage du bœuf et de l'âne, élargissent les capacités de transport et de travail.

Civilisations anciennes

Dans les premières villes de Mésopotamie, à Uruk à la fin du IVe millénaire, apparaissent de véritables ateliers de production de masse : les bols à bord biseauté, fabriqués au moule en quantités énormes, servent probablement à distribuer des rations. Les temples et palais emploient des tisserands, des meuniers, des brasseurs, des orfèvres et des potiers dont les tâches sont consignées sur des tablettes; l'écriture elle-même naît d'une comptabilité de production. L'Égypte pharaonique développe de son côté l'extraction de carrière à grande échelle, qui permet de tailler les blocs des pyramides de Gizeh vers 2600, la fabrication du papyrus, de la faïence, du verre dès le milieu du IIe millénaire, et un travail du cuivre appuyé sur les mines du Sinaï. La civilisation de l'Indus, entre 2600 et 1900, fabrique des briques cuites standardisées, des perles en cornaline percées avec des forets en pierre dure, des poids calibrés et des tissus de coton; Lothal semble abriter un quartier artisanal tourné vers l'exportation. En Chine, la métallurgie du bronze d'Erlitou puis de Anyang, sous les Shang, repose sur la fonte à moules en sections, procédé qui permet de produire des vases rituels d'une complexité inégalée; la soie, le jade et la laque se développent parallèlement, avec une division du travail marquée.

Le fer, connu à l'état de météorite dès le IIIe millénaire, n'est maîtrisé comme métal de production qu'au tournant du IIe et du Ier millénaire, d'abord en Anatolie et au Proche-Orient, puis dans tout l'ancien monde. Il s'impose non par une supériorité immédiate sur le bronze, car le fer forgé est d'abord plus tendre, mais parce que ses minerais sont abondants et que la perturbation des réseaux d'approvisionnement en étain vers 1200 incite à chercher un substitut. L'acier, obtenu par carburation et trempe, s'affirme progressivement. En Afrique subsaharienne, la sidérurgie apparaît dès le milieu du Ier millénaire avant notre ère, comme le montrent les sites de Nok au Nigeria ou de l'Afrique des Grands Lacs, et la question de son indépendance par rapport au monde méditerranéen reste débattue; ses bas fourneaux à tirage forcé atteignent un haut niveau de maîtrise, et le forgeron occupe un statut à la fois technique et rituel. En Chine, une innovation décisive intervient au Ve siècle avant notre ère : la fonte du fer en fonte liquide, grâce à des hauts fourneaux alimentés par des soufflets hydrauliques, plus tard attestés. L'Europe n'obtiendra de la fonte qu'à la fin du XIVe siècle. Sous les Han, l'État institue en 119 avant notre ère des monopoles sur le fer et le sel, et gère des fonderies employant des milliers de travailleurs.

Le monde méditerranéen classique combine un artisanat urbain très diversifié et de grandes exploitations minières. Athènes tire des mines d'argent du Laurion les ressources de sa flotte et de sa monnaie, exploitées par une main-d'oeuvre servile; les ateliers de céramique du Céramique produisent des vases peints exportés dans toute la Méditerranée. Les Phéniciens fabriquent le verre et la pourpre de Tyr. Rome pousse à une échelle inédite l'intégration des marchés : mines d'Espagne, notamment Rio Tinto et Las Médulas, où l'abattage hydraulique des ruines montantes (ruina montium) enlève des collines entières pour extraire l'or; ateliers de terre sigillée d'Arezzo puis de La Graufesenque, qui exportent par millions de pièces; production de masse d'amphores pour le vin, l'huile et le garum; verre soufflé, inventé en Syrie-Palestine vers le Ier siècle avant notre ère, qui démocratise l'objet de verre; béton hydraulique fondé sur la pouzzolane, qui permet la voûte du Panthéon; et moulins à eau, dont le complexe de Barbegal près d'Arles, au IIe siècle, aligne seize roues. La construction de routes, d'aqueducs et de ports repose sur une ingénierie standardisée. Il convient pourtant de nuancer le tableau : la production demeure largement artisanale, peu mécanisée, et l'esclavage freine sans doute l'innovation de main-d'œuvre. Après le Ve siècle, la contraction des échanges et la ruralisation de l'Occident réduisent ce système, tandis que l'Orient byzantin conserve l'industrie de la soie, introduite au VIe siècle, et celle du verre et de la mosaïque.

Dans les Amériques, les trajectoires sont différentes, car ni le fer ni la roue attelée ne sont adoptés. Les Andes inventent une métallurgie de l'or, du cuivre et de l'argent dès le IIe millénaire avant notre ère, perfectionnée par les Moche, qui maîtrisent la dorure par déplétion, puis par l'Inca, dont l'orfèvrerie est surtout rituelle. Le textile y est l'industrie suprême : fibres de camélidés et de coton, techniques de tissage et de teinture raffinées, au point que le tissu sert de monnaie et de tribut. L'Empire inca organise la production par la corvée (mit'a), le stockage et un réseau routier d'environ 40 000 kilomètres. En Mésoamérique, l'obsidienne, taillée en lames rasoirs à Teotihuacan, qui contrôle les gisements de Pachuca, constitue l'industrie stratégique; le cacao, le papier d'amate, la céramique polychrome et les plumes forment un artisanat d'échange. Chez les Aztèques, les marchés de Tlatelolco concentrent des milliers de transactions quotidiennes, et l'agriculture sur chinampas alimente une métropole d'environ 200 000 habitants.

Moyen âge

Durant le haut Moyen Âge puis le Moyen Âge central, le centre de gravité des industries se déplace vers l'Asie. La Chine des Song (960-1279) connaît ce que certains historiens nomment une révolution industrielle précoce : la production de fer atteint environ 125 000 tonnes vers 1078, en recourant au charbon puis au coke pour alimenter les fourneaux, volumes que l'Europe n'égalera qu'au XVIIIe siècle. Le papier, dont l'usage s'étend dès les Han, nourrit l'imprimerie xylographique, puis les caractères mobiles de Bi Sheng vers 1040. La poudre à canon, la boussole, les porcelaines de Jingdezhen, la soie, le thé et le sel sont fabriqués par de vastes ateliers marchands, tandis que l'industrie navale produit des jonques à cloisons étanches. Le déclin relatif de cette dynamique sous les Ming tient à des facteurs politiques et démographiques, et non à une incapacité technique. Dans le monde musulman, l'artisanat urbain de Bagdad, Damas, Le Caire et Samarcande est servi par des réseaux commerciaux qui unissent l'océan Indien à la Méditerranée. Le papier, appris des Chinois après la bataille de Talas en 751, se diffuse via Bagdad et Fès jusqu'en Espagne; la canne à sucre, le coton, la soie, les céramiques lustrées, le verre émaillé et l'acier damassé de Syrie ou de Perse s'exportent largement. Les moulins à vent, attestés en Perse au IXe-Xe siècle, et les machines hydrauliques décrites par al-Jazari au début du XIIIe siècle témoignent d'une culture mécanique raffinée. L'Inde, quant à elle, domine le textile de coton, teint à l'indigo, exporté vers l'Asie du Sud-Est, l'Afrique orientale et la Méditerranée, et produit le wootz, acier à haute teneur en carbone, très recherché. En Asie du Sud-Est, Angkor mobilise une ingénierie hydraulique et lithique spectaculaire.

En Afrique, le commerce transsaharien de l'or du Bambouk et du Bouré, du sel de Taghaza et du cuivre d'Akjoujt fait la richesse des empires du Ghana, du Mali et de Gao; Ife et Bénin développent une fonte à cire perdue d'une grande finesse, tandis que Grand Zimbabwe, vers le XIVe siècle, s'appuie sur l'or et l'élevage, et que les cités swahilies exportent fer, ivoire et or vers l'océan Indien. L'Europe médiévale, longtemps considérée comme en retard, connaît pourtant une véritable dynamique de croissance technique à partir de l'an mil : généralisation de la charrue lourde, du collier d'épaule et de l'assolement triennal, multiplication des moulins à eau puis à vent, qui servent non seulement à moudre le grain mais aussi à fouler le drap, à battre le chanvre, à actionner les forges et les scieries. Les Cisterciens organisent de véritables entreprises métallurgiques et agricoles, et la fabrication du fer se concentre dans des forges hydrauliques; le haut fourneau apparaît dans la région de Liège et en Westphalie vers la fin du XIVe siècle. L'industrie drapière, dans les Flandres, en Toscane et en Angleterre, structure l'économie urbaine : l'Arte della Lana florentine emploie plusieurs milliers de personnes dans un système de putting-out, où des marchands-entrepreneurs distribuent la matière à des artisans dispersés. La soie de Lucques puis de Venise et de Florence, le verre de Murano, dont les maîtres sont regroupés dans l'île à partir de 1291, le papier produit à Fabriano dès la fin du XIIIe siècle, les armureries de Milan et les mines d'argent de Saxe et de Bohême, avec Kutná Hora, illustrent cette diversification. L'horloge mécanique, qui apparaît vers 1300, inaugure un nouveau rapport au temps de travail. L'Arsenal de Venise, au XVe siècle, assemble des galères selon une division du travail proche de la chaîne, avec plusieurs milliers d'ouvriers.

À la fin du Moyen âge, deux transformations préparent le monde moderne. D'une part, l'imprimerie à caractères mobiles métalliques, mise au point par Gutenberg vers 1450 à Mayence, combine fonderie, métallurgie, encre à l'huile et presse à vis, et produit en cinquante ans quelque vingt millions de volumes. D'autre part, l'essor des armes à feu, de l'artillerie en bronze puis en fonte, et des navires à voiles pluriels capables de traverser l'Atlantique et l'océan Indien stimule la métallurgie, la fonderie, la construction navale et la cartographie. 

Renaissance et Temps modernes

Vers 1500, les industries du monde demeurent organisées pour l'essentiel autour de l'énergie humaine, animale, hydraulique et éolienne, et de la main d'oeuvre artisanale; mais les connexions entre continents, désormais reliés par les routes maritimes portugaises et espagnoles, commencent à déplacer les circulations de métaux précieux, de textiles et de savoir-faire à une échelle véritablement planétaire. L'argent du Potosí, découvert en 1545 dans les Andes, et celui de Zacatecas au Mexique alimentent pendant deux siècles la monnaie mondiale; le procédé d'amalgame au mercure, introduit vers 1554 à Pachuca puis appliqué à Potosí, permet de traiter des minerais pauvres et accroît fortement la production. Cette industrie minière repose sur la mita, corvée indigène héritée de l'Inca et détournée au profit de la Couronne, puis sur l'esclavage et le salariat contraint. La moitié environ de cet argent traverse le Pacifique avec le galion de Manille et ira payer en Chine la soie, la porcelaine et le thé, car l'empire des Ming puis des Qing exige du métal blanc en paiement. Ainsi s'esquisse un système mondial où l'industrie la plus lointaine commande la richesse des places européennes.

Les XVIe et XVIIe siècles voient l'Europe occidentale diversifier ses manufactures sous l'impulsion des États et des marchands. Les mines de Saxe, de Bohême et du Tyrol fournissent le cuivre et l'argent, et le traité de Georg Agricola, De re metallica (1556), décrit pompes, roues hydrauliques et fonderies avec un soin qui témoigne d'une technicité déjà complexe. L'Angleterre, déboisée, se tourne vers le charbon pour le chauffage domestique, la brasserie, la verrerie, la fabrication du savon et du sel, et Newcastle devient dès le XVIIe siècle un grand port d'expédition. Les Provinces-Unies, aux ressources naturelles minces, bâtissent sur le commerce une industrie de transformation d'une efficacité remarquable : chantiers navals de Zaandam, qui produisent la flûte, bateau de charge économe en équipage, scieries à vent, raffineries de sucre, faïences de Delft, taille des diamants, blanchiment des toiles à Haarlem. La Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC, 1602) organise elle-même une partie de la production, depuis l'arsenal d'Amsterdam jusqu'aux plantations de muscade de Banda, où la violence coloniale impose le monopole. En France, Colbert favorise sous Louis XIV des manufactures royales, Gobelins pour les tapisseries, Saint-Gobain pour les glaces, Van Robais à Abbeville pour le drap fin, dans une logique mercantiliste qui vise à réduire les importations et à capter les savoir-faire étrangers, y compris par l'espionnage industriel. Le système dispersé du putting-out reste cependant dominant : le marchand fournit la matière première à des ruraux qui filent et tissent chez eux, ce que les historiens ont appelé la protoindustrialisation.

Hors d'Europe, l'âge moderne offre de puissants foyers industriels. L'Inde moghole est alors la première puissance textile du monde : cotonnades de Bengale, de Coromandel et du Gujarat, mousselines de Dacca d'une finesse légendaire, toiles peintes, les indiennes, que les compagnies européennes réexportent en masse et dont la vogue conduit la France et l'Angleterre à les interdire au début du XVIIIe siècle pour protéger leurs propres tisserands. Cette interdiction stimule en retour l'imitation locale et, par ricochet, l'innovation. La Chine des Ming et des Qing perfectionne la porcelaine de Jingdezhen, où des milliers d'ouvriers se partagent une chaîne de tâches spécialisées, ainsi que la soie de Suzhou et de Nankin, la production de thé, de sel et de coton, cette dernière diffusée dans les campagnes du Jiangnan. Le Japon des Tokugawa développe, malgré sa quasi-fermeture, une riche économie manufacturière : sake, soie, laque, céramique d'Arita, forges et sabres, outre un commerce rizicole sophistiqué à Osaka. L'Empire ottoman et la Perse safavide conservent leurs ateliers de tapis, de céramique d'Iznik et de textile, mais subissent la concurrence croissante des importations européennes.

La révolution industrielle.
Au XVIIIe siècle, l'Angleterre devient le laboratoire de ce qu'on nomme, depuis Arnold Toynbee puis Paul Mantoux, la révolution industrielle. Le point de départ est un faisceau de conditions : charbon abondant et proche de la mer, salaires élevés qui encouragent l'économie de main-d'oeuvre, capitaux commerciaux, droit de propriété stable, marché intérieur intégré, et empire atlantique qui procure coton, sucre et débouchés. Dans la métallurgie, Abraham Darby remplace à Coalbrookdale en 1709 le charbon de bois par du coke pour fondre le fer; Henry Cort met au point en 1783-1784 le puddlage et le laminage, qui libèrent la production de fer en barres de sa dépendance à l'égard des forges à marteau. Dans le textile, la navette volante de John Kay (1733), la spinning jenny de Hargreaves (vers 1764), la water frame d'Arkwright (1769), la mule-jenny de Crompton (1779), puis le métier à tisser mécanique de Cartwright (1785) bouleversent la filature et le tissage du coton. Les premières grandes usines, comme Cromford ou New Lanark, concentrent la main-d'œuvre sous la discipline d'une horloge, d'abord autour de roues hydrauliques. Mais la machine à vapeur transforme le paysage : conçue par Newcomen en 1712 pour pomper les mines, elle est radicalement améliorée par James Watt, avec le condenseur séparé (1769) puis le mouvement rotatif (1781), grâce à l'association avec Matthew Boulton, qui apporte le capital et le réseau commercial de Soho. La vapeur libère l'usine des cours d'eau et la fixe près des villes et du charbon.

Le XIXe siècle consacre la diffusion et l'approfondissement de cette dynamique. Le chemin de fer, d'abord Stockton-Darlington en 1825, puis Liverpool-Manchester en 1830, devient le grand moteur de la demande de fer, de charbon et de capitaux, tout en intégrant les marchés nationaux; la Grande-Bretagne en possède plus de 10 000 kilomètres vers 1850. Le navire à vapeur à coque de fer, hélice et machine compound réduit le coût du fret maritime, tandis que le télégraphe électrique, dont le câble transatlantique durable est posé en 1866, accélère les informations. L'Exposition universelle de 1851 au Crystal Palace affiche une Grande-Bretagne "atelier du monde". Dans la sidérurgie, le convertisseur de Bessemer (1856), le four Siemens-Martin (1860s) et le procédé Thomas-Gilchrist (1878), qui permet de traiter les minerais phosphoreux de Lorraine, rendent l'acier abondant et bon marché, avec des conséquences en cascade sur les rails, les ponts, les navires et les armements. Le charbon fournit en outre le gaz d'éclairage, le coke, puis, par la carbochimie, les colorants synthétiques, depuis la mauvéine de Perkin (1856) jusqu'à l'alizarine de synthèse et à l'indigo de Baeyer, qui fondent l'industrie chimique allemande de BASF, Bayer et Hoechst.

La diffusion s'opère de manière inégale. La Belgique, riche de charbon et de fer en Wallonie, est la première à imiter l'Angleterre, avec les établissements Cockerill à Seraing. La France, plus lente, développe une industrialisation plus diffuse, appuyée sur le textile alsacien et normand, les mines du Nord, les forges du Creusot de la famille Schneider, et surtout sur un grand mouvement ferroviaire sous le Second Empire, avec les frères Pereire et le Crédit mobilier. Les États allemands, unifiés commercialement par le Zollverein (1834), voient la Ruhr s'organiser autour de Krupp à Essen, dont les canons en acier moulé deviennent célèbres, puis autour d'une industrie électrique et chimique de pointe. Après 1870, l'Allemagne s'appuie sur des banques universelles, un enseignement technique développé et des laboratoires industriels : elle dépasse la Grande-Bretagne en production d'acier vers 1890-1900. Les États-Unis, de leur côté, combinent matières premières immenses, immigration, marché continental et innovations de production : le "système américain" de pièces interchangeables, expérimenté dans les armureries de Springfield et de Harpers Ferry, la machine à coudre Singer, la moissonneuse McCormick, les abattoirs de Chicago qui préfigurent le travail à la chaîne, puis le pétrole depuis le forage de Drake en 1859 et la raffinerie intégrée de Rockefeller, l'acier de Carnegie à Pittsburgh. La Standard Oil, fondée en 1870, incarne l'avènement de la grande société anonyme verticalement intégrée.

Une seconde révolution industrielle, à partir des années 1870, s'organise autour de l'électricité, de la chimie et du moteur à explosion. La dynamo de Gramme, la lampe à incandescence d'Edison (1879) et la centrale de Pearl Street (1882), le moteur à induction de Tesla et le transport en courant alternatif imposé par Westinghouse inaugurent un réseau énergétique qui libère l'usine de la transmission par courroies. Le moteur à quatre temps d'Otto (1876), le moteur Diesel (1893) et l'automobile de Benz et Daimler (1886) ouvrent d'autres filières, tandis que Ford ne lancera la chaîne mobile qu'au tournant des années 1910. Le taylorisme, formulé à partir des années 1880, prépare l'organisation scientifique du travail. Les grandes entreprises, Siemens, AEG, General Electric, Krupp, Saint-Gobain, Michelin, s'appuient sur la recherche, la publicité, la banque et la concentration, ce que Chandler a appelé le capitalisme managérial.

Cette industrialisation s'accompagne d'une transformation sociale radicale. Les villes de Manchester, de Birmingham, de Lille, d'Essen ou de Pittsburgh voient croître un prolétariat soumis à de longues journées, à la discipline d'usine, aux accidents et à l'insalubrité décrits par Engels (1845) et Villermé. Le travail des femmes et des enfants est massif dans le textile et les mines avant que les lois sur les fabriques, de 1833 en Angleterre, de 1841 puis 1874 en France, ne commencent à le limiter. Les luddites, les canuts lyonnais de 1831 et 1834, le chartisme, puis les syndicats et les partis socialistes expriment les résistances. Le mouvement coopératif, la législation sur les accidents du travail, comme celle de Bismarck en 1884, et l'essor des mutualités esquissent progressivement les premières protections.

Hors d'Europe et d'Amérique du Nord, l'industrialisation est souvent contrariée ou détournée. L'Inde subit la concurrence des cotonnades de Lancashire, favorisée par la politique douanière britannique, ce que certains historiens nomment la désindustrialisation de l'Inde : les artisans de Dacca déclinent, tandis que s'implantent plus tard, à Bombay dès 1854 et dans le bassin du Hooghly pour la jute, des usines à capitaux locaux et britanniques, et que Jamsetji Tata fonde à partir de 1907 un complexe sidérurgique à Jamshedpur. En Chine, les guerres de l'opium (1839-1842, 1856-1860) ouvrent les ports aux importations, et le mouvement d'auto-renforcement des années 1860-1890 crée des arsenaux, chantiers navals, comme celui de Fuzhou, et la China Merchants' Steam Navigation Company, avec des résultats limités par la faiblesse de l'État. Le Japon, après la restauration de Meiji (1868), choisit une industrialisation d'État : il importe ingénieurs et machines, bâtit filatures de soie et de coton, arsenaux, chantiers navals et chemins de fer, avant de céder bon nombre d'entreprises à des groupes privés, les zaibatsu, comme Mitsui et Mitsubishi. La victoire sur la Chine en 1895 et sur la Russie en 1905 atteste de ce changement. La Russie impériale, elle, connaît avec Witte, dans les années 1890, un essor ferroviaire et sidérurgique soutenu par des capitaux français. L'Empire ottoman et l'Égypte de Méhémet Ali tentent des industrialisations d'État, qui s'enlisent faute de marché et sous la pression des traités commerciaux. L'Amérique latine, intégrée comme exportatrice de matières premières, argent, cuivre, guano, salpêtre du Chili, sucre, café, n'amorce que tardivement ses propres industries, autour de Buenos Aires, de São Paulo ou de Monterrey.

L'esclavage atlantique, enfin, appartient à cette histoire industrielle. Entre le XVIe et le XIXe siècle, environ douze millions d'Africains sont embarqués pour les Amériques, où ils travaillent dans les plantations de sucre des Antilles et du Brésil, véritables fabriques agro-industrielles dotées de moulins, de chaudières et d'une discipline stricte, puis dans le coton du Sud des États-Unis, qui fournit au Lancashire sa matière première. Eric Williams a soutenu en 1944 que les profits de la traite et des plantations ont contribué au financement de l'industrialisation britannique, thèse discutée mais qui souligne le lien étroit entre économie atlantique et manufacture. Après l'abolition britannique de 1833 et américaine de 1865, le travail sous contrat, les coolies indiens et chinois, prolonge ces formes de contrainte dans les plantations d'Asie, d'Afrique et du Pacifique.

À la veille de 1900, la mondialisation industrielle est pleinement établie : le blé d'Argentine et d'Amérique du Nord, le caoutchouc d'Amazonie puis d'Asie du Sud-Est, le cuivre du Chili, l'or du Witwatersrand, le pétrole de Bakou et de Pennsylvanie alimentent des usines situées à des milliers de kilomètres. Le canal de Suez (1869) et le canal de Panama, entrepris en 1881, rapprochent les espaces. Les écarts de richesse entre pays industrialisés et pays dominés se sont creusés dans des proportions inédites, ce que Kenneth Pomeranz et d'autres ont analysé sous le nom de "grande divergence". Pour la première fois dans l'histoire, la croissance par habitant devient durable, et l'énergie fossile s'impose comme fondement du monde moderne, au prix d'une dépendance dont les conséquences écologiques n'apparaissent alors qu'à quelques observateurs.

Le XXe siècle

Au début du XXe siècle, les industries du monde sont dominées par trois puissances, les États-Unis, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, que rejoignent le Japon, la France et la Russie. Les États-Unis produisent déjà près du tiers de la production manufacturière mondiale. Leur avance tient à la taille du marché, à l'abondance des ressources et à l'organisation du travail : Frederick Taylor systématise la division des tâches et le chronométrage, et Henry Ford, en 1913 à Highland Park, installe la chaîne de montage mobile qui ramène le temps d'assemblage d'un châssis de plus de douze heures à moins de deux. Le modèle T, vendu à plus de quinze millions d'exemplaires jusqu'en 1927, associe production de masse, hauts salaires (le fameux five dollars a day de 1914) et consommation de masse. General Motors réplique avec Alfred Sloan, qui invente la segmentation des gammes, le crédit à l'automobile et l'organisation multidivisionnelle. L'électrification des usines, qui remplace les arbres de transmission par des moteurs individuels, permet un réagencement des ateliers et explique une partie du bond de productivité des années 1920.

La Première Guerre mondiale est d'abord une guerre industrielle. Les belligérants mobilisent leurs économies : obus par centaines de millions, mitrailleuses, camions, avions, gaz de combat, que l'industrie chimique allemande rend possibles. Le procédé Haber-Bosch, mis en oeuvre à Oppau en 1913, fournit de l'ammoniac de synthèse, d'où des engrais, mais aussi les explosifs que le blocus britannique aurait autrement interdits à l'Allemagne. Les États imposent le rationnement, la planification des matières premières, l'embauche massive des femmes dans les usines d'armement, et les économies de guerre préfigurent l'intervention étatique de l'entre-deux-guerres. La Russie, dont l'industrie défaillante contribue à la crise de 1917, devient avec les bolcheviks un laboratoire d'un autre type : après la parenthèse de la NEP, les plans quinquennaux lancés en 1928 accélèrent l'industrialisation lourde, avec Magnitogorsk, les tracteurs de Stalingrad, le Dnieptrostroï et la collectivisation forcée des campagnes. La production d'acier, de charbon et d'électricité s'envole, au prix de la famine de 1932-1933, du travail concentrationnaire du Goulag et d'une médiocre qualité des biens de consommation. Cette industrialisation autoritaire permettra pourtant à l'URSS de soutenir l'effort de guerre de 1941-1945.

L'entre-deux-guerres juxtapose innovations et crises. Les années 1920 américaines, portées par l'automobile, la radio, l'électroménager et le crédit, s'achèvent dans le krach de 1929, dont la Grande Dépression frappe tous les pays industriels : la production mondiale recule d'environ un tiers entre 1929 et 1932, le chômage atteint un quart de la population active aux États-Unis et en Allemagne. La réponse varie : le New Deal américain mêle grands travaux, régulation bancaire et reconnaissance syndicale; le Royaume-Uni et la France recourent à des politiques plus prudentes; l'Allemagne nazie relance par le réarmement, la Mefo et l'autarcie, tandis que l'Italie fasciste mise sur l'IRI, holding public de sauvetage. Les industries nouvelles progressent malgré la crise : aviation civile, chimie des plastiques (bakélite, nylon de DuPont en 1938), pétrochimie, cinéma, aluminium, appareils ménagers. Le charbon, longtemps roi, commence son déclin relatif face au pétrole, dont la production du Moyen-Orient, en Perse dès 1908, en Irak puis en Arabie saoudite dans les années 1930, passe sous le contrôle de compagnies occidentales, les "sept soeurs".

La Seconde Guerre mondiale pousse à l'extrême la mobilisation industrielle. Les États-Unis, "arsenal de la démocratie", produisent plus de 300 000 avions, près de 100 000 chars et des milliers de navires, dont les Liberty ships, assemblés en quelques jours grâce à la soudure et à la préfabrication. Kaiser, Boeing, Ford à Willow Run illustrent la conversion civile-militaire. L'Allemagne n'atteint le sommet de sa production d'armes qu'en 1944, sous Albert Speer, en recourant massivement au travail forcé de millions de déportés et prisonniers, avec I.G. Farben à Auschwitz-Monowitz ou les usines souterraines de Mittelbau-Dora où se fabriquent les V2. L'URSS déplace plusieurs centaines d'usines à l'Oural, et le Japon bascule dans une économie de guerre avec ses zaibatsu. Les innovations scientifiques et techniques sont considérables : radar, pénicilline produite en masse, ordinateurs à tubes (Colossus, ENIAC), moteurs à réaction, et surtout le projet Manhattan, qui emploie jusqu'à 130 000 personnes et fonde l'industrie nucléaire. Les bombardements stratégiques et les destructions laissent pourtant l'Europe et le Japon exsangues en 1945.

Les Trente Glorieuses, de 1945 à 1973, forment une période de croissance exceptionnelle. L'aide du plan Marshall, la reconstruction, la coopération entre l'État, le patronat et les syndicats, la diffusion du fordisme et la consommation de masse produisent une expansion annuelle de 4 à 5 % en Europe occidentale. La CECA (1951), puis la CEE (1957), organisent un marché commun du charbon et de l'acier puis des produits industriels. L'automobile, avec la Volkswagen Coccinelle, la 2 CV, la Fiat 500, l'électroménager, la télévision, la chimie des plastiques, les polymères et les engrais transforment la vie quotidienne. L'énergie bon marché, surtout le pétrole du Moyen-Orient, soutient cette croissance, en même temps que le nucléaire civil, lancé à Calder Hall en 1956, et que l'hydroélectricité. Aux États-Unis, la "grande entreprise" à direction managériale domine, comme General Motors, Ford, Exxon, General Electric, IBM, auxquelles le complexe militaro-industriel, dénoncé par Eisenhower en 1961, fournit des commandes régulières : avions, missiles, électronique, programme spatial. Dans le bloc soviétique et en Chine, l'industrialisation lourde par plans quinquennaux crée de vastes combinats, mais le Grand Bond en avant de Mao (1958-1962), qui tente de produire de l'acier dans des fourneaux de village, provoque une famine meurtrière et un échec industriel et humain.

Un autre paysage émerge en Asie. Le Japon, appuyé par le MITI, des keiretsu héritiers des zaibatsu, l'emploi à vie et la qualité totale diffusée par Deming et Juran, devient dès les années 1960 une puissance sidérurgique, navale, automobile et électronique; le toyotisme, ou juste-à-temps, met en avant la réduction des stocks, l'autonomation et le kaizen. Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour, les "dragons" , reproduisent à leur manière ce schéma, avec des États développementalistes, des conglomérats comme Samsung, Hyundai ou Pohang Steel, des exportations de produits d'abord légers, textile, jouets, puis électroniques, navals et automobiles. À l'inverse, nombre de pays d'Amérique latine, d'Inde ou d'Afrique tentent l'industrialisation par substitution aux importations, protégée de droits de douane élevés. L'Inde bâtit des aciéries publiques, comme Bhilai, avec l'aide soviétique; le Brésil fonde Volta Redonda en 1946 puis Brasília et une industrie automobile; l'Argentine et le Mexique s'engagent dans des voies voisines. Les résultats sont contrastés, avec des succès initiaux, mais aussi des rigidités, une dépendance technologique et des crises d'endettement.

Les chocs pétroliers de 1973 et 1979, la fin du système de Bretton Woods et la saturation des marchés ouvrent une période de mutations. Dans les vieux pays industriels, la sidérurgie, le charbon, la construction navale et le textile déclinent, ce qui provoque la désindustrialisation de régions comme le Nord de la France, la Lorraine, la Ruhr, les Midlands ou la Rust Belt américaine. Les politiques néolibérales de Thatcher et Reagan, la déréglementation, les privatisations et le recul des syndicats accompagnent cette recomposition. Les usines s'automatisent grâce aux robots, à la commande numérique et à l'informatique, tandis que les services dominent désormais l'emploi. L'électronique et les semi-conducteurs, du transistor de 1947 au circuit intégré de 1958 puis au microprocesseur Intel de 1971, constituent la nouvelle industrie motrice. La Silicon Valley, Apple, Microsoft, puis les constructeurs japonais, coréens et taïwanais, avec TSMC, fondée en 1987 sur le modèle de la fonderie pure, structurent la révolution informatique. Les chaînes de valeur se fragmentent : conception, fabrication de composants, assemblage et logistique sont dispersés sur plusieurs continents, favorisés par le conteneur, mis au point par Malcom McLean en 1956, et par la baisse du coût des transports et des télécommunications.

La Chine, après les réformes de Deng Xiaoping en 1978, bouleverse l'équilibre industriel mondial. Les zones économiques spéciales, dont Shenzhen, attirent les capitaux étrangers et la main-d'œuvre rurale, et le pays entre à l'OMC en 2001. En quelques décennies, il devient "l'atelier du monde" : acier, ciment, textile, électronique, panneaux solaires, batteries, trains à grande vitesse, et dépasse les États-Unis en valeur ajoutée manufacturière vers 2010. L'effondrement de l'URSS en 1991 et la transition des pays d'Europe centrale et orientale entraînent la fermeture de combinats peu rentables, mais aussi l'intégration de pays comme la Pologne, la République tchèque ou la Hongrie dans les chaînes de sous-traitance allemandes. D'autres pays, Vietnam, Bangladesh, Mexique, Turquie, Inde, jouent des rôles de plus en plus significatifs, le Bangladesh devenant un géant du vêtement, dont l'effondrement du Rana Plaza en 2013, qui fait plus de mille cent morts, révèle les conditions sociales extrêmes.

Le premier quart du XXIe siècle

Depuis le tournant des années 2000, le paysage industriel mondial se caractérise par une expansion sans précédent de la production manufacturière, mais aussi par une profonde reconfiguration de sa géographie et de ses modes d'organisation. Loin de la vision d'une société postindustrielle, le monde n'a jamais autant produit de biens manufacturés, en valeur comme en volume, et l'industrie demeure un pilier central de la puissance économique. La production n'a jamais été aussi élevée. En 2025, la valeur ajoutée manufacturière mondiale atteint un niveau record d'environ 16 300 milliards de dollars (à prix constants de 2020), et la production par habitant s'élève à 1960 dollars. Cette croissance globale masque toutefois des dynamiques très contrastées selon les régions et les pays. Elle est de plus en plus polarisée entre une Asie de l'Est dominante, des économies avancées en quête de réindustrialisation sélective et des régions en développement qui peinent à combler leurs retards de productivité et d'intensité industrielle. Les écarts demeurent considérables : les économies à revenu intermédiaire d'Afrique, par exemple, affichent une productivité du travail manufacturier inférieure de 76 % à celle des économies industrielles à haut revenu. Les industries sont par ailleurs confrontées à plusieurs défis.
Le premier est environnemental : l'industrie est responsable d'une grande part des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et la sidérurgie, le ciment, la chimie et le raffinage cherchent des procédés bas carbone, hydrogène, électrification, captage de carbone. Les accords de Paris (2015) et le Pacte vert européen fixent des cibles, tandis que l'essor des énergies renouvelables, du véhicule électrique et des batteries lithium-ion, où la Chine détient une position dominante, reconfigure les filières et la géopolitique des métaux critiques, lithium, cobalt, terres rares. 

Le deuxième est technologique : l'automatisation avancée, l'intelligence artificielle, la fabrication additive, les jumeaux numériques et la robotique collaborative relèvent de ce qu'on appelle l'Industrie 4.0, dont les effets sur l'emploi restent débattus. 

Le troisième est géopolitique : la crise financière de 2008, la pandémie de covid-19 en 2020, qui révèle la fragilité des approvisionnements en masques, médicaments et puces, la guerre en Ukraine depuis 2022, qui bouleverse les marchés de l'énergie, et la rivalité sino-américaine, marquée par les restrictions sur les semi-conducteurs, conduisent à des politiques de relocalisation, de réindustrialisation et de subventions massives. 

L'industrie, qui avait semblé disparaître des économies avancées au profit des services, retrouve donc un rang stratégique, au coeur des rapports de puissance et des débats sur la souveraineté, la transition écologique et la répartition mondiale de la valeur. Dans ce contexte, la maîtrise des technologies, l'accès aux minéraux critiques et la capacité à structurer des chaînes de valeur résilientes deviennent les nouveaux déterminants de la puissance industrielle, bien plus que la seule disponibilité d'une main-d'oeuvre bon marché.
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La principale tendance lourde de ce siècle est le basculement du centre de gravité industriel vers l'Asie, et singulièrement vers la Chine. En 2000, les économies à haut revenu représentaient 76 % de la valeur ajoutée manufacturière mondiale; en 2025, leur part chute à 50,5 %. À l'inverse, les économies à revenu intermédiaire, portées par l'industrialisation rapide de l'Asie de l'Est, voient leur part s'élever à 37,2 %, et la seule Chine concentre à elle seule près de 30,7 % de la production manufacturière mondiale. En dix ans, la valeur de la production manufacturière mondiale augmente de 35 %, et la Chine réalise à elle seule 54 % de cette croissance, écrasant les États-Unis (15 %), le Japon (6,5 %) et l'Allemagne (5 %). Cette polarisation reste forte : dix États réalisent 73 % de la valeur de la production mondiale, et vingt États en réalisent 84 %. La Chine n'est plus seulement l'atelier du monde pour les biens à faible coût; elle a progressivement étendu sa domination aux secteurs plus capitalistiques et technologiques, devenant le premier producteur mondial dans des industries comme la sidérurgie, la pétrochimie, les machines, le solaire et l'automobile. En 2023, elle produit ainsi 76,9 % des véhicules électriques mondiaux.

Ce déplacement s'accompagne d'une désindustrialisation relative des économies avancées, dont l'ampleur et les effets varient toutefois considérablement. Depuis les années 1980, la part de l'industrie manufacturière dans le PIB des pays développés décline, sous l'effet de la mondialisation et du rattrapage des pays émergents. Ce phénomène s'accentue après la crise financière de 2008, de nombreux pays développés voyant leur part de valeur ajoutée industrielle reculer significativement. Les États-Unis se sont désindustrialisés plus fortement que la France, dont le poids industriel a néanmoins reculé plus que la moyenne européenne. Pour certaines régions, cette désindustrialisation a des effets territoriaux durables : aux États-Unis, les secteurs manufacturiers intensifs en main-d'oeuvre exposés à la concurrence chinoise se concentrent géographiquement, laissant des communautés industrielles en déclin. Toutefois, une tendance à la réindustrialisation émerge progressivement à la sortie de crise, portée par des préoccupations de sécurité économique et de résilience des chaînes d'approvisionnement.

Les chaînes de valeur mondiales, qui structurent l'industrie depuis les années 1990, connaissent depuis la fin des années 2010 une reconfiguration profonde. Le modèle de la "manufacture mondiale" organisée autour de trois pôles (Amérique du Nord, Europe et Asie de l'Est), consolidé au début du XXIe siècle, se fragmente sous l'effet des tensions commerciales, des chocs géopolitiques et de la transition écologique. Les entreprises multinationales réévaluent leurs implantations, et l'on assiste à une montée des stratégies de near-shoring et de friend-shoring, c'est-à-dire la relocalisation de segments de production vers des pays géographiquement ou politiquement proches. Le commerce de biens intermédiaires reste certes à des niveaux records, mais la part de la production transfrontalière dans la valeur ajoutée mondiale demeure proche de la moitié, signe que la fragmentation internationale de la production n'a pas disparu, mais qu'elle se recompose selon des logiques régionales. Les investissements directs étrangers se réorientent massivement vers les économies émergentes : leur part dans le total mondial passe de 25,7 % en 2015 à 41,5 % en 2024, avec un pic à 52,9 % en 2022, l'Asie du Sud-Est captant une part croissante de ces flux.

Cette recomposition s'accompagne d'une accélération de l'automatisation et de la numérisation de la production, souvent désignée sous le terme d'Industrie 4.0. Le parc mondial de robots industriels franchit le cap des cinq millions d'unités en 2025, avec plus de 600 000 nouveaux robots installés cette année-là, en hausse de 11 % par rapport à l'année précédente. La Chine concentre à elle seule 59 % des installations mondiales, avec 354 000 robots en 2025, et pour la première fois, les fabricants chinois dominent leur propre marché intérieur, leur part s'élevant à 55 %. Les États-Unis dépassent le Japon pour devenir le deuxième marché mondial, avec près de 38 500 installations, tandis que l'Europe recule : les installations baissent de 8 % en Allemagne, 11 % en Italie, 8 % en France et 15 % en Espagne. Cette robotisation croissante soulève des enjeux majeurs pour les pays en développement, où l'automatisation des processus de production dans les économies avancées pourrait réduire l'avantage comparatif fondé sur une main-d'œuvre bon marché et compromettre les trajectoires d'industrialisation par les exportations de biens manufacturés. L'intelligence artificielle, l'informatique en nuage et l'analyse massive de données transforment en profondeur les modes de production, de la maintenance prédictive au contrôle qualité automatisé, redéfinissant les frontières de la compétitivité industrielle.

La question environnementale s'impose par ailleurs comme un déterminant structurant de l'industrie mondiale au XXIe siècle. L'industrie est responsable de plus de 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, les secteurs lourds comme la sidérurgie (8 %) et le ciment (7 %) représentant à eux seuls près de la moitié de ces émissions. La transition vers des procédés bas carbone devient un impératif, mais aussi une nouvelle frontière de compétition industrielle. L'électrification de la chaleur industrielle progresse, les industries dépendant de la chaleur et de la vapeur à basse température représentant environ 70 % de la consommation énergétique industrielle mondiale. La part de l'électricité dans la fourniture de chaleur industrielle converge vers 4 à 5 % dans les grandes économies, portée par la baisse des coûts des énergies renouvelables et des signaux politiques plus forts. Cette transition énergétique ouvre de nouvelles opportunités d'intégration dans les chaînes de valeur des technologies propres, mais elle pose des défis considérables aux pays en développement, dont l'efficacité environnementale industrielle reste très inférieure à celle des économies avancées : la production par unité de CO2 manufacturier y est inférieure de 82 % à celle des économies industrielles à haut revenu.

Face à ces bouleversements, les politiques industrielles connaissent un retour en force spectaculaire. Longtemps considérées avec méfiance par les économistes mainstream en raison des risques de distorsion de la concurrence et de capture de rentes, elles redeviennent un instrument central de l'action publique dans les économies avancées comme dans les pays émergents. La Chine a adopté plus de 5000 mesures de politique industrielle depuis 2009, les États-Unis près de 4700, et plus de 40 % des politiques industrielles récentes dans le monde concernent l'atténuation du changement climatique et les minéraux critiques. L'Union européenne a introduit un Industrial Accelerator Act et une initiative Made in EU, tandis que les États-Unis ont mis en oeuvre l'Inflation Reduction Act, qui a profondément modifié les stratégies d'investissement dans les chaînes de valeur des technologies vertes. Cette nouvelle vague de politique industrielle ne se limite pas à des interventions sectorielles verticales : elle englobe un large éventail d'instruments horizontaux, du soutien à l'innovation à l'investissement dans les compétences et les infrastructures, en passant par des cadres réglementaires adaptés. La sécurité économique, la résilience des chaînes d'approvisionnement et la réduction des dépendances stratégiques (notamment dans les semi-conducteurs et les matières premières critiques) deviennent des priorités explicites, redéfinissant les contours de l'intervention publique dans l'industrie.

Les grandes branches de l'industrie contemporaine.
L'industrie mondiale reste intégrée techniquement, mais se désintègre politiquement; chaque grande branche se réorganise désormais autour d'un goulot d'étranglement que les puissances s'efforcent de contrôler ou de contourner. Les tendances de fond pour la décennie qui vient prolongent les quatre axes suivants :

• Bipolarisation technologique. - Deux écosystèmes semi-conducteurs (américain et chinois) se consolident, l'IA industrielle et la robotisation devenant le prochain champ de compétition.

• Souveraineté industrielle, initiée par le CHIPS Act américain, le plan européen sur les semi-conducteurs et la défense, et l'autosuffisance chinoise (les subventions industrielles sont redevenues la norme).

• Transition énergétique comme branche à part entière. - Equipements solaires, éoliens et de stockage, où la concentration chinoise des maillons amont (poly silicium, aimants, batteries) cristallise les mêmes tensions.

• Fragmentation du commerce. - Le multilatéralisme recule au profit d'accords régionaux et de chaînes "friend-shorées", la sécurité l'emportant progressivement sur le coût unitaire.

Industries de l'énergie. 
L'industrie de l'énergie traverse une période de recomposition historique. Si les hydrocarbures comme le pétrole et le gaz conservent encore une part significative du mix énergétique mondial, la dynamique est désormais largement dominée par l'essor des énergies renouvelables, telles que le solaire et l'éolien, ainsi que par un regain d'intérêt pour l'énergie nucléaire. Cette transition est accélérée par les engagements internationaux en matière de décarbonation, poussant les acteurs historiques à diversifier leurs portefeuilles et à investir dans les technologies de stockage, les réseaux intelligents et l'hydrogène vert, faisant de ce secteur un champ d'innovation autant qu'un enjeu de souveraineté nationale. Par ailleurs, le raffinage et la pétrochimie se déplacent vers le Moyen-Orient et l'Asie, tandis que la Chine affronte sa propre surcapacité pétrochimique. Lisser les capacités et monter en gamme vers les matériaux avancés est l'objet d'une refonte annoncée du secteur. L'électrification et la chute de la demande immobilière chinoise fragilisent la demande de plastiques et de carburants.

Chimie, pharmacie et biotechnologies. 
Le secteur chimique et pharmaceutique représente une autre branche vitale, dont la valeur mondiale approchait les 1600 milliards d'euros en 2025, avec une trajectoire de croissance soutenue vers les 2 milliards d'euros. Cette industrie est doublement stratégique : d'une part, elle assure la production de principes actifs, de vaccins et de thérapies innovantes, notamment grâce aux biotechnologies et à la biohydrométallurgie qui offrent des procédés d'extraction et de fabrication plus respectueux de l'environnement. D'autre part, l'industrie chimique fournit les matériaux de base indispensables à presque toutes les autres branches, des polymères aux engrais agricoles, tout en étant contrainte de réduire son empreinte carbone et de développer une chimie verte plus durable.

Métallurgie et matériaux (acier, aluminium, ciment). 
L'industrie des matériaux, qui comprend la métallurgie, le ciment et l'exploitation minière, est engagée dans une modernisation forcée pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, en développant des matériaux de construction bas carbone et en optimisant le recyclage des ressources. Branche la plus anciennement mondialisée, l'acier est en crise de surcapacité ouverte : l'OCDE estime l'excès mondial à plus de 680 Mt en 2025, les exportations chinoises atteignant un record de ~131 Mt, et la Chine représentant 54 % de l'écart mondial entre capacité et demande. 

Électronique et semi-conducteurs (le coeur de la "guerre des puces").
L'industrie technologique et numérique s'impose comme un levier de croissance majeur, dépassant les simples frontières du matériel informatique pour englober les semi-conducteurs, les télécommunications et les infrastructures cloud. Les investissements massifs dans la fabrication de puces électroniques, notamment avec des engagements dépassant les 450 milliards d'euros dans certains écosystèmes nationaux, illustrent l'importance stratégique de cette branche. Ce secteur ne se contente plus de fournir des outils aux autres industries, mais il les redéfinit entièrement, que ce soit par l'intégration de la réalité augmentée dans la maintenance industrielle ou par l'automatisation robotique avancée qui transforme les usines traditionnelles en sites de production intelligents et autonomes. 

Avec un marché attendu à ~975 Md$ en 2026, le secteur de l'électronique et des semi-conducteurs est le théâtre du choc technologique : contrôles américains imposés dès octobre 2022, resserrés en 2023, décembre 2024, puis mars et septembre 2025 (65 entités chinoises blacklistées, licence imposée à Nvidia pour son H20), face au CHIPS Act (52,7 Md$ de subventions) et aux 65 Md$ investis par TSMC en Arizona. Pékin a répondu par l'autosuffisance : SMIC produit du 7 nm, voire 5 nm, avec des machines DUV anciennes, mais Huawei reste bridé par la mémoire haute bande passante.

L'arme des minerais critiques. - La Chine a imposé des contrôles sur gallium, germanium, graphite et antimoine dès 2023, puis sur sept terres rares lourdes en avril 2025, avant une pause partielle des exigences renforcées jusqu'à fin novembre 2026; l'AIE relève qu'en Europe le gallium et les terres rares lourdes se négocient autour de cinq fois le prix chinois intérieur. Face à cette interdépendance armée, les entreprises réorganisent leurs chaînes : le nearshoring et le friend-shoring (Mexique, Inde, Vietnam, Europe de l'Est) profitent davantage des tarifs qu'un reshoring complet, que les économistes estiment à +1 à 3 points sur les prix consommateurs dans les secteurs concernés.
Automobile et batteries. 
La transition électrique a déplacé la valeur ajoutée vers la batterie : CATL (39,2 %) et BYD (16,4 %) contrôlent ensemble 55,6 % du marché mondial, devant le Sud-Coréen LG Energy Solution (~10 %). Les équipementiers occidentaux et japonais restent puissants (châssis, électronique, logiciels), mais la dépendance des usines européennes et américaines aux cellules et précurseurs chinois est devenue un enjeu souverain.

Construction navale. 
Domination chinoise quasi totale : 56,1 % des livraisons mondiales en 2025 (53,7 M de tonnes de port en lourd), 69 % des nouvelles commandes et 66,8 % du carnet mondial, d'où les mesures américaines de taxes portuaires sur les navires construits en Chine.

Aéronautique, spatial et défense. 
L'industrie aérospatiale et de la défense constitue un pôle d'excellence technologique caractérisé par des cycles de développement longs et des investissements en recherche et développement extrêmement élevés. Elle englobe la construction aéronautique civile, l'exploration spatiale commerciale et les systèmes d'armement de haute technologie. Ce secteur est fortement soutenu par les commandes publiques et les enjeux géopolitiques actuels, qui stimulent la demande en drones, en satellites de communication et en systèmes de cybersécurité, tout en poussant à l'innovation dans les matériaux composites et la propulsion durable pour l'aviation. Le duopole Airbus-Boeing subsiste en aviation commerciale, avec des chaînes de valeur de plus de 10 000 fournisseurs; le spatial est devenu un enjeu stratégique (constellations, lanceurs). Surtout, la défense est la branche qui croît le plus vite : les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 887 Md$ en 2025, 11e année consécutive de hausse et +41 % en dix ans, tirées par l'Europe et l'Asie.

Textile et habillement. 
Les exportations textiles mondiales (~914 Md$ en 2025) restent massivement asiatiques : Chine, Bangladesh et Vietnam pèsent ensemble 44 % des exportations de vêtements, avec une lente redistribution vers les pays à bas coûts.

Industrie agroalimentaire.
L'agroalimentaire est la première industrie par le chiffre d'affaires dans la plupart des économies, où la proximité des consommateurs et la marque priment sur le coût du travail. Aujourd'hui, cette industrie doit relever le défi de nourrir une population mondiale croissante tout en limitant le gaspillage et en adaptant les pratiques agricoles au changement climatique. 

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