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Syrie
Al Jumhuriyah al Arabiyah as Suriyah

35 00 N, 38 00 E
La Syrie est un Etat de l'Asie occidentale (Proche-Orient). Il est riverain de la Méditerranée et frontalier avec le Liban, Israël, la Jordanie, L'Irak et la Turquie. La superficie du pays est de 185.180 km² et la population de 22,53 millions d'habitants (2012). Capitale : Damas (1,57 million d'habitants). Les autres grandes villes sont : Alep (1,6 million d'habitants), Homs (780.000 hab.), Hamah (460.000 hab.), Lattakieh (340.000), etc.
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Carte de la Syrie.
Carte de la Syrie. Source : The World Factbook.
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Du point de vue de son administration, la Syrie est divisĂ©e en 14 provinces (muhafazat) : 

Les provinces de la Syrie

Al Hasakah
Al Ladhiqiyah (Lattakieh)
Al Qunaytirah
Ar Raqqah
As Suwayda'
Dar'a
Dayr az Zawr
Dimashq (Damas)
Halab
Hamah
Hims (Homs)
Idlib
Rif Dimashq (Damas-Campagne)
Tartus
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Géographie physique de la Syrie

Le relief syrien se divise en plusieurs ensembles morphologiques distincts. À l'ouest, le long du littoral méditerranéen, s'étend une plaine côtière étroite, fertile, ponctuée de lagunes, qui ne dépasse généralement pas quelques dizaines de kilomètres de large. Elle est rapidement bordée à l'est par la chaîne de montagnes de l'Ansaire (ou Jabal al-Nusayriyah), qui culmine à plus de 1500 mètres, et marque une barrière climatique entre la zone humide littorale et les régions intérieures plus arides.

Plus au sud-ouest, se trouve le massif du Anti-Liban, qui forme une frontière naturelle avec le Liban et culmine au mont Hermon à environ 2814 mètres, le point le plus élevé de Syrie. Entre ces deux chaînes montagneuses se situe la dépression de l'Oronte, qui accueille la vallée du fleuve Oronte (Nahr al-ʿĀṣī), un des rares cours d'eau syriens à couler vers le nord.

Vers le centre du pays s'étendent des plateaux de moyenne altitude entre 400 et 900 mètres, souvent constitués de formations calcaires ou basaltiques. Cette région est entrecoupée de zones désertiques et semi-désertiques, notamment à l'est de Homs et Palmyre. La steppe syrienne (Badiyat al-Sham) couvre une grande partie de l'est et du sud-est du territoire, en direction de la frontière irakienne. Elle est caractérisée par un climat très aride, des sols pauvres et une végétation clairsemée. C'est une vaste plaine tabulaire entaillée localement par des oueds et de rares affleurements rocheux.

Le nord de la Syrie est marqué par la plaine fertile de l'Euphrate, fleuve majeur du pays, qui entre en Syrie près de Jarablus et la traverse sur plus de 600 kilomètres. Il alimente de larges plaines agricoles, particulièrement dans le bassin de l'Al Jazira, au nord-est, région qui regroupe les affluents Khabour et Balikh. C'est l'une des zones les plus fertiles du pays, où l'on trouve des sols alluviaux propices aux grandes cultures. Le barrage de Tabqa a permis la création du lac el-Assad, plus grand lac artificiel de Syrie.

Le sud du pays comprend le plateau basaltique du Hauran, d'origine volcanique, avec des altitudes variant de 800 à 1200 mètres. Il est encadré par des formations volcaniques comme le Jabal al-Druze (ou Jabal al-Arab), qui culmine à 1800 mètres. C'est une région semi-aride, mais avec des ressources hydriques souterraines plus abondantes.

Le climat syrien varie du méditerranéen à l'ouest au désertique à l'est. La façade littorale bénéficie de précipitations abondantes en hiver (600 à 1 200 mm/an), favorisant une végétation méditerranéenne dense. Dès que l'on franchit les chaînes côtières, les précipitations chutent drastiquement. La steppe centrale reçoit généralement moins de 250 mm par an, tandis que les zones désertiques de l'est reçoivent parfois moins de 100 mm. L'amplitude thermique est élevée, avec des étés très chauds et des hivers parfois rigoureux, notamment en altitude.

Le régime hydrographique est principalement influencé par le fleuve Euphrate, seule ressource d'eau permanente à grande échelle. Les autres cours d'eau, comme le Khabour, l'Oronte ou le Barada, sont souvent saisonniers ou tributaires de sources karstiques. Le lac el-Assad, les nappes phréatiques du nord-est et quelques nappes fossiles dans le désert sont exploitées pour l'irrigation, dans un contexte de forte pression hydrique.

Biogéographie de la Syrie

La zone méditerranéenne se concentre le long du littoral ouest et sur les versants occidentaux des chaînes de l'Ansaire et du mont Anti-Liban. Elle reçoit les précipitations les plus abondantes du pays et possède une végétation typique des forêts méditerranéennes, aujourd'hui fortement dégradée par l'anthropisation. On y trouvait historiquement des forêts mixtes de chênes (Quercus calliprinos, Q. cerris), de pins d'Alep (Pinus halepensis), de pistachiers (Pistacia palaestina) et de cèdres sur les pentes plus élevées. Aujourd'hui, cette couverture forestière ne subsiste que par fragments, souvent remplacée par des formations arbustives xériques ou des maquis secondaires.

À l'intérieur du pays, la végétation évolue progressivement vers des formations steppiques adaptées à la sécheresse, dominées par des graminées annuelles, des armoises (Artemisia herba-alba) et des buissons xérophytes comme le Salsola. Ces steppes occupent une vaste partie du centre syrien, entre les montagnes de l'ouest et les zones désertiques de l'est. Elles constituent un écosystème fragile, exploité pour le pâturage depuis des millénaires, et menacé par le surpâturage et la désertification.

La région orientale, qui englobe la Badiyat al-Sham, correspond à un désert froid caractérisé par une végétation clairsemée, souvent limitée à des halophytes, des plantes annuelles et des espèces psammophiles (adaptées au sable). Cette zone est faiblement productrice de biomasse mais abrite une biodiversité animale adaptée aux conditions extrêmes, notamment des reptiles, des petits mammifères, et des oiseaux migrateurs utilisant les oasis comme haltes.

Le nord-est syrien, dans la région de l'Al Jazira, se distingue par ses terres alluviales fertiles et son régime hydrique plus favorable grâce à l'Euphrate et à ses affluents. Cette zone appartient à la steppe mésopotamienne et héberge une végétation herbacée riche, parfois exploitée pour l'agriculture intensive, en particulier les céréales. Les zones irriguées soutiennent aussi des cultures arboricoles et des formations secondaires de peupliers et saules le long des berges.

Le plateau du Hauran, au sud, présente une végétation steppique à tendance subdésertique, mais modifiée localement par les apports volcaniques et l'exploitation agricole. L'altitude et les conditions géologiques permettent la culture de l'olivier, de la vigne, et d'autres espèces méditerranéennes dans un contexte climatique semi-aride.

En termes de faune, la Syrie fait partie de la région paléarctique et abrite une faune variée, bien que de plus en plus menacée par la dégradation des habitats. Dans les forêts de l'ouest, on trouvait autrefois des espèces emblématiques comme le loup gris (Canis lupus), le chacal (Canis aureus), le sanglier (Sus scrofa) et le lynx. Le renard roux (Vulpes vulpes) reste encore présent dans plusieurs zones. Les steppes et déserts accueillent des gazelles (Gazella subgutturosa), des hérissons du désert, des gerboises et une riche communauté d'oiseaux, notamment des outardes, faucons, buses et vautours. Les reptiles, comme les vipères, les geckos et les varans, sont bien représentés dans les zones chaudes et rocailleuses.

Plusieurs zones humides, bien que rares, comme le lac Jabbul, les marais de Sabkhat al-Mouh ou les rives de l'Euphrate, jouent un rôle essentiel pour les oiseaux migrateurs du paléarctique occidental. Ce sont des points névralgiques pour des espèces telles que les flamants roses, les cigognes, les ibis chauves, les canards et les limicoles. Ces habitats sont particulièrement sensibles aux perturbations hydriques et à la salinisation.

La biogéographie syrienne est profondément affectée par les pressions humaines : déforestation, surexploitation des pâturages, agriculture intensive, urbanisation croissante, et depuis 2011, les effets destructeurs de la guerre sur les milieux naturels. Plusieurs espèces endémiques ou menacées sont aujourd'hui en fort déclin, et la couverture végétale naturelle a fortement reculé. Les aires protégées, peu nombreuses, peinent à jouer un rôle effectif de conservation dans le contexte actuel.

Géographie humaine de la Syrie

Population.
La population syrienne, estimée à environ 22 millions d'habitants avant 2011, a subi de profonds bouleversements démographiques à la suite de la guerre civile. Les conflits, les déplacements internes massifs et l'exil de plusieurs millions de personnes à l'étranger ont transformé la structure démographique du pays. On estime qu'environ la moitié de la population a été déplacée depuis le début du conflit, dont plus de 6 millions de réfugiés hors des frontières, principalement en Turquie, au Liban, en Jordanie et en Europe.

Avant le conflit, la Syrie se caractérisait par une croissance démographique soutenue, avec un taux de natalité élevé (environ 3 enfants par femme) et une population jeune : près de 60 % avait moins de 25 ans. Cette dynamique a depuis été modifiée par l'émigration massive, la baisse de la natalité, la destruction des infrastructures sanitaires, et l'augmentation de la mortalité liée à la guerre. Les zones urbaines ont vu leur population fluctuer fortement selon les vagues de violence et les déplacements, avec certains quartiers autrefois densément peuplés aujourd'hui désertés.

Du point de vue sociologique, la Syrie se caractérisait par une forte polarisation entre une élite urbaine instruite, parfois laïque et connectée à l'économie mondialisée, et un monde rural plus conservateur, religieusement structuré, et parfois marginalisé dans le développement économique. Cette fracture a nourri certains des griefs initiaux à l'origine du soulèvement de 2011.

L'urbanisation était rapide avant le conflit : plus de 50 % des Syriens vivaient dans les villes. Les grandes métropoles comme Alep, Damas ou Homs accueillaient une classe moyenne en expansion, mais aussi de nombreux quartiers informels résultant de l'exode rural. Le chômage des jeunes, la hausse du coût de la vie et l'accès inégal aux services publics ont nourri un malaise social croissant.

Le niveau d'alphabétisation était relativement élevé pour la région (environ 85 % avant-guerre), avec un taux d'alphabétisation féminine en progression. L'enseignement supérieur était accessible et centralisé autour d'universités publiques à Damas, Alep et Homs. Toutefois, le système éducatif a été gravement endommagé, avec des milliers d'écoles détruites ou désaffectées.

Sur le plan religieux, la société syrienne, bien que diverse, était relativement tolérante dans les grandes villes. Le régime baasiste prônait une forme de laïcité autoritaire, tolérant la diversité religieuse à condition de loyauté politique. Depuis 2011, les fractures confessionnelles ont été exacerbées par la guerre, les interventions étrangères, et la militarisation des identités. Cela a profondément modifié le tissu social et renforcé la fragmentation territoriale, politique et identitaire du pays.

Enfin, les inégalités économiques et sociales se sont fortement accentuées. La pauvreté touche désormais une large part de la population, avec un effondrement de l'économie formelle, une dépendance accrue à l'aide humanitaire, et une informalisation généralisée de l'emploi. Les femmes, les enfants et les personnes déplacées constituent les groupes les plus vulnérables dans ce contexte instable.

Quelques-unes des principales villes de la Syrie

• Damas, capitale de la Syrie, est située au pied du mont Qassioun, dans une oasis alimentée par la rivière Barada. Fondée il y a plus de 4000 ans, elle est l'une des plus anciennes villes continuellement habitées du monde. Le centre historique, entouré de remparts, abrite la célèbre mosquée des Omeyyades et de nombreux souks traditionnels. La ville moderne s'est étendue vers l'ouest et le sud, intégrant des quartiers administratifs, résidentiels et industriels. Damas joue un rôle central dans la vie politique, religieuse et culturelle du pays. Elle connaît un climat méditerranéen semi-aride, avec des étés chauds et secs et des hivers doux.

• Alep, située au nord, est historiquement un carrefour commercial majeur sur les anciennes routes caravanières entre l'Asie et la Méditerranée. Avant la guerre, c'était la plus grande ville syrienne en population. Son centre historique, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, était célèbre pour sa citadelle monumentale, ses souks couverts, ses hammams et ses mosquées médiévales. La ville a subi des destructions massives durant le conflit syrien, mais fait l'objet de projets de reconstruction. Alep est également un pôle industriel important, notamment dans le textile, l'agroalimentaire et la métallurgie.

• Homs, située dans le centre-ouest du pays, sur les rives de l'Oronte, est un carrefour stratégique reliant Damas, Hama, la côte et le désert. Elle s'est développée autour de l'industrie pétrochimique, des raffineries, et de l'agriculture irriguée grâce au lac Qattinah. La ville a été lourdement endommagée pendant le conflit, notamment dans ses quartiers centraux. Avant cela, Homs jouait aussi un rôle universitaire et commercial régional, avec une diversité confessionnelle marquée.

• Hama, au nord de Homs, est traversée elle aussi par l'Oronte. Elle est connue pour ses norias, grandes roues hydrauliques en bois qui servaient autrefois à l'irrigation. Hama est une ville de taille moyenne à dominante sunnite, avec une forte identité historique et religieuse. Elle possède un tissu urbain ancien, ponctué de mosquées et de bains traditionnels. Son économie repose sur l'agriculture, notamment les céréales et les légumes, ainsi que sur l'artisanat.

• LattaquiĂ©, sur la cĂ´te mĂ©diterranĂ©enne, est le principal port maritime de Syrie. Elle joue un rĂ´le clĂ© dans les importations et les exportations du pays, en particulier pour les hydrocarbures, les matĂ©riaux de construction et les biens de consommation. La ville a une atmosphère plus ouverte que l'intĂ©rieur du pays, avec une population mixte incluant une forte prĂ©sence alaouite. Elle bĂ©nĂ©ficie d'un climat mĂ©diterranĂ©en plus humide, favorisant la culture des agrumes, des olives et du tabac. LattaquiĂ© est aussi une station balnĂ©aire frĂ©quentĂ©e, avec des plages, des hĂ´tels et des vestiges 

gréco-romains à proximité, comme à Ugarit.

• Tartous, plus au sud, est également un port important, plus petit que celui de Lattaquié, mais stratégique, notamment pour la marine russe (depuis janvier 2025, le nouveau pouvoir syrien a cependant annulé le bail de la société russe qui assurait le contrôle sur le port). La ville est bâtie sur les vestiges d'une ancienne colonie phénicienne et conserve des monuments croisés, comme la citadelle des Templiers. Tartous est également un centre agricole et de pêche, avec une région arrière fertile grâce aux précipitations abondantes.

• Raqqa, sur l'Euphrate, dans le nord-est du pays, a connu une croissance importante au XXe siècle avec l'irrigation du bassin de l'Euphrate. Elle est devenue célèbre au niveau international comme ancien bastion du groupe État islamique, ce qui lui a valu de lourdes destructions. Avant cela, c'était une ville prospère grâce à l'agriculture, au coton et au commerce régional. Son histoire ancienne remonte à l'époque abbasside, avec plusieurs vestiges importants.

• Deir ez-Zor, située en aval sur l'Euphrate, est la principale ville du centre-est syrien. Elle joue un rôle important dans l'exploitation pétrolière et gazifière du pays. Elle a également une forte activité agricole, grâce à l'irrigation du fleuve. La ville possède une structure urbaine moderne mais a subi des combats prolongés et de graves dommages pendant la guerre. Le pont suspendu sur l'Euphrate, l'un des symboles de la ville, a été détruit.

• Hasaka, dans le nord-est, est une ville multiculturelle avec une population kurde, arabe et assyrienne. Elle se situe dans une région riche en ressources agricoles (blé, coton) et en hydrocarbures. Son économie repose sur l'agriculture irriguée et l'extraction pétrolière. Elle a connu de fortes tensions pendant le conflit syrien, du fait de sa position stratégique et de sa composition ethnique variée.

• Soueïda, dans le sud, est le coeur de la région druze syrienne. Elle est perchée sur les hauteurs du Jabal al-Arab, un massif volcanique. C'est une ville calme et relativement épargnée par le conflit. L'agriculture y est importante, notamment la vigne, les pommiers et les cultures irriguées. Le tissu urbain est influencé par la culture druze, avec une forte solidarité communautaire.

• Idlib, dans le nord-ouest, est située dans une zone agricole fertile, avec des oliveraies, des céréales et des arbres fruitiers. Elle a été, depuis 2015, un bastion de l'opposition armée et reste sous contrôle de groupes rebelles, ce qui en fait une zone de tensions permanentes. La ville historique possède plusieurs mosquées anciennes et des marchés traditionnels, mais elle a été profondément affectée par les bombardements et les déplacements massifs de population.

Groupes ethnolinguistiques.
Bien que la majorité de la population s'identifie comme arabe, le territoire syrien accueille plusieurs groupes ethnolinguistiques distincts, chacun avec sa langue, sa culture, et souvent sa religion spécifique. Cette diversité a longtemps coexisté dans un système autoritaire centralisé, qui prônait un nationalisme arabe unificateur et interdisait les expressions publiques d'identité non arabes. Depuis le conflit de 2011, les lignes ethnolinguistiques se sont souvent superposées aux lignes militaires, territoriales ou politiques, et ont contribué à fragmenter davantage le tissu national et à renforcer les revendications identitaires, surtout chez les Kurdes et les Turkmènes.

Arabes.
Les Arabes constituent le groupe ethnolinguistique dominant, représentant environ 60 à 65 % de la population avant 2011. Leur langue principale est l'arabe levantin, avec des variantes dialectales régionales entre Damas, Alep, Homs et les zones rurales. La plupart des Arabes syriens sont musulmans sunnites, mais il existe aussi des Arabes chrétiens, présents dans les grandes villes, parlant souvent l'arabe littéraire dans les contextes religieux. Historiquement, les Arabes syriens ont constitué le pilier du nationalisme panarabe promu par le régime baasiste.

Alaouites.
Les Alaouitesforment environ 10 à 12 % de la population, sont concentrés sur la façade ouest (régions côtières de Lattaquié et Tartous). Ils suivent une branche spécifique de l'islam chiite, influencée par des éléments mystiques. Historiquement, ils ont été persécutés par les sunnites majoritaires. Depuis le règne de Hafez el-Assad et du parti Baas au début des années 1970, ils ont joué un rôle prépondérant dans la vie politique et militaire de la Syrie, avec plusieurs dirigeants syriens venant de cette communauté, comme Bachar el-Assad.

Kurdes.
Les Kurdes représentent le deuxième plus grand groupe ethnolinguistique du pays, estimés entre 8 et 10 % de la population. Ils vivent principalement dans le nord-est, dans une région surnommée Rojava, qui englobe Qamishli, Hasaka et Kobané, ainsi que dans certaines zones de la région d'Alep (Afrin, Ayn al-Arab). Leur langue est le kurde kurmanji, bien que la politique d'arabisation du régime syrien ait longtemps interdit son enseignement et sa diffusion publique. Les Kurdes sont majoritairement sunnites, avec une minorité alévie et yézidie. Depuis le conflit syrien, ils ont établi des structures d'autonomie locale qui reconnaissent leur langue et leur culture.

Arméniens.
Les Arméniens, arrivés en plusieurs vagues, notamment à la suite du génocide de 1915, représentent une minorité chrétienne bien établie, surtout à Alep, Damas, Lattaquié et Kessab. Leur langue est l'arménien occidental, qu'ils ont maintenu à travers des écoles, des églises et une presse communautaire. Ils sont majoritairement affiliés à l'Église apostolique arménienne, mais il existe aussi des arméniens catholiques et protestants. Avant le conflit, ils jouissaient d'un statut protégé et formaient une classe moyenne urbaine importante.

Assyro-Chaldéens.
Les Assyro-Chaldéens, ou Syriaques, forment un groupe ethnolinguistique chrétien parlant encore, dans certaines communautés, des dialectes néo-araméens comme le soureth (assyrien oriental) ou le turoyo (syriaque occidental). On les trouve dans les régions de Qamishli, Hasaka, et autour de la vallée du Khabour. Leur héritage liturgique remonte à l'une des plus anciennes traditions chrétiennes d'Orient. Ce groupe comprend plusieurs Églises : syriaque orthodoxe, syriaque catholique, assyrienne de l'Orient, et chaldéenne.

Turkmènes syriens.
Les Turkmènes syriens, sunnites dans leur grande majorité, sont un groupe turcophone vivant principalement dans le nord du pays, près d'Alep, Lattaquié et Hama. Leur langue est une variante du turc oghouz, proche du turc de Turquie. Ils ont historiquement servi dans les rangs ottomans et entretiennent des liens culturels et parfois politiques étroits avec la Turquie. Leur visibilité politique s'est accrue avec le conflit, notamment dans le cadre de groupes d'opposition soutenus par Ankara.

Druzes.
Les Druzes forment une communauté ethnoreligieuse distincte, estimée à environ 3 % de la population, concentrée dans le sud, autour de Soueïda, dans le Jabal al-Arab. Bien qu'ils parlent l'arabe et soient perçus comme Arabes dans leur culture générale, leur système religieux ésotérique, issu de l'islam ismaélien, en fait un groupe séparé. Les Druzes se distinguent par une forte cohésion communautaire et un attachement à leur autonomie régionale.

Ismaéliens.
Les Ismaéliens, autre groupe musulman chiite minoritaire, sont présents dans des zones comme Salamiyé. Ils parlent l'arabe mais appartiennent à une tradition religieuse particulière qui les distingue tant des sunnites que des chiites duodécimains. Leur structure communautaire hiérarchique est centrée autour de l'Agha Khan, chef religieux mondial. Leur insertion sociale se fait souvent dans les professions libérales, l'enseignement et l'artisanat.

Circassiens.
Les Circassiens, descendants des populations du Caucase ayant fui les guerres russes au XIXe siècle, parlent des langues caucasiennes comme l'adyguéen. Ils vivent principalement à Damas, Alep, et dans quelques villages du Golan. Bien intégrés, ils conservent encore certaines institutions culturelles et associations identitaires. Ils sont musulmans sunnites et historiquement liés à l'armée syrienne, dans laquelle beaucoup ont servi.

Palestiniens.
Les Palestiniens réfugiés constituent un groupe à part, principalement arabophones, arrivés à partir de 1948. Ils vivent dans des camps urbains comme Yarmouk (près de Damas) ou Neirab (près d'Alep). Bien que culturellement proches des Syriens, leur statut administratif les distingue : ils n'avaient pas la nationalité syrienne, mais bénéficiaient de certains droits économiques et sociaux avant la guerre. Le conflit a fortement désorganisé leurs communautés.

Autres groupes.
Enfin, de petits groupes ethniques ou linguistiques comme les Grecs (chrétiens hellénophones ou arabophones) subsistent en minorité, Ils sont souvent assimilés linguistiquement à l'arabe mais restent conscients de leur héritage distinct.

Culture.
La culture syrienne est l'héritière d'un patrimoine millénaire issu de la rencontre de civilisations antiques — sumérienne, babylonienne, araméenne, grecque, romaine, byzantine, arabe, ottomane — et enrichie par une diversité ethnolinguistique et religieuse unique au Levant. Elle se manifeste dans une richesse exceptionnelle de traditions artistiques, littéraires, religieuses et culinaires, où l'influence du passé coexiste avec des formes modernes d'expression.

Sur le plan linguistique, l'arabe est la langue dominante et vecteur principal de la production culturelle. L'arabe syrien existe sous plusieurs dialectes, du damascène raffiné aux formes plus rurales ou bédouines. L'arabe littéraire est utilisé dans la littérature, les médias, l'enseignement et la vie religieuse. D'autres langues, comme le kurde, l'arménien, le syriaque, l'adyguéen ou le turc, sont parlées dans les communautés respectives, souvent accompagnées de traditions orales spécifiques. Le français et l'anglais sont présents dans l'éducation secondaire et universitaire, héritage de la période mandataire et des liens internationaux.

La littérature syrienne contemporaine est caractérisée par un réalisme critique, un lyrisme poétique et une forte conscience politique. Des figures comme Adonis (Ali Ahmad Saïd Esber), grand poète moderniste d'origine alaouite, ont contribué à la transformation de la poésie arabe. La prose syrienne aborde des thèmes sociaux, identitaires et historiques, généralement dans un contexte de censure étatique ou d'exil. Comme sous d'autres régimes autoritaires, la narration allégorique a longtemps servi de moyen d'expression.

La musique syrienne reflète la diversité régionale du pays. À Damas et Alep, les écoles de musique classique arabe (maqâm) ont produit des artistes renommés comme Sabah Fakhri, maître du muwashshah, un genre andalou revisité en Orient. Les musiques folkloriques sont omniprésentes : la dabkeh dansée dans les villages, les chants bédouins du désert, les ballades kurdes, les psaumes syriaques dans les liturgies chrétiennes, ou les percussions du zaffa lors des mariages. Les instruments traditionnels comme l'oud, le qanûn, le ney ou le buzuq sont encore enseignés dans les conservatoires syriens.

Le patrimoine architectural est l'un des plus riches du monde arabe. Il va des ruines antiques de Palmyre, Bosra et Apamée aux villes musulmanes médiévales comme Alep ou Damas. La vieille ville de Damas, habitée depuis l'Antiquité, conserve un tissu urbain unique : ruelles étroites, patios ombragés, souks couverts, caravansérails, hammams, églises byzantines et mosquées omeyyades. Le style architectural syrien mêle éléments gréco-romains, arabes, mamelouks et ottomans. Les maisons damascènes sont célèbres pour leurs cours intérieures ornées de fontaines, mosaïques et plâtres sculptés.

Les arts plastiques ont connu un renouveau au XXe siècle avec des figures comme Fateh Moudarres ou Louay Kayyali, qui ont mêlé symbolisme, expressionnisme et art politique. Les galeries de Damas et Alep ont été pendant longtemps des lieux actifs de diffusion artistique. L'artisanat traditionnel demeure vivant : travail du bois incrusté (marqueterie), tissage du brocart de Damas, céramique émaillée, orfèvrerie, et fabrication de savons d'Alep. Ces métiers reflètent un savoir-faire transmis depuis des générations, bien que fragilisé par la guerre et la mondialisation.

La religion joue un rôle structurant dans la culture syrienne, sans être exclusive. Le calendrier est ponctué par les fêtes religieuses musulmanes (Aïd al-Fitr, Aïd al-Adha, Mawlid) et chrétiennes (Noël, Pâques, Saint-Georges). Les rituels soufis (zikr), les processions chrétiennes, les pèlerinages druzes ou ismaéliens sont autant d'expressions d'une religiosité ancrée dans le territoire. Malgré les tensions confessionnelles accentuées par la guerre, la culture syrienne valorisait historiquement la coexistence des cultes dans une même ville, un même quartier, voire un même immeuble.

La cuisine syrienne est considérée comme l'une des plus raffinées du Proche-Orient. Elle repose sur la richesse des produits locaux : légumes méditerranéens, agneau, pois chiches, huile d'olive, épices, herbes fraîches. Les plats emblématiques sont le kebbé (à base de boulgour et de viande), le taboulé, les feuilles de vigne farcies (yabrak), les mezzés variés, les grillades, les ragoûts (yakhni), les pâtisseries au miel et pistache (baklawa, maamoul). Les marchés syriens regorgent de parfums, de fruits secs, de dattes, de fromages et de confiseries. Le café (à la cardamome) et le thé sont des rituels sociaux importants, tout comme la consommation d'arak dans les milieux chrétiens et laïques.

Le théâtre, le cinéma et la télévision ont été des instruments puissants de la culture populaire syrienne. Le théâtre damascène a connu un essor au XXe siècle avec des auteurs engagés. Le cinéma, bien que contrôlé par l'État, a produit des oeuvres critiques, notamment via la General Organization for Cinema. Mais c'est la production télévisuelle qui a acquis une renommée régionale : les séries syriennes (mousalsalat) comme Bab al-Hara ont conquis tout le monde arabe, en mettant en scène la vie des anciens quartiers, l'honneur familial et les conflits sociaux.

La guerre a profondĂ©ment affectĂ© le paysage culturel : destruction de sites, exode d'artistes, fermeture d'Ă©coles et de lieux culturels, mais aussi renaissance Ă  travers la diaspora. Les artistes syriens en exil – Ă©crivains, musiciens, plasticiens, rĂ©alisateurs – continuent Ă  tĂ©moigner, crĂ©er et transmettre leur patrimoine au-delĂ  des frontières. 

Economie.
L'économie syrienne a longtemps reposé sur une combinaison de secteurs agricoles, industriels et pétroliers, encadrée par un modèle d'État centralisé inspiré du socialisme baassiste. Avant 2011, le pays connaissait une libéralisation progressive sous la forme d'une économie mixte, avec une ouverture partielle au secteur privé, des investissements étrangers limités, et un essor de certains pôles urbains. Toutefois, les profondes inégalités régionales, la corruption systémique et le chômage structurel ont fragilisé cette trajectoire, et la guerre civile a ensuite désintégré presque tous les fondements économiques du pays.

L'agriculture représentait historiquement un pilier de l'économie syrienne. Elle mobilisait environ 20 à 25 % de la main-d'œuvre et contribuait à plus de 15 % du PIB avant-guerre. Les principales cultures comprenaient le blé, l'orge, le coton, les lentilles, les olives, les agrumes et les légumes. Les régions les plus productives se situaient dans l'Euphrate moyen (Raqqa, Deir ez-Zor, Hasaka), les piémonts de l'ouest et le plateau du Hauran. L'État gérait une partie importante de l'irrigation via des grands barrages comme celui de Tabqa. La production agricole a chuté brutalement après 2011 du fait de la destruction des infrastructures, de l'insécurité, du manque d'intrants et des sécheresses récurrentes.

Le secteur industriel syrien était relativement diversifié, dominé par les industries légères (textile, agroalimentaire, savonnerie), les matériaux de construction, la chimie, et la métallurgie. Alep, Homs et Damas étaient les principaux centres industriels. L'industrie pétrochimique, en lien avec les hydrocarbures, jouait un rôle important. De nombreuses usines ont été détruites, pillées ou désaffectées pendant le conflit, et le secteur privé a été durement touché par les sanctions internationales, le blocus logistique et la désorganisation des chaînes d'approvisionnement.

Les hydrocarbures ont longtemps constitué la principale source de devises et une part significative des revenus de l'État syrien. Avant 2011, la Syrie produisait environ 380.000 barils de pétrole par jour, exportant vers l'Europe et les pays voisins. Les gisements étaient concentrés dans l'est du pays, dans les gouvernorats de Deir ez-Zor et Hasaka. Le gaz naturel était également exploité, notamment dans la région centrale de Palmyre. La guerre a entraîné la perte de contrôle de nombreux gisements au profit de groupes armés, puis de puissances étrangères comme les États-Unis et la Russie. La production actuelle est très réduite et souvent contrôlée par des autorités locales ou étrangères.

Le commerce extérieur syrien a été bouleversé par les sanctions internationales imposées par les États-Unis, l'Union européenne et la Ligue arabe. Avant la guerre, les principaux partenaires étaient l'Irak, la Turquie, la Jordanie, le Liban et les pays européens. L'essentiel des exportations comprenait le pétrole, les produits agricoles, le textile et les phosphates. Aujourd'hui, le commerce est largement informel, dominé par des réseaux parallèles avec l'Iran, la Russie, et certaines zones du Liban, de l'Irak et de la Turquie.

Le secteur des services, notamment le tourisme, connaissait un essor avant-guerre. La Syrie attirait plus de 8 millions de visiteurs en 2010, grâce à ses sites archéologiques, religieux et naturels. Les villes comme Damas, Alep, Palmyre, Bosra et Krak des Chevaliers figuraient parmi les destinations les plus prisées. Ce secteur a été presque entièrement anéanti par le conflit, bien que quelques tentatives de relance aient vu le jour dans les zones sous contrôle gouvernemental.

Le système bancaire et financier est largement sous-développé et dominé par des banques publiques. Depuis les années 2000, quelques banques privées avaient commencé à s'implanter, mais le système reste fermé, peu transparent, et fortement impacté par les sanctions internationales. L'accès au crédit est limité, l'inflation est galopante, et la livre syrienne a connu une dépréciation catastrophique, perdant plus de 90 % de sa valeur depuis 2011. L'économie est désormais largement dollarisée dans les transactions courantes.

Le chômage est endémique, estimé à plus de 50 % dans certaines régions, surtout chez les jeunes. De nombreuses familles vivent sous le seuil de pauvreté, avec une dépendance croissante à l'aide humanitaire, aux transferts de la diaspora, ou à des activités de survie dans l'économie informelle. Le secteur informel représente une part majeure de l'activité économique : marchés noirs, contrebande, commerce transfrontalier non régulé, et économies de guerre dominées par des milices, des réseaux d'intermédiaires et des acteurs étrangers.

Les inégalités sociales et territoriales se sont accentuées. Certaines régions sous contrôle gouvernemental, notamment autour de Damas, Lattaquié et Tartous, ont connu un certain redémarrage, souvent lié à des investissements russes ou iraniens. D'autres zones, surtout au nord-est, tentent de fonctionner de manière autonome, avec leurs propres systèmes de fiscalité, de distribution et de subsistance.

Depuis la chute du rĂ©gime de Bachar el-Assad, dĂ©but 2025, et un apaisement relatif de la situation, la reconstruction Ă©conomique reste très incertaine. Elle est entravĂ©e par une instabilitĂ© persistante et  l'absence de règlement politique vĂ©ritable, la mĂ©fiance internationale envers les nouvelles autoritĂ©s,, la destruction massive des infrastructures (routes, hĂ´pitaux, Ă©coles, usines), la fuite des capitaux et des compĂ©tences, ainsi que par la fragmentation du pays en zones de contrĂ´le encore hĂ©tĂ©rogènes. MalgrĂ© les discours officiels, la Syrie reste une Ă©conomie sinistrĂ©e, marquĂ©e par la pĂ©nurie, la corruption, la dĂ©pendance extĂ©rieure, et un niveau de vie dramatiquement effondrĂ©.

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