|
|
| . |
|
||||||
|
L'Empire Moghol env. 1526–1857 |
| L'Empire
moghol, une puissance musulmane qui a régné sur la majeure partie
du sous-continent indien du début du XVIe
siècle au milieu du XIXe siècle, représente
une période de splendeur artistique, architecturale et administrative
sans précédent, ainsi qu'une ère de profondes transformations culturelles
et politiques de l'Inde.
Histoire.
Son fils, Humâyûn (Houmayoun), est le premier Grand Moghol, mais son règne fut marqué par l'instabilité. Il fut chassé d'Inde par l'Afghan Sher Shah Suri, un chef militaire brillant qui établit une administration efficace pendant son court règne. Humâyûn passa quinze ans en exil à la cour de Perse, où il fut profondément influencé par la culture locale. Avec l'aide du chah de Perse, il réussit finalement à reconquérir Delhi en 1555, mais il mourut peu de temps après, laissant le trône à son jeune fils, Akbar. C'est sous le règne d'Akbar, de 1556 à 1605, que l'Empire moghol atteignit sa véritable grandeur. Considéré comme le plus grand des empereurs moghols, Akbar consolida et étendit l'empire par des conquêtes militaires incessantes, soumettant la quasi-totalité du nord de l'Inde et une partie du Deccan. Mais sa renommée repose surtout sur ses réformes administratives et sa politique de tolérance religieuse. Il mit en place un système administratif centralisé, le mansabdari, qui organisait la noblesse et l'armée. Conscient de la diversité religieuse de ses sujets, Akbar promut une politique d'inclusion. Il abolit la jizya, l'impôt prélevé sur les non-musulmans, et encouragea les débats théologiques entre représentants de différentes religions (musulmans, hindous, jaïns, chrétiens et zoroastriens) dans sa Maison de l'Adoration (Ibadat Khana). Il alla même jusqu'à promulguer une nouvelle foi syncrétique, le Din-i-Ilahi (la foi divine), qui, bien que n'ayant eu que peu d'adeptes, témoignait de sa quête d'harmonie. Le règne de son fils, Jahangir (1605-1627), et de son petit-fils, Shah Jahan (1628-1658), est souvent considéré comme l'âge d'or de l'art et de l'architecture moghols. Jahangir était un mécène passionné de peinture, et les miniatures mogholes atteignirent leur apogée sous son patronage. Shah Jahan, quant à lui, fut l'un des plus grands bâtisseurs de l'histoire. Son règne vit la construction de monuments emblématiques tels que le Fort Rouge et la mosquée Jama Masjid à Delhi. Son oeuvre la plus célèbre reste le Taj Mahal à Agra, un mausolée construit pour son épouse Mumtaz Mahal. Cette période de faste culturel fut cependant financée par une lourde taxation qui pesait sur la paysannerie. La succession de Shah Jahan fut marquée par une guerre fratricide sanglante, dont son troisième fils, Aurangzeb, sortit victorieux. Le règne d'Aurangzeb (1658-1707) correspondit à la fois à l'apogée territoriale de l'empire et au début de son déclin. Musulman orthodoxe et rigoriste, Aurangzeb renversa la politique de tolérance de ses prédécesseurs. Il réinstaura la jizya, détruisit de nombreux temples hindous et persécuta les sikhs. Sa politique religieuse aliéna une grande partie de la population hindoue, notamment les Marathes et les Rajputs, provoquant des révoltes incessantes. Il passa la majeure partie de son long règne à mener des campagnes militaires coûteuses dans le Deccan pour tenter de soumettre les Marathes, ce qui épuisa le trésor impérial et affaiblit l'armée. À sa mort en 1707, l'empire était plus vaste que jamais, mais il était également profondément divisé et financièrement exsangue. Après Aurangzeb, l'empire entra dans une phase de déclin terminal. Le pouvoir central s'affaiblit au profit de gouverneurs de province qui devinrent de facto des dirigeants indépendants. Des puissances régionales, notamment les Marathes, les Sikhs et les Nizams d'Hyderabad, grignotèrent le territoire moghol. Les invasions étrangères, comme celle du Persan Nader Shah qui pilla Delhi en 1739, portèrent des coups dévastateurs au prestige et à l'autorité de l'empereur. Les compagnies commerciales européennes, à commencer par la Compagnie britannique des Indes orientales, profitèrent de ce chaos pour étendre leur influence politique et militaire. Les empereurs moghols qui suivirent furent réduits au rôle de souverains titulaires, contrôlant à peine plus que la ville de Delhi. Le coup de grâce fut porté par la révolte des Cipayes en 1857. Les Britanniques accusèrent le dernier empereur moghol, Bahadur Shah II, d'en être l'un des instigateurs. Il fut jugé, exilé en Birmanie et la Compagnie britannique des Indes orientales fut dissoute, l'Inde passant directement sous l'autorité de la Couronne britannique. C'est ainsi que prit fin, en 1858, l'histoire de l'Empire moghol. Civilisation.
Littérature.
Arts. Architecture.
La littérature moghole
se distingue par son bilinguisme : le persan,
langue de la cour et de l'administration, reste dominant, tandis que l'ourdou
émerge comme langue vernaculaire de culture. La poésie
persane y connaît un âge d'or, avec des formes classiques comme le
ghazal
et le masnavi, utilisées pour chanter l'amour, la mystique ou le
panégyrique impérial. Les empereurs eux-mêmes, comme Bâbur avec ses
Mémoires
(le Bâburnama), participent à cette tradition littéraire. Sous
Akbar, une vaste entreprise de traduction en persan des grands textes sanscrits
est lancée : le Mahabharata En peinture, la miniature moghole constitue une forme emblématique. Apparue sous Humâyûn mais développée surtout sous Akbar, elle est le fruit d'une fusion entre les traditions persanes safavides et les styles rajpoutes indiens. Ces oeuvres, ordinairement destinées à illustrer des manuscrits ou à constituer des albums de cour, témoignent d'une grande finesse d'exécution. Les sujets étaient variés : récits épiques comme le Hamzanama, portraits d'empereurs, scènes de chasse ou représentations de la vie de cour. Sous Jahângîr, la peinture moghole, influencée par les gravures européennes introduites à la cour impériale, s'imprègne davantage d'un goût pour la précision naturaliste. Elle privilégie les portraits individualisés, la représentation d'animaux et les scènes de nature, dans une composition plus libre et aérée. L'architecture moghole est probablement l'expression la plus célèbre de cet art impérial, grâce à ses monuments somptueux alliant grandeur, symétrie et décoration complexe. Elle trouve ses fondements dans l'architecture persane et timouride, mais se nourrit également des savoir-faire indiens. Les édifices sont souvent érigés en grès rouge ou en marbre blanc, ornés de motifs géométriques, floraux, et calligraphiques, incrustés de pierres semi-précieuses. L'usage du dôme bulbeux, du pishtaq (portail monumental) et du jardin charbagh à quatre canaux symbolisant le paradis islamique devient une signature moghole. Sous Akbar, les complexes impériaux de Fatehpur Sikri témoignent d'un style hybride, avec des éléments hindous, jaïns et musulmans entremêlés, traduisant l'ambition d'universalité de son règne. L'architecture religieuse connaît une expansion avec la mosquée Jama Masjid de Delhi. Sous Shah Jahan, elle atteint un sommet de raffinement, illustré par le célèbre Taj Mahal, mausolée érigé en mémoire de son épouse Mumtaz Mahal. Ce chef-d'oeuvre mêle harmonie des proportions, lyrisme esthétique et symbolisme funéraire, devenant l'icône même de l'Inde moghole. D'autres structures comme le Fort Rouge d'Agra ou le palais de Lahore reflètent également cette apogée stylistique. Les arts décoratifs moghols, notamment la joaillerie, les textiles brodés, les objets en jade, les armes damasquinées et les reliures précieuses, complètent ce panorama raffiné. Ils illustrent le goût d'une aristocratie cosmopolite pour les objets luxueux, où se croisent artisans venus d'Iran, d'Asie centrale, du Cachemire ou du Gujarat. Sciences.
Techniques.
Les savoirs médicaux connurent un essor remarquable à travers deux grandes traditions : l'Unani (médecine gréco-arabe) et l'Ayurveda. L'Unani était privilégiée à la cour impériale et s'appuyait sur des textes de Galien et d'Hippocrate, traduits et enrichis par des médecins persans. De nombreux hôpitaux (darush-shifa) furent fondés dans les villes mogholes, notamment sous Akbar et Shah Jahan. Ces institutions servaient à la fois de centres de soin et d'enseignement. Des textes médicaux furent traduits en persan, et des pharmacopées furent compilées, mêlant ingrédients indiens et arabes. Parallèlement, l'Ayurveda continua d'être pratiquée parmi les communautés hindoues, souvent en dialogue avec la médecine Unani. En astronomie, la tradition indo-persane fut florissante. Les observatoires impériaux établis sous Humâyûn puis, plus systématiquement, sous Jahangir et Shah Jahan, reflétaient un intérêt constant pour les calculs célestes. Des tables astronomiques furent élaborées à partir des travaux arabo-musulmans, indiens et même européens. Sous Muhammad Shah, l'empereur moghol au XVIIIe siècle, l'astronome Jai Singh II fonda plusieurs observatoires monumentaux (jantar mantars) à Delhi, Jaipur, Ujjain, Varanasi et Mathura. Ces installations étaient utilisées pour mesurer les positions des astres, prédire les éclipses, et réguler les calendriers lunaires et solaires. Les instruments utilisés, comme les cadrans géants et les sextants muraux, témoignaient d'une connaissance avancée de la géométrie appliquée. Les mathématiques continuaient d'être développées, particulièrement dans leur application à la comptabilité, la fiscalité et l'architecture. Les fonctionnaires moghols utilisaient des systèmes complexes de notation pour les taxes foncières, qui nécessitaient des connaissances arithmétiques précises. Des méthodes de mesure de surface, de conversion de poids et d'analyse quantitative furent utilisées à grande échelle dans l'administration. Certains traités techniques en persan abordaient également la géométrie pratique, notamment pour les tracés architecturaux. L'hydraulique et les techniques de gestion de l'eau furent très importantes dans un empire qui s'étendait sur des zones très variées climatiquement. Les Moghols développèrent des jardins-palais irrigués (charbagh), des qanâts (galeries drainantes d'origine perse), des barrages et des canaux, particulièrement dans le Pendjab et le nord de l'Inde. Les techniques de captation, stockage et distribution de l'eau furent affinées au service de l'agriculture et de l'embellissement urbain. Les réservoirs souterrains, les puits à degrés et les réseaux de fontaines témoignent d'un raffinement technique exceptionnel. En architecture, la période moghole brille par sa maîtrise des sciences de l'ingénierie. Des édifices comme le Taj Mahal, le Fort Rouge ou la mosquée Jama Masjid combinent esthétique, acoustique, symétrie géométrique et innovation technique. La précision dans le calcul des charges, la distribution du poids dans les dômes, l'usage de la voûte en ogive, l'introduction du marbre incrusté, et les techniques de ventilation naturelle démontrent une compréhension empirique des principes physiques appliqués à grande échelle. La métallurgie et l'artisanat connurent également un âge d'or. Le travail du fer, de l'acier damassé, du cuivre, de l'argent et de l'or atteignit un haut niveau de précision. Des armes comme les tulwars (sabres), les canons moulés, et les armures gravées témoignent d'un savoir-faire autant militaire qu'artistique. La fabrication d'instruments scientifiques, tels que les astrolabes moghols, faits souvent en laiton finement ciselé, est un autre exemple de cette fusion entre utilité technique et raffinement décoratif. Enfin, l'arrivée des Européens (Portugais, Hollandais, puis Britanniques et Français) introduisit de nouvelles techniques, notamment en cartographie, navigation, imprimerie, et sciences naturelles. Des échanges intellectuels eurent lieu dans les grandes cours impériales. Sous Akbar et Jahangir, les missionnaires jésuites apportèrent des ouvrages européens sur l'astronomie et la géographie, parfois traduits ou annotés dans les milieux érudits. Des instruments comme les globes terrestres et les horloges mécaniques firent leur apparition, suscitant intérêt et imitation. Administration,
économie.
Le mansabdari est un système de hiérarchisation des dignitaires de l'empire, basé sur un classement numérique (mansab) déterminant leur rang, leur solde, leurs obligations militaires et leur position à la cour. Les titulaires de ces grades, appelés mansabdars, sont rémunérés soit en espèces, soit par la jouissance d'un territoire fiscal (jagir) dont ils prélèvent les revenus. Ce système assure à la fois la loyauté des élites et la mobilisation rapide d'une armée en cas de conflit. L'un des aspects innovants du régime est le contrôle régulier exercé par le centre impérial sur les finances et les affectations des jagirs, ce qui empêche la constitution de féodalités autonomes. Les finances impériales reposent sur une fiscalité agricole rationalisée, codifiée notamment sous Akbar par son ministre Todar Mal. Le système de perception des impôts, connu sous le nom de zabt, repose sur une estimation systématique des terres, de leur fertilité, et de leur rendement moyen sur plusieurs années. Chaque parcelle cultivée est mesurée, classée et soumise à un impôt calculé en proportion de la production, payé en espèces ou en nature. Ce système contribue à la stabilisation des recettes de l'État, à l'incitation à la culture intensive, et à la surveillance des élites locales. L'économie moghole est majoritairement agraire. L'agriculture constitue la base de la richesse de l'empire, soutenue par un vaste réseau d'irrigation, de canaux, de puits et de réservoirs. Les principales cultures comprennent le blé, l'orge, le riz, le millet, le coton, le sucre, les légumineuses et les épices. Certaines cultures commerciales, comme l'indigo, le tabac ou l'opium, prennent de l'importance à partir du XVIIe siècle, avec la croissance du commerce intérieur et extérieur. Les artisans jouent également un rôle clé dans l'économie urbaine, notamment dans les textiles de coton, la soie, la broderie, la céramique, la métallurgie et la joaillerie. Les centres urbains comme Delhi, Agra, Lahore, Fatehpur-Sikri ou Hyderabad deviennent de grands pôles économiques. Ils attirent les commerçants, artisans, fonctionnaires et intellectuels. Le développement d'un réseau d'échanges soutenu par des routes sûres, des relais postaux (dak chowkis), et des infrastructures urbaines favorise l'intégration économique du sous-continent. Le commerce extérieur moghol s'intensifie grâce à la demande européenne croissante pour les produits indiens, notamment les tissus de coton, les épices, et les pierres précieuses. Des ports comme Surat, Masulipatnam, et Hooghly deviennent des plaques tournantes pour les échanges avec les Européens – Portugais, Hollandais, Anglais et Français. Les Moghols n'ont pas une politique maritime expansionniste, mais ils tolèrent les comptoirs étrangers moyennant des taxes, tout en contrôlant l'accès à certains produits stratégiques. La monnaie est un instrument essentiel de l'économie impériale. Le système monétaire moghol repose sur une frappe centralisée, avec des pièces d'or (mohur), d'argent (rupee) et de cuivre (dam). La stabilité monétaire et la confiance dans la monnaie impériale stimulent les échanges à travers tout l'empire, permettant une monétisation avancée de l'économie rurale comme urbaine. Malgré cette sophistication, l'économie moghole reste vulnérable aux fluctuations climatiques, aux famines, et à la pression fiscale. À partir de la fin du XVIIe siècle, sous Aurangzeb, le coût des guerres de conquête, l'extension excessive du système des jagirs, et la surimposition de certaines régions provoquent des déséquilibres économiques, une baisse de productivité et des soulèvements ruraux. La décentralisation croissante, l'émergence de pouvoirs régionaux et la concurrence des compagnies européennes annoncent alors le déclin progressif de l'économie impériale. |
| . |
|
|
|
||||||||
|