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| L'Antiquité > Le Croissant fertile |
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La Mésopotamie |
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| La
Mésopotamie,
en arabe El-Djezirèh , c'est-à -dire « l'île », où l'irrigation
fut pratiquée dès le VIe millénaire,
fut une région d'une opulence remarquable, d'une exceptionnelle beauté,
siège d'une civilisation ou plutôt d'une suite de civilisations extraordinairement
anciennes. Ses deux fleuves, le Tigre Au début des temps
historiques, les habitants de la Mésopotamie méridionale (Basse-Mésopotamie)
appartiennent Ă deux populations distinctes. Depuis les bords du golfe
Persique Au delĂ de Nippur,
vers le nord, habitent les Akkadiens, de langue
sémitique.
Une nouvelle migration des Sémites amène, au cours du troisième millénaire, des Amorrites. Jadis ils ont établi un royaume florissant sur le Moyen-Euphrate; ils s'installent à Isin, puis à Babylone, et se fondent dans la population locale au temps où les Kassites, d'origine discutée, descendus des montagnes du Zagros, s'emparent du pouvoir. A la même époque, des Sémites nomades s'infiltrent le long de la frontière occidentale et s'établissent dans le bas pays, le long de la côte, où leurs tribus se maintiennent à demi indépendantes jusqu'aux derniers jours de l'histoire de Babylonie. Quant aux Assyriens, population de langue sémitique, leur origine est inconnue; peut-être forment-ils un rameau détaché de la migration qui a conduit les Akkadiens en Babylonie. Leur pays, qui tire son nom de leur première capitale, Assur, s'étend, au Nord-Ouest de la babylonie, sur les deux rives du Tigre, dans la plaine élevée qui domine les terres alluviales de la Babylonie. A l'est, elle est bordée par le Zagros; au nord, par les monts d'Arménie; a l'ouest, elle n'a pas de frontière naturelle. Dans les ruines d'Assur les plus anciens documents sont des sculptures analogues aux sculptures sumériennes. Zarikum, prince de cette ville, est vassal de Bur-Sin, roi d'Ur, au XXIVe siècle, époque où les Sumériens exercent aussi une certaine influence sur les adorateurs d'Assur, établis dans la région du mont Argée, en Cappadoce. Sumer et Akkad.
C'est à Uruk, vers 3400-3100 av. JC, que naît l'écriture, d'abord sous forme de pictogrammes destinés à la comptabilité des temples, puis évoluant vers le système cunéiforme, gravé au moyen d'un roseau taillé sur des tablettes d'argile. Cette invention transforme durablement la gestion administrative, religieuse et économique des cités. Chaque ville sumérienne s'organise autour d'un temple monumental, la ziggourat en devenir, dédié à sa divinité tutélaire, et le pouvoir y est d'abord aux mains d'une prêtrise puissante avant de se laïciser progressivement au profit de rois-guerriers, les lugal. L'époque
des cités-États rivales (env. 2900-2350 av. JC).
Des figures plus historiques émergent : Enmebaragesi de Kish, dont l'existence est confirmée par des inscriptions; Gilgamesh d'Uruk, roi semi-légendaire dont les exploits inspireront la grande épopée mésopotamienne; et surtout la dynastie de Lagash, particulièrement bien documentée. Le roi Eannatum de Lagash mène une politique conquérante contre la cité rivale d'Umma au XXVe siècle av. JC, immortalisée sur la Stèle des Vautours, l'un des plus anciens monuments narratifs de guerre connus. Plus tard, le roi Uru-inimgina (autrefois lu Urukagina) de Lagash promulgue vers 2350 av. JC ce qui est considéré comme le plus ancien code de réformes sociales connu, dénonçant les abus de l'administration et des prêtres envers les plus pauvres. L'émergence
de Sargon et la fondation de l'empire akkadien (v. 2334 av. JC).
Vers 2334 av. JC, Sargon fonde une nouvelle capitale, Akkad (Agade), dont l'emplacement exact reste à ce jour non localisé par l'archéologie. Il entreprend alors une série de conquêtes fulgurantes : il défait Lugal-zage-si d'Uruk, qui avait brièvement réussi à unifier une bonne partie de Sumer, puis soumet l'ensemble des cités sumériennes une à une. Il étend ensuite son autorité bien au-delà de la Mésopotamie traditionnelle, menant des campagnes jusqu'en Élam à l'est, en Syrie et jusqu'à la Méditerranée à l'ouest, et peut-être jusqu'en Anatolie. L'apogée
de l'empire akkadien.
Après la mort de Sargon vers 2279 av. JC, des révoltes éclatent, réprimées par son fils Rimush puis par un autre fils, Manishtushu. Mais c'est sous le règne du petit-fils de Sargon, Naram-Sin (env. 2254-2218 av. JC), que l'empire atteint son apogée. Naram-Sin mène des campagnes victorieuses contre les Lullubi dans les montagnes du Zagros, épisode immortalisé par la célèbre stèle de Naram-Sin, aujourd'hui au Louvre, qui le représente gravissant une montagne, plus grand que tous les autres personnages, coiffé de la tiare cornue jusque-là réservée aux dieux. Naram-Sin se proclame en effet lui-même divin de son vivant, fait sans précédent dans l'histoire mésopotamienne, et prend le titre de " roi des quatre régions du monde", signe de sa prétention à la domination universelle. Le
déclin et la chute de l'empire akkadien.
La
renaissance sumérienne : la troisième dynastie d'Ur (env. 2112-2004 av.
JC).
Son fils Shulgi (env. 2094-2047 av. JC) porte l'empire à son apogée, développant une administration extraordinairement centralisée et bureaucratisée, dont témoignent des dizaines de milliers de tablettes comptables, et se proclame lui aussi divin. Mais l'empire s'effondre finalement vers 2004 av. JC. sous les coups conjugués des invasions amorrites venues de l'ouest et des attaques élamites venues de l'est, qui mettent à sac la ville d'Ur, événement pleuré dans la célèbre Lamentation sur la destruction d'Ur. Cette chute marque la fin de Sumer comme entité politique autonome, mais pas comme héritage culturel : la langue sumérienne continue d'être enseignée et utilisée dans les écoles de scribes et les textes religieux pendant près de deux millénaires encore, un peu à la manière du latin médiéval. C'est sur les décombres politiques de ce monde que s'installent, dans les décennies suivantes, les dynasties amorrites qui donneront naissance, entre autres, au royaume de Babylone. L'Ancien empire
babylonien (env. 1894-1595 av. JC).
Les premiers souverains (Sumu-abum, puis Sumu-la-El, Sabium, Apil-Sin et Sin-Muballit) consolident patiemment leur territoire. Babylone reste un royaume modeste pendant près d'un siècle, coincé entre des voisins bien plus puissants. Rien, à ce stade, ne laisse présager la domination future de la ville. L'avènement
de Hammurabi.
Puis, à partir de 1763 av. JC, Hammurabi bascule dans une politique de conquête fulgurante. Il écrase d'abord Rim-Sin Ier, le puissant roi de Larsa, qui dominait le sud mésopotamien depuis des décennies, et s'empare ainsi de toute la Babylonie méridionale, dont les grandes cités sacrées d'Ur, Uruk et Nippur. Il se retourne ensuite contre Eshnunna, qu'il soumet, puis contre son ancien allié Zimri-Lim, roi de Mari, dont il détruit le somptueux palais vers 1761 av. JC. Il étend enfin son autorité vers le nord, jusqu'à Assur. En quelques années, Hammurabi unifie sous son sceptre l'ensemble de la Mésopotamie, de la Syrie du nord jusqu'au golfe Persique. Babylone devient pour la première fois la capitale d'un véritable empire, et non plus une cité parmi d'autres. Le
Code de Hammurabi.
Sur le plan religieux, le règne de Hammurabi marque aussi l'ascension du dieu Marduk, divinité tutélaire de Babylone, qui commence à s'imposer dans le panthéon mésopotamien au détriment d'Enlil, le grand dieu de Nippur, une évolution qui culminera plus tard dans l'Enuma Elish. L'administration
de l'empire.
Le
déclin après Hammurabi.
Les rois suivants (Abi-eshuh, Ammi-ditana, Ammi-saduqa) gouvernent un royaume qui rétrécit progressivement, tout en maintenant un certain prestige culturel : c'est d'ailleurs sous Ammi-saduqa que sont compilées les célèbres observations astronomiques de la planète Vénus. Mais la pression extérieure s'intensifie, notamment celle des populations kassites qui infiltrent peu à peu la région depuis les montagnes du Zagros. La
chute de Babylone.
Ce raid hittite ouvre la voie aux Kassites, qui s'installent progressivement sur le trône de Babylone dans les décennies suivantes et fondent une nouvelle dynastie qui durera plusieurs siècles. L'Ancien Empire babylonien s'éteint ainsi, mais laisse un héritage durable : Babylone reste désormais, dans l'imaginaire mésopotamien, la capitale légitime du pays, et le Code de Hammurabi demeure une référence juridique et symbolique pour les siècles à venir. L'installation
des Kassites Ă Babylone (v. 1595-1155 av. JC).
Fait remarquable, les Kassites n'imposent ni leur langue ni leur religion : ils adoptent au contraire la culture babylonienne, se posent en héritiers et protecteurs de la tradition suméro-akkadienne, et honorent Marduk comme dieu suprême de Babylone. Le pays retrouve sous leur règne une stabilité et une prospérité durables, favorisées par le développement de l'élevage du cheval et du char de guerre. Sur le plan diplomatique, cette époque correspond au "club des grandes puissances" du Proche-Orient, bien documenté par la correspondance retrouvée à Tell el-Amarna, en Égypte : le roi kassite de Babylone y échange lettres et mariages princiers d'égal à égal avec le pharaon d'Égypte, le roi hittite et le roi du Mitanni. Le roi kassite Kurigalzu Ier fonde une nouvelle capitale, Dur-Kurigalzu, au XIVe siècle av. JC. Mais la puissance kassite décline progressivement face à la montée de deux voisins redoutables : l'Assyrie au nord et l'Élam à l'est. Vers 1155 av. JC, le roi élamite Shutruk-Nahhunte envahit la Babylonie, met à sac Babylone et emporte comme butin plusieurs des monuments les plus prestigieux du pays, dont la stèle du Code de Hammurabi elle-même, retrouvée près de trois mille ans plus tard (en 1901) à Suse. La dynastie kassite s'effondre définitivement. Le sursaut babylonien
: la deuxième dynastie d'Isin.
Cette renaissance reste toutefois limitée : la Babylonie entre ensuite dans plusieurs siècles d'instabilité chronique, marqués par les incursions des tribus araméennes et chaldéennes qui s'infiltrent progressivement dans le pays, un peu à la manière dont les Amorrites s'étaient installés un millénaire plus tôt. L'Assyrie.
L'Empire
néo-assyrien (v. 911–609 av. JC).
Assurnasirpal II (883-859 av. JC) étend l'empire jusqu'à la Méditerranée et fait de Kalhu une capitale somptueuse, ornée de bas-reliefs de pierre représentant ses campagnes militaires et ses chasses au lion. Son fils Salmanazar III affronte notamment une coalition de royaumes syro-palestiniens à la bataille de Qarqar en 853 av. JC, où figure le roi d'Israël Achab. Après une période de relatif affaiblissement, l'empire connaît un nouvel élan décisif sous Tiglath-Phalasar III (745-727 av. JC), véritable second fondateur de l'empire. Il réorganise en profondeur l'administration en installant des provinces dirigées par des gouverneurs directement soumis au roi, plutôt que des royaumes vassaux, et généralise la politique des déportations de masse comme outil de gouvernement. C'est sous son règne, puis sous celui de son successeur Salmanazar V, que le royaume d'Israël est conquis, prélude à la célèbre déportation des dix tribus. Sargon II (722-705 av. JC), qui prend le pouvoir dans des circonstances obscures et fonde une nouvelle capitale, Dur-Sharrukin (Khorsabad), achève la conquête d'Israël et affronte l'Élam et l'Urartu. Son fils Sennachérib (705-681 av. JC) déplace la capitale à Ninive, qu'il dote d'un palais gigantesque et d'un système d'irrigation innovant, mais son règne est aussi marqué par sa lutte acharnée contre la Babylonie rebelle, qu'il finit par détruire complètement en 689 av. JC, un acte de vandalisme religieux qui choque jusqu'en Assyrie même. Son fils Assarhaddon (681-669 av. JC) fait reconstruire Babylone en réparation et pousse les conquêtes assyriennes jusqu'à leur extension maximale, envahissant même l'Égypte en 671 av. JC. Son fils Assurbanipal (669-631 av. JC) porte l'empire à son apogée culturelle : lettré, il constitue à Ninive une immense bibliothèque de tablettes cunéiformes rassemblant la totalité du savoir mésopotamien, dont proviennent notamment les meilleures versions connues de l'Épopée de Gilgamesh. Militairement, il doit néanmoins affronter une guerre civile épuisante contre son propre frère Shamash-shum-ukin, roi vassal de Babylone, ainsi que la destruction définitive du royaume d'Élam. L'effondrement
de l'Assyrie (v. 631-609 av. JC).
En 612 av. JC., les armées babylonienne et mède s'emparent de Ninive et la détruisent si complètement que son emplacement même tombera dans l'oubli pendant plus de deux millénaires. Les derniers vestiges du pouvoir assyrien s'effondrent définitivement en 609 av. JC, et l'Égypte, qui avait tenté de secourir les Assyriens à Harran, se retire. L'Empire néo-babylonien
(626-539 av. JC).
Sur le plan urbain, Nabuchodonosor II transforme Babylone en la ville la plus splendide du monde antique : il fait reconstruire et agrandir la ziggourat de l'Etemenanki, dédiée à Marduk (probablement à l'origine du récit biblique de la tour de Babel), édifie la célèbre porte d'Ishtar ornée de briques vernissées bleues représentant dragons et taureaux, et fait ériger, selon une tradition postérieure, les fameux jardins suspendus. Après la mort de Nabuchodonosor II, l'empire connaît une succession rapide de souverains éphémères, jusqu'à l'avènement de Nabonide (556-539 av. JC), dernier roi de Babylone, dont le règne est marqué par une singularité religieuse notable : Nabonide, dévot du dieu-lune Sîn, néglige le culte de Marduk et s'installe pendant plusieurs années dans l'oasis de Teima, en Arabie, laissant son fils Balthazar (Bel-shar-usur) assurer la régence à Babylone. Cette politique religieuse impopulaire aliène le puissant clergé de Marduk, fragilisant le régime de l'intérieur. La domination
perse (539 av. JC).
La
Mésopotamie sous domination achéménide (539–331 av. JC).
La
conquĂŞte d'Alexandre le Grand (331 av. J.-C.).
Alexandre entre ensuite dans Babylone, qui lui ouvre ses portes sans résistance; il y est accueilli avec les honneurs par la population et le clergé, soulagés de retrouver un pouvoir stable après les troubles de la fin de l'époque achéménide. Alexandre manifeste un intérêt marqué pour la ville, projetant même d'y faire restaurer la grande ziggourat de l'Etemenanki. C'est finalement à Babylone qu'Alexandre meurt subitement en 323 av. JC, probablement des suites d'une fièvre, mettant fin à son épopée conquérante et ouvrant la période troublée des Diadoques, ses généraux qui se disputent son immense héritage. Après la mort d'Alexandre, la Mésopotamie échoit à son général Séleucos, qui fonde la dynastie séleucide et édifie non loin de Babylone une nouvelle capitale, Séleucie du Tigre, vers laquelle la population migre progressivement. Babylone, désormais éclipsée, entame un lent déclin qui la mènera, dans les siècles suivants, à un abandon presque total, clôturant ainsi plus de trois mille ans d'histoire urbaine continue, depuis les premières cités sumériennes jusqu'à la ville qui fut un temps la plus grande et la plus riche du monde antique. |
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