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| L'histoire de l'Asie |
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Kurdistan, c. à d. le pays des Kurdes, est une contrée de l'Asie La région est habitée depuis des millénaires. Les premiers habitants connus incluent les Gutis, les Hourrites et les Urartiens. Ces populations ont laissé des traces archéologiques significatives. Les Assyriens (2500-609 av. JC) , dont le cœur de l'empire était situé en Mésopotamie (au sud du Kurdistan moderne), ont souvent contrôlé les régions kurdes. Ils menaient des campagnes militaires contre les tribus montagnardes kurdes, connues pour leur résistance farouche. Les Mèdes (678-549 av. JC), une population iranienne, ont établi un empire qui incluait une grande partie du Kurdistan actuel. Ils ont renversé l'Empire assyrien et sont considérés par certains historiens comme les ancêtres des Kurdes. Après la chute des Mèdes, le Kurdistan est intégré à l'Empire perse achéménide (550-330 av. JC) fondé par Cyrus le Grand. La région est administrée par des satrapes (gouverneurs provinciaux). Après la conquête d'Alexandre le Grand, le Kurdistan tombe sous la domination des Séleucides (312-63 av. JC). Cette période voit des influences hellénistiques se mêler aux cultures locales. Les Parthes (247 av. JC - 224 ap. JC) prennent le contrôle de la région après avoir défait les Séleucides. Leur domination est caractérisée par une certaine autonomie locale et une résistance aux Romains. Les Sassanides (224-651) succèdent aux Parthes et intègrent le Kurdistan dans leur empire. Cette période est marquée par des conflits fréquents avec l'Empire romain (et plus tard byzantin) à l'ouest. La conquête musulmane
de la Perse par les Arabes au VIIe
siècle entraîne l'islamisation progressive des Kurdes. Les califats omeyyade
et abbasside contrôlent la région pendant plusieurs siècles. Entre le
Xe et le XIIIesiècle,
plusieurs dynasties kurdes locales émergent, notamment les Shaddadides,
les Marwanides et les Ayyoubides ( Deux confédérations tribales turcomanes, les Kara Koyunlu (Moutons noirs) et les Ak Koyunlu (Moutons blancs), dominent successivement la région aux XIVe et XVe siècles. Les Kurdes servent souvent de médiateurs et de combattants dans les luttes entre ces deux puissances rivales. À la fin du XVe siècle, l'Empire safavide commence à émerger en Perse, tandis que les Ottomans renforcent leur pouvoir en Anatolie. Au début du XVIe siècle, les Kurdes vivent sous des émirats semi-autonomes comme ceux de Bitlis, de Botan, de Baban et de Hakkari. Ces émirats bénéficient d'une relative autonomie sous la suzeraineté des empires ottoman et safavide. La bataille de Tchaldiran entre les Ottomans et les Safavides en 1514 aboutit à la division du Kurdistan entre ces deux empires. Le traité de paix de 1639 confirme cette division. Du XVIe au XVIIIe siècle, les émirats kurdes maintiennent une autonomie fluctuante, souvent en jouant sur les rivalités entre Ottomans et Safavides. Ils sont des acteurs clés dans les conflits régionaux, fournissant des troupes et payant des tributs. Au milieu du XIXe siècle, l'Empire ottoman lance une série de réformes administratives (Tanzimat) visant à centraliser le pouvoir. Les émirats kurdes perdent progressivement leur autonomie. La révolte en 1880 de Sheikh Ubeydullah, un chef religieux kurde, est l'une des premières manifestations de l'identité nationale kurde. Elle est réprimée par les Ottomans. Pendant la Première Guerre mondiale, le Kurdistan est un théâtre de conflits entre les forces ottomanes et russes. À la fin de la guerre, l'Empire ottoman s'effondre, et les Kurdes espèrent obtenir l'indépendance. Après la guerre, le traité de Sèvres de 1920 prévoit la création d'un Kurdistan autonome. Cependant, ce traité n'est jamais ratifié. Le traité de Lausanne (1923) annule les dispositions du traité de Sèvres concernant le Kurdistan. Le territoire kurde est divisé entre la Turquie, l'Irak, la Syrie et l'Iran. Dans les années suivantes, plusieurs révoltes kurdes éclatent en Turquie (révolte de Sheikh Said en 1925, révolte d'Ararat en 1930) et en Irak (révolte de Barzanji en 1931). Elles sont sévèrement réprimées. En Iran, la République de Mahabad est proclamée en 1946 avec le soutien soviétique. Elle est rapidement écrasée par les forces iraniennes. En Irak, le coup d'État de Qasim en 1958 promet une autonomie aux Kurdes, mais les espoirs sont déçus, menant à des conflits armés avec le gouvernement central. En Irak toujours, un accord d'autonomie est signé en 1970, mais il n'est pas mis en oeuvre de manière satisfaisante, entraînant une nouvelle insurrection menée par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK). La guerre Iran-Irak (1980-1988) voit les Kurdes se ranger parfois aux côtés de l'Iran contre le régime irakien de Saddam Hussein. L'opération Anfal en 1988 conduit à des massacres et à l'utilisation d'armes chimiques contre les Kurdes. Après la première guerre du Golfe en 1991, une zone de sécurité est établie dans le nord de l'Irak, permettant une autonomie de facto pour les Kurdes irakiens. La région du Kurdistan irakien est progressivement dotée de ses propres institutions. La chute de Saddam Hussein en 2003 permet aux Kurdes irakiens de renforcer leur autonomie. Le Kurdistan depuis
2005.
L'un des points de friction majeurs entre Erbil et Bagdad, dès l'adoption de la constitution, concerne les "territoires disputés", des zones comme Kirkouk, riche en pétrole, ou la plaine de Ninive, peuplées d'une mosaïque de communautés kurdes, arabes, turkmènes, yézidies et chrétiennes. L'article 140 de la constitution prévoyait un référendum avant fin 2007 pour que ces territoires décident de leur rattachement ou non au Kurdistan, mais il n'a jamais été organisé. Cette situation d'entre-deux, où les Kurdes ont établi une administration de facto après 2003, reste une source permanente de tension. L'année 2014 marque un nouveau choc avec l'offensive éclair de l'organisation État islamique (Daech). Les forces irakiennes s'effondrent, et les Peshmergas se déploient pour combler le vide, prenant officiellement le contrôle de la quasi-totalité des territoires disputés. La lutte contre l'EI est un moment de gloire internationale pour les Kurdes, qui apparaissent comme des alliés fiables et efficaces de la coalition internationale. Cependant, l'été 2014 est aussi marqué par la tragédie des Yézidis du Sinjar, abandonnés par les Peshmergas en déroute et victimes d'un véritable génocide perpétré par l'EI : massacres d'hommes et réduction en esclavage de femmes et d'enfants. La communauté internationale est bouleversée, et des figures comme Nadia Murad, survivante yéridie, deviennent les symboles de ce drame. L'expérience acquise par les combattants kurdes contre Daech, notamment des groupes de l'opposition iranienne comme le Parti pour la liberté au Kurdistan (PAK), qui ont combattu aux côtés des Peshmergas, renforce leur capacité militaire et leur donne une légitimité sur le terrain. Forts de ce rôle central dans la défaite de Daech et du contrôle de vastes territoires, les dirigeants kurdes d'Irak, menés par Massoud Barzani, organisent unilatéralement un référendum sur l'indépendance en septembre 2017. Le "oui" l'emporte massivement, mais l'initiative est immédiatement rejetée par Bagdad et condamnée par la communauté internationale, en particulier par les alliés traditionnels comme les États-Unis. La riposte du gouvernement fédéral irakien, soutenu par des milices chiites pro-iraniennes (Al-Hachd al-Chaabi), est fulgurante. En quelques jours, les forces irakiennes reprennent le contrôle de tous les territoires disputés, dont Kirkouk et ses précieux champs pétroliers. C'est un revers cuisant pour le KRG, qui perd plus de 40 % des terres qu'il contrôlait. Ce référendum a révélé les limites des aspirations kurdes face aux réalités géopolitiques. Après la défaite territoriale de 2017, les relations entre Erbil et Bagdad restent profondément fragiles, à cause de la persistance de différends chroniques. Le plus important concerne le partage des revenus pétroliers et le budget de la région. Bagdad exige qu'Erbil lui remette l'intégralité de sa production pétrolière en échange d'une part du budget fédéral, un accord constamment violé ou renégocié. En mars 2023, une décision de justice internationale donne raison à Bagdad, suspendant les exportations de pétrole kurde via la Turquie et asphyxiant financièrement le KRG. En 2025 et 2026, la Cour suprême irakienne prend une série de décisions perçues par les Kurdes comme une offensive contre leur autonomie, ordonnant notamment le paiement direct des fonctionnaires par Bagdad et réduisant le nombre de sièges au parlement kurde. Parallèlement, les divisions internes entre le PDK et l'UPK se sont encore aggravées, paralysant la vie politique. Le poste de président de la République irakienne, traditionnellement dévolu à un Kurde (souvent de l'UPK), est devenu un objet de discorde qui bloque la formation du gouvernement à Bagdad, illustrant le transfert du centre de décision kurde d'Erbil vers la capitale fédérale. Syrie.
La chute du régime Assad en décembre 2024 ouvre une nouvelle ère d'incertitude pour les Kurdes de Syrie. Le nouveau pouvoir à Damas, mené par Ahmad al-Charaa, cherche à restaurer l'unité du pays. En mars 2025, un accord est signé entre Damas et les FDS pour intégrer les institutions et les forces kurdes dans l'État syrien. Mais cet accord est rapidement fragilisé par la déclaration constitutionnelle du nouveau gouvernement, qui fait de l'arabe la seule langue officielle et ancre le pays dans son identité "arabe", provoquant la colère et les protestations des Kurdes qui y voient un retour au centralisme et à l'exclusion. L'AANES rejette cette constitution, et l'avenir de l'autonomie kurde en Syrie reste plus que jamais suspendu aux négociations et aux rapports de force régionaux. Turquie.
Iran.
Cette histoire récente, jalonnée de tragédies et d'espoirs déçus, confronte les Kurdes à un dilemme persistant : celui d'être des acteurs incontournables sur la scène régionale, mais dont le sort demeure souvent tributaire des intérêts changeants des puissances internationales et des États qui les abritent. |
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