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L'histoire des États-Unis
L'époque coloniale
  Les premiers Ă©tablissements
  Les treize colonies
  Français et Anglais

La Révolution américaine
  La rupture avec l'Angleterre
  La guerre d'IndĂ©pendance
  La Constitution de 1787/ 89

Au temps des « Pères fondateurs »
  La prĂ©sidence de Washington
  Adams et Jefferson
  De Madison Ă  Monroe

La nouvelle démocratie américaine
  Les règles du jeu changent
  Le Nord et le Sud

La guerre de Sécession
  Les premiers affrontements
  L'encerclement du Sud
  Les grandes batailles
  Grant et Sherman

La formation de l'Empire amĂ©ricain 
  Reconstruction et impĂ©rialisme
  D'une guerre mondiale Ă  l'autre
  Après 1945 

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L'époque précolombienne

Périodes et cultures principales
Période paléo-indienne.
 Les premiers habitants de l'AmĂ©rique du Nord seraient arrivĂ©s par la rĂ©gion du dĂ©troit de BĂ©ring il ya a 15 000 Ă  12 000 ans, Ă  une Ă©poque oĂą un pont terrestre qui reliait l'Asie Ă  l'Alaska. Ces groupes de chasseurs-cueilleurs suivaient probablement les grands troupeaux d'animaux tels que les mammouths.

Des outils de pierre caractéristiques ont été découverts sur de nombreux sites en Amérique du Nord, témoignant de la présence de ces premiers peuples, qui définissent la culture Clovis (du nom d'un site archéologique représentatif de cette période, au Nouveau-Mexique).

Période archaïque.
A partir de 7000 av. JC environ, les sociétés amérindiennes se diversifient et s'adaptent aux différents environnements. L'agriculture commence à se développer, notamment avec la culture du maïs, des haricots et des courges dans certaines régions. A cette époque, des techniques de chasse et de cueillette sont développées; des paniers, des filets et d'autres outils spécialisés sont fabriqués.

Période sylvicole.
Les peuples amérindiens commencent à s'établir dans des villages permanents, notamment dans la région du Mississippi vers 1000 av. JC. De vastes réseaux commerciaux se mettent en place. On échange de biens comme le cuivre, les coquillages et le mica. La construction de grands monticules, tels que ceux des cultures Adena et Hopewell, utilisés à des fins cérémonielles et funéraires, date de cette période.

Période du Mississippi.
La civilisation du Mississippi (vers 1000 ap. JC - 1600) correspond au développement de sociétés complexes avec de grandes villes telles que Cahokia, située près de l'actuelle Saint-Louis. Cahokia était un centre politique et religieux majeur avec des milliers d'habitants et des structures monumentales. On cultivait intensivement le maïs et autres plantes, permettant de nourrirde grandes populations. A cette époque apparaissent des sociétés hiérarchisées avec une élite dirigeante.

Tribus et régions.
Quelques exemples parmi beaucoup d'autres (leurs descendants sont souvent organisés en nations, au sein des Etats-Unis actuels) :

Les Anasazis (ancĂŞtres des Pueblos).
Les Anasazis vivaient dans le sud-ouest des États-Unis (Arizona, Nouveau-Mexique, Colorado et Utah). Ils sont connus pour leurs habitations en falaises et leurs kivas (structures cérémonielles souterraines). La culture anasazi a décliné vers 1300, probablement à cause des changements climatiques et des conflits.

Les Iroquois (Haudenosaunee).
Les Iroquois étaient une confédération de six nations située dans le nord-est des États-Unis. Leur société était matriarcale avec des pratiques agricoles développées. Ils ont créé une forme de constitution démocratique, la Grande loi de la paix.

Les Algonquiens.
Les Algonquiens constituent un groupe linguistique couvrant une vaste région de la côte est et des Grands Lacs. Ces populations étaient principalement des chasseurs-cueilleurs et des pêcheurs, avec certaines pratiques agricoles.

Les Sioux.
Les Sioux (Lakotas, Dakotas et Nakotas) étaient des groupes nomades des Grandes Plaines. Ils sont connus pour leur mode de vie de chasseurs de bisons et leurs tipis.

Les tribus du Nord-Ouest Pacifique.
On compte parmi ces tribus vivant dans la région côtière du nord-ouest. les Tlingits, les Haidas et les Kwakiutls. Il s'agissait de cultures maritimes avec des pratiques de pêche et de chasse à la baleine. Ils étaient (et restent) célèbres pour leurs totems et potlatchs (fêtes cérémonielles de don et de redistribution).

L'époque coloniale

À la fin du XVe siècle, les voyages de Christophe Colomb ouvrent une période de conquêtes et de colonisation européennes en Amérique. Les Espagnols explorent principalement le Sud et l'Ouest du continent. Les Français s'installent dans la vallée du Saint-Laurent, autour des Grands Lacs et le long du Mississippi. Les Hollandais fondent notamment la colonie de Nouvelle-Néerlande. Les Anglais, quant à eux, commencent à établir des colonies permanentes sur la côte atlantique. Les rivalités entre ces puissances européennes jouent un rôle important dans l'histoire du futur territoire américain.

La première colonie anglaise permanente est fondée à Jamestown, en Virginie, en 1607. La colonie est créée par la Virginia Company. Les premiers colons connaissent de grandes difficultés : manque de nourriture, maladies, conditions climatiques difficiles et conflits avec les populations amérindiennes. La culture du tabac, développée notamment grâce à John Rolfe, permet cependant à la colonie de devenir rentable. Le tabac devient une importante production d'exportation et entraîne l'arrivée de nouveaux colons ainsi que le développement d'une main-d'oeuvre servile.

En 1620, un autre groupe de colons anglais arrive en Amérique à bord du Mayflower. Ces colons, couramment appelés les Pères pèlerins, sont des séparatistes religieux qui veulent pratiquer leur foi en dehors de l'Église d'Angleterre. Ils fondent la colonie de Plymouth, dans la région de la Nouvelle-Angleterre. Avant de débarquer, ils signent le Mayflower Compact, un accord qui prévoit une forme d'organisation politique collective. Les relations avec les Wampanoags permettent d'abord une certaine coopération, mais les tensions entre colons et Amérindiens augmentent progressivement.

Au XVIIe siècle, les colonies anglaises se multiplient le long de la côte atlantique. Le Massachusetts est fondé par des puritains qui souhaitent créer une société organisée selon leurs convictions religieuses. La colonie du Maryland accueille notamment des catholiques. La Pennsylvanie est fondée par William Penn en 1681 comme refuge pour les quakers et d'autres groupes religieux. La Caroline et la Géorgie sont créées plus au Sud. Chaque colonie possède ses propres caractéristiques, mais toutes restent liées à la monarchie anglaise.

Les colonies se développent grâce à l'arrivée massive de colons européens. Des Anglais, des Écossais, des Irlandais, des Allemands et d'autres Européens s'installent en Amérique. Certains viennent pour trouver des terres et améliorer leur situation économique. D'autres cherchent la liberté religieuse. La population coloniale augmente rapidement. Les colons construisent des villes, développent l'agriculture et organisent des institutions locales.

La colonisation entraîne cependant de graves conséquences pour les peuples amérindiens. Les colons prennent progressivement possession de terres utilisées par les populations autochtones. Les différences culturelles et les rivalités pour les ressources provoquent de nombreux conflits. Les maladies européennes (variole, rougeole et grippe), causent également une forte mortalité parmi les Amérindiens, qui ne disposent pas des mêmes défenses immunitaires. Des guerres éclatent régulièrement, comme la guerre du Roi Philippe en Nouvelle-Angleterre entre 1675 et 1676. Les Amérindiens sont progressivement repoussés vers l'intérieur du continent.

L'économie coloniale se développe de manière différente selon les régions. Dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre, le climat et les sols favorisent une agriculture de petite taille. Les habitants pratiquent la pêche, la construction navale et le commerce maritime. Les ports de Boston et de Newport deviennent importants. Dans les colonies du centre, comme New York et la Pennsylvanie, l'agriculture est diversifiée et le commerce se développe. Dans les colonies du Sud, les grandes plantations produisent du tabac, du riz et de l'indigo.

Le développement des plantations entraîne la croissance de l'esclavage. Les premiers Africains réduits en esclavage arrivent dans la colonie de Virginie en 1619. Au début, les formes de servitude sont diverses, mais l'esclavage devient progressivement un système raciste et héréditaire. Les Africains et leurs descendants sont privés de liberté et considérés comme une main-d'oeuvre destinée aux plantations. Le commerce triangulaire relie l'Europe, l'Afrique et les Amériques. Des navires transportent des marchandises vers l'Afrique, des esclaves vers les colonies américaines et des produits coloniaux vers l'Europe. Au XVIIIe siècle, l'esclavage devient essentiel à l'économie des colonies du Sud.

Les colonies possèdent une certaine autonomie politique. Chaque colonie dispose d'un gouverneur et d'une assemblée locale. Les colons participent parfois à la gestion des affaires de leur colonie. Cependant, le roi d'Angleterre et le Parlement britannique conservent l'autorité suprême. Pendant longtemps, la Grande-Bretagne exerce un contrôle relativement limité sur les colonies. Cette situation permet aux colons de développer des habitudes d'autonomie et de gouvernement local.

Les rivalités européennes influencent fortement l'histoire coloniale. La France et la Grande-Bretagne s'opposent pour le contrôle de l'Amérique du Nord. Les Français possèdent de vastes territoires, notamment au Canada et dans la vallée du Mississippi. Les Anglais occupent principalement la côte atlantique. Les deux puissances cherchent à contrôler les routes commerciales et les territoires de l'intérieur. Les peuples amérindiens s'allient parfois aux Français ou aux Anglais selon leurs intérêts.

La guerre de Sept Ans, de 1756 à 1763, constitue un tournant majeur. En Amérique du Nord, le conflit oppose principalement les colonies britanniques aux forces françaises et à leurs alliés amérindiens. La Grande-Bretagne remporte la guerre et la France doit abandonner une grande partie de ses possessions américaines. Le traité de Paris de 1763 donne notamment le Canada à la Grande-Bretagne. Les colonies anglaises ne sont désormais plus menacées directement par la France.

La Révolution américaine

La Grande-Bretagne a remporté la guerre contre la France, mais elle a accumulé d'importantes dettes. Pour financer ses dépenses et maintenir des troupes en Amérique du Nord, le gouvernement britannique décide de faire davantage contribuer les colonies. Les colons américains sont cependant habitués à une grande autonomie et supportent mal l'intervention croissante de Londres dans leurs affaires.

En 1765, le Parlement britannique adopte le Stamp Act, qui impose une taxe sur les journaux, les contrats et les documents imprimés. Les colons protestent vivement contre cette loi. Ils affirment que le Parlement britannique n'a pas le droit de les taxer puisqu'ils n'y sont pas représentés. Le slogan No taxation without representation devient le principal symbole de leur opposition. Des organisations comme les Sons of Liberty organisent des manifestations et encouragent la résistance aux autorités britanniques.

Face aux protestations, la Grande-Bretagne annule le Stamp Act en 1766. Cependant, elle affirme en même temps son droit de légiférer pour les colonies. De nouvelles taxes sont ensuite imposées par les Townshend Acts sur différents produits importés, comme le verre, le papier et le thé. Les colons organisent alors un boycott des marchandises britanniques. Les tensions entre les habitants et les soldats britanniques augmentent fortement.

Le 5 mars 1770, un affrontement entre des soldats britanniques et des habitants de Boston provoque la mort de cinq colons. Cet événement, appelé le massacre de Boston, est utilisé par les opposants à la Grande-Bretagne pour dénoncer la violence du pouvoir britannique. Les images et les récits de l'événement circulent dans les colonies et renforcent le sentiment anti-britannique. Les tensions restent cependant encore limitées pendant quelques années.

En 1773, le Parlement britannique adopte le Tea Act afin de favoriser la compagnie britannique des Indes orientales. Les colons refusent le principe de cette loi, car ils y voient une nouvelle tentative de contrôler le commerce américain. Dans la nuit du 16 décembre 1773, des colons de Boston montent à bord de navires et jettent des caisses de thé dans le port. Cet événement devient célèbre sous le nom de Boston Tea Party.

La réaction britannique est très sévère. En 1774, le Parlement adopte les Intolerable Acts. Le port de Boston est fermé et l'autonomie politique du Massachusetts est réduite. Au lieu d'isoler Boston, ces mesures rapprochent les colonies. En septembre 1774, le premier Congrès continental se réunit à Philadelphie. Les représentants de douze colonies décident de coordonner leur opposition à la Grande-Bretagne et organisent un boycott des produits britanniques.

La situation se dégrade rapidement en 1775. Le gouverneur britannique du Massachusetts tente de saisir des armes appartenant aux milices coloniales. Le 19 avril, les troupes britanniques affrontent les miliciens américains à Lexington et Concord. Les premiers combats de la Révolution américaine ont lieu. Les milices coloniales parviennent à résister et les soldats britanniques se replient vers Boston. La guerre d'indépendance commence véritablement.

En juin 1775, le deuxième Congrès continental décide de créer une armée continentale. George Washington, riche planteur de Virginie et ancien officier, est nommé commandant en chef. Il possède une expérience militaire importante et devient rapidement le principal chef militaire de la révolution. Son objectif est de coordonner les forces des différentes colonies, qui ne disposent pas toutes de la même organisation ni du même matériel.

Les premiers combats sont difficiles pour les Américains. En juin 1775, la bataille de Bunker Hill, près de Boston, se termine par une victoire britannique, mais les pertes britanniques sont très importantes. Cette bataille montre que les milices américaines sont capables de résister à l'armée britannique. Les colons comprennent cependant qu'ils doivent mieux organiser leur armée s'ils veulent réellement gagner la guerre.

Le 4 juillet 1776, le deuxième Congrès continental adopte la Déclaration d'indépendance. Thomas Jefferson en est le principal rédacteur, avec l'aide d'autres représentants. Le texte affirme que tous les hommes sont créés égaux et qu'ils possèdent des droits naturels, notamment la vie, la liberté et la recherche du bonheur. La Déclaration affirme également qu'un peuple a le droit de renverser un gouvernement qui ne respecte plus ses droits. Les treize colonies deviennent officiellement les États-Unis d'Amérique.

La guerre devient alors un véritable conflit international. Les forces américaines affrontent l'armée britannique, qui est l'une des plus puissantes du monde. Les Britanniques disposent de soldats professionnels bien entraînés et d'une importante flotte. Les Américains ont cependant l'avantage de combattre sur leur propre territoire et bénéficient de l'appui d'une partie de la population. George Washington mène une guerre fondée sur la résistance et l'usure de l'ennemi.

En décembre 1776, Washington remporte une victoire importante à Trenton, dans le New Jersey. Il traverse le fleuve Delaware pendant la nuit et attaque les troupes hessoises au service de la Grande-Bretagne. Cette victoire redonne confiance aux soldats américains et permet à Washington de maintenir son armée. En 1777, les Américains remportent une victoire décisive à Saratoga, dans l'État de New York.

La victoire de Saratoga a des conséquences internationales majeures. La France, ennemie traditionnelle de la Grande-Bretagne, décide d'aider les insurgés américains. En 1778, elle signe une alliance avec les États-Unis. La France fournit des armes, de l'argent, des soldats et une importante aide navale. L'Espagne et les Provinces-Unies soutiennent également les Américains de manière plus ou moins directe. La guerre ne se limite donc plus à un conflit entre la Grande-Bretagne et ses colonies.

L'aide française joue un rôle essentiel dans la poursuite de la guerre. Les troupes françaises combattent aux côtés des soldats américains. Le marquis de Lafayette devient un important allié de George Washington. La flotte française permet également de menacer les forces britanniques sur les côtes américaines. La Grande-Bretagne doit désormais combattre sur plusieurs fronts et ses ressources militaires sont dispersées.

À partir de 1778, les Britanniques concentrent leurs efforts dans le Sud. Ils espèrent obtenir le soutien des colons loyalistes, c'est-à-dire des habitants restés fidèles à la monarchie britannique. Les Britanniques prennent plusieurs villes importantes, notamment Savannah et Charleston. Cependant, ils rencontrent une forte résistance des milices américaines. Les combats dans le Sud sont particulièrement violents et prennent parfois la forme d'une guerre civile entre colons américains.

En 1781, les forces américaines et françaises encerclent l'armée britannique commandée par le général Cornwallis à Yorktown, en Virginie. George Washington dirige les forces américaines tandis que les troupes françaises et la flotte française jouent un rôle déterminant. Le 19 octobre 1781, Cornwallis se rend. La victoire de Yorktown constitue un tournant décisif. La Grande-Bretagne comprend qu'elle ne peut plus facilement gagner la guerre.

Les négociations de paix commencent ensuite. Le traité de Paris, signé en 1783, reconnaît officiellement l'indépendance des États-Unis. La Grande-Bretagne reconnaît le nouveau pays et lui cède un vaste territoire s'étendant jusqu'au Mississippi. Les États-Unis deviennent une république indépendante. La guerre a cependant causé de nombreuses morts et laissé les colonies dans une situation économique difficile. De plus, le nouvel État doit encore construire ses institutions et organiser son territoire. Les treize anciennes colonies doivent trouver un moyen de gouverner ensemble tout en conservant une certaine autonomie.

Dans un premier temps, les États-Unis sont organisés par les Articles de la Confédération, adoptés en 1777 et appliqués à partir de 1781. Ce système crée un gouvernement central très faible. Le Congrès ne peut pas imposer directement des taxes et ne possède pas de véritable pouvoir exécutif. Chaque État conserve une grande partie de son indépendance. Les difficultés financières et les désaccords entre les États montrent rapidement les limites de cette organisation.

En 1786-1787, la révolte de Shays, dans le Massachusetts, révèle la fragilité du gouvernement fédéral. Des fermiers endettés se révoltent contre les impôts et les saisies de leurs terres. Le gouvernement central est incapable de rétablir efficacement l'ordre. De nombreux dirigeants américains comprennent alors qu'il est nécessaire de renforcer le pouvoir fédéral.

Une convention se réunit à Philadelphie en 1787 pour réformer le système politique. Les représentants décident finalement de rédiger une nouvelle Constitution. Celle-ci établit un régime fédéral fondé sur la séparation des pouvoirs. Le pouvoir exécutif est confié à un président, le pouvoir législatif au Congrès et le pouvoir judiciaire à la Cour suprême. La Constitution est ratifiée en 1788 et entre en vigueur en 1789.

Le nouvel État est fondé sur les principes de liberté, de droits naturels et de souveraineté populaire. Cependant, ces principes ne s'appliquent pas à toute la population. Les esclaves africains restent privés de liberté et les Amérindiens sont largement exclus du nouvel ordre politique. Malgré ces limites, la Révolution américaine exerce une influence considérable sur les mouvements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle, notamment sur la Révolution française.

Au temps des « Pères fondateurs »

George Washington devient le premier président des États-Unis en avril 1789. Il cherche à renforcer l'autorité du gouvernement fédéral tout en respectant la Constitution. Son administration organise les finances du pays, crée un système de remboursement des dettes et met en place les bases du gouvernement fédéral. En 1791, le Congrès adopte également le Bill of Rights, qui garantit plusieurs libertés fondamentales, comme la liberté d'expression, de religion et de la presse.

Les premières années de la République sont marquées par des divisions politiques. Alexander Hamilton, secrétaire au Trésor, défend un gouvernement fédéral fort, une banque nationale et le développement de l'industrie et du commerce. Thomas Jefferson, au contraire, défend davantage les droits des États et une société fondée sur les agriculteurs. Ces désaccords conduisent à la création des premiers partis politiques américains, les fédéralistes et les républicains-démocrates.

La politique étrangère constitue également un problème important. La Révolution française et les guerres européennes opposent la France à plusieurs monarchies, dont la Grande-Bretagne. Les États-Unis souhaitent rester neutres. En 1793, George Washington proclame la neutralité américaine. Malgré cela, les relations avec la France et la Grande-Bretagne restent tendues. Le traité de Jay, signé avec la Grande-Bretagne en 1794, provoque de nombreuses critiques aux États-Unis.

En 1796, George Washington quitte volontairement la présidence après deux mandats. Dans son discours d'adieu, il met en garde contre les divisions politiques et les alliances permanentes avec les puissances étrangères. John Adams lui succède en 1797. Sa présidence est ponctuée par de fortes tensions avec la France. Les relations entre les deux pays se dégradent lors de l'affaire XYZ et provoquent une guerre maritime non déclarée appelée la quasi-guerre.

Les tensions politiques augmentent également à l'intérieur du pays. En 1798, le Congrès adopte les Alien and Sedition Acts, qui renforcent le pouvoir du gouvernement et limitent certaines critiques contre les autorités. Ces lois sont vivement dénoncées par les républicains-démocrates. L'élection de 1800 oppose John Adams à Thomas Jefferson. Jefferson remporte l'élection et devient président en 1801. Cette alternance politique est souvent appelée la "révolution de 1800".

Thomas Jefferson défend un gouvernement moins centralisé et une société de petits agriculteurs. Son action la plus importante est l'achat de la Louisiane à la France en 1803. Pour environ 15 millions de dollars, les États-Unis acquièrent un immense territoire situé entre le Mississippi et les montagnes Rocheuses. Cet achat double presque la superficie du pays et permet aux États-Unis de s'étendre vers l'Ouest.

Jefferson envoie l'expédition de Lewis et Clark pour explorer le nouveau territoire. L'expédition se déroule de 1804 à 1806 et atteint la côte du Pacifique. Les explorateurs cartographient les régions traversées et établissent des contacts avec plusieurs peuples amérindiens. L'expansion américaine vers l'Ouest s'accélère cependant au détriment des populations autochtones, dont les terres sont progressivement convoitées par les colons.

L'économie américaine se développe fortement au début du XIXe siècle. Le commerce maritime s'étend et les villes portuaires comme New York, Boston et Philadelphie connaissent une croissance importante. Dans le Nord, les débuts de l'industrialisation apparaissent avec le développement des manufactures et des nouvelles machines. Dans le Sud, l'agriculture de plantation reste dominante. La culture du coton prend une importance croissante et renforce le recours à l'esclavage.

Les relations avec la Grande-Bretagne deviennent de plus en plus difficiles. Les Britanniques imposent des restrictions au commerce américain et arrêtent parfois des marins américains pour les enrôler de force dans la Royal Navy. Les États-Unis protestent contre ces pratiques. En 1812, le président James Madison demande au Congrès de déclarer la guerre à la Grande-Bretagne. La guerre de 1812 commence.

Le conflit est difficile pour les États-Unis. Les forces britanniques attaquent plusieurs régions du pays et incendient Washington en 1814, notamment la Maison-Blanche et le Capitole. Les Américains remportent cependant certaines victoires militaires. La bataille de La Nouvelle-Orléans, en janvier 1815, est remportée par le général Andrew Jackson. Le traité de Gand, signé en décembre 1814, met officiellement fin à la guerre, même si la bataille de La Nouvelle-Orléans a lieu après la signature du traité en raison de la lenteur des communications.

Après la guerre de 1812, le sentiment national américain se renforce. Les États-Unis cherchent à développer leur économie et leurs infrastructures. Cette période est parfois appelée l'ère des bons sentiments, notamment sous la présidence de James Monroe à partir de 1817. Le Parti fédéraliste disparaît progressivement et les divisions politiques semblent temporairement moins importantes.

L'expansion territoriale se poursuit. En 1819, les États-Unis achètent la Floride à l'Espagne grâce au traité Adams-Onís. La frontière américaine s'étend donc davantage vers le Sud. Dans le même temps, de nouveaux États entrent dans l'Union. Cependant, chaque nouvelle admission pose la question de l'équilibre entre les États libres et les États esclavagistes.

La nouvelle démocratie américaine

À partir de 1820, les États-Unis connaissent une période de profondes transformations politiques, économiques et territoriales. Le pays s'agrandit rapidement et sa population augmente fortement. Cette expansion vers l'ouest, appelée "conquête de l'Ouest", devient l'un des grands phénomènes de l'histoire américaine. Les colons traversent les Appalaches et s'installent progressivement dans les territoires de l'Ouest. De nouveaux États sont créés, comme le Missouri, l'Arkansas ou le le Michigan. Cette expansion provoque cependant de nombreux conflits avec les peuples amérindiens, qui sont chassés de leurs terres ou déplacés vers des territoires réservés.

La question de l'esclavage devient progressivement le principal problème politique du pays. Depuis le début du XIXe siècle, les États du Nord et les États du Sud évoluent de manière différente. Le Nord connaît une forte industrialisation, le développement des usines, des chemins de fer et du commerce. L'esclavage y recule progressivement et est interdit dans la plupart des États. Le Sud, au contraire, reste une société agricole dominée par les grandes plantations. La production de coton se développe considérablement grâce à l'invention de l'égreneuse à coton, mise au point par Eli Whitney. Le coton devient la principale richesse du Sud et l'économie repose largement sur le travail des esclaves africains et de leurs descendants.

En 1820, le compromis du Missouri tente de maintenir l'équilibre entre les États esclavagistes et les États libres. Le Missouri est admis comme État esclavagiste tandis que le Maine entre dans l'Union comme État libre. Une limite est également fixée pour l'extension de l'esclavage dans les territoires de l'Ouest. Ce compromis montre déjà que l'équilibre politique entre le Nord et le Sud est fragile. Chaque camp craint que l'autre ne devienne majoritaire au Congrès et impose ses décisions au reste du pays.

Dans les années 1820 et 1830, la vie politique américaine est profondément transformée par l'arrivée au pouvoir d'Andrew Jackson. Élu président en 1828, il défend l'idée d'une démocratie plus populaire et s'appuie sur les petits fermiers et les classes populaires blanches. Sa présidence marque le développement du Parti démocrate. Jackson renforce également le pouvoir présidentiel et s'oppose à la Banque nationale. Toutefois, sa politique envers les Amérindiens est extrêmement brutale. En 1830, l'Indian Removal Act autorise leur déplacement forcé vers l'ouest du Mississippi. Des milliers d'Amérindiens sont expulsés de leurs terres lors de la Piste des Larmes, au cours de laquelle beaucoup meurent de faim, de froid ou de maladie.

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Le génocide des Indiens

Avant l'arrivée de Christophe Colomb en 1492, le territoire actuel des États-Unis comptait probablement entre deux et dix-huit millions d'habitants selon les estimations, la fourchette étant très large car les sources sont fragmentaires. Le premier et le plus meurtrier des facteurs de destruction fut la maladie : variole, rougeole, grippe, typhus, introduits par les Européens contre lesquels les populations amérindiennes n'avaient aucune immunité. Ces épidémies, qui se propageaient souvent plus vite que les colons eux-mêmes, auraient tué jusqu'à 90% de certaines populations en quelques décennies. Si la transmission fut largement involontaire au départ, des cas documentés d'utilisation délibérée de la variole comme arme existent, notamment lors du siège de Fort Pitt en 1763, où des officiers britanniques distribuèrent des couvertures contaminées à des émissaires amérindiens.

Dès le XVIIe siècle, la violence directe s'ajoute aux épidémies. La guerre Pequot de 1636-1638 en Nouvelle-Angleterre se conclut par le massacre de Mystic, où les colons puritains encerclent un village et tuent plusieurs centaines d'hommes, femmes et enfants, brûlant vifs ceux qui tentent de fuir. La guerre du roi Philip (1675-1678) contre la confédération des Wampanoag fait proportionnellement plus de morts que n'importe quel conflit ultérieur sur le sol nord-américain, décimant la population indigène de Nouvelle-Angleterre.

Après l'indépendance américaine en 1776, la politique fédérale oscille entre traités reconnaissant une souveraineté indienne nominale et expropriations systématiques. Le tournant décisif survient avec l'Indian Removal Act de 1830, signé par Andrew Jackson, qui organise la déportation forcée des nations dites "civilisées" du Sud-Est (Cherokees, Creeks, Choctaws, Chickasaws, Seminoles) vers des territoires à l'ouest du Mississippi. La déportation des Cherokees en 1838-1839, connue sous le nom de "Piste des larmes", voit environ seize mille personnes forcées de marcher sur plus de mille kilomètres en plein hiver, sans provisions suffisantes; environ quatre mille meurent en chemin de faim, de froid et de maladie, sous la garde de l'armée américaine.

La ruée vers l'or en Californie à partir de 1848 déclenche l'un des épisodes les plus violents et les mieux documentés comme génocidaire par les historiens contemporains, y compris dans une commission d'État californienne en 2019 qui a officiellement reconnu le terme. Milices financées par l'État de Californie et primes versées pour des scalps ou des têtes d'Indiens organisent des campagnes d'extermination systématique. La population indigène de Californie, estimée à environ 150 000 personnes en 1848, chute à moins de 30 000 en 1870, à travers massacres organisés, esclavage de facto, famine provoquée par la destruction des ressources alimentaires, et enlèvements d'enfants.

Dans les Grandes Plaines, l'expansion vers l'ouest après la guerre de Sécession s'accompagne d'une politique délibérée d'extermination du bison, principale ressource de subsistance des nations des plaines comme les Lakota, Cheyennes et Comanches; des officiers de l'armée américaine, dont le général Sheridan, encouragent explicitement l'abattage massif des troupeaux comme moyen de briser la résistance indienne par la famine. Le massacre de Sand Creek en 1864 voit une milice du Colorado attaquer un campement cheyenne et arapaho pourtant sous protection fédérale, tuant entre 150 et 200 personnes, majoritairement des femmes, des enfants et des vieillards, avec des mutilations documentées par les témoins. Le massacre de la rivière Washita en 1868, mené par George Armstrong Custer, suit un schéma similaire contre un village cheyenne. Le massacre de Wounded Knee en décembre 1890, où la cavalerie américaine tue environ 250 à 300 Sioux Lakota désarmés, dont de nombreux enfants, marque symboliquement la fin des guerres indiennes ouvertes.

Parallèlement à la violence directe, le gouvernement fédéral développe à partir des années 1870 un système de réserves qui confine les populations survivantes sur des terres souvent arides et impropres à leur mode de vie traditionnel, provoquant famines et dépendance forcée. Le Dawes Act de 1887 démantèle la propriété collective des terres tribales au profit de parcelles individuelles, permettant la vente des "surplus" à des colons blancs; les terres sous contrôle amérindien passent d'environ 56 millions d'hectares en 1881 à moins de 20 millions en 1934.

À partir des années 1870 et jusque dans les années 1970 pour certaines écoles, le gouvernement américain, en collaboration avec des institutions religieuses, met en place un système de pensionnats destiné à l'assimilation forcée des enfants amérindiens, arrachés à leurs familles, interdits de parler leur langue, souvent maltraités physiquement et sexuellement; des milliers d'enfants y sont morts, comme l'a confirmé une enquête fédérale publiée en 2022. Des politiques de stérilisation forcée de femmes amérindiennes se poursuivent également jusque dans les années 1970, documentées notamment par un rapport du Government Accountability Office de 1976.

Au terme de ce processus, la population amérindienne des États-Unis, estimée à plusieurs millions avant 1492, tombe à son minimum historique autour de 250 000 personnes au recensement de 1900, avant de connaître un lent redressement démographique au XXe siècle. La question de savoir si l'ensemble de ce processus répond juridiquement à la définition du génocide énoncée par la convention de l'ONU de 1948 reste débattue parmi les historiens : certains soulignent le caractère largement non intentionnel de la mortalité liée aux épidémies, tandis que d'autres, s'appuyant sur les massacres délibérés, les politiques de famine organisée et les pensionnats, considèrent que l'intention de détruire, en tout ou en partie, ces groupes comme tels est suffisamment établie pour plusieurs épisodes et politiques spécifiques.

L'expansion territoriale s'accélère dans les années 1840. Le Texas, qui s'est séparé du Mexique en 1836, est annexé par les États-Unis en 1845. Cette décision provoque de fortes tensions avec le Mexique. La guerre américano-mexicaine éclate en 1846 et se termine en 1848 par la victoire des États-Unis. Le Mexique cède une immense partie de son territoire, comprenant notamment la Californie et les régions correspondant aujourd'hui au Nevada, à l'Utah et à une partie de l'Arizona et du Nouveau-Mexique. Cette expansion donne aux États-Unis un accès à l'océan Pacifique, mais elle pose immédiatement la question de l'esclavage dans les nouveaux territoires.

La découverte d'or en Californie en 1848 provoque la ruée vers l'or de 1849. Des dizaines de milliers de personnes se rendent dans l'Ouest à la recherche de richesses. La population de la Californie augmente rapidement et l'État demande à entrer dans l'Union. L'admission de la Californie comme État libre en 1850 provoque une nouvelle crise. Le compromis de 1850 tente de calmer les tensions. Il permet l'entrée de la Californie comme État libre, mais renforce en même temps la loi sur les esclaves fugitifs. Cette loi oblige les habitants des États du Nord à aider à capturer les esclaves en fuite, ce qui provoque l'indignation des abolitionnistes.

Dans les années 1850, le mouvement abolitionniste se développe fortement dans le Nord. Des personnalités comme William Lloyd Garrison, Frederick Douglass et Harriet Tubman dénoncent l'esclavage. Frederick Douglass, ancien esclave devenu écrivain et orateur, devient l'un des principaux défenseurs de l'abolition. Harriet Tubman aide de nombreux esclaves à fuir vers le Nord grâce au réseau clandestin appelé Underground Railroad. Les oeuvres et les discours abolitionnistes sensibilisent une partie croissante de la population américaine à la violence du système esclavagiste.

En 1854, le Kansas-Nebraska Act provoque une nouvelle crise. Cette loi autorise les habitants de ces territoires à décider eux-mêmes s'ils acceptent ou non l'esclavage. Des partisans de l'esclavage et des abolitionnistes se précipitent alors dans la région pour influencer le vote. Des affrontements violents éclatent, donnant au territoire le surnom de Bleeding Kansas, ( = Kansas en sang). La violence montre que le débat sur l'esclavage n'est plus seulement politique : il devient une véritable lutte armée entre les deux camps.

La même période voit la création du Parti républicain en 1854. Ce nouveau parti rassemble des opposants à l'extension de l'esclavage dans les territoires de l'Ouest. Il ne réclame pas toujours l'abolition immédiate de l'esclavage dans les États du Sud, mais il veut empêcher son expansion. Le parti devient rapidement une force politique majeure dans le Nord. Les divisions entre le Nord et le Sud s'accentuent donc de plus en plus.

En 1857, la décision de la Cour suprême dans l'affaire Dred Scott aggrave encore la crise. Dred Scott, un esclave qui avait vécu dans un territoire où l'esclavage était interdit, demande sa liberté. La Cour suprême décide qu'il n'est pas un citoyen américain et qu'il ne peut pas porter plainte devant la justice fédérale. Elle affirme également que le Congrès ne peut pas interdire l'esclavage dans les territoires. Cette décision provoque la colère des abolitionnistes et renforce la méfiance du Nord envers le pouvoir fédéral.

En 1858, les débats entre Abraham Lincoln et Stephen Douglas illustrent les divisions du pays. Lincoln, membre du Parti républicain, s'oppose à l'extension de l'esclavage. Il considère que le pays ne peut pas rester durablement divisé entre une partie libre et une partie esclavagiste. Même s'il ne demande pas encore, lui non plus, l'abolition immédiate de l'esclavage dans les États du Sud, ses idées inquiètent fortement les propriétaires esclavagistes.

En octobre 1859, l'abolitionniste John Brown tente de s'emparer de l'arsenal fédéral de Harpers Ferry afin de provoquer une révolte générale des esclaves. Son projet échoue et il est capturé puis exécuté. Dans le Nord, certains abolitionnistes le considèrent comme un martyr de la lutte contre l'esclavage. Dans le Sud, il est perçu comme un dangereux terroriste soutenu par les abolitionnistes. Cet événement augmente encore la peur et la méfiance entre les deux régions.

L'élection présidentielle de 1860 constitue le point de rupture. Abraham Lincoln est élu président des États-Unis. Il défend l'idée que l'esclavage ne doit pas s'étendre aux nouveaux territoires. Les États du Sud craignent alors que le pouvoir fédéral finisse par remettre en cause l'esclavage et leur système économique. La Caroline du Sud décide de quitter l'Union en décembre 1860. D'autres États du Sud la suivent au début de l'année 1861 et forment les États confédérés d'Amérique, dirigés par Jefferson Davis.

La guerre de Sécession

La guerre de Sécession est une guerre civile qui oppose les États du Nord, appelés l'Union, aux États du Sud, regroupés dans les États confédérés d'Amérique. Elle se déroule de 1861 à 1865 et constitue l'un des événements les plus importants de l'histoire des États-Unis. Le conflit est principalement provoqué par les tensions liées à l'esclavage, mais il oppose également deux modèles économiques, politiques et sociaux très différents.

La crise commence après l'élection d'Abraham Lincoln à la présidence en novembre 1860. Lincoln est le candidat du Parti républicain et s'oppose à l'extension de l'esclavage dans les territoires de l'Ouest. Les États du Sud craignent que son arrivée au pouvoir menace progressivement le système esclavagiste. La Caroline du Sud, on l'a vu, fait alors sécession le 20 décembre 1860. Entre janvier et juin 1861, dix autres États du Sud quittent l'Union. Ils forment les États confédérés d'Amérique et choisissent Jefferson Davis comme président.

Abraham Lincoln refuse de reconnaître la sécession. Pour lui, l'Union est indivisible et aucun État ne peut décider unilatéralement de la quitter. La guerre commence officiellement le 12 avril 1861 lorsque les forces confédérées attaquent le fort Sumter, situé en Caroline du Sud. Lincoln appelle alors les États du Nord à mobiliser des soldats. Le conflit devient rapidement une guerre totale opposant les deux parties du pays.

Les États de l'Union disposent de nombreux avantages. Ils sont plus peuplés, possèdent la majorité des usines, des banques et des voies ferrées. Ils contrôlent également une grande partie de la flotte américaine. Le Nord peut donc produire davantage d'armes et de matériel militaire. Le Sud, en revanche, possède des chefs militaires expérimentés et mène une guerre sur son propre territoire. Son économie repose sur les grandes plantations de coton et sur le travail des esclaves.

Au début de la guerre, les Confédérés remportent plusieurs victoires importantes. Le général Robert E. Lee devient le principal chef militaire du Sud. Il commande l'armée de Virginie du Nord et remporte des succès contre les forces de l'Union. Le général Thomas "Stonewall" Jackson s'illustre également par ses qualités militaires. Dans le Nord, l'armée connaît plusieurs défaites et Abraham Lincoln doit faire face à de nombreuses critiques.

Le conflit prend une dimension nouvelle avec la question de l'esclavage. Au début de la guerre, Lincoln affirme que son objectif principal est de préserver l'Union. Cependant, il comprend progressivement que l'abolition de l'esclavage est nécessaire pour affaiblir le Sud. Le 1er janvier 1863, il proclame l'émancipation des esclaves dans les territoires contrôlés par la Confédération. Cette proclamation ne libère pas immédiatement tous les esclaves, mais elle transforme profondément le sens de la guerre. Le conflit devient une lutte contre l'esclavage.

Des milliers d'Afro-Américains rejoignent alors l'armée de l'Union. Environ 180 000 soldats noirs servent dans les forces nordistes pendant la guerre. Ils combattent pour la liberté et pour la reconnaissance de leurs droits. Leur participation renforce considérablement les forces de l'Union, même s'ils sont souvent victimes de discriminations et moins bien payés que les soldats blancs au début du conflit.

L'année 1863 constitue un tournant décisif. En juillet, les forces de l'Union remportent la bataille de Gettysburg en Pennsylvanie. L'armée de Lee, qui avait envahi le Nord, est repoussée. Cette bataille est l'une des plus meurtrières de la guerre et marque l'échec de la grande offensive confédérée vers le Nord. Quelques mois plus tard, Abraham Lincoln prononce le discours de Gettysburg, dans lequel il défend l'idée d'une nation fondée sur la liberté et l'égalité.

Au même moment, les forces de l'Union remportent une victoire stratégique à Vicksburg, dans le Mississippi. Le général Ulysses S. Grant prend le contrôle de la ville le 4 juillet 1863. Cette victoire permet au Nord de contrôler le Mississippi et de couper la Confédération en deux. Le Sud est alors progressivement isolé et ses ressources diminuent.

En 1864, Grant devient le principal chef militaire de l'Union. Il adopte une stratégie visant à épuiser les forces confédérées. Il attaque continuellement l'armée de Lee en Virginie. Dans le même temps, le général William Tecumseh Sherman mène une campagne à travers le Sud. En septembre 1864, il s'empare d'Atlanta, ce qui porte un coup important au moral des Confédérés. Il entreprend ensuite sa célèbre marche vers la mer, détruisant les infrastructures et les ressources utilisées par le Sud.

La guerre devient de plus en plus violente. Les civils sont durement touchés par les combats, les destructions et les pénuries. Le blocus maritime imposé par l'Union empêche le Sud de commercer librement avec l'étranger. Les populations confédérées souffrent du manque de nourriture et de matériel. Dans le Nord également, la guerre provoque des difficultés économiques et de nombreuses pertes humaines. Le nombre de morts est considérable et dépasse largement les pertes de toutes les guerres américaines précédentes.

En novembre 1864, Lincoln est réélu président. Cette réélection montre que la majorité du Nord souhaite poursuivre la guerre jusqu'à la victoire. Lincoln défend alors une politique de reconstruction et de réconciliation avec les États du Sud. Il souhaite réintégrer rapidement les États confédérés dans l'Union tout en mettant fin à l'esclavage.

Au début de l'année 1865, la situation du Sud devient désespérée. Les forces de l'Union progressent sur tous les fronts. Le 9 avril 1865, Lee se rend à Grant à Appomattox Court House, en Virginie. Cette capitulation marque la fin véritable de la guerre. Les autres armées confédérées déposent progressivement les armes et la Confédération disparaît.

Quelques jours plus tard, le 14 avril 1865, Lincoln est assassiné par John Wilkes Booth, un partisan du Sud, au théâtre Ford de Washington. Sa mort choque profondément le pays. Andrew Johnson devient président et doit organiser la reconstruction des États-Unis.

La Guerre de Sécession se termine donc par la victoire de l'Union et le maintien de l'unité des États-Unis. Elle entraîne l'abolition définitive de l'esclavage avec le XIIIe amendement adopté en décembre 1865. Cependant, le pays est profondément marqué par les destructions, les divisions et la mort de centaines de milliers de personnes. La guerre transforme durablement les États-Unis et ouvre la période difficile de la Reconstruction.
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La Maison Blanche.
La Maison Blanche, Ă  Washington.

La formation de l'Empire américain

La fin de la Guerre de sécession, les États-Unis connaissent une période cataclysmique. L'assassinat de Lincoln, qui plonge la classe politique dans le chaos apparaît presque comme une péripétie au regard de la situation apocalyptique dans laquelle est plongée la société civile pendant encore près d'une décennie. Certes, le XIIIe amendement de la constitution abolit l'esclavage dès 1865. Mais aucune place n'a été faite à cette nouvelle population libre, et même après que le droit de vote leur soit accordé par le XVe amendement, ils resteront des citoyens de seconde zone. De plus, l'attitude revancharde du Congrès, rend pratiquement impossible toute reconstruction dans le Sud, occupé militairement par les troupes de l'Union. Sur ce Sud dévasté vont rapidement faire main-basse des crapules venues du Nord (Carpetbaggers), suscitant à leur tour des réactions extrémistes, dont la formation de cliques racistes comme le Ku klux klan ne sont que la manifestation la plus spectaculaire. Une société ségrégationniste, dans laquelle racisme est érigé en valeur, se met durablement en place.

La situation chaotique est progressivement contenue Ă  partir du dĂ©but des annĂ©es 1870, et la prioritĂ© pour tout le pays consiste bientĂ´t Ă  se bâtir une nouvelle prospĂ©ritĂ©.  L'espace compris entre la cĂ´te atlantique et la cĂ´te pacifique aura Ă©tĂ© maillĂ© par de nouveaux États (seuls l'Arizona et le Nouveau-Mexique conserveront jusqu'en 1912 le statut de territoires). La Frontière disparaĂ®t ainsi en 1890, en mĂŞme temps que sont vaincues les dernières rĂ©sistances indiennes (Sitting Bull, GĂ©ronimo, Chief Joseph, etc.). Quatre lignes de chemin de fer transcontinentales drainent les populations vers la Californie, nouveau pĂ´le de dĂ©veloppement, tandis qu'on assiste Ă  une vague d'immigration sans prĂ©cĂ©dent. Quinze millions de nouveaux venus, d'ici la fin du siècle. L'exploitation sans frein de cette main-d'oeuvre en situation prĂ©caire, et dont les soulèvements sont matĂ©s dans le sang, va ĂŞtre la clĂ© de l'extraordinaire dĂ©veloppement Ă©conomique que connaissent alors les États industriels du Nord-Est. Elle constitue dans une très large mesure la source de la puissance Ă©conomique de la puissance mondiale que sont dĂ©jĂ  les États-Unis au tournant du XXe siècle.

L'isolationniste prĂ´nĂ© par la doctrine Monroe n'a sans doute jamais Ă©tĂ© absolu (Coup de force du commodore Perry au Japon en 1853). Et d'ailleurs il y a AmĂ©rique et AmĂ©rique, il y a États-Unis et continent amĂ©ricain, et les les États-Unis ne se sont jamais privĂ©s d'intervenir Ă  l'occasion dans les autres pays du continent (Guerre avec le Mexique, par exemple). Avec le temps,  La doctrine de Monroe «-transformĂ©e en remède prĂ©ventif contre une l'immixtion de l'Europe », selon l'expression de P. Fauchille, a engendrĂ© une politique d'hĂ©gĂ©monie et d'impĂ©rialisme. En 1895, le prĂ©sident Cleveland alla jusqu'Ă  affirmer la souverainetĂ© de fait des États-Unis sur tout le continent, et obtint  par ses menaces qu'un litige de frontières entre le Venezuela et l'Angleterre fĂ»t soumis Ă  un arbitrage. Mais l'exagĂ©ration mĂŞme de cette doctrine Ă©veilla les susceptibilitĂ©s des RĂ©publiques latines, jalouses de conserver leur indĂ©pendance et l'originalitĂ© de leur civilisation.

Aussi les Congrès panaméricains qui se réunirent à partir de 1889 déçurent-ils les espérances des États-Unis : ils n'aboutirent ni à la création d'une union douanière, ni à la construction d'un Transcontinental qui relierait New-York au Rio de la Plata. Les Mexicains s'insurgeaient à la pensée d'une annexion possible. Les États de l'Amérique centrale créèrent, pour régler leurs différends, une Cour centrale d'arbitrage, et en 1925 les États-Unis allaient juger utile de donner une satisfaction à l'opinion publique en retirant la garnison qu'ils entretenaient dans le Nicaragua depuis 1912. Mais, d'autre part, un facteur nouveau s'était affirmé : la création d'une Ligue des nations américaines telle que l'avait conçue Bolivar; elle soutiendrait le prestige américain en face de l'ancien monde et resserrerait les liens de solidarité entre les républiques. C'est dans cet esprit que se réunit le Congrès de Panama en juin 1926.
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L'Oncle Sam (= les Etats-Unis) se prépare à intervenir
dans le conflit mettant aux prises l'Espagne et Cuba.
"Pour la cause de l'humanitĂ©, dit-il, il est de mon devoir de les sĂ©parer." 
Gravure humoristique parue dans le Puck, le 20 avril 1898.

Les États-Unis n'ont pas moins poursuivi depuis la fin du XIXe siècle une politique qui leur a conféré dans les Antilles et sur tout le pourtour du golfe du Mexique une situation prépondérante. Une insurrection des Cubains contre leurs maîtres espagnols leur fournit un prétexte d'intervention. Le président Cleveland, puis son successeur Mac Kinley, protestèrent au nom de l'humanité contre les excès des gouverneurs espagnols : l'explosion fortuite d'un cuirassé américain, le Maine, dans la rade de La Havane, déchaîna la guerre (avril-août 1898). Deux escadres espagnoles furent anéanties : l'une dans la baie de Manille, par l'amiral Dewey (2 mai); la seconde par l'amiral Sampson, lorsqu'elle essaya de s'échapper de la rade de Santiago-de-Cuba, où elle se trouvait embouteillée (3 juillet). Quelques jours après, la place de Santiago capitulait, après avoir vaillamment résisté aux efforts des volontaires et soldats américains (16 juillet). A bout de souffle, l'Espagne demanda la paix, par l'intermédiaire de la France. Le traité de Paris (10 décembre 1898) assura aux États-Unis Porto-Rico, Cuba, bientôt érigée en République vassale (1902), les Philippines et l'île de Guam, dans l'archipel des Mariannes.

Ensuite, les États-Unis ont mis fin Ă  l'anarchie des deux RĂ©publiques de l'Ă®le de HaĂŻti en leur imposant leur protectorat (1905 et 1915); ils ont achetĂ© les Antilles danoises (1916); leur puissance financière s'est appesantie sur le Mexique et sur les petits États de l'AmĂ©rique centrale. Enfin et surtout, ils ont provoquĂ© la crĂ©ation, aux dĂ©pens de la Colombie, d'une RĂ©publique de Panama, qu'ils contrĂ´lèrent, et finirent de creuser Ă  travers l'isthme le canal transocĂ©anique commencĂ© par les  Français, et dont ils possĂ©daient dĂ©sormais les rives et surveillaient les issues. Ce canal, inaugurĂ© en 1914, leur permit Ă  la fois d'amĂ©liorer les relations maritimes entre Atlantique et Pacifique, d'accentuer leur pression Ă©conomique sur l'AmĂ©rique latine et de rĂ©pandre les produits de leurs industries dans tous les pays riverains du Grand OcĂ©an.

Hors du continent, les États-Unis imposèrent à Bismarck un condominium sur les îles Samoa (1889), puis partagèrent l'archipel avec l'Allemagne (1895). En 1898, ils annexèrent les îles Hawaii en plus des Philippines. En 1900, ils aidèrent l'Europe à réprimer en Chine le mouvement des Boxers, s'opposèrent à un démembrement de l'Empire du Milieu et, pour sauvegarder leurs intérêts commerciaux, firent prévaloir le principe de la « porte ouverte ». Depuis lors, ils observèrent avec inquiétude la rapide croissance du Japon; Th. Roosevelt intervint pour arrêter ses progrès pendant la guerre de Mandchourie et ménager la paix de Portsmouth (1905). L'attitude hostile des Californiens vis-à-vis des Asiatique envenima les relations des deux puissances.
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Le président Theodore Roosevelt.

Enfin, les États-Unis se sont intĂ©ressĂ©s, non sans quelque rĂ©pugnance, Ă  la politique europĂ©enne. Ils ont pris part en 1906 Ă  la ConfĂ©rence d'AlgĂ©siras qui essaya de rĂ©gler le problème marocain. En 1917, au cours de la Grande Guerre, après de longues hĂ©sitations, les États-Unis, sous la prĂ©sidence de Thomas W. Wilson (1913-1921),  ont jetĂ© dans la balance tout le poids de leur force et prĂ©cipitĂ© la dĂ©faite des Empires centraux. L'entrĂ©e en guerre aux cĂ´tĂ©s des AlliĂ©s n'avait rien eu d'idĂ©ologique. Il s'Ă©tait d'abord agi pour le pays de faire respecter son droit au commerce. Mais la rĂ©volution soviĂ©tique qui avait Ă©clate quelques mois plus tard changea  la donne pour soixante-dix ans au moins.

D'une guerre mondiale Ă  l'autre

La pĂ©riode de l'entre-deux guerres  est une pĂ©riode de transformation profonde pour les Etats-Unis, allant de la prospĂ©ritĂ© des AnnĂ©es Folles Ă  la crise dĂ©vastatrice de la Grande DĂ©pression, suivie par l'intervention gouvernementale massive du New Deal et l'engagement dans la Seconde Guerre mondiale. Une migration massive de la population rurale vers les centres urbains se produit, a transformĂ© la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine. L'innovation technologique et l'industrialisation ont continuĂ© de façonner l'Ă©conomie et la sociĂ©tĂ©, avec des avancĂ©es significatives dans les domaines de l'automobile, de l'aviation et des communications.

Au lendemain de la guerre, Wilson, fut l'un des principaux artisans du traitĂ© de Versailles (1919).  Son successeur, Warren G. Harding (1921-1923) promit un retour Ă  la normale. Son administration sera marquĂ©e par des politiques pro-business et des scandales de corruption comme le scandale du Teapot Dome.

Les années folles.
Les annĂ©es 1920, souvent appelĂ©es les annĂ©es folles, ont Ă©tĂ© une pĂ©riode de croissance Ă©conomique rapide, de hausse des investissements en bourse, de prospĂ©ritĂ© industrielle et de changements sociaux. C'est aussi la pĂ©riode de la Prohibition (1920-1933)  : la production et la distribution d'alcool sont interdites aux États-Unis par le 18e amendement. Cette politique mène Ă  une pĂ©riode de contrebande et de criminalitĂ© organisĂ©e. La culture populaire, notamment le jazz, le cinĂ©ma et la littĂ©rature, connaissent un essor significatif. Les femmes obtiennent le droit de vote en 1920 avec le 19e amendement et commencent Ă  jouer des rĂ´les plus actifs dans la sociĂ©tĂ©.
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La Prohibition

La Prohibition s'étend de 1920 à 1933, mais ses racines plongent bien plus profondément, dans le mouvement de tempérance du XIXe siècle. Ce mouvement, initialement axé sur la modération de la consommation d'alcool, a progressivement évolué vers une demande d'interdiction totale. Plusieurs facteurs ont alimenté cette évolution. Des groupes religieux, notamment protestants, considéraient l'alcool comme un péché et une source de déchéance morale. Les femmes, confrontées aux violences domestiques et à la pauvreté souvent liées à l'alcoolisme de leurs maris, ont joué un rôle important dans le mouvement de tempérance. Des réformateurs sociaux voyaient dans l'alcool la cause de nombreux problèmes, comme la criminalité, la pauvreté et la maladie. Le mouvement de tempérance a gagné en puissance au fil des décennies, s'organisant en ligues et associations telles que la Women's Christian Temperance Union (WCTU) et l'Anti-Saloon League. Ces organisations ont mené une campagne efficace de lobbying politique et de sensibilisation publique, utilisant des arguments moraux, sociaux et économiques pour convaincre de la nécessité de la prohibition. La Première Guerre mondiale a également joué un rôle décisif. L'interdiction de l'alcool était présentée comme une mesure patriotique, permettant de conserver les céréales pour nourrir les soldats et de lutter contre l'influence supposée des brasseurs allemands.

L'aboutissement de ces efforts fut l'adoption du 18e amendement à la Constitution américaine en 1919, ratifié par les États et entrant en vigueur le 17 janvier 1920. Cet amendement interdisait la fabrication, la vente, le transport et l'importation de boissons alcoolisées "enivrantes" aux États-Unis. Pour mettre en oeuvre cet amendement, le Congrès adopta le Volstead Act, qui définissait les boissons "enivrantes" comme celles contenant plus de 0,5% d'alcool et précisait les modalités d'application de la Prohibition. Loin des espoirs des prohibitionnistes, la Prohibition ne marqua pas la fin de la consommation d'alcool. Au contraire, elle la poussa dans la clandestinité, créant un marché noir florissant et des conséquences inattendues et souvent désastreuses.

L'un des effets les plus immédiats et visibles fut l'essor du crime organisé. Des gangs criminels, comme celui d'Al Capone à Chicago, ont rapidement compris les profits énormes à tirer du trafic d'alcool. Ils ont mis en place des réseaux sophistiqués de contrebande, d'importation illégale (notamment depuis le Canada et les Caraïbes), de fabrication clandestine (dans des distilleries illégales appelées speakeasies) et de distribution d'alcool. La violence et la corruption ont explosé. Les rivalités entre gangs pour le contrôle du marché noir ont engendré de sanglantes guerres de territoire. La corruption s'est infiltrée à tous les niveaux de la société, des policiers aux politiciens, facilitant les activités criminelles et minant l'autorité de l'État. Les speakeasies, qui étaient aussi des bars clandestins souvent cachés derrière des façades respectables, ont proliféré dans les villes, offrant un lieu de consommation illégal mais aussi un espace de socialisation et de transgression des règles sociales. Paradoxalement, la Prohibition, censée moraliser la société, a contribué à une culture de la transgression et à une perte de respect pour la loi.

La Prohibition a également eu des conséquences économiques importantes. L'État a perdu les revenus fiscaux considérables liés à la vente d'alcool, revenus qui auraient pu être utilisés pour financer des services publics. Au lieu de cela, il a dû dépenser des sommes importantes pour tenter, souvent vainement, d'appliquer la Prohibition. L'industrie légale de la boisson, qui employait des milliers de personnes, a été ruinée, entraînant des pertes d'emplois et des faillites. Seul le marché noir a prospéré, enrichissant les criminels et privant l'État de ressources.

Sur le plan social, la Prohibition a eu des effets contrastés. Si la consommation d'alcool a peut-être diminué dans certaines couches de la population, notamment dans les zones rurales et parmi les classes moyennes, elle a continué, voire augmenté, dans les villes et parmi les classes supérieures. La Prohibition a également favorisé la consommation de boissons alcoolisées plus fortes et potentiellement plus dangereuses, comme le whisky et le gin, plus faciles à transporter et à dissimuler que la bière ou le vin. L'alcool de contrebande était souvent de mauvaise qualité et pouvait contenir des substances toxiques, causant des problèmes de santé graves, voire la mort, pour les consommateurs. Ironiquement, la Prohibition, censée améliorer la santé publique, a probablement eu des effets néfastes sur la santé de certains consommateurs.

Au fil des années 1920, l'opposition à la Prohibition s'est progressivement renforcée. De plus en plus de voix se sont élevées pour dénoncer les échecs et les conséquences négatives de cette politique. Les arguments contre la Prohibition se sont multipliés : l'inefficacité de l'application de la loi, l'essor du crime organisé et de la corruption, les pertes économiques pour l'État, les atteintes à la liberté individuelle, les risques sanitaires liés à l'alcool de contrebande. La Grande Dépression, qui débuta en 1929, renforça encore les arguments en faveur de la fin de la Prohibition. La légalisation et la taxation de l'alcool étaient vues comme un moyen potentiel de générer des revenus pour l'État et de créer des emplois.

L'élection de Franklin Delano Roosevelt à la présidence en 1932, sur une plateforme promettant la fin de la Prohibition, marqua un tournant décisif. Le Congrès adopta le 21e amendement, qui abrogeait le 18e amendement, et le soumit à la ratification des États. Le 5 décembre 1933, le 21e amendement fut ratifié par un nombre suffisant d'États, mettant officiellement fin à la Prohibition au niveau fédéral. Les États individuels conservaient toutefois le droit de maintenir la prohibition au niveau local, et certains le firent pendant encore plusieurs années.

La Prohibition a Ă©tĂ© un Ă©chec retentissant, un exemple de politique publique aux consĂ©quences imprĂ©vues et largement nĂ©gatives. Elle a dĂ©montrĂ© la difficultĂ©, voire l'impossibilitĂ©, d'imposer par la loi une morale unique Ă  une sociĂ©tĂ© diverse et complexe. Elle a mis en Ă©vidence les effets pervers de l'interdiction, qui crĂ©e un marchĂ© noir lucratif et favorise le crime organisĂ©. 

La Grande dépression.
Le krach boursier de 1929 marque ensuite le début de la Grande Dépression, une période de chômage massif, de faillites bancaires et de difficultés économiques généralisées. Des millions de personnes perdent leur emploi et leurs économies. Elu en 1932, Franklin D. Roosevelt promet de sortir le pays de la dépression. Il lance une série de programmes et de réformes économiques connus sous le nom de New Deal, visant à relever l'économie et à fournir un filet de sécurité sociale aux citoyens touchés par la dépression. Le gouvernement fédéral joue un rôle plus actif dans la régulation économique et sociale, notamment avec la création dess assurances chômage. Des agences comme la WPA (Works Progress Administration) et la TVA (Tennessee Valley Authority) sont créées.

La Seconde Guerre mondiale.
Restés neutres au début de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis sont entrés en guerre au côté des Alliés après l'attaque japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941. L'économie a été mobilisée pour soutenir l'effort de guerre, avec une production industrielle massive et la participation de millions de soldats américains aux combats en Europe et dans le Pacifique.

De 1945 Ă  2001

L'après-guerre.
Dans la seconde moitié des années 1940, les États-Unis ont joué un rôle clé dans la création de l'Organisation des Nations Unies (ONU) et dans la mise en place du système économique international de Bretton Woods, qui a établi des institutions comme le FMI et la Banque mondiale.

La période d'après-guerre est aussi marquée par une forte croissance économique, une augmentation de la consommation et de la production industrielle, ainsi qu'une expansion de la classe moyenne.

Au temps de la Guerre froide. 
La rivalité entre les États-Unis et l'Union soviétique , dont la puissance s'est affirmée pendans le conflit modial, a donné naissance à la Guerre froide.

Containment et McCarthysme.
Les États-Unis ont alors adoptĂ©, Ă  l'extĂ©rieur, une politique destiner Ă  limiter l'expansion du communisme dans le monde (politique dite de containment). A l'intĂ©rieur,  la peur du communisme se signale par les sombres heures du maccarthysme, avec ses purges politiques et ses accusations de trahison (souvent imaginaires), notamment sous l'influence du sĂ©nateur Joseph McCarthy.
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Le maccarthysme

Le maccarthysme s'étend approximativement de la fin des années 1940 au milieu des années 1950. Il tire son nom de celui du sénateur républicain Joseph McCarthy, bien que le phénomène ait des racines plus profondes et ait impliqué de nombreux acteurs. Le contexte de la Guerre Froide est central pour comprendre l'ascension du maccarthysme. Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l'Union Soviétique se sont retrouvés en compétition pour la domination mondiale, une compétition idéologique et géopolitique qui a alimenté une peur intense du communisme aux États-Unis. L'Union Soviétique était une puissance totalitaire expansionniste, et il y avait des membres du Parti communiste américain (PCA) aux États-Unis, bien que leur influence et leur nombre aient été grandement exagérés. Les succès communistes en Europe de l'Est, la révolution chinoise en 1949, et le choc de la détonation d'une bombe atomique soviétique la même année ont intensifié l'anxiété américaine et créé un climat de suspicion et de peur.

Avant même l'ascension de McCarthy, l'anticommunisme était une force politique significative aux États-Unis. Le "Second Red Scare" avait commencé après la Première Guerre mondiale, mais il a repris de la vigueur après la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement Truman avait déjà mis en place des programmes de loyauté pour les employés fédéraux en 1947, et le Comité des activités non-américaines de la Chambre des représentants (HUAC) menait des enquêtes sur l'influence communiste à Hollywood. Cependant, c'est l'arrivée de Joseph McCarthy sur la scène nationale qui a propulsé cette peur à de nouveaux sommets et lui a donné son caractère distinctif.

En février 1950, McCarthy, alors sénateur junior du Wisconsin, a prononcé un discours à Wheeling, en Virginie-Occidentale, où il a affirmé avoir une liste de 205 communistes travaillant au Département d'État. Ce chiffre a varié dans ses discours ultérieurs, et il n'a jamais produit de preuves concrètes pour étayer ses accusations. Néanmoins, ses déclarations ont fait sensation et ont captivé l'attention des médias et du public. McCarthy a exploité avec brio l'anxiété et la paranoïa ambiantes, se présentant comme un croisé courageux luttant contre une conspiration communiste interne qui, selon lui, menaçait de détruire l'Amérique de l'intérieur.

La popularité de McCarthy a monté en flèche. Il a été nommé à la tête du Comité permanent d'enquête du Sénat, une position qu'il a utilisée pour mener des audiences publiques sensationnalistes. Ces audiences étaient souvent télévisées et ont attiré une large audience. McCarthy et son comité ont convoqué des centaines de personnes, principalement des fonctionnaires, des artistes, des écrivains, des intellectuels, et des universitaires, pour les interroger sur leurs liens passés ou présents avec le Parti communiste ou des organisations jugées subversives.

Les tactiques de McCarthy étaient brutales et volontiers contraires à l'éthique. Il utilisait des accusations vagues et non étayées, des insinuations, des demi-vérités, et des pressions psychologiques pour forcer les témoins à coopérer et à dénoncer d'autres personnes. Le principe de la présomption d'innocence était ignoré; être accusé par McCarthy équivalait souvent à être considéré coupable aux yeux du public. Le "maccarthysme" est devenu synonyme d'accusations non fondées, de dénigrement de caractère, d'intimidation politique, et de répression de la dissidence.

Le maccarthysme a eu un impact dévastateur sur la vie de nombreuses personnes. Des individus ont perdu leur emploi, ont été mis sur liste noire (blacklistés) dans leurs professions, ont été ostracisés socialement, et ont vu leur réputation ruinée, souvent sur la base de preuves minces ou inexistantes. Hollywood a été particulièrement touché, avec la création de la "liste noire d'Hollywood", qui a empêché de nombreux scénaristes, réalisateurs et acteurs de travailler. Les universités et les établissements d'enseignement ont également été ciblés, conduisant à des licenciements de professeurs et à une atmosphère de peur et d'autocensure.

Au-delà des victimes individuelles, le maccarthysme a eu un effet paralysant sur la liberté d'expression et le débat public aux États-Unis. La peur d'être étiqueté comme "communiste" ou "sympathisant communiste" a conduit à une conformité accrue et à la suppression des opinions dissidentes. Le débat politique s'est appauvri, et la créativité culturelle a été étouffée. L'atmosphère de suspicion et de peur a miné les principes fondamentaux de la démocratie américaine.

Cependant, à partir de 1954, le vent a commencé à tourner. Plusieurs facteurs ont contribué à la chute de McCarthy. La couverture médiatique critique, notamment l'émission See It Now d'Edward R. Murrow en mars 1954, a commencé à démystifier McCarthy et à exposer ses tactiques abusives. L'administration Eisenhower, initialement hésitante à s'opposer directement à McCarthy, a commencé à prendre ses distances.

Le tournant dĂ©cisif fut les Army-McCarthy Hearings en 1954. Ces audiences, tĂ©lĂ©visĂ©es Ă  l'Ă©chelle nationale, portaient sur les accusations de McCarthy selon lesquelles l'armĂ©e amĂ©ricaine abritait des communistes. Les audiences ont rĂ©vĂ©lĂ© au grand jour le comportement agressif et intimidant de McCarthy, ainsi que son manque de preuves concrètes. Le public a Ă©tĂ© tĂ©moin direct de ses tactiques et de son manque de respect pour les procĂ©dures rĂ©gulières. L'avocat de l'armĂ©e, Joseph Welch, a jouĂ© un rĂ´le dĂ©cisif en confrontant McCarthy avec une question rhĂ©torique restĂ©e cĂ©lèbre : 

"N'avez-vous enfin aucun sens de la décence, monsieur ?"

Après les Army-McCarthy Hearings, le soutien public à McCarthy a diminué rapidement. Le Sénat a voté une motion de censure contre lui en décembre 1954, condamnant sa conduite. Bien qu'il soit resté sénateur, McCarthy a perdu son influence politique et son prestige. Il est tombé dans l'alcoolisme et la dépression, et est mort en 1957 à l'âge de 48 ans.

Le maccarthysme, en tant que phĂ©nomène politique dominant, a pris fin avec la censure de McCarthy. Cependant, les enseignements tirĂ©s des excès de cette pĂ©riode ont perdurĂ©. Le maccarthysme a servi, du moins pendant quelques dĂ©cennuies, de mise en garde contre les dangers de l'hystĂ©rie de masse, de la chasse aux sorcières, et de la suppression des libertĂ©s civiles au nom de la sĂ©curitĂ© nationale. Il a mis en lumière l'importance de la protection des droits individuels, de la prĂ©somption d'innocence, et du respect des procĂ©dures rĂ©gulières, mĂŞme en temps de crise ou de peur. Les mesures de contrĂ´le social prises après les attentats du 11 septembre 2001, comme le Patriot Act, montrent que l'immunisation a vait etteint sa limite dans le temps. Le terme "maccarthysme" est cependant encore utilisĂ© aujourd'hui pour dĂ©crire des pratiques politiques consistant Ă  faire des accusations non fondĂ©es et Ă  intimider ses opposants, Ă  rĂ©duire la libertĂ©  d'expression, rappelant les leçons douloureuses de cette pĂ©riode sombre de l'histoire amĂ©ricaine. Le mot a fait très significativement son retour dans l'actualitĂ©, Ă  propos des politiques rĂ©actionnaires, obscurantistes, brutales et liberticides (programmes d'enseignement et de recherche, mĂ©dias, industries culturelles, armĂ©e, vocabulaire, ONG, LGBTQ+, Ă©trangers, Etat de droit, etc.) menĂ©es par l'administration Trump Ă  partir de 2025. La diffĂ©rence Ă©tant ici, toutefois, qu'il s'agit moins d'exploiter des peurs que de dĂ©ployer en force un agenda idĂ©ologique et l'instauration d'une gouvernance autoritaire d'extrĂŞme-droite.

Mouvement des droits civiques
Les années 1960 ont été marquées par le Mouvement des droits civiques, qui est celui de la lutte des Afro-Américains pour l'égalité des droits, la fin de la ségrégation raciste et la discrimination. Des figures emblématiques comme Martin Luther King Jr. dirigent des manifestations non violentes, des boycotts et des marches, culminant avec la promulgation du Civil Rights Act de 1964 et du Voting Rights Act de 1965. Mais cela sera loin de suffire à mettre fin à ce mal endémique, et structurant, de la société américaine, qu'est le racisme.

La guerre du Vietnam
La Guerre froide a été une période pendant laquelle Etats-Unis et URSS se sont affrontés indirectement via des conflits régionaux. Certains ont aussi vu l'implication directes des Etats-Unis, après la Guerre de Corée (1953-1953), les Etats-Unis s'impliquent aussi dans la guerre qui oppose ses alliés, au Sud et du Vietnam aux alliés de l'Union soviétique au Nord. Cela a conduit à partir des années 1960 à un conflit prolongé et controversé, provoquant des divisions profondes au sein de la société américaine et des mouvements de protestation massive en raison du coût humain et financier élevé. Les protestations contre la guerre ont été un aspect majeur de la culture des années 1960 et 1970.

Assassinats politiques.
Les annĂ©es 1960 ont Ă©tĂ© entachĂ©es par plusieurs assassinats politiques notables, dont celui du prĂ©sident John F. Kennedy en 1963, de Malcolm X (leader noir radical) en 1965, de Martin Luther King Jr. en 1968 et de Robert F. Kennedy (le frère de l'ancien prĂ©sident)  la mĂŞme annĂ©e. Ces Ă©vĂ©nements ont alimentĂ© le climat de dĂ©sillusion et de mĂ©fiance envers le gouvernement.

Changements sociaux et culturels.
Les années 1960 et les années 1970 ont également vu l'émergence de la contre-culture, avec des mouvements pour les droits des femmes, les droits des LGBT, et l'opposition à la guerre, symbolisés par des événements comme le festival de Woodstock. Le mouvement pour les droits des femmes a gagné en importance, avec des avancées législatives telles que le Title IX, qui a interdit la discrimination basée sur le sexe dans les programmes éducatifs.

Nixon et Reagan.
Le président Nixon (1969-1974) mettra fin à la Guerre du Vietnam, mais il est aussi impliqué dans le scandale du Watergate, qui a conduit à sa démission en 1974. Un scandale qui marque durablement une perte de confiance dans le gouvernement. L'époque est, par ailleurs, marquée par la stagflation (une combinaison de stagnation économique et d'inflation élevée). De plus, les chocs pétroliers de 1973 et 1979 exacerbent les problèmes économiques.

Ronald Reagan (1981-1989) a mis en oeuvre des politiques Ă©conomiques libĂ©rales (appelĂ©es les reaganomics)  visant Ă  rĂ©duire les impĂ´ts, diminuer la rĂ©glementation et encourager la croissance Ă©conomique. Reagan adopte une position ferme contre l'Union soviĂ©tique, augmentant les dĂ©penses militaires et soutenant les mouvements anticommunistes Ă  travers le monde. 

Après la Guerre froide.
La fin des années 1980 a été marquée par la chute du mur de Berlin en 1989 et l'effondrement de l'Union soviétique en 1991, mettant fin à la Guerre froide. Sous Bill Clinton (1993-2001), les États-Unis ont connu une période de prospérité économique, avec une forte croissance et une baisse du chômage. Les réformes fiscales et la réduction du déficit ont marqué cette période.La signature de l'ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) en 1994 a renforcé la mondialisation économique et les échanges commerciaux entre les États-Unis, le Canada et le Mexique.

Le premier quart du XXIe siècle

Terrorisme et crise financière.
Les attentats du 11 septembre 2001.
Le 11 septembre 2001, l'organisation terroriste islamiste Al-Qaïda a mené des attaques coordonnées en utilisant des avions détournés pour frapper les tours jumelles du World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington, D.C., faisant près de 3 000 victimes. Ces attentats représenteront pour les Etats-Unis un tournant majeur et ouvrent pour le monde une ère qui n'est pas terminée.

En réponse aux attentats, les États-Unis ont envahi l'Afghanistan pour renverser le régime taliban et détruire les infrastructures d'Al-Qaïda. En 2003, les États-Unis, sous la présidence de George W. Bush (2001-2009), envahissent l'Irak en affirmant mensongèrement que le régime de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Bien que ces armes n'aient jamais été trouvées, le renversement de Hussein a plongé le pays dans une longue période de conflit et d'instabilité. Ces troubles ont également favorisé d'unelle organisation terroriste, Daesh (l'Etat islamique).

La crise financière de 2008.
La crise financière mondiale de 2008, déclenchée par l'effondrement du marché immobilier et des banques aux Etats-Unis, a entraîné une grave récession. Des millions d'Américains ont perdu leur emploi et leur maison. Le gouvernement a adopté des mesures de sauvetage pour les banques et les entreprises en difficulté, et des réformes financières comme la loi Dodd-Frank ont été mises en place pour prévenir de futures crises.

Réformes sociales et tensions politiques.
La présidence de Barack Obama (2009-2017).
Elu en novembre 2008, le président Barack Obama met en oeuvre de nouvelles mesures de relance pour redresser l'économie post-crise et a promeut des politiques de protection sociale et environnementale. L'Affordable Care Act (Obamacare), adopté en 2010, élargira ainsi l'accès à l'assurance maladie pour des millions d'Américains.

Les années 2010 ont également vu l'émergence de mouvements comme Black Lives Matter, qui lutte contre la violence policière et les inégalités fondés sur des idées racistes. En 2015, la Cour suprême a légalisé le mariage homosexuel dans tout le pays, marquant une victoire majeure pour les droits LGBTQ+.

La première présidence de Donald Trump (2017-2021).
Le démagogue et ochlocrate Donald Trump, qui succède à Obama, a adopté une politique nationaliste, affairiste, avec un accent sur la réduction de l'immigration, le retrait de certains accords internationaux et des guerres commerciales, notamment avec la Chine. Trump a également géré de façon calamiteuse la crise sanitaire du covid-19. Mis en accusation deux fois par la Chambre des représentants (en 2019 pour abus de pouvoir et obstruction au Congrès, et en 2021 pour incitation à l'insurrection après l'assaut du Capitole le 6 janvier 2021 par ses partisans), il sera blanchi les deux fois par un Sénat acquis, il est vrai, dès le départ à sa cause.
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La tentative de coup d'Etat du 6 janvier 2021

L'assaut du Capitole des États-Unis le 6 janvier 2021 fut l'apogée de mois de rhétorique incendiaire et d'affirmations non fondées de fraude électorale généralisée à la suite de l'élection présidentielle de novembre 2020 qui a vu la défaite de Donald Trump. Alors que le Congrès se préparait à certifier les votes du Collège électoral, des milliers de partisans du président sortant Donald Trump se sont rassemblés à Washington, répondant à son appel à manifester contre le résultat de l'élection qu'il refusait de reconnaître.

La journĂ©e a commencĂ© par un rassemblement majeur près de la Maison Blanche, l'Ă©vĂ©nement Save America (Sauver l'AmĂ©rique), oĂą Trump a prononcĂ© un discours devant une foule immense. Il a rĂ©pĂ©tĂ© ses affirmations de fraude, attaquĂ© les mĂ©dias et les lĂ©gislateurs rĂ©publicains qu'il percevait comme dĂ©loyaux, et a exhortĂ© ses partisans Ă  marcher vers le Capitole pour "se battre" et montrer leur force. 

"Nous allons marcher jusqu'au Capitole", a-t-il déclaré, "et nous allons acclamer nos courageux sénateurs et membres du Congrès, et probablement pas quelques-uns d'entre eux, car ils ne reprendront jamais notre pays avec faiblesse. Vous devez faire preuve de force et vous devez être forts."
Il a ajouté que son propre vice-président, Mike Pence, qui devait présider la certification au Congrès, "devra passer à travers pour nous".

Après le discours de Trump, des milliers de personnes ont commencé à marcher vers le Capitole, distant d'environ 2,5 kilomètres. La sécurité au Capitole était manifestement insuffisante pour faire face à une foule aussi importante et déterminée. Les barrières métalliques qui protégeaient l'extérieur du bâtiment ont été rapidement renversées. La police du Capitole, largement dépassée en nombre, a tenté de repousser les assaillants, utilisant du gaz poivré et matraques, mais la poussée de la foule était trop forte. Les manifestants sont parvenus à franchir les périmètres de sécurité successifs. Certains ont escaladé les murs du bâtiment, d'autres ont enfoncé les portes et brisé les fenêtres. Vers 14h13 heure locale, les premières personnes ont réussi à pénétrer à l'intérieur du Capitole.

Au moment de l'intrusion, le Sénat et la Chambre des représentants étaient en session conjointe dans leurs chambres respectives pour le processus de certification. La séance a été brusquement interrompue. Les législateurs, le personnel et les journalistes présents ont été invités à se mettre à l'abri ou évacués en urgence. Des scènes chaotiques se sont déroulées à l'intérieur. Les assaillants ont envahi les bureaux des législateurs, y compris celui de la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, laissant derrière eux vandalisme et désordre. Ils ont déambulé dans la Rotonde, le Statuary Hall et se sont dirigés vers les chambres du Sénat et de la Chambre. La violence a éclaté à plusieurs endroits. Une femme est mortellement blessée par balle par un policier du Capitole alors qu'elle tentait de franchir une porte barricadant l'accès au couloir menant à la chambre de la Chambre des représentants. D'autres affrontements violents ont eu lieu entre les émeutiers et les forces de l'ordre, au cours desquels de nombreux policiers ont été blessés, certains gravement. Des slogans menaçants ont été scandés, notamment "Pendez Mike Pence!", reflétant la colère des manifestants envers le vice-président qui avait refusé de céder aux pressions de Trump pour bloquer la certification.

Pendant que le Capitole Ă©tait sous attaque, le prĂ©sident Trump a mis du temps Ă  rĂ©agir publiquement pour condamner les violences ou appeler ses partisans Ă  se retirer. Il a tweetĂ© des messages qui semblaient attiser la colère ou Ă©taient ambigus, avant de finalement publier une vidĂ©o en fin d'après-midi, dans laquelle il demandait aux Ă©meutiers de rentrer chez eux, tout en rĂ©itĂ©rant ses  affirmations mensongères sur l'Ă©lection. Le dĂ©ploiement de renforts de police et de la Garde nationale a Ă©tĂ© marquĂ© par des retards et une confusion quant aux autoritĂ©s responsables de donner les ordres. Ce n'est que plusieurs heures après l'intrusion initiale que les forces de sĂ©curitĂ©, enfin renforcĂ©es, ont commencĂ© Ă  reprendre le contrĂ´le du bâtiment, dĂ©logeant les assaillants pièce par pièce, souvent en utilisant du gaz lacrymogène et d'autres moyens de dispersion.

En fin de soirĂ©e, le Capitole a Ă©tĂ© sĂ©curisĂ©. MalgrĂ© les violences et l'interruption, le Congrès a dĂ©cidĂ© de reprendre sa session conjointe dans la nuit pour terminer la certification des votes. Sous la prĂ©sidence de Mike Pence, le processus s'est poursuivi et, aux premières heures du 7 janvier 2021, le Congrès a officiellement certifiĂ© les votes du Collège Ă©lectoral, confirmant la victoire de Joe Biden et de sa vice-prĂ©sidente Kamala Harris. 

L'assaut aura entraĂ®nĂ© au final la mort de cinq personnes dans les heures suivant l'Ă©vĂ©nement, dont un policier du Capitole, Brian Sicknick, dĂ©cĂ©dĂ© d'un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral le lendemain (son dĂ©cès a d'abord Ă©tĂ© attribuĂ© aux blessures subies lors de l'Ă©meute, mais l'autopsie officielle n'a pas trouvĂ© de preuves de cela, bien que l'Ă©vĂ©nement ait Ă©tĂ© jugĂ© contribuant Ă  son dĂ©cès ultĂ©rieur) et quatre Ă©meutiers. Plusieurs autres policiers qui Ă©taient prĂ©sents ce jour-lĂ  sont dĂ©cĂ©dĂ©s par suicide dans les mois qui ont suivi. Des centaines d'Ă©meutiers ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s et poursuivis en justice pour diverses infractions, allant de l'intrusion Ă  la sĂ©dition. 

L'événement a profondément choqué les États-Unis et le monde, soulevant des questions sur la résilience des institutions démocratiques américaines et la polarisation politique du pays. Il a conduit à une deuxième procédure de destitution contre Donald Trump par la Chambre des représentants et à la création d'une commission d'enquête parlementaire pour examiner les causes et les responsabilités de l'attaque.

La présidence de Joe Biden (2021 - 2025).
L'année 2021 s'ouvre avec l'investiture de Joe Biden le 20 janvier, dans un contexte de fortes tensions nationales après l'assaut du Capitole survenu quelques semaines plus tôt. Son administration lance rapidement le plan de sauvetage américain (American Rescue Plan) pour soutenir l'économie, avant de superviser le retrait des troupes américaines d'Afghanistan en août 2021, une opération largement critiquée pour son caractère chaotique. En fin d'année, le président signe l'Infrastructure Investment and Jobs Act, un plan historique de modernisation des réseaux de transport et des infrastructures numériques du pays.

En 2022, le paysage juridique et politique connaît un bouleversement avec la décision de la Cour suprême d'annuler l'arrêt Roe v. Wade dans l'affaire Dobbs v. Jackson, mettant fin à la protection constitutionnelle fédérale du droit à l'avortement. Sur le plan législatif, l'administration Biden fait adopter le CHIPS and Science Act pour relocaliser la production de semi-conducteurs, ainsi que l'Inflation Reduction Act, visant à lutter contre le changement climatique et à réduire les déficits publics. Les élections de mi-mandat de novembre 2022 aboutissent à un Congrès divisé, les républicains prenant le contrôle de la Chambre des représentants tandis que les démocrates conservent de justesse la majorité au Sénat.

Trump, qui n'a jamais reconnu sa défaite de 2020, continue d'agiter les passions les plus sombres. Les États-Unis restent profondément divisés politiquement, avec des tensions croissantes entre les partis démocrate et républicain sur des questions clés telles que l'immigration, le droit de vote et la réforme de la justice pénale. Les mouvements pour les droits civiques continuent de se faire entendre dans la lutte pour l'égalité et la justice sociale, face à des défis persistants.

L'année 2023 est dominée par une crise du plafond de la dette qui menace un défaut de paiement du pays, résolue in extremis par l'adoption du Fiscal Responsibility Act. Cette période voit également une vague de mouvements sociaux sans précédent, avec des grèves majeures des scénaristes et acteurs à Hollywood, ainsi que celle des travailleurs de l'industrie automobile (UAW), qui obtiennent des augmentations de salaire significatives. Sur la scène internationale, les États-Unis maintiennent un soutien militaire et financier soutenu à l'Ukraine face à l'invasion russe, tout en naviguant dans des tensions croissantes avec la Chine.

L'année 2024 est entièrement centrée sur l'élection présidentielle. Après des débats télévisés difficiles, Joe Biden annonce son retrait de la course en juillet et apporte son soutien à sa vice-présidente, Kamala Harris, qui devient la candidate officielle du Parti démocrate. Le 5 novembre 2024, l'élection présidentielle aboutit à la victoire du candidat républicain Donald Trump, qui remporte 312 grands électeurs contre 226 pour Kamala Harris, marquant un retour des républicains à la Maison-Blanche.

Début de la deuxième présidence Trump.
Donald Trump est investi pour un second mandat non consécutif le 20 janvier 2025. Sa nouvelle administration, ouvertement d'extrême-droite, met en oeuvre des politiques axées sur un renforcement strict des contrôles migratoires, une déréglementation économique et un réajustement de la politique étrangère, incluant des discussions sur un éventuel règlement du conflit en Ukraine et une révision des alliances traditionnelles. L'année 2026 est marquée par l'attaque menée par les Etats-Unis, conjointement avec Israël, contre l'Iran et par les célébrations nationales du 250e anniversaire de la signature de la Déclaration d'indépendance, sous le thème "Freedom 250". Malgré ces commémorations historiques, le pays reste traversé par une polarisation politique intense et des débats persistants sur l'orientation de son modèle social, économique et son rôle dans un ordre mondial en pleine mutation.



Pierre Gervais, Les Etats-Unis de 1860 Ă  nos jours, Hachette Education, 2005.
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