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Sahel
est une vaste région semi-aride située en Afrique,
au sud du désert du Sahara et au nord des savanes
soudaniennes. Il s'étend en longueur d'est en ouest sur environ 5400 km,
de l'océan Atlantique (Sénégal
et Mauritanie) jusqu'Ã la mer
Rouge (Soudan et Érythrée).
Le Sahel est sujet à des épisodes de sécheresse fréquents, entraînant
des crises alimentaires récurrentes. L'avancée du désert, due à la
dégradation des terres et au changement
climatique, réduit les terres cultivables
et met en péril les moyens de subsistance des populations locales. Les
habitants du Sahel sont majoritairement des agro-pasteurs, c'est-Ã -dire
qu'ils combinent l'agriculture et l'élevage pour survivre. Les migrations
saisonnières sont courantes en raison des variations climatiques. La région
est par ailleurs marquée par des tensions politiques et des conflits armés,
notamment liés à la présence de groupes terroristes et aux luttes pour
le contrôle des ressources naturelles.
Le climat du Sahel.
Précipitations
et températures.
Le Sahel est sujet à une grande variabilité climatique. Les périodes de sécheresse prolongée, comme celles observées dans les années 1970 et 1980, ont gravement affecté l'agriculture et les moyens de subsistance des populations locales. Le réchauffement climatique aggrave la situation dans le Sahel en augmentant la fréquence et l'intensité des sécheresses, rendant les cycles de pluie encore plus imprévisibles. Cela met en danger la sécurité alimentaire et la résilience des communautés locales. Vents.
Températures.
L'écosystème
sahélien.
Végétation.
Certaines parties du Sahel sont couvertes de broussailles ou de buissons denses, surtout dans les zones où les précipitations sont légèrement plus élevées. L'exploitation des ressources naturelles, le pâturage intensif et les pratiques agricoles non durables contribuent à la déforestation et à la désertification, aggravant la dégradation des sols et la perte de biodiversité. Faune.
On trouve également des prédateurs comme les lions, les hyènes, et les chacals, bien que leur nombre ait diminué en raison de la perte d'habitat et de la diminution des proies. La région est un important site de migration pour de nombreuses espèces d'oiseaux, comme les vautours, les milans et les hirondelles. Les oiseaux de passage migrent vers le sud pendant l'hiver. Ressources
en eau.
Les oasis sont des points cruciaux de biodiversité dans le Sahel, fournissant de l'eau et un habitat pour diverses espèces végétales et animales. Sol
et agriculture.
Géographie humaine.
Historiquement, le Sahel est le berceau d'empires et de royaumes qui ont façonné son peuplement et ses structures sociales. Les empires du Ghana, du Mali et du Songhaï se sont fondés sur le contrôle des flux commerciaux transsahariens, faisant émerger des villes-marchés légendaires comme Tombouctou, Gao, Djenné ou Agadez. Ces cités, carrefours entre le monde méditerranéen et l'Afrique subsaharienne, ont vu se croiser l'or, le sel, les étoffes et les manuscrits, mais aussi les hommes et les idées. Cette profondeur historique a engendré une stratification sociale particulière, où les pouvoirs politiques se sont articulés autour de lignages guerriers, de confréries marchandes et d'un clergé lettré musulman. L'islam, arrivé par les voies caravanières, s'est ancré dans les centres urbains et a pénétré les campagnes de manière syncrétique, devenant un puissant marqueur identitaire et un facteur d'unification pour des populations extrêmement diverses. Cette diversité ethnolinguistique est un trait fondamental du Sahel. On y observe un véritable kaléidoscope de peuples. Les grands ensembles nomades, comme les Touaregs dans le massif de l'Aïr et l'Adrar des Ifoghas, les Maures en Mauritanie, les Toubous dans le massif du Tibesti, et les Peuls dispersés dans toute la zone, ont historiquement dominé les espaces pastoraux. Leur mode de vie, fondé sur l'élevage transhumant de bovins, de dromadaires ou de caprins, les conduit à suivre des parcours saisonniers dictés par l'accès à l'eau et aux pâturages. En interaction souvent symbiotique, parfois conflictuelle, les groupes sédentaires, principalement des agriculteurs, occupent le territoire. Les Songhaïs, les Haoussas, les Kanouris, les Ouolofs, les Sérères, les Saras ou les populations du groupe mandingue ont développé des systèmes agraires sophistiqués, capables de tirer parti de sols fragiles et de pluies aléatoires. La répartition spatiale de ces populations est donc largement dictée par un gradient climatique. La densité humaine s'accroît du nord aride vers le sud plus humide, mais de manière discontinue. Les foyers de peuplement les plus denses ne sont pas là où les précipitations sont les plus abondantes, mais plutôt dans les zones intermédiaires, propices à la fois à l'agriculture pluviale et à l'élevage. Les vallées fluviales, en particulier celle du fleuve Sénégal, la boucle intérieure du Niger et les rives du lac Tchad, forment des couloirs de très fortes densités, véritables "Sahels aquatiques" où la concentration humaine contraste avec les espaces interstitiels quasi vides. Ces bassins de vie sont le théâtre d'aménagements hydrauliques ancestraux, où les cultures de décrue, le riz irrigué et le maraîchage côtoient une pêche active. Les zones deltaïques, comme le delta intérieur du Niger au Mali ou les abords du lac Tchad, constituent des écosystèmes d'une productivité exceptionnelle, véritables poumons alimentaires, zones de reproduction pour le bétail et réservoirs de biodiversité, attirant une mosaïque de communautés de pêcheurs, d'éleveurs et d'agriculteurs Bozos, Somonos, Peuls et Bambaras dont les activités sont finement synchronisées avec les cycles de crue. Sur les immenses plaines sableuses ou rocailleuses des marges sahariennes, la densité peut descendre en dessous d'un habitant par kilomètre carré. Là , la mobilité est la règle, non l'exception. Le nomadisme pastoral, bien qu'en recul accéléré pour des raisons politiques, climatiques et économiques, demeure une clé de lecture fondamentale de l'organisation de l'espace. Il ne s'agit d'une gestion très fine et collective d'un territoire immense et discontinu. Les points d'eau, les puits, les mares temporaires, structurent les déplacements et deviennent des lieux de convergence saisonniers où se nouent échanges économiques, alliances matrimoniales et règlements de conflits. La pression sur ces ressources partagées est un enjeu central, la propriété foncière traditionnelle distinguant souvent la propriété des arbres, l'usage de la terre et l'accès à l'eau, créant un enchevêtrement de droits complexes. L'urbanisation contemporaine est une dynamique majeure et brutale qui recompose la géographie humaine du Sahel. La région connaît l'une des croissances urbaines les plus rapides au monde. Ouagadougou, Bamako, Niamey, N'Djamena ou Kano explosent démographiquement. Ces mégapoles sahéliennes se caractérisent par une croissance extensive et peu contrôlée, grignotant les terroirs agricoles périphériques. Elles sont le réceptacle d'un exode rural massif, nourri par la dégradation des conditions de vie en campagne, l'insécurité et le mirage d'une économie urbaine. Cet afflux se déverse dans des quartiers périphériques sous-intégrés, où l'accès aux services de base (eau, électricité, éducation, santé) est un défi permanent. La ville sahélienne n'en est pas moins un formidable creuset de recompositions sociales. Elle dilue les hiérarchies traditionnelles fondées sur la naissance ou la caste, redéfinit les rapports de genre avec des femmes de plus en plus actives dans le secteur informel, et crée de nouvelles solidarités basées sur le voisinage, les communautés d'origine ou l'appartenance religieuse. Le marché, qu'il soit grand marché central ou réseau de petits commerces de quartier, est le poumon de cette économie urbaine, dominé par le secteur informel qui absorbe la majorité des nouveaux arrivants. Les défis démographiques restent colossaux. La transition démographique est à peine entamée dans la plupart des pays, avec des indices de fécondité parmi les plus élevés de la planète, souvent supérieurs à six enfants par femme. Il en résulte une pyramide des âges à la base très large, une population extrêmement jeune et une croissance naturelle galopante qui double les populations en vingt à vingt-cinq ans. Ce potentiel démographique, qui pourrait être un dividende, se heurte à la réalité d'économies faiblement diversifiées et d'États aux capacités limitées en matière de création d'emplois, de scolarisation et de santé. Cette pression humaine croissante s'exerce sur des ressources naturelles qui, elles, sont de plus en plus contraintes par les aléas climatiques, la dégradation des sols et la raréfaction de l'eau, exacerbant une compétition de plus en plus critique entre agriculteurs et éleveurs. Cette compétition, longtemps régulée par des instances coutumières, prend une tournure dramatique car elle est aujourd'hui surdéterminée par des crises multidimensionnelles. La montée en puissance de groupes armés djihadistes, l'effondrement de l'autorité de l'État dans des zones entières, la circulation incontrôlée des armes héritées de la crise libyenne et les trafics de toute nature ont profondément déstabilisé les sociétés sahéliennes. Les conflits, qu'ils soient qualifiés trop rapidement d'ethniques ou de religieux, sont avant tout des conflits pour le contrôle de l'espace et des ressources, instrumentalisés par des acteurs politiques et mafieux. L'agro-pastoralisme, fondé sur la mobilité du bétail et l'utilisation complémentaire des résidus de culture, est entravé par l'insécurité, la fermeture des couloirs de transhumance internationaux et l'extension des surfaces cultivées, poussant les éleveurs vers des stratégies de survie. • Les turbulences actuelles dans la région du Sahel. - Au coeur de la tourmente, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont vu leurs trajectoires politiques marquées par des transitions militaires qui se prolongent bien au-delà des calendriers initialement annoncés. Ces régimes, issus de coups d'État, ont opéré un tournant souverainiste majeur en se regroupant au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES), désormais en voie de transformation en une confédération visant à assurer une défense mutuelle et une autonomie stratégique face aux pressions régionales et internationales. Cette réorientation géopolitique s'est traduite par un éloignement des partenaires traditionnels, notamment la France et les forces de maintien de la paix des Nations unies, au profit de nouvelles alliances, en particulier avec la Russie.Malgré ces contraintes d'une extrême sévérité, la géographie humaine du Sahel ne saurait se résumer à une succession de crises. Elle est aussi, et peut-être avant tout, une illustration de la résilience et de l'inventivité des sociétés. Les réseaux de solidarité familiaux et communautaires, les migrations de travail devenues un pilier économique à travers les transferts financiers, la vivacité d'une société civile qui s'organise pour pallier les carences de l'État, l'extraordinaire vitalité culturelle, musicale et artistique, et la prégnance d'un islam confrérique porteur de stabilité sociale sont autant de forces qui structurent le quotidien de dizaines de millions d'habitants. L'avenir de cet espace se jouera sans doute dans la capacité de ces sociétés à réinventer, dans un contexte profondément bouleversé, les termes historiques de la mobilité, de la complémentarité et de la négociation qui ont toujours été au coeur de leur rapport au territoire. |
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