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Le charbon
Le charbon est une roche sédimentaire organique combustible, formée par la dégradation thermique et la compaction de matière végétale accumulée dans des environnements marécageux ou deltaïques sur des échelles de temps géologiques. Contrairement au gaz naturel, qui est un fluide migratoire piégé dans des réservoirs poreux, le charbon est une roche solide hétérogène dont la matrice carbonée coexiste avec des minéraux détritiques et authigènes, ce qui rend sa caractérisation indissociable de sa pétrographie et de son rang. Sa composition élémentaire, exprimée sur une base anhydre et sans cendres, comprend principalement du carbone (entre 60 et 95 % selon le rang), de l'hydrogène, de l'oxygène, de l'azote et du soufre, ce dernier présent sous formes organique et inorganique (pyrite notamment) et constituant un paramètre critique tant pour la qualité métallurgique que pour les émissions de dioxyde de soufre lors de la combustion. Les propriétés qui déterminent son usage industriel sont le pouvoir calorifique, la teneur en matières volatiles, l'indice de gonflement et la fusibilité des cendres, mesurés par des essais normalisés qui conditionnent son affectation à la combustion, à la cokéfaction ou à la gazéification.

La formation du charbon, ou houillification, débute par l'accumulation de tourbe dans des milieux anoxiques où la dégradation bactérienne est inhibée, suivie d'une phase de diagenèse puis de métamorphisme thermique au fur et à mesure de l'enfouissement. Cette progression définit une série de rangs croissants : tourbe, lignite, charbon sub-bitumineux, charbon bitumineux, puis anthracite, chaque stade correspondant à une augmentation du carbone fixe, une diminution des matières volatiles et de l'humidité, et une élévation du pouvoir calorifique. Le rang gouverne la réactivité, la combustibilité et l'aptitude à la cokéfaction, de sorte que deux charbons de même composition élémentaire mais de rangs différents peuvent avoir des comportements industriels radicalement distincts. Les gisements sont associés à des bassins sédimentaires d'âge variable, du Carbonifère aux terrains tertiaires, et leur répartition mondiale est très inégale : les réserves prouvées les plus importantes se situent aux États-Unis, en Russie, en Australie, en Chine et en Inde, ces deux derniers pays concentrant à eux seuls plus de la moitié de la production et de la consommation mondiales. La Chine, en particulier, demeure le premier producteur et le premier consommateur, avec une dépendance historique au charbon pour la production électrique et la sidérurgie qui structure encore largement son bilan énergétique malgré une diversification accélérée.

L'exploitation du charbon se fait selon deux modalités principales, dont le choix dépend de la profondeur et de la géométrie du gisement.

• L'exploitation à ciel ouvert, économiquement plus avantageuse et plus sûre, est privilégiée lorsque la couche est proche de la surface; elle implique le décapage des morts-terrains, l'extraction mécanique et la remise en état des sites. Cette dernière constite un enjeu environnemental majeur en raison de l'acidification des eaux de drainage et de la perturbation des sols. 

• L'exploitation souterraine, mise en oeuvre au-delà de plusieurs centaines de mètres de profondeur, recourt à des techniques de chambres et piliers, de longue taille ou de foudroyage, et expose les travailleurs à des risques spécifiques tels que les coups de grisou, les poussières inflammables et les effondrements, risques dont la gestion a historiquement stimulé le développement de la sécurité minière et de la ventilation industrielle. 

Après extraction, le charbon est lavé et calibré pour réduire sa teneur en cendres et en soufre, opération qui génère des rejets fins et des eaux de lavage dont le traitement conditionne l'acceptabilité environnementale de la filière.

La valorisation du charbon s'organise autour de trois voies principales. 

• La combustion, destinée à la production d'électricité et de chaleur, repose sur des centrales à charbon pulvérisé, à lit fluidisé circulant ou, plus récemment, à cycles supercritiques et ultra-supercritiques qui visent à élever le rendement thermodynamique et à réduire l'intensité carbone par kilowattheure. 

• La cokéfaction, qui consiste à chauffer le charbon en atmosphère confinée pour en chasser les matières volatiles, produit le coke métallurgique utilisé comme réducteur et agent de soutien dans les hauts fourneaux sidérurgiques, usage pour lequel seuls certains charbons bitumineux à propriétés cokéfiantes conviennent. 

• La gazéification, enfin, transforme le charbon en gaz de synthèse (mélange de monoxyde de carbone et d'hydrogène) par réaction avec de l'oxygène et de la vapeur d'eau à haute température. Elle ouvre la voie à la production d'électricité en cycle combiné à gazéification intégrée, à la synthèse de carburants liquides et de produits chimiques, ainsi qu'à la production d'hydrogène, avec la possibilité d'y adjoindre un captage et un stockage du carbone. Cette dernière option, bien que techniquement démontrée, demeure limitée par son coût énergétique et économique, ce qui explique sa pénétration restreinte à l'échelle industrielle.

Le charbon occupe une position paradoxale dans le paysage énergétique contemporain. Il demeure la source d'électricité la moins coûteuse dans de nombreuses juridictions et a soutenu l'industrialisation de l'Europe, de l'Amérique du Nord et plus récemment de l'Asie orientale, mais il constitue également le combustible fossile le plus intensif en carbone, responsable d'une part prépondérante des émissions anthropiques de dioxyde de carbone (le principal gaz à effet de serre responsable du changement climatique) et de polluants atmosphériques tels que les particules fines, les oxydes de soufre et les oxydes d'azote, avec des conséquences sanitaires documentées sur les populations riveraines des centrales et des zones minières. 

Les politiques climatiques, la concurrence du gaz naturel et des renouvelables, ainsi que la volatilité des coûts du carbone ont amorcé un déclin de la consommation dans les pays de l'OCDE, tandis que la demande asiatique, portée par la croissance économique et la sécurité d'approvisionnement, a partiellement compensé ce recul. Cette dynamique différenciée fait du charbon un objet d'étude privilégié pour analyser les tensions entre impératifs de développement, souveraineté énergétique et contraintes climatiques, tensions qui conditionnent directement la trajectoire de la transition énergétique mondiale et la faisabilité des objectifs de décarbonation à l'horizon 2050.

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