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Le gaz naturel
est un combustible fossile qui se présente sous forme gazeuse à température
et pression ambiantes; il s'agit essentiellement
d'un mélange de gaz hydrocarbonés et non hydrocarbonés. Son principal
constituant combustible est le méthane (CH4),
qui représente généralement de 70 % à plus de 90 % de son volume, bien
que sa composition varie d'un gisement à l'autre en fonction des conditions
géologiques. Outre le méthane, le gaz naturel contient de faibles quantités
d'hydrocarbures plus lourds tels que l'éthane,
le propane et le butane (collectivement désignés sous le terme de liquides
de gaz naturel) qui présentent une valeur spécifique pour l'industrie
chimique. Les constituants non hydrocarbonés comprennent principalement
l'azote, le dioxyde de carbone,
le sulfure d'hydrogène
et la vapeur d'eau, ainsi que des gaz présents à
l'état de traces comme l'hélium; le sulfure
d'hydrogène et le dioxyde de carbone sont classés comme gaz acides et
doivent être éliminés avant la commercialisation du gaz.
Moins dense que l'air,
le gaz naturel a tendance à se disperser vers le haut en cas de fuite;
si cette propriété physique empêche son accumulation dans des espaces
ouverts bien ventilés, elle implique également que le gaz peut former
des mélanges explosifs avec l'air dans des espaces confinés, avec une
plage d'inflammabilité comprise approximativement entre 4 % et 16 % en
volume. À l'état naturel, le gaz naturel commercial est incolore, inodore
et non toxique; toutefois, pour faciliter la détection des fuites, des
agents odorants tels que les mercaptans (thiols) y sont ajoutés lors du
transport et de la distribution afin de lui conférer une odeur caractéristique.
Les origines du gaz
naturel peuvent être classées. Selon son origine, le gaz naturel se divise
en deux catégories principales : organique et inorganique.
• Le
gaz naturel organique, de loin le plus répandu, dérive de la transformation
de matières organiques enfouies dans les sédiments. Ce gaz se subdivise
lui-même selon qu'il est issu de processus biogènes ou thermogènes.
+ Le
gaz biogène (ou biogénique), riche en méthane, est produit
par des bactéries méthanogènes décomposant
la matière organique dans des conditions anaérobies et à basse température,
que l'on retrouve couramment dans les gisements peu profonds, les dépôts
de charbon et, sous forme renouvelable, dans
le biogaz issu de la digestion anaérobie des déchets (décharges, boues
d'épuration, déchets agricoles), dont l'épuration donne le biométhane
injectable dans les réseaux.
• Le gaz thermogène
(ou thermogénique) résulte de la transformation thermique de la matière
organique soumise à des températures et des pressions élevées à mesure
qu'elle s'enfouit; il partage une origine commune avec le pétrole
brut et se trouve généralement dans les bassins
sédimentaires profonds.
• Le
gaz naturel inorganique (ou abiogénique), en revanche, se forme sans
intervention de matière organique. Il comprend le gaz magmatique, issu
des gaz dissous dans les magmas et libérés lors des éruptions volcaniques,
et le gaz issu de la synthèse abiogénique, produit par des réactions
chimiques entre l'eau, le dioxyde de carbone et des roches ferreuses (serpentinisation),
ou par la réduction du carbone à haute température et haute pression
dans le manteau. Ce gaz inorganique est détectable à l'état de traces
dans certaines sources, fumerolles et forages profonds (notamment dans
la ceinture de fissures océaniques), et certains gisements, comme une
partie de ceux de la plateforme continentale du golfe du Mexique, pourraient
contenir une composante inorganique, mais sa contribution commerciale reste
marginale. On distingue aussi le méthane primordial, théoriquement piégé
dans le manteau terrestre depuis la formation de la planète, dont l'existence
en gisements exploitables est débattue.
Quelle que soit son origine spécifique, l'accumulation
de gaz naturel repose sur une combinaison de roches
mères, de roches réservoirs et de roches couvertures : le gaz généré
dans les roches mères migre vers des réservoirs poreux et perméables
(tels que les grès ou les roches carbonatées), où il reste piégé sous
une roche couverture imperméable (comme les schistes
argileux ou les argilites compactes) pour former un gisement.
Selon leurs conditions de gisement, les
gaz naturels sont classés en deux catégories : conventionnels et non
conventionnels.
• Le
gaz conventionnel provient de la décomposition, sur des millions d'années,
de matières organiques (plancton, micro-organismes
marins) enfouies dans des roches poreuses : il s'accumule dans des gisements
où une roche-réservoir est recouverte d'une couche imperméable qui piège
le gaz, souvent associé à des gisements de pétrole (gaz associé) ou
seul (gaz non associé, ou gaz sec quand il est presque entièrement composé
de méthane).
• Le gaz non
conventionnel, qui comprend le gaz de schiste, le gaz de réservoir
compact (tight gas) et le gaz de couche (méthane de houille), se
trouve respectivement dans des matrices de schiste à faible perméabilité,
des grès à faible porosité et perméabilité,
et des veines de charbon. Son extraction nécessite
généralement des techniques de stimulation du réservoir. Le gaz de schiste
(shale gas), piégé dans des roches-mères argileuses à faible
perméabilité, et qui est extrait par fracturation hydraulique; le gaz
de houille ou gaz de charbon (coalbed methane), adsorbé dans les
veines de charbon et le gaz de roche compacte (tight gas),
enfermé dans des grès ou calcaires très peu perméables.
Actuellement, les réserves mondiales prouvées
de gaz naturel sont fortement concentrées : la Russie
et le Moyen-Orient détiennent à eux deux plus de 65 % du total. La Russie,
l'Iran et le Qatar sont
en tête pour les réserves, tandis que les États-Unis
sont passés du statut d'importateur net à celui d'exportateur majeur
grâce à ce qu'on a appelé la révolution du gaz de schiste.
De l'extraction à la consommation finale,
le gaz naturel fait l'objet d'étapes successives de traitement, de transport
et de stockage. Le "gaz humide" extrait à la tête de puits contient de
la vapeur d'eau, des gaz acides et des liquides de gaz naturel; il doit
subir des opérations de désacidification, de déshydratation et de séparation
des liquides dans une usine de traitement pour devenir du " gaz sec" conforme
aux normes de transport par gazoduc. Le choix du mode de transport est
contraint par la faible densité énergétique du gaz naturel, ce qui conduit
à deux méthodes principales : le transport par gazoduc et le transport
maritime sous forme liquéfiée.
• Le
transport par gazoduc est la méthode prédominante pour l'acheminement
terrestre et maritime sur courte distance; le gaz doit être repressurisé
dans des stations de compression espacées d'environ 120 à 150 kilomètres
pour vaincre la résistance due au frottement, tout en maintenant une vitesse
d'écoulement de 15 à 20 kilomètres par heure.
• Le transport
maritime est employé pour le commerce longue distance. Le gaz naturel
est alors liquéfié par refroidissement à environ -162 °C à pression
atmosphérique , ce qui réduit son volume à environ un seizième de celui
qu'il occupe à l'état gazeux, puis transporté par des navires spécialisés
sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL) vers des terminaux de réception
pour y être regazéifié et injecté dans le réseau.
Bien que les gazoducs
représentent encore environ les deux tiers du commerce mondial, la part
du GNL continue de croître grâce à la plus grande flexibilité d'approvisionnement
et aux opportunités d'arbitrage de marché qu'il offre.
Les installations de stockage remplissent
diverses fonctions, qui vont de l'écrêtement des pointes de consommation
à la constitution de réserves stratégiques; elles utilisent généralement
des gisements de pétrole et de gaz épuisés, des aquifères ou des cavités
salines pour des cycles saisonniers d'injection et de soutirage. Dans les
régions où les marchés sont très développés, le stockage de gaz sert
également d'instrument de négociation pour gérer la volatilité des
prix à court terme.
Le paysage de la consommation finale de
gaz naturel connaît aujourd'hui une mutation structurelle. Historiquement,
les secteurs résidentiel et tertiaire dominaient la demande (principalement
pour le chauffage des locaux et la cuisson) mais ces dernières années
ont vu une croissance plus marquée dans la production d'électricité
et les applications industrielles. Dans le secteur électrique, les centrales
à cycle combiné gaz (CCG) atteignent des rendements supérieurs à 55
% et émettent environ deux fois moins de CO2 par
unité d'électricité produite que les centrales au charbon
les plus modernes; leur capacité à démarrer et s'arrêter rapidement,
ainsi qu'à ajuster leur charge avec souplesse, en fait des partenaires
idéaux pour équilibrer les sources d'énergie
renouvelable intermittentes telles que l'éolien et le solaire.
Dans le secteur industriel, le gaz naturel
sert à la fois de source de chaleur de procédé à haute température
et de matière première chimique pour la production d'ammoniac,
de méthanol et d'hydrogène. Le reformage à la vapeur du méthane constitue
actuellement la voie la plus économique pour la production d'hydrogène
à grande échelle.
Sur le plan environnemental, le gaz naturel
présente des avantages indéniables en termes de faibles émissions de
carbone lors de sa combustion; toutefois, le méthane lui-même est un
puissant gaz à effet de serre, dont le potentiel
de réchauffement global sur 100
ans est environ 28 fois supérieur à celui du CO2,
ce qui fait de la maîtrise des fuites de méthane lors de la production
et du transport un enjeu déterminant pour la réduction des émissions
industrielles. On notera encore que, si le recours à grande échelle à
la fracturation hydraulique a permis d'exploiter d'immenses ressources
non conventionnelles, il a également suscité une controverse persistante
concernant la consommation d'eau, l'élimination
des eaux usées et la micro-sismicité induite, autant de facteurs qui,
ensemble, définissent la nature et les limites du rôle du gaz naturel
en tant que combustible de transition dans le futur mix énergétique. |
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