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L'histoire des Arabes remonte à la plus haute antiquité. Longtemps avant l'Islam, les tribus arabes se divisaient en deux populations : au Sud, la plus ancienne, née dans le Yémen; au Nord, la plus récente, originaire du Hedjaz. Plusieurs royaumes très anciens ont existé dans le Sud (royaumes Himyarites). D'autres Etats se sont formés plus tardivement : celui de Hira dans l'Irak, et celui de Ghassan en Syrie, ainsi que la principauté des Khozaïtes à La Mecque. Les Khozaïtes expulsèrent les Djorhomites et introduisirent dans la Kaaba leur culte. Chefs du culte et maîtres de la Mecque, ils se transmirent le pouvoir de père en fils; mais la tribu des Koréischites le leur enleva vers le milieu du Ve siècle. Mahomet (570 - 632) appartenait aux Koréischites par une branche cadette. Il remplaça les croyances diverses qui se partageaient l'Arabie, par une seule religion, l'Islam, dont il se dit le Prophète. Abou-bekr, Omar, Othman, Ali furent après lui califes (successeurs) électifs et résidèrent en Arabie et leur pouvoir s'étendit sur toute la péninsule. Le califat devint héréditaire avec la dynastie des Omeyyades (661-750). Les Omeyyades transportèrent le siège du califat à Damas. Le règne des Omeyyades correspond à une période d'expansion territoriale fulgurante de l'Empire arabe, qui s'étendit alors de l'Espagne aux confins de la Perse. Mais les Omeyyades furent renversés par les Abbassides (750-1258) qui installèrent leur capitale à Bagdad. La dynastie des Omeyyades survécut cependant en Espagne où elle établit un émirat puis un califat indépendants (756-1031) dont la capitale fut Cordoue. Un grand nombre d'autres États se déclarèrent eux aussi indépendants des Abbassides : notamment, les Aghlabides à Kairouan (800-907), les Toulounides (867-904), puis les Fatimides, revendiquant leur propre califat en Égypte (909-1171). Le califat d'Orient disparut en 1258, et la puissance califale passa aux Turcs. En Espagne, le califat avait été démembré au XIe siècle, mais un dernier royaume musulman, celui de Grenade, y subsista jusqu'en 1492.

Les Arabes sont arrivĂ©s au plus haut point de civilisation Ă  l'Ă©poque abbasside. La poĂ©sie, qui Ă©tait cultivĂ©e depuis l'Ă©poque prĂ©islamique, perdit quelque peu de sa vigueur (il faut se tourner alors vers la littĂ©rature persane pour rencontrer des oeuvres de valeur). Les Arabes pas eu de théâtre, ni de poème Ă©pique proprement dit, quoique le cĂ©lèbre Roman d'Antar s'en rapproche beaucoup. Les Makamat ( = SĂ©ances littĂ©raires) de Hariri, regardĂ©es par les Arabes comme un chef-d'oeuvre d'Ă©loquence, et les Mille et une nuits ont cependant rendu impĂ©rissable la renommĂ©e littĂ©raire des Arabes.  Ajoutons que le nombre des grammairiens, des lexicographes, des commentateurs du Coran, et des scoliastes arabes est immense. L'ouvrage le plus important de jurisprudence est le Guide (HĂ©dâya). Quant aux arts, ils ne furent pas favorisĂ©s par le Coran, qui dĂ©fendait de reprĂ©senter aucune image d'ĂŞtres animĂ©s. Cependant l'architecture des Arabes a laissĂ© de magnifiques monuments; ceux de l'Espagne sont les plus connus, sinon les plus remarquables. La musique eut quelque succès; plusieurs auteurs arabes ont Ă©crit sur la thĂ©orie de cet art. La philosophie, les mathĂ©matiques, l'astronomie, la physique et furent puisĂ©es par les Arabes Ă  des sources Ă©trangères; mais de nombreux ouvrages d'histoire, de gĂ©ographie et de philologie leur appartiennent en propre. La philosophie s'introduisit chez les Arabes sous les Abbassides : Aristote a toujours Ă©tĂ© leur maĂ®tre pour tout ce qui concerne les formes du raisonnement et la mĂ©thode.  Les philosophes arabes cĂ©lèbres sont : Al-Farabi, AI-Gazali, Al-Kindi, Avicenne, Averroès. Les Arabes ont traduit et commentĂ© de bonne heure Euclide, Archimède, Apollonius et PtolĂ©mĂ©e, en y ajoutant beaucoup d'Ă©claircissements tirĂ©s de leurs propres recherches. L'astronomie fut la science qu'ils affectionnèrent le plus. Le calife Al-Mamoun, vers 840, ordonna de fabriquer des instruments d'après les dessins de PtolĂ©mĂ©e, et les premières observations furent faites sous son règne. Le plus cĂ©lèbre des astronomes arabes fut Al-Battani (Albategnius). Pour ce qui concerne la gĂ©ographie, les Arabes ont suivi en gĂ©nĂ©ral la mĂ©thode de PtolĂ©mĂ©e. Notons enfin que c'est par l'intermĂ©diaire des Arabes que la mĂ©decine grecque, surtout Galien, rĂ©gna sur l'Europe du XIIe au XVIe siècle. Parmi les principaux mĂ©decins arabes, on citera MesuĂ©, Rhazès, Avicenne, Albucasis, Averroès.

L'Arabie préislamique

L'histoire des Arabes antérieurs à Mahomet est mal connue en raison de leur faible connexion avec le reste du monde. On peut déduire de l'étude de la langue, de la tradition et d'autres éléments, que l'Arabie a dû être colonisée très tôt par deux rameaux d'une même population. Le premier, au Sud et l'Est de la péninsule (Yémen, Hadramaut et Oman), le second plus au Nord, dans la péninsule.

Les traditions les plus anciennes concernant l'origine du rameau mĂ©ridional suggèrent une immigration d'Afrique qui aurait eu lieu Ă  l'angle Sud-Ouest de la pĂ©ninsule. Les  diverses institutions et coutumes en vigueur dans les rĂ©gions habitĂ©es par les Arabes du Sud, les vestiges de leur dialecte originel (qui est maintenant remplacĂ© par celui de la branche nord), confirment en tout cas des affinitĂ©s avec les populations afrivcaines voisines. La branche Nord, d'autre part, bien qu'ayant une parentĂ© indubitable avec celle du Sud, montre (dans sa langue et Ă  d'autres Ă©gards), tĂ©moigne de plus de traces d'influence asiatique qu'africaine.

Les royaumes himyarites.
Les Arabes mĂ©ridionaux ont Ă©tĂ© les premiers Ă  Ă©tablir un puissance politique considĂ©rable. Un royaume appartenant Ă  ce rameau semble avoir existĂ© dans le Sud pendant plus de 2000 ans, embrassant, lorsqu'il Ă©tait florissant, toute la moitiĂ© Sud de la pĂ©ninsule, et Ă©tendant parfois ses frontières par la conquĂŞte beaucoup plus loin. On sait qu'il y eut effectivement un tel royaume, appelĂ© le royaume du YĂ©men, et ayant sa capitale d'abord Ă  Marib et ensuite Ă  Sanaa; il est cependant difficile de dire combien de temps ce royaume a existĂ©. Ses rois appartenaient Ă  la dynastie himyarite, mais cette appellation himyarite est parfois appliquĂ©e par les auteurs arabes aux classes dirigeantes du rameau mĂ©ridional et parfois Ă  toute la population. Quoi qu'il en soit, le royaume yĂ©mĂ©nite a Ă©tĂ© soumis par les Abyssins pendant plus de 70 ans au VIe siècle, pĂ©riode au cours de laquelle le Christianisme a investi le pays. L'hĂ©ritier du trĂ´ne de la dynastie himyarite a Ă©tĂ© finalement restaurĂ© grâce Ă  l'aide de Chosroes II, roi de Perse (605 ap. JC), mais environ 30 ans plus tard, le royaume fut finalement renversĂ© par les partisans de Mahomet. 
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Stčle préislamique.
Famille de chameliers en voyage.
Stèle préislamique du Sud de l'Arabie.
(Source : Musée du Louvre)

Un autre royaume himyarite Ă©tait celui de Hira sur la rive Ouest du bas Euphrate. Il semble aussi avoir Ă©tendu parfois Ă  la rĂ©gion situĂ©e entre l'Euphrate et le Tigre,. C'est de cet Etat que vient le nom d'Irak Arabi donnĂ© Ă  cette rĂ©gion. Les dates citĂ©es pour la fondation de ce royaume sont très diffĂ©rentes selon les sources. Son renversement se situe au Ve siècle de notre ère. 

Au Ier siècle, le royaume himyarite de Ghassan avait Ă©tĂ© fondĂ© en Basse-Syrie et au Hedjaz. Il a durĂ© jusqu'Ă  l'Ă©poque de Mahomet. 

Le dernier royaume himyarite qu'il convient de mentionner est celui de Kindeh, qui s'est dĂ©tachĂ© de celui de Hira au dĂ©but du IIIe siècle et a durĂ© environ 160 ans. Son emprise s'Ă©tendait sur le nord du Nedjed. 

L'irruption des Romains.
Les forces divisĂ©es des Arabes ne pouvaient pas toujours rĂ©sister avec succès aux armes romaines, et bien que leur pays n'ait jamais Ă©tĂ© complètement rĂ©duit Ă  l'Ă©tat de province, les princes du Nord vivaient au moins dans un Ă©tat de dĂ©pendance vis-Ă -vis des empereurs romains, et Ă©taient considĂ©rĂ©s comme leurs vice-rois. Au Sud, les Romains n'avaient aucune influence. 

Une expédition fut montée contre le Yémen sous le règne d'Auguste (24 av. JC), mais elle échoua complètement. Avec le déclin de l'Empire romain, l'Arabie mena de vigoureuses luttes pour l'indépendance, qui auraient pu facilement être obtenue par l'union des diverses tribus. Mais les peuples arabes restèrent divisés, et se perdirent pendant nombreux siècles en conflits internes, au cours desquels les hautes terres centrales (Nedjed) devinrent le théâtre de joutes chevaleresques si célébrées par les poètes arabes

Chrétiens et Juifs en Arabie.
Le Christianisme a gagnĂ© de bonne heure de nombreux adeptes en Arabie, bien qu'il n'ait jamais rĂ©ussi Ă  bannir entièrement les anciens cultes. Plusieurs Ă©vĂŞchĂ©s chrĂ©tiens furent Ă©tablis et soumis au « mĂ©tropolitain » de Bozrah (auj. Busairah en Jordanie). La ville d'Elhira, près de l'Euphrate, abritait de nombreux ChrĂ©tiens et couvents arabes, et le roi rĂ©gnant, Ennomân-ben-el-mondsir, se convertit au Christianisme peu de temps avant l'Ă©poque de Mahomet. Le conflit des Arabes avec le despotisme romain contribua Ă  attirer dans leur pays nombre de sectes chrĂ©tiennes, entre autres les Monophysites et les Nestoriens, cherchant un refuge contre les persĂ©cutions auxquelles ils Ă©taient soumis par les tenants de l'orthodoxie dans tout l'Orient. 

Les Juifs étaient aussi très nombreux en Arabie après la destruction de Jérusalem, et firent même quelques prosélytes, principalement au Yémen. Les grandes différences entre les diverses sectes produisirent dans l'esprit de beaucoup une indifférence à l'égard de toutes les religions existantes, et furent probablement l'un des principales causes pour lesquelles les doctrines de Mahomet trouvèrent une acceptation si rapide en Arabie.

Mahomet, le fondateur

Avec Mahomet (Mohammed, Muhammad = le LouĂ©), nĂ© Ă  la Mecque en 570, mort en 632, une nouvelle phase s'ouvre dans l'histoire des peuples arabes. Mahomet appartenait aux Mostareb (= ArabisĂ©s), c'est-Ă -dire  aux Arabes du Nord, selon la terminologie employĂ©e par les Arabes mĂ©ridionaux, et parmi les Mostareb Ă  la tribu des KorĂ©ischites (Quraychites). Cette tribu occupait une position de grande influence en Arabie depuis le dĂ©but du Ve siècle, lorsqu'elle Ă©tait parvenue Ă  s'emparer de la ville de La Mecque, qui Ă©tait non seulement une ville d'une grande importance commerciale, mais elle Ă©tait considĂ©rĂ©e comme sacrĂ©e par les Arabes parce qu'elle renfermait le sanctuaire de la Kaaba, destination de longue date d'un pĂ©lerinage. Pendant tout le VIe siècle, les Arabes septentrionaux avaient gĂ©nĂ©ralement accru leur puissance, et au dĂ©but du VIIe, lorsque Mahomet Ă©tait dĂ©jĂ  adulte, ils avait absorbĂ© le royaume de Kindeh, et avaient Ă©tendu leur emprise aux dĂ©pens de celles du YĂ©men, de Hira et de Ghassan. 

Mahomet fut d'abord conducteur de chameaux. Un de ses oncles, Abou Tâleb (Abu Talib), qui s'occupait de commerce, conduisit Mahomet en Syrie en 583, où ce dernier connut un moine nestorien, nommé Bahira, qui l'initia à la connaisssance de l'Ancien Testament. A 16 ans, il assista aux batailles de Nakhla et de Samta, dans la guerre de Fidjar. Sa réputation d'intelligence et de probité, ses avantages personnels, lui acquirent, à 25 ans, la confiance d'une riche veuve Khadîdja, qu'il épousa. Il en eut 3 fils et 4 filles; ses enfants mâles moururent en bas âge. Mahomet avait 35 ans, lorsqu'on reconstruisit la Kaaba endommagée par un incendie; il eut l'honneur d'y poser la pierre noire.

Voyant son oncle Abou-Tâleb dans la gêne, Mahomet se chargea de l'éducation d'Alî son cousin. Peu après, il affranchit et prit pour fils adoptif Zayd, fils de Hâritha, prisonnier de guerre vendu comme esclave. Ce fut à l'âge de 41 ans que Mahomet conçut le projet de réunir en un seul culte les diverses religions qui divisaient alors l'Arabie, le sabéisme, le judaïsme, etc., 611. Il se déclara l'envoyé de Dieu; sa femme crut la première à sa mission prophétique; le jeune Alî y crut ensuite, et, après lui, Zayd. La prédication de l'Islam fut secrète pendant 3 ans. Le nombre des initiés croissant, le mystère fut dévoilé. On porta plainte auprès d'Abou-Tâleb contre Mahomet, qui persévéra dans sa conduite et fut défendu par sa famille. Les nouveaux prosélytes furent persécutés.

La Mecque se divisa en deux camps, les adeptes de l'ancienne religion des Arabes et les Musulmans. Plusieurs de ces derniers, entre autres Othmân (futur calife), s'enfuirent en Abyssinie, en 615. Les KorĂ©ischites, ennemis de Mahomet, envoyèrent une ambassade au nĂ©gus d'Abyssinie, Adhmakha, qui Ă©tait chrĂ©tien, pour rĂ©clamer les rĂ©fugiĂ©s; le roi refusa de les livrer, et, suivant les auteurs arabes, il aurait adoptĂ© en secret leur religion. Omar ('Umar), ennemi acharnĂ© de Mahomet, se convertit Ă  l'Islam. Mahomet et Ă©pousa AĂŻescha, fille d'Abou-Bekr (AbĂ» Bakr). Il acquit des partisans parmi les Arabes de Yathreb, en 620. Les tribus d'Aus et de Khazradj embrassèrent la nouvelle religion. Mahomet choisit parmi elles 12 Nakib ( = dĂ©lĂ©guĂ©s) pour rĂ©pandre sa doctrine. Sa position et celle des Musulmans devenant Ă  la Mecque plus que jamais pĂ©rilleuse, il ordonna Ă  ses disciples de fuir et de se retirer Ă  Yathreb. Quelque temps après, il alla les rejoindre. Sa fuite (hidjra, d'oĂą hĂ©gire) eut lieu le 16 juillet 622, date par laquelle commence le calendrier musulman. Yathreb s'appela dès lors Medinet-al-nabi (= CitĂ© du Prophète), d'oĂą MĂ©dine. Peu après son Ă©tablissement dans cette ville, Mahomet prit les armes contre les KorĂ©ischites, et en triompha Ă  la journĂ©e de Beder, 624. L'annĂ©e suivante, les KorĂ©ĂŻschites battirent les Musulmans près du mont Ohud, 625. 

Mahomet fit des expĂ©ditions heureuses contre diverses tribus, et soumit les Juifs de KhaĂŻbar. Fier de l'accroissement de sa puissance, il ne craignit pas d'essayer ses forces contre les Byzantins, mais il fut battu Ă  Mouta, 620. Une trĂŞve signĂ©e avec les KorĂ©ischites lui permit de conduire ses disciples au pĂ©lerinage de la Mecque. Enfin il s'empara de cette ville en 630, et dĂ©truisit les reprĂ©sentations de divinitĂ©s de la Kaaba. Dans la dixième annĂ©e de l'hĂ©gire, il avait achevĂ© la soumission des tribus du YĂ©men et du Nedjed. Toute l'Arabie Ă©tait soumise au Prophète et lui avait envoyĂ© des ambassades solennelles, lorsqu'il mourut, après une brève maladie. 
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Plan de la Mecque au XVIe sičcle.
Plan de La Mecque 
sur un plafond en céramique du XVIe siècle.

Ainsi, dès 632, la religion De Mahomet avait-elle acquis une solide emprise en Arabie. Après sa mort, ses successeurs commencèrent Ă  la rĂ©pandre par la force des armes au-delĂ  des limites de la pĂ©ninsule. La nation arabe, agissant pour la première fois en tant que corps, devait jouer pendant plusieurs siècles un rĂ´le important dans l'histoire du monde, s'avançant dans une carrière victorieuse au-delĂ  de ses frontières naturelles, pour fonder des empires puissants. 

Le califat d'Orient, 632-1258

Les premiers successeurs de Mahomet.
Abou Bekr.
Après la mort du Prophète, l'Ă©lection d'un successeur occasionna une agitation considĂ©rable, Mahomet n'ayant laissĂ© aucun fils et n'ayant nommĂ© aucun successeur.  Un groupe de dirigeants mĂ©dinois, ainsi que trois des amis proches de Mahomet, ayant Ă  dĂ©cider entre AlĂ®, le cousin et gendre de Mahomet, et Abou Bekr, l'un des premiers croyants et le père de l'Ă©pouse prĂ©fĂ©rĂ©e de Muhammad, AĂŻcha (A'isha  ou Ayesha), choisirent le second pour calife ( = successeur), un titre qui ne clarifiait  en rien ses pouvoirs. Victorieux cependant de ses ennemis intĂ©rieurs, avec l'aide de son gĂ©nĂ©ral, Khaled, « l'ÉpĂ©e de Dieu », Abou Bekr se consacra Ă  rĂ©pandre par les armes les doctrines de Mahomet. Avec pour mot d'ordre conversion ou tribut, une armĂ©e nombreuse, composĂ©e uniquement de volontaires animĂ©s du zèle pour la guerre sainte, pĂ©nĂ©tra en Syrie et en MĂ©sopotamie. Abou Bekr mourut après deux ans et quatre mois.

Omar.
Omar, un autre beau-père du Prophète, devint alors second calife, et sous lui la guerre se poursuivit. Les Musulmans ayant acquis une position solide en Syrie par la capitulation de Bosra, entreprirent, sous Khaled, le siège de Damas, et ayant repoussĂ© deux grandes armĂ©es, envoyĂ©es par l'empereur HĂ©raclius au secours de la ville, ils obtinrent possession par une capitulation (635), dont les termes furent perfidement rompus, Khaled poursuivant et massacrant les ChrĂ©tiens en retraite. L'assujettissement de la Syrie a Ă©tĂ© achevĂ©e (638) par lui et d'autres gĂ©nĂ©raux, mais non sans une rĂ©sistance courageuse sur la part des Byzantins. 

JĂ©rusalem ayant Ă©tĂ© contrainte de se rendre (636), Omar s'y rendit en personne pour fixer les termes de la capitulation, qui servit ensuite de modèle pour rĂ©gler les relations des Musulmans avec les sujet ChrĂ©tiens. Ces termes ont Ă©tĂ© soigneusement observĂ©s par le calife consciencieux. Le nouvel empire perse des Sassanides a Ă©galement Ă©tĂ© renversĂ©, et la MĂ©sopotamie et d'autres rĂ©gions Ă©tendues ont Ă©tĂ© envahies. L'Égypte, qui fut soumise au califat en deux ans (641)par le gĂ©nĂ©ral musulman Amrou. Omar fut le premier Ă  porter l'appellation d'Emir al-Moumenin ( = Prince des Fidèles),  un titre ensuite hĂ©ritĂ© par tous les califes successifs. Beaucoup de ces conquĂŞtes concernaient des populations chrĂ©tiennes qui changeaient facilement de croyance et s'adaptaient Ă  la nouvelle règle.

Othman.
Après le meurtre d'Omar par un esclave (644), un conseil, nommĂ© par lui sur son lit de mort, choisit Othman (Osman), gendre du Prophète, passant au-dessus d'AlĂ®. Sous lui, l'empire des Arabes continua Ă  s'Ă©tendre. De l'Egypte, la conquĂŞte s'avança vers l'Ouest le long de la cĂ´te nord de l'Afrique jusqu'Ă  Ceuta. Chypre (647) et Rhodes (654) furent aussi conquises; mais Chypre a Ă©tĂ© perdue deux ans plus tard. Une agitation contre Othman s'Ă©leva alors, due en partie au fait qu'il favorisait ses propres relations familiales de toutes les manières,  et confiait les provinces, non aux plus capables, mais Ă  ses favoris. Pour beaucoup aussi, les prĂ©tentions d'AlĂ® au califat Ă©taient jugĂ©es supĂ©rieures Ă  celles d'Othman. Les mĂ©contentements ainsi excitĂ©s occasionnèrent une insurrection gĂ©nĂ©rale en l'an 656, qui se termina par la mort d'Othman.

AlĂ®.
AlĂ®, le gendre du Prophète par Fatimâ, un homme cultivĂ©, et l'auteur d'un recueil de sentences ou de maximes morales, est devenu, le quatrième calife, par le choix du peuple de MĂ©dine, et est considĂ©rĂ© comme le premier possesseur lĂ©gitime de la dignitĂ© par une partie des Musulmans, ce qui, Ă  leurs yeux, lui donne, ainsi qu'Ă  son fils, Hassan, une dignitĂ© presque Ă©gale Ă  celle Prophète. Cette croyance est celle des Chiites, (appellation donnĂ©e d'après le terme arabe Shi'at Ali ( = Parti d'Ali), devenus majoritaires en Iran et en Irak, mais aussi prĂ©sents dans d'autres pays, au YĂ©men, par exemple. La division entre Chiites et Sunnites  (= Orthodoxes), auxquels ils sont dĂ©finis par opposition,  reste encore aujourd'hui une ligne fracture majeure chez les Musulmans. 

Au lieu de pouvoir continuer les conquĂŞtes de ses prĂ©dĂ©cesseurs, AlĂ® a toujours dĂ» faire face Ă  des ennemis nationaux, Ă  commencer, dès sa nomminantion au poste de calife, Ă  AĂŻcha, la veuve de Mahomet, et Ă  deux des proches compagnons de celui-ci, Tellah, Zobeir, et surtout au puissant Moawiya (Moawyiah ou Mu'awiya), gouverneur de la Syrie, qui tous revendiquaient le gouvernement. AlĂ® parvint Ă  les vaincre lors de la bataille dite du chameau (656), ainsi appelĂ©e parce que les combats faisaient rage autour du chameau sur lequel AĂŻsha Ă©tait assise sur une selle de femme fermĂ©e. Les vaincus ne renonçèrent pas pour autant. Ils rĂ©ussirent Ă  crĂ©er des soupçons et diffuser l'idĂ©es selon laquelle AlĂ® aurait Ă©tĂ© l'organisateur du meurtre d'Othman. AlĂ® s'efforça en vain de rĂ©primer les machinations de ses ennemis en confiant le gouvernement des provinces Ă  ses amis. 

Nulle part les nouveaux gouverneurs ne furent acceptĂ©s. Les mĂ©contents rassemblèrent une armĂ©e et se rendirent maĂ®tres de Bassorah. AlĂ® sortit vainqueur de l'affrontement; Tellah et Zobeir tombèrent; mais le calife ne put empĂŞcher Moawiyah et son ami Amrou d'Ă©tendre leur parti et de se maintenir en Syrie, en Égypte et mĂŞme dans une partie de l'Arabie. Trois hommes de la secte des Kharidjites proposèrent de rĂ©tablir la concorde entre les fidèles, en tuant chacune des trois tĂŞtes des parties; AlĂ®, Moawiyah et Amrou; mais AlĂ® seul tomba (661). 

Hassan.
Le doux et paisible Hassan, fils d'Alî, n'avait aucune envie de défendre le califat contre l'infatigable Moawiyah; un traité fut conclu entre les deux, par lequel Hassan abdiqua solennellement le gouvernement (661). Quelques années plus tard, il périt sous l'effet d'un poison qui lui, aurait été administré par l'une de ses femmes à l'instigation de Moawiyah. Quoi qu'il en soit, c'est ce dernier qui fut le premier bénéficiaire de cette en succédant à Hassan.

Le califat d'Orient (632-1258) 

Les Omeyyades d'Orient.
Les quatre successeurs immĂ©diats de Mohammed (Mahomet), connus dans l'historiographie arabe sous le nom de califes orthodoxes (râchidoun), avaient tenu leur autoritĂ© d'une Ă©lection. Avec Moawiya, c'est le califat hĂ©rĂ©ditaire qui sera instituĂ©. Moawiya appartient Ă  la famille des Banu Omeyya ou Omeyyades, du nom de Omeyya, arrière grand-père de Moawiyah. Ce sera le nom de la nouvelle dynastie au pouvoir. Au dĂ©but du VIIe siècle, les Banu Omeyya occupaient Ă  La Mecque le premier rang. Le triomphe de l'Islam le leur avait fait perdre; mais ils s'efforcèrent de le reconquĂ©rir, dans les trente annĂ©es qui suivirent la mort du Prophète. Ils y travaillèrent sourdement sous les califats d'Abou Bakr, d'Omar et d'Othman, et l'on peut  considĂ©rer le triomphe des Omeyyades comme la triple revanche du vieux paganisme arabe sur l'Islam, des KoraĂŻschites sur le Prophète et sa famille, des populations conquises de Syrie sur les populations conquĂ©rantes de l'Arabie. D'ailleurs, les califes de cette dynastie abandonnèrent sans retour les villes saintes de La Mecque et de MĂ©dine, et firent de Damas leur rĂ©sidence et la capitale de l'Empire.

La branche aînée des Banu Omeyya, arrivée au pouvoir avec Moawyia, fournit trois califes qui se succédèrent de père en fils : Moawvia Ier (664-680), Yezid ler (680-683), Moawyia II (683-684). A l'intérieur, les règnes de ces princes furent troublés par des révoltes des Alides (= partisans d'Alî). La plus grave, survenue sous Yezid Ier, eut pour épilogue le meurtre de Hosain (Hussein), fils d'Alî. A l'extérieur, cette première période de la dynastie omeyyade fut marquée par des expéditions contre Byzance, et des conquêtes en Asie Mineure, dans le Maghreb, en Espagne

Moawyia II mourut sans postérité; son frère Khalid, seul héritier de la branche aînée, était encore en bas âge. A ce moment, Abd allah ibn Zobaïr venait de lever dans le Hedjaz l'étendard de la révolte : il s'était fait reconnaître comme calife par les habitants des deux villes saintes. La situation des Omeyyades semblait plus critique encore qu'au temps de Moawvia Ier. Leurs partisans appelèrent au pouvoir Merwan, fils d'Hakem, fils d'Aboul Abbas, fils d'Omeyya, qui, il est vrai, appartenait à la branche cadette de la famille, mais était un homme d'âge mûr, et père d'une nombreuse postérité. Merwan ne régna qu'une année (684-685). Après lui, le pouvoir se transmit à dix de ses descendants, dans l'ordre suivant :

Abd el Malik (685-705); Walid ler (705-715); SolaĂŻman (715-717); Omar Il (717-720); Yezid II (719-724); Hicham Ier (724-743); Walid II (743-744); Yezid III (744); Ibrahim (744); Merwan II (744-750). 
C'est sous Abd el Malik (Abd-el-Mélek) que la dynastie omeyyade atteint son apogée : le long règne de ce prince est illustré par de nouvelles conquêtes en Afrique et en Transoxiane. La défaite et la mort d'Abd allah ibn Zobaïr ramènent définitivement le Hidjaz sous l'obéissance de la cour de Damas.

Sous les Omeyyades, l'Empire arabe n'a cessĂ© de se transformer. La thĂ©ocratie guerrière, rĂŞvĂ©e par le Prophète et ses deux premiers successeurs, a tendu Ă  devenir une monarchie temporelle. L'Etat musulman s'organise, ses fonctions se multiplient. De cette Ă©poque datent plusieurs institutions, dĂ©sormais rouages essentiels du gouvernement des califes :  les bureaux de la chancellerie, le vizirat, le service des postes. Pour la première fois, des monnaies sont frappĂ©es avec des lĂ©gendes en caractères arabes (La Numismatique musulmane); un cĂ©rĂ©monial de cour est adoptĂ©.

Cependant la dynastie des Omeyyades avait, à l'origine même de son élévation, un principe de ruine. Un parti nombreux n'avait pas cessé de les considérer comme des usurpateurs. On n'oubliait pas que, pour conserver un pouvoir illégitimement acquis, ils avaient versé le sang du petit-fils du Prophète. Aussi longtemps que les descendants d'Alî s'appuyèrent sur les populations de l'Irak et de la Mésopotamie et ne tentèrent que des soulèvements isolés, les Omeyyades n'eurent pas de peine à triompher de ces rivaux; mais ils succombèrent lorsqu'une vaste révolte s'organisa contre eux à l'instigation de la puissante, famille d'Abbas. Ces Abbasides, qui devaient s'emparer du califat après la chute des Omeyyades, se montrèrent (au début) les plus chauds partisans des Alides, leurs cousins. C'est comme champions de la légitimité qu'ils triomphèrent avec l'assistance de toute une province de l'Empire, la Perse. Ce que les Syriens avaient fait pour les descendants d'Omeyya, les Persans le firent pour les descendants d'Abbas; ils se vengèrent de la conquête en imposant aux conquérants une nouvelle dynastie.

Après la mort de Hicham  Ier (Hescham), la dĂ©cadence des Omeyyades se prĂ©cipite. Des discordes intestines ensanglantent les règnes Ă©phĂ©mères de Walid II, de Yezid III, d'Ibrahim et hâtent encore la chute du califat de Damas. Ibrahim ne reste au pouvoir que quelques jours; il en est chassĂ© par son cousin Merwan, petit-fils de Merwan Ier. ProclamĂ© calife, Merwan II, malgrĂ© son Ă©nergie et ses talents, ne peut rĂ©ussir Ă  relever la fortune de sa maison; pendant sept annĂ©es, il prolonge inutilement la lutte. Les Abbassides lui arrachent une Ă  une toutes les provinces de l'Empire; Ă  la fin, les Syriens eux-mĂŞmes l'abandonnent. 

Sa dĂ©faite et sa mort (750) consomment la ruine de la dynastie omeyyade. Le premier des califes abbassides, Aboul Abbas as-Saffah, après son Ă©lĂ©vation au trĂ´ne, ordonne un massacre gĂ©nĂ©ral des Banu Omeyya. Un membre de cette infortunĂ©e famille, Abd-er-rahman, Ă©chappe cependant Ă  la mort, se rĂ©fugie en Espagne, et fonde dans ce pays une deuxième dynastie omeyyade (Le Califat de Cordoue). 

L'Islam en Afrique.
Vers la même époque, l'Islam africain se consolide et se répand. Les révoltes berbères contre la domination arabe ont conduit à l'apparition après 740 des cités-États de Sijilmasa et Tahert sur la frange nord du Sahara. Les croyances kharidjites des dirigeants de ces États ont interféré avec leur commerce terrestre est-ouest et les ont conduits à développer le premier commerce régulier à travers le désert du Sahara. Une fois que les commerçants se sont tournés vers le désert, ils ont découvert que les locuteurs berbères du sud du Sahara transportaient déjà du sel du désert dans la région du Sahel. Les commerçants du nord ont découvert qu'ils pouvaient échanger du sel contre de l'or en fournissant aux nomades du sud, qui contrôlaient les gisements de sel mais avaient peu d'utilité pour l'or, et des produits plus utiles, tels que le cuivre et les produits manufacturés. Sijilmasa et Tahert sont devenues des villes riches. Leurs anciennes monnaies d'or circulaient jusqu'en Égypte et en Syrie. Le premier bénéficiaire subsaharien connu du nouveau système d'échange a été le royaume du Ghana. Celui-ci apparaît pour la première fois dans un texte arabe de la fin du VIIIe siècle sous le nom de « pays de l'or ». Peu de détails subsistent sur les premières années de ce royaume, qui a été établi par le peuple Soninké et couvrait des parties du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal, mais il a prospéré jusqu'en 1076, date à laquelle il a été conquis par des nomades du désert. Ce fut l'une des premières terres hors de l'orbite du califat à connaître une conversion progressive et pacifique à l'Islam.

Les Abbassides (750-1258).
La rĂ©bellion qui avait portĂ© les Abbassides Ă  la tĂŞte du califat avait commencĂ© parmi les Arabes semi-persanisĂ©s du Khorasan (Nord-Est de l'actuel Iran). De nombreux Chiites avaient soutenu cette rĂ©bellion, pensant qu'ils se battaient pour la famille d'AlĂ®. Il s'est avĂ©rĂ© que la famille d'Abbas, liĂ©e Ă  celle de Mahomet, contrĂ´lait l'organisation secrète qui coordonnait la rĂ©volte, si bien que la victoire Ă©chappa aux Chiites, mĂŞme la famille d'AlĂ® entretint longtemps des liens avec celle d'Abbas. 

Mohammed ibn Alî ibn Abd-Allah ibn Abbâs, duquel la dynastie des Abbassides tire son nom, fut reconnu secrètement imâm à la mort d'Aboû-Hichâm, un des petits-fils d'Alî, qui, assure-t-on, lui aurait légué ce titre. A la mort de Mohammed, son frère et successeur, Ibrâhim avait essayé de joindre à cette autorité purement spirituelle l'exercice du pouvoir temporel, mais il avait été arrêté et mis en prison par Moawiya Il et ce fut seulement quelques années plus tard, en 750, que Aboû'l-Abbas Abd-Allah, frère d'lbrâhim s'était fait proclamer calife à Koûfa et avait réussi à renverser la dynastie omeyyade. Marwân Il , on l'a vu, avait été tué et toute sa famille massacrée.

Le siège de la nouvelle dynastie, après avoir Ă©tĂ© successivement Ă  Anbar et Ă  KoĂ»fa, fut enfin dĂ©finitivement fixĂ© Ă  Bagdad (762), ville fondĂ©e par Al-MansoĂ»r (754-775), successeur d'AboĂ»'l-Abbâs. La cour, le gouvernement, l'administration, dans leurs pratiques et dans leur apparat et leur cĂ©rĂ©monial, subirent Ă  partir de ce moment l'influence de la civilisation perse, et mĂŞme de la civilisation byzantine. La gestion des affaires de l'Etat passa entre les mains des vizirs (ministres), tandis que le calife cultivait une forme d'inaccessibilitĂ©. 
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Aboul Abbas.
Aboû'l-Abbâs recevant le serment d'allégeance de
représentants de la ville de Koûfa. Miniature du XVe siècle. (British Museum).

Cette organisation administrative nouvelle assura la prospĂ©ritĂ© de leurs Etats et les encouragements donnĂ©s aux lettres aussi bien qu'Ă  l'industrie et Ă  l'agriculture firent de le califat abbasside un centre de civilisation très brillant pendant la fin du VIIIe, et la première moitiĂ© du IXe siècle. Cette Ă©poque fut d'un tel Ă©clat que le siècle d'HaroĂ»n-ar-Rachid  (786-809)  pourrait, sans trop d'exagĂ©ration, ĂŞtre comparĂ© aux siècles de PĂ©riclès ou d'Auguste

Les noms des califes Al-MansoĂ»r, HaroĂ»n ar-Rachid et Al-MamoĂ»n sont restĂ©s populaires aussi bien en pays d'Islam, qu'en Europe. Mais dĂ©jĂ  Ă  l'Ă©poque de ces califes, les manifestations de forces centrifuges travaillaient l'empire arabe. Ses diverses provinces n'avaient ni les mĂŞmes besoins, ni les mĂŞmes aspirations, elles n'Ă©taient pas habitĂ©es par une population unique, tandis que le pouvoir central, en  l'absence d'une loi de succession au trĂ´ne, ne pouvait rĂ©ellement affirmer sa lĂ©gitimitĂ©.

Plusieurs pouvoirs locaux, portĂ©s par des dynasties naissantes, revendiquent ainsi leur autonomie, voire leur indĂ©pendance et mènent parfois aussi leurs propres guerres de conquĂŞtes (Les dynasties musulmanes au Moyen âge). Au Maghreb, on voit apparaĂ®tre dès le dĂ©but du IXe siècle, la dynastie berbère des RostĂ©mides de Tiaret, celle des Edrissites de Fès (808-930),celle des Aghlabides de Kairouan (801-909). En Egypte, trois dynasties vont se disputer le pouvoir au Xe siècle, les Toulounides (868-905) d'abord, puis les Ikshidides (935-969), ces derniers renversĂ©s par les Fatimides (969-1171). En Orient, la dynastie des Hamdanides de Mossoul et d'Alep (890-1003) Ă©tend son pouvoir sur la MĂ©sopotamie. Les Bouides ou Bouyides (932-1055), originaires du Kurdistan, reconstruisent en MĂ©sopotamie et dans le Fars, l'identitĂ© perse autour du Chiisme duodĂ©cimain. Issue du Khorassan  la dynastie des Tahirides (820-873) Ă©tend son emprise sur les rĂ©gions voisines. En 875, la dynastie des Samanides (819-999),  auparavant vassale de la des Tahirides, Ă©tablit une cour Ă©tincelante Ă  Boukhara, grande ville de la route de la soie. Les langue y Ă©tait le persan Ă©crit en lettres arabes. Pour la première fois, une littĂ©rature non arabe (La LittĂ©rature persane) s'est Ă©levĂ©e pour dĂ©fier l'Ă©minence de l'arabe dans le monde musulman.

A Bagdad mĂŞme, l'instabilitĂ© guettait chaque fois que se faisait jour la question successorale. Des factions sans nombre se groupaient autour des divers reprĂ©sentants de la famille abbâsside et se disputaient le trĂ´ne au nom de soi-disant hĂ©ritiers prĂ©somptifs. Dans ce climat rĂ©current et se mĂ©fiant de ses gĂ©nĂ©raux et des troupes des rĂ©gions pĂ©riphĂ©riques, Motawakkel (Al-Moutawakkil, 861-862) eut la funeste idĂ©e de se crĂ©er une garde particulière d'esclaves turks(mamelouks), achetĂ©s en Asie centrale et Ă©tablis comme une armĂ©e permanente, bien entraĂ®nĂ©e, mais coĂ»teuse. Cette milice turbulente acquit bientĂ´t une telle influence qu'elle disposa du trĂ´ne et contribua ainsi d'une manière active Ă  l'oeuvre de dĂ©sagrĂ©gation de l'empire. 

Plus tard, Râdhi partagea son pouvoir déjà affaibli avec une sorte de maire du palais, l'emir al-oumarâ ( = l'émir des émirs), qui ne laissa au calife que la puissance spirituelle. En 945, après plusieurs tentatives pour trouver un homme fort pour le sauver, le califat abbasside tomba sous le contrôle des puissants Bouides, entre lesquels restera le titre d'emir al-oumarâ, qui signifiait qu'ils furent désormais les vrais détenteurs du pouvoir.

Les Bouides conquirent l'Ouest de l'Iran ainsi que l'Irak. Chaque commandant bouide dirigeait sa propre principauté. Il ne resta bientôt plus aux Abbâssides que la ville de Bagdad, et une suzeraineté presque fictive sur les Etats formés aux dépens de leur empire démembré. Étant chiites, les Bouides n'avaient aucune révérence particulière pour le calife sunnite. Les enseignements chiites qu'ils suivaient soutenaient que le douzième et dernier imam avait disparu vers 873 et ne reviendrait en tant que messie qu'à la fin des temps. Ainsi, ils n'avaient pas d'imam chiite à qui s'en remettre et n'ont conservé le calife que pour aider à contrôler leurs sujets à prédominance sunnite.

La lame de fond turco-mongole. 
Les populations turques du Nord de la Perse placĂ©es sous l'autoritĂ© du califat avaient vu comme ailleurs surgir en leur sein des familles puissantes aux vĂ©llĂ©itĂ©s d'indĂ©pendance. L'ilkhân du Turkestan, s'Ă©tait ainsi emparĂ© du Khorassan oĂą il avait renversĂ©  renversĂ© les Samanides. Il fut  Ă  son tour expulsĂ© par Mahmoud, prince de Ghazni, qui y fonda la domination des GhaznĂ©vides (998). Cette dynastie fut renversĂ©e (1030) Ă  son tour par les Turks seldjoukides  Leur chef, Togrul Beg, qui s'Ă©tait arrogĂ© le titre arabe de sultan, signifiant « pouvoir », et le titre persan ressuscitĂ© de chahan-chah, ou roi des rois, conquit Ă©galement  le Kharezm, la GĂ©orgie et l'Irak perse. AppelĂ© Ă  l'aide par le calife Kajem Bemeillah, Ă  Bagdad, contre la tyrannie des Ă©mirs Bouides, Togrul Beg devint Ă©mir lui-mĂŞme en 1055. Son pouvoir s'Ă©tendit alors du Nord de l'Afghanistan Ă  Bagdad. Togrul Beg transmit Ă  son neveu, Alp Arslan (qui  vaincra et fera prisonnier l'empereur grec Romanus Diogène), la dignitĂ© d'Ă©mir al-omra, et Ă , partir de ce moment, la domination des Turks fut fermement Ă©tablie sur tous les Musulmans.  Le calife de Bagdad Ă©tait reconnu seulement comme le souverain spirituel.

Les Seldjoukides ont poussĂ© en Syrie et en Anatolie, administrant un coup mortel au pouvoir byzantin lors de la bataille de Manzikert en 1071. L'armĂ©e byzantine s'est repliĂ©e sur Constantinople, laissant l'Anatolie ouverte Ă  l'occupation turque. Les princes turcs, qui aspiraient Ă  ĂŞtre souverains dans les autres provinces, se contentèrent d'abord du titre d'atabek ( = père, maĂ®tre), comme les atabeks d'Irak et de Syrie, d'AzerbaĂŻdjan, du Farsistan (Perse occidentale) et du Laristan. C'Ă©taient les atabeks de Syrie et d'Irak avec lesquels les CroisĂ©s avaient principalement Ă  lutter. Le premier s'appelait Imad ed-Din Zenghi (Sanguin, pour les Francs). Il Ă©tablit un pouvoir fort Ă  Damas. Les sultans seldjoukides d'Irak furent renversĂ©s en 1194 par les Ouzbeks du Kharezm; ceux du Khorassan Ă©taient dĂ©jĂ  Ă©teints. Il ne restait au dĂ©but du XIIIe siècle des dominations seldjoukides que l'empire d'Iconium (Konya) ou de Roum , en Asie Mineure, d'oĂą le futur Empire ottoman  allait tirer son origine.

Les sultans du Kharezm Ă©tendirent leurs conquĂŞtes loin en Asie, jusqu'Ă  ce que leurs territoires soient envahis par les Mongols et leurs alliĂ©s sous Gengis Khân, en 1220. Ils furent enfin totalement dĂ©truit par son fils DjagataĂŻ. sous le calife El-Mostasim (1242-1258), Bagdad devint la proie facile d'une horde mongole de HoĂ»lâgoĂ», en 1258, par la trahison du vizir al-KamĂ® (al-QamĂ®), et d'un esclave, Amram.  Le 5 fĂ©vrier, Bagdad fut emportĂ©e d'assaut et saccagĂ©e sept jours durant par 150,000 Mongols. HoĂ»lâgoĂ»  fit Ă©trangler le calife et mit ainsi fin au califat abbâsside en mĂŞme temps qu'Ă  la pĂ©riode la plus brillante de l'histoire arabe. 

Les Abbâssides avaient adopté la couleur noire pour leurs vêtements et leurs drapeaux. De 750 à 1258, ils ont fourni 37 califes :

AboĂ»'l-Abbas Abd Allah-as-Saffâh (750-754); AI-MansoĂ»r (775); AI-Mahdi (785); Al-Hâdi (786); HaroĂ»n-ar-Rachid (809); Al-AmĂ®n (813); Al-Mamoun (833); AI-Moutasim (842); Al-Wathiq (847); Al-Moutawakkil (861); Al-Mountasir (862); Al-MoustaĂŻn (866);  Al-Motazz (869); Al-Mouhtadi (870); Al-Moutamid (892); Al-Moutadhid (902); Al-Mouktafi (908); Al-Mouqtadir (932); Al-Qâhir (934); Ar-Râdhi (940); Al-MoultaqĂ® (944); AI-Moustakfi (946); Al-MoutĂ® (974); At-Tâi (991); Al-Qâdir (1031); Al-Qâîm (1075); Al-Mouqtadi (1094); Al-Moustatuhir (1118); Al-Moustarchid (1135); Ar-RâchĂ®d (1136); Al-Mouqtafi (1160); Al-Moustandjid (1170); Al-MoustadhĂ® (1180); An-Nâsir (1225); Ath-Thâhir (1226); Al-Moustansir (1243); Al-Moustasim (1258).
La dynastie abbâsside, cependant, devait se perpétuer pendant encore 280 ans. Un fils du calife Ath-Thâhir, échappé au fer des Mongols, alla chercher un asile à la cour des sultans mamelouks d'Egypte. Bibars (1260- 1277) l'accueillit et le fit proclamer calife sous le nom d'El-Mostansir. Ses successeurs, au nombre de seize, héritèrent de ce titre illusoire et, comme lui, restèrent en Egypte sans influence. Cette ombre de souveraineté subsista jusqu'à la conquête de l'Egypte par les Turco-Mongols. En 1517, le dernier de ces califes nominaux fut transporté à Istanbul et mourut, après son retour en Égypte en 1538. Le pouvoir spirituel de calife revint dès lors au sultan ottoman' Selim ler. Il le transféra à ses successeurs qui le conservèrent jusqu'au lendemain de la Première Guerre mondiale. Cette suprématie spirituelle sur tous les Musulmans revendiquée par les Ottomans fut toutefois peu considérée en dehors de leurs propres dominions et fortement contestée par les Perses.

L'Ă©mirat et califat de Cordoue (califat d'Occident), 756-1031

Les Arabes franchirent le détroit de Gibraltar en 711. Ils refoulèrent les Wisigoths vers le nord et les renfermèrent dans les montagnes des Asturies; en 719, ceux-ci ne possédaient que le petit royaume d'Asturies (nommé plus tard royaume d'Oviédo, et ensuite de Léon). La plus grande partie de la Péninsule ibérique fut alors, sous le nom Al-Andalus, une province du grand empire des califes omeyyades de Damas.

A la suite de la rĂ©volution abbasside Ă  Damas, l'Omeyyade Abd al-Rahman Ier , jusque-lĂ  vice-roi des califes d'Orient en Espagne se dĂ©clara indĂ©pendant. En 756, il fit de Cordoue la capitale de son Ă©mirat. Sous ce prince et ses successeurs, Cordoue parvint au plus haut degrĂ© de splendeur, tant par ses richesses et ses monuments, que par l'Ă©clat de ses Ă©coles et la rĂ©putation de ses savants. SĂ©ville, Tolède (l'ancienne capitale des Wisigoths) et d'autres villes se dĂ©veloppèrent aussi considĂ©rablement devenant beaucoup plus grandes et plus riches que les villes contemporaines de la France voisine. Une culture origina e s'Ă©panouit alors en Espagne, mĂŞlant les traditions romaines, germaniques et juives Ă  celles des Arabes et Berbères. 

Il a fallu attendre 929, pour qu'Abd er-Rahman III (912-961) prenne officiellement titre de calife. Cet acte rĂ©pondait Ă  une dĂ©claration similaire du dirigeant fatimide nouvellement Ă©tabli (909) en Tunisie. La puissance califale est restĂ©e Ă  son sommet jusqu'au règne d'Almanzor (977-1002). Mais, victime depuis 1008 de mouvements sĂ©paratistes et de disputes successorales, le califat de Cordoue cessa d'exister en 1031, après 275 ans d'existence. Il se dĂ©membra en plusieurs Ă©mirats ( = royaumes) antagonistes, qu'on appelait des taĂŻfas ( = factions) ou royaumes de taĂŻfa, qui se partagèrent jusqu'en 1086 une grande partie de la PĂ©ninsule ibĂ©rique. Citons parmi ces petits Ă©mirats : Cordoue SĂ©ville, JaĂ«n, Carmone, Niebla, l'Algarve, AlgĂ©siras, Murcie, Orihuela, Valence, Denia, Tortosa, LĂ©rida, Saragosse, Huesca, Tolède, Badajoz, Lisbonne, Majorque, Grenade. 

Les taïfas furent, pour certains détruits par les avancées des Chrétiens, et pour d'autres subjugués, par les troupes de la dynastie berbère des Almoravides (1086-1147), appelés à la rescousse justement pour combattre les avancées d'Alphonse VII de Castille. A partir de 1203, et jusqu'en 1266, les Almohades une autre dynastie venue d'Afrique s'impose sur la Péninsule ibérique, mais elle tombera sous les coups combinés des armées chrétiennes et aussi arabes.

Cordoue, devenue la capitale du royaume musulman de Tolède-et-Cordoue avait été prise en 1236 par Ferdinand III, roi de Castille et de Léon qui la réunit à ses États. Le dernier royaume musulman d'Espagne, celui de Grenade, tomba aux mains des Rois catholiques en 1492.

Voici la liste des Ă©mirs et califes de Cordoue : 

Emirs : Abd-er-Rahman ler (756-788); Hicham Ier (788-796); El Hakam ler (796-822); Abd-er-Rahman II (822-852); Mohammed Ier (852-886); Eld-Moundhir (886-888); Abd allah (888-912). 

Califes : Abd-er-Rahman III (912-961); El Hakam II (961-976); Hicham II (976-1009; 1010-1013); Mohammed Mahdy (1009-1010); SolaĂŻman (1013-1016); Ad-er-Rahman IV Mourtada (1018); Abd-er-Rahman V (1023-1024); Mohammed II Moustakfy (1024-1025); Hicham III Moutadd (1027).

Le califat fatimide, 909-1171

Le nom de la dynastie des Fatimides vient de ce que son fondateur, Mahdi-Obaidallah ou ObeĂŻd-Allâh el-Mahdi (909-934) affirmait qu'il descendait de Fatima, fille du Prophète, et d'IsmaĂ«l (Isma'il), petit-fils d'AlĂ®. Ce qui rend cette dynastie particulièrement intĂ©ressante, c'est qu'elle reprĂ©sente l'Ă©lĂ©ment chiite de l'Islam qui continue de prĂ©tendre qu'AlĂ® et ses deux fils auraient dĂ» ĂŞtre reconnus comme les seuls califes lĂ©gitimes. 

Tous les Chiites Ă©taient d'accord pour qu'un descendant de cette famille soit calife, mais comme il n'y avait pas de principe de primogĂ©niture, il y a eu une grande divergence d'opinion quant Ă  savoir quel descendant avait le droit le plus lĂ©gitime. Cette divergence d'opinion donna naissance parmi les Chiites Ă  de nombreuses sectes, dont l'une, celle des IsmaĂ©liens, prĂ©tendait que la souverainetĂ© Ă©tait dĂ©volue Ă  IsmaĂ«l, fils de Jafar al-Sadik, arrière-arrière-petit-fils d'AlĂ®, par l'intermĂ©diaire de son second fils, Hussein. De cette secte, Abou Abd Allah, connu sous le nom d'ach-Chi'i ( = le Chiite) , avait Ă©tĂ© le premier Ă  s'implanter au Maghreb dans la tribu berbère de Kitama, après y avoir Ă©tĂ© invitĂ© par un de leurs chefs qui l'avait rencontrĂ© lors d'un pèlerinage Ă  la Mecque. Il commença Ă  faire sentir son pouvoir en 895 et parvint progressivement Ă  Ă©branler complètement le pouvoir des Aghlabides. Une fois sa position assurĂ©e, il invita Obeidallah, qui Ă©tait alors le chef des IsmaĂ«liens, Ă  le rejoindre et Ă  se faire proclamer Mahdi ( = Messie). 

Les Abbassides, dans la crainte constante de l'Ă©mergence de mahdis chiites, surveillèrent les mouvements d'Obeidallah, et après de nombreuses persĂ©cutions rĂ©ussirent Ă  le jeter en prison. Il resta dans la prison de Sijilmasa pendant trois ans. Ce n'est qu'en 909 qu'ach-Chi'i rĂ©ussit Ă  le libĂ©rer et Ă  le proclamer Mahdi. Les ennemis des Chiites ajoutent aux doutes sur la lĂ©gitimitĂ© des revendications fatimides en affirmant que ce n'est pas le vĂ©ritable Obeidallah qui a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© par ach-Chi'i, mais un Juif qui s'est fait passer pour lui, le vĂ©ritable Obeidallah ayant dĂ©jĂ  Ă©tĂ© mis Ă  mort. 

Quoi qu'il en soit, un homme prĂ©tendant ĂŞtre Obeidallah devint le chef des Fatimides et imposa les doctrines chiites au peuple. Peu de temps après peu de temps après, une querelle Ă©clata entre Obeidallah et ach-Chi'i, qui se soldera par le meurtre de ce dernier. En 913, les soulèvements dus Ă  ce meurtre ayant Ă©tĂ© rĂ©primĂ©s, Obeidallah rĂ©ussit Ă  mettre de l'ordre dans son royaume. Il construisit une nouvelle capitale au sud-sud-est de Kairawan (Kairouan), oĂą il mourut en 933, après avoir fait deux vaines tentatives pour prendre l'Égypte aux Abbassides. 

Ses successeurs, son fils El-Qâim (Kaiem-Aboul-Kacem) et son petit-fils Isma'il (qui prit le titre d'el-MansoĂ»r ou Almanzor, 945), furent troublĂ©s par les soulèvements d'Abou Yazid Makhlad al-Zenati, qui ne fut vaincu qu'en 947. Le reste du règne de d'el-MansoĂ»r fut consacrĂ© Ă  la consolidation de son royaume.  Ce n'est que sous le règne de Abou Tamin Ma'ad, qui portait le titre de MouĂŻzz-Ledinillah et qui Ă©tait le fils d'el-MansoĂ»r, que l'autoritĂ© de cette dynastie commença Ă  s'Ă©tendre. MouĂŻzz-Ledinillah, alors calife Ă  Tunis, subjugua l'Egypte en 969, et fonda Le Caire, dont il fit le siège de son califat. Il y avait, par consĂ©quent, Ă  cette Ă©poque trois califes, Ă  Bagdâd, au Caire et Ă  Cordoue, - dont chacun dĂ©clarait les autres hĂ©rĂ©tiques. De nombreuses tentatives furent aussi faites pour conquĂ©rir la Syrie, mais les Fatimides n'obtinrent jamais qu'une emprise temporaire sur ce pays. Ils furent finalement entièrement chassĂ©s par les Seldjoukides en 1076. Peu de temps avant, les Zirides (972-1167), vassaux des Fatimides en AlgĂ©rie, s'Ă©taient dĂ©clarĂ©s indĂ©pendants (1041).Si bien que l'Égypte fut Ă  cette Ă©poque la seule terre Ă  rester aux Fatimides. 

Après la mort de MouĂŻzz-Ledinillah  (al-Mu'izz), son fils el-Aziz, assurera son pouvoir par une politique prudente et dĂ©libĂ©rĂ©e et une organisation minutieuse du mĂ©canisme de l'administration et des finances. Les Fatimides purent ainsi maintenir quelques annĂ©es leur haute position; mais celle-ci s'Ă©roda peu Ă  peu quand ils remirent tous les soins du gouvernement entre les mains de leurs vizirs. Leur puissance dĂ©clina et leurs vastes territoires fondirent. Le troisième calife, el-Hakim (Hakem-Biamrillah), persĂ©cuta les Sunnites, ainsi que les Juifs et les ChrĂ©tiens. Il fonda une acadĂ©mie au Caire et la dota en grande partie, mais y rattacha une sociĂ©tĂ© secrète pour la diffusion des opinions ismaĂ©liennes. Le système enseignĂ©, avec des modifications considĂ©rables, a trouvĂ© un foyer parmi les Druzes. Mais au final, al-Hakim s'est rĂ©vĂ©lĂ© ĂŞtre un puissant despote. Un mystère entoure sa mort. Certains prĂ©tendent qu'il a Ă©tĂ© assassinĂ© par sa soeur (qui est devenue rĂ©gente après sa disparition)  d'autres que, se rendant compte qu'il perdait le pouvoir, il aurait choisi de disparaĂ®tre. Il devint ainsi aux yeux de beaucoup le Mahdi cachĂ© en vĂ©ritĂ©, et les Druzes attendent toujours son retour. 

El-Hakim fut suivi de rĂ©gents tyranniques et de califes faibles qui rĂ©ussirent Ă  saper le pouvoir de cette dynastie autrefois puissante.Sans doute, ici et lĂ , un homme fort montera-t-il au front, tentera de rĂ©tablir l'ordre, et de reconquĂ©rir les provinces perdues, mais pour l'essentiel, cette pĂ©riode du règne des Fatimides est faite de jalousies et d'assassinats. La fin de la dynastie fut comme une consĂ©quence des Croisades : le calife fatimide d'Egypte el-Adhid, menacĂ© par les Francs, demanda de l'aide au fils de le fils de Zenghi, l'atabek de Mossoul et de Syrie Nour-Eddin (Noradin), qui dĂ©lĂ©gua dans le pays une armĂ©e bientĂ´t commandĂ©e par un Kurde, le cĂ©lèbre Salah-al-Din (Saladin), qui allait s'illustrer dans les Croisades. A la mort du calife, le malheureux Adhid-Ledinillah (qui rĂ©gnait depuis 1160), Saladin s'empara du pouvoir et supprima le califat. La dynastie (sunnite) qui commença avec lui fut appelĂ©e, Ayyoubite (ou Ayyoubide) (L'Egypte ayyoĂ»bite), du nom de Ayyoub, le père de Saladin. Les Ayyoubites tombèrent dans les travers des Abbassides, et furent finalement supplantĂ©s par leur garde turque, qui constitua entre 1254 et 1517 deux dynasties dites des Mamelouks (Les Mamelouks turcomans bahrites, de 1254 Ă  1382,  et Mamelouks circassiens bourdjites, de 1382 Ă  1517). Après eux, le pouvoir en Egypte passa aux Ottomans, qui rĂ©unirent le pays Ă  leur empire.

Califes fatimides :

Au Maghreb : ObeĂŻd-Allâh el-Mahdi, 910; El-Qâim, 934; El-MansoĂ»r, 945; El-MouĂŻzz, 952. En Egypte  : El-MouĂŻzz, 968; El-Aziz, 975; El-Hakim, 996; Ed-Dhâhir, 1020; El-Mostansir, 1035; El-Mostali, 1094; El-Amir, 1101; El-Hâfiz, 1130; Ed-Dhâàfir, 1149; El-Fâïz, 1154; El-Adhid, 1160-1171.

La civilisation musulmane

La société musulmane médiévale.
Mahomet a complètement transformĂ© la sociĂ©tĂ© arabe qui, avant lui, n'avait d'autre règle qu'un droit coutumier oĂą prĂ©dominait la force. 

La société musulmane est essentiellernent égalitaire. La seule classe privilégiée (on ne saurait parler d'aristocratie) est celle des descendants du Prophète par sa fille Fâtima, mariée à son cousin germain 'Alî, fils d'Abou-Tâlib. On les appelle, suivant les pays, séyyid «-seigneur » ou chérîf « noble ». A côté d'eux, les chefs d'ordre religieux (chéîkh) sont, depuis le XIIe siècle, l'objet d'une vénération particulière due au culte des saints qui s'est superposé à l'Islam primitif, mais constitue aux yeux des Musulmans rigides une innovation condamnable.

La famille.
Avec l'Islam,  la sociĂ©tĂ© a pour base la famille, substituĂ©e au clan primitif (Le droit musulman). La famille est placĂ©e sous l'autoritĂ© du père; sa femme et ses enfants lui doivent une soumission complète. En revanche, il pourvoit Ă  l'entretien de la maison; il est tenu de nourrir ses enfants jusqu'au moment oĂą ils peuvent gagner leur vie. Les garçons sont Ă©levĂ©s par la mère jusqu'Ă  l'âge de sept ans, puis par le père, qui les confie gĂ©nĂ©ralement Ă  des maĂ®tres chargĂ©s de leur enseigner la lecture et l'Ă©criture. Les filles continuent d'habiter le harem jusqu'Ă  leur mariage.

Le Coran a posé une limite à la polygamie. Si la cohabitation avec les servantes est permise en tout temps, le mari ne doit, en règle générale, avoir qu'une seule femme; mais, s'il ne peut s'en contenter, il est libre d'en prendre une seconde, une troisième et même une quatrième, toutes légitimes; toutefois, il est tenu de constituer par contrat un douaire à chacune, et chacune a un appartement séparé. Dans ces conditions, la polygamie, même restreinte, est restée rare.

Le régime conjugal est la séparation de biens absolue; les biens propres de chacun des époux ne se confondent jamais, et la femme choisit un fondé de pouvoirs pour l'administration du douaire et des autres biens qu'elle a pu acquérir par son industrie ou par voie de succession. Elle en dispose librement, puisqu'ils sont sa propriété personnelle. Toutefois, les époux héritant l'un de l'autre, elle ne peut aliéner à titre gratuit plus du tiers de son avoir.

Le divorce est admis comme le mariage, mais les droits des époux ne sont pas égaux. Le mari peut répudier sa femme sans autre formalité; la femme doit recourir à la justice; mais la répudiation entraîne pour le mari l'obligation de verser la seconde moitié du douaire (la première moitié ayant été acquittée lors de la conclusion du contrat), soit immédiatement, soit à un très bref délai sur injonction du juge.

Le mariage, contrat purement civil, se traite par procureurs en présence de témoins : l'acte est dressé par le juge faisant fonction de notaire. Il est d'usage qu'un imâm (Titres et fonctions dans le monde arabo-musulman) ou célébrant de la mosquée voisine y soit présent et prononce une prière, qui suffit à donner à la cérémonie un caractère religieux; mais l'acte est valide sans sa présence.
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Hariri : Un couple arabe face ŕ un chef religieux.
Une femme et son mari face à un chef religieux accompagné d'un esclave.
Illustration du Maqamat de al-Hariri. (Bnf).

Les hommes et les femmes vivent séparément, et c'est là une grande caractéristique de la société musulmane médiévale. Aussi la maison est-elle divisée en deux parties distinctes; une pièce est ouverte à tout visiteur : c'est la salle de réception des étrangers; les autres appartements sont fermés à toute autre personne que les femmes ou les proches parents, tels que le père, les fils, les frères de la femme : c'est proprement le harem. Cet espace réservé est également fermé aux investigations de la justice, et bien des crimes sont restés impunis de ce chef. Le harem n'est violé qu'à l'occasion de troubles politiques.

Les femmes n'assistent pas aux offices, et c'est seulement quand les hommes sont absents qu'elles font leurs dévotions à la mosquée; les cinq prières canoniques obligatoires se pratiquent a la maison.

Dans la dévolution des héritages, la femme n'a droit qu'à la moitié d'une part virile. Cette disposition paraît singulière si l'on n'en recherche pas l'origine. Or, dans l'Arabie préislamique, la femme n'héritait jamais; les biens laissés par le défunt appartenaient à celui de ses parents qui était assez puissant pour se mettre lui-même en possession; en attribuant à la femme une demi-part, Mahomet lui apportait au moins une amélioration de la situation antérieure. Il y a deux sortes d'héritiers : les héritiers universels, les réservataires. L'homme libre peut disposer par testament du tiers de ses biens.

Les obligations religieuses.
Les articles de foi sont au nombre de cinq : la prière canonique, le jeûne, la dîme aumônière, le pèlerinage, la guerre sainte :

• La prière canonique est la récitation de formules invariables, accompagnée de gestes fixés par la tradition (station debout, inclinaison du haut du corps, prosternation); il y en a cinq par jour : la première avant le lever de l'aurore, la seconde un peu après-midi (pour les Musulmans, c'est la première de la journée, la précédente étant dite alors qu'il fait encore nuit) , la troisième à l' `Açr, entre trois et quatre heures de l'après-midi, selon les saisons; la quatrième au coucher du soleil; la cinquième à la nuit complète, environ une heure et demie après le coucher du soleil. Elles sont toutes précédées d'une ablution qui consiste à se passer de l'eau sur les deux mains, le visage et les bras jusqu'au coude. L'orant a le visage tourné dans la direction de La Mecque (qibla) .
• Le jeĂ»ne consiste Ă  s'abstenir de manger, de boire, de fumer, d'avoir des rapports sexuels depuis la clartĂ© Ă  peine naissante du jour jusqu'au coucher du soleil; il dure pendant tout le mois de ramadân. L'Islam  ayant adoptĂ© le calendrier lunaire, le mois de ramadân tombe successivement dans toutes les saisons de l'annĂ©e, de sorte qu'en Ă©tĂ©, avec les jours longs et les nuits courtes, le jeĂ»ne est excessivement pĂ©nible. On se restaure la nuit venue; et les nuits du ramadân sont comme autant de fĂŞtes. Le mois suivant (chawwâl) dĂ©bute par une grande fĂŞte de trois jours, celle de la rupture du jeĂ»ne, appelĂ©e aussi « la petite fĂŞte ».

• La dîme aumônière (zakât) est une taxe des pauvres, destinée à légitimer la possession des richesses. Originairement payable en nature, elle est, en principe, du dixième, mais, en fait, chacun la fixe selon sa conscience. L'aumône volontaire (çadaqa) n'est soumise à aucune règle.

• Le pèlerinage (hadjdj) doit s'accomplir durant un mois déterminé de l'année, le dernier du calendrier lunaire, qui porte pour cette raison le nom de dhou'l hidjdja; le 10 dudit mois a lieu la fête des Sacrifices ou « grande fête », où tout adepte est tenu de sacrifier un animal domestique, mouton ou chameau. A partir du moment où le pèlerin franchit la limite du territoire sacré, il revêt un pagne composé de deux pièces de coton sans couture, dont il s'enveloppe dernier souvenir des temps du paganisme, où les tournées rituelles autour de la Ka'ba se faisaient sans vêtements d'aucune sorte. Les cérémonies qui se déroulent à La Mecque sont assez compliquées et exigent la présence d'un cicerone spécial, appelé motawwif (celui qui fait faire les tournées, ou tawâf

• Le jihad (= l'effort) est une notion qui porte en elle l'idĂ©e d'engagement, d'investissement de soi (en direction de Dieu) et renvoie d'abord au devoir de solidaritĂ©. Mais cet « effort sacrĂ© »  est le plus souvent interprĂ©tĂ© comme un devoir collectif (fard al-kifâya) et, partant, comme synonyme de guerre sainte. Ainsi comprise cette obligation a Ă©tĂ© le grand levier des conquĂŞtes musulmanes. Sous le couvert d'expĂ©ditions destinĂ©es a ramener l'humanitĂ© entière au culte du Dieu unique, elle a Ă©tĂ© le prĂ©texte de razzias qui n'Ă©taient en rĂ©alitĂ© qu'une chasse aux esclaves, depuis les guerres des califes contre les Turks de l'Asie centrale jusqu'aux luttes des Ottomans, contre l'Empire d'Allemagne, aux incursions des pirates barbaresques sur les cĂ´tes septentrionales de la mer MĂ©diterranĂ©e, aux entreprises des trafiquants d'esclaves contre les habitants de l'Afrique subsaharienne. Cependant, dès l'Ă©poque de Mahomet, on a posĂ© des règles strictes pour l'administration des prises. Le butin fait par chaque combattant est rapportĂ© Ă  une masse dont le cinquième, qui est la part de Dieu, alimente une caisse spĂ©ciale pour l'entretien des descendants du Prophète, des orphelins, des pauvres et des voyageurs.

Institutions politiques et administratives.
Le Prophète cumulait tous les pouvoirs, jugeait tout, réglementait tout. Quand il disparut, ses successeurs ne purent suffire à administrer un Empire qui, par des conquêtes rapides, devenait de plus en plus vaste. Ils durent déléguer une partie de leurs pouvoirs à certains de leurs sujets, qui reçurent à cet effet une investiture spéciale.

Aux armées, Abou-Bekr et 'Omar ne commandèrent pas en personne, mais, suivant l'exemple donné par Mahomet, ils eurent sous leurs ordres des généraux. Lorsqu'une province était conquise et sa tranquillité assurée par des campements permanents de troupes régulières (djound) , l'administration civile en était confiée à un délégué du calife, l' `amil (agent) , chargé surtout de la perception des impôts, dont le produit était, pour la plus grande part, transporté dans la capitale.

Le Coran , on l'a dit, avait posé les bases du partage du butin et affecté certains biens à l'entretien des pauvres, des orphelins, des voyageurs, des membres de la famille du Prophète. Celui-ci procédait lui-même à cette affectation, sans contrôle; mais l'extension des conquêtes et l'affluence à Médine de véritables richesses contraignirent 'Omar à instituer un bureau chargé de tenir compte des ressources de l'État. Lorsque les armées musulmanes se furent installées en Syrie, en Égypte et en Perse, elles trouvèrent, dans les deux premières, l'administration byzantine aux mains de fonctionnaires syriens et coptes, dans la troisième des scribes qui se servaient de l'écriture pehlvie. Les Arabes les conservèrent tout d'abord, ne sachant par qui les remplacer. Dans la suite, les registres furent tenus en écriture arabe, mais on conserva les mêmes employés en possession de la tradition administrative.

Le calife, avec la complication et la multiplicité des affaires, ne put longtemps assurer seul les fonctions de juge. L'Arabie préislamique n'avait connu que des arbitres (hakam) pour régler les différends : on institua un juge unique, auquel on donna le nom de qâdhi ( = celui qui décide), chargé de trancher sans appel les cas qui lui étaient soumis et de dresser les actes authentiques pour lesquels son ministère était requis : il était à la fois juge de paix et notaire. Les décisions de ces qâdhis formèrent la base de la jurisprudence musulmane élaborée plus tard, sous l'influence du droit romain de l'époque de Justinien, par les quatre écoles orthodoxes (hanéfite, chaféite, malékite, hanbalite) . Ces écoles fondèrent leur enseignement sur le texte du Coran, interprété au moyen de l'exemple du Prophète (sunna) , en y adjoignant le consensus des docteurs de la loi (idjmâ') pour les cas controversés et non prévus par le Livre sacré (Les branches de l'Islam).

Le pouvoir du Prophète, inspiré directement par la divinité, était autocratique par essence; mais quand l'autorité passa des Omeyyades aux Abbassides, c'est-à-dire lorsque l'Empire exclusivement arabe des premiers se fractionna et reçut, en Orient du moins, un caractère nettement persan, le calife prit la succession des Sâssânides disparus; il devint un souverain despotique et vénéré jusqu'à l'adoration; il vécut retiré dans son palais, à l'écart du peuple, sauf pour les cérémonies officielles et les réceptions d'étiquette. Aussi dut-il charger de l'administration un haut fonctionnaire, auquel on donna le titre, persan d'origine, de vizir ou wazîr (pehlvi vîtchîr) . Responsable vis-à-vis du calife et révocable ad nutum, le vizir dirigeait, à titre de fondé de pouvoirs, les affaires de l'État. Son autorité fléchit devant l'importance que se donnèrent les esclaves turks, et, après la création de l'émir-el-omarâ, il ne fut plus guère qu'un agent d'exécution.

Les plaintes qui ne cessaient d'affluer des provinces, où les gouverneurs, véritables satrapes ou vice-rois, agissaient souvent en dehors du pouvoir central (on en vit qui fondèrent des dynasties vassales peu à peu indépendantes), motivèrent la création à Bagdad d'un tribunal spécial, le nazhar el-mazhâlim (inspection des extorsions). Ainsi fut créé un second degré de juridiction, alors que le code musulman n'en admettait qu'un : par la prise à partie, cette cour de cassation put annihiler des jugements iniques dus à l'insuffisance ou à la prévarication des magistrats. La création de grands-qâdhis (qâdhi-'lqoudhât) n'eut d'autre objet que de faire choisir par les magistrats supérieurs les magistrats de rang moins élevé.

L'État avait trouvé organisée la poste aux chevaux (latin veredus, d'où l'arabe barîd) chez les Romains et les Perses, destinée au transport rapide des courriers. Les voyageurs furent autorisés à s'en servir par le calife omeyyade 'Abd-el-Mélik. Les directeurs de la poste dans les provinces furent en outre chargés de tenir secrètement l'autorité centrale au courant de ce que tramaient les gouverneurs ce furent des espions officiels, héritiers de ceux qu'on appelait « les yeux et les oreilles » du Grand Roi, au temps des Achémenides.

Les théoriciens du droit réservent au calife le titre d'imâm, qui est celui du fonctionnaire religieux présidant à la prière et dont les assistants doivent suivre les mouvements, réglés par la tradition. C'est que cette présidence était historiquement la fonction principale du successeur du Prophète. Quand il mourut, la première question qui se posa fut celle de savoir qui dirigerait dorénavant la prière canonique, devoir primordial auquel nul croyant ne saurait se soustraire et qui se renouvelle cinq fois par jour; toutes les autres prérogatives découlent de celles-là. Le titre d'émir el-mou' minîn que prirent les califes signifie « chef militaire des croyants », ou, pour adopter la traduction de Galland, « commandeur des croyants ».

L'intronisation du souverain s'opèrait par une cérémonie particulière nommée beï'a; le peuple de la capitale reconnaissait sa qualité en plaçant ses mains dans les siennes.

Le mot sultan est employé dans le Coran avec le sens de « puissance » qu'il a en hébreu et en araméen, et signifie « pouvoir exécutif » : la chancellerie de Bagdad l'a d'abord appliqué à un vassal turk qui s'était rendu indépendant en Afghanistan, Yémîn-ed-daula Mahmoûd, fils de Subuk-Tékin, de la dynastie des Ghaznévides.

L'Ă©conomie.
L'agriculture.
Les vallĂ©es de l'Euphrate et du Nil, les plaines littorales de l'Espagne, les terrasses de Syrie Ă©taient extraordinairement riches aux  IXe et Xe siècles. Ainsi l'on comptait le long du Guadalquivir 12.000 villes ou villages; Cordoue avait 500.000 habitants, 112.000 maisons, 3000 mosquĂ©es.

Les Arabes, au temps de Mahomet, Ă©taient, sauf peut-ĂŞtre ceux du YĂ©men, d'assez mĂ©diocres cultivateurs. Mais ils admirèrent et imitèrent les procĂ©dĂ©s de culture usitĂ©s en MĂ©sopotamie et en Égypte. Ils introduisirent en Espagne l'art de l'irrigation et créèrent les admirables huertas (= jardins) de Valence et de Murcie, en construisant des rĂ©servoirs au dĂ©bouchĂ© des vallĂ©es dans la plaine, des aqueducs, des canaux et des rigoles pour distribuer de tous cĂ´tĂ©s l'eau et la vie. Le « tribunal des eaux » de Valence fut instituĂ© pour assurer une rĂ©partition Ă©quitable de l'eau fĂ©condante dans les champs. 

Les Arabes aimaient les fleurs et les fruits; Mahomet se figurait le Paradis comme un beau verger ombreux et parfumé. Aussi la culture des fleurs et des arbres fruitiers devint-elle chez eux une véritable science. Ils introduisirent en Europe le camélia et le jasmin, l'abricotier, le pêcher, les melons, le palmier et l'oranger. Ils étaient attentifs aussi à la culture des légumes, des céréales, des plantes industrielles, et importèrent les asperges, les artichauts, les haricots, le riz, le coton, la canne à sucre.

L'industrie.
Les Arabes étaient depuis longtemps d'habiles fabricants d'armes. Ils apprirent en Perse et en Inde de nouvelles industries. Ils devinrent très habiles dans l'art de travailler le marbre, les métaux, les produits textiles. Damas fut célèbre pour ses aciers trempés, Tolède pour ses armes blanches ses cuirasses et ses cottes de mailles fines et résistantes à la fois. On fabriquait des soieries et des tapis à Damas, à Valence, Grenade, Séville, des mousselines à Mossoul qui leur a donné son nom des cuirs à Cordoue (du nom de cette ville est venu le mot cordouanier, cordonnier), du papier de soie à Samarcande, puis à Bagdad, du papier de chanvre et du lin, des faïences en Espagne, des sucreries, des sirops, des essences d'un bout à l'autre de l'Empire.

Ce qui caractérisait l'industrie arabe, c'était moins l'intensité de la production que sa qualité, son fini, son élégance artistique. Les armures de Tolède, les armes de Damas étaient ornées de ciselures et d'incrustations d'argent, d'or, de nacre et d'ivoire. Les vases, les lampes, les meubles, les portes étaient finement ciselés. Les tapis aux vives couleurs, les faïences et les porcelaines recouvertes d'un vernis aux reflets métalliques ou ornées de peintures, les aiguières de cristal et d'albâtre étaient de véritables oeuvres d'art.

Le commerce.
Le commerce arabe était prospère pour trois raisons : l'immense étendue de l'Empire le mettait en contact avec toutes les parties du monde connu l'Inde, la Chine, Byzance, le Soudan, l'Europe occidentale. Le luxe des califes et des riches obligeait les marchands à chercher de tous côtés les produits rares. Enfin les musulmans n'avaient pas, contre le commerce et les bénéfices qu'il procure, les préjugés répandus en Europe par la noblesse et par l'Eglise.

Les vaisseaux parcouraient en tous sens la mer Méditerranée et l'océan Indien; les boutres arabes apportaient par le golfe Arabo-Persique, Bassorah et Bagdad ou par Aden et Alexandrie les soieries et les épices d'Extrême-Orient. Les caravanes allaient en Chine par l'Asie centrale, au Soudan à travers le Sahara. Elles apportaient de l'Afrique centrale l'ivoire, l'or et les esclaves. Dans les bazars (= marchés) des grandes villes venaient s'entasser toutes les marchandises du monde connu.

L'art musulman.
La culture arabo-musulmane, qui depuis des dĂ©buts insignifiants dĂ©veloppa sa puissance militaire avec une très grande rapiditĂ© au VIIe siècle, en subjuguant presque toute l'Asie occidentale, l'Afrique du Nord, l'Espagne et plus tard la Sicile et la Sardaigne, Ă©tait au dĂ©but presque entièrement dĂ©pourvue d'art. Ce sont les Arabes (avec les Berbères en Espagne) qui ont menĂ© ces conquĂŞtes. Comme les Mongols et les Turks, plus tard concernĂ©s par les progrès de l'Islam, les Arabes et les Maures furent d'abord entièrement dĂ©pendants pour leur art, et surtout pour leur architecture des peuples qu'ils conquĂ©raient  (Syriens, Assyriens, ArmĂ©niens, Perses, Grecs byzantins, Coptes d'Égypte, ChrĂ©tiens de l'Afrique du Nord, Espagnols et Siciliens, tous chrĂ©tiens sauf les Perses). Mais les conquĂ©rants ont imposĂ© Ă  leurs bâtisseurs et artistes chrĂ©tiens et persans des programmes et des exigences spĂ©ciaux en raison de leur foi, et au cours des siècles se sont dĂ©veloppĂ©es des prĂ©dilections tout Ă  fait propres, qui ont donnĂ© Ă  tous leurs arts un caractère oriental très diffĂ©rent de celui des arts occidentaux dont ils Ă©taient issus. 

Le développement de cet art a eu lieu au début du Moyen Âge, lorsque la culture européenne émergeait lentement et douloureusement du chaos des siècles après la chute de Rome. Elle a produit une civilisation et un art qui ont prospéré avec un éclat extraordinaire. Bagdad, Le Caire, Cordoue, Grenade, Tolède, Kairouan et d'autres villes d'Arabie, de Perse, d'Espagne et d'Afrique du Nord, furent pendant quelques siècles plus splendides que n'importe quelle ville européenne en dehors de Constantinople. Les universités musulmanes étaient de grands centres d'apprentissage ; les Arabes cultivaient avec enthousiasme les mathématiques et la philosophie, et les arts textiles, la céramique et la métallurgie étaient portés à un degré de perfection si élevé qu'ils ont puissamment affecté l'art européen jusqu'au XVIe siècle.

DĂ©veloppement historique.
Au cours des VIIe et VIIIe siècles, la première mosquĂ©e d'Omar Ă  JĂ©rusalem (dont l'actuelle dite « mosquĂ©e d'Omar », en rĂ©alitĂ© le Kubbet-es-Sakhra, est un successeur beaucoup plus tardif), et celle appelĂ©e el-Aksah, construite sur la mĂŞme esplanade, les mosquĂ©es d'AmroĂ» au Caire et d'el-Walid Ă  Damas et la Grande MosquĂ©e de Cordoue avaient Ă©tĂ© construites. Aux IXe et Xe siècles la cĂ©lèbre mosquĂ©e de Kairouan, les mosquĂ©es d'Ibn ToĂ»loĂ»n et d'el-Azhar au Caire et celle de Cordoue s'agrandit considĂ©rablement. 

Sous la dynastie Fatimide, qui succéda aux Touloûnides en Égypte en 969, commença la pratique d'ériger des dômes sur les tombes et les chambres sépulcrales, et le premier minaret fut construit au Caire. Mais la plus grande activité architecturale dans cette ville passée sous les sultans ayyoubides et mamelouks des XIIIe et XIVe siècles, auxquels appartiennent les splendides mosquées de Kalaûn (1284), Hassan (1356), Barkûk (1384), Muayyad (1415) et Kaït Bey (1465), et l'ensemble remarquable de coupoles et de minarets tombes du quartier de Karafah, communément appelées les tombeaux des califes et des mamelouks.
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Céramique arabe.
Céramique arabe de la fin du XIIe siècle
(Musée Victoria et Albert de Londres).

Le point culminant de l'architecture hispano-mauresque est venu un peu plus tôt, assez singulièrement pendant la période de désintégration du pouvoir maure en Espagne. La célèbre tour de la Giralda à Séville (1160), les alcazars ou châteaux-palais de Séville et de Malaga (1181-1310) et l'Alhambra de Grenade (1248-1306) sont les produits les plus connus de cette époque.

Bien que l'Iran ait Ă©tĂ© tĂ´t subjuguĂ© par les Arabes, presque tous les premiers monuments de l'architecture perse n'ont ont Ă©tĂ© dĂ©truits que lors des invasions mogholes du XIe au XIIIe siècles. La reprise de l'architecture y fut lente jusqu'Ă  l'avènement de la dynastie soufie en 1478, date Ă  laquelle s'ensuivit un renouveau remarquable de tous les arts dans les villes d'Ispahan, Aminabad, Hamadan, Shiraz, Tabriz, etc., avec la construction de grands  bazars, caravansĂ©rails, ponts et mosquĂ©es, et un grand dĂ©veloppement de l'art dĂ©coratif sur les tissus imprimĂ©s, la cĂ©ramique et l'enluminure des manuscrits.

En Inde, l'influence musulmane a été tardive, graduelle et incomplete, ni la religion hindoue, ni l'art indigène indien n'ont jamais été éteints, même dans les régions les plus longtemps soumises à l'Islam. L'Inde du Nord a été conquise en partie en 1192 et a développé un style dans lequel les formes perses et hindoues sont inséparablement mélangées, comme dans le vieux Delhi ou à Ajmer, dans le Rajasthan. Dans d'autres provinces, au cours des trois siècles suivants, des mosquées et des palais musulmans ont été construits dans divers styles locaux; mais ce sont les sultans moghols (1494-1706), qui en Inde comme en Perse développèrent les arts, y compris l'architecture, avec le plus grand faste, notamment dans les magnifiques mosquées, palais et tombeaux de Bijapûr (Vijayapura), Allahabad, Lucknow, Delhi et Agra. Pendant cette période, les conceptions et les influences persanes sont dominantes, mais les traditions hindoues sont également manifestes.

La Turquie fut le dernier des empires musulmans à développer un art caractéristique. Les Turcs seldjoukides qui s'étaient installés en Asie Mineure au XIe siècle, et avaient construit une capitale notable à Iconium (Konya) sous l'influence de l'art persan, furent supplantés par les Turcs ottomans en 1299 sous Osman, le fondateur de cette dynastie. Par la prise de Constantinople en 1453 (après avoir capturé Andrinople (Edirne) près d'un siècle plus tôt), les Turcs sont devenus les maîtres de l'Empire byzantin. Le développement artistique qui en résulte montre un mélange d'éléments arabes, persans et byzantins, ces derniers prédominant dans l'architecture des mosquées, bâties sur le modèle de Sainte-Sophie.

En Chine, en partie islamisĂ©e, l'influence musulmane a Ă©tĂ© trop faible pour produire un art musulman  caractĂ©ristique.

Architecture et arts décoratifs.
Ce n'est pas dans le Coran, mais dans les entretiens de Mahomet, recueillis par ses disciples et transmis parmi les docteurs de la loi, que les idoles et les images ont Ă©tĂ© frappĂ©es de rĂ©probation. Si la peinture des.ĂŞtres vivants et la statuaire ont Ă©tĂ© proscrites, il faut bien avouer que les Musulmans n'ont pas observĂ© la loi : car les Arabes eurent des artistes distinguĂ©s et des Ă©coles en renom, et Makrizi nous apprend qu'il avait Ă©crit la biographie des peintres. Suivant Mouradja-d'Ohsson, les portes de la mosquĂ©e construite Ă  JĂ©rusalem par le calife Abd-el-Melek (685- 705) Ă©taient dĂ©corĂ©es d'images du Prophète; sur les murs intĂ©rieurs on avait peint diverses scènes de l'Enfer et du Paradis : c'Ă©tait, sans doute, l'ouvrage d'artistes byzantins, ainsi que la monnaie qui porte l'effigie du mĂŞme calife. Mais des Arabes imitèrent les peintres venus de Constantinople ou de la Grèce : les images de Mahomet, des personnages de l'Ancien Testament, des califes, des grands capitaines, des poètes cĂ©lèbres, se multiplièrent dans les pays musulmans de l'Orient; les ateliers de Behnessa, de Kalmoun, de Dabik, de Damas, etc., s'en emparèrent pour les reproduire sur les soieries, les velours et les tapis. 

On représenta également sur les tissus tantôt des chasses, des fêtes, des concerts, des danses, tantôt des combats, des luttes, des festins. Au Xe siècle fleurirent plusieurs peintres fameux Ibn-Aziz de Bassorah; Kasir, originaire de l'Irak; Abou Bekr Mohammed, fils d'Hassan; Ahmed ben-Youçouf, Mohammed ben-Mohammed, etc. Yazouri, vizir de l'Égypte à la même époque, recherchait les manuscrits à miniatures, dont les auteurs pouvaient rivaliser avec les imagiers de l'Occident. Le goût des Musulmans pour la peinture fut durable; car Tamerlan forma à Samarcande un véritable musée, dont les peintures les plus estimées étaient d'Abdalhy, artiste de Bagdad. Chardin vit en Perse beaucoup de portraits auxquels les rigoristes sectateurs du Prophète avaient enlevé l'oeil gauche, pensant éluder ainsi la loi, en ne conservant que des images infidèles à la réalité. De vastes scènes étaient peintes à Ispahan sur le portail du marché, dans les édifices publics et dans le palais du roi. Au XVIe siècle, Abd-el-Rizan était le plus renommé des peintres auxquels la Perse doit ses miniatures si fines et si achevées.

De tout l'art musulman, il nous reste quelques manuscrits ornĂ©s de peintures. L'un, qui a pour titre la Consolation des maux, et pour auteur Mohammed  en Abi Mohammed ben-Zapher (XIIe siècle), est Ă  la Bibliothèque de l'Escurial, et a Ă©tĂ© dĂ©crit par Casiri. Un autre, qui contient les SĂ©ances, de Hariri, et qu'on rapporte au XIIIe siècle, se trouve Ă  la Bibliothèque nationale de Paris. La salle du Jugement, au palais de l'Alhambra, prĂ©sente de curieuses peintures.

KhomaroĂŻch, sultan d'Égypte, de la dynastie des Toulounides, avait un palais tout rempli de statues en bois ornĂ©es d'or et de pierreries. Yacouti raconte qu'au sommet du dĂ´me de la mosquĂ©e de Bagdad on voyait la statue d'un cavalier armĂ© d'une lance, et qu'Ă  la porte de la mosquĂ©e d'Émèse Ă©tait une statue moitiĂ© homme et moitiĂ© scorpion. En Espagne, le calife AbdĂ©rame III plaça au milieu du palais de Zahra la statue de sa favorite sous les traits de la Flore antique; la fontaine de ce palais Ă©tait entourĂ©e de 12 figures d'animaux en or et en pierres prĂ©cieuses, exĂ©cutĂ©es Ă  Cordoue. L'art arabe a rĂ©pandu Ă  profusion dans l'Alhambra les ornements les plus capricieux et les sculptures les plus dĂ©licates. 

L'architecture arabo-musulmane a imité d'abord, semble-t-il, celle des édifices romains; mais, plus tard, des artistes byzantins paraissent avoir exercé une influence prépondérante. Les plus beaux restes sont constitués par l'Alcazar et la Giralda de Séville, par l'Alhambra de Grenade, par quelques mosquées anciennes du Caire. quelques ruines de Tlemcen et la mosquée de Sidi-bou-Medin à El-Obbâd, prés de Tlemcen. La maison d'habitation n'a guère sur la rue d'autre ouverture que la porte, donnant sur un vestibule qui fait un coude, de manière qu'on ne puisse voir du dehors dans l'intérieur. Sur les quatre côtés d'une cour centrale, ornée de colonnettes, en arrière desquelles court une galerie, des chambres barlongues prenant jour : la même disposition se retrouve à l'étage ou aux deux étames. Un bassin ou une fontaine jaillissante occupe le centre de la cour des maisons riches.

Littérature.
(On n'évoquera ci-dessous que la littérature en langue arabe. Un page est dédiée par ailleurs à la littérature persane).

La littérature musulmane. Exégèse et jurisprudence.
Ce qu'on pourrait appeler, en premier lieu, la littérature musulmane comprend l'étude des traditions de Mahomet, dans toutes leurs ramifications étendues; et comme ces traditions sont incarnées par excellence dans le Coran, cette oeuvre est devenue le classique incomparable de l'Islam. Elle donné naissance à des écoles de pensée, à des systèmes de théologie et de jurisprudence, et a servi de base et pour promouvoir des disciplines telles que l'histoire, la biographie, la critique, la grammaire, la philosophie, la poésie et même les sciences.

Il est curieux de voir comment un tel livre, rĂ©vĂ©lĂ© par bribes, rangĂ© selon la longueur des chapitres, sans style uniforme, et dont le texte n'a pas Ă©tĂ© collationnĂ© du vivant du Prophète, a acquis un tels poids. Plusieurs versions du Coran ont d'abord circulĂ©. Et c'est le calife Othman avait supprimĂ© toutes les copies existantes de l'ouvrage Ă  l'exception de celle que possĂ©dait Abou Bekr, qui elle-mĂŞme fut dĂ©truite peu de temps après par Marwan, gouverneur de MĂ©dine. Tous les exemplaires du livre aujourd'hui, partout oĂą ils sont dispersĂ©s, sont des reproductions de l'Ă©dition d'Abou Bekr. La fidĂ©litĂ© Ă  la parole reçue de Mahomet et l'intĂ©gritĂ© texte faisant autoritĂ© ne pouvaient apparemment ĂŞtre garanties d'aucune autre manière par une telle copie. Aussi une exĂ©gèse du Coran est-elle apparue nĂ©cessaire très tĂ´t. 
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Coran du XVIe sičcle.
Pages d'un Coran du XVIe siècle. (Bibliothèque de Sarajevo).

La littérature de jurisprudence est née naturellement de l'étude des hadiths ou sources de la tradition. Le Coran a dû être complété très tôt pour donner des lois au monde musulman. Les paroles du Prophète après sa mort, ses usages et ses décisions, devaient être rassemblés, rangés et passés au crible. Le Coran lui-même était une autorité absolue, s'il contenait une loi applicable au cas en question; sinon, les souvenirs des compagnons du Prophète, étaient utilisés pour ses décisions. Si celles-ci s'avéraient inutiles, on recourait au droit commun de Médine, et enfin au bon sens du juge. La loi romaine aussi bien que la loi rabbinique ont aussi eu une influence marquée sur la loi musulmane. De là est née une vaste littérature juridique, des recueils de traditions, appelés Musnads, parce que chaque tradition est « appuyée » sur le compagnon dont elle est issue. L'un des premiers et des plus grands d'entre eux était le « Misnad » d'Ahmad ibn Hanbol (mort en 863). Il contiendrait environ 30 000 traditions recueillies sur plusieurs siècles.

Une autre type de tradition-livre Ă©tait les Musannaf ( = arrangĂ©s), chapitres classĂ©s selon leur sujet. Al Boukhari (mort en 879) a fait le plus respectĂ© de tous les recueils de ce type. IntitulĂ© Sahih, qui est disposĂ© de manière Ă  former les bases d'un « système complet de jurisprudence ». Un autre Sahih a Ă©tĂ© celui de Muslim ibn al-Hajjaj (m. 883). C'Ă©taient les deux autoritĂ©s les plus honorĂ©es. Quatre autres recueils juridiques, Sunan ( = usages), viennent en deuxième position après les deux Sahihs. DiffĂ©rents auteurs, cependant, donnent le nombre d'oeuvres canoniques. Il n'a pas fallu longtemps avant que les six de grands livres furent eux-mĂŞmes abrĂ©gĂ©s et expliquĂ©s - les règles de la foi furent rĂ©sumĂ©es en une sĂ©lection de 40 traditions. Celles-ci devinrent l'objet de commentaires sans fin. 

Avec l'étude plus approfondie du Coran, deux autres branches sont apparues - la science de la lecture du texte et celle de son interprétation, ce qui a aussi conduit à l'étude de la grammaire. La tradition orale sur laquelle elles se sont d'abord appuyées fut bientôt suivie par la tradition écrite et des livres furent compilés sur les diverses manières de lire. Un livre, écrit par un grave juriste, et intitulé Kitab Muhbarak ( = Livre béni) est une histoire de ceux qui sont morts en écoutant la lecture du Coran. Dans la lignée de l'exégèse, la gamme de livres est écrasante; ils revêtent le plus souvent un caractère mystique.

Les livres de thĂ©ologie ont rempli des bibliothèques entières. Ghazali, l'un des maĂ®tres les plus cĂ©lèbres (1049-1111), a Ă©crit 69 śuvres qui nous sont parvenues. Comme sa jurisprudence, la thĂ©ologie musulmane ne pouvait commencer qu'après la mort du Prophète. D'abord plus politique que religieuse, elle s'est vite caractĂ©rise par des querelles plus ou moins logiques qui ont opposĂ© les diverses branches de l'Islam entre elles. ChrĂ©tiens, juifs, persans, grecs ont eu leur influence, avec des dĂ©veloppements tantĂ´t rationnels, tantĂ´t mystiques, tantĂ´t radicaux, tantĂ´t panthĂ©istes, donnant naissance Ă  d'innombrables oeuvres, dont certaines sont presque modernes dans leurs suggestions et leurs implications.

L'histoire.
On peut facilement voir comment l'histoire chez les Arabes a commencĂ© avec les Maghazi,  livres consacrĂ©s Ă  l'Ă©tude des guerres de Mahomet. Les faits et gestes de cette Ă©poque devaient ĂŞtre racontĂ©s, les chroniques (de seconde main en gĂ©nĂ©ral) et lĂ©gendes rassemblĂ©es. Les efforts pour obtenir des informations sur la vie du Prophète ont donnĂ© naissance Ă  la littĂ©rature biographique, qui devait se dĂ©velopper au cours des siècles suivants.  La plus ancienne biographie existante est celle du Prophète par Ibn Ishaq (mort en 767). Parallèlement aux histoires de guerres et d'Ă©vĂ©nements ont Ă©tĂ© Ă©crites des histoires de villes cĂ©lèbres, comme MĂ©dine ou La Mecque, Bagdad, etc.  La manière dont la littĂ©rature historique s'est dĂ©ployĂ©e peut ĂŞtre Ă©tudiĂ© Ă  partir de l'oeuvre de Tabari, l'historien le plus illustre (828-923), qui pendant 40 ans a Ă©crit 40 feuilles par jour. Les premiers exemples  des romans historiques remontent aux premiers siècles de l'Islam lorsque la vĂ©nĂ©ration de Mahomet a donnĂ© lieu Ă  des lĂ©gendes qui sont passĂ©es pour de vĂ©ritables histoires.

La poésie.
La poésie arabe prit son essor dans le siècle qui précéda Mahomet; des concours s'engageaient chaque année, à la foire d'Okâzh, entre les meilleurs poètes des tribus; les poésies qui avaient obtenu la palme étaient copiées en lettres d'or et suspendues aux portes de la Kaaba. Les sept auteurs des Moallaqât, d'autres poètes encore, tels que Kaab, Nabéga, Chanfara, n'ont été surpassés, au jugement d'un grand nombre d'Orientaux eux-mêmes, par aucun des poètes qui ont illustré les plus beaux siècles littéraires du califat. Beaucoup d'autres poèmes de cette époque, mais d'une moindre étendue, sont renfermés dans l'anthologie d'Abou-Témâm, intitulée Hamaça

Sous les califes Omeyyades, trois poètes se rendirent cĂ©lèbres, Akhtal, Farasdaq et Djerir; mais ce fut surtout sous les Abbassides que ce mouvement littĂ©raire se dĂ©veloppa. Des recueils d'oeuvres (DĂ®wân) de poètes plus anciens  ont Ă©tĂ© faites, d'auteurs uniques, de poèmes de tribus individuelles, ou arrangĂ©es selon le sujet des poèmes. Umar ibn Rabiah (1328), le Minnesinger arabe; Abou Nuwas, le Heine de la cour de Haroun er-Rashid; les poètes royaux Abd al-Rahman (788) et Al-Mutamid (1095) d'Espagne; Muslim ibn al-Walid (757); Abd Allah ibn al-Mutazz (1502) ; Abou Firas (968) ; al-Tughrai (1120) ; et le panĂ©gyriste de Mahomet, al-Busiri (1279), sont quelques-uns des poètes les plus brillants. 

Bien qu'une grande partie de cette poésie ait été de forme scolastique, al-Mutanabbi (965) est considéré comme l'un des plus grands poètes musulmans et son Dîwân, avec ses 289 poèmes, a toujours été largement lu. Une autre espèce de poésie a été inventée, le Makâmât, une sorte de prose rimée dans un style achevé et ornemental, visant à mettre en valeur les prouesses littéraires de l'écrivain. C'est le cas des écrits d'Ahmad al-Hamadhani (1007) et d'Abu Mohammed al-Hariri de Bassorah (1121). A côté de cette poésie scolastique s'est développée une grande masse de vers populaires, qui ne sont pas liés par les mètres canoniques et qui ont développé la strophe, par ailleurs inconnue de la littérature arabe. Une forme particulière en était ceci était le Muwashska

La littérature populaire.
Il existe enfin une littérature populaire en prose, parfois fantastique. Elle a été largement influencée par les littératures non arabes, comme dans les Fables de Bidpaï, traduites en 750 par Abd Allah ibn al-Mukaffa du persan, ou dans les Mille et une nuits. On connaît aussi des romans purement bédouins, sont les récits de Saif ibn dhi Yazan, des Banu Hilâl, d'al Zir, et surtout le roman d'Antar, qui donne l'image la plus fidèle de la vie dans le désert, et qui n'a pas été sans influence sur le roman et la chevalerie de l'Europe médiévale.

Philosophie.
Avec l'avènement des Abbassides, la dĂ©couverte de civilisations Ă©trangères ouvrit de nouvelles perspectives. Des savants Ă©taient invitĂ©s d'autres pays et rĂ©munĂ©rĂ©s de manière princière. Des oeuvres ont Ă©tĂ© traduites du grec, du syriaque, et d'anciens auteurs persans et indiens ont galement Ă©tĂ© traduits en arabe. Des Ă©coles de philosophie furent fondĂ©es Ă  Bagdad, Cordoue, Le Caire, etc., oĂą les Ă©crits d'Aristote, de Platon et des philosophes alexandrins ont Ă©tĂ© exposĂ©s et commentĂ©s. Les dogmes, jusque-lĂ  considĂ©rĂ©s comme sacrĂ©s, ont aussi Ă©tĂ©  librement discutĂ©s et rejetĂ©s (Motazilisme). Et mĂŞme si la philosophie ne fut jamais, chez les Arabes, que la philosophie grecque transposĂ©e dans leur langue, ceux qui s'y adonnaient Ă©taient d'un savoir encyclopĂ©dique, comparable Ă  celui des Humanistes du XVIe siècle. 

Le philosophe al-KindĂ®  (VIIIe siècle) Ă©crivit aussi sur les mathĂ©matiques, la musique, la mĂ©decine. Al-Fârâbi (fl. 960), nĂ© sur les bords lointains du Syr-Daryâ, en Asie centrale, enseigna dans les jardins du faubourg d'Alep. Il eut pour Ă©lève Avicenne (Ibn-SĂ®nâ, 990-1037), auteur de ce fameux Canon oĂą l'Europe entière, pendant longtemps, alla recueillir la doctrine mĂ©dicale. L'Espagne vit une floraison extraordinaire de philosophes. TortoĂ»chi, de Tortose, termina au Caire la composition du Sirâdj el-moloĂ»k ( = Flambeau des rois), traitĂ© de politique Ă  l'usage des princes; Avempace (Ibn-Bâdjdja, 1138) enseignait Ă  Saragosse, et son Ă©lève, Ibn-TofaĂŻl (mort en 1195), mĂ©decin et ministre des Almohades, Ă©crivit un roman psychologique, Hayy ben Yagzhân; Averroès (Ibn-Rochd, 1153-1198), de Cordoue, après avoir rĂ©uni les donnĂ©es de la thĂ©rapeutique dans son Koulliyât (oeuvres complètes), que les traducteurs latins ont transformĂ© en Colliget, dĂ©fendit la philosophie contre les attaques de Ghazâli. Ibn-Sab'Ă®n de Murcie, du temps de l'Almohade 'Abdel-Wâlid, entretint une correspondance avec l'empereur d'Allemagne FrĂ©dĂ©ric II. Les oeuvres de tous ces auteurs, traduites par la suite en latin, furent  Ă©tudiĂ©es pendant de nombreux siècles dans les universitĂ©s europĂ©ennes.

Mathématiques.
Sur le terrain des mathématiques, Abou-'Abdallah el-Khârizmî (d'où est venu le mot algorithme) étudia le Siddhanta indien, révisa les tables de Ptolémée et écrivit sur l'algèbre des traités que le Moyen âge traduisit en latin. Thâbit Ibn-Kourra, originaire de Harrân l'ancienne Carrhae vint à la cour des califes où il traduisit le livre des sections coniques d'Apollonius de Pergé, et écrivit des manuels pour l'enseignement; son fils et son petit-fils suivirent ses traces. Le poète persan 'Omar Khayyâm contribua à la réforme du calendrier, ordonnée par le sultan seldjoukide Malak-Châh, surnommé Djelâl-ed-dîn, d'où le nom d'ère djélaléenne; il composa un traité d'algèbre et un autre d'analyse chimique pour déterminer les quantités d'or et d'argent que l'on rencontre dans les alliages.

Sciences.
Comme la philosophie et les mathĂ©matiques, les sciences arabes sont nĂ©es du contacts avec les autres civilisations, Ă  commencer par celle des Grecs, dont les connaissances furent transmises parfois par des chemins dĂ©tournĂ©s. Ainsi les Perses avaient hĂ©ritĂ© des successeurs d'Alexandre une Ă©cole de mĂ©decine installĂ©e Ă  DjondĂ©ĂŻ-Châpour, en pleine Susiane, et dans la pĂ©riode ancienne, ce fut le seul centre scientifique de la partie de l'Asie soumise aux Arabes. 

On cite un OmĂ©yyade, Khâlid, fils de YezĂ®d, qui s'occupait d'alchimie (une discipline d'origine alexandrine),  sous la direction du moine Marianus et qui aurait mĂŞme composĂ© trois traitĂ©s de cette science, mère de la chimie moderne. C'est seulement sous les Abbassides que s'Ă©veillera vĂ©ritablement la curiositĂ© scientifique, et d'en haut que viendra l'impulsion : le calife al-Ma'moĂ»n Ă©tablit Ă  Bagdad une sorte d'universitĂ©, comprenant une bibliothèque et un observatoire astronomique.

A cette époque, on traduisit activement en arabe des traductions syriaques, et parfois l'on remonta jusqu'à l'original grec lui-même, comme le fit Honéïn ben Ishaq, fils d'un pharmacien de Hîra, qui apprit le grec en Asie Mineure, devint le médecin particulier du calife el-Motawakkil, et traduisit la Bible des Septante ainsi que des ouvrages de Platon, d'Hippocrate et de Dioscoride.

L'astronomie.
L'astrologie a toujours Ă©tĂ© populaire en Orient et c'est grâce Ă  elle que l'astronomie y a pu faire des progrès. L'astronomie a ainsi Ă©tĂ© cultivĂ©e avec zèle dans les Ă©coles de Bagdad, du Caire et de Cordoue. Selon Ibn al-Nadbi (1040), la bibliothèque du Caire possĂ©dait deux globes cĂ©lestes et six mille ouvrages astronomiques. Au IXe siècle, les trois fils du bibliothĂ©caire Moussa ibn-Shakr ont calculĂ© avec prĂ©cision le diamètre de la Terre et la prĂ©cession des Ă©quinoxes. A la mĂŞme Ă©poque vivait al-Ferghâni (Alfraganus), qui construisit un nouveau nilomètre en Égypte et fut l'auteur d'une encyclopĂ©die astronomique, traduite au XIIe siècle en latin par Johannes Hispalensis (Jean de SĂ©ville). Abou-Ma'char (Albumaser), venu de Balkh, l'ancienne Bactres, Ă©crivit lui aussi un livre similaire. 
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Astronome persan.
Astronome persan utilisant un astrolabe
pour mesurer la hauteur des astres.
Miniature du XIIIe siècle.

Au Xe siècle s'Ă©panouit al-BattânĂ® (Albategnius) dressa Ă  Raqqah, sur l'Euphrate, des tables astronomiques fort estimĂ©es par Lalande; il a aussi attachĂ© son nom Ă  l'introduction des fonctions trigonomĂ©triques et Ă  l'observation de l'obliquitĂ© de l'Ă©cliptique. Parmi les astronomes dont les travaux ont Ă©tĂ© traduits en latin, on peut citer Thabit ibn-Kourra (901) et Jabir ibn-Allah, qui en 1196 construisit le premier observatoire Ă  SĂ©ville. Au XIIe siècle, on peut Ă©galement mentionner  Naçîr-ed-dĂ®n ToĂ»si, nĂ© Ă  ToĂ»s (Mèchehed, Khorasan persan), qui Ă©tait l'astrologue de Houlagou, et qui sauva un grand nombre de manuscrits lors de la prise de Bagdad. Il fit de la trigonomĂ©trie une science Ă  part et traduisit Euclide.  Terminons en notant que le traitĂ© d'astronomie de PtolĂ©mĂ©e passa en arabe sous le titre, qu'il a conservĂ© en Europe, d'Almageste.

La géographie.
Les anciennes traductions d'ouvrages géographiques n'existent plus. C'est l'organisation administrative du régime de la poste aux chevaux qui avait été le point de départ des études géographiques. Ibn-Khordâdbeh, d'origine persane, était directeur des postes lorsqu'il écrivit à Sâmarrâ son Livre des routes et des provinces, qui fut le premier traité de ce genre. D'autres étaient des voyageurs, comme al-Moqaddésî, comme al-Bîroûnî, qui visita l'Inde et en rapporta une description complète. Ibn-Fadlân, envoyé comme ambassadeur d'al-Moqtadir près le roi des Bulgares de la Volga, put voir les anciens Russes et recueillir des détails sur un pays resté aussi inconnu que du temps d'Hérodote. Un poète arabe de Yanbo', sur la mer Rouge, Abou Dolaf-Misaar, chargé d'accompagner à travers le Tibet un prince indien revint dans son pays et de revenir par l'Afghanistan, et consigna, dans ses Merveilles des pays, les observations faites au cours de son voyage. Le yéménite el-Hamdâni écrivit une description de l'Arabie. El-Bekri, de Cordoue, composa un dictionnaire géographique des anciens poètes et une géographie générale. Un traité du même genre nous a été laissé par le chérif el-Edrîsî, de Ceuta, qui, après de longs voyages, se retira auprès de Roger II, roi normand de Sicile. Ibn-Djobaïr, un Espagnol, visita La Mecque en 1182 et fit le récit de son voyage. Yâqoût, esclave grec enlevé tout enfant au cours d'une razzia et emmené à Merv, en Asie centrale, profita des riches bibliothèques de cette ville pour y écrire son grand dictionnaire géographique, achevé en 1224. Le médecin 'Abd-al-Latif, de Bagdad, est l'auteur d'une description de l'Égypte remarquable par ses études d'histoire naturelle. Qazwînî nous a laissé une géographie et une description des curiosités de la nature.

La médecine et les sciences du vivant.
Au tout début, la médecine, réduite à un empirisme, n'était guère, en Arabie, cultivée que par les femmes, qui savaient traiter les blessures de guerre. Ce n'est qu'à partir du VIIe siècle que la médecine et l'histoire naturelle furent cultivées avec succès (Médecine arabe, médecine persane). Les écrits de Galien, Hippocrate, Paul d'Égine, etc., furent alors traduits du grec en arabe. La médecine arabe subit également l'influence de la médecine l'indienne.

Parmi les auteurs d'ouvrages mĂ©dicaux, on peut citer Mohammed al-Rhazi (Xe siècle), dont les ouvrages ont Ă©tĂ© traduits en latin; Ali Ibn-Ridwan (1061); Ibn Sina (Avicenne); Abu al-Kasim (1107) , qui a Ă©crit sur la chirurgie et les instruments chirurgicaux.; Abd al-Malik ibn Zuhr (1162), Ibn Abi Usaibiah (1203-69) consacra  un volume entier Ă  la littĂ©rature mĂ©dicale en langue arabe, et Abd Allah ibn al-Baitar (1248), dont la Materia Medica avait une grande vogue. (NIE / HGP / Houdas / etc.).



En librairie. - Philippe SĂ©nac, L'islam mĂ©diĂ©val, PUF, 2015. L'islam et la civilisation arabe du VIIe au XVe siècle. - Georges Jehel, Les Arabes au Moyen Ă‚ge, Belin, 2012. L'histoire des Arabes Ă  travers les grandes pĂ©riodes de leur civilisation. - AndrĂ© Miquel, L'islam et sa civilisation, Flammarion, 2012. Synthèse sur l'histoire de l'islam et de la civilisation arabo-musulmane. - Thierry Bianquis, Les Arabes, Perrin, 2011. Histoire des Arabes depuis l'AntiquitĂ© jusqu'Ă  l'Ă©poque contemporaine. - Julien Loiseau, Les Arabes dans l'histoire, Ellipses, 2006. Synthèse sur les grandes pĂ©riodes de l'histoire arabe. - Dominique Sourdel, Les Arabes, Hachette LittĂ©ratures, 2002 - Synthèse sur la civilisation arabe (histoire, langue, religion, culture, etc). - Abderahmen Moumen, La vie quotidienne des Arabes au temps des Abbassides, Hachette LittĂ©ratures, 2002. -  Claude Cahen, L'Islam, des origines au dĂ©but de l'Empire ottoman, Fayard, 1998. - Pierre Guichard, Les Arabes, Gallimard, 1998. Histoire des Arabes depuis l'AntiquitĂ© jusqu'Ă  nos jours. - Charles-AndrĂ© Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, des origines Ă  1830, Payot, 1994.
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