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Les lanthanides
Les terres rares
On nomme lanthanides ou terres rares une série de quatorze éléments chimiques, listés ici dans l'ordre de leurs numéros atomiques : cérium (Ce), praséodyme (Pr), néodyme (Nd), prométhium (Pm), samarium (Sm), europium (Eu), gadolinium (Gd), terbium (Tb), dysprosium (Dy), holmium (Ho), erbium (Er), thulium (Tm), ytterbium (Yb), et lutécium (Lu). Le lanthane (La), qui donne son nom à ce groupe d'éléments, n'y est pas ordinairement rangé; il sera toutefois étudié dans cette page pour des raisons de commodité.
Le nom de terre rares appliquĂ© aux lanthanides vient de ce que, au sens de la chimie du XVIIIe siècle Ă©poque de leurs premières dĂ©couvertes, une "terre" est un oxyde rĂ©fractaire que le feu ne rĂ©duit pas; l'adjectif "rares", quant Ă  lui tient Ă  la raretĂ© des minĂ©raux d'oĂą ces oxydes sont tirĂ©s et Ă  la difficultĂ© de les isoler, non Ă  l'abondance crustale : le cĂ©rium, par exemple, est plus abondant dans l'Ă©corce terrestre que le cuivre. 
Les lanthanides ont des propriétés chimiques et physiques très semblables en raison de leur configuration électronique similaire. Ils sont utilisés dans l'industrie pour leurs propriétés magnétiques, optiques et catalytiques. Par exemple, le néodyme est utilisé dans la fabrication d'aimants puissants, le cérium est utilisé dans les catalyseurs automobiles et l'europium est utilisé dans les écrans à cristaux liquides. Il convient de noter que le prométhium (Pm) est le seul des lanthanides dont tous les isotopes sont radioactifs. Les autres lanthanides peuvent exister sous forme d'isotopes stables ou radiocatifs.
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​Lanthane (symbole : La).
Le lanthane est un métal rare, mou, argenté et malléable, qui se trouve naturellement dans la monazite et surtout la bastnäsite. Il en existe deux isotopes naturels, le lanthane-139 (stable) et le lanthane-138 (radiactif de demi-vie 1010-1015 ans). C'est un élément relativement réactif, surtout lorsqu'il est exposé à l'air et à l'eau, car il forme rapidement une couche d'oxyde qui le protège de la corrosion.
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Lanthane (La)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
57
138,91
3470*
920
8,17*
(Xe)5d16s2
3

Le lanthane est  principalement utilisĂ© comme catalyseur dans le craquage du pĂ©trole brut,  dans les catalyseurs pour la dĂ©pollution des gaz d'Ă©chappement, et dans les batteries au nickel-mĂ©tal hydrure (NiMH). Il est Ă©galement prĂ©sent dans certains alliages utilisĂ©s dans l'industrie aĂ©rospatiale. Le lanthane et ses composĂ©s sont employĂ©s notamment en mĂ©tallurgie pour amĂ©liorer la rĂ©sistance et la ductilitĂ© de l'acier. Les composĂ©s du lanthane ont encore bien d'autres usages : le chlorure de lanthane (LaCl3) est largement utilisĂ© dans la recherche en chimie et en physique comme source de ions lanthane (La3+); l'oxyde de lanthane (La2O3) est un composĂ© solide utilisĂ© comme matĂ©riau de revĂŞtement pour les Ă©lectrodes dans certains dispositifs Ă©lectroniques et optiques; le nitrate de lanthane (La(NO3)3) et le phosphate de lanthane (LaPO4),sont  parfois utilisĂ© dans la production de cĂ©ramiques, de verres spĂ©ciaux et de matĂ©riaux de revĂŞtement; le fluorure de lanthane (LaF3) est souvent utilisĂ© comme matĂ©riau de revĂŞtement optique en raison de ses propriĂ©tĂ©s optiques spĂ©ciales; le silicate de lanthane (La2SiO5) est un matĂ©riau luminescent utilisĂ© dans les applications optiques et dans la fabrication de certaines lampes fluorescentes.

CĂ©rium (Ce). 
Le cĂ©rium est un mĂ©tal, argentĂ©, mou et rĂ©actif. C'est le plus abondant des lanthanides et se trouve dans la nature en quantitĂ©s significatives.  Il se trouve notamment dans la cĂ©rinite, la bastnäsite, l'apatite, l'allanite et surtout la monazite qui est l'une des principales sources commerciales de cĂ©rium. Sur les quinze isotopes identifiĂ©s, on en connaĂ®t quatre  naturels :  le cĂ©rium-136, le Ce-138, le Ce -140 et le Ce-142. 
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Cérium (Ce)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
58
140,12
3468*
795
6,67*
(Xe)4f15d16s2
3, 4

Le cĂ©rium est utilisĂ© comme rĂ©actif dans de nombreuses rĂ©actions chimiques, notamment comme catalyseur dans l'industrie pĂ©trochimique pour le craquage catalytique. Il est Ă©galement utilisĂ© dans la production de certaines alliages mĂ©talliques (aluminium, fer), pour amĂ©liorer leurs propriĂ©tĂ©s mĂ©caniques et leur rĂ©sistance Ă  la corrosion. 

Cet Ă©lĂ©ment  prĂ©sente deux Ă©tats d'oxydation principaux, Ce3+ (cĂ©rium trivalent) et Ce4+ (cĂ©rium quadrivalent). Parmi les coposĂ©s du cĂ©rium, on peut mentionner :  Le chlorure de cĂ©rium (CeCl3), le sulfate de cĂ©rium (Ce(SO4)2), le nitrate de cĂ©rium (Ce(NO3)4) et le fluorure de cĂ©rium (CeF4), ou encore l'oxyde de cĂ©rium (CeO2), largement utilisĂ© comme catalyseur dans diverses rĂ©actions chimiques et comme matĂ©riau de polissage pour les verres optiques et les cĂ©ramiques. Le cĂ©rium est aussi prĂ©sent dans le mischmĂ©tal, un alliage de diverses terres rares et contenant 25 % de cĂ©rium, et qui est utilisĂ© pour la fabrication de pierres Ă  briquet. 

Praséodyme (Pr).
Le prasĂ©odyme se trouve naturellement dans  la monazite, la bastnäsite et l'apatite, notamment. La monazite est l'une des principales sources commerciales de prĂ©sĂ©odyme.  Il  est relativement rĂ©actif avec l'oxygène et l'eau, formant une couche d'oxyde Ă  sa surface. Le seul isotope naturel est le prasĂ©odyme 141, qui n'est pas radioactif; cependant, quatorze radio-isotopes ont Ă©tĂ© synthĂ©tisĂ©s.
 

Praséodyme (Pr)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
59
140,907
31,27*
935
6,77*
(Xe)4f35d06s2
3, 4

Comme d'autres lanthanides, il est souvent trouvé sous forme d'ions Pr3+ dans ses composés, notamment des halogénures (comme le chlorure de préséodyme, PrCl3), des oxydes (comme l'oxyde de préséodyme, Pr2O3), des nitrates, des sulfates, et d'autres sels.

Le praséodyme est principalement utilisé comme composant dans les alliages métalliques (notamment les alliages de l'aluminium et du magnésium),; on le rencontre également, à hauteur de 5% dans le mischmétal, un alliage de terres rares. Un autre mélange de terres rares contenant 30 % de praséodyme est utilisé comme catalyseur dans le craquage du pétrole brut.. Il est par ailleurs utilisé comme colorant dans certains verres et émaux, donnant des teintes jaunes et vertes à ces matériaux. Enfin, le préaéodyme peut être employé comme matériau de contrôle neutronique dans certains réacteurs nucléaires.

Néodyme (Nd).
Le nĂ©odyme est le deuxième des lanthanides le plus abondant dans la croĂ»te terrestre après le cĂ©rium. On le trouve notamment la monazite, la bastnäsite et l'apatite.  Ses sept isotopes naturels sont tous stables, Ă  l'exception du nĂ©odyme 144, qui est lĂ©gèrement radioactif (demi-vie de 1010 Ă  1015 ans). Sept autres radio-isotopes artificiels ont Ă©tĂ© produits. 
 

Néodyme (Nd)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
60
144,24
3027*
1024
7,00*
(Xe)4f45d06s2
3

Le néodyme peut former notamment des chlorures (comme le chlorure de néodyme, NdCl3), des oxydes (comme l'oxyde de néodyme, Nd2O3), des sulfates, des nitrates, des carbonates, etc. Il peut réagir rapidement avec l'oxygène et l'eau pour former une couche d'oxyde à sa surface.

Cet élément est remarquable pour ses propriétés magnétiques et est largement utilisé dans la fabrication d'aimants permanents extrêmement puissants et compacts, connus sous le nom d'aimants au néodyme-fer-bore (NdFeB). Le néodyme est également utilisé comme élément actif dans certains lasers, notamment les lasers solides à base de grenat d'yttrium et d'aluminium dopé au néodyme (Nd:YAG). Le néodyme est également utilisé dans l'industrie verrière pour la coloration des verres, en particulier pour produire des verres de couleur violet-rose. Il a des applications en métallurgie, notamment dans la fabrication d'alliages spéciaux et de matériaux à haute performance.

Prométhium (Pm).
Le promĂ©thium, rare dans la nature, se trouve principalement sous forme de trace dans certains minĂ©raux contenant d'autres terres rares. Le seul isotope naturel, le promĂ©thium-147, a une demi-vie de seulement 2,52 ans. Dix-huit autres radio-isotopes ont Ă©tĂ© produits (gĂ©nĂ©ralement en bombardant un isotope stable de nĂ©odyme (Nd-142) avec des neutrons dans un rĂ©acteur nuclĂ©aire), mais ils ont des demi-vies très courtes. 
 

Prométhium (Pm)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
61
147
-*
1027
-*
(Xe)4f55d06s2
3

Il a Ă©tĂ© utilisĂ© dans des dispositifs d'Ă©clairage, tels que des cadrans lumineux pour les montres et les instruments, avant que des alternatives moins radioactives ne soient dĂ©veloppĂ©es. Le promĂ©thium-147 est intĂ©ressant en tant que source d'Ă©nergie Ă  dĂ©sintĂ©gration bĂŞta. Mais en raison de cette mĂŞme radioactivitĂ© et de sa disponibilitĂ© très rĂ©duite, le promĂ©thium a des applications limitĂ©es. 

Samarium(Sm).
Le samarium est un mĂ©tal argentĂ©, mou et relativement rĂ©actif. Il est prĂ©sent dans la nature, notamment dans la monazite et la bastnäsite, sous forme de mĂ©lange d'isotopes tous stables (le plus abondant Ă©tant le Sm-152) Ă  l'exception du Sm-147, qui est faiblement radioactif (demi-vie de 2,5.1011 ans). Son oxyde se trouve associĂ© Ă  celui du didyme dans la samarskite.  Il peut rĂ©agir avec l'oxygène et l'eau pour former une couche d'oxyde protectrice Ă  sa surface.
 

Samarium (Sm)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique**
Degrés d'oxydation
62
150,35
1900*
1072
7,54*
(Xe)4f65d06s2
3, 2

Le samarium est utilisĂ© dans la fabrication d'aimants permanents très puissants. Les composĂ©s de samarium sont Ă©galement utilisĂ©s en chimie organique. L'oxyde de samarium (Sm2O3) est utilisĂ© dans la fabrication de verres optiques spĂ©ciaux, tels que des verres Ă  filtre infrarouge et de catalyseurs. Le chlorure de samarium (SmCl3) est utilisĂ© en chimie organique comme catalyseur. Le  sulfate de samarium (Sm2(SO4)3) est un sel utilisĂ© dans certaines applications chimiques et industrielles. Le fluorure de samarium (SmF3) :est utilisĂ© dans des applications optiques et Ă©lectrochimiques.Les nitrates de samarium  (comme Sm(NO3)3) peuvent ĂŞtre utilisĂ©s comme prĂ©curseurs dans la synthèse de divers composĂ©s et matĂ©riaux.Le samarium peut Ă©galement former des composĂ©s organomĂ©talliques avec des ligands organiques. Ces composĂ©s sont parfois utilisĂ©s en chimie organique de synthèse.

Europium (Eu).
L'europium se trouve notamment dans la monazite, la bastnäsite et la gadolinite. Cependant, il n'est pas prĂ©sent en quantitĂ©s significatives dans ces minĂ©raux. Deux isotopes stables,l'europium-151 et l'europium-153, sont des absorbeurs de neutrons. 

Il est principalement utilisĂ© dans l'industrie de l'Ă©lectronique et de l'Ă©clairage pour sa capacitĂ© Ă  Ă©mettre une lumière vive et fluorescente lorsqu'il est excitĂ©.  Il est utilisĂ© dans la fabrication de dispositifs d'affichage, notamment les Ă©crans luminescents et les Ă©crans Ă  plasma. Ses composĂ©s sont souvent utilisĂ©s pour produire des lumières fluorescentes, des Ă©crans d'ordinateur et des Ă©crans de tĂ©lĂ©vision.
 

Europium (Eu)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
63
151,96
1439*
826
5,26*
(Xe)4f75d06s2
3, 2

L'europium peut former des ions Eu2+ et Eu3+ dans ses composĂ©s, en perdant deux ou trois Ă©lectrons, respectivement.  Parmi ses composĂ©s, des oxydes, des sels, des halogĂ©nures et des chalcogĂ©nures. Exemples : l'oxyde d'europium (Eu2O3), utilisĂ© dans la fabrication de luminophores pour les Ă©crans luminescents, le chlorure d'europium (EuCl3), utilisĂ© comme phosphore dans les Ă©crans Ă  tubes cathodiques et dans les lampes fluorescentes, le sulfate d'europium (Eu2(SO4)3, tilisĂ© dans la production de luminophores; l'oxychlorure d'europium (EuOCl), utilisĂ© dans les Ă©crans luminescents, etc. Certains complexes organomĂ©talliques d'europium ont aussi des propriĂ©tĂ©s luminescentes et sont utilisĂ©s en recherche et en Ă©lectronique. 

Gadolinium (Gd).
Le gadolinium est un mĂ©tal argentĂ©, mou et rĂ©actif. C'est est un Ă©lĂ©ment relativement abondant dans la croĂ»te terrestre et possède plusieurs isotopes stables. Il se trouve naturellement dans la gadolinite, la monazite, la bastnäsite, la xenotime et dans les rĂ©sidus de minerais d'uranium. La gadolinite est le minĂ©ral qui a donnĂ© son nom Ă  l'Ă©lĂ©ment. On en cobbaĂ®t sept isotopes naturels stables et onze isotopes artificiels. 
 

Gadolinium (Gd)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
64
157,25
3000*
1312
7,89*
(Xe)4f75d16s2
3

Deux des isotopes naturels (Gd-155 et Gd-157), sont les meilleurs absorbeurs de neutrons de tous les Ă©lĂ©ments, ce qui les rend utiles sous forme d'oxyde (Gd2O3) ou de nitrate de gadolinium (Gd(NO3)3), dans les rĂ©acteurs nuclĂ©aires (barres de contrĂ´le) pour la modĂ©ration de la rĂ©activitĂ© neutronique. Il possède par ailleurs des propriĂ©tĂ©s magnĂ©tiques importantes qui le font  employer dans les alliages ferromagnĂ©tiques (avec le cobalt, le cuivre, le fer et le cĂ©rium) et  trouver une utilitĂ© dans la fabrication d'agents de contraste pour l'imagerie par rĂ©sonance magnĂ©tique (IRM) en mĂ©decine. Il est Ă©galement utilisĂ© dans la fabrication de matĂ©riaux pour les domaines de l'Ă©lectronique, de la mĂ©tallurgie et de l'optique, notamment dans les verres spĂ©ciaux et les phosphores utilisĂ©s dans les Ă©crans cathodiques.

Parmi les composés du gadolinium on mentionnera, outre l'oxyde et le nitrate de gadolinium : le chlorure de gadolinium (GdCl3) utilisé dans la recherche chimique et en électrochimie, et certains complexes organométalliques, qui ont des propriétés magnétiques intéressantes.

Terbium(Tb).
Le terbium est un métal argenté, mou et réactif, qui se trouve notamment dans la gadolinite, l'apatite; la monazite, la bastnäsite et la xénotime. Il n'existe qu'un seul isotope naturel, le terbium-159, qui est stable. Dix-sept isotopes artificiels ont été produits.
 

Terbium (Tb)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
65
158,924
2800*
1356
8,27*
(Xe)4f95d06s2
3, 4

Le terbium et ses composĂ©s sont utilisĂ©s dans l'industrie Ă©lectronique  comme dopant dans les dispositifs semi-conducteurs, ou,  en raison de ses propriĂ©tĂ©s luminescentes, pour la fabrication d'Ă©crans cathodiques, de lasers et d'autres composants optoĂ©lectronique..  Il a aussi des applications en mĂ©tallurgie, en particulier dans la production d'alliages spĂ©ciaux. Le terbium est par ailleurs l'un des Ă©lĂ©ments de la sĂ©rie des lanthanides qui possède la plus grande capacitĂ© d'absorption des neutrons, ce qui le rend utile dans les matĂ©riaux de contrĂ´le neutronique dans les rĂ©acteurs nuclĂ©aires. 

Dysprosium (Dy).
Le dysprosium est un métal argenté, mou et réactif, qui se rencontre naturellement dans la gadolinite, la monazite, l'apatite, la bastnäsite et la xénotime, dont il est extrait par un processus d'échange d'ions. Il existe sept isotopes naturels et douze isotopes artificiels ont été identifiés.
 

Dysprosium (Dy)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
66
162,50
2600*
1407
8,54*
(Xe)4f105d06s2
3

L'utilisation la plus courante du dysprosium est dans la fabrication d'aimants permanents, employĂ©s dans les domaines de l'industrie automobile, de l'Ă©lectronique et de l'Ă©nergie Ă©olienne, en particulier dans les aimants nĂ©odyme-fer-bore (NdFeB), oĂą le dysprosium est ajoutĂ© pour amĂ©liorer les propriĂ©tĂ©s magnĂ©tiques des aimants.  Il est Ă©galement utilisĂ© dans les alliages mĂ©talliques (s'aluminium et de magnĂ©sium notamment) pour amĂ©liorer les propriĂ©tĂ©s mĂ©canique. Le dysprosium est parfois utilisĂ© en alliage dans les rĂ©acteurs nuclĂ©aires comme matĂ©riau absorbant les neutrons.

Holmium (Ho).
L'holmium se trouve principalement, mais en faibles quantitĂ©s, dans  l'apatite, le xĂ©notime et certains autres minĂ©raux de terres rares (gadolinite, monazite, bastnäsite).  Il existe un isotope naturel, l'holmium-165; dix-huit isotopes artificiels ont Ă©tĂ© produits. 
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Holmium (Ho)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
67
164,930
2600*
1461
8,80*
(Xe)4f115d06s2
3

L'holmium est principalement utilisé à des fins de recherche et dans des applications spécialisées en raison de sa rareté et de son coût élevé. Il a des propriétés magnétiques importantes, ce qui en fait un élément clé dans la recherche sur les aimants et dans la production d'aimants spéciaux. Il est utilisé dans la recherche en physique pour étudier les propriétés magnétiques et électroniques des matériaux, en particulier dans les matériaux magnétiques. Dans le domaine médical, l'holmium est parfois utilisé comme traceur dans les études de tomographie par émission de positrons (TEP) et en imagerie médicale.

Erbium (Er).
L'erbium est un mĂ©tal argentĂ©, mou et rĂ©actif, rencontrĂ© notamment dans la gadolinite, la monazite, la bastnäsite,  l'apatite, et la xenotime. Il existe six isotopes naturels stables et douze isotopes artificiels.
 

Erbium (Er)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
68
167,26
2900*
1497
9,05*
(Xe)4f125d06s2
3

L'erbium possède une  capacitĂ© Ă  absorber et Ă©mettre de la lumière dans la gamme de longueurs d'onde des infrarouges. L'une des utilisations les plus courantes de l'erbium et de ses composĂ©s est dans la fabrication de lasers dopĂ©s Ă  l'erbium, qui sont utilisĂ©s dans la communication optique Ă  haute vitesse, notamment dans les fibres optiques pour les rĂ©seaux de tĂ©lĂ©communications. Il peut ĂŞtre utilisĂ© comme traceur dans la recherche mĂ©dicale, notamment pour suivre la distribution des mĂ©dicaments dans le corps humain, et on l'emploi aussi. dans les alliages pour la technologie nuclĂ©aire car c'est un absorbeur de neutrons.

Thulium (Tm).
Le thulium est un métal mou, gris et malléable. Il se trouve généralement associé à d'autres lanthanides dans l'apatite et le xénotime. Il existe un isotope naturel, le thulium-169, et dix-sept isotopes artificiels ont été produits.
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Thulium (Tm)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
69
168,934
1727*
1545
9,33*
(Xe)4f135d06s2
3, 2

Le thulium possède des propriĂ©tĂ©s magnĂ©tiques, mais il est Ă©galement utilisĂ© dans des applications optiques. On s'en sert notamment pour la production de sources radioactives pour la thĂ©rapie au thulium-170, ou comme traceur pour suivre la distribution de certains mĂ©dicaments dans le corps, mais il est principalement employĂ© Ă  des fins de recherche en laboratoire en raison de sa raretĂ© et de son coĂ»t Ă©levĂ©. 

Ytterbium (Yb).
L'ytterbium est un métal argenté mou, malléable et ductile. Il est relativement stable à l'air sec, mais peut réagir avec l'oxygène et l'humidité. Il est présent dans la gadolinite, la monazite et le xénotime, et se rencontre sous sa forme oxydée. On en connaît sept isotopes naturels et dix isotopes artificiels.
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Ytterbium (Yb)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
70
173,04
1427*
824
6,98*
(Xe)4f145d06s2
3, 2

Il est utilisé dans certains aciers. Ses propriétés magnétiques importantes le font employer dans la recherche en magnétisme et dans la fabrication d'aimants spéciaux. Les composés d'ytterbium sont utilisés notamment dans la production de sources radioactives pour l'imagerie médicale.

Lutécium (Lu).
Le lutĂ©cium est le moins abondant des Ă©lĂ©ments et les petites quantitĂ©s disponibles ont Ă©tĂ© obtenues en traitant d'autres mĂ©taux, issus en particulier de la  la monazite et de la xĂ©notime. 
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Lutécium (Lu)
Numéro atomique
Masse atomique (uma)
Point d'ébullition (°C)*
Point de fusion (°C)
Masse volumique (g/cm3)
Structure électronique*
Degrés d'oxydation
71
174,97
3327*
1652
9,84*
(Xe)4f145d16s2
3

Il existe plusieurs isotopes du lutécium. Deux sont naturels, le lutécium-175 (stable), qui est le plus abondant, et le lutécium-176, radioactif (demi-vie 2,2.1010 ans), qui peut être utilisé en datation radiométrique pour déterminer l'âge des roches et des minéraux.

Ajoutons que le lutĂ©cium est un Ă©lĂ©ment rĂ©actif mais relativement stable Ă  l'air et Ă  l'eau.  Les composĂ©s de lutĂ©cium sont principalement utilisĂ©s Ă  des fins de recherche en laboratoire,  en science des matĂ©riaux et en Ă©lectronique. L'Ă©lĂ©ment est utilisĂ© comme catalyseur. L'isotope artificiel de lutĂ©cium Lu-177 est utilisĂ© pour la thĂ©rapie nuclĂ©aire dans le traitement de certains types de cancer.

Histoire et industrie des terres rares

La découverte des terres rares.
L'histoire des terres rares commence en 1787, Ă  Ytterby, dans l'archipel de Stockholm, quandle lieutenant et chimiste amateur Carl Axel Arrhenius ramasse dans une carrière de feldspath un lourd minĂ©ral noir qu'il baptise ytterbite, avant que l'on ne le rebaptise gadolinite. En 1794, Johan Gadolin en extrait une "terre" nouvelle, l'yttria. En 1803, Klaproth, d'un cĂ´tĂ©, Berzelius et Hisinger, de l'autre, isolent indĂ©pendamment la cĂ©rine, tirĂ©e d'un minĂ©ral de la mine de Bastnäs, et la nomment d'après l'astĂ©roĂŻde CĂ©rès, dĂ©couvert deux ans plus tĂ´t. Ensuite, pendant près d'un siècle, les chimistes vont dĂ©couvrir de nouveaux Ă©lĂ©ments qui s'avèrent ĂŞtre des mĂ©langes de leurs voisins. 

Carl Gustaf Mosander, élève de Berzelius, scinde en 1839 la cérine en cérine et lanthane ("caché"), puis en 1841 isole un "didyme" ( = jumeau) censé accompagner le lanthane, et en 1843 il sépare l'yttria en trois fractions qui deviendront l'yttrium, l'erbium et le terbium, dont les noms sont d'ailleurs permutés par la suite, source d'une confusion durable. Les propriétés chimiques de ces éléments sont si proches, parce que leurs électrons de valence sont identiques et que seule la couche 4f profonde se remplit d'un élément à l'autre, que la chimie classique de la précipitation échoue presque toujours à les distinguer.

C'est la spectroscopie, outil de Bunsen et Kirchhoff, qui dĂ©bloque la situation. Entre 1878 et 1907, une chaĂ®ne de dĂ©couvertes, souvent disputĂ©es, complète peu Ă  peu la sĂ©rie.Jean de Marignac isole l'ytterbium en 1878 puis le gadolinium en 1880. 
Le samarium est dĂ©couvert en 1879 par François Lecoq de Boisbaudran, qui dĂ©couvrira aussi le dysprosium en 1886.. L'holmium est dĂ©couvert par Per Cleveet J. L. Soret en 1879. Le thulium est dĂ©couvert par Per Cleve la mĂŞme annĂ©e etn'a d'abord Ă©tĂ© connu que par ses raies spectrales; il sera finalement Ă©tĂ© isolĂ© en 1911. En 1885, Carl Auer von Welsbach scinde le prĂ©tendu didyme en prasĂ©odyme et nĂ©odyme, par un processus de cristallisation fractionnĂ©e et de sĂ©paration chromatographique, Ă  partir du didymium. L'europium est isolĂ© par Demarçay en 1901. Le LutĂ©cium est dĂ©couvert indĂ©pendamment par Georges Urbain et Carl Auer von Welsbach, en 1907, et a Ă©tĂ© nommĂ© d'après Lutèce, l'ancien nom de Paris.  (Une querelle de prioritĂ© qui se règle au profit d'Urbain). La classification pĂ©riodique rĂ©siste mal Ă  cette multitude : oĂą placer ces quatorze Ă©lĂ©ments qui se ressemblent tant? 

En 1913, Henry Moseley, en mesurant les frĂ©quences des rayons X caractĂ©ristiques, Ă©tablit que le numĂ©ro atomique est le vĂ©ritable principe d'ordre et rĂ©vèle qu'il y a exactement quatorze Ă©lĂ©ments entre le lanthane et l'hafnium, avec un manquant, le numĂ©ro 61. Niels Bohr interprète ensuite la sĂ©rie par le remplissage de la sous-couche 4f, et Goldschmidt dĂ©crit la contraction lanthanidique, cette dĂ©croissance rĂ©gulière du rayon ionique qui explique Ă  la fois la difficultĂ© de sĂ©paration et les propriĂ©tĂ©s des Ă©lĂ©ments suivants, notamment l'Ă©trange similitude du zirconium et de l'hafnium. 

Le prométhium, radioactif et sans isotope stable, n'est identifié qu'en 1945, dans les produits de fission de l'uranium, par Jacob A. Marinsky, Lawrence E. Glendenin et Charles D. Coryell à Oak Ridge, et il est nommé en 1947 d'après Prométhée, ce qui dit assez bien l'ambiguïté de l'ère atomique qui commence.

L'industrie des terres rares.
L'industrie des lanthanides est nĂ©e d'une application triviale : l'Ă©clairage. En 1885, Welsbach brevette le manchon Ă  incandescence pour les becs de gaz, puis, en 1891, en fixe la formule dĂ©finitive, quatre-vingt-dix-neuf pour cent d'oxyde de thorium et un pour cent d'oxyde de cĂ©rium, laquelle donne une lumière blanche et vive d'un rendement remarquable. La demande de thorium entraĂ®ne celle de monazite, un phosphate de terres rares et de thorium, que l'on rĂ©colte d'abord dans les sables littoraux du BrĂ©sil (Bahia, EspĂ­rito Santo), puis des Carolines, avant que l'Inde (Travancore) ne devienne au XXe siècle le grand fournisseur, rejointe plus tard par l'Australie, l'Afrique du Sud et la Malaisie, oĂą les terres rares sont un sous-produit des exploitations d'Ă©tain. 

Les lanthanides sont alors un rĂ©sidu embarrassant : on en accumule des tonnes, dont Welsbach cherche l'emploi. Il le trouve en 1903 avec le ferrocĂ©rium, alliage pyrophorique de cĂ©rium et de fer qui produit des Ă©tincelles par friction : c'est la "pierre"  de briquet, première application vĂ©ritablement durable, avec le mischmĂ©tal, mĂ©lange non sĂ©parĂ© de mĂ©taux, qui servira ensuite en mĂ©tallurgie pour dĂ©soxyder et dĂ©sulfurer les aciers. L'industrie des terres rares Ă  ses dĂ©buts est donc europĂ©enne, centrĂ©e autour de Welsbach en Autriche et de quelques maisons allemandes et françaises, et elle vit de la valorisation des rĂ©sidus de l'Ă©clairage au gaz. Ses procĂ©dĂ©s de sĂ©paration sont d'une lenteur proverbiale : on recourt Ă  la cristallisation fractionnĂ©e de sels doubles, rĂ©pĂ©tĂ©e des milliers de fois. Charles James, au New Hampshire, doit procĂ©der Ă  environ quinze mille recristallisations pour obtenir du thulium pur en quantitĂ© pesable.

La Seconde Guerre mondiale change l'échelle et la nature du problème. Dans le cadre du projet Manhattan, le laboratoire d'Ames, dirigé par Frank Spedding à l'université de l'Iowa, est chargé de produire de l'uranium métal, et ses chimistes, confrontés aux terres rares comme produits de fission et comme analogues des actinides, mettent au point, à partir de 1947, la séparation par échange d'ions sur résines, qui livre pour la première fois des lanthanides de haute pureté en quantité. Dans les années 1950, l'extraction liquide-liquide, développée notamment à Argonne par Peppard avec des organophosphorés, supplante les colonnes d'échange pour la production industrielle : on met en série des centaines de mélangeurs-décanteurs où une phase organique et une phase aqueuse se contre-circulent, chaque étage enrichissant légèrement un élément par rapport à son voisin. Ce procédé, perfectionné par les écoles française, américaine puis surtout chinoise, reste, avec des variantes, la technique fondamentale de séparation aujourd'hui, ce qui explique que la maîtrise de l'industrie tienne autant à la connaissance fine des cascades qu'à la possession des gisements.

La géographie industrielle bascule en Californie en 1949, lorsque des prospecteurs d'uranium munis de compteurs Geiger repèrent, au col de Mountain Pass, dans le désert des Mojave, un anomalie de radioactivité liée à un carbonatite riche en bastnäsite, un fluorocarbonate de terres rares légères. La Molybdenum Corporation of America, bientôt Molycorp, y ouvre une mine à ciel ouvert dans les années 1950. La demande explose avec la télévision en couleurs : en 1964-1965, des chercheurs américains montrent que l'oxyde ou l'oxysulfure d'yttrium dopé à l'europium fournit le rouge que les écrans réclament, et l'europium, jusque-là curiosité de laboratoire, devient un produit stratégique. Pendant trois décennies, Mountain Pass fait des États-Unis le premier producteur mondial.

Les usages se multiplient : le cérium sert au polissage du verre optique, puis à celui des plaquettes de silicium et des écrans; le lanthane entre dans les zéolithes des catalyseurs de craquage catalytique fluide pétrolier, mis au point chez Mobil dans les années 1960; le néodyme dope les lasers à grenat d'yttrium-aluminium (YAG), à partir de 1964 aux Bell Labs; le samarium forme avec le cobalt, dès 1966-1967 à Dayton (Karl Strnat), la première famille d'aimants permanents à très haute énergie, utilisée dans l'aéronautique militaire et l'instrumentation. En France, Rhône-Poulenc, à La Rochelle, devient un leader de la chimie de séparation et des produits à haute valeur ajoutée, notamment pour les phosphores et les catalyseurs automobiles à base de cérine; au Japon, Shin-Etsu et Hitachi Metals bâtissent un savoir-faire en aimants et en matériaux optiques; l'Union soviétique exploite à Lovozero, dans la péninsule de Kola, la loparite et traite les concentrés à Solikamsk et à Sillamäe.

Le tournant des années 1980 est celui de l'aimant néodyme-fer-bore. En 1982-1983, Masato Sagawa chez Sumitomo Special Metals et John Croat chez General Motors découvrent presque simultanément, par deux voies métallurgiques différentes (frittage et trempe sur roue), la phase Nd2Fe14B, dont le produit énergétique dépasse celui des aimants au samarium-cobalt à un coût de matière première bien moindre. Ces aimants vont miniaturiser les disques durs, les haut-parleurs, les moteurs de précision, puis, dans les années 1990 et 2000, motoriser les véhicules hybrides et électriques (Toyota Prius, 1997) et équiper les génératrices d'éoliennes à entraînement direct. L'addition de dysprosium et de terbium, qui améliorent la tenue en température, rend ces lanthanides lourds, présents surtout dans les argiles ioniques du sud de la Chine, indispensables aux applications exigeantes. D'autres usages complètent le tableau : l'erbium amplifie les signaux dans les fibres optiques depuis 1987; les lampes fluorescentes trichromatiques consomment de l'europium, du terbium et de l'yttrium; le gadolinium sert de produit de contraste en imagerie par résonance magnétique depuis la fin des années 1980; l'yttrium entre dans le supraconducteur YBaCuO découvert en 1987; les alliages à base de lanthane alimentent les batteries nickel-hydrure métallique; la cérine stocke l'oxygène dans les pots catalytiques.

Pendant ce temps, la Chine pousse mĂ©thodiquement son avantage. Le gisement de Bayan Obo, en Mongolie-IntĂ©rieure, repĂ©rĂ© en 1927 par le gĂ©ologue Ding Daoheng comme gisement de fer, a rĂ©vĂ©lĂ© dans les annĂ©es 1930 et 1950 son extraordinaire teneur en terres rares, et la sidĂ©rurgie de Baotou, Baogang, l'exploite d'abord pour le fer, les terres rares Ă©tant un coproduit. En 1969, on a dĂ©couvert dans le Jiangxi, Ă  Longnan, les argiles ioniques, des altĂ©rations latĂ©ritiques de granites oĂą les lanthanides sont adsorbĂ©s sous forme de cations et se rĂ©cupèrent par simple lixiviation, avec la particularitĂ© d'ĂŞtre riches en terres rares lourdes. Ă€ PĂ©kin, le chimiste Xu Guangxian, formĂ© aux États-Unis puis rentrĂ© en Chine, dĂ©veloppe la thĂ©orie de l'extraction en cascade, qui permet de concevoir des sĂ©parations par ordinateur et de produire Ă  bas coĂ»t des oxydes d'une grande puretĂ©. 

En 1992, lors de sa tournée dans le sud, Deng Xiaoping, visitant Baotou, prononce la formule restée célèbre : le Moyen-Orient a le pétrole, la Chine a les terres rares. La politique suit : priorité de recherche, exportations d'oxydes à prix bradés, tolérance pour des pratiques environnementales dévastatrices, qu'il s'agisse des lacs de résidus de Baotou, chargés de thorium, ou de la lixiviation au sulfate d'ammonium dans les collines du Jiangxi. Les producteurs occidentaux, incapables de rivaliser sur les prix, ferment l'un après l'autre : la Malaisie voit la fermeture, en 1992, de l'usine d'Asian Rare Earth à Bukit Merah, après des années de contestation à cause de ses déchets radioactifs; Mountain Pass cesse la séparation en 2002, après des fuites de saumures; la branche chimie de Rhône-Poulenc, devenue Rhodia puis Solvay, conserve La Rochelle mais en réduit la voilure. En 1995, les actifs de Magnequench, le fabricant américain de poudre magnétique issu de General Motors, passent à un consortium sino-américain qui, en 2003, déménage la production en Chine, signe précoce du transfert de technologies. En 2000, la Chine fournit plus de quatre-vingt-dix pour cent de la production mondiale d'oxydes de terres rares.

La question devient politique en septembre 2010, lorsqu'un incident entre un chalutier chinois et des garde-cĂ´tes japonais près des Ă®les Senkaku est suivi d'une interruption des expĂ©ditions vers le Japon, que PĂ©kin dĂ©ment officiellement mais que les opĂ©rateurs constatent. Dans le mĂŞme temps, la Chine rĂ©duit les quotas d'exportation d'environ quarante pour cent. Les cours explosent en 2011, oĂą certains oxydes sont multipliĂ©s par plus de dix en quelques mois. Cette crise provoque une ruĂ©e vers les projets alternatifs : Molycorp rouvre Mountain Pass et lève plus d'un milliard de dollars avant de s'effondrer, en faillite en 2015; Lynas, en Australie, met en service la mine de Mt Weld et une usine de traitement Ă  Kuantan, en Malaisie, en 2012, non sans une longue controverse sur le thorium des rĂ©sidus; le Japon, par l'intermĂ©diaire de la JOGMEC, finance des partenariats avec Lynas et organise des stocks, et le groupe Hitachi Metals, comme d'autres, se tourne vers des aimants moins gourmands en dysprosium. 

En 2012, les États-Unis, l'Union européenne et le Japon saisissent l'Organisation mondiale du commerce, qui donne tort à la Chine en 2014; Pékin abolit alors formellement les quotas à l'exportation en 2015 mais conserve les quotas de production, un système de licences et un resserrement continu de l'industrie : l'État regroupe les entreprises en grands groupes, parmi lesquels Northern Rare Earth à Baotou et, en 2021, le China Rare Earth Group qui fédère les actifs du sud. Les prix retombent, l'avance technologique et les coûts de la Chine rendent les projets occidentaux peu rentables, et l'attention se détourne jusqu'à la fin des années 2010.

La guerre commerciale de 2018-2019 ravive l'inquiĂ©tude, et le rachat en 2017 de Mountain Pass par MP Materials, dirigĂ©e par Jim Litinsky avec des investisseurs amĂ©ricains et un partenaire minoritaire chinois, puis son entrĂ©e en bourse en 2020, signent le retour d'une politique industrielle amĂ©ricaine, appuyĂ©e sur le Defense Production Act et sur des contrats du Pentagone. La Chine, de son cĂ´tĂ©, institutionnalise ses outils : en 2020, la loi sur le contrĂ´le des exportations; en 2023, restriction du gallium et du germanium, puis du graphite, et en dĂ©cembre, interdiction d'exporter les technologies d'extraction, de sĂ©paration et de fabrication d'aimants; en 2024, un règlement sur la gestion des terres rares qui impose la traçabilitĂ© de la production. 

L'extraction se délocalise en partie vers la Birmanie, où l'exploitation d'argiles ioniques dans l'État Kachin, source principale de lourdes pour l'industrie chinoise après la fermeture de sites dans le Jiangxi, s'accompagne de dégâts environnementaux massifs et de conflits armés autour du contrôle des mines. Ailleurs, les découvertes se multiplient, de Kvanefjeld et Tanbreez au Groenland, dont le premier est bloqué par une législation antiuranium en 2021, au gisement de Per Geijer à Kiruna, en Suède, annoncé en 2023 par LKAB et présenté comme le plus important d'Europe, en passant par les argiles ioniques brésiliennes de Serra Verde. Mais l'obstacle principal n'est plus la géologie : c'est l'aval, la séparation, la métallurgie des métaux, la fabrication des aimants, c'est-à-dire un tissu de savoir-faire que la Chine détient, selon les estimations, à près de quatre-vingt-dix pour cent pour la séparation et à plus de quatre-vingt-dix pour cent pour les aimants frittés, alors qu'elle ne fournit qu'environ soixante pour cent de l'extraction minière.

Le choc de 2025 montre ce que cette dĂ©pendance signifie. Le 4 avril, en riposte aux droits de douane amĂ©ricains, PĂ©kin soumet Ă  licence l'exportation de sept terres rares moyennes et lourdes (samarium, gadolinium, terbium, dysprosium, lutĂ©cium, scandium, yttrium) et des aimants qui les contiennent. Le Parlement europĂ©en condamne cette dĂ©cision et dĂ©nonce l'usage de la procĂ©dure de licence pour bloquer les octrois et exercer une pression sur l'Union et ses entreprises. Les exportations d'aimants chutent en quelques semaines, des chaĂ®nes automobiles s'arrĂŞtent en Europe, en Inde et aux États-Unis, et les industriels de la dĂ©fense s'alarment des consĂ©quences pour des appareils comme le F-35, dont la masse de terres rares est considĂ©rable. En octobre, PĂ©kin annonce un rĂ©gime beaucoup plus large, Ă  portĂ©e extraterritoriale, visant les produits fabriquĂ©s hors de Chine qui contiennent mĂŞme une faible proportion de matĂ©riaux chinois, et ajoutant cinq Ă©lĂ©ments Ă  la liste; Ă  l'issue de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, Ă  la fin du mois, l'application de ces mesures est suspendue pour un an, tandis que le rĂ©gime d'avril demeure et que les licences restent un instrument discrĂ©tionnaire. 

Washington rĂ©plique par une politique d'investissement sans prĂ©cĂ©dent : en juillet 2025, le dĂ©partement de la DĂ©fense prend une participation d'environ quinze pour cent dans MP Materials, garantit un prix plancher de 110 dollars le kilogramme de nĂ©odyme-prasĂ©odyme et s'engage sur dix ans Ă  acheter la production d'une nouvelle usine d'aimants, tandis qu'Apple conclut avec le mĂŞme groupe un contrat de 500 millions de dollars pour des aimants recyclĂ©s; des accords-cadres sont signĂ©s avec l'Australie, le Japon et d'autres, et Lynas, qui produit dès 2025 du dysprosium et du terbium sĂ©parĂ©s en Malaisie, devient le seul producteur commercial hors de Chine de terres rares lourdes sĂ©parĂ©es. L'Europe, de son cĂ´tĂ©, a adoptĂ© en 2024 le règlement sur les matières premières critiques, qui fixe pour 2030 des cibles d'extraction, de transformation et de recyclage et plafonne Ă  soixante-cinq pour cent la part d'un pays tiers unique dans l'approvisionnement, tandis que des acteurs comme Solvay Ă  La Rochelle, ou Carester Ă  Lacq, tentent de reconstruire une capacitĂ© de sĂ©paration et de recyclage sur le continent. 

En 2026, les tensions n'ont pas disparu, et le moment prĂ©sent, Ă  l'approche de l'Ă©chĂ©ance de la suspension de novembre, reste celui de l'incertitude. Selon la presse, la Chine impose en janvier 2026 de nouvelles restrictions d'exportation de terres rares vers le Japon, en rĂ©action Ă  des propos de la Première ministre Sanae Takaichi sur TaĂŻwan. D'autres mesures, annoncĂ©es le 22 juin 2026, visent des entreprises amĂ©ricaines et Ă©tendent le contrĂ´le aux terres rares lourdes, alors que l'administration amĂ©ricaine avait annoncĂ© en fĂ©vrier la crĂ©ation d'une rĂ©serve stratĂ©gique de 12 milliards de dollars. PĂ©kin affirme pour sa part appliquer ces contrĂ´les conformĂ©ment Ă  la loi et instruire les demandes de licence Ă  usage civil conformes. 

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