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L'empire du Mali
(empire mandingue)
Le plus vaste empire qu'ait connu l'Afrique noire et de l'un des plus considĂ©rables qui aient existĂ© dans le monde, a Ă©tĂ© l'empire du Manding ou MandĂ© ou, pour employer le nom que nous ont lĂ©guĂ© les historiens et gĂ©ographes arabes, et qui n'est autre que la forme peule du mot « MandĂ© », l'empire du Mali ou Melli. Le Manding ou MandĂ© est au dĂ©part un petit royaume (une des nombreuses chefferies du Haut Niger) dont la capitale Ă©tait, vers le dĂ©but du VIIe siècle, le village de Kangaba.  Ses habitants portent, selon la variante dialectale considĂ©rĂ©e, l'un des noms de Mandenga, Mandinga ou Mandingo, dont on a fait « Manding » comme nom de pays et «-Mandingue » comme nom de peuple, et sont appelĂ©s par les Peul MalinkĂ©, forme que l'on a adoptĂ©e communĂ©ment pour dĂ©signer les Mandingues proprement dits et leur langue, rĂ©servant l'appellation de «-Mandingues » ou «-MandĂ© » Ă  l'ensemble de la population dite Ouangara par les Arabes.

L'État des Mandingues, dont le roi s'est converti Ă  l'Islam vers le milieu du XIe siècle, a bĂ©nĂ©ficiĂ© de l'effondrement du Ghâna et a fondĂ© sa croissance sur le commerce transsaharien des esclaves, du sel et surtout de l'or dont plusieurs gisements Ă©taient exploitĂ©s Ă  proximitĂ©, notamment dans les mines du BourĂ© ou BoutĂ©, le Bitou des auteurs arabes. L'agriculture, qui a  bĂ©nĂ©ficiĂ© des terres fertiles de la boucle du Niger, a Ă©galement contribuĂ© Ă  la prospĂ©ritĂ© de cet empire. Au XIVe siècle, le roi Gongo-Moussa a portĂ© l'empire Ă  son apogĂ©e. Il englobe alors les citĂ©s-Etats de Tombouctou de Gao et de DjennĂ©. La mauvaise gestion de ses successeurs et les coups qui lui sont portĂ©s de l'extĂ©rieur (Touareg, SonghaĂŻ, Mossi) prĂ©cipitent son dĂ©clin dès le dĂ©but du siècle suivant. Le dernier dĂ©bris de l'empire du Mali sombrera au dĂ©but du XVIIIe siècle.

Dates -clĂ©s  :
VIIe s.  - Royaume mandingue de Kangaba.

1050 - Conversion du roi Mandingue Ă  l'Islam.

1235 - Soundiata Keita renverse le royaume Sosso Ă  la bataille de Kirina

1307 - 1332 - Règne de Gongo-Moussa (apogée de l'empire du Mali; prise de Tombouctou et de Gao).

1333 - Les Mossi pillent Tombouctou.

1430 - Prise de Tombouctou par les Touareg. Fin de la puissance mandingue.

L'empire des Keita

Depuis plusieurs siècles, les mansa ou rois du Manding, qui tous appartenaient Ă  la lignĂ©e du clan des KeĂŻta, menaient Ă  Kangaba une existence obscure, lorsque, aux environs de 1050, Baramendena, celui qui rĂ©gnait alors fut converti Ă  l'islam par un Almoravide (L'Empire du Ghâna), fit le pèlerinage de La Mecque et commença Ă  nouer avec les États voisins des relations qui furent favorables Ă  l'accroissement de sa puissance et au dĂ©veloppement de son pays, en mĂŞme temps qu'il cessait de se considĂ©rer comme un vassal de l'empereur de Ghâna. Jusque-lĂ , c'Ă©tait surtout le Bambouk qui fournissait la poudre d'or dont le commerce enrichissait Ghâna et entretenait des Ă©changes actifs et continuels entre le Soudan et l'Afrique du Nord. Les Almoravides ayant appris Ă  connaĂ®tre le chemin du Manding et l'ayant enseignĂ© aux caravanes marocaines, ce fut le BourĂ© qui, dĂ©sormais, devint la principale source de production du mĂ©tal prĂ©cieux, ce qui ne contribua pas  peu Ă  remplir le trĂ©sor du roi du Manding et Ă  ouvrir Ă  son peuple des horizons nouveaux.

Plusieurs auteurs arabes nous apprennent, qu'en 1213, un mansa du Manding, nommé selon les uns Moussa et selon d'autres Allakoï, se rendit en pèlerinage à La Mecque. Il y retourna trois fois durant son règne, ce qui indique qu'il disposait d'une certaine fortune et ce qui ne manqua pas de grandir son prestige.

Mais les richesses du roi de Kangaba et la réputation des mines d'or du Bouré devaient exciter des convoitises. Profitant de la mollesse des successeurs immédiats de Moussa-Allakoï, le roi de Sosso Soumangourou entreprit et réalisa, vers 1224, la conquête du Manding, qu'il annexa brutalement à son État. Cependant Soundiata Keïta, appelé aussi Maridiata, petit-fils de Moussa, résolut de rendre l'indépendance à son pays et y réussit. Après s'être procuré l'alliance des chefs mandingues qui résidaient à l'Ouest, au Sud et à l'Est de Kangaba et les avoir amenés, de gré ou de force, à lui obéir, il recruta chez eux les éléments d'une puissante armée, à la tête de laquelle il marcha contre son éphémère suzerain. Les deux princes se rencontrèrent en 1235 à Kirina, non loin de près du Niger, où Soumangourou fut défait et tué. Sans perdre de temps, Soundiata continua sa marche victorieuse, entra en maître à Sosso, poussa jusqu'à Ghâna qu'il prit. et détruisit (1240), surtout dans le but de faire reporter sur lui-même la renommée qui s'attachait à cette antique capitale d'un glorieux empire, et jeta ainsi les bases. d'un puissant État. Il ne se contenta pas d'être un grand guerrier les traditions disent qu'il donna tous ses soins au développement de l'agriculture, qu'il introduisit dans son pays la culture et le tissage du coton et qu'il fit régner la sécurité la plus absolue d'un bout à l'autre de son royaume. Ce prince si remarquable périt en 1255 dans sa capitale, victime un accident survenu au cours d'une fête publique.

Son successeur, le mansa Oulé, renouvela la tradition inaugurée par Baramendana et se rendit à La Mecque, tout en reportant plus loin vers l'Ouest les limites de l'empire naissant et en y incorporant le Bambouk, le Boundou et la majeure partie de la vallée de la Gambie.

Intermède.
De 1285 à 1300 régna un usurpateur, le seul qui soit mentionné au cours de la longue lignée des Keïta. C'était un serf ou un esclave affranchi nommé Sakoura. Il ne fit d'ailleurs que continuer l'oeuvre de ses maîtres et prédécesseurs, poussant la conquête mandingue vers le Nord-Est dans le Massina et la province de Djenné et vers le Nord-Ouest jusqu'au bas Sénégal, disputant le Tekrour aux rois de Diâra et faisant de ceux-ci ses vassaux, engageant des négociations commerciales directes avec la Tripolitaine et le Maroc et accomplissant lui aussi le pèlerinage de La Mecque, pour être assassiné au retour, près de Djibouti, par des Danakil qui en voulaient à son or. Ses compagnons firent dessécher son corps afin de le conserver et le rapportèrent par le Ouadaï jusqu'à Kouka, dans le Bornou; le roi de ce dernier pays expédia des messagers au Manding pour informer la cour et le peuple de la nouvelle et une ambassade fut dépêchée de Kangaba à Kouka, qui ramena les restes de Sakoura; on fit à celui-ci les honneurs de la sépulture royale des Keïta.

Le règne de Gongo-Moussa

Les Keita rĂ©occupèrent ensuite le trĂ´ne. L'un d'eux, que l'on dĂ©signera ici sous le nom de Gongo-Moussa (on trouve aussi les orthographes :  Kango-Moussa, Kankan-Moussa ou Kankan Musa, Mansa Musa, etc.), qui rĂ©gna de 1307 Ă  1332, porta Ă  son apogĂ©e la puissance de l'empire mandingue. Vers la fin de sa vie, en 1324; il se rendit Ă  La Mecque en grand cortège, passant par le Touât et le Caire et soulevant partout sur son passage l'intĂ©rĂŞt et la curiositĂ©. Il rencontra aux Lieux-Saints un Arabe d'une famille de Grenade, nommĂ© Ibrahim es-SahĂ©li, qu'il dĂ©termina Ă  l'accompagner au Soudan. Le retour eut lieu l'annĂ©e suivante, par Ghadamès, oĂą el-Mâmer, descendant du fondateur de la dynastie des Almohades, s'Ă©tait rendu au devant du souverain noir; Ă  la prière de celui-ci, el-Mâmer se joignit au cortège impĂ©rial et alla avec lui jusqu'au Manding.

Avant que Gongo-Moussa ne fĂ»t parvenu au Niger, il apprit que son lieutenant Sagamandia venait, en son absence, de s'emparer de Gao (1325); il dĂ©cida alors de se rendre dans cette ville pour y recevoir l'hommage du dia AssibaĂŻ, qui lui remit comme otages ses deux fils, dont l'un devait, dix ans après, revenir Ă  Gao, y fonder la dynastie des sonni et secouer la tutelle du Manding. Comme El-Mâmer  s'Ă©tait montrĂ© choquĂ© de la mĂ©diocritĂ© du bâtiment - une simple hutte Ă  toit de paille - qui servait de mosquĂ©e aux musulmans de Gao, le mansa pria es-SahĂ©li, qui cumulait le mĂ©tier d'architecte avec celui de poète, de bâtir une maison de prière plus digne du Très-Haut, es-SahĂ©li construisit donc Ă  Gao une mosquĂ©e en briques, Ă  terrasse crĂ©nelĂ©e et Ă  minaret pyramidal, qui aurait Ă©tĂ©, selon la tradition, le premier Ă©difice soudanais de ce type aujourd'hui si rĂ©pandu.

L'architecture d'Es-Sahéli.
Gongo-Moussa se rendit ensuite à Tombouctou, qu'il annexa à son empire, en même temps que Oualata. Es-Sahéli bâtit également à Tombouctou une mosquée à terrasse et à minaret; il y construisit aussi, pour servir de salle d'audience au souverain du Manding lorsqu'il voudrait séjourner à Tombouctou, une grande maison carrée à terrasse et à coupole qu'on appela le mâdougou ( = terre du maître) et dont on montre encore aujourd'hui l'emplacement. Ce fut l'occasion d'une importante transformation dans l'architecture soudanaise jusque-là, au témoignage d'El-Mâmer, qui fit plus tard le récit de son voyage à son ami Ibn Khaldoun, on ne connaissait que la hutte cylindrique à toiture conique en paille, encore répandue de nos jours dans presque toute l'Afrique noire; à Ghâna même, d'après Bekri, c'était le seul type d'habitation qui eût jamais existé, en dehors des maisons en pierre du quartier royal; à Tombouctou, à Djenné, à Kangaba, il en était de même; le mâdougou et les mosquées édifiées par Es-Sahéli furent trouvés remarquables, on s'efforça de les imiter dans tous les centres soudanais et ce genre de constructions, auquel on a voulu bien à tort attribuer une origine égyptienne, ne tarda pas à se généraliser et à pénétrer même chez les populations de la vallée de la Volta, où il revêtit d'ailleurs l'aspect un peu spécial d'une manière de châteaux-forts.

On raconte que Gongo-Moussa, très satisfait du travail de son architecte, lui remit en paiement 12 000 mithkals d'or d'après Ibn Khaldoun ou 40 000 mithkals d'après Ibn Batouta, c'est-Ă -dire 54 kilos du prĂ©cieux mĂ©tal selon le premier ou 180 kilos selon le second. Es-SahĂ©li suivit son gĂ©nĂ©reux maĂ®tre jusqu'Ă  Kangaba, lui construisant en route un autre mâdougou Ă  Niani, qui Ă©tait Ă  cette Ă©poque la  capitale de l'empire et dont on montre l'emplacement, dĂ©signĂ© encore sous le nom de « Niani-Mâdougou », entre Niamina et Koulikoro. Ensuite l'architecte arabe retourna Ă  Tombouctou, oĂą il mourut en 1346.
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architecture du Soudan
Un exemple de l'architecture d'es-Saheli.

La chute

Gongo-Moussa était mort lui-même en 1332. A cette date, l'empire mandingue occupait à peu près la même superficie que l'ensemble des territoires de la future Afrique Occidentale Française et des colonies étrangères qui y étaient enclavées, à l'exception des pays du Sud couverts par la forêt dense et des régions situées au centre de la Boucle du Niger. Les Mossi et les Dogon, apparentés au Keita (dans la région falaises de Bandiagara, au Sud-Est de l'actuel Mali) furent ainsi pratiquement les seuls dans ce vaste espace à préserver leur indépendance. Le maître l'Empire était en relations amicales et suivies avec les plus grands potentats musulmans de l'Afrique du Nord et notamment avec le sultan mérinide du Maroc. Peu de temps avant sa mort, Gongo-Moussa avait envoyé une ambassade à Fès, pour féliciter Aboul-Hassane de la victoire qu'il venait de remporter sur Tlemcen, et, le sultan de Fès en avait dépêché une en retour au Manding, où elle arriva en 1336 sous le règne du frère de Gongo-Moussa, le mansa Souleimân (1336 -1359); celui-ci ne voulut pas demeurer en reste de politesse et expédia de somptueux cadeaux à son homologue marocain.

C'est sous le règne de ce Souleimân que le cĂ©lèbre voyageur et gĂ©ographe arabe Ibn Batouta visita le Manding, en 1352-53, depuis Oualata jusqu'Ă  la capitale de l'empire, pour s'en retourner par Tombouctou, Gao, l'AĂŻr et le Touat.  Il a laissĂ© de son voyage une relation dĂ©taillĂ©e et apparemment vĂ©ridique, dans laquelle il se plaĂ®t Ă  constater la bonne administration de l'État; sa prospĂ©ritĂ©, la courtoisie et la discipline des fonctionnaires et gouverneurs de provinces, l'excellente situation des finances publiques, le faste et l'Ă©tiquette rigoureuse et compliquĂ©e des rĂ©ceptions royales, le respect accordĂ© aux dĂ©cisions de justice et Ă  l'autoritĂ© du souverain. On a, en lisant son rĂ©cit, l'impression que l'empire mandingue Ă©tait un État dont l'organisation et la civilisation se pouvaient comparer avec celles des royaumes musulmans et de bien des royaumes chrĂ©tiens de la mĂŞme Ă©poque. Le grand historien Ibn Khaldoun, se trouvant Ă  Biskra en 1353, y apprit de gens bien informĂ©s que le pouvoir du mansa du Mali s'Ă©tendait sur tout le Sahara, que le roi de Ouargla lui  tĂ©moignait de la dĂ©fĂ©rence et que l'ensemble des Touareg lui payait, tribut.

Cependant Gao avait recouvrĂ© son indĂ©pendance entre la mort de Gongo-Moussa et l'avènement de Souleimân et, une mauvaise administration commence Ă  miner l'État pendant les règnes suivants. Le mansa Maghan (Mari-Diata), au pouvoir entre 1360 et 1374 augmente les impĂ´ts et gaspille toutes les ressources de l'État. Moussa II, son fils, qui règne de 1374 Ă  1387, tente de rĂ©tablir la situation.  Son armĂ©e montra s'en va guerroyer jusque dans l'Est de Gao et pousse mĂŞme l'audace jusqu'Ă  s'attaquer Ă  Omar ben Idris, sultan du Bornou. Ibn Khaldoun, qui, acheva d'Ă©crire son Histoire des Berbères vers 1395,  dit que, de son temps le Tekrour Ă©tait encore vassal du prince du Mali Magan-Mamoudou et que les « Zenaga voilĂ©s du dĂ©sert» lui payaient tribut et lui fournissaient des contingents militaires. Une cinquantaine d'annĂ©es plus tard, des Ouolofs affirmaient au Portugais Diego Gomez que tout les pays qu'ils connaissaient appartenaient au mansa du Manding. Cadamosto, en 1455, confirme que le pouvoir de ce dernier s'Ă©tendait jusqu'Ă  la basse Gambie au milieu du XVe siècle.

Mais il est trop tard. L'empire du Mali conserve sans doute beaucoup de son prestige. On sait ainsi qu'eut lieu quelque temps après,  par l'intermĂ©diaire des officiers portugais du Rio de Cantor (Gambie) et d'Elmina (Ghana actuel), un Ă©change de prĂ©sents, de messages et d'ambassades entre l'empereur du Manding, qui s'appelait alors Mahmoud ou Mamoudou d'après Joao de Barros, et le roi du Portugal Jean Il, lequel Ă©tait montĂ© sur le trĂ´ne en 1481 et y demeura jusqu'en 1495. Mais la puissance mandinge Ă©tait bien dĂ©jĂ  entrĂ©e depuis plusieurs dĂ©cennies  dans un dĂ©clin irrĂ©mĂ©diable que vont accĂ©lĂ©rer les coups du SonghaĂŻ, la puissance montante. En 1430, dĂ©jĂ , Tombouctou Ă©tait tombĂ©e entre les mains des Touareg. En 1435, le chef touareg Akil contrĂ´lait, en plus de Tombouctou, Araouân et de Oualata, et les Touareg commencaient Ă  se partager le territoire du vieil empire avec les Mossi. L'agonie du Mali, ou de ce qu'il en restait, durera encore jusqu'au dĂ©but du XVIIIe siècle, quand les Bambara, lui porteront le coup de grâce. Au siècle suivant plusieurs petits royaumes mandingues se reformeront. Les principaux seront le Kaarta, le Bambouk, le Dentilia, le Tenda, l'Oulli, le Yani, le Saloum et le Fouini. Aucun n'aura cependant un rayonnement comparable, mĂŞme de loin, Ă  celui de l'ancien Mali. (Delafosse).

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