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| Le
tissage
est l'art de fabriquer des étoffes en croisant deux ensembles de fils
: les fils de chaîne, tendus dans le sens de la longueur, et les fils
de trame, passés transversalement à l'aide d'une navette ou d'autres
outils. Cette activité existe depuis plusieurs millénaires et a joué
un rôle fondamental dans le développement des sociétés
humaines. Les fibres utilisées peuvent être naturelles, comme le coton,
la laine, le lin, la soie ou le chanvre, ou synthétiques, comme le polyester
et le nylon. Le tissage est réalisé sur des métiers à tisser manuels
ou mécaniques, dont les modèles modernes permettent une production rapide
et très précise. Les artisans et les industriels produisent ainsi des
tissus destinés à la confection des vêtements, du linge de maison, des
tapis, des rideaux, des couvertures et de nombreux textiles techniques.
Les différentes méthodes de tissage permettent d'obtenir des étoffes
aux textures, aux épaisseurs et aux motifs très variés. Au-delà de
son utilité pratique, le tissage est également une forme d'expression
artistique qui met en valeur le savoir-faire, la créativité et le patrimoine
culturel des peuples Ă travers des motifs traditionnels et des techniques
transmises de génération en génération.
L'histoire du tissage est celle d'un geste
immémorial, antérieur à la roue, à l'écriture
et à la métallurgie, qui consiste à entrecroiser des fils pour créer
une surface flexible et résistante. Les premières traces de cette activité
ne sont pas des textiles conservés, car les fibres organiques se dégradent
rapidement, mais des empreintes et des outils. Les plus anciennes preuves
connues de tissage véritable, c'est-à -dire l'entrelacement orthogonal
d'une chaîne et d'une trame, remontent au Paléolithique
supérieur. Sur le site de Dolnà Věstonice en République
tchèque Le métier à tisser est la première machine de l'histoire humaine, une interface complexe qui met en tension la chaîne pour permettre le passage méthodique de la trame. Le Proche-Orient ancien en perfectionne les variantes. En Mésopotamie, la laine de mouton devient la fibre dominante, et l'industrie textile, aux mains de grandes maisons-temples puis de palais, emploie des milliers de femmes et d'enfants. Les archives cunéiformes d'Ur, de Lagash ou de Mari, au IIIe millénaire avant notre ère, détaillent la distribution de rations de laine, le comptage des pièces de tissu et la production de vêtements de luxe destinés à l'élite et à l'exportation, faisant du textile un pilier de l'économie palatiale. En Égypte, le lin d'une finesse inouïe, parfois translucide, atteint une qualité jamais égalée. La célèbre robe de Tarkhan, datée de plus de 5000 ans, et les pagnes royaux trouvés dans les tombes thébaines montrent une virtuosité dans le plissage, la transparence et la régularité du tissage en toile. Les peintures murales de Beni Hassan montrent des ateliers de tisserands utilisant des métiers horizontaux et verticaux, où le travail est déjà sexué et spécialisé. En Chine Dans l'Amérique
précolombienne, le tissage se développe de manière totalement indépendante
et atteint des sommets de complexité structurelle. Sur la côte désertique
du Pérou En Méditerranée classique, le tissage est une activité domestique centrale, placée sous le signe d'Athéna, déesse de la sagesse et du tissage. Pénélope défaisant la nuit le linceul de Laërte sur son grand métier vertical est l'image fondatrice de la ruse textile. Les tissus grecs sont majoritairement en laine et en lin. La laine, feutrée, foulée, parfois teinte à la pourpre de Tyr, constitue le vêtement drapé par excellence, le chiton et l'himation, qui ne nécessitent pas de couture mais un art consommé du drapé. Des centres textiles renommés comme Milet, Tarente ou Corinthe exportent des étoffes précieuses. À Rome, sous la République, la matrone file et tisse la laine au sein de la domus, symbolisant la vertu féminine; le fuseau et la quenouille sont ses attributs funéraires. Mais avec l'Empire, le textile devient une industrie proto-capitaliste. Des ergastules, des ateliers esclavagistes, produisent en masse, tandis que la soie chinoise, parvenue par la route de la soie à des prix astronomiques, est si prisée qu'elle provoque, selon Pline l'Ancien, une hémorragie d'or vers l'Orient. Les Sères, peuple mythique du bout du monde, sont définis comme ceux qui tirent un fil des arbres. Les tisseurs de l'Empire romain d'Orient, à Damas et à Alexandrie, commencent à effectuer le défibrage de la soie chinoise pour la retisser avec du lin, créant des tissus mixtes. Puis, selon la légende, au VIe siècle, des moines nestoriens rapportent en contrebande des oeufs de ver à soie cachés dans des cannes de bambou à la cour de l'empereur Justinien, brisant le monopole chinois. Byzance devient le centre de la soierie occidentale, produisant dans les ateliers impériaux des tissus somptueux aux motifs de griffons, d'aigles et de croix, dont l'exportation est strictement contrôlée, et qui servent de monnaie diplomatique. L'Islam médiéval
poursuit et amplifie cette tradition textile, faisant du tissu l'art central
de sa civilisation. Les mots “coton”, “sofa”, “mousseline”
(de Mossoul), “baldaquin” (de Baldacco,
Bagdad),
“taffetas” (du persan tâftah), “damassé” (de Damas) portent
la trace de cette hégémonie. Les tiraz, ateliers officiels califaux,
produisent des étoffes brodées d'inscriptions coufiques offrant des bénédictions
au souverain, qui sont des marqueurs de loyauté politique. En al-Andalus
et en Sicile normande, les soieries à décor
d'animaux affrontés et de médaillons perlés influencent profondément
l'art roman et gothique.
En Chine L'Europe médiévale occidentale voit le tissage de la laine devenir un moteur économique sans précédent. Les grandes foires de Champagne, au XIIe et XIIIe siècles, connectent les draps de Flandre aux marchés du sud. Des villes comme Ypres, Gand et Bruges produisent des draps de laine fins, foulés, cardés et teints dans des couleurs vives comme l'écarlate (teint à la garance) ou le bleu pastel, qui demandent des procédés longs et coûteux. La guilde des tisserands devient une puissance politique, souvent en révolte contre les marchands drapiers qui contrôlent la matière première et l'exportation. À Florence, l'Arte della Lana, la guilde de la laine, domine la République. Les ateliers florentins perfectionnent le “drappo di San Giovanni”, un drap de laine de luxe, et s'ouvrent à la production de tissus de soie, importée de Lucques. Les velours de soie de Gênes, de Venise et de Florence, aux motifs gothiques de grenade, de chardon et d'artichaut, deviennent le comble du luxe aristocratique, portés sur les vêtements et tendus sur les murs en tentures monumentales. La broderie à l'aiguille de la chasuble de saint François ou la broderie d'or de la tapisserie de Bayeux, cette dernière n'étant pas un tissage mais une immense toile brodée racontant la conquête de l'Angleterre, montrent que l'investissement artistique sur le support textile est total. Puis, au début du XIVe
siècle, une invention technique majeure venue d'Italie Parallèlement, les grandes routes maritimes et la colonisation provoquent une mondialisation des fibres et des techniques. L'Inde moghole est le grand atelier textile du monde. Le coton indien, aux fibres longues, est filé à la main avec une finesse si absolue que les mousselines du Bengale, comme la légendaire Dacca, sont dites tissées de vent. L'art du kalamkari et de la teinture à la réserve sur coton, avec des motifs floraux et figuratifs peints ou imprimés, inonde l'Europe via les Compagnies des Indes. Les “indiennes”, ces cotons imprimés aux couleurs vives et résistantes au lavage, rencontrent un succès foudroyant en France, au point que l'État en interdit la fabrication et l'importation pendant près d'un siècle pour protéger les industries lainières et soyeuses, ce qui donnera lieu à une contrebande effrénée et à la création d'une industrie d'impression sur coton à Jouy-en-Josas, avec les célèbres toiles de Jouy d'Oberkampf. En Afrique subsaharienne, le tissage de bandes étroites de coton sur des métiers à pédales horizontaux, pratiqué par les hommes, donne naissance à des tissus emblématiques comme le kente ashanti au Ghana et le bogolanfini malien, teint à la boue fermentée, qui sont des textes visuels chargés de proverbes et d'histoire. L'Afrique de l'Ouest développe aussi un art du batik et de l'indigo teint par ligature qui rivalise avec l'Asie du Sud-Est. La révolution
industrielle du textile, débutée en Angleterre Le XXe
siècle brise définitivement la frontière entre tissage, art et design.
Ă€ l'atelier du Bauhaus, Ă Weimar
puis à Dessau, Gunta Stölzl, Anni Albers
et Otti Berger révolutionnent le tissage en le considérant non plus comme
un art décoratif mineur, mais comme une recherche fondamentale sur la
structure, la fonction et l'esthétique industrielle. Anni Albers, en particulier,
crée des pictorial weavings, des toiles tissées abstraites où
l'entrecroisement des fils devient une exploration optique et tactile de
la trame, une méditation sur le rythme et le matériau. Elle théorise
le fil comme un élément architectural. Après-guerre, en Pologne |
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