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| Sana, Sanaa
ouSan'â
est la capitale du Yémen La ville s'étend sur ce plateau relativement plat, qui est cependant enserré et dominé par des reliefs montagneux escarpés de tous côtés. À l'est de la vieille ville, la imposante montagne de Jebel Nuqum (mines de fer) marque distinctement l'horizon, s'élevant bien au-dessus de l'agglomération. Le paysage environnant Sanaa est typique des hauts plateaux yéménites, caractérisé par des chaînes de montagnes arides et des vallées étroites. La ville elle-même occupe une sorte de large cuvette naturelle formée au sein de ces massifs. Le climat de Sanaa est directement influencé par son altitude élevée et sa localisation géographique. Il s'agit d'un climat de haute altitude, souvent classé comme semi-aride froid ou subtropical de montagne. L'altitude tempère les températures, évitant la chaleur extrême que l'on trouve dans les plaines côtières du Yémen. Les journées sont généralement ensoleillées et agréables la majeure partie de l'année, mais les nuits peuvent être très fraîles, voire froides, avec des risques de gel en hiver (de novembre à février). Les étés (de juin à août) sont plus chauds, mais l'altitude empêche les canicules prolongées. Durant cette période estivale, la ville peut recevoir la majeure partie de ses précipitations annuelles, souvent sous forme d'averses orageuses courtes et intenses, liées à l'influence saisonnière de la mousson qui remonte de l'océan Indien. Cependant, les précipitations totales restent faibles (environ 200 mm par an), et la région souffre structurellement du manque d'eau. L'hydrographie autour de Sanaa est limitée. Il n'y a pas de cours d'eau permanents traversant la ville. Les oueds (lits de rivières asséchées) ne se remplissent que très brièvement pendant les rares épisodes de fortes pluies. L'approvisionnement en eau de la population dépend traditionnellement et majoritairement des puits et des eaux souterraines, dont les niveaux sont en déclin constant en raison de la surexploitation. La géographie a joué un rôle crucial dans le développement historique et l'organisation spatiale de Sanaa. La vieille ville, célèbre pour son architecture en tours de terre crue et en briques cuites, a été établie sur une légère élévation naturelle du plateau, offrant une meilleure défense et un drainage plus efficace. L'expansion moderne de la ville s'est faite sur le plateau environnant, s'étalant progressivement vers l'est, l'ouest et le sud, tout en étant délimitée et contrainte par les montagnes qui l'entourent, comme Jebel Nuqum à l'est et d'autres massifs au sud et à l'ouest. L'altitude a également influencé les pratiques agricoles dans les zones périphériques et les versants des montagnes, où l'on trouve des terrasses cultivées. Patrimoine culturel.
Son architecture est sans doute son trait le plus distinctif : des bâtiments imposants, souvent hauts de plusieurs étages, ressemblant à des tours, construits en briques de terre crue ou en pisé (terre tassée), enduits et décorés avec une précision remarquable. Ces structures sont célèbres pour leurs façades ornées de motifs géométriques complexes, souvent rehaussés de blanc, en particulier autour des fenêtres caractéristiques. Ces fenêtres, en forme d'arc ou en demi-lune, connues sous le nom de qamariya (fenêtre de lune) ou tashbib, sont fréquemment garnies de verres colorés ou d'albâtre translucide qui filtrent la lumière du soleil, créant une atmosphère intérieure particulière. Les portes en bois, finement sculptées et cloutées, sont également des éléments architecturaux remarquables. L'ensemble de la Vieille Ville est un labyrinthe de rues étroites et sinueuses, de places cachées, abritant plus de 100 mosquées (dont l'antique Grande Mosquée, l'une des plus anciennes de l'Islam), de nombreux hammams (bains publics) et des souqs animés qui constituent le coeur économique et social de la cité. L'organisation spatiale de la ville reflète une structure sociale traditionnelle, avec des quartiers distincts. Ce patrimoine ne se limite pas aux bâtiments; il englobe également les traditions, l'artisanat, le mode de vie qui s'y sont développés au fil des siècles, faisant de Sana'a un véritable musée vivant. La Vieille Ville de Sana'a est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'Unesco en raison de sa valeur universelle exceptionnelle, illustrant une forme unique de développement urbain et architectural adaptée à son environnement. Histoire de Sanaa.
Avec l'avènement de l'Islam au VIIe siècle, Sanaa embrassa rapidement la nouvelle foi. Le prophète Muhammad envoya son émissaire Badhan, qui accepta l'Islam, et la ville devint un centre important du califat naissant. La Grande Mosquée de Sanaa, l'une des plus anciennes mosquées du monde, fut construite sous le prophète lui-même (ou peu après son vivant, sur ses instructions), sur le site de l'ancien palais de Ghumdan selon certaines traditions, marquant le début d'une nouvelle ère. Sanaa fut la capitale d'une des provinces du vaste empire musulman, jouissant d'une période de prospérité et d'influence en tant que centre intellectuel et commercial, notamment sur la route de l'encens. Au fil des siècles, à mesure que le pouvoir central des califats (Omeyyades puis Abbassides) déclinait, le Yémen, et par conséquent Sanaa, connut une fragmentation politique. La ville fut gouvernée par une succession de dynasties locales, dont les Ziyadides, les Ya'furides, les Sulayhides (qui firent de Sanaa leur capitale sous la reine Arwa bint Ahmad, bien qu'elle ait ensuite déplacé la capitale vers Jibla), les Ayyoubides (qui contrôlaient le Yémen comme une province de leur empire égyptien), et les Rasulides, suivis des Tahirides. Cette période fut marquée par des conflits fréquents pour le contrôle de la ville, affectant sa stabilité et sa prospérité. C'est également à cette époque que l'influence des imams Zaïdites, descendants de l'Imam Zayd ibn Ali (arrière-petit-fils de Ali ibn Abi Talib), commença à s'établir dans les hautes terres yéménites. Les Zaïdites établirent leur propre forme de gouvernement, souvent en opposition aux dynasties sunnites qui contrôlaient les zones côtières ou les villes principales comme Sanaa. Le XVIe siècle vit l'arrivée de l'Empire ottoman dans le Yémen. Les Ottomans conquirent Sanaa en 1547, l'intégrant dans leur vaste empire. Leur domination fut cependant constamment défiée par la résistance des tribus locales et surtout par les Imams Zaïdites, qui menaient une lutte acharnée pour l'indépendance. Après des décennies de conflits et de lourdes pertes, les Ottomans furent contraints de se retirer du Yémen en 1635. Sanaa redevint alors le centre du pouvoir de l'Imamat Zaïdite, qui consolida son autorité sur une grande partie des hautes terres. Sous les Imams Zaïdites des XVIIe et XVIIIe siècles, Sanaa retrouva une certaine stabilité et connut un renouveau urbain, avec la construction de nombreuses mosquées, bains publics et maisons-tours caractéristiques, entourées de ses célèbres murs d'argile et de ses portes fortifiées, dont la plus célèbre est Bab al-Yaman. Le XIXe siècle apporta de nouveaux défis. L'Imamat Zaïdite fut affaibli par des divisions internes et des troubles tribaux. Profitant de cette instabilité et de l'expansion de leur influence dans la région, les Ottomans lancèrent une nouvelle campagne pour reconquérir le Yémen dans les années 1840 et 1850. Ils reprirent le contrôle de Sanaa en 1872. La seconde période ottomane sur Sanaa fut également marquée par une résistance continue, menée par les Imams Zaïdites successifs et soutenue par les populations locales. Bien que sous administration ottomane, Sanaa est restée un foyer de résistance et de nationalisme yéménite naissant. Les Ottomans tentèrent de moderniser l'administration et les infrastructures, mais leur règne fut impopulaire et coûteux. Vers 1900, Sanaa était la capitale du vilayet du Yémen au sein de l'Empire ottoman, une ville cosmopolite avec une population diverse, réputée pour son architecture unique et ses souqs animés, mais aussi une ville sous tension, le centre d'un conflit latent entre l'autorité ottomane et le mouvement Zaïdite. Au début du XXe siècle, la ville, enserrée dans ses murs historiques, restait un centre religieux, politique et commercial important, mais vivait largement au rythme de ses traditions ancestrales. La population résidait principalement dans la Vieille Ville, célèbre pour son architecture unique de maisons-tours en pisé et en briques, ses mosquées et ses souks animés. En 1904, l'Imam Yahya Hamid al-Din lança une révolte majeure contre la domination ottomane, et bien que les Ottomans aient réoccupé Sanaa par intermittence, la résistance força une autonomie accrue pour l'Imamat dans les années précédant la Première Guerre Mondiale. À la fin de la Première Guerre Mondiale, en 1918, l'Empire Ottoman s'effondra et ses troupes se retirèrent du Yémen. L'Imam Yahya consolida immédiatement son pouvoir et proclama le Royaume Mutawakkilite du Yémen indépendant, avec Sanaa comme capitale. Sous le règne de l'Imam Yahya (1918-1948) et de son fils Ahmad (1948-1962), Sanaa connut une période de relatif isolement du monde extérieur. L'Imamat poursuivait une politique d'autarcie et de modernisation très limitée, privilégiant la préservation des structures sociales et religieuses traditionnelles. La ville ne s'étendit guère au-delà de ses murs historiques pendant cette période, et les changements infrastructurels furent minimes. Elle restait le siège de l'Imam, de sa cour et des institutions gouvernementales rudimentaires. Des tentatives de coup d'État en 1948 (qui vit l'assassinat de l'Imam Yahya, suivi de la prise de pouvoir par Ahmad) et en 1955 eurent lieu à Sanaa, mais sans altérer fondamentalement le caractère de la ville. Le 26 septembre 1962, une révolution militaire, inspirée par le nassérisme égyptien, éclata à Sanaa, renversant l'Imam Muhammad al-Badr (fils d'Ahmad) et proclamant la République Arabe du Yémen (RAY). Sanaa devint la capitale de la nouvelle république, mais cela marqua le début d'une guerre civile de huit ans entre les forces républicaines soutenues par l'Égypte et les loyalistes royalistes soutenus par l'Arabie Saoudite, la Jordanie et le Royaume-Uni. Sanaa, étant le siège du gouvernement républicain, fut un objectif majeur pour les forces royalistes. La ville fut assiégée à plusieurs reprises, le siège le plus célèbre étant celui de 70 jours durant l'hiver 1967-1968. Les combats firent des dégâts considérables dans les environs de la ville et causèrent de grandes souffrances à la population. L'entrée de Sanaa dans le conflit marqua la fin de son isolement séculaire et l'exposa aux réalités brutales de la guerre moderne. Après la fin de la guerre civile en 1970, Sanaa entama une phase de reconstruction et de croissance accélérée. La république mit en œuvre des projets de développement avec l'aide internationale, bien que les ressources restent limitées. Les décennies 1970 et 1980 virent la ville commencer à s'étendre considérablement au-delà des limites de la Vieille Ville. De nouveaux quartiers émergèrent, l'infrastructure se développa (routes asphaltées, services publics, écoles, hôpitaux), et la population augmenta rapidement, alimentée par l'exode rural et, plus tard, les revenus des travailleurs migrants en Arabie Saoudite. Sanaa devint le centre politique et économique du Yémen du Nord, un lieu de brassage social et de modernisation progressive, tout en luttant avec les défis de l'urbanisation rapide, notamment l'approvisionnement en eau dans cette région aride. La Vieille Ville, bien que toujours habitée et animée, commença à faire face à des problèmes de dégradation et de préservation face à la poussée moderne environnante. Le 22 mai 1990, le Yémen du Nord (RAY) et le Yémen du Sud (République Démocratique Populaire du Yémen) s'unifièrent pour former la République du Yémen, avec Sanaa choisie comme capitale de l'État réunifié. L'unification accéléra la croissance de la ville, attirant encore plus de migrants des régions rurales du Nord et du Sud, ainsi que des centaines de milliers de Yéménites expulsés d'Arabie Saoudite en 1990-1991. Sanaa explosa démographiquement, avec une expansion urbaine souvent non planifiée, mettant une pression immense sur les infrastructures déjà fragiles. La guerre civile de 1994, bien que principalement combattue dans le Sud et l'Est du pays, fut ressentie à Sanaa par des tensions politiques et des perturbations économiques. La Vieille Ville de Sanaa fut classée au patrimoine mondial de l'Unesco en 1986, reconnaissance de son importance historique et architecturale, mais aussi appel à sa protection face à la modernité galopante. Les années 2000 furent marquées par une instabilité politique croissante. Sanaa, en tant que capitale, fut le théâtre de manifestations, de tensions entre les factions politiques et d'une détérioration de la situation sécuritaire dans le pays. Les Printemps Arabes touchèrent à Sanaa en 2011, avec des manifestations massives contre le régime du président Ali Abdullah Saleh. Des milliers de manifestants occupèrent la Place du Changement (Sahet al-Tagheer) pendant des mois, subissant des répressions violentes mais aussi montrant une résilience remarquable. La crise politique qui s'ensuivit conduisit au départ de Saleh début 2012 et à une période de transition difficile, centrée sur la Conférence de Dialogue National organisée à Sanaa. Cependant, cette transition échoua à stabiliser le pays et à résoudre les divisions profondes. En septembre 2014, dans un contexte de vide de pouvoir et de chaos sécuritaire, les forces du mouvement Houthi, venues du nord, entrèrent dans Sanaa et prirent le contrôle des institutions gouvernementales. Cette prise de pouvoir unilatérale déclencha la crise actuelle. En mars 2015, une coalition militaire dirigée par l'Arabie Saoudite lança une intervention militaire pour restaurer le gouvernement internationalement reconnu. Sanaa, sous le contrôle des Houthis, devint la cible principale des frappes aériennes de la coalition. Des installations militaires, des infrastructures civiles (ponts, usines, bâtiments gouvernementaux) et même des zones résidentielles furent touchées, causant des pertes humaines considérables et des destructions massives. La Vieille Ville historique, bien que largement épargnée par les frappes directes sur ses bâtiments les plus fragiles au début, subit des dommages collatéraux, notamment en raison de la destruction de cibles militaires ou politiques situées à proximité. Des sites emblématiques furent endommagés. Depuis 2015, la vie à Sanaa est marquée par la guerre. La ville est sous blocus aérien et terrestre partiel, les services essentiels (électricité, eau, santé) se sont effondrés, l'économie est dévastée, et la population dépend massivement de l'aide humanitaire. Les habitants vivent dans la peur constante des frappes aériennes, qui continuent d'affecter la ville de manière intermittente. Le tissu social est tendu par les années de conflit et la division politique. Sanaa, la capitale millénaire et autrefois un centre de culture et de commerce, est aujourd'hui une ville éprouvée par la guerre, symbole de la tragédie humanitaire au Yémen. |
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