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L'organisation
de l'État
L'Empire ottoman
est une monarchie
absolue et théocratique dans la forme, mais tempérée, dans la
réalité, par les institutions mêmes de la souveraineté et par les coutumes
du pays, qui là , plus qu'ailleurs, modifient et limitent l'action du pouvoir.
L'empereur prend le titre de padischah et de sultan; il
prend également les titres religieux de calife
et de commandeur des croyants (Emir el-Mouminin), ce qui lui assure,
outre une certaine action sur des groupes musulmans sans chef. Ce pouvoir
à la fois civil et religieux, il l'exerce soit par lui-même. En matière
civile, il est assisté du grand vizir ou Sadr
Azam, faisant fonction de premier ministre, et en matière religieuse
par le Cheikh ul-Islam ou mufti.
L'autorité de ce dernier dans les questions religieuses est autrement
réelle que celle du grand vizir dans les affaires civiles.
A côté du grand
vizir et du cheikh ul-islam, constituant avec eux la Sublime Porte,
c'est-Ã -dire la cour, des ministres ou muchirs (au nombre de 13
à la fin de l'empire). Les plus importants sont : le capitan- ou kapidan--pacha
(amiral), le defterdar (ministre du trésor), le reïs-effendi (à l'extérieur),
le kiaia-bey (à l'intérieur). Ces fonctionnaires, avec quelques autres,
forment le divan ou conseil d'État. Le corps des ulémas, présidé
par le mufti, a aussi part aux affaires. et limite jusqu'Ã un certain
point le pouvoir du sultan. Cependant, l'absence complète de contrôle
parlementaire et d'expression libre de l'opinion publique a pour effet
de rendre à peu près illusoire le pouvoir des ministres comme celui des
religieux lorsque le sultan veut exercer un contrôle actif.
Pour l'administration civile, financière
et judiciaire, la Turquie, sauf Constantinople,
qui forme un district particulier, est divisée en 40 eyalets, 138 livahs
ou sandjaks, 1320 cazas. L'administration civile et financière est représentée
dans chaque eyalet par un vali ou vice-roi; dans chaque livah par un kaïmacan
ou sandjak (lieutenant); dans chaque caza par un mudir (chef de district).
La justice compte, à part deux soudours ou tribunaux suprêmes en Roum'ili
et en Anadoli, un merleriet ou cour d'appel par eyalet; un cadélik, ou
tribunal de 1re instance, par livah; un
naïb ou juge de paix par caza; les juges portent les noms de mollah et
de cadi. Dans les communes ou nahiyes ou nahiés,
les trois branches d'administration sont entre les mains d'un kodja-bachi
ou mokhtar (maire électif). Quelques sandjaks, Ã
cause de leur importance ou pour des raisons politiques (sandjaks du Liban,
de Jérusalem, etc.), sont autonomes en
ce qu'ils relèvent directement du pouvoir central.
Toute cette administration
est généralement très défectueuse : les potentats locaux, investis
de pratiquement tous les pouvoir exercent toutes sortes d'extorsions.
Le sérail.
Le mot sérail, vient du persan seraï,
palais, mais a désigné plus particulièrement le palais de Topkapi où
vécurent pendant la plus grande partie de leur histoire
les sultans ottomans, et plus spécialement encore la partie de ce palais
réservée à l'habitation des femmes, le harem de l'empereur. Aussitôt
après la prise de Contantinople en 1453,
Méhémet II lança
la construction de ce palais, maintes fois agrandi par la suite, Ã l'emplacement
de l'ancienne acropole de Byzance. A partir de 1835,
quand le sultan habitera le palais de Yildiz-Kiosque, sur la rive européenne
du Bosphore ,
le sérail (ma-béïn) ne désignera plus que la cour, l'entourage
du souverain, avec cette réserve que le harem possédera toujours une
installation spéciale. Mais avant le Tanzimat, le sérail de Topkapi avait
une organisation très particulière dont nous dirons quelques mots.
Le personnel de la cour, ainsi que celui
de l'administration de l'État, se recrutait parmi les enfants pris Ã
la guerre ou enlevés de force aux familles chrétiennes à l'âge de neuf
ou dix ans; on choisissait les mieux doués et on les partageait en deux
catégories, celle des Itch-oghlans (= garçons de l'intérieur)
dans laquelle entraient ceux qui se faisaient remarquer par leur intelligence,
et celle des Adjem-oghlans (= garçons apprentis) distingués par
leur vigueur corporelle. Les premiers fournissaient les hauts fonctionnaires
de la Porte et les gouverneurs des provinces, les autres les jardiniers,
portiers, cuisiniers, portefaix employés dans le palais et parvenaient
à quelques hautes charges domestiques, telles que celle du bostandji-bachi,
intendant général des jardins, qui commandait à pins de 40 000 bostandjis,
et avait le privilège de tenir la barre du caïque du Grand-Seigneur.
A côté de ces employés, on voyait un
nombre prodigieux d'eunuques blancs, basanés ou noirs, les uns provenant
de l'Inde
cis- et transgangétique, les autres de l'Afrique; ces derniers étaient
chargés de la garde de l'appartement des femmes, tandis que les premiers
étaient attachés à la personne même de Son Altesse, tels que le kapy-agha,
leur doyen, grand maître du palais, accompagnant le sultan partout où
il se trouvait, introduisant les ambassadeurs à l'audience, le khass-odabachy,
grand chambellan, le séraï-aghassy, majordome, chargé de l'administration
intérieure, le khaznadar, intendant du trésor particulier. Le
chef des eunuques noirs était et restera d'ailleurs jusqu'à la fin de
l'empire, le kyzlar-agha qui avait parité de rang avec le kapy-agha
et conservait l'équivalence du grade hiérarchique avec le grand vizir
et le cheikh-ul-islam. Il était le surintendant de l'appartement des femmes,
tenait les clefs des portes du harem, et parlait quand il voulait à son
maître.
Gardées étroitement à vue par les eunuques
noirs, les femmes étaient dans une détention perpétuelle interrompue
par de rares sorties qui se faisaient avec des précautions particulières
: les femmes, montées à cheval, étaient, ainsi que leur monture, enveloppées
dans une espèce de pavillon qui ne laissait passer que la tête du cheval
et était porté par quatre eunuques. Les trafiquantes juives qui étaient
autorisées à entrer dans le sérail pour le commerce des bijoux ne pouvaient
pénétrer que jusqu'à une certaine salle, et les mêmes eunuques servaient
de courtiers entre elles et leurs clientes, qu'elles ne voyaient pas. Le
recrutement de ce personnel féminin s'opérait, soit au moyen d'achats
effectués par le chef de la douane de la capitale, soit par des présents
de filles offerts par de grands dignitaires.
Ce personnel féminin était divisé en
cinq classes :
1° les
cadines (kadyn = dame), épouses en titre, généralement
au nombre de quatre;
2° les guédiklis
(= diplômées), destinées au service personnel du sultan, telles que
les intendantes de la table et de la garde-robe; la favorite d'entre elles
prenait le titre d'ikbal ou de khass-odalik (= fille de chambre,
odalisque);
3° les oustas
ou khalfas (maîtresses ouvrières), attachées au service de la
sultane Validé, des cadines et de leurs enfants;
4° les chaguirds
ou novices;
5° les djarié,
enfin, simples esclaves.
Toutes ces catégories étaient placées sous
la surveillance d'une grande maîtresse (kiaya-kadyn), qui portait
un bâton de commandement garni de lames d'argent, et d'une sous-gouvernante
(khaznadar-ousta, trésorière) chargée de la garde-robe et des
dépenses.
Enfin, un certain nombre de muets et de
nains étaient attachés au sérail. Le chef des muets se tenait à la
porte du cabinet du souverain quand celui-ci
était en conférence avec le grand vizir ou le cheikh-ul-Islam. Ils se
servaient, pour se faire entendre de gestes convenus, et ce langage était
compris de tous ceux qui, « nés dans
le sérail, en connaissaient les détours ».
Les nains amusaient la cour par leurs bouffonneries.
L'Armée et le
Clergé.
L'armée et la
flotte.
La force militaire
se compose d'une armée active (nizam), d'une réserve (redifs)
et de troupes irrégulières (bachi-bozouks) : toute la population
musulmane est censée, en théorie, faire partie de l'armée et doit le
service pendant 5 ans. Au milieu du XIXe
siècle, l'armée se compose de 520 000 hommes. Nizam : 145,500;
rédifs, 145 500; contingents auxiliaires des pays vassaux : 140
000; bachi-bouzoucks), 87 000. Elle est composée de 6 corps; commandés
par des muchirs (grade équivalant à celui de maréchal), et dont
les chefs-lieux sont à Constantinople,
Monastir, Scutari, Hharbrout, Damas et Bagdad.
La marine, bien déchue, ne compte plus que 90 bâtiments, dont 16 de haut-bord
et 6 vapeurs. Le nombre des matelots est cependant de 34 000, avec 3 000
pièces de canon. Il n'y aura plus que 42 bâtiments 50 ans plus tard.
Un siècle plus tôt, les effectifs de
l'armée active était supérieurs. On aura une idée
de ce qu'ils étaient et de l'organisation de cette armée à partir des
données suivantes :
L'infanterie
est formée du corps des Janissaires
(113 400); des Topgis, troupes formant l'artillerie (15,000); Bombarjis,
corps des bombardiers (2000); Bostangis , gardes des jardins : ils sont
commis à la garde du palais (12 000); Metergis; ceux qui dressent
les tentes et qui asseyent le camp (6 000); Messirlis , envoyés d'Égypte
(infanterie et cavalerie : 3000); soldats de la Valachie
et de la Moldavie
(6000); Leventis; troupes de la marine (en temps de guerre : 50 000).
Pour la cavalerie,
on a : Spahis payés régulièrement (10 000); Serragis, destinés au service
de l'infanterie et des bagages, et enrôlés dans les provinces par les
pachas. Ils servent de corps de réserve dans les cas de dangers imminents
(6000); Zaines et Timariots, corps de cavalerie, troupes féodales (132
000); Gegebys, armuriers commis à la garde des poudres, des armes et des
magasins. On s'en sert occasionnellement comme corps de réserve pour la
cavalerie (13 000). Miklagis ceux qui accompagnent les Spahis (6 000);
Segbans, préposés à la garde des bagages de la cavalerie (4 000); Volontaires
fournissant leurs chevaux (jamais plus de 10 000).
Ce qui fait un total
des troupes turques avoisinant les 390 000. Si l'on déduit de ce chiffre
les troupes non combattantes ou affectées aux garnisons d'Istanbul
et des forteresses, le chiffre des soldats pouvant être rangés sur le
champ de bataille était de l'ordre de 180 000.
L'Empire ottoman était
divisé en sept Ordou ou circonscriptions militaires, sans compter la division
du Hidjaz en Arabie et la division de Tripolitaine.
Les chrétiens et les juifs ne font pas de service, mais payent une taxe.
L'Uléma.
L'Islam sunnite
rassemble 21 500 000 personnes dans l'Empire ottoman au XIXe
siècle. C'est la religion de l'État,
et à côté du personnel administratif, il existe
un personnel religieux, les ulémas. Le mot d'uléma, qui
est le pluriel arabe de âlim « savant », s'employait en turc pour désigner
aussi l'ensemble du personnel judiciaire, silki-ilmiyé, qui forme,
avec les emplois civils et l'armée, le troisième grands corps de l'État
dans l'Empire ottoman. A la tête de ce corps est le chéïkhul-islam,
grand mufti de l'Empire, qui a le titre d'altesse et le rang de grand vizir;
il a, de par ses fonctions, le pouvoir de délivrer la fetva (fatwa)
qui proclame la déchéance du souverain régnant; bien des révolutions
de palais ont abouti par cette voie. Après lui vient la hiérarchie des
divers muftis, d'abord les deux cazi-askier de Roumélie
(partie sud de l'actuelle Bulgarie )
et d'Anatolie, anciens juges de l'armée qui n'ont plus à la fin de l'Empire
que la qualité de membres du conseil supérieur de l'uléma, puis les
cadis des grandes villes, et ainsi de suite jusqu'aux naïbs
ou lieutenants de juge des cazas.
Les professeurs et
les desservants des mosquées sont aussi
rattachés au corps de l'uléma. L'importance de ce dernier a beaucoup
diminué depuis la création des tribunaux de la réforme (
ci-dessous et Tanzimat); la compétence
des cadis, en Turquie, est dès la seconde moitié du XIXe
siècle réduite aux questions de statut
personnel des musulmans et au partage des héritages. Les membres de l'uléma
resteront à partir de cette époque les seuls fonctionnaires à conserver
le vieux costume ottoman, le turban blanc et le large manteau.
Quand le futur uléma
quitte vers douze ans l'école élémentaire, il entre dans une madrasé
(= école) attenant à une mosquée, comme sofia, pour apprendre la grammaire,
la logique, la morale,
la rhétorique, la philosophie,
le droit et surtout la théologie, base universelle de l'enseignement.
Le Coran
et la Sunna ou tradition sont les principaux objets d'étude. Le
jeune sofia obtient du cheikh ul-islam son diplôme de moulazim
qui le place au premier degré des ulémas et lui permet d'être nommé
cadi (= juge). Pour atteindre le grade de mouderris, il lui
faut encore sept ans d'études. Le personnel spécialement attaché aux
mosquées comprend les cheikhs (= anciens), le khatib qui
dit le vendredi, dans la grande mosquée, la prière en l'honneur du sultan,
l'imam chargé
du service ordinaire de la mosquée, le mouezzin qui appelle Ã
la prière, enfin le qaïm, veilleur et serviteur. Ces deux derniers
ne sont pas des ulémas.
Les
autres religions - Bien que l'Islam soit
la religion dominante, les autres religions sont tolérées dans l'empire
Ottoman; l'église grecque compte 4 patriarchats à Constantinople,
Alexandrie, Antioche
et Jérusalem 42 archevêchés et 105 évêchés.
Le catholicisme a environ 900 000 adhérents et plusieurs évêchés
in partibus; le judaïsme, 110 000; d'autres religions sont également
pratiquées par diverses populations nomades.
La législation.
Les Ottomans, qui
étaient musulmans du rite hanéfite, avaient apporté avec eux d'Asie
Mineure, comme base de leur législation, le chariah ou loi canonique
qui fut leur unique règle Jusqu'au règne de Soliman
le Législateur. Son Kanoun-namè, réunion de tous les rescrits
qu'il a rendus, sur l'opinion exprimée par le mufti Abou's-Sooûd, relativement
à l'organisation des fiefs militaires (timar), a été colligé
après sa mort par le contrôleur des finances, Mohammed-Tchélébi. Le
Code des sujets promulgué par lui, complété plus tard par le
sultan Ahmed Ier ( Le
déclin de l'Empire ottoman), réglait la nature des redevances que
le sujet était tenu d'acquitter entre les mains du sipahi, détenteur
du fief.
Les règlements de
police qu'il institua formèrent la base du droit pénal appliqué dans
l'Empire ottoman jusqu'à l'époque des réformes; la principale peine
qui y est portée est l'amende; celle-ci est également admise pour le
rachat de peines graves prescrites par la loi canonique, telles que l'ablation
de la main pour le délit de vol; le vol qualifié et la récidive sont
punis par la pendaison. Un article curieux fixe à 11% le taux de l'intérêt
au delà duquel commence le délit d'usure. Un maximum était fixé pour
la vente des objets de première nécessité. Enfin c'est sous son règne
que le mollah Ibrahim d'Alep
rédigea, sous le titre de Mulléka 'l-Abhor (= confluent des mers),
un résumé du droit canonique musulman qui sera encore consulté à la
fin de l'Empire et fréquemment réimprimé.
Les efforts du gouvernement
ottoman pour moderniser la Turquie, mais aussi pour l'adapter aux nouvelles
conditions créés par le démantèlement progressif de l'empire tout au
long du XIXe siècle
( La
Question d'Orient), sont connus dans l'histoire sous, le nom de Tanzimat
ou réformes. Nous y consacrons une page spéciale, ne nous occupant ici
que de celles de ces réformes qui ont trait à la législation.
Les principes
de la réforme
En promulguant le
hatti-chérif de Gul-Khané (3 novembre 1839),
Abd-ul-Medjid posait les nouveaux principes qui devaient dorénavant régler
les institutions de l'Empire et enrayer la décadence toujours croissante
de l'État.
La principale innovation
apportée par cet acte aux lois suivies précédemment et qui avait surtout
pour but de mettre un terme à l'effroyable abus de la peine de mort pratiqué
jusque-là par les autorités administratives, portait qu'aucun individu
ne pouvait être mis à mort avant que son cas n'ait été soumis à une
enquête judiciaire, dont le résultat devait être revêtu de la sanction
impériale. Le sultan rentrait ainsi en possession exclusive du droit de
vie et de mort.
Le hatti-humayoun
(18 février 1856)
confirma et étendit les garanties offertes par l'acte précédent contre
l'arbitraire. Il établit en outre les points suivants, qui dérogeaient
aux anciennes lois :
1° dans
les localités où la population appartient en totalité au même culte,
il ne sera mis aucune entrave à la réparation ou à la reconstruction
sur le plan primitif des édifices consacrés au culte, des écoles, des
hôpitaux et des cimetières;
l'érection de nouveaux établissements de ce genre restait soumise Ã
l'autorisation préalable de la Porte;
2° toute expression
du style administratif tendant à rendre une classe de la population inférieure
à l'autre, toute qualification injurieuse ou blessante, sont interdites;
3° la liberté des
cultes est reconnue : personne ne peut être contraint de changer de religion;
4° des tribunaux
mixtes, c.-à -d. composés de juges musulmans et non musulmans, sont institués
pour juger les procès en matière criminelle et commerciale où l'une
des parties est non musulmane; en matière civile, les procès sont soumis
à la juridiction des conseils mixtes administratifs, en présence du gouverneur
de la province;
5° le principe du
droit des étrangers à posséder des immeubles est reconnu pour la première
fois.
Les principales lois
qui furent promulguées pour assurer l'application des principes posés
dans ces deux rescrits sont : le code de commerce (5 novembre 1850),
extrait du code français avec certaines omissions; le code pénal (9
août 1858);
le code de procédure commerciale (15 octobre 1861);
le code de commerce maritime (1864);
la loi du 7 séfer 1284 (10 juin 1867),
qui a concédé aux étrangers le droit de posséder des immeubles, Ã
la condition que ces propriétés resteront en tout et pour tout soumises
aux lois locales; enfin divers règlements sur des matières spéciales.
La nouvelle constitution.
La constitution
(Qânouni-èssasi), promulguée au début du règne du sultan Abd-ul-Hamid
II (23 décembre 1876),
établit, dans ses termes généraux, l'inviolabilité de la liberté individuelle
et du domicile, l'égalité de tous les Ottomans devant la loi, leur admission
aux fonctions publiques, la prohibition de la confiscation des biens, de
la corvée, des exactions extraordinaires et de la torture. La responsabilité
ministérielle est instituée, ainsi que le contrôle d'une assemblée
générale composée d'un Sénat et d'une Chambre des députés, l'inamovibilité
de la magistrature, l'établissement d'un budget, l'instruction primaire
obligatoire. Bien que, pour des motifs politiques, le gouvernement ottoman
ait dû rapidement suspendre l'application de la constitution en ce qui
concerne la réunion de la Chambre des députés, cette charte n'en a pas
moins donné un nouvel essor à la législation qui s'est complétée par
les lois suivantes :
1° le code
d'instruction criminelle (25 juin 1879),
basé sur le système français des poursuites exercées par le ministère
public;
2° la loi sur la
formation et la composition des tribunaux (17 juin 1879);
3° le code de procédure
civile, calqué sur le système français avec quelques modifications (2
juillet 1879);
4° le règlement
du 4 août 1879
instituant un notaire auprès de chaque tribunal de première instance
et plusieurs autres règlements sur la distribution de la justice. Un code
civil (Medjellé) composé de 16 livres et traitant des principes
du droit applicables aux obligations et aux contrats, résumés d'après
la jurisprudence musulmane et destinés à être appliqués par les tribunaux
de la réforme, a été terminé en septembre 1876,
après dix-sept ans de travail d'une commission spéciale de jurisconsultes.
La législation ottomane
n'était applicable aux étrangers établis sur le territoire de l'Empire
que moyennant certaines précautions qui avaient été prévues par la
série d'actes internationaux connus sous le nom de Capitulations;
de là vient qu'on divisa, au point de vue de la juridiction, les États
avec lesquels la France entretenait des rapports, en pays de chrétienté,
où la juridiction locale était pleine et entière, et pays de capitulations,
ou elle était restreinte par des traités. (Cl. Huart) |
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Les
jalons de l'histoire ottomane
D'Osman
à Bayézid II
Les Turcs Ottomans ou Osmanlis sont une
branche apparentée aux Turkmènes de
la puissante famille turque. C'était une
tribu établie dans le Taurus depuis 1231,
dont le nom dérive d'un de leurs chefs ou émirs, Othman ou Osman,
fils de Togroul, et dit le Briseur d'os, qui, lors du démembrement
de l'empire seldjoukide de Roum, s'établit
vers 1299 à Karahissar (Apamée ),
en Phrygie, et, après s'être rendu indépendant prit le premier titre
de sultan, à la place de celui d'émir : il s'agrandit aux dépens des
principautés seldjoukides. Ses deux successeurs étendirent beaucoup l'empire
: Orkhan conquit le reste de l'Asie Mineure et mit le pied en Europe (1355);
Mourad Ier
prit Andrinople
(1360) , et soumit la Macédoine ,
l'Albanie ,
la Serbie; Bayézîd Ier conquit
la Bulgarie après la sanglante victoire de Nicopolis (1396),
et menaça Constantinople : c'en était
fait dès lors de l'empire grec sans l'invasion de Tamerlan
et la défaite de Bayézid à Ancyre
(1402). L'empire ottoman sembla alors
s'écrouler. Mais Mehmet Ier rétablit
les affaires des Turcs, et Mourad II, qui lui
succéda, recommença les conquêtes et les progrès. Il lutta contre Hunyade
et Scander-Beg, deux adversaires dignes de
lui. La bataille de Varna (1444), où
la chrétienté fut défaite, lui ouvrit le chemin de Constantinople, dernière
enclave, au coeur de l'espace ottoman, et dont la prise n'était plus désormais
qu'une question de temps. L'entreprise ne sera menée à terme, cependant,
que Méhémet II qui prit Constantinople en
1453 , et par cette importante conquête
anéantit l'empire grec. Ce conquérant soumit ensuite rapidement le reste
de la péninsule grecque, ainsi que la Karamanie (qui est ce qu'il reste
du sultanat de Roum, autour de Konya ,
en Asie Mineure), l'empire de Trébizonde (1461),
la Bosnie, la Valachie (1462), la Crimée,
et ses flottes, ainsi que celles de son successeur, Bayézid II, attaqueront
même l'Italie .
-
Méhémet
II.
Les
Janissaires
Les janissaires
formaient en Turquie une milice analogue à celle des prétoriens de Rome
ou des strélitz moscovites. Véritable armée permanente dont la création
précéda de cent quinze ans le premier essai de ce genre qui fut fait
dans, les Etats européens, elle dura cinq siècles, de 1334
à 1826.
Son histoire est intimement liée à celle de l'empire Ottoman; après
avoir été la terreur de l'ennemi du dehors et avoir conduit l'empire
ottoman à l'apogée de sa puissance, ce corps d'élite, devenu une non-valeur
militaire et la pierre d'achoppement de toutes les réformes, finit par
être la terreur des sultans eux-mêmes et une perpétuelle menace de ruine
pour le pays .
Le
siècle de Soliman
La Turquie engagée dès le XVe
siècle dans une politique de conquêtes au nom de l'Islam,
grandit encore sous Sélim Ier,
qui réduisit en provinces ottomanes la Syrie, la Palestine, l'Égypte
(1517), prit la Mecque
et acquit Alger (1520).
Son successeur,
Soliman, après un début de règne inspiré
par un apparent désir de justice, reprit les guerres, et ajouta à l'Empire,
en Asie. l'Aldjéireh et partie de l'Arménie, du Kurdistan ,
de l'Arabie; en Europe ,
partie de la Hongrie ,
la Transylvanie ,
la Slavonie ,
la Moldavie ;
il enleva Rhodes
aux Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem
(1522), après un siège mémorable,
vint camper devant Vienne (1529). Vienne
devient la borne fatale des progrès du croissant
en Europe. L'Europe assistera alors au duel gigantesque des deux souverains,
qui semblent se partager l'empire du monde, Soliman et Charles-Quint.
Une occasion saisie par François Ier,
qui conclut avec Soliman une ligue offensive et défensive contre Charles-Quint
et la Hongrie, ainsi que divers traités (1535)
destinés notamment à faciliter les échanges commerciaux ( Capitulations).
Soliman ajouta encore à son empire Tunis (1534)
et Tripoli (1551),
et de nouveaux succès en Perse de la part de ses armées, le rendirent
également maître du Schirwan et de la Géorgie (1549-1550).
Soliman crut devoir reprendre les hostilités en Hongrie : il y eut dix
ans de guerre, pendant lesquelles il prit Lippa, Temeswar, Veszprim; ayant
échoué devant Agria, il consentit à conclure la paix. En 1565,
Dragut, son amiral, échouait dans sa tentative de s'emparer de l'île
de Malte ;
mais, l'année suivante, il se rendait maître de l'île de Chio .
Après lui, Sélim II enleva Chypre aux Vénitiens
(1570), mais l'année suivante la marine
turque était anéantie à la bataille de Lépante (1571).
C'est de cet événement que date le début du déclin de l'empire ottoman. .
Les
Capitulations
En un sens large, on entendait
par capitulations les traités qui garantissaient aux sujets chrétiens,
qui résidaient temporairement ou d'une manière permanente dans les pays
dits "hors chrétienté", spécialement dans les pays musulmans, le droit
d'être soustraits dans une large mesure à l'action des autorités locales
et de relever de leurs autorités nationales, représentées par leurs
agents diplomatiques et leurs consuls. Entendues en un sens plus restreint
les Capitulations correspondent à ceux de ces traités qui ont été conclus
entre les puissances européennes et l'Empire
Ottoman, Ã partir du XVIe
siècle ( Le
Siècle de Soliman).
Le
temps du déclin
Le siècle
de Soliman avait été celui de l'apogée de l'empire Ottoman. Les
XVIIeet
XVIIIe siècles
ont été ceux d'un déclin progressif, où rien ne semble encore inéluctable.
Cette décadence ne marcha d'abord que lentement : malgré une suite de
sultans faibles et de fréquentes révolutions de palais (surtout de 1618
à 1622), qui sèment dans l'empire
le germe de l'anarchie, malgré quelques pertes en Hongrie (1595-1608),
la Turquie obtint encore d'importants avantages : la guerre de Choczim
lui donna quelques districts en Pologne. Sous Mehmet IV, l'avènement au
pouvoir de la famille Kiuperli semble réveiller l'énergie de l'empire.
Candie (La Crète) est conquise (1669);
Vienne est assiégée une deuxième fois en 1683;
la conquête de Bagdad marque la supériorité des Turcs sur les Persans.
Mais à partir de cet instant, la décadence
va marcher plus rapidement : les trois régences (Alger,
Tunis, Tripoli) et même l'Égypte deviennent
presque libres de fait; la grande guerre de 1682
à 1699, que termine la paix de Carlowitz ,
arrache presque toute la Hongrie aux Turcs : le traité de Passarovitz
leur enlève Temesvar et partie de la Serbie, que toutefois ils recouvrent
par la paix de Belgrade
(1740). Les Russes, avec lesquels ils
sont en lutte depuis 1672, commencent
à obtenir la supériorité. Romanzoff franchit le Danube; Orloff menace
Constantinople; dans la baie de Tchesmé,
les flammes dévorent la marine turque.
Après le guerre de 1770
et 1774, où la Porte figure comme
alliée de la Pologne, elle perd la Bukovine
et la Petite-Tartarie ,
qui est reconnue indépendante par le traité de Kutchuk-Kaïnardji. Cette
même Tartarie devient province russe en 1783;
la guerre de 1790 Ã 1792
consacre cet état de choses et enlève à la Porte divers cantons du Caucase.
L'intervention de la Prusse
et de l'Angleterre, et la faiblesse de Potemkine
sauvent seules la Turquie d'une ruine totale. Mais l'avenir ( L'agonie
de l'Empire ottoman et La question
d'Orient) montrera que cet appui, suscité par l'appétit grandissant
des puissances d'Europe occidentale, devra être payé au prix fort .
L'agonie
de l'empire
Le XIXe
siècle, est pour l'empire ottoman celui de sa dislocation progressive.
Elle interviendra d'une part sous l'effet des tensions intérieures croissantes
(montée des nationalismes, régime politique archaïque), mais surtout
sous la pression des grandes puissance européennes, engagées dans une
politique d'accès aux mers chaudes ( La
Question d'Orient). La disparition effective de l'empire n'interviendra
sans doute qu'au début du XXe
siècle, mais on ne l'envisageait plus désormais en Europe
que comme un butin à se partager.
En même temps, à l'intérieur, le désordre
éclatait de toutes parts et ajoutent à l'affaiblissement d'un régime
devenu de plus en plus archaïque : les pachas Ali, Djezzar, Méhémet-Ali
se révoltaient; il n'y avait ni armée, ni marine, ni finances. Les choses
semblèrent changer de face à l'avènement de Mahmoud II (règne : 1808
- 1839). Un politique de réformes
( Le
Tanzimât) visant à enrayer la chute n'y changeront rien. La
bonne volonté et l'énergie de ce prince s'épuisèrent devant des obstacles
insurmontables. Sous lui, la Bessarabie ,
l'Abasie, la Mingrélie ,
enfin la Grèce
furent perdues et la flotte turque ruinée à Navarin .
Abd-ul-Medjid (1839)
s'engagea lui aussi, à la suite de Mahmoud, dans la voie des réformes
pacifiques et intérieures, et songea, le premier, a donner une espèce
de constitution, le khairié tanzimat (= heureuse organisation).
Il était encouragé, aidé même par la France, et. l'Angleterre. Seule
la Russie persistait à voir dans l'empire
ottoman un corps malade, dont la fin ne
pouvait manquer d'être prochaine. Elle n'eut cependant pas la patience
d'attendre sa mort, et pressée d'exécuter le prétendu testament de Pierre
le Grand, elle entreprit cette guerre dont Silistrie,
Sinope, l'Alma
et Sébastopol forment les jalons
( La
Guerre de Crimée) .
Le traité
de Paris (1856) assura la Turquie
contre de nouvelles tentatives. Mais l'Europe a beau faire : cette malheureuse
puissance est lancée sur une pente trop rapide pour s'arrêter dans sa
dislocation dès le règne d'Abd-ul-Hamid II, dont
le gouvernement, commencé en 1876 sous d'apparents bons auspices, mais
devenu de plus en plus autoritaire, conduira à sa déposition en 1908 .
La
question d'Orient
Le qualificatif
de "question d'Orient" a été appliqué au XIXe
siècle à plusieurs séries
d'événements qui impliquaient les puissances européennes en Asie. Il
y eut ainsi une question d'Orient centrée sur les relations avec l'Empire
Ottoman, et une autre question d'Orient concernant la situation en
Asie centrale (Turkestan ,
Iran ,
Afghanistan ),
dans lesquelles se sont principalement opposées la Russie et l'Angleterre,
et qui avaient pour enjeu l'accès aux mers chaudes (Méditerranée, Océan
Indien). Une troisième question d'Orient concernait la Chine
et le Japon
et intéressait toutes les puissances maritimes. On n'abordera ici que
la première de ces problématiques. Celle qui a conduit au démembrement
de l'Empire Ottoman, qui a participé aux causes de la Première
Guerre mondiale, et qui est la seule d'ailleurs à laquelle on se réfère
aujourd'hui lorsqu'on parle de question d'Orient sans autre précision.
Pour la Turquie, le XIXe
siècle s'ouvre par la poursuite de la poussée russe initiée
dès le règne de Pierre le Grand, un
siècle plus tôt, et par une nouvelle succession de déconvenues. De 1809
à 1812, l'empire ottoman subit une
nouvelle guerre et perd des provinces entre le Dniepr et le Danube, assurées
à la Russie par la paix de Bucarest, en
1819. Suivront
la perte des îles Ioniennes (qui deviennent libres sous protectorat anglais),
la perte de la Grèce (de 1820 à 1830),
définitivement affranchie après la bataille navale de Navarin
(1827), la perte d'une partie de l'Arménie
turque, cédée à la Russie en 1829.
Et, Ã la suite d'une nouvelle guerre avec la Russie, la Valachie ,
la Moldavie ,
la Serbie deviennent elles aussi, par le traité d'Andrinople
(1829), libres sauf tribut, et sont
placées sous la garantie russe. En 1830,
c'est la perte de l'Algérie, conquise par la France.
En 1833,
le pacha d'Égypte, Méhémet-Ali, lève ouvertement l'étendard de la
révolte, conquiert la Syrie, bat les Turcs à Konya, et menace Istanbul.
La Turquie, réduite alors à se mettre à la merci de la Russie, signe
le traité d'Unkiar-Skelessi (1833)
qui ouvre le Bosphore
aux Russes, en fermant les Dardanelles
aux autres puissances. Cependant Méhémet-Ali, poursuivant ses succès,
remporte en 1839 la victoire de Nézib
et s'empare de la Crète; mais l'intervention des puissances européennes
arrête sa marche. Cela permettra, en 1840,
à la Porte de recouvrir la Syrie, conquise pour elle par les armes anglaises.
A partir de cette époque, l'empire ottoman
va s'efforcer, à la faveur de la paix, de réparer ses pertes et de se
régénérer en s'organisant à l'européenne ( Le
Tanzimat), lorsqu'en 1853 une nouvelle
agression de la Russie vint encore compromettre son existence : elle fut
sauvée cette fois par les armes réunies de la France et de l'Angleterre;
à la suite de la guerre de Crimée,
le traité du 30 mars 1856assura une
indépendance de façade à l'empire ottoman. Un protectorat de fait, bien
plus vécu comme un affront subit, que comme un bienfait accepté. D'autant
plus
que le délitement de l'empire, loin d'être freiné, - et
manifeste désormais dans les Balkans, partagés entre grandes puissances
à partir de 1878, par l'occupation
de la Tunisie
par la France en 1882, et par l'autonomisation
de l'Égypte, puis par son occupation par l'Angleterre en 1885,
- apparaissait comme la seule évidence de ces temps troublés .
La
Guerre de Crimée
Lorsque
l'attitude menaçante de l'Autriche et le débarquement des armées française
et anglaise eurent obligé les Russes à évacuer les principautés danubiennes,
on se demanda quel objectif assigner aux forces franco-anglaises concentrées
à Varna, afin d'imposer au tsar l'acceptation des conditions de paix arrêtées
au protocole de Vienne le 9 avril 1854.
Les Autrichiens, désireux d'occuper la Valachie
et la Moldavie ,
proposaient une campagne sur le Pruth contre la Bessarabie .
Les Turcs, commandés par Ferhat-pacha, beau-frère de Chamyl, conseillaient
une campagne dans le Caucase afin d'en chasser les Russes.
Les Anglais eussent
agréé ce plan, mais ils souhaitaient aussi une descente en Crimée et
l'anéantissement de la puissance navale de la Russie dans la mer Noire.
En ce cas, l'objectif était l'arsenal maritime de Sébastopol. Le chef
français Saint-Arnaud, désireux de frapper un grand coup, appuya ce projet
de concert avec le chef anglais lord Raglan; il fut adopté au conseil
de guerre de Varna et, après de longs préparatifs, l'expédition appareilla
le 7 septembre 1854.
C'était le début de Guerre de Crimée, ou guerre d'Orient. Elle sera
marquée principalement par le siège de Sébastopol (26 septembre 1854
- 9 septembre 1855),
une opération militaire, qui a été l'une des plus considérables du
XIXe siècle.
Les Russes ignorant
cette décision et craignant pour Odessa,
avaient concentré 180 000 hommes en Bessarabie ,
32 000 entre Odessa et Nicolaïev, seulement 51 000 en Crimée sous le
prince Mentchikov. Les Anglais amenaient 21 500 hommes (5 divisions d'infanterie,
1 division de cavalerie, 9 batteries
de campagne, un parc de siège); les Français, 30 000 hommes (4 divisions,
42 batteries de campagne et 65 pièces de siège); les Turcs, une division
de 6000 hommes; on apportait 45 ,jours de vivres; la flotte comprenait
89 navires de guerre et 267 transports, sous les vice-amiraux Hamelin,
Bruat, Dundas et Lyons. Après que l'hiver et le choléra aient tué plus
de cent mille personnes, Sébastopol tombe un an plus tard aux mains des
alliés et la paix est signée à Paris le 30 mars 1856.
La Mer Noire est Neutralisée et les Occidentaux (Angleterre et France)
font payé à la Turquie leur aide, en imposant leur protection .
Le
Tanzimat
Le mot Tanzimat,
qui signifie proprement organisation, désigne, dans l'histoire politique
de la Turquie, la période des réformes qui débute proprement en 1839,
sous le sultan Abd-ul-Medjid, et dure jusqu'aux premières années du XXe
siècle. On peut considérer en fait que
le nouveau régime débuta un peu plus tôt, sous le sultanat de Mahmoud
II, par la suppression du corps des janissaires,
troupe jadis vaillante, devenue par la suite des temps une sorte de garde
nationale séditieuse, qui formait le principal obstacle, par la routine
de ses privilèges, à la réorganisation de l'armée rendue nécessaire
par les succès de la Russie.
Après cela, Abd-ul-Medjid
pris acte des nécessités de régler l'administration politique, financière,
judiciaire et militaire de l'empire ottoman d'après un système de réformes
déjà projeté par Mahmoud II. Il promulga ainsi en 1939
le fameux hatti-chérif de Gülhané, qui visait à ouvrir cette
fois en grand la porte des réformes. Ce hatti-chérif était comme la
charte de l'empire ottoman : il assurait à tous les citoyens de la Turquie
sans distinction de religion, des garanties quant à leur vie, leur honneur,
leur fortune et leur liberté personnelle; il prévoyait par ailleurs
la réorganisation de l'armée; la création d'un ministère du commerce
et des travaux publics; la promulgation d'un code pénal et d'un code du
commerce; la création d'un enseignement public, de plusieurs académies;
l'institution des postes, du télégraphe, de banques de l'ordre du Medjidié
etc .
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En
librairie - Joëlle Dalègre, Grecs
et Ottomans (1453-1923), de la chute de Constantinople à la disparition
de l'empire ottoman, L'Harmattan, 2002. - Y. Ternon, L'Empire ottoman,
Le Félin, 2002. - Frédéric Hitzel, L'empire ottoman, XVe - XVIIIe
siècles, Les Belles lettres, 2001. - Du même, Livres et lecture
dans le monde ottoman, Edisud (Revue du monde musulman et de la
Méditerranée, n° 87-88), 2000.
Collectif,
Turquie, Genèse de l'art ottoman, Edisud, 2000. - Paul Dumont, Vivre
dans l'empire ottoman, sociabilités et relations intercommunautaires,
L'Harmattan, 1997. - Nicolas Vatin, Oral et écrit dans le monde Ottoman,
Edisud (Revue du monde musulman et de la Méditerranée, n° 75),
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- Robert
Mantran, Histoire de l'empire Ottoman, Fayard, 1989. - Du même,
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Efendi, Le paradis des infidèles, un ambassadeur ottoman en France
sous la régence, La découverte, 2004. - Maorali Seyyid Ali effendi
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Frédéric Tinquely, L'Ecriture du Levant à la Renaissance, enquête
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Fraques et Youssef Courbage, Chrétiens et Juifs dans l'Islam arabe
et turc, Payot, 1997. - Stéphane Yérasimos, Les Turcs, Orient
et Occident, Islam et laïcité, Autrement, 1994. |
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