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L'histoire antique
de l'Inde, telle que la rapportent les textes indiens, est pleine
d'obscurité et de mythes. L'archéologie éclaire cependant les époques
les plus reculées. De nombreux sites remontant au Paléolithique,
ont été découverts dans tout le sub-continent.
Mais le passé ancien de la région est surtout marqué par l'existence
dans la Vallée de l'Indus et jusque dans le Gujarat,
d'une grande civilisation agraire (2600-1900 av. JC), organisé autour
de deux importants pôles urbains : Harappa, au Nord (Pendjab), et Mohendjo
Daro, au Sud (Sind), et qui s'est développée au cours du IIIe
millénaire av. J.-C. Cette civilisation de l'Indus,
très comparable à celles qui fleurissent vers la même époque en Mésopotamie
et en Égypte ,
reste moins connue que celles-ci. Les nombreux sceaux découverts révèlent
une une écriture qui, bien que très imparfaitement déchiffrée, semble
toutefois indiquer que langue parlée par les Harappéens était
apparentée aux langues dravidiennes ,
toujours pratiquées de nos jours dans le Sud de l'Inde et au Sri Lanka.
La période védique
s'étend entre 1500 et 500 av. JC). C'est l'époque du développement de
la culture aryenne, des Vedas et des premiers royaumes mahajanapadas.
Suivent les deux empires classiques. L'Empire Maurya
(322-185 av. JC) est fondé par Chandragupta Maurya. Il atteint son apogée
sous Ashoka qui promeut le bouddhisme. L'Empire
Gupta (320-550 ap. JC) correspond à une période de prospérité et
d'innovation culturelle et scientifique. Il est souvent considérée comme
l'âge d'or de l'Inde.
Au Moyen âge, on
assiste à l'émergence de royaumes régionaux, comme les Chalukyas, Cholas
et Pandyas, qui dominent le paysage politique. L'Empire
moghol (1526-1857) qui s'érige ensuitesera une période de grande
influence culturelle et politique, marquée par des dirigeants comme Akbar
et Shah Jahan. La domination britannique commence après une révolte en
1857. C'est la période du Raj britannique (1858-1947), avec des réformes
et des infrastructures, mais aussi une exploitation économique.
L'Inde obtient finalement
son indépendance du Royaume-Uni en en 1947 et se sépare bientôt
du Pakistan. en Inde et Pakistan. La République de l'Inde proclamée en
1950
repose sur
l'établissement d'une constitution démocratique, sur une croissance économique
rapide, mais aussi sur de graves défis socio-politiques.
L'Inde ancienne
Aryas, Grecs et Mauryas.
La civilisation
Harappéenne a disparu brutalement vers 1800 avant notre ère, et il faut
attendre jusqu'au XVIe siècle
av. J.-C, pour assister à l'entrée en Inde, d'une population apparentée
par sa langue aux Iraniens ,
aux Arméniens ,
aux Grecs ,
aux Latins, aux Celtes, aux Germains ( Les
langues indo-européennes ).
Les hymnes
védiques ,
qui font connaître ces nouveaux venus sous le nom d'Aryas (Aryens), montrent
leurs tribus établies dans le Pendjab, organisées en petites communautés
où apparaissent, en germe, les éléments qui prévaudront plus tard dans
la société hindoue. L'influence des brahmanes ,
déjà puissante, alla s'affirmant : de là des mouvements de réaction
radicale qui suscitèrent les schismes religieux du VIe
siècle, le bouddhisme
et le jaïnisme ,
dans le but d'affranchir l'Inde du joug brahmanique .
L'histoire de l'Inde
commence à acquérir quelque certitude au VIe
siècle. Darius, roi des Perses ,
forma, du pays situé entre le Paropamisus et l'Indus, la vingtième satrapie.
Alexandre,
en 327 av. J.-C, soumit une partie du Pendjab, où régnait Porus, et descendit
l'Indus jusqu'à son embouchure. Cette expédition ouvrit l'Inde aux Occidentaux
et, dès lors, l'Europe entretint des relations commerciales avec le subcontinent
indien, soit par terre au moyen de caravanes, soit par mer (Les Lagides
en particulier n'allaient pas tarder à diriger d'Egypte
vers l'Inde des flottes qui revenaient chargées de denrées).
A la mort d'Alexandre,
un Indien, Chandragupta, son protégé, renversa la famille usurpatrice
des Nandas (Pendjab) et fonda la dynastie maurya;
il étendit son territoire jusqu'à l'Indus, et imposa un traité Ã
Séleucus
Nicator dont il épousa la fille. Un ambassadeur grec, Mégasthénès,
s'établit à la cour de Patalipoutra (Patna); c'est à ses observations
que nous devons de précieux renseignements sur la société de l'Inde
300 ans avant notre ère. La décadence des
Séleucides
ralentit cependant pour un temps les relations commerciales entre l'Inde
et l'Occident. Tout au plus voit la cour impériale de Byzance
recevoir plusieurs ambassades indiennes; au VIe
siècle de notre ère, le moine Cosmas Indicopleuste
visita une grande partie de l'Inde et en rapporta le ver à soie.
Ashoka
Piyadasi, petit-fils de Chandragupta, porta à son apogée la puissance
maurya; mais, sous ses successeurs, des princes grecs se rendent indépendants
en Bactriane ;
Arsace
émancipe les Parthes ( L'histoire
de l'Iran );
des royaumes indo-grecs se fondent sur l'Indus et sur l'Oxus, d'après
le modèle de celui de Diodote, le gouverneur indépendant de la Bactriane.
Eucratidès, Démétrius, Agathoclès,
Ménandre, frappent des monnaies, encouragent les arts, protègent même
la religion indigène et se font presque Indiens. Vers 50 av. J.-C, tout
ce groupe indo-grec, isolé du monde hellénique, battu en brèche par
les succès des Parthes, disparaît devant la poussée des invasions venues
de l'Asie centrale.
De l'ère saka
au règne de Harcha.
Les Sakas (Scythes iranisés), à leur
tour, furent bousculés par des peuples congénères, les Kouchans,
qui rétablirent à leur profit l'empire des Démétrius et des Ménandre.
Kanichka, le plus fameux de cette famille passe pour le créateur de l'ère
saka ou çaka (78 apr. J.-C). D'un autre côté, des rois indo-parthes
tâchaient de s'approprier les débris de l'empire séleucide et maurya
L'un d'eux, Gondopharès, aurait été, d'après la légende, un des convertis
de saint Thomas. Le sud de l'Inde, perdue par les successeurs d'Ashoka,
entre dans l'histoire avec le mouvement commercial qui s'accentuait de
jour en jour; à cette époque, la propagande bouddhique
pénétrait en Chine et en Indochine .
L'ère chrétienne
vit s'ouvrir une phase de prospérité et de grandeur commerciales. Une
invasion de Huns
(VIe s.) ravagea le Pendjab, le Cachemire
et l'Inde centrale; puis les hordes disparurent sans laisser de traces
de leur passage. Au VIIe siècle, un grand
prince, Harcha Vardhana Siladatiya, soumit l'Hindoustan et essaya de faire
renaître l'empire d'Ashoka; il s'avança vers
le Sud, mais il fut repoussé par le chaloukya Poulikési II. A la mort
d'Harcha, l'Hindoustan, ainsi que l'Inde méridionale, continua à se morceler
en petites dynasties locales, au moment même où l'islam
commençait à se répandre dans le pays entier.
Le Moyen âge indien
L'islamisation.
Des trafiquants musulmans ,
presque au lendemain de la mort du prophète Mohammed
(VIIe siècle), avaient paru sur les côtes,
et des cavaliers faisaient des incursions dans le Sindh. Les conquêtes
des Musulmans au commencement du VIIIe
siècle, et notamment celles de Kotaïbah, général du calife-Abdel-Malek,
qui soumit les rives du Sind vers l'an 707, ajoutèrent aux connaissances
que l'Occident possédait déjà sur l'Inde.
Mahmoud
de Ghazni (997-1030) est le premier véritable conquérant musulman
de l'Inde, il y fit dix-sept expéditions. En 1024, il avait déjà soumis
toute la partie septentrionale et occidentale jusqu'au Bengale
: l'Inde était alors partagée entre un nombre immense de radjahs, parmi
lesquels les radjahs de Lahore
étaient les plus puissants; ceux-ci restèrent encore quelque temps indépendants.
Mahmoud s'avança ensuite jusqu'à Gwalior et Canoge ,
d'une part; de l'autre, jusqu'Ã Somnath, dans le Kattiawar, et prit possession
du Pendjab. Vint ensuite la maison de Ghor, ou dynastie des Gourides (1185-1289)
( Les
dynasties musulmanes au Moyen âge), qui étendit sa domination sur
l'Inde entière; Mohammed marche contre le roi de Delhi, qu'il défait
et tue, en 1193. Cette date est considérée comme marquant l'ère d'asservissement
des Hindous.
Le successeur de
Mohammed fut le gouverneur même de Delhi, Koutab-oud-Din, qui fonda la
première dynastie musulmane de l'Inde (celle dite des Esclaves);
elle compta des princes de valeur, et dura jusqu'en 1290; elle eut à repousser
des invasions mongoles
et à réprimer des révoltes intérieures. La maison de Kilji (Afghans
Chilligis) occupa ensuite le trône pendant trente ans. Ala-oud-Din (1295-1315)
augmenta son empire et s'empara du Gudjerat; un de ses généraux poussa
ses conquêtes jusque dans le Carnatique; à l'extrémité même de l'Inde,
il bâtit une mosquée
en face du pont d'Adam. La maison de Toughlak (1320-1414) fournit des princes
tels que Mohammed, dont la férocité ne fut surpassée que par celle de
ses successeurs; elle disparut avec l'invasion de Tamerlan
(1398-1399).
La prise de Delhi
fut célébrée par des horreurs sans nom; le terrible conquérant tartare
traversa ensuite le Gange, alla jusqu'Ã Hardwar, ordonna un autre grand
massacre à Meerut, et, après avoir contourné le pied de l'Himalaya,
s'enfonça dans les défilés nord-ouest et passa dans l'Asie centrale
(1399). L'invasion de Tamerlan ne laissa que des ruines. L'empire de l'Inde
passa ensuite aux enfants de Tamerlan, mais seulement après la mort d'un
usurpateur, Keser-Khan (1414-1421), et après l'extinction de la courte
dynastie des Afghans
Lodis (1448-1525). Sous ses dynasties s'achève l'oeuvre de désagrégation
des provinces rassemblées à grand-peine sous l'autorité des princes
de la maison de Toughlak. Le Bengale ,
était devenu indépendant, dès 1340; le Gudjerat l'était également,
depuis 1391. Dans le Deccan, l'histoire du XIVe
au XVIe siècle se trouve groupée autour
de deux maisons royales : les rajahs de Vijayanagar et les sultans Bahmanis
dont les possessions correspondaient en partie au territoire des Etats
du Nizam. La chute des princes Bahmanis n'empêcha pas la ruine du grand
royaume hindou du Deccan, qui succomba sous la coalition des princes musulmans,
à la bataille de Talikot (1565).
L'empire du Grand
Moghol
Avec les Mongols ,
l'Inde allait reprendre une apparence d'unité (XVIe
s.). Baber, descendant de Tamerlan ,
quitta son royaume héréditaire de Ferghana ( Le
Kharezm et les khanats ouzbeks ),
et, après s'être emparé de Samarcande ,
de Kaboul ,
et avoir traversé le défilé de Khaïber (Kaiber Pass), il défit le
roi de Delhi à Panipat (1526), triompha des Radjpouts et mourut à Agra,
ayant fondé un immense empire (1530), connu sous le nom d'empire du Grand
Moghol. Sa dynastie devait fournir une longue suite de princes et finir,
le 14 septembre 1857, par la capture du vieil empereur Bahadur-shah.
Akbar, petit-fils
de Baber (1556-1605), est le prince le plus éclairé qui ait ,jamais régné
sur l'Inde; il réunit sous son sceptre un grand nombre de provinces, et
il inaugura un système d'administration dont les Anglais ont suivi par
la suite les grandes lignes. Il sut se concilier les Hindous ,
encouragea la littérature et les arts et s'intéressa aux diverses religions
qui avaient des représentants dans son empire. Il fit de sa cour un rendez-vous
de lettrés et de sages. Avec son petit-fils, Jahângir, surnommé Shâh-Djihan,
la puissance moghole atteignit son apogée; l'Europe apprit à connaître
la splendeur de ses palais. On admire encore à Agra et à Delhi les monuments
qu'il fit édifier. C'est à lui que l'on doit notamment, à Agra, le Tadj-Mahal,
un mausaulée construit pour son épouse morte en 1631. Sous Aurangzeb
(Aureng-Zeyb), son fils (1658-1707), grand
prince, malheureusement fanatique et féroce, les Radjpouts se rendirent
indépendants (1679), ainsi que les Marathes,
guidés par un chef aventureux, Sivaji (1674). Les Sikhs
se soulevèrent également. Les successeurs d'Aurangzeb ne purent enrayer
ce mouvement de décadence.
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La
Grande mosquée de Delhi.
Le Deccan se détachait
de l'empire, et le gouverneur d'Aoudh (Audh) secouait le joug. En 1739,
les Iraniens
envahissaient l'Inde; Nadir-shah assiégeait Delhi et ne se retirait qu'après
avoir ordonné un pillage qui dura cinquante-huit jours. Il laissera l'empire
du Grand Moghol irremédiablement affaibli. Les soubabs et nababs mongols,
les radjahs et les tribus hindoues, surtout les Marathes
et les Sikhs, se soulèvent et forment des États indépendants. Dix ans
après, Ahmed-shah, à la tête des
tribus afghanes ,
envahit et dévasta l'Inde six fois de suite. Les Marathes s'étaient vainement
opposés à ces incursions; ils avaient été battus à Panipat (1761)
du reste, la dynastie fondée par Sivaji n'avait pas conservé longtemps
l'autorité. Son petit-fils, Sahou, fut dépouillé de ses biens par son
ministre brahmane ,
Balaji Visvanath, qui, avec l'appui des Moghols, prit le titre de pechva;
un partage en cinq branches ne tarda pas à se faire des dépouilles de
l'héritage de Sivaji : à Pounah (le Pechva), à Goualior (Sindhia), Ã
Indore (Holkar), à Baroda (Gaïkowar). C'est chez les Marathes que les
Anglais allaient bientôt trouver de la résistance. Quant au pouvoir du
Grand Moghol ils avaient habilement profité de l'anarchie qui avait suivi
l' invasion afghane pour le restreindre de plus en plus, jusqu'au jour
où ils firent du vieil empereur de Delhi leur prisonnier à Rangoon.
Les convoitises
européennes.
Attaquée par les musulmans du côté
de la terre, l'Inde le fut, du côté de la mer,
par les chrétiens. Des voyageurs européens avaient depuis longtemps devancé,
à la côte de Malabar. En 1497,
Vasco de Gama,
envoyé par le roi de Portugal
à la cour de Zamorin, avait doublé le cap de Bonne-Espérance, et était
venu aborder sur les côtes occidentales de la presqu'île cisgangétique
(1498). La suprématie portugaise se trouva établie pendant près d'un
siècle sur tout le littoral ouest de l'Inde et, sur mer, du golfe Persique
à l'Indochine (1500-1600). Elle passa ensuite aux Hollandais, qui arrivèrent
dans les mers de l'Inde vers les dernières années du XVIe
siècle, puis, dans la première moitié du siècle suivant, éliminèrent
successivement les Portugais de tous leurs comptoirs (sauf Goa).
La Compagnie des Indes orientales exerça la prépondérance jusqu'à la
fin du XVIIe siècle, faisant peser lourdement
sa domination sur les habitants. Mais, dès le début du XVIIIe
siècle, sa puissance commença à décliner, et, pendant les guerres de
la Révolution, les Hollandais furent supplantés dans presque toute la
région par l'Angleterre, de 1793 à 1811; Java fut pourtant rendue en
1816, et Sumatra
échangée contre Malacca en 1824.
Les Anglais et les
Français, longtemps avant la révolution de 1688, si fatale à la prospérité
commerciale de la Hollande, avaient essayé de lutter contre la concurrence
hollandaise et de fonder des compagnies. En 1599-1600, se formait, Ã Londres,
la Compagnie des marchands trafiquants aux Indes orientales, qui
prépara peu à peu la voie à l'impérialisme anglais. En France, des
marchands rouennais essayèrent d'établir un commerce régulier avec l'Inde
(1603); en 1611-1615-1642, on tenta de constituer une Compagnie des
Indes orientales, qui ne fut définitivement organisée qu'en 1664
par Colbert. En 1719, elle devint la Compagnie
des Indes par la fusion avec les compagnies des Indes occidentales, du
Sénégal et de la Chine. En 1769, un décret royal suspendit ses privilèges,
et un décret du Directoire l'abolit en 1796. Des compagnies rivales, danoise
(1612-1846), écossaise (1695), espagnole (1733), allemande (1722-1793),
suédoise, etc., étaient également entrées en ligne; mais, seules, l'Angleterre
et la France luttèrent sérieusement pour la possession effective de l'Inde.
La grande période
de combat s'ouvre avec la guerre de la succession d'Autriche. La
Bourdonnais et Dupleix soutinrent la guerre;
mais la cour de Versailles, au lieu de
soutenir leurs efforts, les laissa livrés à eux-mêmes, et encore malgré
les succès de Dupleix dans le Karnatik (Carnatique), celui-ci fut finalement
rappelé en 1753, laissant le champ libre aux Anglais. Sous la direction
de la Compagnie des Indes et sous la conduite de Clive et de Warren
Hastings, ceux-ci reprennent le rôle que déserte Louis
XV. Clive, le vainqueur de Plassey, soutenu et récompensé par son
gouvernement; en 1765, fonde la dévannie du Bengale
dont il est nommé gouverneur, et organisait les services de la Compagnie.
Il quitta l'Inde en 1767 et fut remplacé par Warren Hastings en 1772,
nommé, en 1774, gouverneur général du Bengale. A cette époque commence
la longue série de gouverneurs qui se succédèrent au Bengale et, peu
à peu, établirent solidement la suprématie anglaise par des annexions
ou des conquêtes. Ils ont commencé par faire du nabab d'Aoudh leur vassal;
puis ils obtiennent par surprise et par ruse Bénarès et beaucoup d'autres
villes importantes; des guerres heureuses contre les Français, contre
les deux rois de Maïssour (Haïder-Ali et Tippou-Saïb), contre les Marathes,
contre tous les indigènes, finissent, vers 1817, par les rendre maîtres
de presque tout l'Hindoustan, qu'ils possèdent, soit comme provinces immédiates,
soit comme fiefs placés sous leur protection.
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Bénarès
et le Gange (Dasasvamedha Ghat), au XVIIIe siècle, par Thomas Daniell.
L'Inde moderne
Naissance d'un empire.
Sous lord Auckland
(1836-1842), on a à enregistrer l'effroyable massacre de 16 000 hommes
de troupes anglaises dans les défilés de l'Afghanistan
(défilé de Khaïber). Lord Ellenborough (1842-1844) vengea cet échec
en annexant le Sindh (1843). Lord Hardinge (1844-1848) réduisit définitivement
les Sikhs qui, à la mort de Ranjit Singh, avaient violé les conventions.
L'annexion, cette fois complète, du royaume d'Aoudh, opérée en 1856
par le gouverneur général Dalhousie (1848-1856), jointe à diverses causes
d'un mécontentement longtemps contenu, donne lieu en 1857 à la révolte
des Cipayes et à une insurrection formidable. Le signal fut donné Ã
Meerout (Mirat), au Bengale ,
par un régiment de cavalerie indigène (10 mai 1857) les insurgés furent
bientôt maîtres de Delhi et de Lucknow, qui devinrent leurs principales
places d'armes.
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Le
siège de Delhi, en 1857.
Bientôt, le rajah
de Bithour, Nana Sahib, prit une part active à l'insurrection et
commanda l'effroyable massacre de Cawnpour; grâce au loyalisme des Sikhs,
les Anglais eurent le temps de se reprendre et d'organiser la défense.
Dès le 14 mai 1857, Delhi avait été pris après des prodiges de valeur;
le vieil empereur, le dernier des Moghols, Bahadur-shah, fut fait prisonnier
et envoyé à Rangoon, où il mourut (1862). Ses fils furent tués de la
main même de Hodson. Les représailles furent horribles. Il fallut un
an pour la répression complète de la révolte, dont les conséquences
furent un changement dans l'administration, et, par l'act de 1858,
le transfert du gouvernement de la Compagnie à la couronne. L'Inde, où
les Anglais ont fini par asseoir leur domination plus solidement que jamais.
fut dès lors gouvernée par la reine d'Angleterre, Victoria,
et, en son nom, par un secrétaire d'Etat assisté d'un conseil; le gouverneur
général reçut le titre de vice-roi. En 1877, sous la vice-royauté de
lord Lytton, la reine Victoria fut proclamée solennellement impératrice
des Indes. Lord Dufferin (1885-1890) annexa la Birmanie à l'empire, qui
s'était déjà étoffé à sa périphérie du Béloutchistan
(dans l'actuel Pakistan )
(1876-1887), du Népal (1816), du Bhoutan
(1865) et du Sikkim (1890).
Depuis 1900.
Le nationalisme
indien (à distinguer des opposition et des révoltes locales que l'on
a signalées) n'avait pas attendu la formation de l'empire pour apparaître.
Mais il n'avait pris véritablement sa force qu'à partir de la fondation
en 1885 du Congrès national Indien qui se pose dans un premier temps comme
l'interlocuteur institutionnel des Britanniques en Inde, et ensuite comme
le principal mouvement indépendantiste. La première revendication exprimée
de l'indépendance réunira Hindouistes
et Musulmans en
1916 (Pacte de Lucknow). Diverses stratégies s'expriment à la même époque
: Tilak prône l'action violente, le mahâtmâ Mohandas
Karamchand Gandhi, à la tête du Congrès national indien depuis 1920,
prône la non-violence et la non-collaboration avec l'occupant. On assiste
également à une séparation dans les revendications entre Hindouistes
et Musulmans, ces derniers se plaçant sous la bannière de la Ligue musulmane,
fondée dès 1906, et qui en 1940, sous la conduite de Mohammed
Ali Jinnah, demande la création d'un État musulman au Pakistan.
Les Britanniques,
sous la conduite du vice-roi Lord Mountbatten, accorderont finalement l'indépendance
en 1947 (Indian Independance act, le 16 février; transmission effective
des pouvoirs, 15 août). Deux États sont fondés, L'Union Indienne (Bharat),
majoritairement hindouiste et le Pakistan, musulman, qui, à l'époque
comprend une partie occidentale (le Pakistan actuel) et une partie orientale,
qui est une portion du Bengale ,
et deviendra en 1971, après une guerre d'indépendance, le Bangladesh.
Le Népal
avait déjà acquis son indépendance en 1923; le Sikkim passe maintenant
sous protectorat indien; la Birmanie (Myanmar) et Ceylan (Sri Lanka) acquièrent
leur indépendance en 1948.
La première guerre
indo-pakistanaise éclate dès l'indépendance à propos de la région
du Cachemire, une dispute territoriale qui demeure une source de conflit
(Aujourd'hui encore 40% de la superficie du Cachemire restent occupés
par le Pakistan depuis 1947). Le 26 janvier 1950, l'Inde adopte sa Constitution
et devient une république démocratique et laïque. Rajendra Prasad
devient le premier président de l'Inde. L'année suivante, les premières
élections générales de l'Inde se tiennent, et le Congrès national indien,
dirigé par Jawaharlal Nehru, remporte une victoire
écrasante. En 1956, les États indiens sont réorganisés selon des critères
linguistiques. Les frontières internes sont modifiées pour mieux représenter
les diverses langues et cultures du pays. En 1962, la guerre sino-indienne
éclate, et débouche sur une défaite humiliante pour l'Inde face à la
Chine.
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La
Révolution verte en Inde
Au cours des deux
premières décennies après l'indépendance, la production agricole indienne
peinait à suivre la croissance démographique explosive. Le pays était
régulièrement frappé par de graves pénuries alimentaires et des famines,
notamment la terrible famine du Bihar en 1966.
Cette vulnérabilité forçait l'Inde à dépendre massivement de l'aide
alimentaire étrangère, en particulier des importations de blé en provenance
des États-Unis dans le cadre du programme PL-480. Cette situation de dépendance,
souvent qualifiée d'existence du "navire à la bouche" (ship-to-mouth),
était perçue comme une menace directe pour la souveraineté nationale
et la stabilité politique du jeune État.
Face à cette crise
imminente, le gouvernement indien a cherché des solutions radicales, trouvant
un écho favorable dans les travaux de l'agronome américain Norman Borlaug.
Borlaug avait développé au Mexique des variétés
de blé nain à haut rendement, résistantes aux maladies et capables de
produire beaucoup plus de grains que les variétés traditionnelles. Le
scientifique indien Mankombu Sambasivan Swaminathan, souvent considéré
comme le père de la Révolution verte
en Inde, a joué un rôle crucial en reconnaissant le potentiel de ces
semences et en les adaptant aux conditions climatiques et pédologiques
indiennes. Avec le soutien politique de figures clés comme le ministre
de l'Agriculture C. Subramaniam et le Premier ministre Lal Bahadur Shastri,
puis Indira Gandhi, un programme national ambitieux a été lancé officiellement
en 1965.
Cette transformation
a reposé sur un véritable "paquet technologique". Les Variétés à Haut
Rendement (VHR) nécessitaient des conditions très spécifiques pour exprimer
leur plein potentiel. Ce modèle exigeait l'utilisation massive d'engrais
chimiques, de pesticides et de herbicides.
Surtout, il requérait une irrigation abondante et parfaitement contrôlée,
ce qui a entraîné le forage de millions de puits tubulaires et la construction
de vastes réseaux de canaux. La mécanisation a également fait son apparition,
avec l'adoption croissante de tracteurs et de moissonneuses-batteuses,
remplaçant progressivement les méthodes de labour traditionnelles.
Dans un premier temps,
la Révolution verte a été concentrée dans les régions disposant déjÃ
d'infrastructures d'irrigation adéquates et d'une classe paysanne relativement
aisée, à savoir le Pendjab, le Haryana
et l'ouest de l'Uttar Pradesh. Les résultats
ont été spectaculaires et quasi immédiats. Entre 1965 et le début des
années 1970, la production de blé a explosé dans ces États, évitant
au pays la famine annoncée. Le succès fut tel qu'il a profondément changé
la psychologie nationale : l'Inde est passée d'un sentiment de fatalisme
à une fierté retrouvée. Au fil des ans, le pays a atteint l'autosuffisance
en céréales alimentaires, créant même des stocks tampons stratégiques
gérés par la Food Corporation of India pour parer aux mauvaises récoltes
futures.
Fort de ce succès
initial avec le blé, le modèle a été étendu à la culture du riz au
début des années 1970, notamment grâce à l'introduction de la variété
IR8 développée par l'Institut international de recherche sur le riz aux
Philippines.
La révolution s'est également propagée à d'autres régions, comme le
Tamil Nadu et l'Andhra
Pradesh, bien que les rendements y aient été plus variables en raison
de conditions géographiques et hydrologiques différentes. Si la production
globale de céréales a considérablement augmenté, les légumineuses
et les cultures commerciales n'ont pas connu la même dynamique, créant
un déséquilibre dans le régime alimentaire et l'économie agraire du
pays.
Cependant, au-delÃ
de la prouesse quantitative, cette course au rendement a engendré de lourdes
conséquences environnementales qui n'ont cessé de s'aggraver avec le
temps. L'utilisation intensive d'engrais chimiques et de pesticides a entraîné
une dégradation profonde de la santé des sols,
provoquant une perte de fertilité, une salinisation et une toxicité accrue.
L'irrigation effrénée a conduit à une surexploitation catastrophique
des nappes
phréatiques, particulièrement au Pendjab,
où les niveaux d'eau souterraine chutent de manière dramatique chaque
année. De plus, la promotion de la monoculture au détriment des variétés
locales a entraîné une perte massive d'agrobiodiversité, rendant les
cultures beaucoup plus vulnérables aux nouvelles maladies et aux aléas
climatiques.
La Révolution verte
a aussi profondément bouleversé la structure rurale indienne. Parce que
le "paquet technologique" nécessitait des investissements financiers importants,
seuls les grands propriétaires terriens ont pu en tirer pleinement profit.
Cette dynamique a exacerbé les inégalités dans les campagnes, marginalisant
les petits agriculteurs et les paysans sans terre qui n'avaient pas accès
au crédit. L'endettement est devenu endémique, les paysans empruntant
chaque saison pour acheter ces intrants coûteux. Ce piège de la dette,
combiné à la stagnation des prix de vente et à la destruction des sols,
est l'une des causes profondes de la tragique vague de suicides d'agriculteurs
qui frappe l'Inde depuis les années 1990.
En définitive, l'histoire
de la Révolution verte en Inde est celle d'un immense paradoxe. D'un point
de vue démographique et géopolitique, elle a été un succès retentissant,
sauvant des centaines de millions de vies de la famine et permettant Ã
la nation de s'affranchir de la tutelle alimentaire occidentale. Elle a
posé les bases de la sécurité alimentaire moderne de l'Inde. Toutefois,
ce triomphe a été obtenu au prix d'une dette écologique et sociale colossale.
Aujourd'hui, alors que les limites de ce modèle productiviste sont atteintes,
l'Inde se trouve confrontée au défi monumental de réinventer son agriculture
pour la rendre plus durable, équitable et résiliente face au changement
climatique. |
Jawaharlal Nehru
meurt en 1964. Lal Bahadur Shastri lui succède, mais décède en 1966.
Indira Gandhi, la fille de Nehru, devient Premier ministre. En 1971 a lieu
la troisième guerre indo-pakistanaise qui conduit à la création du Bangladesh.
Indira Gandhi est acclamée pour son rôle dans cette victoire. Entre 1975
et 1977, Indira Gandhi déclare l'état d'urgence, suspend les libertés
civiles et emprisonne des opposants politiques. En 1977, elle perd les
élections et le Janata Party prend le pouvoir. Indira Gandhi revient au
pouvoir en 1980 après la victoire du Congrès aux élections. En 1984
a lieu l'opération Blue Star, une intervention militaire contre des militants
sikhs dans le Temple d'Or d'Amritsar,qui conduit à l'assassinat
d'Indira Gandhi par ses gardes du corps sikhs. Son fils, Rajiv Gandhi,
devient Premier ministre.
Entre 1984 et 1989,
Rajiv Gandhi entreprend des réformes économiques et technologiques. Toutefois,
son mandat est entaché par des scandales de corruption.Il estassassiné
en 1991 par des militants tamouls. P.V. Narasimha Rao devient Premier ministre
et lance des réformes économiques radicales qui libéralisent l'économie
indienne. Des émeutes éclatent en 1992 après la démolition de la mosquée
Babri à Ayodhya par des nationalistes hindous. L'Inde connaît entre 1996
et 1999 une grande instabilité politique. Plusieurs gouvernements de coalition
se succédent. En 1998, le Bharatiya Janata Party (BJP) de Atal Bihari
Vajpayee forme le gouvernement et l'Inde réalise des essais nucléaires
à Pokhran, déclarant officiellement son statut de puissance nucléaire.
En 1999, éclate le conflit de Kargil entre l'Inde et le Pakistan dans
la région du Cachemire.
Sous le Premier ministre
Atal Bihari Vajpayee du BJP, l'Inde connaît une croissance économique
notable, encouragée par des réformes économiques et une libéralisation
continue. Toutefois, la période est marquée par des tensions communautaires,
notamment les émeutes du Gujarat en 2002.
En 2004, le Congrès national indien, dirigé par Sonia Gandhi, remporte
les élections générales. Manmohan Singh devient Premier ministre. Son
gouvernement met en oeuvre des politiques de développement rural et des
programmes sociaux, tels que le Mahatma Gandhi National Rural Employment
Guarantee Act (MGNREGA). En novembre 2008, des attentats terroristes ensanglantent
Mumbai. Ils ont été perpétrés par des militants islamistes, qui ont
tué plus de 160 personnes et ont souligné les défis sécuritaires persistants
de l'Inde.
En 2010, l'Inde accueille
les Jeux du Commonwealth à New Delhi, mais l'événement est entaché
par des scandales de corruption. L'année suivante, le mouvement anti-corruption
dirigé par Anna Hazare gagne en popularité, dénonçant la corruption
gouvernementale et réclamant des réformes. En 2014, Le BJP, dirigé par
Narendra Modi, remporte une victoire écrasante aux élections générales.
Modi devient Premier ministre et lance des initiatives telles que Make
in India pour stimuler la fabrication et l'investissement étranger,
ainsi que Swachh Bharat Abhiyan pour améliorer la propreté publique.
En 2016, le gouvernement de Modi annonce la démonétisation soudaine des
billets de 500 et 1000 roupies pour lutter contre la corruption et l'économie
souterraine, provoquant des perturbations économiques et des débats intenses.
Le BJP remporte à nouveau les élections générales en 2019, avec une
majorité encore plus grande. Modi entame son second mandat. Le gouvernement
abroge l'article 370, supprimant l'autonomie spéciale du Jammu-et-Cachemire,
entraînant des tensions accrues dans la région.
La pandémie de covid-19
frappe durement l'Inde, entraînant des confinements stricts, des perturbations
économiques et une crise sanitaire majeure. Le gouvernement met en place
des mesures de relance économique et lance un vaste programme de vaccination
en 2021. A la même époque, des tensions frontalières avec la Chine dans
la région du Ladakh
conduisent à des affrontements militaires, exacerbant les relations sino-indiennes.
Des manifestations massives des agriculteurs contre les nouvelles lois
agricoles du gouvernement Modi marquent aussi l'actualité du moment. Après
un an de protestations, le gouvernement retire finalement les lois controversées
en novembre 2021. L'Inde célèbre le 75e
anniversaire de son indépendance en 2022, avec des célébrations et des
réflexions sur les progrès et les défis du pays. En 2023, l'Inde devient
le pays le plus peuplé du monde, dépassant la Chine. Cela accentue les
défis en matière de développement durable, d'infrastructure et de gestion
des ressources. |
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