 |
Genre (histoire
naturelle). - On appelle ainsi un groupe d'espèces zoologiques, botaniques
ou minérales, analogues entre elles et qui se peuvent réunir par des
caractères communs. On peut voir à l'article Espèce,
ce qui a été dit à ce sujet; et on comprendra d'après cela que ce mot
visant à se rapprocher au plus près d'individualités, il était indispensable
pour se reconnaître et mettre de l'ordre au milieu de cette quantité
prodigieuse d'ĂŞtres divers, de les classer, de les grouper dans des coupes
de plus en plus nombreuses, pour arriver successivement à la généralité
des ĂŞtres. Cependant souvenons-nous bien que tout ceci n'est qu'une abstraction,
un moyen de classification propre Ă aider
notre mémoire et à rendre plus facile l'étude des faits particuliers,
en un mot ce n'est que de la méthode; en effet
si l'on examine ce que c'est qu'un genre, on s'aperçoit bientôt qu'il
n'est tout Ă fait vrai qu'au centre, au milieu du groupe; Ă mesure que
l'on s'éloigne de ce medium, les caractères s'effacent de plus en plus
et cependant on ne passe pas encore Ă des formes nouvelles, on ne fait
que s'en approcher, sans y arriver. Toutefois le genre est le groupe le
plus important dans toutes les classifications, c'est son nom qui sert
à désigner le groupe dans lequel se rencontrent les espèces; ainsi lorsqu'en
zoologie on dit qu'un animal
se nomme Elephas indicus (Éléphant
des Indes), cela signifie qu'il appartient au genre Elephas, espèce indicus;
de mĂŞme en botanique le nom Tilia argentea
(Tilleul argenté ),
indique qu'il est du genre Tilia, espèce argentea.
Tournefort
est le premier qui ait établi le genre sur des bases rationnelles chez
les plantes ;
Linné vint ensuite et mit le cachet de son génie
sur cette grande innovation, en coordonnant tous les ĂŞtres de la nature
dans son Systema naturae; après ces grands naturalistes, Lamarck
et Cuvier d'une part, L.
de Jussieu de l'autre agrandirent la voie de leurs devanciers en perfectionnant
l'oeuvre si bien élaborée. Voici comment le genre est caractérisé par
quelques-uns de ces savants;
« On donne
le nom de genre, dit Lamarck, à des réunions
de races dites espèces rapprochées d'après
la considération de leurs rapports, et constituant autant de petites séries
limitées par des caractères que l'on choisit arbitrairement pourr les
circonscrire. »
Linné, de son côté,
soutient que les espèces d'animaux et de plantes sont naturels et que
les genres pareillement sont naturels et ont été créés tels qu'ils
nous paraissent, de manière qu'il ne, peut être permis de les diviser,
de les séparer à volonté; aussi n'établit-il pas ses genres sur de
petits caractères imperceptibles. mesquins; mais sur des caractères généraux
profonds, évidents, qui indiquent dans un même groupe une idée génératrice,
c'est-à -dire des êtres d'une structure particulière, tout différents
des types voisins; en un mot des types de forme. Écoutons maintenant ce
que dit Cuvier :
« Presque
aucun être n'a de caractère simple, ou ne peut être reconnu par un seul
des traits de sa conformation; il faut presque toujours la réunion de
plusieurs de ces traits pour distinguer un ĂŞtre des ĂŞtres voisins qui
en ont bien aussi quelques-uns, mais qui ne les ont pas tous, ou les ont
combinés avec d'autres qui manquent au premier être; et plus les êtres
que l'on' a Ă distinguer sont nombreux, plus il faut accumuler de traits,
pour distinguer de tous les autres, un être pris isolément, il faut faire
entrer dans son caractère sa description complète. C'est pour éviter
cet inconvénient que les divisions et les subdivisions ont été inventées.
L'on compare ensemble seulement un certain nombre d'ĂŞtres voisins, et
leurs caractères n'ont besoin que d'exprimer leurs différences, qui par
la supposition mĂŞme, ne sont que la moindre partie de leur conformation.
Une telle réunion s'appelle un Genre. » (Cuvier, Règne animal,
introduction.)
L. de Jussieu, lui
aussi, conserva aux groupes généraux leur valeur; aussi son Genera
plantarum est un modèle à cet égard. |
 |
Le
genre, en relation avec le sexe. - Le concept de genre se distingue
fondamentalement de celui de sexe, bien que les deux soient habituellement
confondus dans le langage courant. Le sexe est une réalité corporelle,
le genre est une interprétation normative de cette réalité.
• Le
sexe renvoie généralement aux caractéristiques biologiques et physiologiques
qui définissent les corps humains comme mâles, femelles ou intersexués
: chromosomes
(XX, XY, autres combinaisons), gonades (ovaires, testicules), hormones
(oestrogènes, testostérone) et anatomie génitale
interne et externe. Ces attributs sont observables Ă la naissance, mais
ils ne sont pas strictement binaires, car l'intersexuation concerne environ
1,7 % des naissances, oĂą les variations biologiques ne correspondent pas
aux catégories typiques de mâle ou femelle.
• Le genre,
en revanche, relève de l'ordre social, culturel et psychologique. Il
désigne l'ensemble des rôles, comportements, expressions et identités
qu'une société donnée construit et associe aux catégories de sexe.
Le genre fonctionne
comme un système de classification binaire dans la plupart des sociétés
occidentales modernes, opposant le masculin au féminin, mais cette binarité
n'est ni naturelle ni universelle. De nombreuses cultures historiques
ou contemporaines reconnaissent des genres alternatifs ou non binaires,
comme les hijras en Inde, les two-spirit
chez certaines populations autochtones d'Amérique
du Nord, ou les fa'afafine aux Samoa.
Ainsi, le genre n'est pas une conséquence directe et nécessaire du
sexe biologique; il s'agit plutĂ´t d'une construction
sociale qui varie selon les époques, les lieux et les contextes. Par
exemple, la couleur rose associée aux filles et le bleu aux garçons est
une convention récente (inversée au début du XXe
siècle), de même que les attentes concernant les comportements dits “masculins”
(force, compétition, absence d'émotion) ou “féminins” (douceur,
soin, sensibilité) changent historiquement.
L'identité
de genre, quant Ă elle, est le sentiment intime et personnel d'appartenir
à un genre (masculin, féminin, les deux, aucun, ou un autre genre), qui
peut correspondre ou non au sexe assigné à la naissance. On parle de
personne cisgenre quand cette correspondance existe, et de personne
transgenre quand elle diffère. L'expression de genre est la manifestation
extérieure de cette identité à travers les vêtements, la gestuelle,
la voix, les loisirs, etc., et elle peut ĂŞtre conforme ou non aux normes
sociales. Le rôle de genre désigne les attentes prescriptives qu'une
société impose aux individus selon leur genre perçu : tâches domestiques,
professions, manières d'interagir, responsabilités familiales. Ces
rôles sont souvent hiérarchisés, le masculin étant traditionnellement
valorisé au détriment du féminin, ce qui produit des inégalités structurelles.
Une distinction analytique
importante vient des travaux de la chercheuse féministe Gayle Rubin, qui
parle de “système sexe/genre” pour désigner l'ensemble des processus
par lesquels le matériau biologique (le sexe) est transformé en produit
social hiérarchisé (le genre). Simone de Beauvoir
avait posé les bases en affirmant : “On ne naît pas femme, on le devient”,
soulignant que les caractéristiques attribuées au féminin sont acquises
par socialisation et non innées. Plus tard, Judith
Butler a radicalisé cette approche en proposant que le genre est une
“performance” répétée, un acte constitué par des gestes et des
discours quotidiens qui produisent l'illusion d'une essence naturelle.
Selon elle, ce n'est pas le sexe qui cause le genre, mais c'est le
genre qui construit ce que nous appelons “sexe” comme catégorie intelligible.
Cette séparation
entre sexe et genre est centrale en sciences sociales et en études
de genre, mais elle fait aussi l'objet de débats. Certaines chercheuses
féministes matérialistes (comme Christine Delphy) estiment que le genre
précède et organise le sexe : c'est la hiérarchie sociale entre les
genres qui donne son sens à la différence anatomique. D'autres, notamment
des biologistes et des philosophes critiques, rappellent que le sexe biologique
lui-même est en partie socialement construit, car la manière de classer
les corps en catégories discrètes dépend de conventions médicales et
sociales. Néanmoins, pour l'usage courant et politique, la distinction
permet de combattre l'idée que les inégalités entre hommes et femmes
seraient inévitables parce que “naturelles”. En montrant que le genre
est une construction variable, on ouvre la possibilité de le transformer,
de défaire les stéréotypes, et de reconnaître la légitimité des identités
trans, non binaires ou queer. |