.
-

Le golfe du Persique

Le golfe Persique, golfe Arabique ou Arabo-persique est une mer semi-fermée de forme allongée qui s'étend sur environ 990 kilomètres de longueur pour une largeur variant de 56 à 340 kilomètres. Sa superficie totale avoisine les 240 000 kilomètres carrés, tandis que son volume d'eau est estimé à environ 8780 kilomètres cubes. Ce bassin, orienté selon un axe nord-ouest/sud-est, est relié à la golfe d'Oman et à l'océan Indien par le détroit d'Ormouz, un passage étroit et stratégique d'une cinquantaine de kilomètres de large, où les profondeurs ne dépassent pas une centaine de mètres, constituant ainsi un seuil hydrologique majeur.
-
Carte du Golfe persique
Carte du Golfe Persique.

Les Etats riverains du golfe Persique sont  les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Koweït, le Qatar et l'Arabie saoudite, Oman (dont une exclave borde la rive méridionale du détroit d'Ormuz), l'Irak et l'Iran. La région est un espace de tensions politiques et militaires persistantes, liées à la rivalité entre puissances régionales (notamment entre l'Iran et l'Arabie saoudite), aux conflits passés (comme la guerre Iran-Irak) et à l'intervention de puissances extérieures (avec l'exarcerbation que représente la guerre lancée le 28 février 2026 par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran). Cette instabilité influence fortement les dynamiques humaines, qu'il s'agisse des flux migratoires, des politiques de sécurité ou des investissements économiques, et qui font du Golfe un espace à la fois stratégique, riche et fragile.

-Géographie du Golfe persique

Géographie physique.
Géologiquement, le Golfe persique est la suite de la dépression qui sépare les montagnes de l'Iran (Zagros) du plateau de l'Arabie, coupure qui commence au Nord par la dépression où coulent l'Euphrate et le Tigre. Le bord iranien du golfe a par suite un caractère asiatique, tandis que le bord arabique a un caractère africain. La côte orientale est escarpée et présente fort peu d'indentations, tandis que la côte occidentale est basse, avec deux grands golfes, celui de Bahreïn et celui de Bahr el-Benat. 

La géomorphologie du littoral (environ 3420 km de côtes) est variée et complexe. La côte orientale, correspondant à l'Iran, est majoritairement montagneuse et escarpée, dominée par les contreforts de la chaîne du Zagros, qui plongent directement dans la mer par endroits. Cette chaîne, active sur le plan tectonique, est à l'origine de la structure même du bassin, qui constitue un avant-fond de la collision entre la plaque arabique et la plaque eurasienne. En contraste, la côte occidentale, qui longe la péninsule arabique, est beaucoup plus basse, plate et sablonneuse. Elle est parsemée de vastes plaines côtières, de sebkhas (dépressions salines sursalées) et de deltas. Les îles sont nombreuses, notamment dans la partie méridionale et centrale. On trouve des îles coralliennes basses comme les îles de Bahreïn, posées sur un haut-fond rocheux, ainsi que des îles plus grandes, souvent d'origine saline ou diapirique (soulèvement de sel), à l'exemple de l'île de Qeshm ou de celle de Hormuz, cette dernière étant célèbre pour ses montagnes de sel et ses sols riches en oxyde de fer donnant des teintes rouges intenses.

La bathymétrie du Golfe se caractérise par une profondeur généralement faible, avec une moyenne d'environ 36 à 50 mètres. La partie la plus profonde se trouve à l'entrée, près du détroit d'Ormuz, où les fonds descendent localement jusqu'à près de 110 mètres. En revanche, la partie nord-ouest, notamment au large des côtes irakiennes et koweïtiennes, est extrêmement peu profonde, avec des profondeurs inférieures à 20 mètres, ce qui favorise une forte évaporation. Cette évaporation, intense sous un climat aride et chaud, est à l'origine de l'une des caractéristiques hydrologiques majeures du Golfe : une salinité très élevée, souvent supérieure à 40 psu (unités pratiques de salinité) en eau libre, et qui peut localement atteindre 70 à 80 psu dans les lagunes côtières et les étendues d'eau confinées du sud-ouest.

Le plateau continental est très large sur la rive arabe, où il peut s'étendre sur plus de 200 kilomètres, tandis qu'il est étroit et abrupt sur la rive iranienne. Les fonds marins sont principalement composés de sédiments carbonatés, issus de la fragmentation des organismes marins, mais aussi de terrasses argileuses dans les zones centrales profondes. Une particularité géologique importante réside dans l'immense plate-forme carbonatée du plateau arabe, qui constitue l'un des plus grands réservoirs d'hydrocarbures au monde. Les structures anticlinales piègent des quantités colossales de pétrole et de gaz naturel, faisant du Golfe une province pétrolifère de premier ordre.

Du point de vue de l'hydrologie et de la circulation, le Golfe persique fonctionne comme un bassin d'évaporation nette. Le déficit en eau dû à l'évaporation, qui n'est pas compensé par les apports fluviaux limités (principalement le Chatt-el-Arab, formé par la confluence du Tigre et de l'Euphrate, ainsi que quelques fleuves côtiers iraniens), est comblé par un courant de surface entrant en provenance de l'océan Indien par le détroit d'Ormuz. Ce courant, plus frais et moins salé, circule le long de la côte iranienne. En profondeur, un courant inverse, composé d'eaux très denses, chaudes et hypersalines, s'écoule vers l'océan Indien, contribuant de manière significative à la circulation thermohaline régionale.

La sédimentation et la morphologie côtière sont fortement influencées par les vents dominants, notamment le shamal, un vent du nord-ouest qui souffle régulièrement en été et en hiver. Ce vent génère des vagues de forte amplitude et une érosion côtière marquée, particulièrement sur les côtes basses du sud-ouest. Les formations de dunes côtières et les cordons littoraux sont fréquents. Enfin, le Golfe repose sur un socle géologique ancien, avec une couverture sédimentaire postérieure à l'ouverture de la mer Rouge et à la collision tertiaire entre l'Arabie et l'Eurasie. La remontée du niveau marin depuis la fin de la dernière glaciation a noyé ce qui était alors une vaste plaine côtière il y a environ 12 000 ans, créant la configuration actuelle de cette mer peu profonde, bordée d'écosystèmes marins remarquables tels que de vastes herbiers marins, des récifs coralliens résistants à la chaleur et à la salinité, et des mangroves qui se développent dans les zones intertidales abritées, comme dans la réserve de Hara, au large de l'Iran. L'alluvionnement au cours de l'histoire humaine a continué d'être intense. Au temps des Sargonides, l'extrémité Nord du golfe atteignait le 31e parallèle, et le Tigre et l'Euphrate s'y jetaient séparément. De 1793 à 1833, le progrès du delta (Chatt el-Arab) aurait été, selon le colonel Rawlinson, de 3200 m., c.-à-d. de 53 m par an en moyenne.

Les îles du Golfe persique.
Le Golfe persique est parsemé de centaines d'îles, dont la taille, la nature et les fonctions varient considérablement, allant de simples îlots inhabités à des territoires densément peuplés ou fortement militarisés. Ces îles constituent un ensemble géographique, stratégique et économique très important, réparti entre les États riverains. 

Les îles du Golfe persique incarnent une interface entre tradition et modernité : elles combinent des villages de pêcheurs historiques, des sites archéologiques anciens, et des développements ultramodernes liés à la mondialisation. Leur importance ne cesse de croître, tant sur le plan énergétique que stratégique, dans un contexte international marqué par la dépendance aux hydrocarbures et les tensions géopolitiques régionales.

Certaines îles jouent un rôle géopolitique majeur en raison de leur position le long des routes maritimes stratégiques, notamment à proximité du détroit du détroit d'Ormuz, passage clé pour le transport mondial des hydrocarbures. Des îles comme Qeshm, la plus grande du Golfe, ou Hormuz, contrôlent indirectement ces flux. Qeshm se distingue aussi par sa géologie spectaculaire (formations rocheuses, mangroves) et son développement économique progressif, tandis qu'Hormuz est connue pour ses paysages colorés riches en minéraux.

D'autres îles sont au coeur de litiges territoriaux, notamment entre l'Iran et les Émirats arabes unis, comme Abou Moussa, Grande Tomb et Petite Tomb, où les Gardiens de la révolution iraniens possèdent actuellement des bases. Leur importance dépasse leur taille en raison de leur position stratégique et de la possibilité de ressources énergétiques offshore à proximité.

Certaines îles ont été transformées en pôles économiques et touristiques majeurs, en particulier aux Émirats arabes unis. Des projets emblématiques comme Palm Jumeirah (en fait deux presqu'îles imbriquées) et The World illustrent une urbanisation artificielle spectaculaire, visant à attirer le tourisme international et les investissements. Ces îles artificielles témoignent d'une ingénierie avancée, mais soulèvent aussi des questions environnementales liées à la modification des écosystèmes marins.

Le Bahreïn constitue un cas particulier puisqu'il s'agit d'un archipel entier formant un État souverain, composé d'une trentaine d'îles naturelles et de nombreuses extensions artificielles. L'île principale concentre la majorité de la population et des activités économiques, notamment la finance et le raffinage pétrolier. Bahreïn a historiquement joué un rôle commercial clé entre la Mésopotamie et la vallée de l'Indus.

Kharg joue un rôle important dans l'économie de l'Iran grâce à ses infrastructures pétrolières. L'île abrite notamment un terminal pétrolier qui est l'un des plus importants du pays. Ce terminal permet d'exporter une grande partie du brut iranien vers les marchés internationaux. Les installations pétrolières de l'île ont cependant été fréquemment visées par des attaques et des sanctions internationales, ce qui a perturbé sa production et ses exportations. Malgré cela, Kharg reste une pièce maîtresse dans la stratégie énergétique de l'Iran. En dehors de son activité pétrolière, l'île est relativement inhospitalière avec des conditions climatiques extrêmes et peu de ressources naturelles.

Dans les eaux du Qatar, des îles comme Halul sont également essentielles pour l'industrie pétrolière, et servent de terminaux d'exportation et de stockage. De même, l'Arabie saoudite possède des îles comme Tarut, l'une des plus anciennes zones habitées de la région, avec une histoire remontant à plusieurs millénaires.

Sur le plan environnemental, ces îles présentent une biodiversité adaptée à des conditions arides et marines extrêmes. On y trouve des récifs coralliens, des herbiers marins et des mangroves, essentiels pour la faune locale, notamment les oiseaux migrateurs et certaines espèces marines menacées. Cependant, l'exploitation pétrolière, l'urbanisation rapide et le réchauffement des eaux du Golfe exercent une pression croissante sur ces écosystèmes fragiles.

Biogéographie du Golfe persique.
Le Golfe persique est un écosystème marin extremophile, forgé par des conditions environnementales uniques à l'échelle planétaire. Situé dans une région subtropicale hyper-aride, ce bassin semi-fermé se caractérise par des températures estivales parmi les plus élevées des océans du monde, pouvant dépasser les 35°C, et par une salinité très élevée, atteignant localement des niveaux sursalés dans les lagunes côtières. Cette combinaison de stress thermique et osmotique agit comme un filtre écologique drastique, qui ne permet la survie que d'espèces possédant des adaptations physiologiques exceptionnelles. 

Les récifs coralliens.
Paradoxalement, cet environnement extrême abrite des écosystèmes d'une grande richesse, en particulier des récifs coralliens qui comptent parmi les plus résilients au monde. Des études récentes menées au large du Qatar ont révélé que les communautés coralliennes les plus saines et les plus diversifiées se situent dans les zones profondes, entre 18 et 25 mètres, où elles se trouvent sous la thermocline estivale et sont donc protégées des températures de surface les plus extrêmes. Dans ces habitats plus stables, la couverture corallienne peut atteindre localement 39%, avec une dominance de genres coralliaux robustes tels que Platygyra, Cyphastrea et Dipsastraea, qui forment la base structurelle de l'écosystème.

La diversité ichtyologique associée à ces récifs est significative, avec pas moins de 46 espèces de poissons répertoriées lors d'inventaires récents, principalement des carnivores benthiques qui exploitent la riche faune d'invertébrés cachée dans la complexité structurale du corail. Cependant, on observe un fort contraste entre les récifs profonds, refuges de biodiversité, et les zones récifales peu profondes (moins de 6 mètres), où la richesse spécifique et l'abondance des poissons sont considérablement plus faibles en raison des épisodes répétés de blanchissement corallien et des pressions anthropiques directes. L'ichtyofaune des zones profondes est typiquement caractérisée par des espèces comme le poisson-perroquet à rayures bleues (Scarus ghobban) et le demoiselle à queue jaune (Neopomacentrus miryae), tandis que les zones plus superficielles sont souvent dominées par des espèces plus tolérantes comme le poisson-clown d'Oman (Amphiprion omanensis). Cette stratification verticale des communautés souligne l'importance des gradients environnementaux dans la structuration biogéographique locale.

Les habitats côtiers.
Au-delà des récifs coralliens, le Golfe présente une mosaïque d'habitats côtiers d'une importance écologique capitale. Les vasières intertidales et les plages de sable figurent parmi les habitats côtiers les plus étendus de la région. Ils jouent un rôle déterminant dans les cycles biogéochimiques et servent de zones nourricières pour de nombreuses espèces. Ces sédiments meubles abritent une communauté benthique diverse, incluant des nématodes marins libres, des mollusques et des crustacés, qui constituent la base du réseau trophique démersal. Bien que ces communautés aient été historiquement peu étudiées, des travaux récents dans la partie nord-est du Golfe, près de Bandar Abbâs, ont commencé à documenter la structure et la diversité de cette méiofaune négligée, et ont révélé qu'elle est influencée à la fois par la pollution locale et par les gradients environnementaux naturels. 

Par ailleurs, des formations de mangroves (notamment des forêts d'Avicennia marina) , principalement sur les côtes iraniennes et autour des îles comme Qeshm, constituent des écosystèmes critiques. Elles agissent comme des nurseries pour les poissons et les crustacés, piègent les sédiments et protègent le littoral de l'érosion. Ces habitats sont si importants qu'ils sont intégrés dans des réserves de biosphère, comme Al-Reem au Qatar, qui englobe également des plaines de gravier, des sebkhas et des plateaux calcaires.

Biodiversité des invertébrés.
D'un point de vue biogéographique régional, des analyses récentes de la biodiversité des invertébrés, portant sur près de 62 000 occurrences, ont révolutionné la compréhension de la distribution de la vie dans le Golfe. Contrairement aux idées reçues qui suggéraient une pauvreté relative en espèces, ces travaux montrent que le Golfe persique présente une diversité spécifique (diversité gamma) plus élevée que celle du golfe d'Oman voisin, avec un pic de biodiversité notable autour de 27° de latitude nord. Les côtes septentrionales (iraniennes) se révèlent également plus riches en espèces que les côtes méridionales (arabiques), une différence probablement attribuable à la diversité géomorphologique plus grande du littoral iranien, avec ses tombants rocheux, ses deltas et ses estuaires, contrastant avec les plaines côtières basses et homogènes de la rive arabe. L'analyse de la diversité bêta, qui mesure le changement de composition d'espèces entre les sites, a permis d'identifier huit sous-écorégions distinctes au sein de la zone d'étude, allant de l'extrême nord-ouest, sous influence des eaux douces du Chatt-el-Arab, jusqu'au détroit d'Ormuz, zone de transition intense avec l'océan Indien. Cette structuration spatiale fine démontre que le Golfe n'est pas un bassin homogène, mais bien une mosaïque d'environnements abritant des assemblages biotiques distincts, façonnés par les variations locales de salinité, de température, de nature de substrat et de courantologie.

La connectivité écologique.
La question de la connectivité écologique, essentielle pour la résilience des populations, est particulièrement prégnante dans ce bassin. Les études génétiques sur des espèces clés, comme certains nématodes marins, suggèrent que les barrières physiques et les gradients environnementaux peuvent limiter le flux génétique à des échelles spatiales relativement petites, de l'ordre de quelques dizaines de kilomètres seulement, ce qui a des implications majeures pour la gestion des aires marines protégées. De plus, l'ensemble de cet écosystème est soumis à des pressions anthropiques intenses, culminant avec l'exploitation des hydrocarbures qui en fait l'une des mers les plus polluées au monde. Face à ces défis, les communautés de coraux et de poissons du Golfe, bien qu'étant des modèles d'adaptation à des extrêmes naturels, voient leurs limites physiologiques atteintes par les stress supplémentaires liés au changement climatique et aux activités humaines, qui menacent l'intégrité biogéographique de cette mer exceptionnelle.

Géographie humaine.
Le Golfe Persique est bordé par des États dont les trajectoires historiques, économiques et politiques ont façonné une organisation humaine très spécifique. Les littoraux sont occupés de manière très inégale : fortement urbanisés et densément peuplés sur certaines façades (notamment aux Émirats arabes unis, au Koweït ou dans l'est de l'Arabie saoudite), beaucoup plus clairsemés sur les marges iraniennes ou dans certaines zones désertiques. Les grandes agglomérations littorales (comme Dubaï, Abou Dhabi, Doha ou Koweït City) concentrent population, capitaux et infrastructures, et forment un réseau urbain polarisé et fortement connecté à la mondialisation.

La population totale de la région du Golfe est relativement modeste à l'échelle mondiale, mais elle a connu au cours des dernières décennies une croissance rapide liée à l'immigration internationale. Dans plusieurs États, les travailleurs étrangers représentent une majorité de la population, comme aux Émirats arabes unis ou au Qatar. Cette structure démographique atypique repose sur un système de migration temporaire fortement encadré (parfois désigné par le système de la kafala), qui segmente profondément les sociétés entre nationaux bénéficiant de rentes pétrolières et expatriés occupant des fonctions productives. Les disparités sociales et juridiques sont donc marquées, avec une hiérarchie généralement corrélée à l'origine géographique.

L'économie est dominée par l'exploitation des hydrocarbures. Les États riverains (l'Iran, l'Irak, le Koweït, l'Arabie saoudite et les monarchies de la péninsule arabique) détiennent une part majeure des réserves mondiales de pétrole et de gaz. Cette rente a permis un développement rapide, caractérisé par une urbanisation accélérée, des infrastructures modernes et des niveaux de vie élevés pour les citoyens nationaux. Toutefois, cette spécialisation expose ces économies à la volatilité des prix énergétiques, ce qui a conduit à des stratégies de diversification (tourisme, finance, logistique), particulièrement visibles à Dubaï ou à Doha.

Les réseaux de transport et d'échanges sont structurés par la fonction énergétique du Golfe. Les ports pétroliers, les terminaux gaziers et le détroit d'Ormuz jouent un rôle central dans les flux mondiaux. Une part significative du commerce énergétique mondial transite par ce passage, ce qui confère à la région une importance géostratégique majeure. Les infrastructures portuaires et aéroportuaires modernes (comme celles de Dubaï ou Doha) renforcent également le rôle du Golfe comme plaque tournante logistique entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique.
-

Le Golfe , coeur énergétique de la planète

Le golfe Persique détient à lui seul environ 60 % des réserves mondiales de pétrole et 40 % de celles de gaz naturel, ce qui lui confère une position centrale dans l'économie mondiale des hydrocarbures. Les pays riverains pays riverains du Golfe produisent collectivement près de 30 % du pétrole et 12 % du gaz consommés dans le monde. Cette concentration exceptionnelle de ressources en fait des acteurs incontournables du marché énergétique international, 

Le détroit d'Ormuz, passage maritime stratégique de seulement 55 kilomètres de largeur minimale, représente l'artère vitale de cette économie : environ 20 millions de barils de pétrole par jour y transitent, soit près de 20 % de la consommation mondiale, tandis qu'un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié emprunte également cette voie. Cette dépendance est particulièrement marquée pour l'Asie orientale, où environ 84 % des flux de pétrole brut qui transitent par Ormuz sont destinés aux marchés chinois, japonais, sud-coréens et indiens, pour lesquels. La stabilité du Golfe un enjeu de sécurité énergétique majeur pour ces économies.
.
La géostratégie du Golfe Persique englobe également la capacité des producteurs à influencer les cours mondiaux par leurs décisions de production, comme l'a démontré l'Arabie saoudite lors des ajustements de l'OPEP+ visant à stabiliser ou orienter les prix du brut. Les infrastructures de transport, tant maritimes que terrestres, renforcent cette importance : les oléoducs comme celui d'Abqaiq-Yanbu en Arabie saoudite offrent des alternatives limitées au détroit d'Ormuz, mais leur capacité cumulée reste insuffisante pour compenser une fermeture prolongée du passage maritime, ce qui expose l'économie mondiale à des chocs d'offre potentiellement déstabilisants. Par ailleurs, la quasi-totalité des exportations de GNL ( = gaz naturel liquéfié) du Qatar, deuxième exportateur mondial, dépend du transit par Ormuz, ce qui accentue la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement gazières.
.
La présence militaire de puissances extérieures (États-Unis, Royaume-Uni, France) dans les bases du Golfe témoigne de la volonté de sécuriser ces flux énergétiques critiques, tandis que les tensions régionales, notamment entre l'Iran et ses voisins, ont introduit un facteur de risque permanent pour la continuité des approvisionnements. Les conflits récents au Moyen-Orient ont d'ailleurs rappelé la fragilité de cet équilibre, avec des perturbations qui peuvent entraîner une chute brutale des exportations et une volatilité extrême des cours, comme observé lors des blocages temporaires du détroit en 2026.

Sur le plan culturel et social, la région présente une forte homogénéité religieuse autour de l'islam, mais avec des clivages internes, notamment entre sunnites et chiites, particulièrement sensibles en Bahreïn ou en Arabie saoudite (province orientale). Les identités tribales et familiales restent importantes dans l'organisation sociale et politique, en particulier dans les monarchies du Golfe, où les dynasties régnantes structurent le pouvoir.

Les contrastes spatiaux sont marqués entre littoraux urbanisés et arrière-pays désertiques peu peuplés. L'accès à l'eau constitue une contrainte majeure : les ressources naturelles étant limitées, les États ont massivement investi dans le dessalement de l'eau de mer, ce qui permet le maintien de fortes concentrations humaines dans des environnements arides. Cette dépendance technologique souligne la vulnérabilité écologique de la région, accentuée par les effets du changement climatique (élévation des températures, stress hydrique).

-Histoire du Golfe persique

L'Antiquité.
Dès les temps les plus reculés, cette mer intérieure a constitué un carrefour vital pour les échanges, un point de contact entre les civilisations mésopotamiennes, perses, indiennes et, plus tard, européennes. Les premières lueurs de l'histoire voient la région du Golfe s'intégrer dans les vastes réseaux commerciaux qui relient la Mésopotamie à la vallée de l'Indus. Des sites comme Dilmun, identifié à l'île de Bahreïn, émergent comme des centres majeurs de négoce dès le IIIe millénaire av. JC. Dilmun sert d'intermédiaire pour le cuivre, les perles, l'ivoire et d'autres marchandises précieuses. Les Sumériens, les Akkadiens, puis les Babyloniens et les Assyriens entretiennent des liens, commerciaux et parfois conflictuels, avec les populations côtières et les îles du Golfe. La navigation, bien que périlleuse, est essentielle pour ce commerce maritime primitif.

Avec l'essor des empires perses, le Golfe persique acquiert une importance stratégique et économique encore plus grande. Les Achéménides (VIe - IVe siècles av. JC) contrôlent les côtes orientales et nordiques et utilisent la mer pour le commerce et les communications au sein de leur vaste empire. Alexandre le Grand explore le Golfe après sa conquête de la Perse, et ses successeurs, les Séleucides, y maintiennent une présence, fondant des ports et des colonies. Les Parthes (IIIe s. av. JC - IIIe s. ap. JC), bien que plus tournés vers les routes terrestres, ne négligent pas le Golfe, qui reste une voie commerciale majeure. C'est cependant sous l'empire sassanide (IIIe - VIIe siècles ap. JC) que la puissance maritime perse atteint son apogée. Les Sassanides contrôlent fermement le Golfe, établissent des bases navales et développent le commerce avec l'Inde et la Chine. Des ports comme Siraf sur la côte iranienne et Omana (peut-être Sohar) sur la côte omanaise prospèrent sous leur règne.

Le Moyen âge.
L'arrivée de l'Islam au VIIe siècle bouleverse l'échiquier régional. Les armées musulmanes conquièrent l'empire sassanide et s'étendent vers l'est. Le Golfe persique devient une mer musulmane, ses ports intégrés dans le vaste empire des Califes. Bassorah, fondée en Mésopotamie près du Golfe, devient un centre intellectuel et commercial de première importance, la porte d'entrée maritime vers l'est pour la capitale abbasside, Bagdad. Siraf, sur la côte persane, atteint son apogée entre le IXe et le XIe siècle, un emporium cosmopolite où se rencontrent marchands arabes, persans, indiens et chinois. L'ère abbasside est souvent considérée comme un âge d'or pour le commerce maritime dans le Golfe, facilitant l'échange de biens, mais aussi d'idées et de technologies entre l'Orient et l'Occident. Les récits des marins arabes, dont le mythe de Sindbad le Marin se fait l'écho, témoignent de l'audace et de l'étendue de ces voyages. Cependant, la stabilité n'est pas constante. Des mouvements comme celui des Qarmates aux Xe - XIe siècles perturbent gravement le commerce et la navigation dans la région.

Après le déclin du Califat abbasside, le contrôle du Golfe passe entre les mains de diverses dynasties locales et régionales, persanes ou arabes : les Bouyides, les Seldjoukides, et plus tard, après les invasions mongoles qui, paradoxalement, peuvent revitaliser certaines routes commerciales maritimes, les dirigeants de Hormuz. Le royaume de Hormuz, centré sur une île stratégique à l'entrée du Golfe, devient une puissance commerciale indépendante aux XIIIe -XVe siècles, contrôlant le trafic maritime et percevant des taxes sur les marchandises transitant par son port. C'est une période de prospérité pour Hormuz et d'autres ports, mais aussi de rivalités constantes entre les petites principautés côtières.

De 1500 à 1900.
L'arrivée des Européens au début du XVIe siècle marque un tournant majeur. Les Portugais, sous la direction d'Alfonso de Albuquerque, cherchent à prendre le contrôle des routes maritimes lucratives vers l'Inde et l'Asie de l'Est. Ils s'emparent d'Ormuz en 1515, ainsi que de Mascate et d'autres points stratégiques sur les côtes arabes et persanes. Ils construisent des forteresses et tentent d'imposer un monopole sur le commerce, entrant en conflit avec les pouvoirs locaux, notamment l'Empire ottoman qui contrôle la Mésopotamie et le nord de l'Arabie, et l'Empire safavide en Perse. La domination portugaise dure un peu plus d'un siècle, mais elle est contestée par les puissances locales émergentes, comme l'imamat d'Oman, et par d'autres puissances européennes.

Au XVIIe siècle, les Néerlandais (via la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, VOC) et les Britanniques (via la Compagnie britannique des Indes orientales, EIC) arrivent et rivalisent avec les Portugais. Les Britanniques, en s'alliant avec les Safavides perses, parviennent à expulser les Portugais d'Ormuz en 1622. La ville de Bandar Abbâs, sur la côte persane, devient alors un port majeur sous influence britannique et néerlandaise. Les rivalités européennes se doublent de conflits avec les pouvoirs locaux. L'imamat d'Oman, sous la dynastie des Ya'ariba, parvient à expulser les Portugais de Mascate en 1650 et développe une puissance maritime impressionnante, étendant son influence et ses possessions sur la côte est-africaine et dans le Golfe lui-même, allant jusqu'à menacer les positions portugaises en Inde.

Le XVIIIe siècle est marqué par une instabilité politique dans la région. La chute de la dynastie safavide en Perse, les troubles sous Nader Shah et ses successeurs, ainsi que les conflits internes à Oman et l'essor de la première État saoudien dans le Nejd qui exerce une influence grandissante sur les côtes arabes, créent un environnement complexe. Les tribus côtières renforcent leur autonomie et se livrent à des raids maritimes, souvent qualifiés de "piraterie" par les Européens, notamment les Britanniques. Les ports déclinent ou changent de main fréquemment. Les Al Khalifa migrent du Qatar vers Bahreïn à la fin du siècle et y établissent leur règne. Les Al Sabah prennent racine à Koweït.

Le XIXe siècle est largement défini par l'ascension de la puissance britannique dans le Golfe persique. La Compagnie britannique des Indes orientales, puis directement le gouvernement britannique, intervient de plus en plus pour sécuriser les routes maritimes vers l'Inde, qu'elle contrôle désormais. La "piraterie" est la justification principale de cette intervention. À partir de 1820, une série de traités, d'abord temporaires puis permanents, sont imposés aux cheikhs de la côte sud du Golfe, connue sous le nom de "côte de la Trêve" (Trucial Coast), l'ancêtre des Émirats arabes unis. Ces traités leur interdisent la guerre en mer et imposent l'arbitrage britannique dans leurs différends. Bahreïn passe progressivement sous protectorat britannique au cours du siècle. Le Koweït, cherchant à se protéger de l'influence ottomane et saoudienne, signe un accord spécial avec la Grande-Bretagne en 1899, juste à la veille du XXe siècle, qui lui garantit une protection britannique en échange du contrôle de ses affaires étrangères. L'Oman maintient une certaine indépendance mais devient étroitement lié à la Grande-Bretagne par des traités. La Perse sous les Qajars, affaiblie, conserve sa souveraineté sur sa côte nord mais voit l'influence britannique dominer le Golfe.

Au cours du XIXe siècle, le commerce des perles du Golfe connaît un essor considérable, constituant la principale richesse de nombreux émirats côtiers avant l'ère du pétrole. Des centaines de boutres et des milliers d'hommes participent à la saison de la pêche aux perles, une activité dangereuse et lucrative qui attire les convoitises et que les Britanniques contribuent à réglementer. Les ports comme Dubaï, Abou Dabi, Charjah, Doha, Manama, Koweït et Bandar Lengeh sont des centres de ce commerce.

Ainsi, à l'approche de 1900, le Golfe persique est une région où les structures tribales côtières coexistent avec une influence britannique prépondérante. Les anciens empires ont décliné, remplacés par un réseau complexe de cheikhdoms, de sultanats et de la Perse Qajare, tous plus ou moins directement sous la surveillance ou le contrôle de Londres. L'importance stratégique de la région, en tant que passage vers l'Inde et zone de rivalité latente entre les puissances européennes (notamment avec l'Empire ottoman et l'Allemagne qui lorgne vers la construction d'un chemin de fer Berlin-Bagdad), est pleinement reconnue par la Grande-Bretagne, qui y assure la paix maritime à sa manière. 

Le Golfe persique au XXe siècle.
Pendant très longtemps ce qui a fait l'importance économique du golfe Persique, c'étaient ses pêcheries de perles qui occupaient encore au début du XXe siècle 6000 barques et 70.000 pêcheurs d'huîtres perlières. Depuis, le Golfe persique, interface maritime entre l'Arabie et la Perse, s'est transformé radicalement, passant d'une région de commerce perlier sous influence variable à un centre névralgique de l'économie mondiale, modelé par la découverte de son or noir et les rivalités des puissances.

Au début des années 1900, l'Empire britannique établit une présence dominante sur la rive arabe du Golfe, signant des traités de protection avec les cheikhs locaux des États qui deviendront plus tard le Koweït, Bahreïn, le Qatar et les États de la Trêve (futurs  Émirats Arabes Unis). Ces accords visent principalement à sécuriser les routes maritimes vers l'Inde et à contrecarrer les ambitions d'autres puissances européennes, notamment l'Empire ottoman qui contrôle la rive nord-ouest (l'actuel Irak) et exerce une influence lâche sur certaines parties de la péninsule arabique, tandis que la Perse sous la dynastie Qajar (bientôt Pahlavi) occupe la rive nord-est. La vie économique est alors largement basée sur le commerce, la pêche et la perle, une industrie qui déclinera brutalement avec l'arrivée des perles de culture japonaises.

Le véritable bouleversement intervient en 1908 avec la découverte de vastes gisements de pétrole à Masjid-i Suleiman, en Perse. Cette découverte, exploitée par l'Anglo-Persian Oil Company (future British Petroleum), attire une attention internationale accrue sur la région et marque le début d'une ère nouvelle. Après la Première Guerre mondiale, l'effondrement de l'Empire ottoman conduit à la création de l'Irak sous mandat britannique, intégrant les provinces de Bassorah, Bagdad et Mossoul. En Arabie, Abdelaziz Ibn Saoud consolide son pouvoir, conquérant les différentes régions de la péninsule pour fonder le Royaume d'Arabie Saoudite en 1932. La recherche pétrolière s'intensifie et le brut est découvert en quantités phénoménales en Arabie Saoudite (Dhahran, 1938), au Koweït (Burgan, 1938) et dans d'autres États, souvent par des compagnies américaines, en particulier la Standard Oil of California (qui donnera naissance à l'ARAMCO en Arabie Saoudite).

La Seconde Guerre mondiale confirme l'importance stratégique du Golfe, essentiel pour l'approvisionnement des Alliés en énergie. Après 1945, le pétrole transforme les pays du Golfe, apportant une richesse sans précédent aux familles régnantes. Les infrastructures se modernisent, les villes se développent à un rythme effréné, et une main-d'œuvre étrangère massive est attirée. L'influence britannique commence cependant à décliner face à la montée du nationalisme arabe et à l'intérêt croissant des États-Unis, qui voient la région comme vitale pour leur économie et un enjeu majeur de la Guerre froide.

Dans les années 1960, le mouvement de décolonisation atteint le Golfe. Le Royaume-Uni annonce son intention de se retirer. Le Koweït obtient son indépendance en 1961. Puis, en 1971, Bahreïn, le Qatar et les sept Émirats de la Trêve (qui forment les Émirats Arabes Unis) deviennent des États souverains. L'Oman, déjà indépendant mais sous influence britannique, rejoint également cette nouvelle configuration régionale. L'Arabie Saoudite et l'Iran, ce dernier sous le règne du Chah Mohammad Reza Pahlavi, émergent comme les principales puissances régionales, désireuses de combler le vide laissé par les Britanniques.

Le choc pétrolier de 1973, provoqué par la décision des pays arabes producteurs de réduire leur production et d'imposer un embargo contre les soutiens d'Israël, multiplie par quatre les prix du pétrole et transfère d'énormes richesses vers les États du Golfe, renforçant considérablement leur poids sur la scène mondiale, notamment au sein de l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), fondée en 1960.

L'année 1979 est un tournant majeur. En Iran, la Révolution islamique renverse le Chah et établit une République islamique dirigée par l'ayatollah Khomeini. Ce changement bouleverse l'équilibre régional et suscite l'inquiétude des monarchies sunnites du Golfe, craignant la propagation de l'islam politique chiite. En Irak, Saddam Hussein prend le pouvoir. L'année suivante, en 1980, l'Irak envahit l'Iran, déclenchant une guerre brutale et dévastatrice qui dure huit ans et coûte des centaines de milliers de vies des deux côtés. Les États arabes du Golfe, à l'exception de la Syrie et de la Libye, soutiennent majoritairement l'Irak, craignant la menace iranienne. Pour assurer leur sécurité collective face à l'instabilité régionale, six monarchies (Arabie Saoudite, Koweït, Bahreïn, Qatar, EAU, Oman) forment le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) en 1981. Durant la guerre Iran-Irak, le Golfe devient un théâtre d'opérations, notamment avec la "guerre des pétroliers" où les deux camps ciblent le trafic maritime dans le Golfe et le détroit stratégique d'Ormuz, poussant les États-Unis à accroître leur présence militaire pour protéger la navigation internationale.

À peine la guerre Iran-Irak terminée, une nouvelle crise majeure éclate. En 1990, l'Irak de Saddam Hussein envahit le Koweït, revendiquant l'émirat comme une province irakienne. L'invasion est condamnée internationalement. Une coalition militaire menée par les États-Unis se déploie en Arabie Saoudite et lance l'Opération Tempête du Désert début 1991 pour libérer le Koweït. Cette guerre réaffirme le rôle prépondérant des États-Unis comme garant de la sécurité dans le Golfe et conduit à l'établissement d'une présence militaire américaine massive et durable dans la région, notamment en Arabie Saoudite (jusqu'en 2003), au Koweït, à Bahreïn (où se trouve la Ve Flotte américaine) et au Qatar. L'Irak de Saddam Hussein est soumis à de lourdes sanctions internationales qui affaiblissent considérablement le pays.

Le premier quart du XXIe siècle.
Au début du XXIe siècle, le Golfe reste une région sous haute tension. L'invasion de l'Irak menée par les États-Unis en 2003, qui renverse Saddam Hussein, plonge le pays dans une instabilité chronique et renforce l'influence de l'Iran dans un Irak majoritairement chiite. La rivalité entre l'Arabie Saoudite (sunnite) et l'Iran (chiite) s'intensifie, alimentant des conflits par procuration (proxy wars) dans la région, notamment en Syrie et au Yémen, où une coalition menée par l'Arabie Saoudite intervient depuis 2015 contre les rebelles Houthis soutenus par l'Iran. Les programmes nucléaire et balistique iraniens sont une source majeure de préoccupation pour les monarchies du Golfe et pour la communauté internationale, conduisant à des sanctions et à des tensions répétées dans le détroit d'Ormuz.

Les soulèvements de Printemps Arabes en 2011 touchent également la région, provoquant des manifestations à Bahreïn (où elles sont réprimées avec l'aide saoudienne et émiratie) et des troubles moins importants dans d'autres monarchies, qui parviennent à maintenir la stabilité grâce à des mesures sociales et des réformes politiques limitées. En 2017, une grave crise diplomatique éclate entre le Qatar et plusieurs de ses voisins du CCG (Arabie Saoudite, EAU, Bahreïn), ainsi que l'Égypte, qui l'accusent de soutenir le terrorisme et de se rapprocher de l'Iran, imposant un blocus économique et diplomatique qui dure jusqu'en 2021.

Aujourd'hui, les États du Golfe continuent de jouer un rôle économique central grâce au pétrole et au gaz, mais cherchent de plus en plus à diversifier leurs économies pour préparer l'ère post-hydrocarbures, investissant massivement dans les infrastructures, le tourisme, la finance et les nouvelles technologies. Ils naviguent dans un environnement régional complexe marqué par la rivalité persistante entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, la concurrence entre puissances mondiales (États-Unis, Chine, Russie), et les tentatives de normalisation des relations avec Israël (Accords d'Abraham).



Collectif, Le Golfe et ses Emirats, Revue Hérodote n°133, 2009. - Long de 1300 km, le Golfe persique - selon l'appellation traditionnelle - ou Golfe arabique pour les Arabes, est une zone géopolitique de grande importance. Et cela ne date pas de la découverte des gisements pétroliers au début du XXe siècle, et surtout dans l'entre-deux-guerres. La ligne de front entre l'Empire ottoman et l'Empire perse s'étendait en effet sur toute sa longueur , puisque les Turcs contrôlaient en principe les côtes d'Arabie - mais le chiisme perse y était aussi présent. Et c'est à la suite de l'arrivée des Anglais dans la région, dès la fin du XVIIIe siècle, que ceux-ci passèrent, en 1823, des accords avec les ports arabes de la côte ouest du Golfe, la "côte des pirates" devenant la "Trucial Coast" (côte de la trêve). C'est l'origine des sept émirats qui ont constitué la fédération desÉmirats arabes unis au départ les Britanniques en 1971, peu après les premières découvertes offshore de pétrole. Comme l'explique ce numéro d'Hérodote, qui revient sur cette histoire méconnue, les événements contemporains ont fait de la région une zone de tensions géopolitiques majeure : révolution khomeiniste en Iran (1979), suivie par l'embargo américain, guerre Irak-Iran (1980-1988), puis invasion du Koweït et "guerre du Golfe" (1990-1991). La Ve flotte de l'US Navy a établi son QG à Bahreïn; et c'est au Qatar que, depuis l'invasion américaine de l'Irak en 2003, est basé le "quartier général avancé" du Centcom, qui dirige les opérations de l'US Army dans tout le Moyen-Orient. Les Émirats arabes unis, malgré - ou peut-être à cause de - tous ces bouleversements, ont connu une croissance économique considérable, du fait des profits pétroliers, mais aussi à cause de diverses spéculations financières (notamment avec des Iraniens). Les super gratte-ciels qui s'élèvent sur la mer et le désert veulent proclamer la vision d'une mondialisation centrée sur les marches de l'Asie et du monde arabe. Reste à savoir comment la crise financière mondiale va se traduire dans les Émirats et comment vont évoluer les rapports de forces entre l'Iran et les États-Unis. Sommaire : Le Golfe, zone pétrolière exceptionnelle et zone d'affrontements multiples, Yves Lacoste. Dubaï, utile ou futile? Portrait d'une ville rêvée à l'heure de la crise, Marc Lavergne. L'histoire des Émirats du Golfe, André Bourgey. Les défis géopolitiques d'une nouvelle puissance régionale : les Émirats arabes unis, Philippe Boulanger. Les Émirats et les royaumes arabes : une croissance sans main-d'oeuvre?, Ali Ratsbeen. Les chiites d'Arabie saoudite, la province du Hasa, David Rigoulet-Rose. La Ve Flotte de l'US Navy, QG à Bahrein, Kenneth Pollack. (couv.).
-
.


[La Terre][Cartotheque][Etats et territoires][Histoire politique]
[Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2013 - 2026. - Reproduction interdite.