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"Pauvre
Mexique! Si loin de Dieu,
(Porfirio Diaz) |
Plusieurs civilisations
(Olmèques, Mayas,
Aztèques,
etc.) s'étaient succédées au Mexique avant l'arrivée des Espagnols.
Les Aztèques étaient arrivés à un haut degré
de civilisation, quand ils ont été soumis, à partir de 1519, par Cortez
et par des aventuriers espagnols venus de Cuba
(Le Mexique précolombienLe peuplement du continent américain, dont le Mexique actuel constitue l'un des foyers de civilisation les plus brillants, commence il y a plusieurs dizaines de milliers d'années. Des groupes de chasseurs-cueilleurs nomades, venus d'Asie par le détroit de Béring alors émergé, descendent progressivement le long du continent. Les traces les plus anciennes de présence humaine au Mexique remontent à environ 30 000 ans, mais c'est avec la découverte au XXe siècle des restes de l'homme de Tepexpan, dans la vallée de Mexico, et surtout avec la mise au jour d'un squelette de jeune femme surnommée la "Femme de Naharon" dans les cénotes du Yucatán, daté de 13 000 ans environ, que se confirme l'ancienneté de cette occupation. Ces premiers habitants, organisés en petites bandes, chassent la mégafaune aujourd'hui disparue : mammouths, chevaux américains, paresseux géants, dont on a retrouvé les ossements associés à des pointes de projectiles.Autour de 8000 avant notre ère, le réchauffement climatique entraîne la disparition de cette grande faune et oblige les groupes humains à se tourner davantage vers la cueillette, la pêche et la chasse de petit gibier. C'est dans ce contexte que débute, de manière indépendante, l'un des processus les plus décisifs de l'histoire humaine : la domestication des plantes. Dans les vallées semi-arides des hautes terres, notamment dans la vallée de Tehuacán, des fouilles archéologiques ont montré que le téosinte, ancêtre sauvage du maïs, est progressivement sélectionné. Vers 5000 avant notre ère, les épis sont encore minuscules, mais le processus est enclenché. Le maïs, avec le haricot, la courge, le piment, l'avocat, va former la base alimentaire qui permettra l'éclosion des grandes civilisations. La période dite Préclassique, qui s'étend de 2500 avant notre ère à l'an 200 de notre ère environ, voit la lente sédentarisation des populations et l'apparition des premières sociétés complexes. La poterie, la construction de maisons permanentes en pisé, puis l'établissement de villages structurés autour de places cérémonielles posent les bases de la vie urbaine. Les Olmèques.
À San Lorenzo, premier grand centre olmèque actif dès 1200 avant notre ère, puis à La Venta, les archéologues ont exhumé un art monumental stupéfiant de puissance : d'énormes têtes sculptées en basalte, pouvant peser plusieurs tonnes, au visage casqué, au nez épaté, aux lèvres charnues, qui représentent sans doute des chefs sacrés. Le basalte utilisé pour ces colosses est transporté depuis les montagnes de Los Tuxtlas, à des dizaines de kilomètres de distance, ce qui suppose une main-d'œuvre organisée et un pouvoir capable de la diriger. L'art olmèque met en scène un bestiaire fantastique où domine le jaguar, animal à la fois redouté et vénéré, souvent associé à des figures humaines dans ce qui semble être un chamanisme de la métamorphose. On voit apparaître le motif de l'être mi-homme mi-félin, gueule ouverte, comme hurlant, qui deviendra une figure récurrente des religions mésoaméricaines, annonçant peut-être le dieu de la pluie que les Aztèques nommeront Tlaloc. Les Olmèques développent un système de notation calendaire et sans doute l'un des premiers systèmes d'écriture du continent, gravé sur des stèles et des objets de jade, matériau d'un prix inestimable. Leur jeu de balle rituel, avec ses terrains bordés de talus, se diffuse dans toute la Mésoamérique. Le déclin de La Venta, vers 400 avant notre ère, marque la fin de l'hégémonie olmèque, mais les graines de la civilisation mésoaméricaine sont désormais semées. Les Zapotèques
(700
av. JC. - 1521 ap. JC) .
Monte Albán devient rapidement une capitale religieuse, politique et militaire. La ville compte plusieurs dizaines de milliers d'habitants à son apogée, entre le IIIe siècle av. JC et le VIIe siècle ap. JC Les Zapotèques y construisent de vastes places, des temples, des palais, des terrains de jeu de balle. Leur architecture repose sur d'imposantes plateformes de pierre soigneusement taillées. Ils mettent également au point l'un des plus anciens systèmes d'écriture de Mésoamérique, gravé sur des stèles et des monuments officiels. Cette écriture, encore imparfaitement déchiffrée, sert à enregistrer les conquêtes, les généalogies royales et les événements religieux. À partir du VIIe siècle, Monte Albán perd progressivement son importance. Les causes de ce déclin restent discutées : épuisement des ressources, conflits internes, affaiblissement politique et concurrence de nouveaux centres régionaux semblent avoir joué un rôle conjoint. Le pouvoir se déplace vers d'autres villes zapotèques telles que Mitla, célèbre pour ses mosaïques géométriques en pierre d'une remarquable finesse. À partir du XIe siècle, les Zapotèques doivent composer avec l'expansion des Mixtèques, qui s'emparent de plusieurs anciens centres politiques. Malgré cette domination partielle, ils conservent leur langue, leurs traditions et une certaine autonomie locale. Lorsque les Espagnols arrivent au XVIe siècle, plusieurs royaumes zapotèques subsistent encore. Certains choisissent de s'allier aux conquistadors afin de limiter la puissance des voisins aztèques, tandis que d'autres résistent à la conquête. Après la colonisation, leur organisation politique disparaît progressivement, mais leur culture survit. Aujourd'hui encore, plusieurs centaines de milliers de personnes parlent diverses langues zapotèques dans l'État d'Oaxaca, perpétuant un héritage vieux de près de trois millénaires. Les Mixtèques
(1000
ap. JC -1521).
Contrairement aux Zapotèques, les Mixtèques ne construisent jamais un empire centralisé. Leur territoire est constitué d'une multitude de cités-États indépendantes, gouvernées chacune par une dynastie royale. Ces royaumes entretiennent des relations complexes, alternant alliances matrimoniales, échanges commerciaux et guerres fréquentes. La figure la plus célèbre de leur histoire est Huit Cerf Griffe de Jaguar, souverain du XIe siècle connu grâce aux codex pictographiques. Par une série de conquêtes militaires, d'alliances diplomatiques et de mariages stratégiques, il réussit à réunifier une grande partie de la Mixtèque sous son autorité. Son règne représente l'apogée de la puissance politique mixtèque avant que son œuvre ne se fragmente de nouveau après sa mort. À partir du XIVe siècle, les Mixtèques doivent faire face à l'expansion des Aztèques. Plusieurs royaumes sont contraints de payer tribut à l'empire aztèque tout en conservant une certaine autonomie interne. Lorsque les Espagnols arrivent en 1519, les Mixtèques sont divisés politiquement. Certains souverains collaborent avec les conquérants tandis que d'autres leur opposent une résistance limitée. Après la conquête, les anciennes dynasties perdent progressivement leur pouvoir politique, mais les traditions artistiques, linguistiques et religieuses demeurent vivantes. Aujourd'hui, les peuples mixtèques constituent encore l'un des principaux groupes autochtones du Mexique. La civilisation
de Teotihuacan.
Teotihuacan devient une mégapole qui, à son apogée entre 250 et 600 de notre ère, compte plus de 125 000 habitants, ce qui en fait l'une des plus grandes villes du monde à cette époque. Son plan urbain est d'une remarquable rigueur géométrique. Une immense avenue des Morts, longue de quatre kilomètres et large de 45 mètres, orientée selon un axe nord-sud légèrement dévié, structure toute la cité. Elle est bordée d'édifices monumentaux : la pyramide du Soleil, colossale masse de brique et de terre de 65 mètres de haut, élevée au-dessus d'une grotte sacrée; plus au nord, la pyramide de la Lune, qui ferme la perspective sur la place qui lui fait face et derrière laquelle se profile la montagne sacrée du Cerro Gordo. Au sud, un vaste complexe nommé la Citadelle abrite le temple de Quetzalcoatl, le Serpent à plumes, dont la façade sculptée alterne têtes de serpents emplumées et masques de Tlaloc, ruisselant de symboles marins et guerriers. Des découvertes récentes ont révélé les corps de plus de 200 victimes sacrificielles, guerriers enchaînés, enterrés lors de la consécration de l'édifice, témoignage d'une idéologie militariste et expiatoire. Teotihuacan est une cité-Etat aux énormes quartiers d'habitation, de vastes ensembles multifamiliaux construits en pierre, sans fenêtres sur l'extérieur, organisés autour de patios. Des quartiers entiers sont occupés par des artisans spécialisés, notamment les tailleurs d'obsidienne, dont le matériau vert doré, extrait des mines de Pachuca contrôlées par la cité, est exporté dans toute la Mésoamérique. Il existe aussi des quartiers ethniques : un quartier zapotèque, avec son propre temple, et un quartier du "marchand", où l'on a retrouvé de la céramique fine et des ornements de la côte du Golfe. Il semble que la cité ait été gouvernée par un conseil de prêtres ou de sages, d'où l'absence de portraits de souverains. Vers 650 de notre ère, la partie centrale de la ville, les temples et les palais, sont systématiquement incendiés et détruits. Ce cataclysme, peut-être une révolte interne ou l'attaque de peuples chichimèques venus du nord, met fin à l'hégémonie de Teotihuacan, mais son souvenir et ses dieux hanteront pendant des siècles les peuples du Mexique central qui l'appelleront avec respect "la cité où l'on devient dieu". Les Mayas.
Les origines de cette civilisation remontent à la période préclassique, vers 2000 avant notre ère. À cette époque, les premiers Mayas abandonnent progressivement leur mode de vie nomade de chasseurs-cueilleurs pour se sédentariser autour de l'agriculture, notamment la culture du maïs, des haricots et des courges. Sous l'influence de civilisations voisines, comme les Olmèques, de simples villages se transforment en centres cérémoniels de plus en plus complexes. C'est durant cette longue phase que se développent les fondations de leur architecture monumentale, de leur stratification sociale et de leurs premières croyances religieuses, qui placeront le cycle du maïs et le sang des souverains au coeur de leur vision du monde. L'apogée de la civilisation maya correspond à la période classique, qui s'étend d'environ 250 à 900 de notre ère. C'est l'âge d'or des grandes cités des basses terres du sud, telles que Tikal, Calakmul, Palenque et Copán. Durant ces siècles, les Mayas atteignent des sommets dans de nombreux domaines. Ils érigent d'imposantes pyramides à degrés, des palais complexes ornés de fresques et des terrains dédiés au jeu de balle rituel. Sur le plan intellectuel, ils perfectionnent un système d'écriture hiéroglyphique très élaboré, le seul véritablement développé en Mésoamérique, et créent un système mathématique vigésimal incluant le concept du zéro, bien avant son introduction en Europe. Leurs observations astronomiques leur permettent d'élaborer des calendriers d'une grande complexité pour régir la vie agricole, les cycles politiques et les cérémonies religieuses. Cependant, vers la fin du IXe siècle, un effondrement frappe les cités des basses terres du sud. Les causes de ce déclin font encore l'objet de débats parmi les historiens et les archéologues, qui invoquent aujourd'hui une combinaison de facteurs : des sécheresses prolongées aggravées par la déforestation, une surexploitation des terres, une surpopulation et des guerres intestines de plus en plus destructrices. Les grandes villes sont progressivement abandonnées au profit de la jungle, et le centre de gravité de la civilisation se déplace vers le nord, dans la péninsule du Yucatán. C'est alors que débute la période postclassique, qui s'étend d'environ 900 jusqu'à l'arrivée des Espagnols au XVIe siècle. De nouvelles cités émergent et dominent la région, notamment Chichén Itzá, puis Mayapán. Cette époque est caractérisée par une plus grande militarisation, une instabilité politique chronique et une forte influence culturelle des peuples du centre du Mexique, en particulier les Toltèques. Mayapán finit par s'effondrer au XVe siècle à la suite de révoltes internes, entraînant la fragmentation du pouvoir en une multitude de petites seigneuries locales constamment en conflit. C'est dans ce paysage politique divisé que se trouvent les Mayas à l'arrivée des Européens. Le XVIe siècle marque le début de la conquête espagnole. Les conquistadors, menés par des figures comme Francisco de Montejo, se heurtent à une résistance maya farouche qui dure plusieurs décennies, rendant la soumission de la péninsule particulièrement difficile. Au-delà des armes, les Espagnols apportent des maladies dévastatrices, comme la variole et la grippe, qui déciment la population indigène. L'évangélisation forcée s'accompagne d'une destruction massive du patrimoine culturel, culminant avec l'autodafé des codices mayas ordonné par l'évêque Diego de Landa en 1562, réduisant à néant une grande partie de leur littérature et de leurs connaissances historiques. Malgré ces traumatismes, la civilisation maya ne s'est jamais éteinte. Les Mayas d'aujourd'hui sont les héritiers directs de cette brillante culture. De nos jours, plusieurs millions de descendants des Mayas continuent de vivre dans leur région d'origine. Ils préservent leurs langues ancestrales, leurs traditions agricoles, leurs textiles et leurs croyances, souvent syncrétiques, témoignant d'une résilience exceptionnelle face à des siècles de marginalisation et d'assimilation. Les Chichimèques.
Au cours du XIIe siècle, plusieurs traditions rapportent qu'une migration de groupes chichimèques vers le plateau central contribue à l'effondrement des derniers héritiers de la civilisation toltèque. Certains de ces migrants s'établissent progressivement, adoptent l'agriculture et fondent de nouveaux royaumes. Plusieurs dynasties prestigieuses du centre du Mexique revendiquent d'ailleurs une origine chichimèque afin de renforcer leur légitimité politique. Les futurs Aztèques eux-mêmes sont parfois considérés comme issus de populations chichimèques ayant progressivement adopté les institutions, la religion et les techniques des peuples sédentaires de la vallée de Mexico. Après la conquête espagnole, la résistance chichimèque prend une ampleur considérable. Entre 1550 et 1590 se déroule la Guerre chichimèque, durant laquelle plusieurs peuples s'unissent pour attaquer les routes minières reliant les riches gisements d'argent du nord aux centres coloniaux. Les Espagnols, malgré leur supériorité technologique, subissent de lourdes pertes. Incapables d'obtenir une victoire militaire décisive, ils finissent par privilégier une politique de négociation, de distribution de vivres, d'installation de missions religieuses et d'alliances avec certains groupes autochtones. Cette stratégie conduit progressivement à la pacification de la région. Au fil des XVIIe et XVIIIe siècles, une grande partie des populations chichimèques est assimilée à la société coloniale ou se fond dans d'autres groupes autochtones. Certaines communautés, notamment les Pames, conservent néanmoins leur identité culturelle jusqu'à nos jours. Les Toltèques
(900-1150).
Tula est une cité guerrière. Ses principaux monuments sont les pyramides à degrés surmontées de temples, mais surtout des colonnades et des salles hypostyles, nouveautés architecturales. Les célèbres "atlantes" de Tula, quatre colossales statues de pierre de 4,60 mètres de haut, représentent des guerriers en tenue de combat, coiffés de plumes, portant le papillon pectoral, symbole des ordres militaires, le propulseur de javeline dans une main, un paquet de flèches dans l'autre. L'art toltèque est imprégné d'une esthétique de la mort et de la guerre : des frises de crânes, des aigles et des jaguars dévorant des coeurs humains, des chacmools, ces statues de personnages allongés tenant un récipient sur le ventre pour recevoir les offrandes, peut-être les cœurs des sacrifiés. Les Toltèques étendent leur influence commerciale et militaire très loin, jusqu'au Yucatán, où l'art et l'architecture de la cité maya de Chichén Itzá, avec son temple des Guerriers, ses colonnades et ses chacmools, ressemblent à s'y méprendre à ceux de Tula, ouvrant un vif débat sur le sens de cette relation. La tradition aztèque parlera des Toltèques avec une vénération extrême, comme d'un peuple d'artistes, de sages et d'architectes parfaits, dont les descendants chercheront à légitimer leur propre pouvoir. La chute de Tula, au XIIe siècle, marque la fin de cette hégémonie et ouvre une nouvelle phase d'instabilité. Les Aztèques.
La légende fondatrice, magnifiée plus tard, transforme cette île hostile en une terre promise. La situation lacustre impose un génie technique précoce : ils aménagent des chinampas, ces jardins flottants formés de couches de vase et de végétaux tressés, d'une fertilité prodigieuse, qui permettent plusieurs récoltes par an et assurent la subsistance de la ville. L'ascension politique commence par une astuce diplomatique. Les Mexicas demandent à Culhuacan, leur suzerain, un prince pour en faire leur chef. On leur envoie un noble, qu'ils sacrifient et écorchent aussitôt à la gloire de leur dieu. Horrifiés, les gens de Culhuacan les chassent plus loin dans les marais, où ils se fortifient. En 1376, ils se donnent un véritable souverain, Acamapichtli, un noble aux ascendances mixtes qui se réclame du sang sacré de Quetzalcoatl par les femmes de Culhuacan. Le système monarchique aztèque est ainsi fondé sur une légitimité toltèque. Les successeurs d'Acamapichtli, Huitzilihuitl puis Chimalpopoca, restent d'abord des vassaux des Tépanèques d'Azcapotzalco, dont le vieux et redoutable roi, Tezozómoc, règne sur la vallée. À la mort de Tezozómoc, une guerre de succession éclate. Le nouveau roi tépanèque, Maxtla, fait assassiner Chimalpopoca. Cet acte déclenche une révolte qui change le destin de la vallée. Le successeur mexicatl, Itzcoatl, un chef militaire habile, s'allie avec le prince poète d'exil de Texcoco, Nezahualcóyotl, dont le père a été tué par les Tépanèques. Ensemble, avec le soutien de la cité de Tlacopan, ils forment une Triple Alliance qui écrase Azcapotzalco en 1428. Ce coup de force donne naissance à l'Empire aztèque. Dès lors, sous l'impulsion de Itzcoatl, puis surtout de son successeur Moctezuma Ier Ilhuicamina ( = le Vieil Homme en colère), l'expansion militaire est foudroyante. En quelques décennies, les Aztèques, alliés à Texcoco et Tlacopan, soumettent toute la vallée de Mexico, puis les vallées de Morelos, de Puebla, et poussent jusqu'aux côtes du Golfe et du Pacifique. Le règne d'Ahuítzotl, à la fin du XVe siècle, porte l'empire à son extension maximale, des steppes du nord habitées par les "barbares" Chichimèques jusqu'aux marches de la jungle maya du Guatemala. À l'arrivée des Espagnols en 1519, l'empire dirigé par Moctezuma II Xocoyotzin ( = le Jeune) est miné de l'intérieur. Moctezuma, plus prêtre qu'empereur guerrier, est un souverain craint, distant, plongé dans le jeûne et la méditation, obsédé par les présages. La foudre frappant un temple, une étrange colonne de feu aperçue dans le ciel de Tenochtitlan, un oiseau à tête de miroir capturé et présenté à l'empereur, où il aurait vu des hommes en guerre montés sur des cerfs : une série de signes funestes ébranle la certitude du monde aztèque dans les années précédant la Conquête. Au moment même où une expédition espagnole s'apprête à toucher les côtes du Yucatán puis du Veracruz, le vieux rêve de Quetzalcoatl, le roi-dieu exilé dont on attend le retour par l'Orient, vient hanter la conscience de Moctezuma. La civilisation du Cinquième Soleil, au faîte de sa puissance, est au bord de l'abîme. |
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La Nouvelle-Espagne, jusqu'en 1800En février 1519, Hernán Cortés quitte Cuba avec une expédition d'environ cinq cents hommes, une quinzaine de chevaux et quelques pièces d'artillerie, défiant l'autorité du gouverneur Diego Velázquez qui n'avait autorisé qu'une mission de reconnaissance. Il débarque sur les côtes du Yucatán puis remonte vers Veracruz, où il fonde la Villa Rica de la Vera Cruz, premier établissement espagnol permanent sur le sol continental. Très vite, Cortés comprend que l'Empire aztèque, dominé par la Triple Alliance de Tenochtitlan, Texcoco et Tlacopan, repose sur la soumission de nombreux peuples tributaires qui supportent mal le joug mexica. Il noue une alliance déterminante avec les Tlaxcaltèques, ennemis héréditaires des Aztèques, puis avec d'autres cités comme Cempoala. Cette coalition indigène, bien plus que la supériorité technique espagnole, explique en grande partie le succès ultérieur de la conquête. En novembre 1519, Cortés entre dans Tenochtitlan et est reçu par le tlatoani Moctezuma II, qui réside alors dans une position d'incertitude religieuse et politique face à ces étrangers. Les Espagnols logent dans la ville, puis, profitant d'un climat de tension, prennent Moctezuma en otage dans son propre palais.La situation se dégrade au printemps 1520. Pendant l'absence de Cortés, parti contenir une expédition rivale envoyée par Velázquez sous Pánfilo de Narváez, son lieutenant Pedro de Alvarado ordonne le massacre de nobles aztèques réunis pour une fête religieuse au Templo Mayor, provoquant un soulèvement général. Moctezuma, discrédité, meurt dans des circonstances obscures; son successeur Cuitláhuac organise la résistance. Cortés, revenu à Tenochtitlan, doit fuir la ville dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1520, épisode connu comme la Noche Triste, durant lequel une grande partie de ses hommes et de l'or pillé est perdue lors de la traversée des chaussées lacustres. Réfugié à Tlaxcala, Cortés reconstitue son armée, renforcée par de nouveaux contingents indigènes et par des renforts espagnols, et fait construire des brigantins démontables transportés depuis la côte pour contrôler le lac qui entoure la capitale aztèque. Cuitláhuac meurt rapidement de la variole, maladie apportée par les Européens et qui se répand de manière foudroyante parmi des populations sans immunité; son cousin Cuauhtémoc lui succède et dirige la défense ultime de la ville. Le siège de Tenochtitlan dure plusieurs mois, combinant blocus naval, coupures d'eau potable et combats de rue acharnés, jusqu'à la capitulation de la cité le 13 août 1521. Cette date marque conventionnellement la fin de l'Empire aztèque et le début de la domination espagnole sur le centre du Mexique. Les décennies qui suivent voient une catastrophe démographique sans précédent. Les épidémies successives de variole, de rougeole et plus tard de typhus et d'autres maladies importées, combinées au bouleversement social et au travail forcé, font chuter la population indigène de manière vertigineuse : les estimations, débattues par les historiens, évoquent une population qui serait passée de plusieurs millions à quelques centaines de milliers d'individus survivants au cours du XVIe siècle dans le centre du Mexique. Cette chute démographique conditionne toute l'organisation économique et sociale de la colonie naissante. Cortés, nommé gouverneur puis capitaine général, distribue des terres et de la main-d'œuvre indigène à ses compagnons sous forme d'encomiendas, système par lequel un colon reçoit le droit d'exiger tribut et travail d'une communauté indigène en échange, théoriquement, de sa protection et de son évangélisation. Ce système, rapidement dénoncé pour ses abus, sera contesté par des religieux comme Bartolomé de las Casas, dont les écrits influencent la législation royale, notamment les Lois nouvelles de 1542 qui tentent, sans grand succès pratique, de limiter l'hérédité et la brutalité de l'encomienda. La Couronne espagnole, méfiante envers l'autonomie croissante de Cortés, institue en 1535 la vice-royauté de Nouvelle-Espagne et y envoie Antonio de Mendoza comme premier vice-roi, chargé de représenter directement l'autorité royale et de contrebalancer le pouvoir des conquistadors. Mexico, bâtie sur les ruines de Tenochtitlan, devient le siège de cette administration, dotée d'une Audiencia, organe judiciaire et consultatif, ainsi que de l'appareil fiscal et ecclésiastique de la couronne. Parallèlement à la conquête militaire se déploie une entreprise d'évangélisation menée par les ordres mendiants, franciscains arrivés dès 1524, puis dominicains et augustins, qui construisent des couvents-forteresses dans tout le territoire et entreprennent la destruction systématique des temples et des objets de culte préhispaniques tout en cherchant, paradoxalement, à comprendre les langues et les cultures indigènes pour mieux les convertir, comme le fait le franciscain Bernardino de Sahagún dans ses enquêtes ethnographiques en nahuatl. En 1531, selon la tradition religieuse qui prend forme au cours du siècle, la Vierge serait apparue à un indigène nommé Juan Diego sur la colline de Tepeyac; le culte de la Vierge de Guadalupe qui en résulte deviendra l'un des piliers de l'identité religieuse mexicaine. L'expansion territoriale espagnole se poursuit vers le nord, où elle se heurte à la résistance prolongée des peuples chichimèques dans les régions arides, donnant lieu à une guerre de plusieurs décennies à partir du milieu du seizième siècle, et vers le sud, jusqu'au Yucatán et à l'Amérique centrale. Cette expansion est étroitement liée à la découverte de gisements d'argent considérables, notamment à Zacatecas à partir de 1546 et plus tard à Guanajuato, qui transforment la Nouvelle-Espagne en l'une des principales sources de métal précieux de l'empire espagnol. L'introduction du procédé d'amalgamation au mercure pour le traitement du minerai, généralisée dans la seconde moitié du siècle, permet d'exploiter des gisements moins riches et accroît la production. L'argent mexicain, acheminé vers le port de Veracruz puis vers l'Espagne par les flottes annuelles, mais aussi exporté vers l'Asie via le galion de Manille reliant Acapulco aux Philippines à partir de 1565, alimente les circuits commerciaux mondiaux et finance en grande partie les dépenses militaires de la monarchie espagnole en Europe. La société coloniale qui se structure au fil du XVIe et du XVIIe siècle repose sur une hiérarchie fondée sur l'origine et la couleur de peau, formalisée dans ce qu'on appellera le système des castas. Au sommet figurent les péninsulaires, nés en Espagne, qui occupent les plus hautes charges administratives et ecclésiastiques, suivis par les créoles, Espagnols nés en Amérique, souvent riches propriétaires terriens ou marchands mais relativement écartés des plus hauts postes politiques, ce qui engendrera des frustrations croissantes. Le métissage entre Espagnols, indigènes et, dans une mesure plus restreinte, Africains réduits en esclavage et introduits notamment pour le travail dans les zones côtières et les plantations de canne à sucre, donne naissance à une multitude de catégories intermédiaires, mestizos, mulatos et autres, dont la place dans la société est minutieusement, quoique de façon poreuse dans la pratique, codifiée. Les communautés indigènes, regroupées dans le cadre des "repúblicas de indios", conservent une part d'autonomie locale et de droit coutumier sous la tutelle de la couronne et de l'Église, tout en étant soumises au tribut et, jusqu'à son déclin progressif, au travail obligatoire du repartimiento. L'institutionnalisation de la colonie se poursuit avec la fondation de l'Université de Mexico en 1551, l'arrivée de l'imprimerie dès le milieu du siècle, et l'établissement du tribunal de l'Inquisition à Mexico en 1571, chargé de surveiller l'orthodoxie religieuse de la population d'origine européenne et africaine, les indigènes restant pour leur part sous la juridiction ecclésiastique ordinaire. Le dix-septième siècle, souvent qualifié de siècle de consolidation, voit l'essor des haciendas, grands domaines agricoles et d'élevage qui deviennent la base économique et sociale dominante dans de nombreuses régions, employant une main-d'oeuvre mêlant travailleurs salariés, peones endettés et, localement, esclaves. L'Église catholique accumule alors un pouvoir économique considérable grâce aux dîmes, aux donations et aux activités de crédit qu'elle exerce, tandis que se développe un art baroque flamboyant visible dans l'architecture religieuse, notamment dans les grandes cathédrales et les retables ouvragés. La période voit aussi l'épanouissement intellectuel de figures comme la religieuse et poétesse Sor Juana Inés de la Cruz, dans la seconde moitié du siècle, dont l'oeuvre témoigne d'une vie culturelle créole de plus en plus affirmée. Les côtes de la Nouvelle-Espagne, en particulier Veracruz et Campeche, doivent faire face tout au long de la période aux incursions de pirates et de corsaires, anglais, français et néerlandais, qui profitent des rivalités européennes pour attaquer les ports et intercepter, occasionnellement, les convois d'argent. La couronne renforce en réponse les fortifications côtières et organise le système des flottes protégées, tout en devant gérer les tensions récurrentes liées à la contrebande, notamment dans les zones isolées du littoral. Le XVIIIe siècle est marqué, à partir du règne de Charles III qui débute en 1759, par les réformes dites bourboniennes, qui visent à moderniser l'administration coloniale, à accroître les revenus fiscaux de la couronne et à renforcer le contrôle direct de Madrid sur ses possessions américaines, souvent au détriment des prérogatives locales des créoles. En 1765, l'inspecteur José de Gálvez est envoyé en Nouvelle-Espagne pour réorganiser les finances et l'administration ; ses recommandations conduisent à l'introduction, à partir des années 1780, du système des intendances, qui redécoupe le territoire en circonscriptions administratives dirigées par des fonctionnaires directement responsables devant la couronne, réduisant d'autant l'influence des conseils municipaux traditionnellement dominés par les élites créoles. En 1767, par décret royal applicable à l'ensemble de l'empire espagnol, les Jésuites sont expulsés de Nouvelle-Espagne, où ils dirigeaient un réseau important de collèges et de missions, notamment dans le nord-ouest; cette mesure provoque des troubles locaux et laisse un vide éducatif et missionnaire que d'autres ordres et le clergé séculier doivent combler. La réforme du commerce, avec l'instauration du "comercio libre" en 1778 qui ouvre davantage le commerce colonial à plusieurs ports espagnols et atténue le monopole ancien de Cadix et Séville, stimule les échanges tout en intégrant plus étroitement l'économie mexicaine aux besoins fiscaux et commerciaux de la métropole. Sur le plan économique, la fin du XVIIIe siècle est une période de croissance soutenue pour la Nouvelle-Espagne, portée par une nouvelle expansion de la production argentifère, notamment à Guanajuato où la mine de Valenciana devient l'une des plus productives du monde, par l'essor de l'agriculture commerciale et par une croissance démographique générale après les grandes épidémies du siècle précédent. Mexico s'affirme comme l'une des plus grandes et des plus riches villes du continent américain, dotée d'institutions scientifiques et culturelles nouvelles, comme le Real Seminario de Minería fondé en 1792 pour former des ingénieurs des mines, ou le jardin botanique royal. Cette prosperité reste toutefois très inégalement répartie, et les tensions sociales s'expriment ponctuellement par des émeutes urbaines, comme celle qui secoue Mexico en 1692 à la suite d'une pénurie de maïs, ou par des révoltes locales dans les régions rurales et indigènes tout au long de la période, sans qu'aucune ne remette en cause la domination coloniale dans son ensemble avant la toute fin du siècle. À l'approche de 1800, la société de la Nouvelle-Espagne est traversée par des courants nouveaux : les idées des Lumières circulent parmi une partie de l'élite créole et du clergé éclairé, souvent par le biais de la presse naissante et des cercles savants; le ressentiment des créoles envers leur exclusion persistante des plus hautes charges administratives, réservées de façon croissante à des fonctionnaires envoyés d'Espagne, s'accentue; et les nouvelles venues d'Europe, où la Révolution française puis les bouleversements liés aux guerres napoléoniennes commencent à ébranler l'ordre monarchique espagnol lui-même, laissent pressentir, sans encore l'annoncer clairement à cette date, les bouleversements politiques qui conduiront, dans la décennie suivante, au mouvement d'indépendance mexicain. De l'indépendance à l'arrivée des FrançaisAu tournant du XIXe siècle, la Nouvelle-Espagne demeure prospère mais traversée de tensions sourdes entre péninsulaires et créoles, ces derniers continuant de ressentir leur exclusion des plus hautes charges malgré leur poids économique. L'événement déclencheur du basculement vers l'indépendance se produit en Europe : en 1808, Napoléon Bonaparte envahit l'Espagne, contraint le roi Charles IV puis son fils Ferdinand VII à abdiquer et installe son frère Joseph sur le trône. Cette crise de légitimité monarchique se répercute immédiatement dans les colonies. À Mexico, le vice-roi José de Iturrigaray, soupçonné de sympathies autonomistes, est destitué par un coup de force des marchands et fonctionnaires péninsulaires en septembre 1808. Dans plusieurs villes de province, des conspirations se forment, comme celles de Valladolid en 1809 et de Querétaro, où des créoles, des prêtres et des officiers discutent en secret de la possibilité d'une rupture avec la métropole, alors privée de roi légitime.C'est dans ce climat que le curé Miguel Hidalgo y Costilla, impliqué dans le complot de Querétaro découvert par les autorités, lance dans la nuit du 15 au 16 septembre 1810, depuis le village de Dolores, l'appel resté célèbre sous le nom de Grito de Dolores, exhortant la population à se soulever. Son armée, composée pour l'essentiel de paysans et de mineurs indigènes et métis peu armés, grossit rapidement et s'empare le 28 septembre de Guanajuato, où le massacre survenu lors de la prise de l'Alhóndiga de Granaditas, grenier fortifié où s'étaient retranchés les habitants espagnols, marque durement les esprits et effraie une partie des élites créoles. Hidalgo remporte la victoire du Monte de las Cruces aux portes de Mexico le 30 octobre, mais choisit de ne pas attaquer la capitale et se retire vers le nord, décision longtemps discutée par les historiens. Son armée est défaite à Puente de Calderón en janvier 1811 par les troupes royalistes commandées par Félix María Calleja; Hidalgo, en fuite, est capturé peu après, jugé par l'Inquisition et l'autorité militaire, puis exécuté par fusillade à Chihuahua en juillet 1811. La direction du mouvement insurgent passe alors à un autre prêtre, José María Morelos, meilleur stratège militaire, qui organise une guerre plus disciplinée dans le sud du pays, remporte plusieurs sièges, dont celui de Cuautla en 1812, et parvient à réunir en 1813 le Congrès de Chilpancingo, qui proclame solennellement l'indépendance du Mexique. Ce congrès itinérant adopte en 1814 la Constitution d'Apatzingán, premier texte constitutionnel mexicain, bien qu'elle ne puisse jamais s'appliquer effectivement faute de territoire stable sous contrôle insurgé. Morelos est finalement capturé en 1815, dégradé par l'Inquisition puis exécuté. Après sa mort, la résistance se fragmente en foyers de guérilla dispersés, le plus notable étant celui dirigé par Vicente Guerrero dans la région montagneuse du sud, tandis que les autorités royalistes, sous Calleja puis sous le vice-roi Juan Ruiz de Apodaca, reprennent largement le contrôle du territoire au tournant de la décennie 1820. Le dénouement vient à nouveau d'Espagne : en 1820, une révolution libérale dirigée par le colonel Rafael del Riego impose à Ferdinand VII le rétablissement de la Constitution de Cadix de 1812, qui limite les pouvoirs royaux et menace les privilèges du clergé et de l'aristocratie. Craignant que ce libéralisme ne s'étende au Mexique et n'ébranle l'ordre social et religieux, une partie des élites créoles, jusque-là fidèles à la couronne, change de stratégie et voit désormais dans l'indépendance un moyen de préserver leurs intérêts. L'officier royaliste Agustín de Iturbide, chargé de combattre Guerrero, négocie au contraire avec lui une alliance scellée par le Plan de Iguala en février 1821, qui appelle à l'indépendance, au maintien du catholicisme comme religion d'État et à l'égalité de traitement entre Espagnols et Américains, trois principes qui donnent leur nom à l'Armée des Trois Garanties formée pour les défendre. Cette coalition inattendue entre conservateurs et anciens insurgés rallie rapidement la majorité du pays. Le dernier vice-roi, Juan O'Donojú, accepte de négocier et signe en août 1821 le traité de Córdoba reconnaissant l'indépendance mexicaine; le 27 septembre 1821, l'armée d'Iturbide entre triomphalement dans Mexico, marquant la fin de trois siècles de domination espagnole. Le nouveau pays, conçu d'abord comme une monarchie constitutionnelle qui devait accueillir un prince européen, voit finalement Iturbide lui-même proclamé empereur sous le nom d'Agustín Ier en mai 1822, à la faveur d'une manifestation militaire en sa faveur. Son règne est bref et contesté : dissolution autoritaire du Congrès, difficultés financières, mécontentement des anciens insurgés républicains. En décembre 1822, le général Antonio López de Santa Anna se soulève à Veracruz; le mouvement se généralise avec le Plan de Casa Mata en février 1823, qui réclame le rétablissement du Congrès, et Iturbide abdique en mars 1823 avant de partir en exil. De retour au Mexique l'année suivante sans en avoir le droit, il est arrêté et exécuté en juillet 1824. Le pays adopte alors une République fédérale sur le modèle états-unien, formalisée par la Constitution de 1824, et Guadalupe Victoria, ancien chef insurgé, devient le premier président. Les décennies suivantes sont marquées par une instabilité politique chronique, opposant fédéralistes, souvent regroupés dans la loge maçonnique yorkine et favorables à une large autonomie des États et à des réformes libérales, et centralistes, proches de la loge écossaise, partisans d'un pouvoir central fort, du maintien des privilèges ecclésiastiques et militaires, et plus prudents face aux réformes sociales. Entre 1824 et 1855, le pays connaît plusieurs dizaines de changements de gouvernement, nombre de coups de force et de pronunciamientos militaires, dans un contexte de finances publiques exsangues. En 1829, le président Vicente Guerrero décrète l'abolition de l'esclavage sur tout le territoire mexicain; la même année, une tentative espagnole de reconquête débarquée à Tampico est repoussée par les troupes mexicaines sous le commandement de Santa Anna, qui en tire un prestige militaire durable. Cette figure de Santa Anna domine la vie politique mexicaine de cette période, occupant la présidence à de multiples reprises entre 1833 et 1855 selon des alliances changeantes, tantôt libérales, tantôt conservatrices. En 1833-1834, un gouvernement réformiste dirigé sur le plan législatif par Valentín Gómez Farías, alors que Santa Anna se tient en retrait, tente de réduire les prérogatives du clergé et de l'armée, suscitant une forte opposition conservatrice; Santa Anna reprend alors le pouvoir et annule ces réformes. En 1836 est promulguée une constitution centraliste, dite des Sept Lois, qui supprime le fédéralisme et provoque des soulèvements dans plusieurs régions, notamment au Texas, où les colons, majoritairement anglo-américains installés depuis les années 1820 avec l'autorisation mexicaine, proclament leur indépendance. Après la défaite mexicaine du fort de l'Alamo en mars 1836, où la garnison texane est entièrement massacrée, Santa Anna est surpris et capturé par les forces texanes à la bataille de San Jacinto en avril 1836; contraint de signer des accords reconnaissant l'indépendance du Texas, accords que le gouvernement mexicain refusera ensuite de ratifier, il laisse la question texane en suspens pour la décennie suivante. En 1838-1839, un différend financier avec des commerçants français dégénère en conflit armé connu comme la guerre des Pâtisseries, durant laquelle une flotte française bombarde Veracruz, épisode bref mais révélateur de la vulnérabilité du Mexique face aux puissances européennes. Au cours des mêmes années, la péninsule du Yucatán, pour des raisons à la fois fiscales et identitaires, fait sécession à plusieurs reprises et ne réintègre durablement la fédération mexicaine que dans les années 1840. L'annexion du Texas par les États-Unis en 1845, suivie d'un différend sur la frontière entre le Rio Grande et le Rio Nueces, conduit à la guerre américano-mexicaine déclenchée en 1846. Les forces américaines envahissent le pays sur plusieurs fronts : occupation rapide de la Californie et du Nouveau-Mexique, victoires du général Zachary Taylor dans le nord-est à Palo Alto, Resaca de la Palma puis Monterrey, et surtout campagne du général Winfield Scott qui débarque à Veracruz en mars 1847, remporte la bataille de Cerro Gordo, puis progresse jusqu'à Mexico, où la prise du château fort de Chapultepec en septembre 1847, défendu notamment par de jeunes cadets restés dans la mémoire nationale sous le nom des Niños Héroes, ouvre la voie à l'occupation de la capitale. Le conflit s'achève par le traité de Guadalupe Hidalgo signé en février 1848, par lequel le Mexique reconnaît la perte d'environ la moitié de son territoire antérieur, comprenant la Californie, le Nouveau-Mexique et la reconnaissance définitive de l'annexion du Texas, contre une indemnité financière limitée versée par Washington. Cette défaite traumatisante affaiblit durablement le crédit des dirigeants en place et nourrit les critiques contre le système politique existant. En 1853, lors de son dernier passage au pouvoir, assorti de pouvoirs quasi dictatoriaux et du titre flatteur d'Altesse Sérénissime, Santa Anna vend aux États-Unis, par le traité dit Gadsden, une nouvelle bande de territoire au sud de l'Arizona actuel, aggravant encore son impopularité. Ce dernier régime de Santa Anna est renversé par la révolution libérale du Plan de Ayutla, lancée en 1854 sous l'impulsion du général Juan Álvarez et de Ignacio Comonfort, qui rassemble une nouvelle génération de réformateurs, parmi lesquels l'avocat zapotèque Benito Juarez. Cette période, connue comme La Reforma, voit l'adoption de lois destinées à démanteler les privilèges des corps traditionnels : la loi Juárez de 1855 supprime les tribunaux spéciaux du clergé et de l'armée pour les affaires civiles, et la loi Lerdo de 1856 oblige l'Église à vendre la majeure partie de ses propriétés foncières non directement liées au culte. Ces réformes sont consacrées par la nouvelle Constitution fédérale de 1857, qui établit des libertés individuelles étendues et confirme la subordination du pouvoir ecclésiastique à l'État, provoquant une rupture profonde avec la hiérarchie catholique et les milieux conservateurs. Le président Comonfort, jugé trop modéré par les deux camps, est lui-même renversé en décembre 1857 par le pronunciamiento conservateur de Tacubaya, ouvrant la voie à la guerre de Réforme, conflit civil qui oppose de 1858 à 1861 les gouvernements libéraux, repliés notamment à Veracruz sous la présidence de Benito Juárez, et les gouvernements conservateurs installés à Mexico, soutenus par une partie du haut clergé. C'est durant ce conflit, en 1859, que Juárez promulgue depuis Veracruz les Lois de Réforme, qui nationalisent l'ensemble des biens du clergé, instaurent le mariage civil et le registre d'état civil tenu par l'État, sécularisent les cimetières et proclament la liberté de culte, achevant la séparation entre l'Église et l'État mexicain. Les forces libérales, sous la direction militaire notamment de Jesús González Ortega et d'Ignacio Zaragoza, prennent l'avantage à partir de 1860 et reprennent le contrôle de la capitale au début de 1861, permettant à Juárez d'y installer son gouvernement et d'être confirmé président par les urnes. Le pays sort cependant exsangue de ces années de guerre civile, et le gouvernement, incapable d'honorer le service de sa dette extérieure, décrète en juillet 1861 la suspension du paiement des intérêts dus à ses créanciers européens. Cette décision conduit l'Espagne, le Royaume-Uni et la France à signer la convention de Londres en octobre 1861 et à organiser une expédition conjointe pour occuper les ports mexicains et exiger le règlement de leurs créances. Si les forces espagnoles et britanniques se retirent assez rapidement après des négociations, le gouvernement français de Napoléon III, qui nourrit des ambitions plus vastes d'installer un régime favorable à ses intérêts en Amérique, maintient et renforce son corps expéditionnaire. Les troupes françaises, débarquées à Veracruz, subissent un revers retentissant le 5 mai 1862 devant Puebla, où les forces mexicaines commandées par le général Ignacio Zaragoza repoussent l'assaut, victoire célébrée depuis comme l'une des dates symboliques de l'histoire nationale. Napoléon III réagit en envoyant d'importants renforts sous le commandement du général Forey. Au printemps 1863, l'armée française revient assiéger Puebla, désormais fortifiée et défendue par le général González Ortega; après plusieurs semaines de siège éprouvant, la ville capitule en mai 1863. La route vers la capitale étant désormais ouverte, le gouvernement de Juárez évacue Mexico, et les troupes françaises y font leur entrée le 7 juin 1863, installant une administration provisoire favorable à l'instauration d'une monarchie, tandis que Juárez, refusant de céder, replie son gouvernement légitime vers le nord du pays pour y poursuivre la résistance. De Maximilien aux années 1920La période qui s'étend de 1864 à 1920 au Mexique est l'une des plus tourmentées et fondatrices de son histoire. Elle commence par l'éphémère splendeur d'un empire et s'achève dans la violence révolutionnaire institutionnalisée, après avoir traversé une république restaurée et une longue dictature. Pour comprendre cet enchaînement, il faut remonter à l'intervention française.En 1861, le président Benito Juárez, face à la banqueroute du pays, suspend le paiement de la dette extérieure. La France, l'Espagne et la Grande-Bretagne envoient une expédition militaire pour exiger le remboursement. Si les deux dernières puissances se retirent rapidement, Napoléon III y voit l'occasion de créer un empire latin et catholique en Amérique, contrepoids à la puissance grandissante des États-Unis. L'armée française envahit le pays. Après une résistance inattendue à Puebla le 5 mai 1862, les troupes françaises, renforcées, prennent Mexico en juin 1863. Une assemblée de notables conservateurs, soutenue par les baïonnettes françaises, offre la couronne à l'archiduc Maximilien de Habsbourg. Ce prince autrichien, idéaliste et libéral à sa manière, accepte le trône en 1864, croyant sincèrement à un appel du peuple mexicain. Ainsi débute le Second Empire mexicain. Maximilien et son épouse Charlotte, désormais Carlota, arrivent à Mexico en mai 1864. L'empereur se révèle vite un souverain paradoxal. Là où les conservateurs espéraient un restaurateur de l'ordre ancien, il confirme les lois de Réforme de Juárez, nationalisant les biens du clergé et garantissant la liberté de culte. Il adopte des mesures sociales, s'intéresse au sort des peuples indigènes, embellit la capitale et fait tracer le Paseo de la Reforma. Mais son trône repose entièrement sur l'armée française, qui ne contrôle réellement que les villes et les axes principaux. Dans le nord, Juárez, président constitutionnel obstiné, incarne une légitimité républicaine inébranlable, reculant jusqu'à Paso del Norte (aujourd'hui Ciudad Juárez) sans jamais quitter le territoire national. La guérilla républicaine harcèle sans relâche les troupes impériales. La fin de la guerre de Sécession en 1865 change tout. Les États-Unis, désormais libres de leurs mouvements, exigent le retrait français au nom de la doctrine Monroe et commencent à fournir des armes aux troupes juáristes. Napoléon III, confronté à la montée de la Prusse en Europe, annonce le retrait progressif de ses troupes. Carlota, dans une tentative désespérée, part en Europe pour implorer le pape et l'empereur des Français, mais sombre dans la folie. Abandonné, Maximilien refuse pourtant de fuir par honneur. Il se replie sur Querétaro avec ses derniers fidèles, où il est assiégé et trahi par le colonel López. Capturé, il est jugé par une cour martiale républicaine et fusillé le 19 juin 1867 sur le Cerro de las Campanas, aux côtés des généraux Miramón et Mejía. L'Empire s'effondre avec lui. Juárez rentre triomphalement à Mexico en juillet 1867. La République restaurée incarne la victoire de la souveraineté nationale et du libéralisme. Le président, réélu, entreprend de consolider l'État laïc et de moderniser le pays. Il réduit considérablement les effectifs de l'armée, freinant ainsi les ambitions des caudillos militaires, étend le réseau télégraphique et ferroviaire, et fonde l'École nationale préparatoire, creuset des futures élites. Pourtant, les tensions ne tardent pas à renaître. La concentration du pouvoir entre les mains de Juárez, sa réélection en 1867 puis en 1871 par des moyens contestés, suscitent une opposition virulente. Porfirio Díaz, général brillant qui s'était illustré lors de la guerre d'intervention, se soulève contre lui en 1871 avec le plan de la Noria, dénonçant la perpétuation au pouvoir. La révolte échoue. Mais le 18 juillet 1872, Juárez meurt d'une crise cardiaque. Le président de la Cour suprême, Sebastián Lerdo de Tejada, lui succède conformément à la constitution. Lerdo poursuit la politique de modernisation et de sécularisation de son prédécesseur. Il inaugure le chemin de fer de Mexico à Veracruz, intègre les Lois de Réforme dans la Constitution et expulse les congrégations religieuses étrangères. Son gouvernement se veut civiliste et légaliste, mais son style personnel, distant et rigide, lui aliène de nombreux soutiens. Sa réélection en 1876 provoque un nouveau soulèvement, cette fois mené par Porfirio Díaz sous la bannière du plan de Tuxtepec, dont le principe fondateur est celui de la "non-réélection". Lerdo doit s'exiler. Díaz entre à Mexico en novembre 1876, inaugurant un nouveau cycle. Commence alors le Porfiriato, une ère de près de trente-cinq ans qui va radicalement transformer le pays sous l'autorité incontestée de Porfirio Díaz. Dans un premier temps, le nouveau président respecte formellement le principe de non-réélection et laisse la place à Manuel González de 1880 à 1884, tout en restant l'homme fort du régime. Dès son retour au pouvoir en 1884, Díaz instaure une dictature pragmatique et centralisatrice qui, en pratique, ne connaîtra plus d'alternance. Sa devise, paz, orden y progreso ( = paix, ordre et progrès), résume son projet. La paix est imposée par une poigne de fer. Les rebelles, bandits et opposants sont éliminés ou soumis par la redoutable police rurale, les rurales. Les gouverneurs sont choisis avec soin, les chefs locaux, ou caciques, sont intégrés dans un vaste système de loyautés et de prébendes. Le slogan "peu de politique, beaucoup d'administration" traduit la dépolitisation autoritaire du pays. L'ordre règne, mais c'est l'ordre du cimetière pour les libertés publiques : presse muselée, élections simulées, congrès docile. Sur ce socle de stabilité autoritaire, Díaz lance une modernisation économique sans précédent, ouverte aux capitaux étrangers, principalement américains et britanniques. Le réseau ferroviaire explose, reliant les régions productrices aux ports et au marché nord-américain. Les investissements affluent dans les mines, l'extraction de l'argent puis des métaux industriels comme le cuivre. Le nord du pays devient un pôle dynamique. L'agriculture commerciale se développe au détriment des communautés villageoises. Les grands domaines, les haciendas, s'étendent de manière spectaculaire, notamment dans le Morelos sucrier ou le Yucatán du henequen, cette fibre végétale qui fait la fortune d'une caste de propriétaires mais réduit des milliers de paysans mayas à un quasi-esclavage. Les lois de colonisation et de terres vides, comme la loi de 1894 sur les terres non cultivées, permettent à des compagnies de bornage de s'approprier légalement les terres des communautés indigènes qui ne possèdent pas de titres de propriété écrits. Des millions d'hectares passent aux mains de quelques familles et de sociétés étrangères. La société mexicaine subit une profonde recomposition. Une oligarchie de propriétaires terriens, de financiers et d'hommes d'affaires, les Científicos (un groupe d'intellectuels et de technocrates positivistes convaincus de la nécessité d'un gouvernement "scientifique"), entoure Díaz et oriente la politique économique. Ils modernisent le Trésor, équilibrent le budget et inspirent une politique de prestige. La ville de Mexico s'embellit de palais à l'européenne, de théâtres, d'une vie mondaine brillante qui contraste cruellement avec le reste du pays. Mais cette modernisation a une face sombre. La classe ouvrière naissante, dans les usines textiles, les chemins de fer, les mines, connaît des conditions de travail épouvantables. La paysannerie, privée de ses terres, bascule dans un prolétariat rural soumis à l'endettement perpétuel dans les tiendas de raya, les magasins de l'hacienda. Les soulèvements, comme celui des Indiens Yaquis du Sonora, sont écrasés dans le sang, et les survivants déportés vers les plantations du Yucatán. Pourtant, les ferments de la contestation se développent. Des grèves éclatent, comme celle de Cananea en 1906 dans les mines de cuivre, réprimée avec l'aide de rangers américains, ou celle de Río Blanco en 1907 dans le textile, noyée dans le sang par l'armée fédérale. Une opposition libérale et anarchiste s'organise, notamment autour des frères Flores Magón qui, depuis l'exil aux États-Unis, appellent à la révolution sociale dans leur journal Regeneración. En 1908, le vieux dictateur, âgé de près de quatre-vingts ans, accorde une interview retentissante au journaliste américain James Creelman. Il y déclare que le Mexique est mûr pour la démocratie et qu'il verrait d'un bon oeil la formation d'un parti d'opposition pour les élections de 1910. Cette déclaration libère une énergie politique contenue depuis des décennies. Francisco I. Madero, un riche propriétaire terrien du Coahuila, issu de l'élite mais pétri d'idéaux démocratiques, prend Díaz au mot. Il publie en 1908 La sucesión presidencial en 1910, un ouvrage modéré prônant le retour à la légalité constitutionnelle et la non-réélection effective. Il parcourt le pays et fédère une vaste opposition autour du Parti national anti-réélectionniste. L'effervescence gagne les classes moyennes, les ouvriers, une partie de la paysannerie. Díaz, se ravisant, fait arrêter Madero avant le scrutin et se fait réélire en juillet 1910 pour un nouveau mandat. Madero, libéré sous caution, s'enfuit aux États-Unis et lance depuis San Antonio le Plan de San Luis Potosí, daté du 5 octobre 1910. Ce manifeste déclare nulles les élections, proclame Madero président provisoire et appelle le peuple à prendre les armes le 20 novembre 1910. La révolution mexicaine commence. L'appel de Madero rencontre un écho bien plus profond et disparate qu'il ne l'avait imaginé. Dans l'État de Chihuahua, au nord, Pascual Orozco, un muletier, et Pancho Villa, ancien bandit devenu chef d'une troupe redoutable de cavaliers improvisés, lèvent des armées populaires. Dans le Morelos, au sud, une insurrection paysanne menée par Emiliano Zapata s'empare des terres des haciendas sucrières et réclame la restitution immédiate des terres aux communautés. Zapata incarne une révolution agraire radicale : son Plan d'Ayala, proclamé en novembre 1911, rompra avec Madero et exigera la redistribution des terres sur-le-champ. Mais pour l'heure, ces forces convergentes font vaciller le régime. En mai 1911, les troupes d'Orozco et Villa prennent Ciudad Juárez, à la frontière américaine. C'est le coup de grâce. Porfirio Díaz négocie sa reddition et son exil. Le 25 mai, le vieux dictateur démissionne, s'embarque pour l'Europe et meurt à Paris en 1915. Madero entre dans Mexico en triomphe. Il est élu président en novembre 1911. Il se heurte immédiatement à la contradiction fondamentale qui allait le consumer : il est un révolutionnaire politique, mais pas social. Pour lui, la démocratie électorale et les libertés publiques sont la solution; il ne conçoit pas la nécessité de réformes sociales immédiates. Il maintient en grande partie l'appareil d'État porfirien, y compris l'armée fédérale, et temporise sur la question agraire, demandant à Zapata de patienter et de rendre les armes. Ce dernier refuse, considérant Madero comme un traître à la cause paysanne. Orozco, mécontent de n'avoir qu'une position secondaire, se rebelle à son tour au nord. La présidence Madero, assaillie de toutes parts, navigue en pleine tempête, avec une presse libre qui se déchaîne contre lui. L'ambassadeur américain, Henry Lane Wilson, hostile au nouveau régime qu'il juge incapable de protéger les intérêts américains, conspire activement. En février 1913, un coup d'État éclate dans la capitale, la Decena Trágica. Des généraux porfiriens, Félix Díaz (neveu du dictateur) et Bernardo Reyes, se soulèvent. Dix jours de combats sanglants ravagent le centre de Mexico. Le commandant de l'armée, Victoriano Huerta, chargé par Madero de défendre le gouvernement, le trahit. Après un pacte scellé à l'ambassade américaine, Huerta fait arrêter Madero et le vice-président Pino Suárez, s'empare du pouvoir et les fait assassiner le 22 février 1913. L'usurpation de Huerta, soutenue par l'ancienne oligarchie, l'Église et les grandes compagnies, unifie une grande partie des révolutionnaires contre lui. Le gouverneur du Coahuila, Venustiano Carranza, un sénateur porfirien converti au maderisme, s'autoproclame "Premier Chef de l'Armée constitutionnaliste" et lance le Plan de Guadalupe, appelant à renverser l'usurpateur. Il constitue une coalition hétéroclite avec les forces aguerries du Nord. Au Chihuahua, Pancho Villa forme la redoutable Division du Nord, armée populaire et disciplinée. Au Sonora, Álvaro Obregón, un agriculteur devenu stratège militaire de génie, prend la tête des forces constitutionnalistes. Au sud, Zapata poursuit sa propre guerre agraire, tout en étant hostile à Huerta. Les États-Unis, avec l'arrivée du président Woodrow Wilson, refusent de reconnaître le gouvernement issu d'un coup d'État meurtrier. En avril 1914, un incident impliquant des marins américains à Tampico sert de prétexte à l'occupation militaire du port de Veracruz par les Marines, privant Huerta de ses principales recettes douanières. Isolé, battu par les armées constitutionnalistes, notamment par Obregón qui écrase ses troupes, Huerta démissionne en juillet 1914 et part en exil. La défaite de l'ennemi commun dissout la coalition révolutionnaire. Carranza, représentant une tendance légaliste, nationaliste et modérée, entend contrôler le processus. Il convoque une Convention des chefs révolutionnaires à Aguascalientes en octobre 1914. Les zapatistes et les villistes, majoritaires, y imposent un programme radical. Carranza, refusant de se soumettre, se replie sur Veracruz. La Convention nomme un président provisoire et la rupture est totale. Le pays sombre dans une guerre civile entre les factions. D'un côté, l'alliance de la Convention menée par Villa et Zapata, qui incarnent les aspirations populaires, agraires et souvent messianiques. De l'autre, les constitutionnalistes d'Obregón et Carranza, qui comprennent que pour vaincre, il faut intégrer certaines revendications sociales tout en maintenant l'autorité d'un État central. Cette guerre est impitoyable. Villa et Zapata entrent triomphalement dans Mexico en décembre 1914, scène célèbre où Zapata, méfiant, refuse de s'asseoir dans le fauteuil présidentiel. Mais leur alliance est plus symbolique que stratégique, et ils ne parviennent pas à consolider un gouvernement national. Carranza, depuis Veracruz, promulgue en janvier 1915 une loi agraire qui promet la restitution des terres, se posant ainsi en concurrent direct du programme zapatiste. Les généraux constitutionnalistes, et en premier lieu Obregón, se montrent supérieurs militairement. En avril 1915, lors de la bataille de Celaya, dans le Bajío, Obregón utilise les tranchées, les mitrailleuses et le fil de fer, tactiques modernes apprises en observant la guerre en Europe, pour broyer les charges de cavalerie de la Division du Nord. Villa est défait à plusieurs reprises et repoussé dans les montagnes du nord, où sa force se réduit à une guérilla. Carranza reprend Mexico et obtient la reconnaissance de facto des États-Unis en octobre 1915. Zapata, isolé dans le Morelos, poursuit une résistance acharnée mais défensive, son armée de paysans étant décimée par la famine et une répression féroce. Carranza, maître du pays, convoque un Congrès constituant à Querétaro en 1917. Le texte qui en sort est un monument juridique, le premier au monde à intégrer des droits sociaux à une constitution. La Constitution de 1917, toujours en vigueur, reprend le squelette libéral de 1857, mais y ajoute des articles révolutionnaires. L'article 3 rend l'enseignement primaire laïc, gratuit et obligatoire. L'article 27 déclare la nation propriétaire originelle des terres et des ressources du sous-sol, lui permettant d'exproprier les grands domaines et de restituer les terres aux communautés, et posant les bases d'un nationalisme pétrolier futur. L'article 123 établit un code du travail extrêmement avancé, avec la journée de huit heures, le droit de grève, le salaire minimum, la protection des femmes et des enfants. Ces conquêtes sont immenses sur le papier. Mais Carranza, une fois élu président constitutionnel, applique la réforme agraire avec une lenteur calculée et réprime durement les mouvements ouvriers. Son principal souci est d'affirmer la souveraineté nationale face à l'étranger, surtout en pleine Première Guerre mondiale où l'Allemagne cherche à entraîner le Mexique contre les États-Unis, comme en témoigne le célèbre télégramme Zimmermann de 1917, qui indigne l'opinion mexicaine et américaine. Carranza maintient une stricte neutralité. La liquidation des anciens adversaires marque la fin de la période. Pour affaiblir la guérilla de Zapata, Carranza charge le colonel Jesús Guajardo de tendre un piège. Le 10 avril 1919, Zapata est assassiné par traîtrise à la hacienda de Chinameca. Sa mort fait de lui un martyr éternel de la cause agraire. Villa, traqué, finit par négocier sa reddition en 1920, se retirant dans une hacienda du Durango en échange d'une amnistie. Mais le cycle de la violence ne s'arrête pas avec ces éliminations. La succession présidentielle de 1920 rallume la guerre civile. Carranza, malade et autoritaire, choisit de soutenir un civil obscur, Ignacio Bonillas, plutôt que son général le plus brillant et populaire, Álvaro Obregón. Ce dernier s'estime trahi. En avril 1920, Obregón et les généraux sonoriens Adolfo de la Huerta et Plutarco Elías Calles proclament le Plan d'Agua Prieta, dénonçant le président. L'armée fédérale se rallie massivement aux rebelles. Isolé, Carranza tente de fuir vers Veracruz, comme en 1914, mais son train est bloqué. Poursuivi, il est assassiné le 21 mai 1920 dans la petite localité de Tlaxcalantongo. Avec sa mort s'achève la décennie révolutionnaire la plus sanglante et prend fin la phase dite destructrice de la Révolution. Adolfo de la Huerta assume la présidence par intérim et pacifie le pays, Villa se rend définitivement. Obregón est élu président en novembre 1920, ouvrant la phase de reconstruction de l'État post-révolutionnaire, qui allait tenter de concilier l'héritage d'une guerre atroce avec les promesses sociales inscrites dans la Constitution. Cette période de cinquante-six ans a vu le Mexique passer du rêve monarchique à l'affirmation d'une république souveraine, puis à une dictature modernisatrice, pour finalement s'abîmer dans une révolution qui, en détruisant l'ordre ancien, a jeté les fondations juridiques et mythiques du Mexique du XXe siècle. Des années 1920 à l'an 2000Tout au long du XXe siècle, la vie politique du Mexique sera largement dépositaire de l'héritage de cette révolution. La période post-révolutionnaire commence avec la présidence d'Álvaro Obregón (1920-1924). Son administration se concentre sur la stabilisation du pays, la réforme agraire et la consolidation du pouvoir. Après lui, Plutarco Elías Calles (1924-1928) poursuit les politiques de réforme et fonde le Parti National Révolutionnaire (PNR) en 1929, ancêtre du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), qui dominera la politique mexicaine pendant des décennies. Une étape importante sera ensuite la présidence de Lázaro Cárdenas (1934-1940), qui met en oeuvre des réformes radicales, notamment la redistribution des terres (réforme agraire), la nationalisation de l'industrie pétrolière en 1938 (création de la société Pemex), et le soutien aux syndicats ouvriers. Il est considéré comme l'un des présidents les plus progressistes de l'histoire mexicaine.Les fruits de la politique menée par Cárdenas se ront récoltés pendant les années 1940-1950. La Seconde Guerre mondiale apporte une croissance économique grâce à la coopération avec les États-Unis. Cette période marque le début de ce qu'on a appelé le Miracle Mexicain (1940-1970), une phase de croissance économique rapide et d'industrialisation, d'abord sous la présidence de Manuel Ávila Camacho (1940-1946), puis avec celle de Miguel Alemán Valdés (1946-1952), sous l'administration duquel le Mexique poursuit son développement industriel et infrastructurel. Cette période est aussi celle du début de la modernisation urbaine et de l'expansion de la classe moyenne. Sous la présidence d'Adolfo López Mateos (1958-1964), le Mexique continue de croître économiquement, mais les inégalités persistent. Les mouvements sociaux et étudiants commencent à gagner en importance. Le mandat de Gustavo Díaz Ordaz (1964-1970) va être marqué par la répression des mouvements sociaux, culminant avec le massacre de Tlatelolco en 1968, où des centaines d'étudiants protestataires sont tués par les forces de sécurité. Luis Echeverría (1970-1976) tentera de mettre en oeuvre des réformes sociales et économiques. Mais il augmente en même temps l'endettement extérieur. Sa présidence est marquée par la répression politique et les "guerres sales" contre les dissidents. Face à une crise économique sévère, José López Portillo (1976-1982) nationalise les banques et tente de stabiliser l'économie. La fin de son mandat est marquée par une dévaluation massive du peso et une crise financière. Des politiques d'austérité et de libéralisation économique sont adoptées sous la présence de Miguel de la Madrid (1982-1988) en réponse à la crise de la dette. Son administration introduit le Programme de Réforme Économique et la privatisation de nombreuses entreprises d'État. Carlos Salinas de Gortari (1988-1994), qui lui succède, poursuit les réformes néolibérales, mettant en oeuvre le Programme de Modernisation Économique. En 1992, il signe l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) avec les États-Unis et le Canada. Le mandat de Ernesto Zedillo (1994-2000) débute avec une crise économique, dite crise Tequila. Zedillo lance des réformes économiques et politiques pour stabiliser l'économie et renforcer la démocratie. Avec lui, prend fin la domination du PRI, qui était au pouvoir depuis 1929. Une transition démocratique mène à la présidence le candidat de l'opposition en 2000, Vicente Fox, Parti Action Nationale (PAN). Cette élection marque une étape importante vers la démocratisation du Mexique. Le premier quart du XXIe siècleFox tente de moderniser l'économie mexicaine, notamment en attirant les investissements étrangers et en continuant les politiques de libre-échange. Malgré les réformes, des inégalités économiques persistantes et la pauvreté restent des défis majeurs, auxquels va être confronté Felipe Calderón (2006-2012), qui doit aussi lancer une offensive vigoureuse contre les cartels de la drogue, déployant l'armée pour lutter contre le crime organisé. Cette guerre entraîne une escalade de la violence, avec des milliers de morts chaque année. La crise financière mondiale de la fin de 2008 a provoqué un ralentissement économique massif au Mexique l'année suivante. Calderón s'est attaché à mettre en oeuvre des politiques pour stimuler la croissance économique et l'emploi. La croissance a rebondi à environ 5% en 2010, mais a ensuite atteint en moyenne environ la moitié pendant le reste de la décennie.Avec Enrique Peña Nieto (2012-2018), qui succède à Calderón, c'est le PRI qui revient au pouvoir. Une série de réformes structurelles ambitieuses, notamment dans l'éducation, l'énergie et les télécommunications, sont mises en oeuvre. L'une des réformes les plus significatives est l'ouverture du secteur énergétique aux investissements privés, mettant fin à des décennies de monopole d'État. Le mandat de Peña Nieto est entaché par des scandales de corruption et une violence persistante liée à la guerre contre la drogue. L'enlèvement et la disparition de 43 étudiants à Ayotzinapa en 2014 provoquent une indignation nationale et internationale. En décembre 2018, Andrés Manuel López Obrador (surnommé AMLO), maire de Mexico entre 2000 et 2005, candidat du parti de gauche Morena = Mouvement de régénération nationale), est élu avec une large majorité, promettant de lutter contre la corruption, réduire la pauvreté et réformer le système politique. Il met en oeuvre des programmes sociaux pour soutenir les plus vulnérables, augmente les pensions pour les personnes âgées et lance des initiatives pour créer des emplois pour les jeunes. Mais la violence liée aux cartels de la drogue reste un défi majeur. AMLO crée la Garde nationale pour lutter contre le crime organisé. Sous la présidence de Donald Trump aux États-Unis, les relations bilatérales se concentrent sur la migration et le commerce. AMLO travaille pour maintenir de bonnes relations tout en négociant des accords commerciaux favorables pour le Mexique. En 2020, avec le début de la crise du covid-19, le PIB du Mexique s'est contracté de 8,3%, son plus bas niveau depuis la Grande Dépression. Les préoccupations économiques et sociales actuelles concernent les bas salaires, le sous-emploi élevé, la répartition inéquitable des revenus et le peu d'opportunités d'avancement pour la population en grande partie indigène des États pauvres du sud. Depuis 2007, les puissantes organisations mexicaines de trafic de drogue se sont livrées à des querelles sanglantes, entraînant des dizaines de milliers d'homicides liés à la drogue. Les élections du 2 juin 2024 (investiture officielle en octobre 2024) ont porté à la présidence Claudia Sheinbaum, ancien maire de Mexico, et issue du même parti que son prédécesseur.
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