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 Histoire de l'Asie > La Chine
La République populaire de Chine
depuis 1949
La République populaire de Chine (RPC) a traversé plusieurs périodes distinctes depuis sa fondation en 1949, chacune caractérisée par des développements politiques, économiques et sociaux significatifs. 

Fondation et consolidation (1949-1957)

La période de la fondation et la consolidation de la République populaire de Chine (RPC) entre 1949 et 1957 est marquée par des transformations politiques, économiques et sociales majeures orchestrées par le Parti communiste chinois (PCC) sous la direction de Mao Zedong (Mao Tsé-toung).

La période de fondation et de consolidation de la RPC établit les bases de l'État communiste chinois. Les réformes agraires et industrielles transforment profondément la structure socio-économique du pays. Cependant, les politiques de Mao, souvent marquées par des campagnes de répression et des fluctuations idéologiques, posent les jalons des futurs bouleversements, tels que le Grand Bond en avant (1958-1962) et la Révolution culturelle (1966-1976).

Le PCC renforce son contrôle sur tous les aspects de la société chinoise. La RPC se rapproche de l'Union soviétique et signe en 1950 un traité d'amitié, d'alliance et d'assistance mutuelle. Cependant, des tensions commencent à émerger vers la fin de cette période, préfigurant la rupture sino-soviétique des années 1960. Lors de la Guerre de Corée (1950-1953), la Chine intervient en soutien à la Corée du Nord contre les forces de l'ONU dirigées par les États-Unis.

Le 1er octobre 1949, Mao Zedong proclame officiellement la République populaire de Chine depuis la place Tiananmen à Pékin, marquant la fin de la guerre civile chinoise qui opposait les communistes aux nationalistes du Kuomintang (KMT). La RPC instaure un État centralisé avec le PCC comme seul parti politique autorisé. Mao Zedong devient le président de la République et Zhou Enlai le Premier ministre.

Consolidation du pouvoir (1949-1957).
Le régime communiste lance une vaste campagne de réforme agraire visant à redistribuer les terres des grands propriétaires terriens aux paysans sans terre. Cette campagne s'accompagne souvent de violence et de répression contre les opposants.

La RPC entreprend la nationalisation des industries et des entreprises privées. Les secteurs clés de l'économie sont placés sous le contrôle de l'État.

Le premier plan quinquennal (1953-1957).
Inspiré du modèle soviétique, le premier plan quinquennal met l'accent sur l'industrialisation rapide et la collectivisation agricole. De grandes entreprises publiques sont créées et de nombreuses infrastructures industrielles sont développées.

Campagne des Cent Fleurs (1956).
Mao lance la campagne des Cent Fleurs, encourageant les intellectuels à exprimer leurs opinions sur le régime et ses politiques. Cependant, face aux critiques croissantes, Mao met rapidement fin à la campagne et réprime sévèrement ceux qui ont osé s'exprimer.

Les années 1950 voient une répression sévère des opposants politiques, avec des campagnes contre les « contre-révolutionnaires » et les « droitiers ». 

Le Grand Bond en avant (1958-1962)

Campagne du Grand Bond en avant.
Le Grand Bond en avant (1958-1962) est une campagne économique et sociale lancée par Mao Zedong, visant à transformer rapidement la Chine d'une économie agricole en une société socialiste industrialisée. Cette période est caractérisée par des initiatives radicales et une mobilisation massive de la population, mais elle s'est soldée par une catastrophe humanitaire et économique.

Mao Zedong espérait accélérer l'industrialisation et augmenter la production agricole pour rattraper les économies occidentales, notamment le Royaume-Uni, en un temps record. Il visait à démontrer la supériorité du modèle socialiste chinois par rapport aux autres modèles économiques mondiaux. Le Grand Bond en avant repose sur la mobilisation de toute la population, avec un accent particulier sur les paysans et les ouvriers. Des millions de Chinois sont incités à participer à des projets de construction d'infrastructures, de production d'acier et de collectivisation agricole.

Des communes populaires sont établies pour remplacer les coopératives agricoles existantes, regroupant plusieurs milliers de familles. Elles sont censées être autosuffisantes, combinant production agricole, industrielle, et même militaire.  Les campagnes de production d'acier voient des millions de Chinois construire des hauts fourneaux. Cette production improvisée et inefficace conduit à des quantités massives de métal de mauvaise qualité. Des techniques agricoles non éprouvées et  basées sur des théories non scientifiques, comme la densité de plantation excessive et les labours profonds, sont promues. Les résultats ici encore sont catastrophiques, avec des rendements agricoles qui chutent dramatiquement.

Les leçons du Grand Bond en avant.
Les politiques agricoles erronées, combinées à des conditions météorologiques défavorables, ont conduit à une baisse massive de la production alimentaire. On estime que 15 à 45 millions de personnes meurent de faim pendant cette période, faisant de la famine du Grand Bond en avant l'une des plus meurtrières de l'histoire humaine. L'échec des projets industriels et des communes populaires provoque une grave récession économique. La production industrielle stagne et même décline, tandis que la productivité agricole ne parvient pas à nourrir la population.

L'échec du Grand Bond en avant a ffaibli la position de Mao Zedong au sein du Parti communiste chinois. Liu Shaoqi et Deng Xiaoping, qui adoptent une approche plus pragmatique et réformatrice, prennent temporairement les rênes pour redresser l'économie.  En 1962, face à l'ampleur de la catastrophe, le Parti communiste décide d'abandonner progressivement les politiques du Grand Bond en avant. Des mesures de rectification sont mises en place, rétablissant des systèmes de production agricole plus traditionnels et réduisant le rôle des communes populaires.

Le Parti communiste adoptera par la suite une approche plus prudente en matière de réformes économiques, bien que les leçons complètes ne soient pleinement assimilées que bien plus tard, dans les années 1980 avec l'ouverture de la Chine sous Deng Xiaoping. Mais aujourd'hui encore le Grand Bond en avant reste un sujet sensible et controversé en Chine. Bien que le Parti communiste chinois reconnaisse officiellement les erreurs commises pendant cette période, il en minimise l'ampleur et la responsabilité directe de Mao Zedong. 

La Révolution culturelle (1966-1976)

Après l'échec du Grand Bond en avant, Mao Zedong perçoit une menace que constituent pour lui des leaders plus pragmatiques comme Liu Shaoqi et Deng Xiaoping. Il dénonce alors le révisionnisme au sein du Parti et de la société, qu'il considère comme une déviation des idéaux communistes. D'où le lancement d'une campagne destinée à réaffirmer son autorité et relancer l'esprit révolutionnaire du pays. Ce sera ce qu'il va appeller la Révolution culturelle. Celle-ci vise officiellement à éradiquer les influences capitalistes et traditionnelles et transformer la culture chinoise selon les principes maoïstes.

Lancement de la Révolution culturelle (1966-1969).
La reprise du contrôle par Mao Zedong commence par une purge des éléments qualifiés de contre-révolutionnaires. Les Gardes rouges, principalement des jeunes, attaquent les quatre vieilleries : vieilles coutumes, vieille culture, vieilles habitudes, vieilles idées.  En mai 1966, Mao publie la circulaire du 16 mai, appelant à une lutte contre les autorités académiques et les révisionnistes. Les Gardes rouges, principalement des étudiants, sont mobilisés pour mener des campagnes contre les enseignants, les intellectuels, et les fonctionnaires. De nombreuses personnes sont persécutées, humiliées publiquement, emprisonnées ou exécutées.
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Les Gardes rouges

Les Gardes rouges étaient un mouvement de jeunesse en Chine qui a joué un rôle central pendant la Révolution culturelle. Les Gardes rouges étaient principalement composés d'étudiants du secondaire et d'universitaires. Encouragés par Mao, ces jeunes ont formé des groupes paramilitaires pour défendre et propager les idées de la Révolution culturelle. Ils ont semé la terreur à travers la Chine, contribuant à un climat de suspicion et de violence généralisée. De nombreuses personnes ont été persécutées, emprisonnées, torturées ou même tuées. 

Les Gardes rouges ont été mobilisés pour détruire les Quatre vieilleries : vieilles idées, vieille culture, vieilles coutumes et vieilles habitudes. Cela impliquait des attaques contre les temples, les oeuvres d'art, les livres et autres symboles de la culture traditionnelle chinoise. Les Gardes rouges ont mené des campagnes de critique contre les intellectuels, les professeurs, les fonctionnaires du parti et d'autres figures d'autorité accusées d'être contre-révolutionnaires. Ces campagnes comprenaient des séances publiques de critique et d'humiliation, et souvent des violences physiques. De nombreux sites historiques, oeuvres d'art et objets culturels ont été vandalisés ou détruits par les Gardes rouges au nom de la révolution. Cette destruction a causé des pertes culturelles irréparables.

Le mouvement a fini par se diviser en factions rivales, chacune prétendant être la véritable représentante de l’idéologie de Mao. Ces divisions ont conduit à des affrontements violents entre différentes factions. En 1969, pour rétablir l'ordre, Mao a appelé l'Armée populaire de libération (APL) à désarmer les Gardes rouges et à rétablir l'autorité du parti. Les Gardes rouges ont été progressivement dissous, et de nombreux jeunes ont été envoyés à la campagne pour être rééduqués par le travail agricole.

Chaos politique et social (1969-1971).
La violence s'étend aux campagnes et aux entreprises. Éducation et production sont perturbées. Des purges violentes continuent. Deng Xiaoping et Liu Shaoqi sont parmi les dirigeants purgés. Les structures traditionnelles et culturelles sont attaquées. Le 9e Congrès du Parti (1969) réaffirme la position de Mao, inaugure le culte de la personnalité du dirigeant et introduit de nouveaux leaders, en particulier Lin Biao, présenté comme son successeur désigné. Cependant, la chute de Lin Biao en 1971, après un prétendu complot contre Mao, plonge le pays dans une nouvelle vague de purges et de suspicion.

Fin de la Révolution culturelle.
La mort du premier ministre Zhou Enlai en janvier 1976 et de Mao Zedong en septembre 1976 précipitent la fin de la Révolution culturelle. Deng Xiaoping, est réhabilité. La Bande des Quatre, menée par Jiang Qing, veuve de Mao, qui pousse pour la poursuite des politiques radicales est arrêtée peu après. 

La Révolution culturelle a affaibli profondément le PCC, causant des divisions internes et une perte de confiance envers les institutions. Des millions de personnes ont été persécutées. On estime que des centaines de milliers à des millions de personnes sont mortes de violence directe ou des suites de la répression. La destruction du patrimoine culturel, des temples, des oeuvres d'art et des livres a entraînéune perte irrémédiable du patrimoine historique chinois. L'économie chinoise est gravement perturbée par les campagnes de purification idéologique et la destruction des structures de production. Les efforts de relance économique postérieurs à la Révolution culturelle mettent des années à porter leurs fruits, nécessitant des réformes profondes initiées par Deng Xiaoping, qui apparaît désormais comme le leader dominant, à partir de la fin des années 1970.

Réformes et ouverture (1978-1989)

Montée de Deng Xiaoping.
La période qui va de 1978 à 1989, marque une transformation radicale de l'économie chinoise sous la direction de Deng Xiaoping, revenu au pouvoir en 1978. Deng est déterminé à moderniser la Chine et à améliorer le niveau de vie de sa population. Il s'agit pour lui de moderniser l'économie à travers l'introduction de réformes de marché, d'ouvrir le pays aux investissements étrangers et aux échanges internationaux et d'améliorer l'efficacité et la productivité agricole et industrielle. La Chine va ainsi passer d'une économie planifiée centralisée à une économie de marché socialiste, intégrant des éléments du capitalisme tout en maintenant le contrôle politique du Parti communiste chinois (PCC).

Réformes économiques.
Un système de responsabilité des ménages est introduit en 1978. Il permet aux paysans de cultiver leurs terres et de vendre les surplus sur le marché libre après avoir rempli les quotas imposés par l'État. Les communes populaires sont progressivement démantelées, et les terres sont redistribuées aux ménages paysans.

Sont également introduits, dans l'industrie, des mécanismes de gestion plus autonomes et de systèmes de responsabilité qui lient la rémunération des gestionnaires à la performance économique. La création de petites et moyennes entreprises privées est encouragée, notamment dans les secteurs non stratégiques.

En 1980, des zones économiques spéciales (ZES) sont établie, comme les villes de Shenzhen, Zhuhai, Shantou et Xiamen. Elles sont destinées à attirer les investissements étrangers grâce à des avantages fiscaux, des infrastructures modernes et des régulations commerciales plus libérales. Ces zones servent de laboratoires pour les réformes économiques et deviennent des moteurs de la croissance.

Enfin, des lois sont adoptées pour favoriser les joint-ventures et les entreprises à capital étranger. Les investissements directs étrangers sont encouragés, afin d'apporter des capitaux, des technologies et des savoir-faire indispensables à la modernisation économique.

Croissance économique rapide.
Le PIB de la Chine connaît une croissance rapide, avec des taux de croissance annuels dépassant souvent les 10 %. Le pays devient progressivement une puissance manufacturière mondiale.  L'augmentation des revenus agricoles et la diversification des opportunités économiques entraînent par ailleurs une amélioration significative du niveau de vie de la population chinoise. Des millions de Chinois sortent de la pauvreté grâce aux réformes économiques.

L'industrialisation et la croissance économique conduisent à une urbanisation rapide, avec une migration massive de la population rurale vers les villes à la recherche de meilleures opportunités économiques. Mais les réformes entraînent aussi des disparités croissantes entre les régions côtières prospères et les régions intérieures moins développées. Les inégalités de revenu augmentent, posant des défis sociaux et politiques. Si bien que, malgré les réformes économiques, le PCC maintient un contrôle strict sur le pouvoir politique, évitant toute ouverture politique significative.  La répression des dissidents et le contrôle des médias et de l'information restent rigoureux.

Manifestations pro-démocratie de la place Tiananmen (1989).
La libéralisation économique conduit à des demandes croissantes de réformes politiques et de libertés individuelles. Les manifestations de la place Tiananmen, à Pékin, en 1989, déclenchées par des étudiants réclamant des réformes politiques et la fin de la corruption, sont violemment réprimées par l'armée, entraînant des milliers de morts.. Cet événement marque une période de durcissement politique. Deng Xiaoping, l'architecte des réformes économiques chinoises, soutient que les réformes économiques doivent se poursuivre malgré la répression politique. Il lance une série de discours et de directives pour relancer l'économie et rassurer les investisseurs étrangers.
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Le massacre de Tiananmen

Les événements de la place Tiananmen, qui se sont déroulés entre avril et juin 1989, dans un contexte de réformes économiques et mécontentement social.  Bien que ces réformes aient conduit à une croissance économique rapide, elles ont également entraîné une inflation élevée, une corruption généralisée et des inégalités croissantes. Le mécontentement social a augmenté, en particulier parmi les étudiants et les intellectuels, qui réclamaient des réformes politiques et une plus grande liberté d'expression.

La mort de Hu Yaobang, en avril  1989, un ancien secrétaire général du Parti communiste chinois favorable à des réformes politiques, déclenche une vague de deuils publics. Des milliers d'étudiants se rassemblent sur la place Tiananmen à Pékin pour rendre hommage à Hu et exprimer leur frustration face à la corruption et au manque de libertés politiques. Au cours des semaines qui suivent, les manifestations sur la place Tiananmen attirent de plus en plus de participants, ouvriers, intellectuels,  habitants de Pékin. Les manifestants demandent des réformes démocratiques, la liberté de la presse et la fin de la corruption. Ils organisent des sit-in, des discours publics et d'autres formes de protestation pacifique.

En mai, Gorbatchev, le dirigeant soviétique, visite la Chine pour normaliser les relations sino-soviétiques. La présence internationale augmente la visibilité des manifestations. Les protestataires érigent une statue appelée la Déesse de la Démocratie sur la place Tiananmen, inspirée de la Statue de la Liberté. Le 20 mai, le gouvernement chinois, sous la houlette du le premier ministre Li Peng et le secrétaire général du Parti Zhao Ziyang, déclare la loi martiale à Pékin et déploie des troupes pour contrôler la situation. Zhao Ziyang, perçu comme sympathisant des manifestants, est écarté du pouvoir.

Les troupes de l'Armée populaire de libération (APL) entrent dans Pékin pour disperser les manifestants. Dans la nuit du 3 au 4 juin, ces troupes utilisent des chars et des armes à feu pour réprimer les protestataires. Le nombre de victimes reste incertain, les estimations variant de plusieurs centaines à plusieurs milliers de morts. Cet événement est connu sous le nom de massacre de Tiananmen.

Après le massacre, le gouvernement chinois lance une campagne de répression contre les dissidents, les activistes et les intellectuels impliqués dans les manifestations. De nombreux dirigeants étudiants sont arrêtés, emprisonnés ou contraints à l'exil. Le gouvernement chinois impose une censure stricte sur toute discussion des événements de Tiananmen. Les références aux manifestations sont systématiquement supprimées des médias et de l'Internet en Chine. Le sujet reste encore aujourd'hui un tabou dans la société chinoise.

Le massacre de Tiananmen suscite une condamnation internationale. Les pays occidentaux imposent des sanctions économiques et suspendent les ventes d'armes à la Chine. Cependant, au fil du temps, les relations économiques se normalisent en raison de l'importance croissante de la Chine dans l'économie mondiale. Le gouvernement chinois a poursuivi les réformes économiques initiées par Deng Xiaoping. La Chine a continué de se transformer en une puissance économique mondiale, tout en maintenant un contrôle politique strict.

Répression et ajustement (1989-1992)

La période de répression et d'ajustement en Chine, qui s'étend approximativement de 1989 à 1992, fait suite aux événements tragiques de la répression des manifestations de la place Tiananmen en 1989. Le pouvoir se consolide et les réformes économiques continuent malgré les pressions internationales et les critiques.

Pour revitaliser les réformes économiques, Deng Xiaoping entreprend en janvier-février 1992 ce qu'on appelle le tour du Sud. Lors de cette tournée, le dirigeant visite plusieurs villes du sud de la Chine, notamment Shenzhen, Zhuhai et Shanghaï, et fait des déclarations en faveur de l'ouverture économique et des réformes de marché. Le message de Deng est le suivant : les réformes économiques doivent se poursuivre et s'accélérer. Il critique implicitement les factions conservatrices au sein du PCC qui sont contre les réformes économiques. Ce tour renforce l'engagement de la Chine envers les réformes économiques et la politique de l'ouverture.

Les restrictions politiques et les violations des droits humains restent des préoccupations majeures, tout comme les inégalités sociales croissantes et les tensions régionales. Mais la répression politique, n'empêche pas la Chine continue d'attirer les investissements étrangers et de développer ses zones économiques spéciales. L'économie chinoise connaît une croissance rapide.

La période voit également une consolidation du pouvoir du PCC sous la direction de Jiang Zemin, qui devient secrétaire général du Parti en 1989 et président de la Chine en 1993. Jiang continue les politiques économiques de Deng Xiaoping tout en maintenant un contrôle politique strict.

Ascension de la Chine sur la scène mondiale (1992-2012)

La tournée de Deng Xiaoping dans le sud de la Chine en 1992 aura marqué un tournant décisif pour les réformes économiques. De 1992 à 2012, la Chine se transforme en une puissance économique et politique mondiale. Cette période est caractérisée par une croissance économique rapide, une modernisation militaire, une diplomatie économique active et des avancées technologiques. La Chine émerge comme un acteur incontournable sur la scène mondiale, tout en maintenant un contrôle politique strict et en cherchant à équilibrer le développement économique avec la stabilité sociale.

Dans les années  2000, sous la direction de Jiang Zemin puis de Hu Jintao, la Chine a modernisé ses forces armées et augmenté ses dépenses militaires. Elle commence également à jouer un rôle plus actif dans les affaires internationales, participant à des missions de maintien de la paix de l'ONU et cherchant à renforcer ses relations avec les pays en développement à travers des initiatives telles que le Forum sur la coopération sino-africaine. 

Au cours des  2000 et début des années 2010, la Chine a lancé plusieurs initiatives de diplomatie économique, telles que la stratégie de "sortie" (Go out) encourageant les entreprises chinoises à investir à l'étranger, et la création de la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (AIIB) en 2013, qui commence à fonctionner en 2016. L'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est un moment clé qui facilite l'intégration de la Chine dans l'économie mondiale. Cette adhésion entraîne une augmentation spectaculaire du commerce international et des investissements étrangers en Chine, propulsant l'économie chinoise vers de nouveaux sommets.

Le pays investit massivement dans la technologie et l'innovation, visant à devenir aussi un leader mondial dans les technologies de l'information, l'intelligence artificielle et les énergies renouvelables. Des entreprises technologiques chinoises comme Huawei, Tencent et Alibaba émergent comme des acteurs mondiaux majeurs.

Les Jeux olympiques de Pékin en août 2008, vont être l'occasion pour la Chine de manifester sa puissance économique et son prestige international. Cet événement est l'occasion pour la Chine de démontrer ses capacités économiques et technologiques, ainsi que sa volonté de jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale.

La crise financière mondiale de 2008-2009 affecte l'économie mondiale, mais la Chine réussit à maintenir une croissance robuste grâce à un plan de relance massif et à des réformes économiques continues. Cette période met en lumière la résilience de l'économie chinoise et aussi le rôle qu'elle peut jouer dans la stabilisation de l'économie mondiale.

Ère Xi Jinping (depuis 2012)

Xi Jinping, qui est devenu le secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) en 2012 et président de la République populaire de Chine en 2013. Il a rapidement consolidé son pouvoir au sein du PCC, assumant également le rôle de président de la Commission militaire centrale. Il a lancé une campagne anti-corruption vaste et systématique, ciblant à la fois des hauts fonctionnaires (tigres) et des cadres de niveau inférieur (mouches). Cette campagne a renforcé son autorité en éliminant des rivaux politiques et en centralisant le pouvoir autour de sa personne.

En 2018, l'Assemblée nationale populaire a adopté des amendements constitutionnels supprimant la limite de deux mandats présidentiels, permettant potentiellement à Xi Jinping de rester au pouvoir indéfiniment.

La Pensée de Xi Jinping sur le socialisme à caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère a été inscrite dans la constitution du PCC, plaçant Xi Jinping au même niveau que Mao Zedong et Deng Xiaoping en termes de contributions idéologiques au Parti. Cette pensée met l'accent sur le rôle central du PCC, le développement économique, la modernisation militaire, et l'influence mondiale de la Chine.

Sous Xi Jinping, le gouvernement chinois a intensifié ses efforts de surveillance et de répression. L'utilisation de technologies de surveillance avancées, comme la reconnaissance faciale et les systèmes de notation sociale, a été largement déployée pour contrôler la population. Les dissidents, les militants des droits humains et les minorités ethniques, notamment les Ouïghours dans la région du Xinjiang, ont été la cible de campagnes de répression sévères. La Chine a également renforcé son contrôle sur Internet et les réseaux sociaux, avec des censures strictes et des réglementations pour restreindre la liberté d'expression en ligne.
 

Les violations des droits humains en Chine

Les violations des droits humains en Chine sont variées et systémiques,. Elles affectent différentes régions et groupes de la société. La répression politique, la surveillance, la censure, et les abus physiques et psychologiques sont des outils couramment utilisés par le gouvernement chinois pour maintenir le contrôle et étouffer la dissidence. 

• Répression au Xinjiang. - La région est soumise à une surveillance omniprésente, avec l'utilisation de technologies avancées de reconnaissance faciale, de collecte de données biométriques et de traçage numérique pour contrôler les populations locales. Des centaines de milliers, voire plus d'un million, de Ouïghours et d'autres minorités musulmanes sont détenus dans des camps dits de rééducation. Les détenus subissent des programmes d'endoctrinement politique, de travail forcé, et des abus physiques et psychologiques. Les mosquées et autres sites culturels sont détruits ou altérés, et des efforts sont faits pour effacer les pratiques religieuses et culturelles des Ouïghours.

• Travail forcé. -  Les rapports publiés par les organisations de défense des droits humains indiquent que des millions de personnes, notamment des Ouïghours, sont soumis au travail forcé dans des camps de travail ou dans des usines produisant des biens pour des entreprises nationales et internationales. Le terme d'esclavage est même appliqué à ces pratiques.

• Persécution religieuse. - Les chrétiens, musulmans, bouddhistes et pratiquants du Falun Gong subissent des restrictions sévères. Les lieux de culte sont détruits, les activités religieuses non autorisées sont interdites, et les leaders religieux sont souvent harcelés ou emprisonnés.

• Répression à Hong Kong. - En 2020, la Chine a imposé une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, criminalisant des actes tels que la sécession, la subversion, le terrorisme et la collusion avec des forces étrangères. Cette loi a conduit à des arrestations massives de militants pro-démocratie, de journalistes et d'opposants politiques. Les manifestations pro-démocratie sont violemment réprimées, les médias sont censurés, et les organisations civiles sont dissoutes ou contraintes de fermer.

• Tibet. -  La Chine exerce un contrôle strict sur le Tibet, réprimant les pratiques religieuses bouddhistes, surveillant les monastères, et détenant des moines et des nonnes pour des motifs politiques. Les politiques chinoises visent à assimiler les Tibétains culturellement et linguistiquement, marginalisant la langue tibétaine et promouvant la migration des Han chinois dans la région.

• Liberté d'expression et d'Internet. - La Chine maintient un strict contrôle sur l'Internet par le biais du Grand Firewall, bloquant l'accès à de nombreux sites étrangers et surveillant les activités en ligne. Les critiques du gouvernement, les discussions sur des sujets sensibles et les informations jugées subversives sont rapidement censurées. Les journalistes, blogueurs, avocats et militants des droits humains qui critiquent le gouvernement ou révèlent des abus sont souvent arrêtés, détenus sans procès équitable, et parfois condamnés à de longues peines de prison.

• Système judiciaire. - Le système judiciaire chinois est fortement influencé par le Parti communiste chinois (PCC). Les accusés, en particulier ceux impliqués dans des affaires politiques, n'ont pas accès à des procès équitables et sont condamnés sur la base d'aveux forcés. Les autorités recourent fréquemment à la détention arbitraire et à la rééducation par le travail sans procédure judiciaire adéquate.

Xi Jinping a poursuivi les réformes économiques tout en mettant l'accent sur la réduction des inégalités et la promotion de la prospérité commune. Les politiques économiques sous Xi visent à équilibrer la croissance économique avec des préoccupations sociales, en réduisant l'écart entre les riches et les pauvres et en promouvant un développement plus équilibré.

Lancée en 2013, l'initiative dite des Nouvelles routes de la soie vise à étendre l'influence économique et géopolitique de la Chine à travers le monde par des investissements massifs dans les infrastructures et la connectivité. Cette initiative comprend des projets dans plus de 60 pays, en Asie, en Europe, en Afrique et en Amérique latine.

La gestion de la pandémie de covid-19 a été un défi majeur pour Xi Jinping. Après les premiers cas à Wuhan, la Chine a imposé des mesures de confinement strictes et a finalement réussi à contrôler la propagation du virus sur son territoire. La Chine a également mené une diplomatie vaccinale en fournissant des vaccins à de nombreux pays en développement.

Sous Xi Jinping, la Chine a considérablement modernisé ses forces armées et renforcé sa présence militaire en mer de Chine méridionale, où elle a construit des bases militaires sur des îles artificielles. Cette expansion militaire a provoqué des tensions avec les États-Unis et d'autres pays de la région, à commencer par Taiwan, que la Chine affirme de manière de plus en plus insitante reprendre sous sa coupe.

La Chine a aussi intensifié ses efforts pour jouer un rôle plus important sur la scène internationale, notamment au sein des Nations Unies et dans des organisations multilatérales. La diplomatie chinoise sous Xi Jinping met l'accent sur la promotion d'un ordre mondial multipolaire et la contestation de l'hégémonie américaine. Les relations sino-américaines sont devenues de plus en plus tendues sous Xi Jinping, marquées par des conflits commerciaux, des différends technologiques et des tensions géopolitiques. La guerre commerciale initiée aux Etats-Unis par l'administration Trump et les restrictions sur les entreprises technologiques chinoises ont exacerbé ces tensions. Et ensuite, le soutien de la Chine à la Russie dans sa guerre contre l'Ukraine peut se comprendre dans ce contexte. les rapports de puissance étant désormais inversés entre la Chine et la Russie, par rapport à ce qu'ils étaient entre la Chine et l'URSS au XXe siècle, la Chine peut désormais utiliser la Russie comme un instrument dans sa confrontation avec l'Occident.


 
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