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Delhi

Delhi, Dilli, primitivement lndra-Prast'ha (c.-à-d. demeure d'Indra), dans le nord de l'Inde, sur la vaste plaine indo-gangétique, est à la fois une ville et un territoire de l'Union indienne. Elle est située à 1300 kilomètres au Nord-Ouest de Kolkata (Calcutta), à 180 kilomètres au Nord-Ouest d'Agra,  sur la rive droite de la Yamunâ, principal affluent du Gange, dans une plaine peu accidentée. Population : 12,5 millions d'habitants. Attenante à la vieille ville (Old Delhi) se trouve New Delhi, construite par les Anglais à partir de 1911, et qui est aujourd'hui la capitale de l'Inde; 292 000 habitants. 

La vaste plaine qui s'étend au Sud de Delhi est une véritable merveille. C'est là que vingt villes, dit-on, se sont succédé à la fantaisie des conquérants, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, en laissant de nombreux et splendides monuments. 
Jadis capitale du royaume du Delhi et de toute la monarchie des grands Moghols, Delhi est le musée archéologique de l'Inde couvrant une superficie de 125 km², où l'on trouve réunis les plus beaux spécimens des divers styles d'architecture indienne, ancienne et moderne. (Meyners d'Estrey).

Géographie physique.
Le territoire de Delhi est dominé par la présence du fleuve Yamuna, un affluent majeur du Gange, qui traverse la ville, la divisant grossièrement en deux moitiés. Ce fleuve a historiquement été la source de vie et de peuplement de la région, bien qu'il soit aujourd'hui tristement célèbre pour sa forte pollution. Le paysage est principalement plat, une partie de la plaine alluviale fertile créée par le fleuve Yamuna. Cependant, il est traversé par la crête de Delhi, un prolongement de la chaîne des Aravallis, qui agit comme une ligne de partage des eaux locale et offre un léger relief par rapport à la plaine environnante. Cette crête joue un rôle écologique important en tant que poumon vert et habitat pour une faune et une flore résiduelles. Les sols de la région sont majoritairement alluviaux, très fertiles dans la zone inondable du Yamuna (khadar) mais aussi constitués de sols plus anciens et sableux ailleurs (bangor).

Le climat de Delhi est de type subtropical semi-aride (classification de Köppen BSh ou Aw), caractérisé par des variations extrêmes de température selon les saisons et une forte influence de la mousson. L'été (mars à juin) est long, extrêmement chaud et sec, avec des températures dépassant fréquemment les 40°C et des pics approchant les 50°C en mai et juin. Cette période est marquée par des vents chauds et poussiéreux (appelés loo). La mousson arrive généralement début juillet et apporte la majorité des précipitations annuelles jusqu'en septembre. L'humidité augmente considérablement pendant cette période, mais les pluies sont souvent irrégulières et peuvent provoquer des inondations dans les zones basses. Après la mousson, une courte période post-mousson (octobre-novembre) est plus agréable. L'hiver (décembre à février) est relativement court mais frais et sec, avec des températures minimales pouvant descendre près de 0°C. Le brouillard dense est fréquent en hiver, aggravant souvent la pollution de l'air.

Géographie humaine.
Delhi est une mégapole colossale, l'une des agglomérations urbaines les plus peuplées du monde, avec une population dépassant largement les 20 millions d'habitants dans son aire urbaine élargie (la région de la capitale nationale - RCN). C'est un creuset vibrant de cultures, attirant des migrants de toutes les régions de l'Inde. Cette migration constante a conduit à une croissance démographique explosive et à une densité de population extrêmement élevée, en particulier dans les quartiers plus anciens et les établissements informels. La population est très diverse sur le plan linguistique, bien que l'hindi soit la langue prédominante, avec des communautés importantes parlant le pendjabi, l'ourdou, le bengali et de nombreuses autres langues indiennes. L'anglais est largement utilisé dans les affaires et l'administration. Sur le plan religieux, l'hindouisme est majoritaire, mais il existe d'importantes communautés musulmanes, sikhes, jaïnes, chrétiennes et bouddhistes, contribuant à la mosaïque culturelle de la ville.

Delhi possède une histoire millénaire, qui se reflète dans l'architecture, les monuments et la stratification sociale de la ville. En tant que capitale de l'Inde, Delhi est le centre du pouvoir politique, abritant le Parlement, les ministères et les ambassades. Son économie est diversifiée et dynamique. Historiquement centrée sur le commerce et l'artisanat, elle est aujourd'hui largement dominée par le secteur des services, notamment l'informatique, la finance, les télécommunications, le tourisme, et le gouvernement. L'industrie manufacturière existe toujours mais a une importance relative moindre. Un large secteur informel emploie une part significative de la population.

L'infrastructure de la ville s'est développée rapidement pour tenter de suivre la croissance démographique. Le réseau de métro de Delhi est l'un des plus étendus et modernes d'Asie et a transformé la mobilité urbaine, bien que la congestion routière reste un problème majeur en raison du nombre croissant de véhicules privés. L'aéroport international Indira Gandhi est l'un des plus fréquentés du sous-continent. Cependant, les services essentiels comme l'approvisionnement en eau potable et la gestion des déchets sont sous une pression énorme.

L'étalement urbain est une caractéristique majeure de Delhi. La ville présente une structure complexe avec le quartier historique dense du Vieux Delhi, les zones administratives planifiées de New Delhi, d'innombrables colonies résidentielles plus ou moins planifiées, des parcs industriels, et de vastes zones d'établissements informels (slums). L'expansion se poursuit rapidement dans la périphérie et les villes satellites de la RCN (comme Gurgaon, Noida, Faridabad, Ghaziabad), créant une conurbation tentaculaire. Cette croissance rapide, souvent peu coordonnée, a engendré d'immenses défis environnementaux et sociaux. 

La pollution de l'air est tristement célèbre, atteignant des niveaux dangereux en hiver, aggravée par les émissions des véhicules, l'industrie, les brûlis agricoles dans les États voisins, et les conditions météorologiques calmes et froides. La gestion de l'eau est critique, avec une forte dépendance au Yamuna et aux eaux souterraines, dont les niveaux baissent et qui sont souvent contaminées. La gestion des déchets est un autre défi majeur. Sur le plan social, la ville est marquée par d'importantes inégalités, avec des poches de richesse coexistantes avec une pauvreté généralisée, des problèmes de logement, d'accès aux services de base et de sécurité. Les défis liés à l'intégration des migrants, à la criminalité et aux tensions sociales sont également présents.

Les villes dans la ville.
Old Delhi.
Old Delhi, également connue sous le nom de Shahjahanabad, est le coeur historique vibrant de la ville. Fondée par l'empereur moghol Shah Jahan au XVIIe siècle, elle est caractérisée par ses ruelles étroites, ses marchés animés, ses havelis anciens et ses monuments moghols emblématiques. Le Fort Rouge, avec ses hauts murs en grès rouge, et la Jama Masjid, la plus grande mosquée d'Inde, dominent le paysage. Chandni Chowk, un immense marché historique, déborde de commerces, de stands de street-food, et de bijoutiers, offrant une expérience sensorielle intense entre parfums d'épices, cris de marchands et klaxons de rickshaws.

New Delhi.
New Delhi, planifiée par les Britanniques au début du XXe siècle sous la supervision de l'architecte Edwin Lutyens, incarne le visage plus monumental et ordonné de la capitale. De larges boulevards bordés d'arbres, des jardins soignés, et des bâtiments officiels majestueux comme le Rashtrapati Bhavan (ancien palais du vice-roi) et la Porte de l'Inde (India Gate) définissent son esthétique. Le Rajpath, l'axe cérémonial reliant India Gate au palais présidentiel, est le théâtre des grandes parades nationales, notamment la fête de la République. Connaught Place, ou Rajiv Chowk, est l'un des centres commerciaux et d'affaires les plus emblématiques de Delhi. 

South Delhi.
South Delhi est généralement perçue comme la partie la plus élégante et résidentielle de la ville. Elle abrite de nombreux quartiers huppés comme Greater Kailash, Hauz Khas, Defence Colony et Green Park. Cette zone marie architecture contemporaine, grands parcs, centres commerciaux luxueux et sites patrimoniaux. Le complexe de Hauz Khas est particulièrement célèbre pour ses vestiges médiévaux autour d'un lac, associés à un quartier artistique et bohème très animé. Le Tombeau de Humayun et le Qûtb Minâr, deux sites classés à l'Unesco, se trouvent également dans cette partie de Delhi.

Karol Bagh.
Karol Bagh est un quartier ancien à forte densité commerciale, connu pour ses marchés traditionnels spécialisés dans les vêtements, les bijoux et l'électronique. Bien que résidentiel à l'origine, il s'est transformé en un centre d'achats populaire, très fréquenté par les habitants comme par les visiteurs. L'ambiance y est typiquement indienne : animée, bruyante, colorée et intense.

East Delhi.
East Delhi, également appelée Trans Yamuna, s'étend de l'autre côté du fleuve Yamuna. C'est une zone principalement résidentielle, marquée par un urbanisme plus récent. Des quartiers comme Preet Vihar et Mayur Vihar offrent des logements pour les classes moyennes montantes. Moins touristique, East Delhi joue pourtant un rôle essentiel dans l'équilibre démographique de la capitale, avec un développement rapide en matière de commerces et de transports.

Dwarka.
Dwarka, au sud-ouest de Delhi, est l'une des zones les plus modernes et planifiées de la ville. Développée pour répondre aux besoins de logement croissants, Dwarka est caractérisée par de larges avenues, de vastes complexes résidentiels, des écoles internationales et des infrastructures modernes. Sa proximité avec l'aéroport international Indira Gandhi en fait également un lieu stratégique pour les voyageurs et les professionnels.

Noida et Gurgaon.
Enfin, les zones de Noida (New Okhla Industrial Development Authority) et Gurgaon, bien qu'administrativement extérieures à Delhi, sont totalement intégrées à son dynamisme urbain dans le cadre de la Région Capitale Nationale (NCR). Noida est un centre technologique et médiatique en pleine expansion, tandis que Gurgaon s'est imposée comme un pôle financier et de services de niveau international, parsemé de gratte-ciel et de centres commerciaux haut de gamme.

Le patrimoine architecturale de Delhi.
Sur le plan architectural, le patrimoine de Delhi se présente comme un palimpseste vivant, où chaque couche architecturale raconte une histoire de conquête, de religion, d'art et de pouvoir. Chaque conquérant, chaque empire, chaque période y a laissé une empreinte profonde, transformant la ville en un immense musée à ciel ouvert.  De la pierre brute des premiers forts au marbre délicat des tombeaux moghols, des colonnades impériales britanniques aux structures contemporaines éclatantes, elle offre une mosaïque saisissante d'héritages en perpétuel dialogue.

 Ã‰poque antique et prémédiévale.
Le site de Delhi est occupé depuis l'Antiquité, avec des références à l'époque du Mahabharata (la ville mythologique d'Indraprastha). Toutefois, très peu de vestiges visibles de cette période subsistent. Quelques structures anciennes, comme les ruines du fort de Purana Qila, sont parfois associées à ces premières occupations.

Période sultanale (XIIe - XVIe siècles).
Avec l'arrivée des dynasties musulmanes, notamment les esclaves turcs puis les Khilji, Tughluq et Lodi, Delhi devient un centre du pouvoir islamique. Cela donne naissance à un style indo-musulman original.

• Le Qûtb Minâr (XIIe siècle). - Sans doute l'un des monuments les plus emblématiques, cette tour de grès rouge de 72,5 mètres est ornée d'une fine calligraphie arabe. Elle fait partie du complexe du Qûtb, qui comprend aussi les ruines de la première mosquée de l'Inde, Quwwat-ul-Islam.

• Le fort de Tughlaqabad. - Exemple d'architecture militaire massive et sobre, conçu pour la défense plutôt que pour l'ornementation.

• Le tombeau de Sikandar Lodi. - L'un des premiers exemples du jardin funéraire, qui influencera fortement l'architecture moghole.

Période moghole (XVIe - XVIIIe siècles).
Sous les empereurs moghols, Delhi connaît une véritable explosion architecturale, mariant traditions perses, indiennes et islamiques avec élégance.
• Le Fort Rouge (Lal Qila) (XVIIᵉ siècle). - Commandé par Shah Jahan, ce gigantesque fort de grès rouge est un sommet d'architecture moghole, mêlant délicatement marbre, jardins d'eau et vastes pavillons.

• La mosquée Jama Masjid. - La plus grande mosquée d'Inde, également construite sous Shah Jahan, avec ses vastes cours, ses dômes et ses minarets imposants.

• Le tombeau de Humayun. - Prototype du Taj Mahal, ce monument est un chef-d'oeuvre de symétrie moghole, niché dans de somptueux jardins charbagh.

• Chandni Chowk. - Ce marché historique, conçu également par Shah Jahan, est au cœur de l'ancienne ville moghole, avec ses ruelles étroites, ses havelis (maisons traditionnelles) et ses temples.

Période coloniale britannique (XIXe - début XXe siècles).
Avec l'arrivée des Britanniques, un autre visage de Delhi émerge : New Delhi, conçue par les architectes Edwin Lutyens et Herbert Baker, est un exemple majeur d'urbanisme colonial et impérial.
• La Porte de l'Inde. - Monument commémoratif en hommage aux soldats indiens morts pendant la Première Guerre mondiale.

• Le Rashtrapati Bhavan. - Ancien palais du vice-roi, devenu la résidence du président indien, mélange les styles européens classiques et éléments architecturaux indiens.

• Connaught Place. - Ce quartier commercial circulaire incarne  avec ses colonnades blanches l'esthétique géorgienne britannique adaptée à Delhi.  C'est un centre névralgique pour le shopping, les restaurants et les affaires. Sous ses arcades historiques, se côtoient magasins modernes, librairies anciennes, cinémas, banques et cafés, dans une effervescence permanente.

Période contemporaine et post-indépendance.
Depuis 1947, Delhi a vu naître des architectures modernes tout en conservant son patrimoine.
• Le Lotus Temple (1986). - Temple bahaï en forme de fleur de lotus géante, exemple emblématique de l'architecture contemporaine organique.

• L'Akshardham Temple (2005). - Immense complexe hindou, illustrant une résurgence du style traditionnel indien dans un cadre moderne.

• La métropole en expansion. - Gratte-ciel, complexes résidentiels modernes, et infrastructures de transport futuristes (comme le métro de Delhi) montrent un visage dynamique et en constante évolution.

Histoire de Delhi.
D'après les chroniques légendaires, l'ancienne ville, qui s'appelait Indrapeehta (décrite dans l'épopée du Mahabharata), daterait du XXXe siècle avant notre ère. Le nom de Delhi n'apparaît qu'en l'an 57 av. JC. Au fil du temps, le site, stratégiquement situé le long de routes commerciales et entre des zones fluviales importantes, attire les pouvoirs.

On voit apparaître les premières structures fortifiées significatives sous la dynastie Tomara, qui fonde Lal Kot au VIIIe siècle, la première des nombreuses "Delhis" à naître et à disparaître dans cette région. Les Chauhans prennent ensuite le relais, étendant la forteresse et la nommant Qila Rai Pithora. Mais l'ère qui transforme radicalement Delhi commence à la fin du XIIe siècle avec la conquête par Muhammad de Ghor et l'établissement du Sultanat de Delhi en 1206.

C'est le début d'une longue période de domination musulmane qui voit plusieurs dynasties se succéder : les Mamelouks, les Khaljî (Khiljis), les Tughluq (Tughlaqs), les Sayyids et les Lodis. Chacune laisse son empreinte. Le Qutb Minar s'élève, un chef-d'oeuvre de l'architecture indo-musulmane, symbole de la victoire et de la nouvelle ère. La ville ne cesse de se déplacer et de se réinventer dans la région environnante. Alauddin Khilji construit Siri pour se défendre contre les Moghols. Ghiyasuddin Tughlaq érige Tughlaqabad, une cité-forteresse massive. Firoz Shah Tughlaq fonde Firozabad (aujourd'hui Firoz Shah Kotla) et améliore les infrastructures. Ces sultans construisent mosquées, mausolées, forts et réservoirs, façonnant le paysage. Cependant, la ville subit aussi les affres des invasions, notamment le sac dévastateur par Tamerlan en 1398, qui la réduit en ruines et en dépeuple une grande partie.

Le sultanat de Delhi a existé de 1206 à 1526. Il a été fondé par Qûtb ud-Dîn Aibak, un ancien esclave turc devenu général de Muhammad de Ghor. Après la mort de ce dernier, Aibak s'est proclamé sultan, et a installé son autorité à Delhi. Son règne marque le début d'une ère politique nouvelle en Inde, caractérisée par l'influence perse, turque et afghane, et la fusion progressive avec les traditions indiennes. Le sultanat connut cinq dynasties successives.

La première fut celle des esclaves (ou mamelouks), qui dura de 1206 à 1290. Cette dynastie fut marquée par des figures telles que Iltutmish, gendre d'Aibak, qui consolida le pouvoir, introduisit une administration structurée et fit de Delhi la capitale officielle. Son héritière, Raziyya, fut la seule femme à avoir dirigé le sultanat. Son règne court mais remarquable fut marqué par les résistances des nobles hostiles à l'autorité féminine.

La dynastie suivante, les Khaljî (1290–1320), apporta une centralisation plus ferme. Le sultan le plus marquant fut Ala-ud-Din Khaljî, un souverain ambitieux et autoritaire. Il mena des campagnes militaires au sud de l'Inde et réussit à repousser les invasions mongoles, notamment par la création d'une armée permanente et de réformes fiscales sévères. Il fit aussi surveiller les marchés pour contrôler les prix des denrées, une mesure rare à l'époque.

Vint ensuite la dynastie Tughluq (1320–1414), initiée par Ghiyas-ud-Din Tughluq. Son fils, Muhammad bin Tughluq, est célèbre pour ses politiques audacieuses, souvent irréfléchies. Il tenta de transférer la capitale de Delhi à Daulatabad, mais cette décision échoua. Il introduisit également une monnaie en cuivre, qui provoqua une grave crise monétaire à cause des contrefaçons. Sous les Tughluq, le territoire s'étendit, mais la centralisation excessive mena à des révoltes régionales.

Après un affaiblissement interne, le sultanat entra dans une période de déclin. La dynastie Sayyid (1414–1451), peu connue et issue d'anciens gouverneurs, tenta de maintenir l'autorité mais perdit de nombreux territoires au profit de royaumes indépendants. 

Elle fut suivie par la dynastie des Lodi, d'origine afghane, qui s'efforça de restaurer le pouvoir. Bahlul Lodi fut le fondateur de cette dernière dynastie, et son successeur Sikandar Lodi étendit temporairement l'influence du sultanat. Le dernier sultan, Ibrahim Lodi, affronta des révoltes internes et fut vaincu en 1526 à la bataille de Panipat par Babour, chef moghol venu d'Asie centrale. Cette défaite mit fin au sultanat de Delhi et ouvrit la voie à l'empire moghol, qui allait dominer l'Inde pour les siècles suivants.

Le sultanat de Delhi eut un impact considérable sur la culture indienne. Il favorisa la diffusion de l'Islam, introduisit des styles architecturaux indo-musulmans comme le Qûtb Minâr, et développa un système administratif influent. Il joua aussi un rôle dans la naissance du persan et de l'ourdou comme langues de cour, tout en interagissant avec la culture hindoue.
Bien que les premiers empereurs moghols préfèrent Agra comme capitale, Delhi retrouve sa prééminence sous Humayun, qui commence à construire Purana Qila (le Vieux Fort), et surtout sous Shah Jahan. C'est Shah Jahan qui, au XVIIe siècle, crée la septième cité de Delhi, Shahjahanabad, aujourd'hui connue comme le Vieux Delhi. Il y érige le Fort Rouge (Lal Qila), une merveille de palais fortifié, et la majestueuse Jama Masjid, l'une des plus grandes mosquées d'Inde. Sous les Moghols, Delhi atteint un sommet de grandeur culturelle et architecturale.

Mais le déclin s'amorce après le règne d'Aurengzeyb. L'Empire Moghol s'affaiblit, et Delhi devient une proie pour les puissances émergentes. La ville est pillée par Nadir Chah de Perse en 1739, un événement traumatisant qui voit le vol du Trône du Paon et d'immenses richesses. Les Afghans et les Marathes se disputent ensuite le contrôle de la région, laissant la ville dans un état de chaos intermittent.

Au début du XIXe siècle, l'influence britannique grandit. Les Moghols ne sont plus que des souverains nominaux, et la Compagnie britannique des Indes orientales exerce le pouvoir réel. Delhi reste un centre culturel important, même si sa splendeur passée s'est ternie. Puis, en 1857, elle devient un épicentre de la grande révolte indienne contre la domination britannique. Les insurgés se rassemblent autour du vieil empereur moghol Bahadur Shah Zafar, faisant du Fort Rouge un symbole de la résistance. La répression britannique est brutale; après un long siège, la ville est reprise, lourdement endommagée. La révolte de 1857 scelle le sort de l'Empire Moghol, définitivement aboli. Les Anglais font de Delhi une simple dépendance du Pendjab. 

Sous le Raj britannique, Delhi n'est plus la capitale (qui est Calcutta), mais elle conserve une importance symbolique et historique majeure. Les Britanniques commencent à la moderniser lentement, construisant des lignes de chemin de fer et introduisant de nouvelles infrastructures. La ville abrite des événements importants comme les Durbars impériaux, grandes cérémonies marquant l'accession d'un nouveau monarque britannique. Lorsque la reine Victoria prit le titre de padichah en 1876, la cérémonie eut lieu à Delhi.

Finalement, en 1911, lors du Delhi Durbar, le roi George V annonce le déplacement de la capitale de l'Inde de Calcutta à Delhi. Cette décision est motivée par le désir de placer la capitale dans une position plus centrale sur le sous-continent et de capitaliser sur l'immense héritage historique de Delhi, qui a été le siège de nombreux empires. Cette annonce déclenche un projet urbain d'une ampleur colossale : la construction de New Delhi. Les architectes Edwin Lutyens et Herbert Baker sont chargés de concevoir cette nouvelle capitale impériale. Leurs plans envisagent une ville grandiose, avec de larges avenues, des bâtiments gouvernementaux imposants (comme le Rashtrapati Bhavan, le Parlement, le Secrétariat) conçus dans un style qui fusionne l'architecture européenne classique avec des éléments décoratifs indiens. Le travail de construction prendra près de deux décennies, impliquant des milliers d'ouvriers. La nouvelle capitale est officiellement inaugurée en 1931. New Delhi représente l'ordre, l'espace et la puissance du Raj, contrastant fortement avec le chaos organique et la densité du Vieux Delhi.

Les années qui suivent l'inauguration voient Delhi s'affirmer comme le centre politique et administratif de l'Inde britannique. La ville continue de croître, bien que de manière plus mesurée que ce qui l'attend. La Seconde Guerre mondiale a un impact indirect, mais c'est l'indépendance de l'Inde en 1947 et la Partition qui s'ensuit qui transforment Delhi de manière dramatique et irréversible.

Avec la Partition, des millions de personnes se déplacent à travers le sous-continent. Delhi reçoit un afflux massif et soudain de réfugiés, principalement des hindous et des sikhs fuyant ce qui devient le Pakistan. Leur nombre est estimé à près d'un demi-million, doublant presque la population de la ville en quelques mois. Cet afflux crée une crise humanitaire immense, avec des camps de réfugiés s'improvisant dans des forts historiques, des parcs et sur des terrains vagues. La démographie de Delhi est radicalement modifiée, sa culture se mêle à celle des populations réfugiées, en particulier des Pendjabis.

Après l'urgence initiale, le gouvernement indien indépendant doit gérer cette nouvelle population et planifier l'avenir de la capitale en pleine croissance. Des colonies de réinstallation sont construites à la hâte dans toute la ville (comme Lajpat Nagar, Karol Bagh, Patel Nagar), transformant le paysage urbain. Le premier Plan Directeur de Delhi est élaboré dans les années 1950 et publié en 1962, visant à gérer l'urbanisation galopante, à organiser le logement, les infrastructures et les zones industrielles.

Dans les décennies suivantes, Delhi connaît une expansion territoriale et démographique phénoménale. Elle s'étend bien au-delà des limites définies par Lutyens et bien au-delà des premières colonies de réfugiés. Des zones comme South Delhi, West Delhi et plus tard North West et East Delhi se développent rapidement, souvent de manière planifiée, mais aussi de manière informelle. Des industries s'installent, attirant davantage de migrants des zones rurales à la recherche d'emplois. Des institutions éducatives et de recherche de premier plan sont créées.

Les années 1980 voient Delhi accueillir les Jeux Asiatiques en 1982, ce qui entraîne une modernisation significative des infrastructures : construction de ponts, de viaducs, de stades et d'hôtels. Cela donne à Delhi un avant-goût de son potentiel en tant que métropole moderne. Cependant, la croissance rapide met aussi à rude épreuve les infrastructures existantes et exacerbe les problèmes de logement, d'eau, d'électricité et de transports.

À partir des années 1990, avec la libéralisation économique de l'Inde, Delhi connaît un boom économique. Une classe moyenne croissante conduit à une augmentation de la consommation, l'apparition de centres commerciaux modernes, une augmentation spectaculaire du nombre de véhicules privés et le développement de quartiers résidentiels haut de gamme. Delhi s'affirme non seulement comme un centre politique mais aussi comme un pôle économique majeur en Inde du Nord.

Le nouveau millénaire apporte des changements majeurs, notamment le lancement du projet du métro de Delhi. La première ligne ouvre en 2002, et depuis lors, le réseau s'étend continuellement, devenant l'épine dorsale du système de transport public et facilitant les déplacements sur de longues distances dans cette ville tentaculaire. Le métro modifie les modes de vie et permet à la ville de s'étendre encore davantage vers ses périphéries (Noida, Gurgaon, Ghaziabad), formant la vaste Région de la Capitale Nationale (NCR).

Cependant, la croissance a un coût environnemental et social élevé. La pollution de l'air devient un problème de santé publique majeur, particulièrement en hiver, classant Delhi parmi les villes les plus polluées au monde. La congestion routière empire malgré les efforts d'amélioration des infrastructures. La pression sur les ressources en eau et en électricité est constante. L'écart entre les riches et les pauvres se creuse, et des bidonvilles se multiplient.



Khushwant Singh, Delhi, Editions Philippe Picquier, 2003  . - "D'histoire ce roman, j'ai essayé de raconter l'histoire de Delhi depuis ses origines jusqu'à l'époque contemporaine. L'histoire m'a fourni le squelette. Je l'ai recouvert de chair et lui ai injecté du sang ainsi qu'une généreuse dose de sperme. Il m'a fallu vingt-cinq ans pour y parvenir. J'y ai mis tout ce que l'écrivain que je suis avait en lui : amour, désir, sexe, haine, vengeance, violence et surtout des larmes. Ma seule ambition était de partager ce que j'ai appris sur cette ville en fréquentant ses ruines, ses bazars engorgés, son corps diplomatique et ses cocktails, avec mes lecteurs. Je ne souhaitais qu'une chose, c'était qu'ils apprennent à connaître Delhi et à l'aimer autant que moi."  (K. S.).

William Dalrymple, La Cité des Djinns : Une année à Delhi, Noir sur Blanc, 2006. - Lors d'un premier séjour en Inde, William Dalrymple découvre Delhi. Cette métropole le fascine. Il prend conscience que ce lieu recèle un cortège de richesses, d'horreurs et de mystères. Cinq ans plus tard, fraîchement marié, il y revient. Bientôt, il identifie le sujet d'un livre : le portrait d'une ville disloquée dans le temps, dont les étroites venelles et les larges artères englobent un véritable cimetière de dynasties. On a même pu y évoquer sept villes mortes. Il s'aperçoit que Delhi semble voué à sans cesse renaître de ses cendres, à connaître de nouvelles incarnations, de siècle en siècle. Les djinns, autrement dit les esprits, hantent chaque maison, chaque coin de rue; ils aiment tant cet endroit qu'ils ne peuvent supporter de le voir vide et déserté. Ces ruines omniprésentes et peuplées attirent l'auteur, tout comme les habitants extrêmement typés, tels les vieux majors à la moustache de phoque et à l'anglais d'opérette, pour lesquels le temps semble s'être arrêté en 1946, au moment de l'Indépendance. Le personnage de la logeuse du couple Dalrymple, réfugiée sikhe arrivée ruinée en 1947 en char à boeufs, et maintenant propriétaire d'une vaste flotille de voitures, est symptomatique de la vitalité des résidants. Avec un enthousiasme, une chaleur et un humour communicatifs, Dalrymple l'historien revient à l'époque de la colonisation britannique et des extravagantes constructions impériales anglaises. Le journaliste, le voyageur, l'homme friand de contacts humains, nous livre, lui, une formidable galerie de portraits des habitants du Delhi d'aujourd'hui, dans leur incroyable diversité. 

Jean Ruesterholtz, Delhi, La Manufacture, 1997.

Renata Holzbachova, Philippe Bénet, Rajasthan Delhi-Agra : Un art de vivre indo-musulman, Art Création Réalisation - ACR, 2003.

Collectif, Rajasthan : Delhi et Agra, Michelin Editions des Voyages, 2010.




Pages sur l'Ensemble du Fort Rouge, sur le Qutb Minar et ses monuments, et sur Tombe de Humayun (site sur patrimoine mondial de l'Unesco).
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Dictionnaire Villes et monuments
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