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La Région des Grands Lacs |
| La
région
des Grands Lacs, très anciennement habitée par des populations de
métallurgistes, de pêcheurs, puis d'éleveurs a été au début de notre
ère un des centres de l'expansion bantoue vers
l'Afrique méridionale. D'importants centres urbains laissent également
supposer la grande ancienneté d'États bien organisés dans la région
interlacustre. Les restes d'une cité avec d'énormes remparts ont ainsi
été découverts à Bigo, à l'Est du lac Albert (Ouganda actuel). Des
découvertes analogues ont été faites sur les plateaux tanzaniens et
kenyans. A Engaruka, au sud de la vallée du Rift, des ruines semblables
à celles de Bigo laissent croire à une ville de plusieurs milliers de
maisons, qui pourrait remonter au XIIIe
siècle.
L'histoire véritablement connue, elle, ne remonte pas au-delà du XVe s. Elle témoigne de la formation et de la persistance de plusieurs royaumes importants. Le Bunyoro-Kitara, le Buganda, le Rwanda et le Burundi ont été les plus puissants. Mais on peut également citer ceux de l'Ankolé, les États haya (Karagwé, Kyamutwara, Ihangiro), ou encore le Buzinza . Tous présentent une certaine familiarité culturelle. Ils se reconnaissent les mêmes références historico-mythologiques, et sont nés de la rencontre ancienne de populations de pasteurs-guerriers et de sociétés d'agriculteurs. Le brassage s'est ensuite fait différemment d'un endroit à un autre. La dichotomie pasteurs/paysans, devenue opposition Tutsi/Hutu dans des royaumes tels que le Rwanda et le Burundi, a été inactive au Bunyoro et au Buganda, par exemple. A l'exception de
la zone qui correspond aux Rwanda et Burundi actuels, apparemment épargnée
par le trafic d'esclaves, la région
des Grands lacs, comme presque tout le reste de l'Afrique a subi ce
fléau pendant de long siècles. Elle a été parcourue sans cesse
par les caravanes armées des marchands arabes; il s'y formait des bandes
conduites par les pourvoyeurs des marchés d'esclaves, et qui s'attaquent
victorieusement en général aux habitants sédentaires du pays et y entretenaient
une anarchie constante, surtout sur les routes de l'Ounyamousi (Tanzanie
centrale) qui menaient à Zanzibar Dates -clés : 16e siècle : Émergence des premiers royaumes historiques (Bunyoro, Rwanda) dans la région des Grands lacs. |
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| Les
Grands Lacs avant 1500
La région des Grands Lacs africains est un foyer ancien de peuplement, de métallurgie, d'agriculture et d'organisations politiques complexes. Les traditions orales, l'archéologie et la linguistique historique permettent d'en reconstituer les grandes lignes, sans jamais en fixer une image unique, tant les sociétés y sont mouvantes et diverses. Les plus anciens habitants connus de la région sont des chasseurs-cueilleurs, souvent désignés dans les traditions comme les Batwa, les Abatwa ou les Bambuti. Ils vivent en petits groupes dans les forêts de montagne et le long des crêtes, pratiquent la chasse au filet ou à l'arc, la collecte du miel, des tubercules et des fruits, et possèdent une connaissance intime des plantes médicinales et des cycles de la forêt. Leur organisation est souple, fondée sur la parenté et l'alliance, sans pouvoir central permanent. Ils sont progressivement rejoints, à partir du premier millénaire avant notre ère, par des populations de langues bantoues qui migrent depuis l'ouest et le nord-ouest, apportant avec elles la culture du sorgho, du millet, de l'igname, puis celle de la banane, ainsi que la métallurgie du fer. Ces agriculteurs bantous s'installent d'abord sur les collines et les versants bien arrosés, où ils défrichent la forêt par le feu et la hache, élèvent des chèvres, des moutons, des poulets, et plus tard des bovins dans les zones moins infestées par la mouche tsé-tsé. Le fer, fondu dans des bas fourneaux en argile, sert à fabriquer des houes, des haches, des pointes de lance et des couteaux. La maîtrise du fer transforme l'agriculture, la chasse et la guerre; elle donne aussi naissance à des corporations de forgerons, souvent craintes et respectées, détentrices de savoirs ésotériques liés au feu, à la terre et à la transformation de la matière. À partir des premiers siècles de notre ère, une autre composante humaine apparaît dans les hautes terres : des éleveurs de bétail, parfois appelés Bahima, Batutsi ou Hima selon les régions, qui parlent des langues bantoues mais dont le mode de vie repose essentiellement sur la vache. Leur arrivée, autrefois présentée comme une conquête brutale, est aujourd'hui comprise comme une lente infiltration, un glissement de familles et de clans à la recherche de pâturages, souvent en symbiose avec les agriculteurs déjà installés. Entre cultivateurs et éleveurs se tissent des relations d'échange : le lait, le beurre et le fumier contre les céréales, les légumineuses, la bière de banane ou de sorgho, et le travail des champs. Des contrats de clientèle, appelés ubuhake au Rwanda ou ubugabire au Burundi, lient un patron possesseur de bétail à un client qui reçoit une vache en usufruit en échange de services et de loyauté. Ces liens personnels, loin d'être figés, structurent la vie sociale et préparent la formation d'entités politiques plus vastes. Sur le plan politique, lla région ne connaît pas encore les grands royaumes centralisés qui domineront les siècles suivants, mais plusieurs chefferies, principautés et confédérations claniques émergent. Dans la zone interlacustre, des clans se regroupent autour de collines sacrées, de marais fertiles, de mines de fer ou de gués contrôlant les passages. Les chefs portent des titres variés selon les langues et les traditions : umwami, mugabe, omukama, ntemi. Leur autorité repose moins sur la contrainte militaire permanente que sur la maîtrise des rituels de fertilité, la distribution des pluies, la protection des troupeaux, la résolution des conflits et le contrôle des réseaux d'échange à longue distance. Le sel, les houes de fer, les bracelets de cuivre, les cauris, les peaux de léopard, les perles de verre venues de l'océan Indien circulent de proche en proche, reliant les Grands Lacs au bassin du Congo, à la côte swahilie et à la vallée du Nil. Les royaumes du Bunyoro et du Buganda, au nord du lac Victoria, commencent à se structurer dès avant 1500. Le Bunyoro, héritier de l'ancien empire du Kitara évoqué dans les traditions, étend son influence sur une partie de l'Ouganda actuel, grâce à la culture du millet, à l'élevage bovin et au contrôle des salines et des gisements de fer. Ses souverains, les bami, s'appuient sur un réseau de chefs provinciaux et sur des gardes armés de lances et de boucliers. Le Buganda, d'abord simple principauté vassale, profite de sa position près du lac pour développer la pêche, la construction de pirogues et le commerce du poisson séché, des écorces battues et des bananes; il gagne en autonomie à la veille du XVIe siècle. Au sud et à l'ouest, dans ce qui deviendra le Rwanda et le Burundi, les structures politiques restent plus fragmentées. Des lignages de chefs, souvent issus de clans éleveurs, étendent progressivement leur autorité sur des groupes de collines, en s'appuyant sur la vache comme instrument de pouvoir et de prestige. Les tambours royaux, les cours de justice sous l'arbre à palabres, les poèmes dynastiques et les récits généalogiques commencent à fixer la mémoire de ces dynasties naissantes. Les rituels du feu nouveau, les offrandes aux ancêtres et les cultes agraires rythment l'année. Les devins et les prêtres des esprits de la nature, comme le culte de Ryangombe ou de Kiranga, jouent un rôle central dans la légitimation des chefs et la cohésion des communautés. Les rives des grands lacs, notamment celles du lac Victoria et du lac Tanganyika, abritent des communautés de pêcheurs et de commerçants. Ils fabriquent des filets en fibres végétales, des hameçons en os ou en fer, des pirogues monoxyles capables de transporter plusieurs personnes et des marchandises. Le poisson séché au soleil ou fumé est échangé contre du fer, du sel, des poteries, des nattes et des vivres. Les îles du lac Victoria, comme l'archipel de Sese, servent d'étapes et de sanctuaires; des esprits y sont honorés, des offrandes y sont déposées pour obtenir une pêche abondante ou une traversée sûre. Le lac Tanganyika, long de plus de six cents kilomètres, met en contact les populations de l'est du Congo actuel, de la Tanzanie occidentale et de la Zambie septentrionale. Des marchands venus de la côte de l'océan Indien remontent parfois ses rives, apportant des perles, du fil de laiton, des tissus et des coquillages, en échange d'ivoire, de cuivre du Katanga et d'esclaves capturés lors de razzias locales. La densité démographique reste inégale. Les hautes terres volcaniques du Rwanda et du Burundi, au sol fertile et au climat tempéré, attirent une population relativement nombreuse, dispersée en habitations entourées de bananeraies et de champs de sorgho, de patate douce et de haricots. Les vallées marécageuses sont aménagées en billons pour cultiver en saison sèche. Les pentes des volcans Virunga, couvertes de forêts de bambous, abritent des groupes spécialisés dans la chasse aux éléphants et aux buffles, la récolte du miel et la fabrication d'objets en bambou. Les régions de savane arborée, plus sèches, voient des populations plus mobiles, combinant élevage, culture itinérante et cueillette. Les langues bantoues de la région, appartenant au groupe dit interlacustre, se différencient progressivement : le runyoro, le luganda, le kinyarwanda, le kirundi, le luhaya, le lusoga et bien d'autres partagent un fonds commun de vocabulaire concernant l'agriculture, le bétail, la parenté et le pouvoir, mais développent des particularités locales. La transmission orale est essentielle : généalogies, épopées, proverbes, chants de mariage, de moisson ou de guerre conservent la mémoire des migrations, des héros fondateurs et des alliances. Les tambours, les harpes, les cithares et les hochets accompagnent ces récits. Les danses imitent les mouvements des vaches, des grues couronnées ou des vagues du lac. Les croyances religieuses sont centrées sur un dieu créateur souvent lointain, appelé Imana, Ruhanga, Katonda ou Nyamuhanga selon les langues, et sur une foule d'esprits intermédiaires liés aux ancêtres, aux héros, aux forces de la nature. Les montagnes, les sources chaudes, les chutes d'eau, les arbres géants et certains rochers sont des lieux de culte. Les prêtres et les prêtresses y reçoivent des offrandes de bière, de lait, de farine et de bétail. La divination, pratiquée à l'aide de noix, de cornes, de cauris ou d'entrailles d'animaux, guide les décisions individuelles et collectives. La sorcellerie est redoutée et combattue par des rituels de purification. La métallurgie du fer atteint un haut niveau dans plusieurs zones : au Buhaya, sur la rive ouest du lac Victoria, des fourneaux produisent depuis plus de deux mille ans un fer de qualité exporté dans toute la région; au Burundi et au Rwanda, les forgerons exploitent les minerais des marais et des collines ; au Bunyoro, les soufflets en peau de chèvre et les fours en termitière permettent de fabriquer des houes, des fers de lance, des bracelets et des cloches pour le bétail. Le cuivre, importé du sud, sert surtout à la parure et aux insignes de pouvoir. Le sel, extrait des cendres de certaines plantes ou des sources salées, est un produit stratégique dont le contrôle suscite des conflits et des alliances. Les relations entre les différents groupes ne sont ni idylliques ni uniformément violentes. Des raids de bétail opposent régulièrement des clans éleveurs entre eux ou des éleveurs aux agriculteurs. Des razzias visent les femmes, les enfants et le bétail. Mais des marchés locaux, des fêtes de mariage, des cultes communs et des pactes de sang créent aussi des liens durables. Les frontières entre groupes ethniques ou professionnels restent perméables : un agriculteur enrichi peut acquérir du bétail et adopter le mode de vie des éleveurs; un éleveur appauvri peut se mettre à cultiver. Les Batwa, tout en étant souvent marginalisés, fournissent des services rituels et cynégétiques appréciés, et certains deviennent des intermédiaires entre les villages et la forêt. L'arrivée des bananiers, probablement par l'intermédiaire des côtes de l'Afrique de l'Est et des routes lacustres, transforme profondément l'agriculture des hautes terres. La banane, riche en amidon, facile à cultiver et à récolter toute l'année, permet une sédentarisation plus forte, une alimentation plus abondante et une densité de population plus élevée. Elle sert à fabriquer la bière, boisson essentielle des rituels et des travaux collectifs. Sa culture est souvent associée à celle du haricot, du taro et de la courge, dans des jardins soigneusement entretenus autour des habitations. Le sorgho et l'éleusine restent les céréales de base dans les zones plus sèches, moulues sur des meules de pierre et cuites en bouillies ou en galettes. Les techniques de construction varient selon les régions : huttes rondes en clayonnage et torchis, toits coniques en chaume ou en fibres de bananier, greniers sur pilotis, enclos à bétail entourés d'épineux. Les villages, souvent dispersés sur les crêtes, s'organisent autour d'une cour commune, d'un bosquet sacré ou d'une place de marché. Les chemins relient les collines entre elles, franchissant les marais sur des passerelles de branchages et les rivières sur des gués ou des ponts de lianes. Les pirogues assurent les communications sur les lacs et les grandes rivières. Vers la fin du XVe siècle, la région est à la veille de transformations majeures. De nouvelles dynasties consolident leur emprise sur des territoires de plus en plus étendus. Les échanges avec la côte swahilie s'intensifient, apportant des marchandises nouvelles et des influences culturelles. Les armes de fer se perfectionnent, les armées se structurent, les cours royales s'entourent de rituels plus complexes. Mais avant l'irruption des grands empires centralisés et bien avant l'arrivée des Européens, l'Afrique des Grands Lacs a déjà une longue histoire, faite de migrations, de métissages, d'innovations agricoles et métallurgiques, de chefferies et de réseaux d'échange, de mythes et de pratiques religieuses profondément enracinés dans les collines, les forêts et les eaux des grands lacs. L'empire du Bunyoro-Kitara et ses voisins Le Bunyoro-Kitara.
Le Buganda.
La clé aura été ici, une fois de plus, l'équation si fréquemment rencontrée dans cette part de histoire africaine qu'est l'histoire de la traite des esclaves : des armes à feu apportées par les Arabes, contre des esclaves, capturés au bénéfice de l'expansion du royaume, et acheminés vers les villes de la Côte orientale et Zanzibar, ou financiers indiens et négociants européens sont implantés. Les Arabes n'y pénétrèrent qu'au XIXe siècle par le Sud (marché de Tabora), au temps du roi Sinna (1836-60). Sous son successeur Mutesa Ier (Mtésé) parurent les Européens. Mutesa Ier, né vers 1842, mort en 1884 avait succédé à son père Sinna, vers 1860. Il fit la conquête des pays situés à l'Ouest du lac Victoria. Speke et Grant, qu'il a bien accueillis en 1862, l'ont représenté comme « un aimable jeune homme »; ils ont cependant décrit les sacrifices humains qui constituaient un des plaisirs du roi. A partir de 1869, plusieurs expéditions anglo-égyptiennes conduites depuis le Nord par Charles Gordon, alors gouverneur général du Soudan, se heurtent aux armes modernes des Bugandais et échouent. Les tensions s'apaiseront assez vite. Quand le colonel Chaillé-Long est envoyé auprès de Mutesa par Gordon en 1874, il est assez bien reçu. Le roi fait même massacrer trente de ses sujets devant lui, pour lui faire honneur, dit-il (à moins que ce ne soit pour faire preuve de sa détermination...). L'année suivante, Mutesa recevra simultanément un autre envoyé de Gordon, Linant de Bellefonds, et Stanley, venu du Zanzibar en 1875. Il leur fit cette fois le meilleur accueil. Tous deux furent frappés de la dignité de Mutesa; sous l'influence des immigrants musulmans, il avait adopté le costume arabe et se montrait fort doux. Il facilita la continuation du voyage de Stanley; le voyageur crut même avoir presque décidé le roi à se convertir au christianisme. Des missions, l'une protestante, en 1877, l'autre catholique, en 1879, furent fondées dans l'Ouganda et réussirent des conversions conversions, mais sans pouvoir mettre le roi au nombre de leurs prosélytes. En 1877, Mutesa reçut Emin Bey, envoyé de Gordon. Il échangea quelques lettres avec le sultan de Zanzibar, et en 1879 chargea les missionnaires Wilson et Felkin de porter une lettre à la reine Victoria. Jusqu'à sa mort, il ne cessa de se montrer plutôt bien disposé pour les missionnaires, sans manifester d'inquiétude contre les projets des blancs. C'est des Égyptiens seuls qu'il redoutait l'invasion, et les relations amicales qu'il entretint avec les envoyés du gouverneur du Soudan furent toujours empreintes d'une certaine défiance. La situation change
avec le successeur de Mutésa, son fils Mouanga. Celui-ci, parvenu au trône
en octobre 1884,
se trouve d'emblée confronté à aux bouleversements qui secouent le Nord,
avec la révolte du Mahdi au Soudan,
qui dès 1883 a fermé la route du
Nord. Les expéditions vers les Grand Lacs reprendront avec plus de succès
depuis Mombasa et Dar-es-Salaam.
Mais cette fois ce sera au prix d'une compétition entre Allemands et Anglais
dans la région ( En octobre 1885,
il fit assassiner l'évêque anglican Hannington qui, malgré les conseils
de ses confrères, avait voulu pénétrer dans l'Ouganda par la route de
l'Est (d'où devait venir, d'après une légende, un ennemi qui ferait
la conquête du royaume), et qui persista à ne pas reprendre la route
de la côte en dépit des ordres du roi. Tout rapport fut interdit aux
missionnaires avec les chrétiens indigènes. Enfin, en mai 1886,
ceux-ci furent massacrés en grand nombre. Mouanga ne permit cependant
que quelques mois plus tard aux missionnaires anglais de quitter l'Ouganda.
Également hostile aux chrétiens L'Ouganda ayant été placé dans la sphère
d'influence britannique, par le traité du 1er
juillet 1890, le capitaine Lugard,
représentant de l'I. B. E. A (= Imperial British
East African Association), s'y rendit et obtint de Mouanga,
le 24 décembre, malgré la répugnance du roi pour la domination anglaise,
la conclusion d'un traité avec la compagnie. L'opposition manifestée
par les indigènes catholiques contre ce traité et la préférence marquée
aux protestants par Lugard amenèrent une guerre civile sanglante, dans
laquelle les agents de la compagnie se montrèrent d'une grande brutalité
contre les missionnaires français (janvier 1892).
Le roi, qui s'était enfui avec les catholiques dans le Bouddou, fut rappelé
par Lugard; le 30 mars, il signa à Mengo, sa résidence, un nouveau traité
de protectorat. Il n'a plus été par la suite qu'un instrument aux mains
des agents de l'I.B.E.A., puis des représentants du gouvernement britannique
(substitué à la compagnie le 19 juin 1894,
à la suite de la rébellion des musulmans, de concert avec les Soudanais
du cap Macdonald, en 1893).
Le Buganda n'en disparaîtra pas pour autant. Et l'on peut même relever
pour l'anecdote, qu'après l'accession à l'indépendance de l'Ouganda,
en 1962, sont premier président élu
ne sera autre que le dernier kabaka du Buganda, Mutesa II (Mutexi Luwangula
Mutesa)...
Sur les bords du lac Tanganyika. Les États Hima.
Les sources du Nil - Le Nil proprement dit démarre à Jinja, sur la rive nord du lac Victoria. Mais ce lac étant alimenté par diverses rivières, on considère en général que les sources du Nil se situent plutôt à la source de la plus longue d'entre elle, au Burundi. Il s'agit de la rivière Ruvubu, qui se prolonge par la Kagera, qui elle-même se jette dans le lac Victoria. La découverte des sources du Nil a été en Europe, et dans toute l'aire méditerranéenne, une interrogation récurrente depuis l'Antiquité. Elle n'a trouvé sa réponse qu'au XIXe siècle, en même temps que la connaissance de l'hydrographie du haut-Congo et du Zambèze, grâce à quelques missionnaires et explorateurs qui ont laissé leur nom dans l'histoire : David Linvingstone (1813-1873), John Stanley (1841- 1904), et surtout Richard Burton (1821-1890) et John Speke, mandatés par la Royal Geographical Society, dans le but explicite était bien cette découverte. C'est Speke (1827- 1864), finalement, qui atteindra le premier en 1858 la rive sud du lac Victoria, puis en 1862 le Buganda (A la fin du XIXe siècle, à la suite du partage colonial entre l'Allemagne et la Grande-Bretagne, le Rwanda et le Burundi sont devenus des colonies allemandes. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, ces deux pays (ainsi que le Tanganyika, lui aussi allemand) sont passés sous l'administration de la Socité des Nations. Celle-ci a ensuite délégué cette administration à la Belgique (l'adminsitration du Tanganyika revenant à la Grande-Bretagne). Les chefferies et tribus du Rift Les régions qui se situent sur les plateaux intérieurs de l'actuelle Tanzanie et du Kenya n'ont pas connu de véritable unité politique jusqu'au XXe siècle. On y rencontre seulement de petites entités. Entre les grands lacs et la mer on trouve plusieurs petits royaumes, Oukambani et Oumasat, Outeïta au pied du Kilimandjaro; plus au sud, des chefferies qui concluent à l'occasion - c'est-à-dire sous la pression de menaces extérieures (raids Galla, Masaï, Zimba, Kamba, etc) - des alliances entre elles, comme celle des Zaramo et les Shambaa au XVIIe siècle, qui s'érigent parfois en éphémères royaumes tel celui d'Ugweno fondé par les Pare du Nord à la fin du XVIe siècle, ou en confédérations plus ou moins lâches, comme celles de Hehé, poussés à l'union vers le milieu du XVIIIe siècle par la montée en puissance, au Sud, des Zulu (= Nguni septentrionaux), et de toutes façons se côtoient en menant des modes de vie parfois très opposés. Ainsi rencontre-t-on sur un espace, il est vrai assez étendu, une nébuleuse de groupes d'agriculteurs-éleveurs bantous, tels que les Nyamwezi et quelques autres (Kikuyu, Sukuma, Hehe, Makonde, etc.), aussi bien que des populations nomades d'éleveurs apparentées aux Nilotiques, telles que les Nandi et les Iraku, sans parler des Masaï dispersés sur le territoire le plus grand, et qui sont les plus célèbres. A la fin du XIXe siècle cette région a connu une succession de calamités naturelles (sécheresse, sauterelles) et d'épidémies : peste bovine (1890-1891), variole, trypanosomiase, qui ont affaibli ces populations au point de faciliter grandement l'implantation coloniale. Mais auparavant, elle aura été l'espace à travers lequel été tracées l'une des grandes routes commerciales entre les villes arabo-swahili de la côte et les royaumes de l'intérieur. Les Kamaba, puis le Buganda en contrôlent une au Nord, entre Mombasa et le pays Kikuyu, les Yao, au Sud en contrôlent une autre qui mène de Kilwa Kisiwani jusqu'au lac Malawi et au Katanga. La troisième est celle qui contourne la steppe Masaï et traverse, en passant par Tabora (= Kazeh, à l'époque), le pays Nyamwezi. A Tabora un relais est créé vers 1830. La route s'y sépare en deux itinéraires : l'un vers le Nord et le Buganda, l'autre vers Ujiji, sur la rive orientale du Tanganyika, qui devient un centre de diffusion vers tout le bassin du Haut-Congo. Tabora et Ujiji, où sont délégués des cadis venus d'Oman seront à la fois des pôles d'islamisation et les plaques tournantes du trafic caravanier (étoffes, perles, fil de laiton sont introduits en échange d'ivoire et d'esclaves). Ujiji sera également le point de départ de l'aventure d'un trafiquant arabo-swahili Hamed Ben Mohammed el-Murjebi ( = Tippu Tip) qui et fonde sur l'autre rive un petit royaume qu'il dirigera de 1870 à 1884... Les Nyamwezi.
Les Masai.
Guerriers Masaï. La société
politique masaï traditionnelle est structurée autour de compagnies de
guerriers, dont le chef est responsable des affaires civiles et militaires.
Les guerriers (elmoran) comprennent
des jeunes gens au-dessous de vingt-cinq ans; après la circoncision Au moment des troubles
qui ont agité la région, dans le deuxième tiers du du XIXe
siècle, on a décrit les Masaï comme
"la terreur de toute l'Afrique orientale"; ils n'ont, semble-t-il d'autre
occupation que le pillage. On évaluait alors leur nombre à 500 000. Ces
compagnies de guerriers s'associaient parfois pour former des tribus dans
lesquelles les tâches se partageaient entre guerriers et pasteurs. Quelques
unes ont survécu. Les Masaï sont ainsi divisés aujourd'hui en Arusha,
Ilmaasaï, Kwavi et Samburu. Les
Arusha sont devenus agriculteurs au début du XIXe
siècle.
Les traités conclus entre l'Angleterre et l'Allemagne dans les années 1890 ont partagé le pays des Masaï entre les sphères d'influence de ces deux puissances. Des stations anglaises ont été fondées le long de la Tana, dans l'Oukamboni, etc. Une ligne télégraphique a été installée de Mombasa à l'Ouganda. La construction d'un chemin de fer entre Mombasa et le lac Victoria a été décidée; le trajet en a été fixé par les travaux des capitaines Macdonald, Pringle, etc. (1892). Les Masaï ont peu à peu pris l'habitude de laisser passer les caravanes sans les molester. Quelques chefs ont conclu des traités avec le gouvernement britannique. Les Yao et leurs
voisins.
Femmes du Tankanyika, vers 1920.
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