.
-

Les Turks
Les Peuples turciques
Les Turks, Türks (avec un k, pour le distinguer des Turcs avec un c, qui sont les habitants de la Turquie) ou peuples turciques correspondent aux populations que l'on appellait aussi jadis les Touraniens, les Turcs-Tatares, etc. Ces divers peuples dont les noms et les descriptions nous sont connus par les annales chinoises, comme les Yué-tchi ou Toukhara (Tou-hou-lo), les Szou (dans lesquels on a parfois cru reconnaître les Scythes), les Ta-hie on Da-hé, les Ousoun, les Hioung-nou, les Ouïgours, les Hakkas, habitaient primitivement le Turkestan oriental et la Mongolie. A partir du IIe siècle avant notre ère, ces peuples commencèrent à émigrer et pénétrèrent par la Dzoungarie dans la Sibérie méridionale et dans le Turkestan occidental, d'où ils se répandirent plus loin, en Russie orientale, dans la dépression aralo-caspienne, en Asie Mineure, en Afghanistan et en Inde. En se mélangeant entre eux, de même qu'avec les autochtones et les envahisseurs d'autres populations, ces Turks primitifs finirent par constituer des groupes qui formèrent des Etats plus ou moins puissants (Les Hégémonies turques : Huns, Kharezm, Seldjoukides, Ottomans, etc.), et dont des héritiers existent encore aujourd'hui (Turquie, Turkménistan, Ouzbekistan, Azerbaïdjan). Citons parmi ces peuples : les Yakoutes, Tatars, Bulgares de la Volga, Dounganes et Tarantanchi, Kirghiz et Kazakhs, Turkmènes, Ouïgours, Karagas, etc.  
Les Yakoutes

Les Yakoutes (qui se nomment eux-mêmes Sacha) sont un peuple sibérien qui forme la branche Nord-Est des peuples turcs.  Il semble qu'il aient été mélangés au IIIe siècle aux Ouïgours. Refoulés au XIVe siècle des parages du Baïkal dans la vallée de la Léna, ils occupent aujourd'hui presque en totalité les bassins des fleuves Khatanga, Olekma, Léna, Yana et Indighirka, empiétant sur les territoires de leurs voisins, Toungouses, Tchouktches, Samoyèdes, etc. Les Yakoutes sont pasteurs et chasseurs, parfois commerçants. Ils sont environ 300 000 et nominalement chrétiens. Leur langue se parle d'Irkoutsk à la mer d'Okhotsk et de la frontière chinoise à l'océan Glacial, sur un domaine immense, mais désert. La langue yakoute était jadis considérée par certains linguistes comme le « Sanscrit du Turk », la « langue mère » supposée de cette famille (Les langues altaïques). 

Les Tatars

Après avoir regroupé sous se vocable l'ensemble des peuples turco-mongols, on emploie désormais le terme de Tatars pour désigner seulement quelques groupes de populations en principe à prédominance turque (mais souvent aussi avec des composantes mongoles et finno-ougriennes), qui forment plusieurs îlots au milieu des populations russes, kirghiz ou mongoles dispersées entré le lac Baïkal et les monts Oural. Cet ensemble reste assez disparate : les Tatars de Sibérie, par exemple sont issus des mélanges de Turks et de Finnois; et plusieurs tribus sont, en outre, mongolisées ou russifiées. 
-

Des Tatar aux Tartares

Mentionné pour la première fois au IXe siècle, dans les annales chinoises, le vocable « Tha-ta » fut-appliqué d'abord à une tribu des « Mo-ho » (nom sous lequel les Chinois comprenaient les Mongols et les Toungouses) vivant au Nord-Ouest de la Chine. Il est possible que ce fut une tribu de langue turque et que « Tata » fut son nom indigène, car on trouve dans les ouvrages chinois une autre forme, Tha-ta-eul, qui est probablement la transcription à la chinoise du mot « Tatar », dont la terminaison ar est un des suffixes indiquant le pluriel dans les langues turco-mongoles. Peu à peu le sens de l'appellation s'élargit, et les Chinois l'appliquèrent plus tard à un grand nombre de tribus turques, mongoles ou toungouses. Gengis Khan, dont le père était de la tribu des «-Mongols » et la mère de la tribu des « Tatar », propagea ces deux noms génériques dans toute l'Asie et dans l'Europe orientale; ses hordes, composées pour une grande part de guerriers levés parmi les tribus turques conquises, reçurent tantôt le nom de mongoles, tantôt celui de tatares.

Pendant que les restes de la tribu primitive des Tha-ta, vaincue en 824 par les Khitans (Toungouses), puis par Gengis Khan, se transportaient d'abord vers les monts In-Chan (près de l'angle Nord-Ouest du grand coude du Hoang-ho), puis dans la région des sources de l'Amour, le nom de Tha-ta ou Tatar acquit de plus en plus droit de cité en Europe, où sa consonance avec « Tartare » donna lieu, après le calembour bien connu de Louis IX (dans sa lettre à la reine Blanche en 1241), à de savantes dissertations. Mais c'est surtout en Russie qu'il devint populaire; là tout ce qui parle la langue turque est appelé « Tatar ». C'est ainsi qu'on peut trouver des tribus ougriennes ou iénisséiennes en Sibérie et des tribus iraniennes au Caucase, qui sont encore aujourd'hui appelées «-tatares », à cause de la langue que leur ont imposée les populations turques avoisinantes. Quoi qu'il en soit de ces exagérations, on peut dire d'une façon générale que seuls les habitants de langue turque de la Russie, autres que les Kirghiz, les Bachkirs et les Tchouvaches, ainsi que les indigènes de certaines parties du Caucase et de la Sibérie, sont ceux que l'on désigne aujourd'hui  sous le nom de Tatars.

Les Tatars Volgaïques.
Ces Tatars dit aussi de la Russie d'Europe sont répandus depuis la Lituanie jusqu'à l'Oural, depuis la province de Kazan jusqu'à celle d'Astrakhan. Unis par la communauté de la langue et de leur foi musulmane, il offrent des types divers au point de vue physique. 

a) Les Tatars de Kazan (Tatars proprement dits), descendants des Kiptchaks de la Horde-d'Or, sont venus au XIIIe siècle dans le pays qu'ils occupent actuellement et s'y sont mélangés avec les Bulgares. Ils diffèrent, par leur type à moitié finnois. Leur langue est un dialecte de l'Ouralien, comme celles Tatars de Tchoulym (voir plus bas) et des Bachkirs.
-
Les Bachkirs

Les Bachkirs, qui vivent autour d'Oufa, s'appellent proprement Bachkourt et sont constitués par un mélange de Finnois et de Tatars. Ils habitaient primitivement les deux versants de l'Oural. Certains philologues ont considéré leur nom (primitivement Badjgar) comme identique à celui des Magyars (primitivement Madjgars). Il est d'ailleurs à noter qu'ils présentent une ressemblance physique avec les Szeklers de Hongrie. A dater du IXe siècle, après l'émigration des Magyars vers l'Occident, les Bachkirs se laissèrent envelopper par des peuples de la famille turque et assimiler par eux. Avant qu'ils n'adoptent un islam très rudimentaire, leur culte était un chamanisme; la chasse, la pêche, l'agriculture et le pillage des peuplades voisines étaient leurs principales industries au XIIIe siècle. 

Leur nom paraît pour la première fois dans les récits de l'Arabe Ibn Foszlan et des voyageurs occidentaux Plan Carpin et Rubruquis. Ils se laissèrent subjuguer par les Tatars et, après la prise de Kazan, ils devinrent sujets russes. Ivan le Terrible leur accorda des terres dans le bassin de la Kama et de la Biela. En revanche, ils furent soumis à la capitation: en 1574 la ville d'Oufa fut fondée par les Russes sur leur territoire. Mais les Bachkirs ne restèrent pas longtemps les sujets paisibles de leurs nouveaux maîtres; au XVIIe et au XVIIIe siècle, ils reprirent leurs habitudes de pillage; ils se révoltèrent en 1735 sous le règne d'Anna Ivanovna [Le printemps des tsarines]. Plus de 30 000 furent tués ou déportés, les femmes et les enfants vendus comme esclaves.

A partir de 1754, ils furent astreints au service militaire. En 1755, ils se révoltèrent encore et en 1773 on les trouve dans l'armée de Pougatchev. Depuis cette époque ils sont restés tranquilles. En 1810, ils ont été enrégimentés dans les troupes cosaques; ils ont par la suite constitué une grande partie des Cosaques de l'Oural. A partir de 1874 un certain nombre d'entre eux ont formé des escadrons de cavalerie régulière. A la fin du XIXe siècle, ils étaient soumis au même régime que les paysans russes. Ils sont devenus peu à peu laboureurs, mais pratiquent surtout l'élevage du bétail et des abeilles. Leur nombre (en comprenant les Mestchériens et les Teptars) est évalué à près d'un million.

b) Les Tatars d'Astrakhan, contrairement aux précédents, marqués par leurs contacts avec les finnois, sont pour partie les descendant des Turco-Mongols de la Horde d'Or, mélangés aux Khazars; ce sont des Tatars dits Yourtovskié, de la ville et du district d'Astrakhan. 

c) Les Tatars de Koundourov, du district de Krasny-Yar, sont des Nogaï, venus de Caucase au XVIIIe siècle, débris de la grande Horde des Nogaï (elle-même survivance de la Horde d'Or), qui dominait dans le Sud de la Russie du XIIIe au XVIIIe siècle, et dont les derniers khans se refugièrent en Crimée. 

C'est en 1427, que les Tatars, qui avaient déjà visité la péninsule, jadis connue sous le nom de Chersonèse taurique, à diverses reprises, s'y établirent définitivement et lui donnèrent le nom de Krym qui lui est resté. Leur capitale était Bakhtchisaraï ou Bagtché-Séraï. Les Vénitiens s'efforçèrent d'y établir des comptoirs. Ils furent supplantés par les Génois qui s'établirent à Caffa, à Soudak et à Balaklava. Ils furent chassés au XVe siècle par les Turks. En 1478, Mahomet II nomma Mengli Gheraï khan de la Crimée et de la Petite-Tatarie. Les Tatars, vassaux de la Porte, restèrent jusqu'au XVIIIe siècle paisibles possesseurs de la péninsule; en 1726, les Russes y pénétrèrent pour la première fois. En 1777, Souvorov chassa le khan Devlet Gheraï. En 1779, Châhin Gheraï devint tributaire de Catherine II. En 1783, la Crimée fut annexée par la Russie; la Porte ottomane reconnut cette annexion en 1784. Ce qui n'empêchera pas la Crimée d'être le théâtre, en 1854 et 1855, d'une lutte sanglante entre les diverses puissances du moment.

Ajoutons que parmi les « Tatars » actuels de Crimée, il faut encore distinguer les « Tatars des steppes-», vrais descendants des Nogaï, et les « Tatars des montagnes et du littoral », autrement dit les Tauridiens ou Krimtchaks. Ces derniers ont été rapprochés des Tsiganes, des Grecs, des Albanais, et des Monténégrins, et diffèrent beaucoup des premiers qui sont turcs avec des composantes mongoles et tauridiennes. 

d) Les Tatars de la Lituanie sont aussi les restes de la horde Nogaï, venus dans le pays au XV siècle. Tout en restant musulmans, ils ont adopté aujourd'hui la langue, le costume et les moeurs des paysans polonais ou lituaniens, au milieu desquels ils vivent.

Les « Tatars » du Caucase.
Ils présentent un mélange d'éléments anciens (Avars, Alains, Petchénègnes, Khazars, Lesghi) avec les envahisseurs (Kiptchaks, Nogaï, Iraniens). Il faut distinguer parmi eux : 
a) Les Tatars ou Kabardes de la montagne;

b) Les Kabardes de la plaine (mélangés aux Tcherkesses) de la province de Terek, et leurs voisins les Karatchaï;

c) Les Tatars du Daghestan ou Koumyk, offrant un type turc assez net;

d) Les Tatars Azerbaidjani ou Azeri de la Perse (Iran), de la Transcaucasie de la région de Bakou, qui sont simplement des Persans ou Iraniens parlant des dialectes turks (azerbaïdjanais du Nord et du Sud, Kashkaï, peut être Salchouk), comme leurs voisins du littoral de la Caspienne, les Tates. 

Tatares du Caucase.
Femmes tatares du Caucase, au début du XXe siècle.

Les Tatars sibériens. 
Ils se divisent en deux groupes bien distincts : d'une part, les Tatars des monts Altaï et des régions adjacentes dans le Sud des provinces de Tomsk et de Yenisséisk; d'autre part, les Tatars de Sibérie proprement dits, habitant les plaines arrosées par le Tobol, par le cours moyen de l'Irtych et de l'Ob, ainsi que par le Tom inférieur avec leurs affluents. Les premiers sont des Iénisséiens, des Samoyèdes et des Finno-Ougriens, mélangés à différentes tribus mongoles ou turques, et parlant la langue turque-orientale. On pourrait les appeler plutôt Altaïens. Les seconds sont des descendants probables des peuplades turques connues dans l'histoire (du VIe au Xe siècle), sous le nom de Tou-Kioué et d'Ouïgours, mélangés aux Ouzbek et aux Sartes du Turkestan et de la Boukharie, venus dans le pays du XVe au XVIe siècle, et aux Tatars Volgaïques, émigrés de la Russie vers le XVIe siècle.

a) Parmi les Altaïens qui forment l'îlot central, entre l'léniséï et l'Irtych, on distingue, d'après leur habitat :
Les Tatars d'Abakan ou Khakas, qui sont un ensemble de plusieurs peuplades -  Katchins, Koïbals. Sagas ou Sagaï, etc. - pour la plupart nomades; 

Les Tatars de Tchoulym, presque complètement russifiés; leur langue, un dialecte de l'ouralien, est proche de celle des Bachkirs et des Tatars de Kazan.

Les Tatars de Kouznetsk  - les Koumandines, Tatars des forêts noires ou Tcherniévyé, les Chors et autres descendants des lénisséiens «-forgerons » (Kouzcznetzi) -, partie chasseurs nomades, partie agriculteurs sédentaires;

Les Tatars de l'Altaï  - Teléoutes, Telenghits, Kara-Kalmouks, etc. -, Turks légèrement mongolisés et improprement appelés Kalmouk de l'Altaï.

b) Parmi les « Tatars de Sibérie », on distingue aussi, d'après leurs emplacements, les Tatars de Baraba, d'Irtych-Tobol et de Tioumen. Cet îlot occidental est un mélange des peuples précédents avec les Tatars de la Volga.
-*
Photo de Tartares de Sibérie.
Famille tatare de Sibérie (vers 1920).

Les Bulgares de la Volga

Ce peuple vécut sur les bords du Volga et de la Kama du Xeau XVIe siècle. Son pays est appelé par les écrivains byzantins et par Plan Carpin la Grande Bulgarie. Les chroniques russes les appellent tour à tour Bulgares Noirs, Scythes, Enfants d'Ammon. Ils étaient d'origine turque, parlaient un idiome turk, mais paraissent avoir été mélangés de bonne heure à des Slaves. C'est d'ailleurs une branche de ce peuple, de langue slave, qui au VIIe siècle avait passé  le Danube et qui donnera son nom à la Bulgarie danubienne.

Ceux de la Volga avaient embrassé l'islam que leurs députés allèrent vers la fin du IXe siècle prêcher auprès du prince russe Vladimir, mais il y avait aussi des chrétiensparmi eux. On connaît le nom d'un de leurs princes qui vivait au Xe siècle (vers 922) et qui s'appelait Almos. Il est à remarquer que ce nom se retrouve aux origines de l'histoire de la Hongrie. On sait le nom d'un certain nombre de leurs tribus : Bersoula, Esegel, Bulgares proprement dits, Tinstouzes, Tcheremtchanes, Bulgares de la Caspienne. Leurs villes principales étaient Bolgary, Sivar, Joukotin, Briachimov, etc. Ils faisaient un commerce considérable. Lors de l'invasion des Tatars ils perdirent leur indépendance; mais la ville de Bolgary continua d'être fort importante au point de vue commercial. 

Les  Dounganes et les Tarantanchi

Les Tarantanchi forment la population des oasis du Turkestan oriental et de la Dzoungarie; on y rattache les Dounganes (Hui) fortement métissés avec les Chinois, sinon complètement sinisés.
-

Les Dounganes

Les Dounganes, Doumganes ou Tounganes, appelés Hui ou Houei en Chine, sont un peuple musulman de l'Asie centrale. Les opinions des auteurs du XIXe siècle varient grandement sur l'origine et le nom de ce peuple. Kouropatkine et Schuyler en font les descendants des anciens Ouïgours envoyés comme colons au VIIIe ou au IXe siècle, dans les provinces chinoises du Chen-si et du Kan-sou. E. Reclus marque simplement que « ce sont principalement les Nestoriens (Nestorius) » convertis probablement à l'Islam à l'époque de Tamerlan. Ujfalvy (Kohistan, p. 213) écrit :

« Ce peuple s'appelle lui-même Doungane, les Chinois l'appellent ainsi et on prétend que ce mot vient de Tourgâne, c.-à-d. le séditieux. »
Vambéry dit que le mot doungane en turc oriental veut dire un converti; d'autres, comme Wathen, donnent au nom de doungane la signification de laisser derrière, sous le prétexte que cette nation descendrait d'une colonie d'anciens soldats d'Alexandre. Shaw pense que le mot vient du chinois : toun jen, colons militaires. Sosnovsky donne au nom doungane une origine ultra-fantaisiste. Il prétend qu'il date du commencement de l'insurrection de 1861 et vient du fort Doungane, situé dans la province chinoise du Chen-si; la chose est absurde, car le nom existait longtemps auparavant. Les Chinois, eux, appellent les musulmans Houei-Houei. 

Le terme de Houei ou de Hui, au sens large, s'applique aujourd'hui à une minorité musulmane de quelque 6 millions de personnes originaires du Sinkiang, mais réparties à travers toute la Chine (surtout dans les villes), les Douganes proprement dit ne sont plus, eux, qu'au nombre de 20 000. Ces Dounganes, population fort mélangée d'éléments turks et tatars, sont devenus à peu près Chinois; ils parlent surtout le Chinois et connaissent également le turk oriental et le kalmouk. Ils habitent particulièrement le nord-est de la Kashgarie et le nord des Tien-chan. Ils occupent tout un quartier de la ville de Kouldja où ils ont une mosquée ainsi qu'à Souïdoun.

L'islam, qui avait pénétré dans les Tien-chan dès les dynasties des Soui et des Tang, n'avait pas tardé, dans cette région, devenue à la mort de Gengis-Khan une partie de l'apanage de son second fils Djagataï (L'Empire Gengiskhanide), à chasser devant lui le bouddhisme et le nestorianisme. On peut dire que l'islam était, dès la seconde moitié du XIVe siècle, absolument maître de la région; aussi, au commencement du XVIIe siècle, un descendant du Prophète à la vingt-sixième génération, Ma-mo-to, s'établit-il à Kashgar, sans doute appelé par ses coreligionnaires. Il fut le premier chef ou roi musulman de la dynastie des Khodjas. 

Ces princes musulmans furent battus par les Euleuthes ou Kamouks (célèbre tribu mongole au nord des Tien-chan), ensuite, retenus prisonniers à I-li; lors de la défaite des Eleuthes, ils firent leur soumission aux Chinois. Mécontents d'ailleurs du joug, de ces derniers, lors de la guerre d'Amoursana en 1757-1758, les deux arrière-petits-fils de Ma-mo-to, Boronitou et Kodzidchan, qui régnaient (1755) le premier à I-li, le second à Yarkand, se révoltèrent contre l'empereur Kien-loung; les deux Khodjas, comme on les désignait, vaincus par les Chinois, furent obligés de se réfugier dans le Badakchan, où, de nouveau défaits par le khan de ce pays, ils furent mis à mort.

La mauvaise administration des gouverneurs chinois, particulièrement celle de Pi Tsing, amena la grande insurrection de 1820-1828; à la tête des mécontents se plaça comme chef Djehangir, petit-fils de Boronitou, par conséquent descendant des deux Khodjas. Un massacre ordonné par Pi Tsing à Kashgar, à la fête d'automne, au commencernent du règne de l'empereur Tao-Kouang, fut suivi du déplacement de ce mauvais fonctionnaire, mais la lutte ne s'engagea pas moins entre Djehangir et les Chinois. Sans entrer dans le détail de cette campagne qui est marquée par de nombreux combats dans toute la Kashgarie, disons qu'à la suite de la bataille de K'artiékaï, perdue par lui (1828), Djehangir fut fait prisonnier par le général chinois Tchang-ling. Les derniers scrupules du khan de Khokand (1829) marquèrent la fin d'une guerre longue, mais heureuse pour les Chinois, dont le succès fut déshonoré par l'épouvantable supplice de Djehangir. 

Une nouvelle révolte éclata en 1847, et est connue sous le nom de révolte des Sept Khodjas; elle fut réprimée par les Chinois et suivie en 1857 par le quatrième effort des Khodjas, dirigés par Valikhan, afin de régner sur la Kashgarie. Ce fut la dernière tentative avant le grand soulèvement de la fin du XIXe siècle. Les causes qui avaient amené la rébellion de 1820 devaient se renouveler en 1861; la révolte musulmane commença dans le Chen-si, s'étendit ensuite au Kan-sou, puis dans les Tian-chan. Ce soulèvement fut marqué par le massacre des Chinois partout où ils se trouvaient. Repoussés, ces derniers, dès 1863, ne tenaient plus que les citadelles de Kashgar, de Yarkand, et la ville de Yanghi-hissar. Le fils de Djehangir, Bourzouk, aidé de Yakoub, qui ne tarda pas à le supplanter, réussit à chasser les Chinois des Tien-chan.

Yakoub, devenu seul maître de la Kashgarie avec Aksou pour capitale, eut à lutter contre le mauvais vouloir des Dounganes, particulièrement en 1872; les Chinois, débarrassés de la révolte musulmane du Yun-nan, se dirigèrent contre Yakoub, qui mourut dans le cours de la lutte, et, successivement, les villes de Manas, d'Aksou, de Yarkand, de Kashgar (1877) et de Khotan (1878) tombèrent aux mains des Chinois, commandés par Tso Tsong-Tang.

Les Kirghiz

L'histoire des Kirghiz s'étend sur plus de deux millénaires et se déroule à travers une succession de migrations, d'alliances, de conquêtes et d'adaptations aux grands bouleversements de la steppe eurasiatique. Leur identité se forme progressivement dans un environnement dominé par le nomadisme pastoral, les échanges commerciaux et les rivalités entre empires. Les premières mentions des ancêtres des Kirghiz apparaissent dans les sources chinoises dès le IIe siècle avant notre ère. Les chroniqueurs de la dynastie Han évoquent un peuple appelé les Gekun ou Jiankun, installé dans la région du haut Ienisseï, au sud de la Sibérie actuelle. Ces populations vivent principalement de l'élevage des chevaux, des moutons et des bovins, pratiquent également la chasse et entretiennent des relations variables avec les grandes confédérations nomades de la steppe. Leur apparence physique, décrite par certains auteurs chinois, diffère parfois de celle des autres peuples turciques, ce qui témoigne probablement de mélanges anciens avec des groupes sibériens et indo-européens.

Au cours des premiers siècles de notre ère, les Kirghiz du Ienisseï se retrouvent sous l'influence de diverses puissances nomades. Ils subissent notamment la domination des Xiongnu (Les Huns), puis celle des Ruanruan et des Göktürks. Malgré ces périodes de dépendance, ils conservent leurs structures tribales et leur autonomie locale. La société repose alors sur des clans liés par des alliances familiales, tandis que le pouvoir appartient à une aristocratie guerrière. À partir du VIe siècle, l'Empire göktürk domine une grande partie de l'Asie centrale. Les Kirghiz deviennent des vassaux de cette immense confédération, mais profitent également des échanges commerciaux qui se développent le long des routes reliant la Chine, la Sibérie et les oasis du Turkestan. Les influences culturelles turciques se renforcent et contribuent à l'évolution de leur langue et de leurs traditions.

Au VIIIᵉ siècle, l'effondrement du premier Empire turc favorise l'émergence du khaganat ouïghour. Les Kirghiz demeurent longtemps dans son orbite, mais la rivalité entre les deux peuples s'intensifie. En 840, les Kirghiz lancent une vaste offensive contre les Ouïghours. Leur victoire provoque la destruction du khaganat ouïghour et constitue l'un des événements majeurs de leur histoire. Pendant plusieurs décennies, ils exercent une influence considérable sur les steppes d'Asie intérieure. Cette période correspond à l'apogée du khaganat kirghiz du Ienisseï. Cependant, leur domination reste relativement lâche et ne débouche pas sur la création d'un empire centralisé comparable à celui des Göktürks ou des Mongols. Les distances immenses, la dispersion des tribus et la nature même du nomadisme limitent la consolidation du pouvoir. Progressivement, les Kirghiz perdent leur prééminence et se replient vers leurs territoires traditionnels.

Entre le Xe et le XIIe siècle, l'Asie centrale connaît une profonde transformation. Les États musulmans turciques, notamment les Karakhanides, étendent leur influence. Les Kirghiz, encore largement attachés au tengrisme et aux croyances chamaniques, restent en marge de l'islamisation qui progresse dans les oasis du Turkestan. Ils poursuivent leur mode de vie nomade et entretiennent des relations commerciales avec les peuples voisins. Au début du XIIIe siècle, l'expansion de Gengis Khan bouleverse toute l'Eurasie. Les Kirghiz du Ienisseï se soumettent relativement rapidement aux Mongols et évitent ainsi les destructions massives qui frappent d'autres régions. Intégrés à l'Empire mongol, ils fournissent des guerriers et participent aux réseaux économiques qui relient désormais la Chine, l'Asie centrale et le Moyen-Orient.

La domination mongole provoque également des déplacements de populations. Au fil des siècles, une partie importante des Kirghiz migre progressivement vers les montagnes du Tian Shan et les régions correspondant aujourd'hui au Kirghizstan. Cette migration n'est ni soudaine ni uniforme; elle s'étend sur plusieurs générations et résulte d'une combinaison de pressions politiques, de rivalités tribales et de la recherche de nouveaux pâturages. Les Kirghiz se mêlent alors à d'autres groupes turciques et mongols, ce qui contribue à la formation du peuple kirghiz moderne. Aux XVe et XVIe siècles, les Kirghiz occupent désormais une grande partie des vallées et des hautes terres du Tian Shan. Leur organisation demeure fondée sur des tribus regroupées en grandes confédérations. Les traditions orales prennent une importance particulière. C'est dans ce contexte que se développe l'épopée de Manas, immense récit transmis de génération en génération, qui devient le principal symbole de l'identité nationale kirghize. Cette oeuvre célèbre les exploits du héros Manas et de ses descendants dans leurs luttes contre divers ennemis.

L'islam sunnite se diffuse progressivement parmi les Kirghiz à partir du XVIe siècle, sous l'influence des marchands, des chefs religieux et des États voisins. Toutefois, les anciennes croyances chamaniques subsistent longtemps et se mêlent aux pratiques musulmanes. Cette coexistence façonne durablement la culture kirghize. Durant les XVIIeet XVIIIe siècles, les Kirghiz affrontent la montée en puissance du khanat dzoungar, dominé par les Mongols oïrats. Les guerres répétées provoquent des déplacements de tribus et des pertes importantes. Certaines communautés cherchent la protection des Kazakhs ou des souverains de Kokand, tandis que d'autres conservent leur indépendance dans les zones montagneuses. Au XIXe siècle, le khanat de Kokand étend son autorité sur une partie des territoires kirghiz. Plusieurs tribus résistent à cette domination, mais les divisions internes limitent leur capacité d'action. Dans le même temps, l'Empire russe poursuit son expansion vers l'Asie centrale. Entre les années 1850 et 1870, les régions kirghizes passent progressivement sous contrôle russe. Les autorités impériales encouragent l'installation de colons slaves, modifient l'administration locale et intègrent l'économie pastorale traditionnelle dans les circuits commerciaux de l'empire.

La colonisation russe entraîne des tensions croissantes. En 1916, lorsque les autorités impériales décident de mobiliser les populations musulmanes pour les travaux militaires durant la Première Guerre mondiale, une vaste révolte éclate en Asie centrale. Chez les Kirghiz, cette insurrection prend une ampleur particulière. La répression russe provoque la mort de dizaines de milliers de personnes et pousse de nombreux réfugiés à fuir vers la Chine. Cet épisode tragique, connu sous le nom d'Urkun, reste profondément ancré dans la mémoire collective. Après la révolution russe de 1917 et la guerre civile qui s'ensuit, les bolcheviks imposent progressivement leur autorité en Asie centrale. En 1924, une entité autonome kirghize est créée dans le cadre du découpage national soviétique. Celle-ci devient successivement une région autonome, puis une république autonome, avant d'accéder au statut de république socialiste soviétique en 1936. 

L'époque soviétique transforme profondément la société kirghize. Les autorités encouragent la sédentarisation des nomades, développent l'enseignement, instaurent l'alphabet cyrillique et favorisent l'industrialisation. L'élevage collectif remplace progressivement les structures traditionnelles. Cependant, les campagnes de collectivisation et les purges staliniennes provoquent également des souffrances considérables. De nombreux intellectuels et chefs locaux sont exécutés ou déportés. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des milliers de Kirghiz servent dans l'Armée rouge. La république accueille également des populations déplacées depuis d'autres régions de l'Union soviétique. Après 1945, l'urbanisation progresse et l'influence de la culture soviétique s'intensifie, sans pour autant faire disparaître les traditions nationales.

Dans les années 1980, les réformes de la perestroïka favorisent l'émergence d'un mouvement national kirghiz. Les revendications identitaires se renforcent tandis que les tensions interethniques apparaissent dans certaines régions de la vallée de Ferghana. En 1991, à la suite de la disparition de l'Union soviétique, le Kirghizstan proclame son indépendance. Le nouvel État cherche à construire une identité nationale fondée sur l'héritage historique des Kirghiz et sur la valorisation de l'épopée de Manas. Les premières décennies d'indépendance sont marquées par des difficultés économiques, des changements politiques fréquents et plusieurs révolutions populaires, notamment en 2005 et en 2010.

Aujourd'hui, les Kirghiz constituent la majorité de la population du Kirghizstan, mais des minorités importantes vivent également en Chine, en Ouzbékistan, au Tadjikistan, au Kazakhstan, en Russie et en Afghanistan. Malgré la modernisation et l'urbanisation, une grande partie de leur identité demeure liée aux traditions pastorales, aux chevaux, à la vie des montagnes et au souvenir de leur longue histoire nomade, qui relie les steppes sibériennes de l'Ienisseï aux sommets du Tian Shan.

Les Turkmènes

Les Turkmènes sont issus d'un long processus de formation qui associe les anciennes populations des steppes, les migrations des tribus oghouzes, les influences iraniennes et l'expansion de l'islam. Au fil des siècles, ils développent une identité propre fondée sur le nomadisme pastoral, l'organisation tribale et une forte culture équestre. Les racines les plus lointaines des Turkmènes remontent aux peuples turciques qui apparaissent dans les steppes d'Asie intérieure durant les premiers siècles de notre ère. À partir du VIe siècle, les Göktürks dominent une grande partie de l'Asie centrale et favorisent la diffusion des langues turciques parmi les populations nomades. Parmi les nombreuses tribus qui composent cet ensemble se trouvent les Oghouzes, dont les futurs Turkmènes sont les principaux descendants.

Entre le VIIIe et le IXe siècle, les tribus oghouzes quittent progressivement les régions plus orientales de l'Asie centrale et s'installent dans les steppes situées autour de la mer d'Aral et du cours inférieur du Syr-Daria. Elles constituent alors une vaste confédération connue sous le nom d'État oghouz. Cette organisation regroupe de nombreuses tribus autonomes dirigées par des chefs locaux, tandis qu'un souverain suprême exerce une autorité limitée sur l'ensemble. Les Oghouzes entretiennent des relations complexes avec leurs voisins. Ils combattent parfois les Khazars, les Karlouks et les Petchénègues, mais concluent également des alliances temporaires selon les circonstances. Leur économie repose principalement sur l'élevage des chevaux, des chameaux et des moutons. Les caravanes commerciales qui traversent l'Asie centrale favorisent les contacts avec les villes sédentaires du Khwarezm, de la Transoxiane et de la Perse.

À partir du IXe siècle, l'islam sunnite se diffuse progressivement parmi les Oghouzes. Les marchands musulmans, les prédicateurs et les contacts avec les États voisins contribuent à cette conversion. Les anciennes croyances chamaniques et tengristes subsistent longtemps et se mêlent aux nouvelles pratiques religieuses. C'est dans ce contexte que le terme Turkmène commence à apparaître dans les sources musulmanes. Son sens exact reste discuté, mais il désigne progressivement les Oghouzes convertis à l'islam.

Au Xe siècle, les tribus oghouzes connaissent des rivalités internes et subissent les pressions d'autres peuples nomades. Certaines d'entre elles migrent vers l'ouest et pénètrent en Iran, dans le Caucase et en Anatolie. Parmi ces groupes figurent les ancêtres des Seldjoukides. Originaires de la tribu Kınık, ils acquièrent une puissance considérable au XIe siècle. Sous la conduite de Toghrul Beg et de ses successeurs, les Seldjoukides bâtissent un immense empire qui s'étend de l'Asie centrale à l'Anatolie. Les guerriers turkmènes constituent une part essentielle de leurs armées. Les tribus nomades accompagnent les conquêtes et s'installent dans de nouvelles régions. Cette expansion contribue à la turquisation progressive de l'Anatolie et prépare l'émergence future des Turcs d'Anatolie. Cependant, tous les Turkmènes ne participent pas à ces migrations occidentales. Une grande partie demeure dans les régions correspondant à l'actuel Turkménistan, au nord-est de l'Iran et au Khwarezm. Ces tribus conservent leur mode de vie nomade et leur organisation traditionnelle.

Au XIIᵉ siècle, le déclin de l'Empire seldjoukide entraîne la fragmentation politique de l'Asie centrale. Les Turkmènes se répartissent en nombreuses confédérations tribales telles que les Tékés, les Yomouts, les Ersaris, les Göklen ou les Saryks. L'appartenance tribale devient l'élément fondamental de l'identité sociale et politique. Au début du XIIIᵉ siècle, l'expansion de Gengis Khan bouleverse profondément la région. Les armées mongoles détruisent les grandes villes du Khwarezm et provoquent d'importants déplacements de population. Les Turkmènes échappent partiellement aux destructions grâce à leur mobilité, mais ils sont intégrés au nouvel ordre mongol. Les échanges commerciaux reprennent progressivement sous la protection de l'Empire mongol. Après la fragmentation de cet empire, les territoires turkmènes passent sous l'autorité de diverses dynasties, notamment les Tchaghataïdes et les Timourides. Les tribus conservent néanmoins une large autonomie. Les chefs locaux continuent à exercer leur pouvoir sur leurs propres groupes, tandis que les grandes puissances régionales peinent à imposer une administration durable dans les zones désertiques.

Aux XVe et XVIe siècles, les Turkmènes se trouvent à la frontière de plusieurs États puissants. Les Séfévides d'Iran, les Ouzbeks du khanat de Khiva et les souverains de Boukhara cherchent tour à tour à contrôler leurs territoires. Certaines tribus servent comme alliées militaires, tandis que d'autres se révoltent régulièrement contre toute tentative de domination extérieure. L'économie turkmène repose alors sur l'élevage nomade, le commerce caravanier et parfois les raids contre les populations voisines. Les chameaux jouent un rôle essentiel dans les déplacements à travers le désert du Karakoum. Les chevaux turkmènes, réputés pour leur endurance, acquièrent une renommée considérable. Parmi eux, la race Akhal-Téké devient l'un des symboles du peuple turkmène. Les traditions culturelles se développent autour de la poésie orale, des récits héroïques et de l'art du tapis. Chaque tribu produit des motifs spécifiques qui permettent d'identifier l'origine des tisserandes. Ces tapis deviennent l'une des expressions les plus prestigieuses de la culture turkmène.

Au XVIIIe siècle, plusieurs tribus migrent vers le sud et l'ouest à la recherche de nouveaux pâturages. Les rivalités avec les Perses, les Khivains et les Ouzbeks demeurent fréquentes. Malgré l'absence d'un État unifié, les Turkmènes conservent une forte conscience collective fondée sur la langue, l'islam sunnite et les traditions tribales. Au XIXe siècle, l'Empire russe entreprend la conquête de l'Asie centrale. Les Turkmènes opposent une résistance acharnée à cette expansion. La tribu des Tékés joue un rôle majeur dans cette lutte. En 1881, la forteresse de Geok-Tepe tombe après un siège sanglant mené par les troupes russes. Cette défaite marque un tournant décisif. Les territoires turkmènes sont progressivement intégrés à l'Empire russe. L'administration impériale favorise le développement des voies ferrées et du commerce, mais l'organisation tribale demeure largement intacte dans les campagnes. Les Russes interviennent peu dans les affaires religieuses et laissent subsister de nombreuses coutumes locales.

Après la révolution russe de 1917, les Turkmènes connaissent une période d'instabilité. Certaines tribus soutiennent les mouvements antibolcheviques du Basmatchi, qui combattent le pouvoir soviétique. Après plusieurs années de conflit, les bolcheviks imposent leur contrôle sur la région. En 1924, la République socialiste soviétique du Turkménistan est créée dans le cadre du redécoupage national de l'Asie centrale. Le pouvoir soviétique entreprend de transformer la société. La collectivisation modifie les structures économiques traditionnelles, tandis que la sédentarisation réduit progressivement le nomadisme. L'alphabet arabe est d'abord remplacé par l'alphabet latin, puis par le cyrillique. Les campagnes staliniennes provoquent des arrestations et des purges parmi les élites locales. Malgré ces violences, l'époque soviétique favorise également l'alphabétisation, l'urbanisation et le développement des infrastructures. L'exploitation du gaz naturel devient progressivement l'un des piliers de l'économie.  endant la Seconde Guerre mondiale, des milliers de Turkmènes servent dans l'Armée rouge. Après 1945, l'industrialisation s'accélère. La construction du canal du Karakoum transforme une partie du désert et permet l'extension de la culture du coton, bien que ces aménagements entraînent également d'importantes conséquences écologiques. 

À la fin des années 1980, la politique de réforme engagée en Union soviétique favorise l'émergence d'un sentiment national plus affirmé. Lorsque l'Union soviétique se désintègre en 1991, le Turkménistan proclame son indépendance. Le nouvel État est dirigé par Saparmyrat Nyýazow, qui met en place un régime fortement personnalisé. Le culte de la personnalité occupe une place importante dans la vie publique. Son ouvrage, le Ruhnama, est présenté comme une référence idéologique nationale. Après sa mort en 2006, ses successeurs maintiennent un système politique très centralisé. Aujourd'hui, les Turkmènes constituent la majorité de la population du Turkménistan, mais des communautés importantes vivent également en Iran, en Afghanistan, en Ouzbékistan, au Kazakhstan, en Russie et dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Malgré l'urbanisation croissante et les transformations économiques liées à l'exploitation des ressources énergétiques, les traditions tribales, l'élevage du cheval Akhal-Téké, l'art du tapis et la mémoire du passé nomade demeurent au coeur de l'identité turkmène contemporaine.

Les Ouïgours,  les Ouzbeks et les Karagas

Les Ouïgours et les Ouzbek  sont deux populations proches d'un point de vue historique et linguistique. Et ce sont aussi dans une moindre mesure des critères linguistiques qui apparentent ces deux populations aux Karagas, que certains auteurs rangent avec les Tatars. 

Les Ouïgours.
Les Ouïgours sont un peuple du Turkestan oriental, qui eut une place fort importante dans l'histoire de l'Asie centrale. Ce peuple se divisait en quinze tribus et eut longtemps Tourfan pour capitale. En Mongolie, les Ouïgours furent, avec les Tou-Kiou les héritiers des Huns. Ils subirent l'influence et même la domination chinoise, sous la dynastie des Wei (227-264), furent un instant soumis à d'autres populations turques (Ve s.), puis eurent une existence indépendante, avant de retomber dans le giron de la Chine. Ils peuplent aujourd'hui le Xinjiang Ouïgour, région autonome de la Chine (capitale Ürümqi).

Les Ouzbeks
Les Ouzbeks (Ouzbegs, Euzbegs, Uzbegs), descendants probables des Yue-tchi mélangés aux Iraniens, forment la masse de la population en Boukharie et se rencontrent par îlots isolés dans le Turkestan russe et afghan. Ils parlent une langue turque proche de celle des Ouïgours, et l'une de leurs grandes tribus, la treizième d'une liste dressée par Vambery, porte encore le nom de Ouïgour : 

Leur nom conserve le souvenir de leur chef, le fameux Ouzbeg Khan, qui porta au plus haut point de prospérité le royaume de Toman, fondé en 1248 par Scheibani Khan. Ce royaume passa ensuite sous la domination de Timour et de ses successeurs; plus tard il tomba en décadence et forma la plus grande partie des khanats de Bokhara et de Khiva (Le Kharezm) qui sont encore maintenant sous la domination des Ouzbeks. Ils ont constitué un des éléments ethniques dominants, depuis l'ancien territoire des Ouïgours, depuis la Kachgarie et peut-être le Lob-Nor, jusqu'à la mer d'Aral, et depuis l'Afghanistan jusqu'au Balkach. Ils forment encore l'aristocratie du Turkestan. Ils dominent à Khiva, à Bokhara, à Hissar. Peu nombreux dans le Syr-Daria, ils sont au nombre de plus de 140 000 dans le seul district de Zerafchan. Mais partout leurs groupes s'entrecroisent aujourd'hui, notamment avec ceux des Iraniens Tadjiks.
Ils se mêlent à ceux-ci, et sont encore souvent confondus sous le nom de Sartes. On les distingue donc surtout à cause de leur mode de vie nomade fortement ancré dans leur culture, au point que même lorsqu'ils ont des maisons, ils préfèrent souvent habiter la tente dressée dans leur jardin. Leurs caractères varient suivant les régions et les mélanges subis. Leurs moeurs se rapprochent beaucoup de celles de leurs voisins et parents, les Kirghiz. Ils sont musulmans fervents, sans fanatisme

Les Karagas.
Ce peuple de la Sibérie méridionale, parfois rangé parmi les Tatars orientaux dont il ne diffère d'ailleurs en rien du point de vue du costume et des moeurs, parle un dialecte turc-oriental très rapproché de l'ancienne langue ouïgoure. Les Karagas habitent au Sud de la portion de la grande route sibérienne ou «-trakt-» qui est située entre Kansk à l'Ouest  et Balagansk à l'Est; dans les vallées des fleuves Tagoul, Birioussa, Ouda et Oka. Ils sont en partie agriculteurs, en partie nomades chasseurs ou éleveurs de rennes. En 1831; ils étaient au nombre de 510; dans les années 1960, ils étaient 600. (J. Deniker / Zaborowski / Henri Cordier / L. Léger).



En librairie - Jean-Paul Roux, Histoire des Turcs, Fayard, 2000. - Willy Sperco, Turcs d'hier et d'aujourd'hui, Nouvelles éditions latines. - Louis Bazin  et James Hamilton, Les Turcs, des mots, des hommes, Arguments, 1994.

Boratau, Contes de Turquie, Maisonneuve et Larose, 2002. - Dor, Contes et légendes de Turquie, Flies France, 2002. 

.
.


[Histoire politique][Biographies][Cartothèque]
[Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2004 - 2026. - Reproduction interdite.