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Séville
Séville, Sevilla en espagnol, Hespalis et Julia Romula chez les Anciens, est une ville et port d'Espagne, chef-lieu de la province du même nom et de toute l'Andalousie, sur la rive gauche du Guadalquivir, qui la sépare de son faubourg, Triana (vieux quartier gitan), à une alt. de 100 m, à 76 kilomètres de son embouchure, à 380 kilomètres au Sud-Sud-Ouest de Madrid. Population : environ 700 000 habitants (2025). 

La position fluviale de Séville, à environ quatre-vingts kilomètres de l'embouchure du Guadalquivir dans l'océan Atlantique lui confère un rôle central dans le bassin andalou et une ouverture naturelle vers la mer, bien que le port se trouve à l'intérieur des terres. Le fleuve, large et navigable jusqu'à Séville, constitue l'élément géographique majeur : il structure le paysage, alimente les cultures et façonne l'identité économique et historique de la région. Au carrefour des routes terrestres et fluviales, la ville est au centre d'un bassin économique où convergent les productions agricoles de la plaine et les échanges commerciaux avec les zones portuaires atlantiques. Cela a façonné son développement urbain : un centre historique dense et compact, hérité de son passé médiéval, entouré de quartiers modernes et d'une périphérie en expansion.

La plaine du Guadalquivir, appelée la Campiña sevillana, est une étendue fertile et faiblement ondulée, formée de sols alluviaux riches en argile et en limon. Ce territoire agricole produit depuis des siècles du blé, des oliviers, des vignes et des agrumes. Les paysages alternent entre champs ouverts, collines douces et zones irriguées. Les marais du bas Guadalquivir, notamment ceux du parc national de Doñana, au sud-ouest, forment une transition entre la terre ferme et les zones littorales atlantiques. Ces marécages, d'une grande importance écologique, abritent une faune variée, notamment des oiseaux migrateurs qui trouvent refuge dans cet espace humide.

Le relief autour de Séville est peu marqué. À l'est, la plaine s'élève progressivement vers les contreforts de la Sierra Morena, tandis qu'au sud apparaissent les premières hauteurs des sierras bétiques. Cette topographie douce favorise une urbanisation étendue et un réseau de communication dense reliant la ville aux autres centres andalous comme Cordoue, Grenade ou Cadix. Le fleuve, quant à lui, a longtemps déterminé l'organisation de l'espace urbain : il forme une large courbe autour du centre historique, puis se divise en plusieurs bras artificiels, canalisés pour prévenir les inondations et faciliter la navigation.

Le climat de Séville est de type méditerranéen chaud, fortement influencé par la continentalité de la vallée. Les étés sont longs, secs et particulièrement chauds, avec des températures dépassant souvent les 40 °C. Les hivers sont doux, rarement inférieurs à 5 °C, et les précipitations se concentrent entre novembre et mars. Cette aridité estivale, combinée à un fort ensoleillement annuel, confère à la ville une lumière intense et un ciel limpide presque toute l'année. L'irrigation joue un rôle crucial pour l'agriculture environnante, soutenue par les eaux du Guadalquivir et un réseau de canaux.

Le paysage végétal se compose de cultures méditerranéennes et de zones naturelles préservées. Autour de la ville, les champs d'oliviers et les orangeraies dominent, tandis que les rives du fleuve accueillent des peupliers, des eucalyptus et des zones herbacées. Dans la ville même, les jardins et les parcs, tels que le parc María Luisa, traduisent une tradition d'adaptation au climat par l'ombrage et la fraîcheur végétale.
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Séville : l'Alcazar et la cathédrale.
L'alcazar et la cathédrale de Séville, sur une ancienne carte postale.

Monuments et culture de Séville.
Les nombreux et admirables monuments de Séville ont donné lieu au proverbe espagnol : "qui n'a pas vu Séville n'a rien vu".  Bâtie sur la rive du Guadalquivir que bordent de beaux quais de 4 km de développement, elle a malheureusement à souffrir des inondations.  Le long du fleuve; large ici de 200 m,  les aménagements récents favorisent la promenade, le sport et la contemplation, reliant la ville ancienne aux quartiers nouveaux.  Autrefois entourée de murailles d'origine romaine, mesurant 24 km de longueur, elles les a détruites pour s'élargir et n'en possède plus que la porte de Triana. Les rues sont étroites, mais bordées de maisons pittoresques. Parmi les monuments, on doit citer :

La Torre del Oro, un des plus anciens, l'Alcazar, « aux murailles brodées », presque aussi beau que l'Alhambra de Grenade, mais qui l'emporte sur ce dernier par ses admirables jardins d'orangers; 

La superbe cathédrale a été construite de 1401 à 1520 c'est la plus grande de l'Espagne, et sa nef est une des plus hautes du monde; de nombreuses toiles de maîtres la transforment en un véritable musée; le trésor est d'une richesse inouïe, une chapelle contient le mausolée de Colomb où les restes du grand navigateur ont été transportés depuis que Cuba; enfin, elle est dominée par la célèbre tour de la Giralda ou Girouette, haute de 120 m. 

On y admire encore la Bourse, l'Hôtel de Ville, l'Hôtel des monnaies, le palais d'Albe, la Casa de Pilatos, construite en  1519 dans un style où Ies ordres mauresque et de la Renaissance se marient très agréablement, le collège San Telmo, la célèbre Plaza de Toros, l'hospice de la Caridad, l'aqueduc romian appelé Caños de Carmona qui apporte à la ville, sur 410 arcades, les eaux d'Alcala de Guadaïra captées à 10 km Sud-Est de la ville. On ajoutera à cela de riches bibliothèques, les archives de l'Amérique espagnole depuis la découverte de Colomb, un musée de peinture et de sculpture; etc. 

La Séville moderne affirme aussi un visage renouvelé à travers ses monuments contemporains et son urbanisme audacieux. Parmi les réalisations emblématiques, le Metropol Parasol, surnommé « Setas  (= champignons) de la Encarnación », s'impose comme un symbole architectural du XXIe siècle. Conçu par l'architecte Jürgen Mayer, ce vaste ensemble en bois, formé de structures ondulantes, abrite un marché, une place publique et une passerelle panoramique qui offre une vue spectaculaire sur la ville. 
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Alcazar de Séville : la cour des Demoiselles.
La cour des Demoiselles (Patio de las Doncellas),
dans l'alcazar de Séville. Photos : The World Factbook.

L'Exposition universelle de 1992 a marqué un tournant décisif dans cette modernisation. Organisée sur l'île de la Cartuja, elle a doté Séville d'infrastructures nouvelles, comme le pont de l'Alamillo, oeuvre de Santiago Calatrava, dont l'esthétique épurée et la structure inclinée sont devenues une icône du paysage urbain. Les pavillons de l'Expo, transformés depuis en espaces culturels et technologiques, témoignent de cette volonté de lier patrimoine et futur. Le parc technologique de la Cartuja, installé sur le même site, illustre la reconversion d'un espace d'exposition en pôle d'innovation et de recherche.

Les institutions culturelles renforcent cette vitalité contemporaine. Le Théâtre de la Maestranza, inauguré en 1991, accueille opéras, concerts et ballets dans une salle à l'acoustique remarquable. Le Centre andalou d'art contemporain, installé dans l'ancien monastère de la Cartuja, expose les œuvres d'artistes modernes et contemporains, créant un dialogue entre patrimoine monastique et création actuelle. Le musée d'Art contemporain et la programmation culturelle municipale témoignent d'un effort constant pour faire de Séville un lieu de rencontre entre passé et présent.

La ville se distingue par une identité forte, où l'art, la musique, la religion et la vie quotidienne s'entremêlent. Le flamenco, né dans les quartiers populaires comme Triana, demeure l'expression la plus emblématique de cette culture. Les tablaos, petites salles de spectacle, perpétuent cette tradition tout en l'adaptant à un public contemporain. Chaque année, la Biennale de Flamenco attire artistes et visiteurs du monde entier.

La Semaine Sainte, avec ses processions solennelles, ses confréries et ses musiques religieuses, transforme les rues en un théâtre sacré. Quelques semaines plus tard, la Feria de Abril offre un contraste éclatant : les Sevillans, vêtus de costumes traditionnels, se retrouvent dans les casetas pour danser les sevillanas, boire du vin local et célébrer la convivialité andalouse.

La gastronomie participe également à cette identité culturelle. Les tapas, servies dans les bars animés du centre historique, incarnent un mode de vie fondé sur le partage et la sociabilité. Le jambon ibérique, les olives, le poisson frit et les vins du Guadalquivir forment les bases d'une cuisine simple et conviviale. Le marché de Triana ou celui de la Encarnación offrent un aperçu vivant de cette culture culinaire enracinée dans le quotidien.
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Séville.
Séville au XVIe siècle, par Antonio Sanchez Coello.

Histoire de séville.
L'origine de Séville est inconnue : la légende en attribue la fondation à Hercule, mais les premières traces historiques remontent aux Phéniciens et aux Tartessiens, qui exploitent le fleuve pour le commerce du métal et du sel. Lorsque les Romains s'installent dans la région au IIe siècle av. JC, ils fondent Hispalis sur le site actuel de Séville et en font un centre administratif et commercial majeur de la province de Bétique. Ayant pris parti pour les Pompéiens, elle fut prise par Jules César et baptisée Julia Romulea ou  Romula ( = la petite Rome). Sous l'Empire, Hispalis prospère grâce à son port fluvial qui relie la mer et les grands circuits méditerranéens. Des monuments, des temples et des thermes témoignent de cette prospérité urbaine. Colonie, puis municipe sous Auguste, elle fut le principal centre de l'Espagne latine; Hadrien bâtit en face la ville d'Italica.

Elle tombe ensuite successivement entre les mains des Vandales (411), puis des Wisigoths dont elle devint une capitale régionale. Elle conserve une activité économique modérée, mais sa position stratégique sur le Guadalquivir en fait un lieu de convoitise. Au début du VIII siècle, les troupes musulmanes franchissent le détroit de Gibraltar et s'emparent en 712 d'Hispalis, qui devient Ishbiliya. Sous la domination d'Al-Andalus, Séville connaît une transformation profonde. Ravagée par les Vikings  en 844, elle devient en 1026, après la chute du califat de Cordoue, la capitale d'un puissant royaume de taïfa. Sous les Abbadides, elle s'impose comme un centre artistique et politique, attirant poètes, savants et artisans. Lorsque les Almoravides puis les Almohades prennent le pouvoir, la ville connaît un nouvel essor. Le grand minaret de la mosquée principale, la future Giralda, s'élève alors, symbole de l'art musulman andalou. Séville devient la capitale d'Al-Andalus au XII siècle.

Le 22 novembre 1248, après un siège de 18 mois, le roi, Ferdinand III de Castille l'enlève aux Maures et en fit sa capitale. On raconte que 300 000 habitants s'en seraient alors expatriés; repeuplée de chrétiens, elle va jouer un grand rôle : elle est presque constamment depuis la résidence des rois d'Espagne jusqu'à Philippe II. Deux vers, inscrits sur la porte de Carné, résument l'histoire de cette ville :

Condidit Alcides, renovavit Julius urbem; 
Restituit Christo Fernandes tertius heros.
La grande mosquée est convertie en cathédrale, et la ville devient un pilier de la monarchie castillane. -En 1481, elle devient le centre de l'Inquisition qui y compte jusqu'à 4000 juges et familiers. Sa position fluviale lui assure un rôle clé dans le commerce méditerranéen et atlantique. Lorsque Christophe Colomb atteint l'Amérique en 1492, Séville s'impose comme le principal port du commerce colonial. Le fleuve Guadalquivir devient la voie d'accès privilégiée pour les navires venus du Nouveau Monde. En 1503, la Casa de Contratación est fondée à Séville pour administrer le commerce avec les colonies, contrôler les cargaisons, former les pilotes et collecter les taxes.

Durant les XVI et XVII siècles, Séville vit son âge d'or. La richesse venue d'Amérique transforme son paysage urbain : palais, églises, couvents et hôpitaux se multiplient. Les arts s'épanouissent, portés par des figures comme Diego Velazquez, Francisco Pacheco et Francisco de urbarán. Les confréries religieuses animent la ville, donnant naissance à Esteban Murillo traditions encore vivantes, comme la Semaine Sainte. Cependant, cette prospérité attire les convoitises et les crises. L'envasement du Guadalquivir et les épidémies, notamment celle de 1649, affaiblissent la cité. En 1717, la Casa de Contratación est transférée à Cadix, marquant le déclin commercial de Séville.

Malgré cela, la ville conserve un rayonnement culturel et religieux. Au XVIII siècle, elle se reconstruit lentement, mêlant influences baroques et néoclassiques. Le XIX siècle est marqué par les guerres napoléoniennes, la perte des colonies et les troubles politiques espagnols. Séville reste un foyer du libéralisme et de la contestation, tout en affirmant son identité andalouse. L'Exposition ibéro-américaine de 1929 relance son prestige, avec la construction de monuments emblématiques comme la Plaza de España et le parc María Luisa.

Au XX siècle, la guerre civile espagnole laisse des traces profondes, mais la ville échappe en grande partie aux destructions. Sous la dictature franquiste, elle demeure un centre agricole et administratif important du sud de l'Espagne. Avec la transition démocratique, Séville retrouve son dynamisme. L'Exposition universelle de 1992 symbolise son renouveau, en marquant son intégration dans une Espagne moderne et européenne.
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Séville.
Séville au XIXe siècle, par D. Roberts.
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Dictionnaire Villes et monuments
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