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Zanzibar, la côte swahilie et le Mozambique |
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côte orientale de l'Afrique, longtemps appelée le pays de Zendj (= pays
des Noirs), a été fréquentée dès les
premiers siècles de notre ère par des
navigateurs alexandrins et chinois. Un peu plus tard, plusieurs comptoirs
seront fondés par des négociants arabo-musulmans. Quelques Indiens s'implantent
également dans la région. Les échanges se faisaient essentiellement
en direction de l'Océan indien (Péninsule arabe, Perse Entre le VIIe
et le XIIIe
siècle, diverses cités-États créées
par des Arabes y sont fondées : Lamu, Pate, Malindi, Mombasa,
Sofala,
plus au Sud, qui sert de relais au commerce avec le royaume du Monomotapa,
et, sur une île, Zanzibar L'affaiblissement de la puissance omanaise (perte de plusieurs villes swahili) au début du XIXe siècle donne à Zanzibar une importance nouvelle. Seyid Saïd, le Sultan de Mascate s'y installe en 1832 où il développera la culture de la girofle qui fera sa fortune. La ville devient le principal centre commercial de la région. Sa tête de pont sur le continent sera Bagamoyo. C'est à cette époque que culminent les échanges avec les régions intérieures de l'Afrique. Chaque année, 15 000 esclaves transitaient par les marchés des ports arabo-sawhili. Dates -clés : XIIe siècle - Les Arabes sont établis à Sofala. |
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Le Sud-est de l'Afrique avant 1500Le littoral de l'Afrique orientale, depuis les rivages de la Somalie jusqu'aux embouchures du Mozambique, forme de longue date un monde cohérent et mouvant, baigné par l'océan Indien, parcouru par les vents de mousson, habité par des populations de langues bantoues, de pêcheurs, d'agriculteurs, de marchands, de bâtisseurs de cités de corail et de pierre. Cette côte, que les voyageurs arabes appellent le pays des Zanj, les géographes grecs la connaissent dès l'Antiquité sous le nom d'Azanie, et elle demeure pendant des siècles un carrefour entre l'Afrique intérieure, l'Arabie, la Perse, l'Inde et au-delà . Zanzibar, les îles de Pemba et de Mafia, les ports de Kilwa, de Mombasa, de Malindi, de Sofala et de Mozambique ne sont pas des créations tardives : ils plongent leurs racines dans un peuplement africain ancien, enrichi par des apports venus de la mer, sans jamais cesser d'être fondamentalement africains dans leurs langues, leurs structures sociales et leur culture matérielle.Les premières traces d'occupation humaine sur la côte remontent à la fin de l'âge de pierre, avec des communautés de pêcheurs et de ramasseurs de coquillages qui exploitent les mangroves, les récifs et les lagons. À partir du premier millénaire avant notre ère, des populations de langue bantoue, venues de l'intérieur du continent, atteignent le littoral et s'y installent durablement. Elles cultivent le sorgho, le millet, le riz africain, les légumineuses et plus tard la banane et le cocotier; elles élèvent des chèvres, des moutons, des poulets et parfois des bovins dans les zones moins humides. La pêche au filet, à la nasse, à la ligne et au harpon fournit une part essentielle de l'alimentation, tout comme la collecte des coquillages, des crabes et des oursins. Le sel, extrait par évaporation de l'eau de mer dans les marais salants naturels, devient rapidement un produit d'échange précieux avec les populations de l'intérieur. Dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, le commerce maritime se développe le long de cette côte. Le Périple de la mer Érythrée, texte grec du premier siècle, mentionne des ports comme Rhapta, dont la localisation précise reste débattue, et décrit des échanges de fer, de verre, de vin et d'armes contre de l'ivoire, de l'écaille de tortue, de la corne de rhinocéros et de l'huile de palme. Les navigateurs savent utiliser les moussons du nord-est pour descendre de l'Arabie et de l'Inde vers l'Afrique entre novembre et mars, puis les moussons du sud-ouest pour remonter entre avril et septembre. Les boutres, voiliers en bois cousu aux voiles latines, transportent des marchandises légères mais de grande valeur : perles de verre, tissus de coton, fils de laiton, bijoux, épices, parfums. Les Africains de la côte, loin d'être de simples récepteurs passifs, construisent leurs propres embarcations, organisent des expéditions commerciales et sélectionnent les produits qu'ils acceptent d'échanger. Les cités swahilies commencent à émerger de façon plus visible à partir du VIIIe siècle. La culture swahilie, née de la rencontre entre les populations bantoues de la côte et les marchands venus d'Arabie, de Perse et d'Inde, se caractérise par une langue bantoue enrichie de nombreux emprunts arabes et persans, par une religion musulmane qui se diffuse progressivement à partir du IXe ou du Xe siècle, par des formes architecturales en pierre de corail et par une organisation sociale fondée sur le commerce maritime et les liens avec l'arrière-pays. Les maisons de pierre, les mosquées, les palais et les tombeaux à coupole apparaissent à Kilwa, à Shanga, à Manda, à Gedi, à Mombasa et dans bien d'autres sites. Le corail extrait des récifs est taillé en blocs, lié au mortier de chaux, sculpté en niches, en arcs et en frises. Les portes en bois de teck ou d'ébène sont ornées de clous de cuivre. Les cours intérieures, les puits, les citernes et les bains témoignent d'un art de vivre urbain original, où se mêlent des influences multiples mais où les artisans et les ouvriers sont d'abord des Africains. Zanzibar, île située en face de la future ville de Dar es Salaam, occupe une place particulière dans ce réseau. Le nom Zanzibar vient probablement du persan zangî bâr, signifiant la côte des Noirs, et désigne d'abord l'ensemble du littoral avant de se fixer sur l'île principale. Les habitants de Zanzibar et de Pemba cultivent le cocotier, le clou de girofle, la canne à sucre, le riz, les agrumes et les bananes; ils pêchent dans les eaux poissonneuses du canal qui sépare l'île du continent; ils construisent des bateaux ; ils commercent avec les ports voisins de Mombasa, de Malindi, de Kilwa et avec l'archipel des Comores et Madagascar. Les traditions locales parlent de rois et de chefs africains, les wafalme, qui règnent sur des villages fortifiés avant l'arrivée de l'islam et l'établissement de sultanats plus tardifs. La conversion à l'islam, progressive et souvent superficielle dans les campagnes, touche d'abord les élites marchandes et urbaines, tandis que les populations rurales conservent longtemps des cultes liés aux ancêtres, aux esprits de la mer et aux forces de la nature. Kilwa, située plus au sud sur la côte de l'actuelle Tanzanie, devient à partir du XIIe siècle la plus puissante des cités swahilies. Sa fondation légendaire est attribuée à un prince persan venu de Shiraz, mais les recherches archéologiques montrent que la ville existait bien avant, comme port de pêche et de commerce africain. Les souverains de Kilwa, portant le titre de sultan, contrôlent une partie du commerce de l'or venu du plateau du Zimbabwe, de l'ivoire des savanes, du fer, du cuivre, des esclaves, des peaux de léopard, de l'ambre gris et des coquillages. La grande mosquée de Kilwa, agrandie à plusieurs reprises, compte des coupoles et des voûtes soutenues par des colonnes de corail; le palais de Husuni Kubwa, perché sur une falaise, comprend plus d'une centaine de pièces, des cours, des bains et des entrepôts. Les pièces de monnaie frappées à Kilwa, en cuivre et en argent, portent les noms des sultans et circulent le long de la côte. Les chroniques locales, comme la Chronique de Kilwa, mêlent généalogies réelles et mythes d'origine pour légitimer le pouvoir des dynasties régnantes. Plus au sud, le Mozambique actuel constitue une autre zone essentielle du commerce et du peuplement. Le port de Sofala, situé à l'embouchure du grand fleuve Save, est mentionné par les géographes arabes dès le Xe siècle comme la principale porte de sortie de l'or du royaume du Zimbabwe. Les marchands de Kilwa et d'autres cités y entretiennent des comptoirs, échangent des perles, des étoffes et des articles de luxe contre l'or, l'ivoire, le cuivre et les esclaves. Les chefs locaux, les seigneurs de la terre, contrôlent les routes menant à l'intérieur et prélèvent des taxes sur les caravanes. L'or, extrait des mines du plateau, descend vers la côte sous forme de poudre, de pépites ou de lingots. Une partie est expédiée vers l'Arabie, l'Inde et jusqu'en Chine, où l'or de Sofala est apprécié. L'ivoire des éléphants du bas Zambèze et du Limpopo alimente les ateliers d'Inde et du Moyen-Orient. Le cuivre du Katanga et du Zambèze sert aux parures et aux objets rituels. Les îles de Mozambique, de Quirimba et de l'archipel de Bazaruto abritent des communautés de pêcheurs et de commerçants swahilis qui font le lien entre l'Afrique orientale, Madagascar et les Comores. La ville de Mozambique, sur une petite île corallienne, devient progressivement un port important grâce à sa rade abritée et à sa position intermédiaire entre Sofala et les cités du nord. Les navigateurs arabes et persans y font escale, ainsi que des marchands indiens, malais et parfois chinois. Les dhows chargés de riz, de sucre, de cotonnades, de porcelaines, de perles et de cuivre y croisent les pirogues africaines apportant poisson séché, bois, écailles de tortue, ambre gris et esclaves. Les langues locales, le macua, le makondé, le sena, le shona, intègrent des mots swahilis et arabes. L'islam se diffuse lentement le long de la côte, sans jamais effacer les cultes ancestraux, les rites de possession, les tambours et les danses des villages. À l'intérieur des terres, dans les régions qui correspondent au Mozambique actuel, vivent des sociétés agricoles et pastorales organisées en chefferies et en royaumes. Le long du Zambèze, des communautés de langue shona et sena cultivent le sorgho, le millet, le riz, les courges, les haricots et le coton. Elles élèvent des bovins, symbole de richesse et de prestige, et travaillent le fer dans des fours à soufflets. Les chefs, appelés mambos ou fumo selon les régions, règnent sur des territoires délimités par des rivières et des collines sacrées, en s'appuyant sur des conseils d'anciens, des devins et des prêtres de la pluie. Les esprits des ancêtres, appelés mhondoro ou vadzimu selon les groupes, parlent par la bouche de médiums et guident les décisions politiques et militaires. Les collines de pierre, comme celles de Manyikeni ou du Grand Zimbabwe plus à l'ouest, servent de sanctuaires et de résidences pour des dynasties puissantes qui contrôlent les mines d'or, les caravanes et le commerce avec la côte. Le royaume du Grand Zimbabwe, sur le plateau intérieur, constitue le principal partenaire et rival des cités côtières. Ses murs de pierre sèche, ses tours coniques, ses enceintes et ses palais témoignent d'une organisation politique et économique remarquable. Les souverains du Zimbabwe monopolisent une partie du commerce de l'or, de l'ivoire et du cuivre, tout en important des perles de verre, des tissus, des porcelaines chinoises, des faïences et des objets de luxe qui renforcent leur prestige. Les routes caravanières relient le plateau à Sofala, à Chibuene, à Angoche et à d'autres ports. Les porteurs, les âniers et les piroguiers transportent les marchandises à travers les savanes, les forêts et les marais, en plusieurs semaines de marche. Les points d'eau, les cols et les gués deviennent des lieux de contrôle et de taxation. Avant 1500, la côte swahilie et le Mozambique connaissent également des épisodes de conflits et de recompositions politiques. Des rivalités opposent Kilwa à Mombasa, Malindi à Pate, Sofala à Angoche. Des sultans sont renversés, des familles marchandes s'exilent, des alliances se nouent et se défont au gré des intérêts commerciaux et des querelles dynastiques. La chronique de Kilwa raconte des guerres contre les infidèles de l'intérieur, des révoltes de cités vassales, des expéditions punitives et des successions disputées. Les Portugais, qui atteignent la côte en 1498 avec Vasco de Gama, décrivent un monde déjà très organisé, avec des villes prospères, des sultans puissants, des marchands habiles et des réseaux commerciaux étendus. Ils notent la présence de navires arabes, indiens et swahilis, la richesse des marchés, la beauté des mosquées et des maisons de pierre, la fertilité des campagnes. Dans les villes et les villages, la vie quotidienne est rythmée par les marées, les moussons, les fêtes religieuses musulmanes et les cycles agricoles. Les pêcheurs partent à l'aube sur leurs boutres ou leurs pirogues à balancier. Les femmes préparent le poisson séché, le riz au lait de coco, les galettes de millet, les plats de haricots et de feuilles. Les artisans travaillent le bois, le cuir, le fer, le coton, le corail, l'argent et le cuivre. Les calligraphes copient le Coran sur des planchettes de bois. Les maîtres d'école enseignent l'arabe et le calcul aux enfants des notables. Les conteurs récitent des épopées, des généalogies et des poèmes en swahili. Les femmes portent des pagnes de coton teints à l'indigo, des bijoux d'argent et de perles, des coiffures soignées. Les hommes portent des robes, des turbans, des sandales et des poignards. Les maisons de terre, de torchis et de chaume dominent dans les campagnes, tandis que les centres urbains mêlent constructions de pierre et quartiers plus modestes. La religion musulmane, pratiquée surtout dans les villes, coexiste avec des croyances et des rites africains. Les esprits de la mer, des rivières, des baobabs et des tombes anciennes sont honorés par des offrandes de nourriture, de parfums et de tissus. Les danses de possession, comme le pepo ou le madogoli, permettent de communiquer avec les esprits et de soigner les malades. Les amulettes, les talismans et les versets coraniques protègent contre les dangers des voyages en mer, les maladies et les mauvais sorts. Les chefs de village, les anciens et les guérisseurs partagent l'autorité avec les cadis, les imams et les sultans. L'islam swahili, souple et syncrétique, respecte souvent les structures claniques et les cultes locaux, tout en introduisant de nouvelles normes juridiques, de nouvelles fêtes et de nouvelles formes de solidarité. Les relations entre les cités côtières et les populations de l'intérieur ne se limitent pas au commerce. Des alliances matrimoniales unissent les familles marchandes aux lignages de chefs. Des enfants sont confiés à des parents éloignés pour apprendre une langue, un métier ou les usages de la ville. Des esclaves, capturés lors de guerres ou de razzias, travaillent dans les champs, les maisons et les caravanes; certains sont affranchis et s'intègrent aux sociétés urbaines. Les métiers se transmettent de père en fils ou de maître à apprenti : forgerons, potiers, tisserands, charpentiers de marine, tailleurs de corail, pêcheurs, pilotes, commerçants, lettrés. Les femmes jouent un rôle important dans le petit commerce, la préparation des aliments, la fabrication des poteries, des nattes et des textiles, ainsi que dans les rituels domestiques et les réseaux d'entraide. La navigation swahilie repose sur une connaissance fine des courants, des vents, des étoiles, des oiseaux de mer et des signes de la côte. Les pilotes, appelés rubban ou nahodha, transmettent oralement des itinéraires, des repères et des distances. Ils savent reconnaître les approches des ports à l'odeur des terres, à la couleur de l'eau, à la forme des nuages. Les boutres, cousus avec des fibres de cocotier, souples et résistants, peuvent affronter les tempêtes de la mousson. Les cartes ne sont pas utilisées, mais des portulans arabes et indiens circulent parfois. Les instruments de navigation se réduisent souvent à un compas rudimentaire, à un astrolabe de fortune et à l'observation du soleil et des étoiles. Les voyages entre l'Afrique et l'Arabie durent plusieurs semaines; ceux vers l'Inde plusieurs mois. Les naufrages, les pirates et les calmes plats sont des dangers constants. Avant l'arrivée des Portugais, la côte swahilie et le Mozambique forment donc un monde déjà ancien, dense et raffiné, où se croisent les influences africaines, arabes, persanes, indiennes et malgaches. Zanzibar, Pemba, Mafia, Kilwa, Mombasa, Malindi, Pate, Lamu, Sofala, Angoche, Mozambique et Quelimane sont autant de centres urbains et marchands, reliés entre eux par la mer et par des routes caravanières qui plongent loin dans l'intérieur. Les produits de l'Afrique (or, ivoire, fer, cuivre, esclaves, peaux, ambre gris, écaille) s'échangent contre des marchandises venues de tout l'océan Indien. Les sociétés swahilies développent une langue, une religion, une architecture, une cuisine, une musique et une littérature originales, ni purement africaines ni simplement arabes, mais profondément métissées. Lorsque Vasco de Gama double le cap de Bonne-Espérance et remonte la côte en 1498, il entre dans un univers maritime déjà structuré, dont les navigateurs, les marchands et les sultans connaissent parfaitement les routes, les ports et les richesses, et dont l'histoire remonte bien avant l'horizon européen. ZanzibarZanzibar« Quand on joue de la flûte à Zanzibar, disait un proverbe arabe, toute l'Afrique des lacs se met à danser. »L'occupation portugaise Les puissances européennes
seront de retour dans la région dès le milieu du XIXe
siècle. Ainsi voit-t-on, le sultan de
Zanzibar, Saïd, qui avait conclu quelques années plus tôt avec la France
un traité de commerce envoyer en 1849
un de ses vaisseaux, la Caroline, porter des présents au président
de la République française. En 1853,
un Marseillais, Rabaud, fonda un comptoir à Zanzibar; puis des Allemands
et des Anglais y installèrent des factoreries. En 1859,
l'évêque de la Réunion envoya à Zanzibar
les premiers missionnaires. Le sultan encouragea les voyages d'exploration
à la recherche des sources du Nil (
Le Mémorial des esclaves captifs, sur l'emplacement de l'ancien marché aux esclaves de Stone Town (Zanzibar). En 1880,
le sultanat de Zanzibar avait encore une étendue considérable, quoique
imparfaitement délimitée. Il comprenait, outre l'île de Zanzibar, l'île
de Pemba au Nord, celle de Mafia au Sud, une partie de la côte africaine,
depuis la presqu'île des Somalis Pourquoi Zanzibar? Par sa situation géographique (en vis-à -vis du port de Bagamoyo, sur le continent) la ville Zanzibar a une importance commerciale considérable; c'est un lieu de transit, un entrepôt pour les marchandises en provenance ou à destination de l'Afrique orientale; au XIXe siècle, c'est à Zanzibar que les Indiens trafiquant tout le long du littoral, par boutres, viennent faire leurs achats, ainsi que les négociants arabes qui expédient des caravanes dans l'intérieur de l'Afrique. Les transactions commerciales se font à Zanzibar par l'intermédiaire d'une douzaine de maisons européennes; le commerce de détail est entre les mains des Indiens de Bombay et de Goa. Le mouvement commercial de Zanzibar dépasse à cette époque les 100 millions de francs.En 1886, les deux puissances s'entendirent pour garantir l'indépendance du sultan, mais cette garantie ne s'étendait qu'aux territoires effectivement occupés par ce souverain, c.-à -d. à l'île de Zanzibar et à une zone étroite le long de la côte. Quant aux possessions continentales du sultan, l'Allemagne et l'Angleterre convinrent de se les partager, ce qui fut fait par le traité du 2 juillet 1887, traité auquel la France adhéra en qualité de cogérante de l'indépendance du sultan de Zanzibar. Le traité du 14 juin 1890 entre l'Angleterre et l'Allemagne marque le terme de l'expropriation du sultan de Zanzibar : l'Allemagne reconnaissait le protectorat exclusif de l'Angleterre sur Zanzibar et Pemba; en échange, elle recevait la portion de la côte que les conventions précédentes avaient réservée au sultan, ainsi que l'île d'Helgoland dans la Baltique. L'Angleterre, suivant l'expression de l'explorateur allemand, le major Wissmann, acquérait « la clef de toute la côte africaine ».-
Fort arabe, à Zanzibar. Images : The World factbook. La France, par le traité du 5 août 1890, signé avec l'Angleterre, a consenti à reconnaître le protectorat anglais sur les territoires du sultan de Zanzibar, en échange de la reconnaissance de son protectorat sur Madagascar. Depuis le 31 août 1896, les parties de l'ancien sultanat de Zanzibar annexées par l'Angleterre sont désignées sous le nom d'East Africa Protectorate. L'île restera protectorat britannique jusqu'en 1963-64, date à laquelle elle est rattachée (avec un statut particulier) au Tanganyika indépendant depuis 1961 (après avoir été une colonie allemande jusqu'en 1919, un territoire administré par la Société des Nations, puis par la Grande-Bretagne), pour former la Tanzanie (= Tanganyika + Zanzibar +ie). Les villes de la côte swahilieBagamoyo.Ce village de la côte orientale d'Afrique, en face de Zanzibar, par 6° 17' de latitude Sud ne comptait que 10 000 habitants au XIXe siècle. Mais son importance lui venait de ce qu'il était le point de départ des caravanes qui prenaient la route des grands lacs. Il devint ainsi le marché le plus important de la côte; on y voyait parfois arriver 10 000 étrangers en une semaine. En 1869, la congrégation française des Pères du Saint-Esprit s'y est établie. Elle a fondé un établissement agricole, des écoles, des ateliers, un orphelinat, une crèche. Elle rachetait les enfants noirs capturés dans l'intérieur. Une pratique relevant à la fois de principes d'humanité que d'un intérêt bien compris comme le relèvera le consul Ledoulx : « Il y a là , notera-t-il, 500 enfants noirs des deux sexes destinés à fonder plus tard de stations dans l'intérieur, instruits dans notre langue et dans nos usages. »
Le port de Dar es-Salaam au début du XXe siècle. Mombasa.
Sofala.
On a proposé
d'identifier Sofala à l'antique Ophir Mais où était donc Ophir Le MozambiqueEn évoquant l'histoire de Sofala, on est déjà entré dans celle du Mozambique, dont le passé se lie à la fois à celui de la côte swahili proprement dite et à celui de l'Afrique australe. La côte du Mozambique fut de très bonne heure exploitée par les négociants arabes qui commerçaient, avec l'Inde, la régularité du régime des moussons facilitant les voyages. Elle le fut peut-être par les Phéniciens, sans même rappeler le périple de Néchao (Les Portugais L'histoire du Mozambique est, au XIXe
siècle entière rattachée à celle des relations du Portugal La baie de Delagoa (anciennement da Lagoa = de la Lagune), explorée au XVIe siècle par Pedro Quaresma, est également appelée sur les anciennes carte la baie d'Espirito Santo, d'après une des rivières (aujourd'hui le Tembé) qui viennent déboucher. Elle prendra plus tard le nom de baie de Lourenço-Marquès, du nom de son port, fondé en 1867 sur l'emplacement du village zoulou de Maputo conquis en 1823, qui lui-même tirait le sien de celui du navigateur qui fonda en ces lieux la première factorerie, en 1544. L'endroit va se révéler le meilleur port de toute l'Afrique orientale.En 1875, l'arbitrage du président Mac-Mahon fut favorable au Portugal, auquel les Anglais contestaient cette baie comme ayant hérité d'anciens navigateurs hollandais, débarqués dans le pays en 1720, et comme cessionnaires d'une partie de la côte méridionale acquise par le capitaine Owen en 1823, sur laquelle ils bâtirent même une ville du nom de Bombay, pour faire concurrence à Lourenço-Marquès. En 1889 surgit le conflit africain anglo-portugais (qui devait prendre fin deux ans après). A la fin de l'année 1890, un incident dit de Manica fut provoqué par la South African Company, expulsant violemment les Portugais de ce lieu. A la suite de cet incident, un bataillon de volontaires fut organisé à Lourenço-Marquès, et, au commencement de 1894, une petite expédition portugaise en partait, pour marcher sur Massikessé. Les rivalités des États de l'Afrique australe ont aussi donné une histoire à leurs chemins de fer. En 1883, par suite d'une entente du Portugal avec la République sud-africaine, une ligne fut projetée reliant la baie Delagoa au Transvaal. Tandis qu'une compagnie néerlandaise se chargeait de la portion comprise entre Prétoria et la frontière, une société portugaise construisait l'autre portion jusqu'à ce point. Elle se constitua sous le nom de Lourenço-Marquès and Transvaal railway Company; elle se substituait en 1887 une société anglaise, la Delagoa bay and East african railway Company, qui construisit la voie ferrée, jusqu'à 80,5 km Sur ces entrefaites, la frontière ayant été rectifiée, il se trouva qu'elle était reculée et que la ligne comportait, à l'encontre des premières estimations, 9 km. de plus à construire dans une contrée fort difficile. La Compagnie n'ayant pas voulu obtempérer à cette exigence, le gouvernement portugais prononça sa déchéance (25 juin 1889) et s'empara de la ligne. Elle sera terminée jusqu'à la frontière, à Komatipoort. D'autre part, la Compagnie néerlandaise a, le 20 juin 1893 seulement, inauguré la première section de la ligne de Komatipoort à Pretoria, jusqu'à Nelspruit (120 km.). Une compagnie française a commencé la construction d'un embranchement de Komati aux mines de Sélati. La ligne de Lourenço-Marqués à Pretoria sera la plus courte des routes reliant à la mer la capitale du Transvaal : elle n'a que 400 km. Elle détournera du Cap une partie du mouvement commercial du Transvaal sur Lourenço-Marquès et à son profit. Vers la fin de l'année 1894, les Africains se sont insurgés dans le territoire de Lourenço-Marquès contre l'autorité portugaise. Conduits par leurs chefs Mahazuli et Zahlala, ils ont obtenu l'alliance du grand chef Gungunhana. Les Portugais, ayant refusé les secours de Cecil Rhodes et de l'Allemagne, ont obtenu le 29 janvier 1893 un premier succès véritable. Le 24 mai, la rébellion semblait réprimée. Enfin, en décembre 1895, Gungunhana fut vaincu et pris. Les troubles ne cessèrent pas pour autant. De nouvelles rébellions auront encore lieu jusqu'en 1913, qui seront matées dans le sang. En 1917 et 1918, les Allemands occupent une partie du Mozambique et suscitent un regain de violence au sein des populations africaines. Quand les Portugais, au lendemain de la Première Guerre mondiale reprendront le dessus, rien ne sera véritablement stabilisé, et le Mozambique, placé sous la botte européenne depuis près de quatre siècles, et n'aura jamais été véritable colonisé, deviendra finalement indépendant en 1975, après la Révolution des oeillets au Portugal, sans que cela d'ailleurs le fasse échapper à la violence et à la misère. (Ch. Delavaud / E. Chantriot / L. Del / A.-M. B.). |
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