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La langue arabe
La langue arabe est  une langue sémitique parlée par plus de 400 millions de personnes à travers le monde, principalement dans le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Elle constitue la langue liturgique de l'islam, ce qui lui confère une importance religieuse et culturelle considérable bien au-delà des seuls pays arabophones. Cette langue se distingue par une grande diversité interne, avec une distinction fondamentale entre l'arabe classique, l'arabe coranique et les multiples dialectes vernaculaires parlés au quotidien. L'arabe classique, utilisé notamment dans la littérature, les textes religieux et les discours formels, trouve ses racines dans la péninsule Arabique du VIIe siècle et a été largement fixé par le Coran, considéré comme la référence en matière de pureté linguistique. Le Coran  a joué un rôle central dans la préservation et la diffusion de la langue, en lui conférant un statut sacré et inaltérable. Mais la langue arabe continue d'évoluer sous l'influence de la mondialisation, des technologies numériques et des contacts linguistiques avec d'autres langues, notamment l'anglais et le français. Des néologismes sont constamment créés pour répondre aux besoins de la terminologie scientifique, technique ou administrative, souvent par des institutions comme l'Académie de la langue arabe du Caire

Le paysage linguistique arabe contemporain est caractérisé par le phénomène du diglossisme : les locuteurs alternent constamment entre l'arabe classique (ou l'arabe standard moderne, sa variante contemporaine normalisée) et leur dialecte local, qui peut varier considérablement d'une région à l'autre, au point parfois de rendre la communication interdialectale difficile. On distingue notamment les grands groupes dialectaux tels que l'arabe maghrébi n (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye), l'arabe égyptien (le plus répandu grâce au cinéma et aux médias), l'arabe du Machrek ou arabe levantin (Liban, Syrie, Jordanie, Palestine), et les dialectes du Golfe (Arabie saoudite, Émirats, Koweït, etc.). L'arabe standard moderne, utilisé dans les médias, l'éducation, la diplomatie et la littérature, sert de lingua franca entre les différentes populations arabophones, bien qu'il ne soit généralement pas acquis comme langue maternelle.

L'écriture.
L'arabe s'écrit de droite à gauche, à l'aide d'un alphabet cursive composé de 28 lettres de base, toutes consonantiques ou semi-consonantiques, auxquelles s'ajoutent des signes diacritiques (harakat) pour indiquer les voyelles courtes, surtout utilisés dans les textes religieux, les manuels scolaires ou les ouvrages destinés aux apprenants. L'alphabet arabe, dérivé de l'araméen nabatéen, s'est adapté au fil des siècles à de nombreuses langues non-sémitiques, comme le persan, l'ourdou, le turc ottoman (avant la réforme de 1928) ou encore le malais, témoignant ainsi de son influence culturelle et historique. La calligraphie arabe occupe une place artistique majeure dans les sociétés musulmanes, considérée comme l'une des plus hautes formes d'expression esthétique et religieuse.

On utilise aujourd'hui une écriture appelée neskhi; celle des Arabes du Hedjàz, au Ier siècle de l'hégire, en différait peu. Un des anciens caractères arabes est le coufique. Celui dont se servent les Arabes d'Afrique a plus de rapport avec l'ancien coufique qu'avec le neskhi; les Égyptiens ont adopté ce dernier.

Le coufique, un des alphabets de l'écriture arabe, est ainsi nommé de la ville de Koufa (coufa), où sans doute on avait commencé d'en faire usage. Il a une si grande ressemblance avec l'ancien caractère des Syriens, nommé estranghelo, qu'il n'est pas douteux que les Arabes ne l'aient emprunté aux peuples de la Syrie. On ne saurait affirmer si l'alphabet dans lequel fut originairement écrit le Coran était en caractère coufique; toutefois, dans les collections de la Bibliothèque nationale de Paris, on trouve des feuilles de très anciens Corans écrits dans ce caractère. Les lettres coufiques n'ont pas de points sur ou sous elles pour les distinguer, comme dans l'écriture arabe ordinaire; leur allure semble s'être conservée dans l'écriture des Africains. Ce caractère se prête aisément à l'ornementation; il figure dans un grand nombre d'inscriptions arabes de l'Alhambra. Quelques écrivains se sont servis d'un alphabet coufique dont toutes les lettres sont carrées. Quand le caractère coufique eut été abandonné pour le neskhi dans l'usage ordinaire, on continua de l'employer pour les monnaies et les inscriptions. 

Le neskhi, c.-à-d. écriture des copies, est l'alphabet dont on se sert aujourd'hui pour écrire l'arabe, et qui, avec l'addition de quelques signes, a été, jusqu'à l'adoption de l'alphabet latin au début du XXe siècle, commun aux Turcs et à presque toutes les populations musulmanes de l'Asie. C'est une écriture plus cursive à la fois et plus complète que le coufique, dont elle dérive, sans lui être cependant postérieure de beaucoup. L'écriture de l''iranien (farsi) est une une manière élégante de le neskhi, à laquelle on donnent le nom de talik (= suspendue). L'invention du neskhi est généralement attribuée au vizir Ibn-Moklah, dans la première moitié du Xe siècle; mais il est employé sur des médailles plus anciennes. (G. D.).

La grammaire arabe.
La grammaire de la langue arabe, connue sous le nom de النحو (an-naḥw), est un système profondément logique et structurel, organisé autour du principe central de la relation régissante (ʿamal). Elle repose sur l'idée que les mots dans une phrase exercent une influence les uns sur les autres, modifiant leur forme finale. Cette influence se manifeste principalement par la déclinaison (iʿrāb), c'est-à-dire les voyelles brèves en fin de mot (ou les suffixes qui en tiennent lieu).

Le fondement de toute phrase est la phrase verbale (الجملة الفعلية), qui commence par un verbe, et la phrase nominale (الجملة الإسمية), qui commence par un nom. La phrase nominale est constituée de deux éléments essentiels : le sujet (المبتدأ), qui est l'élément dont on parle, et le prédicat (الخبر), qui est l'information apportée sur ce sujet. Tous deux sont généralement à l'état indécliné (مرفوع), marqué le plus souvent par la voyelle ḍamma (-u).

Le nom (الاسم) possède trois états de déclinaison principaux qui indiquent sa fonction grammaticale. L'état indécliné (الرفع) est marqué par -u et indique le sujet, entre autres. L'état accusatif (النصب) est marqué par -a et indique généralement l'objet direct ou le circonstanciel de temps ou de lieu. L'état génitif (الجر) est marqué par -i et indique principalement le complément de nom, introduit par une préposition. Ces voyelles finales, bien que souvent invisibles à l'écrit dans les textes non vocalisés, sont essentielles à la compréhension syntaxique. Les noms se présentent également sous deux formes de nombre : le duel (المثنى), qui a ses propres désinences, et le pluriel. Le pluriel se divise en plurier sain (الجمع السالم), formé par l'ajout de suffixes réguliers, et pluriel brisé (جمع التكسير), formé par un changement radical du schème interne du mot, ce qui en fait une caractéristique majeure et parfois difficile de la langue.

Le verbe (الفعل) est construit sur un système de racines consonantiques (généralement trilittères) et de schèmes (أوزان) qui en modulent le sens. La conjugaison est extrêmement régulière et prend en compte la personne, le genre, le nombre et le temps. Les temps fondamentaux sont le parfait (الماضي), pour l'action achevée, et l'imparfait (المضارع), pour l'action en cours ou future. L'impératif et d'autres formes dérivent de l'imparfait. Un aspect crucial de la syntaxe verbale est la diathèse : la forme de base (المعلوم) exprime l'actif, tandis que la forme passive (المجهول) est obtenue par un changement des voyelles internes, faisant de l'objet direct le sujet grammatical de l'action.

La notion de cas régime (ʿamal) est primordiale. Par exemple, un verbe transitif place son objet direct à l'accusatif. Les prépositions (حروف الجر) régissent systématiquement le génitif. Certains outils grammaticaux, appelés inaccusatifs (أدوات ناصبة) ou jonctifs (أدوات جازمة), influencent le verbe à l'imparfait, le plaçant respectivement à l'accusatif ou dans un état de jussif (مجزوم), ordinairement marqué par l'absence de voyelle finale ou par le sukuun (voyelle courte).

La langue distingue également entre le défini et l'indéfini. L'article défini الـ (al-) est préfixé au nom et annule le tanwīn (nunation), ces doubles voyelles finales caractéristiques de l'indéfini. L'état d'annexion (الإضافة) est une construction de possession ou de spécification extrêmement fréquente. Elle lie deux noms : le premier (المضاف) perd son article défini et son tanwīn, et le second (المضاف إليه) est au génitif. Cela crée une relation étroite, comme dans كتابُ الطالب (kitābu ṭ-ṭālib) = le livre de l'étudiant.

Les pronoms sont fréquemment suffixés aux noms (pour indiquer la possession), aux verbes (pour indiquer l'objet) et aux prépositions. Ils forment un système cohérent à travers toute la langue. Les adjectifs s'accordent avec le nom qu'ils qualifient en genre, en nombre, en cas et en état de défini ou indéfini, suivant la règle de l'accord complet. Enfin, les particules (الحروف) jouent un rôle sémantique et syntaxique capital, qu'il s'agisse des prépositions, des conjonctions, ou des outils interrogatifs et négatifs qui structurent la phrase.

L'histoire de l'arabe.
La langue arabe émerge des anciens dialectes des tribus nomades et sédentaires de la péninsule Arabique, avec des traces épigraphiques remontant au moins au premier millénaire avant notre ère. Les plus anciennes inscriptions, comme celles du Thamoudéen ou du Safaïtique, révèlent une écriture consonantique proto-arabe. Cependant, c'est au cours des siècles précédant l'islam que se développe une langue poétique raffinée, commune aux tribus, qui sert de lingua franca et de véhicule d'une tradition orale prestigieuse. Cette koinè poétique, bien que sans doute jamais parlée telle quelle dans la vie quotidienne, constitue le substrat direct de ce qui deviendra l'arabe classique.

L'avènement de l'islam au VIIe siècle constitue l'événement fondateur de la langue arabe. Le Coran, écrit dans le dialecte de la tribu des Quraych de La Mecque, confère à cette variante un statut spécial. La nécessité de préserver le texte de toute altération impulse un effort de standardisation et de grammatisation sans précédent. Les conquêtes musulmanes, rapides et étendues, propagent cette langue de l'Espagne aux confins de l'Indus. Elle s'impose comme langue administrative de l'empire, supplantant le grec et le moyen perse, et devient la langue de la civilisation musulmane naissante.

Entre le VIIIe et le Xe siècle, dans les grands centres intellectuels comme Bassorah, Koufa et Bagdad, les grammairiens, notamment Sibawayh, analysent, systématisent et fixent la grammaire de l'arabe classique avec une rigueur remarquable. Cet âge d'or voit l'épanouissement d'une littérature immense : poésie, philosophie, histoire, sciences et théologie. L'arabe devient le principal vecteur du savoir de l'époque, transmettant à l'Europe médiévale une grande partie de l'héritage grec. Pendant ce temps, dans les provinces éloignées, les parlers locaux des populations arabisées et des conquérants arabes commencent à évoluer différemment, donnant naissance aux premiers traits des dialectes arabes régionaux (maghrébin, égyptien, syro-libanais, etc.). Cette diglossie, qui voit coexister une forme haute littéraire et des variantes vernaculaires, s'installe durablement.

La période ottomane (à partir du XVIe siècle) marque un certain déclin de l'arabe comme langue du pouvoir et des sciences de pointe, supplanté par le turc dans l'administration et le persan dans les cours. Cependant, la langue littéraire reste vivante dans la religion, la jurisprudence et une production littéraire continue. Le véritable renouveau, la Nahda (Renaissance), survient au XIXe siècle. Sous l'influence des contacts avec l'Europe, l'arabe littéraire se modernise, s'enrichit d'un vocabulaire technique et scientifique nouveau et redevient un instrument de la pensée moderne et du nationalisme arabe.

Au XXe siècle, avec les indépendances, l'arabe standard moderne devient la langue officielle de vingt-deux États. Il est la langue de l'éducation, des médias, de la littérature contemporaine et de la communication formelle. Les dialectes, quant à eux, restent les langues maternelles de tous les arabophones, utilisés dans la vie de tous les jours et investissant des domaines culturels comme le cinéma ou la chanson. Aujourd'hui, l'arabe est une langue mondiale, caractérisée par sa stabilité littéraire remarquable, sa diversification dialectale extrême et son rôle central dans l'identité culturelle de centaines de millions de locuteurs.

Les dialectes arabes.
La langue arabe, bien qu'unitaire dans son essence historique et culturelle, se subdivise en plusieurs variétés linguistiques qui forment un continuum dialectal complexe, généralement classé selon des critères géographiques, historiques, sociolinguistiques et structurels. 

Au sommet de cette classification se trouve l'arabe classique, langue littéraire fixée à partir du VIIe siècle par le texte coranique et les premières oeuvres littéraires et scientifiques de l'islam. L'arabe classique n'est plus parlé comme langue maternelle, mais il demeure la référence normative et la source de la grammaire arabe traditionnelle. Il a évolué au XIXe siècle en une forme modernisée, appelée arabe standard moderne (ou arabe littéral moderne), qui sert aujourd'hui de langue officielle, médiatique, éducative et diplomatique dans tous les pays arabes. Bien que basé sur l'arabe classique, l'arabe standard moderne intègre un lexique renouvelé, des structures syntaxiques simplifiées et des emprunts calqués sur les langues européennes pour répondre aux exigences du monde contemporain.

En parallèle, les dialectes arabes vernaculaires, ou ‘ammīya, constituent la langue maternelle de tous les locuteurs arabophones. Ces dialectes, transmis oralement de génération en génération, présentent des différences phonologiques, morphologiques, lexicales et syntaxiques parfois très marquées, au point de rendre difficile, voire impossible, la compréhension mutuelle entre des locuteurs de régions éloignées. La classification interne des dialectes arabes suit généralement une opposition fondamentale entre les dialectes dits sédentaires et ceux dits bédouins, héritage des modes de vie traditionnels : les premiers, urbains ou villageois, ont tendance à simplifier certaines structures morphologiques (comme la morphologie casuelle ou le duel) et à subir davantage d'influences extérieures, tandis que les seconds, parlés par des populations nomades ou semi-nomades, conservent souvent des traits archaïques de l'arabe classique, notamment en matière de prononciation et de système verbal.

Géographiquement, les dialectes arabes sont traditionnellement regroupés en cinq grands ensembles, à l'intérieur desquels on peut distinguer diverses variantes, parmi lesquelles des sous-dialectes urbains, ruraux et bédouins, qui reflettent les dynamiques sociales, historiques et migratoires  : 

Arabe maghrébin.
L'arabe maghrébin, parlé en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et une partie du Mali, du Tchad et du Niger), se distingue par des particularités phonétiques comme la prononciation gutturale du qāf (souvent rendu par [g] ou [q]), l'absence fréquente du son /θ/ (remplacé par [t]), et un lexique fortement influencé par le berbère, le français et l'espagnol. À l'intérieur de ce groupe, on distingue encore des sous-variétés comme le darija marocain, l'algérien, le tunisien et le libyen, chacun avec ses propres spécificités. 

Arabe égyptien.
L'arabe égyptien occupe une place à part, non seulement par le nombre de ses locuteurs (plus de 100 millions), mais aussi par son influence culturelle massive grâce au cinéma, à la musique et aux médias égyptiens. Il se caractérise notamment par la transformation du jīm en [g] (comme dans le mot gamal = chameau) et par une syntaxe souvent plus analytique que celle des autres dialectes.

Dialectes du Machrek.
Les dialectes du Machrek, ou Proche-Orient, incluent l'arabe levantin (parlé en Syrie, Liban, Jordanie, Palestine et Israël), l'arabe irakien et parfois l'arabe chypriote maronite. Le levantin se divise lui-même en sous-dialectes nordiques (libano-syriens) et sudiques (palestino-jordaniens), avec des variations notables dans la prononciation du qāf (souvent rendu par [ʔ] ou [g] selon la région) et dans l'usage de certains temps verbaux. L'arabe irakien, quant à lui, montre des traits particuliers hérités de l'arabe médiéval de Bagdad, ainsi qu'une influence significative du persan, notamment dans le vocabulaire. 

Dialectes du Golfe.
Les dialectes du Golfe, ou arabes péninsulaires, comprennent les parlers de l'Arabie saoudite (notamment ceux du Hedjaz et du Najd), du Koweït, du Bahreïn, du Qatar, des Émirats arabes unis et d'Oman. Ces dialectes, surtout ceux du désert, conservent de nombreux archaïsmes, comme la prononciation du qāf en [g] ou en [q] et le maintien de certaines formes verbales rares ailleurs. 

Dialectes du Soudan et du Tchad.
Enfin, les dialectes du Soudan et d'une partie du Tchad (parfois appelés arabes africains) forment un groupe à part, fortement influencé par les langues nilo-sahariennes et afro-asiatiques locales, tant sur le plan phonologique que lexical, tout en présentant des structures grammaticales simplifiées.

Autres dialectes.
Par ailleurs, des variétés particulières existent, comme le maltais, issu de l'arabe sicilien du Moyen Âge, proche du maghrebin, mais aujourd'hui considéré comme une langue séparée, écrite en alphabet latin et fortement influencée par l'italien et l'anglais, bien qu'il conserve une base lexicale et grammaticale arabe substantielle.

De même, des communautés juives ou chrétiennes ont historiquement développé leurs propres variantes de l'arabe, comme l'arabe judéo-arabe ou l'arabe chrétien palestinien, marquées par des particularités lexicales ou phonétiques liées à leur identité religieuse. 

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