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On désigne sous le nom de Antiquité, d'une façon générale, l'histoire des anciennes civilisations. Le mot prend des acceptions assez différentes, suivant le point de vue où l'on se place. Sa signification s'est fort étendue à partir du XIXe siècle, en raison du grand développement des sciences historiques. Employé seul, le mot Antiquité désigne encore aujourd'hui l'Antiquité classique, c'est-à-dire l'histoire de la civilisation gréco-romaine, et celle des peuples riverains de la Méditerranée, dans la mesure où ils ont été directement en rapport avec les Grecs et les Romains. L'Antiquité ainsi entendue se situe entre la Préhistoire et le Moyen âge. Le sommaire ci-dessus, mieux que toute définition synthétique, montre quel est le champ couvert par ce mot dans ce site.

L'Egypte

Les Anciens rattachaient l'Egypte à l'Asie, et ne la faisaient consister que dans la vallée proprement dite du Nil. Le pays situé à l'Est jusqu'à la mer Rouge était quelquefois appelé Tiarabia ou Arabie égyptienne; on regardait la partie située à l'Ouest comme une dépendance de la Libye, sous le nom de Niphaiat ou de Libye égyptienne. 

Les traditions relatives à l'Éthiopie parlent d'un antique et florissant empire de Méroé. Ce n'est pourtant pas de ce pays qu'est sortie, comme on l'a cru longtemps, la civilisation égyptienne. Elle se développa d'abord dans la basse Égypte, pour remonter la vallée du Nil, où elle s'est propagée depuis Memphis jusque dans la Nubie. Les prêtres égyptiens attribuaient à leur nation une antiquité fabuleuse et plaçaient à l'origine de son histoire des dynasties divines, dont les aventures légendaires se confondaient avec les mythes religieux. De ces traditions confuses et souvent contradictoires on peut déduire que l'Égypte fut d'abord gouvernée par les prêtres, jusqu'au temps où Menès, premier roi des dynasties humaines, fonda la ville de Memphis et fit passer le pouvoir des prêtres aux guerriers. A partir de Ménès-Narmer (vers 3200 ou 3100), fondateur de la Ire dynastie , dite thinite, jusqu'à la conquête de l'Égypte par Alexandre (332), Manéthon compte 31 dynasties. Les listes dynastiques se terminent, en même temps que l'histoire ancienne de l'Égypte, à l'édit de Théodose, qui ordonna la démolition des temples et proscrivit le culte des dieux égyptiens.

L'Ancien Empire.
L'histoire de l'Ancien empire (fondé vers 2800) est assez obscure et les monuments qu'il a laissés sont rares jusqu'à la IVe dynastie, où l'on trouve les règnes de Khéops ou Chou-fou, Khéphren ou Chafra, Mykérinos ou Menkaoura, qui construisirent les trois grandes pyramides de Gizeh. L'Egypte jouissait des cette époque d'une remarquable prospérité, dont les monuments nous offrent la représentation curieuse. A la VIe dynastie appartiennent la reine Nitocris ou Neth-aker, « la belle aux joues roses », célèbre par la vengeance qu'elle tira des assassins de son frère, et le roi guerrier Apépi. Nous connaissons mal l'histoire des trois dynasties suivantes. Les monuments nous font défaut on en a conclu, non sans vraisemblance, que le pays subit alors une première invasion et que les derniers rois de l'Ancien empire, mentionnés par Manéthon, durent être à peu près réduits à la possession de leur capitale. 

Le Moyen Empire 
L'Égypte se relève avec le commencement du Moyen empire, aux alentours de 2000 av. J.-C. Les Osortasen et les Amenema de la XIIe dynastie combattent avec succès les Kouchites du Soudan et construisent au-dessus de la deuxième cataracte du Nil les forteresses célèbres de Semneh et de Kumneh. Amenemat III creuse, selon la légende, le lac Moeris (ou Pi-om), dont les Grecs ont pris mal à propos le nom pour celui d'un pharaon. Mais, à la fin de la XIVe dynastie, les Hyksos, peuples venus de l'Asie, envahirent et ravagèrent la vallée du Nil, dont ils restèrent les maîtres pendant quatre siècles. Toutefois ils finirent par céder à l'influence de la civilisation égyptienne qu'ils avaient d'abord voulu détruire. Ils rendirent hommage aux dieux du pays, sans abandonner le culte de leur dieu national, Sou-tek. 

Le Nouvel Empire (1550-1070).
Mais les rois nationaux de l'Égypte, relégués dans la Thébaïde, se trouvèrent bientôt assez forts pour attaquer les Hyksos et les refouler en Asie, à l'exception d'un petit nombre, qui eurent la permission d'habiter la région Nord-Est du Delta. Les vainqueur des Hyksos, Kamosis  et Amosis ou Ahmès, fondent, vers 1580 ou 1550, le nouvel empire et  la XVIIIe dynastie, la plus brillante de toutes. 

Aménophis (Amenhotep) Ier fit la guerre en Syrie et dans le Soudan. Toutmosis (Toutmès) Ier dirigea une expédition heureuse contre les Kouchites du Soudan et porta ses armes en Asie jusque sur l'Euphrate, dans le pays des Rotennou. Sous le règne de son fils Toutmosis II, le Soudan dut reconnnaître la souveraineté des pharaons. Ce prince eut pour successeur son frère Toutmosis III, mais leur soeur Hatshepsout reçut ou plutôt usurpa la régence et gouverna seule pendant 17 ans. Elle conduisit une armée dans le pays de Pount (le Yémen, au Sud de l'Arabie). Les magnifiques bas-reliefs du temple de Déir-el-Bahari, à Thèbes, nous montrent le retour triomphal des Égyptiens victorieux. Toutmès III régna 30 ans et fut le plus puissant des pharaons : ses conquêtes étendirent la domination égyptienne sur la Nubie, l'Abyssinie, la Syrie, la Mésopotamie, l'Assyrie, la Chaldée, la Médie et l'Arménie, pendant que sa flotte faisait la conquête de l'île de Chypre

« L'Égypte, selon les inscriptions de son règne, pose ses frontières où il lui plaît. » 
A l'intérieur, une administration ferme et régulière assurait le repos et la prospérité du royaume, et d'admirables monuments, temples ou palais, que les siècles n'ont pu détruire, étaient construits en même temps à Thèbes et à Memphis, à Kom-Ombo et à Héliopolis. Aménophis II, Toutmosis IV et Amenophis III maintinrent la puissance et la splendeur de l'empire égyptien. Le dernier fit construire un grand nombre de monuments nouveaux, agrandit et décora les temples de Karnak et de Louqsor, et érigea sur la rive opposée du Nil les deux colosses dont l'un devint célèbre, au temps de la domination romaine, sous le nom de statue de Memnon. Amenhotep (Aménophis) IV, fils d'Aménophis III et d'une femme étrangère (Nefertiti), bouleversa l'Égypte, en voulant lui imposer de force une religion nouvelle, le culte d'Aton (le disque rayonnant). Il changea son nom en celui de Khou-en-Aton ou Akh-en-Aton (splendeur du disque), défendit d'honorer Amon et abandonna Thèbes pour fonder une nouvelle capitale à Tell-el-Amarna. Mais une réaction violente éclata après sa mort, sa capitale fut détruite de fond en comble, et l'Égypte revint à ses dieux nationaux, Horemheb fut le dernier roi de la XVIIIe dynastie. 

La XIXe dynastie commence avec Ramsès Ier, vainqueur des Khétas de la Syrie. Séti Ier, appelé Séthos par les Grecs, recommença contre les sujets rebelles de l'Égypte les campagnes de Toutmosis III, éleva le grand temple d'Abydos et la salle hypostyle de Karnak. Il commença à creuser le premier un canal entre le Nil et la mer Rouge. Ramsès II, son fils, le Sésostris des Grecs, régna 67 ans. Il remporta de brillantes victoires, mais sans rien ajouter aux conquêtes de ses prédécesseurs toutes ses campagnes furent dirigées contre des rebelles ou contre des peuples voisins, qui menaçaient la sécurité de l'Égypte, contre les Kouchites au Sud, contre les Libyens au Nord-Est, et surtout contre les Khétas de la Syrie, contre lesquels il dut employer toutes les forces de son empire. Le curieux poème du scribe Pentaour nous fait connaître un des épisodes les plus brillants de cette guerre, qui dura 18 ans et se termina par un traité. Ramsès II est plus célèbre encore par les innombrables monuments dont il couvrit l'Égypte.

 « Il est pour ainsi dire impossible, dit Mariette, de rencontrer une ruine, une butte antique sans y lire son nom. »
Le Ramesseum de Thèbes, le petit temple d'Abydos et les deux temples d'Abou-Simbel furent construits par ses prisonniers de guerre. Il laissa, dit-on, 170 enfants, dont 59 fils. 

Le règne de Ramsès III (1198-1166)), vainqueur des Kouchites, des Libyens, des Khétas et des Philistins, inaugure la XXe dynastie. On lui doit le beau temple de Médinet-Abou. Mais après lui, la décadence de l'Égypte commence sous la XXIe dynastie, la haute et la basse Égypte forment deux royaumes séparés. 

La Basse époque (712-332).
Les Asiatiques s'établissent dans le Delta et fondent à Tanis une dynastie, la XXIIe, dont un roi, Sésac ou Seschonk, fait la guerre au roi de Juda, Roboam, et pille le temple de Jérusalem. Au sud, les grands prêtres de Thèbes avaient usurpé la couronne. Bocchoris, seul prince de la XXIVe dynastie, régnait depuis 6 ans lorsque l'Ethiopien Sabacon fit la conquête de toute l'Égypte, s'empara de Bocchoris, qui fut brûlé vif, et fonda la XXVe dynastie. Les princes égyptiens réussirent pourtant à chasser les Éthiopiens du Delta, où ils fondèrent une confédération de 12 rois, dont l'un, Psamétik ou Psammétique, proscrit par ses collègues, les détrôna avec l'appui des pirates grecs, 665, refoula les Ethiopiens au delà de la première cataracte, et fut le chef de la XXVIe dynastie, 656.

Jusqu'à l'avènement de Psammétique, les Grecs ont ignoré l'histoire vraie de l'Égypte, ou l'ont défigurée par des légendes qui semblent inventées à plaisir, comme celle du roi Osymandias, du roi Moeris et surtout les exploits fabuleux de Sésostris, véritable roman, dans lequel ils ont confondu les conquêtes de Toutmosis Ier, de Toutmosis III, de Séti Ier, de Ramsès II et de Ramsès III. A partir de la XXVIe dynastie, qui ouvrit aux Grecs l'accès des villes commerçantes, des temples et des écoles de l'Égypte, les récits des historiens classiques s'accordent en général avec les inscriptions et les textes égyptiens.

Psammétique rétablit la paix et la prospérité à l'intérieur, répara les anciens monuments et en construisit de nouveaux. Avec son règne commence une des périodes les plus brillantes de l'art égyptien. A l'extérieur, il mit ses frontières en état de défense, fit une expédition en Nubie, et conquit, non sans peine, le pays des Philistins, Mais la faveur qu'il accordait aux mercenaires grecs et cariens provoqua la défection des soldats égyptiens, qui allèrent s'établir en Éthiopie au nombre de 210,000, Néchao II, fils de Psammétique, 611-595, est célèbre par sa tentative malheureuse pour rouvrir le canal du Nil à la mer Rouge, et par le périple de l'Afrique, que des navigateurs phéniciens auraient accompli par son ordre. Il vainquit à Mageddo le roi de Juda, Josias, mais perdit la bataille de Karkemish contre Nabuchodonosor, 605. Après Psammétique II, 595-589, Apriès ou Ouahabrâ, 589-569, fit alliance avec le roi de Juda, Sédécias, et avec les Tyriens auxquels il ne fut d'aucun secours. Il ne put empêcher Nabuchodonosor de ravager l'Égypte; mais, après son départ, il s'empara de Sidon et de toute la côte phénicienne. Une campagne malheureuse contre les Grecs de Cyrène amena un soulèvement de l'armée, qui proclama roi Ahmès II ou Amasis, d'une naissance obscure, lequel épousa une petite-fille de Psammétique Ier et régna de 569 à 529 en appliquant une bonne administration. Il n'en fut pas moins l'ami des Grecs, et il envoya 48 talents pour les aider à rebâtir le temple de Delphes. Mais les secours prêtés par lui à Crésus, roi de Lydie, contre Cyrus, et le stratagème dont il usa, en envoyant comme épouse à Cambyse la fille d'Apriès au lieu de sa propre fille, servirent de prétexte à l'invasion des Perses. Ahmès étant mort, son meilleur général, le Grec Phanès, passa du côté de Cambyse. Une seule bataille livra l'Égypte aux Perses, et son roi Psammétique III  fut mis à mort, 527.

L'Egypte incorporée à la monarchie perse, maltraitée par Cambyse, qui insulta les dieux du pays et blessa le boeuf Apis, fut placée par Darius Ier dans la 4e satrapie, mais conserva néanmoins l'ancienne division en nomes. Une révolte éclata contre Darius dès 486, et ne fut comprimée que par Xerxès, fils de ce prince. Inaros appela encore les Égyptiens à l'insurrection pendant le règne d'Artaxerxès Longue-main, et succomba après des succès passagers, 461-456. Mais Darius II Nothus laissa échapper l'Égypte, qui reconnut 8 rois indigènes : Amyrtée, 406 (XXVIIIe dynastie); Pausiris et Psammétique IV; Aehoris; Psammuthis; Néphéro; Nectanèbo Ier, 378 (XXXe dynastie); Taehos; Nectanebo Il. Ochus rétablit la domination des Perses en 340. Alexandre le Grand fut accueilli par les Egyptiens comme un libérateur, 332, et jeta les fondements d'Alexandrie

Période gréco-romaine (332 av. J.-C. - 395 ap. J.-C. ).
Après la mort d'Alexandre, un de ses généraux, Ptolémée, fils de Lagus, se rendit indépendant en Egypte, et commença une dynastie (XXXIIe), dite des Lagides ou des Ptolémées. Sous les trois premiers de ces rois, l'Égypte redevint un des pays les plus florissants du monde. Les causes les plus importantes qui amenèrent la chute des Ptolémées furent : la séparation que l'on maintint toujours entre les Grecs et les Égyptiens, les premiers étant seuls appelés aux fonctions publiques; le système de défense militaire, qui consistait à ne fortifier que la capitale, dont la conquête devait entraîner celle de tout le pays; l'incertitude de la succession au trône, qui engendra les guerres civiles; enfin, l'intervention des Romains, provoquée par les partis de l'intérieur. 

Octave, vainqueur d'Antoine à Actium, le poursuivit jusqu'en Égypte, demeura insensible aux séductions de Cléopâtre, qui se donna la mort, et réduisit le pays en province romaine, 30 av. J.-C. L'Égypte fut rangée au nombre des provinces impériales, et reçut pour gouverneur un préfet pris dans l'ordre des chevaliers. Il était interdit aux sénateurs d'y voyager sans la permission de l'empereur. Sa fertilité la fit surnommer le grenier de Rome. Dans la nouvelle division de l'Empire romain au IVe siècle de l'ère chrétienne, l'Égypte donna son nom à un diocèse de la préfecture d'Orient, lequel comprit 6 provinces : Égypte propre (chef-lieu Alexandrie); Libye Ire ou supérieure, Cyrène; Libye IIe ou inférieure, Paratonium; Augustamnique, Péluse; Arcadie égyptienne ou Heptamonide; et Thébaïde, Thèbes. A partir de l'an 364, elle fit partie de l'Empire d'Orient, jusqu'à la conquête des Arabes, 633-640. 

Le christianisme pénétra en Égypte dès le Ier siècle; saint Marc est considéré comme le fondateur de la première église. Alexandrie, qui conservait une école philosophique renommée, devint le théâtre de luttes acharnées entre le paganisme expirant et la religion nouvelle; Origène, saint Clément d'Alexandrie et saint Athanase figurent parmi ses plus illustres docteurs. Mais en même temps les hérésies y gagnèrent de nombreux adeptes : le gnosticisme menaça un instant la ligne orthodoxe. Arius était curé d'une paroisse d'Alexandrie et une grande partie de la population avait adopté l'hérésie des monophysites ou jacobites, à l'époque de  l'arrivée des musulmans.

La Mésopotamie

Babylonie.
La Babylonie est désignée, dans les plus vieilles inscriptions en caractères cunéiformes, sous le nom de « pays de Sumer et Akkad » (vers 3000- 2000). Ce pays était partagé en un certain nombre de petits Etats qui se disputaient la suprématie dans ces contrées. Babylone devint un jour la ville prépondérante et imposa son nom à toute la région que, dès lors, on désigna sous le nom de Chaldée, ou sous celui de Babylonie. 

Au VIe siècle avant notre ère, la Babylonie formait une satrapie de l'empire de Darius; c'était alors un des pays les plus riches et les plus fertiles du monde. Après la chute des Achéménides, la civilisation se retira de ces contrées. Après Babylone, Séleucie, Ctésiphon, Bagdad s'élevèrent : au sud, Hillah, sur l'emplacement même de Babylone. Les ruines des anciennes capitales marquent seules la place des centres d'une civilisation qu'on regarde, à juste titre, comme la plus vieille du monde.

La pierre est rare en Mésopotamie; aussi les habitants se sont-ils servis, pour construire des maisons, des palais ou quelques temples, de la terre propre à la fabrication de la brique que renfermait leur sol. Les ruines des anciennes capitales de la Babylonie ne présentent que des monceaux de briques. Mais ces briques portent avec elles de précieux renseignements; car, sur chacune d'elles, on lit une inscription qui mentionne le nom et la généalogie du prince qui a construit le monument. Cette terre plastique a été, en outre, pétrie en forme de gâteaux sur lesquels I'on a gravé, d'une écriture fine et serrée tout ce qu'il était nécessaire de conserver par l'écriture. Ces livres, d'une nature particulière, renferment l'histoire politique et religieuse de l'antique Babylonie. 

C'est d'abord, sur les bords du golfe Persique, Abu-Sharein, l'antique Eridu, la Ratu des Grecs, où les légendes placent le siège de l'empire des plus anciens rois. Non loin de là, Zirgurlu, ou village de Tello, sur le fleuve Haï, grand bras droit du Tigre. C'est là que Sarzec au XIXe siècle fit ses découvertes : statues en diorite, bronzes et briques du plus haut intérêt, aujourd'hui au Musée du Louvre.

Plus au nord, les ruines de Warka (Uruk), l'Ereck de la Genèse, l'Orchoé des Grecs, siège d'une école d'érudits, où les scribes d'Assur-bani-pal sont venus, au VIIIe siècle avant notre ère, puiser une partie des éléments de cette curieuse bibliothèque que le prince avait fondée à Ninive. 

Magheir, dans les ruines de laquelle les briques portent, avec les noms royaux, celui de la ville qui se disait alors Uru ou Ur. A quinze milles au Sud-Ouest de Uruk, se trouvent les ruines de Senkereh, désignée dans les inscriptions sous le nom de Larsam, la Laranka des Grecs.  Mentionnons encore Niffer, au milieu de la Mésopotamie, autrefois Nipur. Les collines de Sipara, dans les ruines desquelles on a cru reconnaître l'antique Sippar, la « Ville des livres », Sépharvaim dans la Bible, mais qui semble mieux placée aux tumulus de Abou-Habba, si l'on s'en rapporte aux inscriptions.

Au milieu de toutes ces ruines s'élèvent, dans la plaine de Hillah, celles de Babylone, dont l'histoire est plus connue; elles datent de la dernière dynastie chaldéenne, et comprennent les restes des monuments élevés par Nabuchodonosor. Ce sont, au nord : le Magelibeh, qui renferme celles du temple de Bélus; puis, en descendant sur la rive gauche du fleuve, celles du Karr, ce grand palais de Nabuchodonosor où mourut Alexandre; un peu plus au sud, le tumulus de Tel-Amrani-ibn-Ali, qui, suivant quelques auteurs, aurait renfermé les restes des fameux jardins suspendus. Mentionnons, sur la rive droite, les restes du petit palais construit par le père de Nabuchodonosor; sur les deux rives, les vestiges des quais construits par Nabonid; enfin, à l'angle sud, les ruines de Borsippa et la masse imposante du Birs-Nimroud,  temple de Nibo pour les archéologues.

Les documents sortis de ces ruines ont fourni de précieux renseignements sur l'histoire politique de ces contrées, en faisant connaître des listes de rois qui, dès la plus haute antiquité, ont gouverné, sous le titre de patési ou de sar, les petits Etats d'Ur, de Larsam, de Senkereh et de Sippar. Signalons, parmi ces derniers, un prince du nom de Sargon l'Ancien, roi d'Akkad (Sippar), dont le règne, fixé vers l'an 2350 avant notre ère, peut servir à établir la filiation des souverains qui l'avaient précédé, et permet de
suivre les dynasties postérieures jusqu'au moment où Hammourabi unifie la Mésopotamie et établit à Babylone le centre d'un premier grand empire (vers 1750 av. J.-C.). 

Nous trouvons ensuite une série de rois, parmi lesquels nous citerons Kurigalzu (1350), sous le gouvernement duquel les limites des possessions de l'Assyrie et de la Babylonie paraissent définitivement arrêtées. La domination assyrienne devait, du reste, les franchir bientôt et s'avancer sur le cours inférieur de l'Euphrate. Nous rencontrons alors une série de rois assyro-babyloniens qui, depuis Tuklat-Samdan (1270 av. J.-C.), ont régné sur Babylone jusqu'au moment où cette ville, après plus de six siècles, affranchie du joug de l'Assyrie, tomba sous les coups de sa rivale, par la défaite du dernier des rois indépendants, Marduk-bal-Idin, le Mérodach-Baladan de la Bible (721 av. J.-C.). A partir de cette époque, Sargon et ses successeurs ajoutèrent à leur titre de rois d'Assyrie celui de rois de Babylone. Cette dynastie s'éteignit avec la ruine de la Ninive.

Babylone redevint la capitale du dernier grand empire de Chaldée (626). Nabopolassar entreprit de relever les ruines accumulées par la domination de l'Assyrie, et son fils Nabuchodonosor (504) éleva les merveilleux monuments dont subsistent encore les vestiges. Cet empire disparut à son tour, écrasé par les armes des Achéménides, qui portèrent la dévastation en Chaldée pendant plus de deux siècles. 

Survint enfin l'invasion grecque, pendant laquelle Alexandre essaya de rendre à Babylone son ancienne splendeur, mais il mourut avant d'avoir accompli son dessein. Depuis lors, la grande cité ne cessa de déchoir; son site même fut oublié, jusqu'à ce que les découvertes modernes l'eussent rendu à l'histoire.

Assyrie.
On peut reconnaître trois phases principales dans l'histoire d'Assyrie. Ces trois périodes sont indiquées par celle des trois capitales occupées successivement par les rois d'Assyrie : El-Assur, Calach, Ninive.

El-Assur (1880 av. J.-C.).
Le commencement de cette période est encore très indécis. On place vers 1800 la fondation de l'empire assyrien par Shamshi-Adad Ier.  L'empire s'entoura vite de peuples tributaires. La capitale était Kiléchergat, l'Antique Assur, sur la rive droite du Tigre, à 100 km au-dessous de Ninive. A I'Ouest, l'Assyrie atteignait l'Euphrate; au Sud, elle touchait à l'empire de Babylone, qui était son rival. Vers l'an 900, le siège du gouvernement avait été transporté à Kalah (auj. Nimrud) sur la rive orientale du Tigre, à 35 km au-dessous de Ninive.

Le monarque qui régna de 886 à 858 est nommé Assur-Nasir-Pal, par les inscriptions que l'on a découvertes; il envahit le florissant royaume d'Urartu (Arménie), le Kurdistan et la Phénicie; il habitait un palais orné de cèdre du Liban. Son fils, Salmanassar II, comme le nomme l'obélisque noir actuellement au British Museum, fit vingt-sept campagnes, battit Jéhu d'Israël, et reçut des tributs de Tyr, de Sidon et de Byblos. Il fut remplacé (823- 810) par son fils Shamas-Iva qui subjugua la Médie et la Babylonie,et qui laissa le trône à son frère Iva-Lush. Ce prince, en épousant Sémiramis, de Babylone, unit les deux couronnes et confia le gouvernement de l'Assyrie (dont Ninive était la capitale) à un vice-roi. 

Kalah.
Une nouvelle dynastie, fondée à Kalach ou Kalah, par Téglath-Phalasar Il, vers 745, est appelée la basse monarchie et comprend cinq rois mentionnés dans la Bible. Téglath-Phalasar prit la Babylonie et la Chaldée, subjugua la Syrie, envahit Israël et rendit tributaire Achaz, roi de Juda, Après lui, régna Salmanassar IV (727-721), qui assiégea Hoschéa d'Israël en Samarie, ville que prit son successeur Sargon, Sargin ou Saryukin. 

Ninive.
Sargon, qui établit sa capitale à Ninive, Battit à Raphia, le roi égyptien Sabacon et occupa les côtes de la Phénicie. Mais il perdit la Babylonie, qui se rendit indépendante sous Mérodach-Baladan, allié d'Elam (Susiane), des Arabes des Egyptiens et des Ethiopiens. Sargon périt assassiné vers 704. L'une de ses résidences Hisr Sargina (maison de Sargon), à Khorsabad, 15 kilomètres au Nord de Ninive, est une des plus belles ruines de l'ancienne Assyrie. 

Sennachérib, fils de Sargon (704-680) reprit la Babylonie, remporta des succès sur les Mèdes, les Arméniens et les Egyptiens (663), et assiégea Jérusalem. Des bas-reliefs assyriens nous font connaître les détails de cette dernière guerre, qui se termina par la défaite des Assyriens. Sennachérib a régné vingt-trois ans. Toutes les sources de l'histoire s'accordent à dire, comme les inscriptions, qu'il mourut assassiné par deux de ses fils.

Le fils aîné de Sennachérib avait été nommé roi de Babylone, et les deux assassins avaient pris la fuite sans recueillir le fruit de leur forfait. Ce fut ainsi que le quatrième fils de Sennachérib, Assarhaddon (Assur-akhi-idin) monta sur le trône. Ce prince est connu par la Bible, par les auteurs grecs, et l'histoire de son règne est longue, ment racontée par les inscriptions. Assarhaddon a maintenu avec une grande fermeté les conquêtes de son père. L'Arabie s'étant révoltée, il la fit rentrer dans le devoir; il reçut la soumission de la reine, et mit à sa place une de ses favorites, nommée Tabouya. Assarhaddon est le premier prince assyrien qui ait pénétré victorieusement en Egypte, et qui ait pu ajouter à ses titres celui de « roi d'Egypte et d'Ethiopie ». Assarhaddon, atteint d'une maladie grave, abdiqua en faveur de son fils, Assur-bani-pal, en se réservant la souveraineté de Babylone, où il continua de régner jusqu'à sa mort, qui eut lieu deux ans après.

Assur-bani-pal habitait à Ninive, dans le palais commencé par Sennachérib, son grand-père, et qu'il termina, en lui donnant une grande splendeur. C'est là que l'art assyrien se montre dans toute la perfection; c'est là que se  sont trouvés réunis les documents qui servent à éclairer toute l'histoire assyro-babylonienne, dans une immense bibliothèque que les scribes d'Assur-bani-pal avaient formée sous sa direction, et dont on a recueilli de si nombreux débris. Assur-bani-pal a maintenu toutes les conquêtes de son prédécesseur, malgré une formidable insurrection suscitée par son frère, qu'il avait nommé roi de Babylone; elle éclata en Chaldée, et il alla en poursuivre les fauteurs jusqu'au pays d'Elam, qu'il soumit à son empire. Quelques savants ont voulu identifier Assur-bani-pal au Sardanapale des Grecs; mais rien n'est venu jusqu'ici justifier cette hypothèse.

Assur-bani-pal n'est pas le dernier souverain d'Assyrie on cite après lui plusieurs rois, sur le règne desquels on n'a, toutefois, que peu de détails : c'est d'abord Assur-edilani, qui se dit fils d'Assur-bani-pal et petit-fils d'Assarhaddon; puis un autre souverain, Bol-zikir-isl:un, dont on ne connaît pas la généalogie, mais qui se dit encore roi d'Assyrie. Le silence se fait alors sur les temps troublés qui ont précédé la chute de Ninive et la destruction du grand empire d'Assyrie.

En 612, Ninive est pillée par les Mèdes, les Babyloniens et les Scythes. Le dernier roi d'Assyrie, Sarac ou Sardanapale II, se fit brûler dans son palais, avec sa femme et ses enfants, afin de ne pas tomber entre les mains de ses ennemis, qui rasèrent sa capitale, Ninive, et réduisirent son empire à l'état de simple province. A partir de cette époque, l'Assyrie sort de l'histoire.

Les Hittites

Les Hittites [en gr. Khettaios, en hébr. Khèti-Khètim, en assyr. Khati, en égypt. Khaîti-Khâti] étaient apparentés aux populations de langue indo-européenne qui occupèrent dès l'Âge du bronze les bassins supérieurs de l'Halys et de l'Euphrate. Les conquérants du Premier empire babylonien les soumirent momentanément, et, près de deux mille ans plus tard, les pharaons de la XVIIIe dynastie leur imposèrent un tribut : sous Thoutmosis III, ils étaient établis dans les gorges du Taurus et, vers 2000, sur ce le plateau anatolien où sera fondée la capitale de l'Empire hittite, Hattuša (Hattousha).

Ils avaient une civilisation un peu rude, empruntée pour une bonne part aux Babyloniens; ils se servaient, pour correspondre à l'étranger, du système d'écriture cunéiforme. Ils adoraient une multitude de génies secondaires qui présidaient à la tempête, aux nuées, aux sources; le chef de leur panthéon, peut-être un dieu Lune, s'appelait Khâti (Hatti) et passait pour être le père de la nation. Dieux et déesses avaient tous un caractère sauvage et belliqueux. La constitution du peuple était féodale : chacun des clans possédait son chef héréditaire, et l'ensemble obéissait à un roi commun. Ils avaient une infanterie solide et lourde, sans bouclier ni cuirasse, armée de la demi-pique et de l'épée, qui combattait en phalanges épaisses.

Lorsque les querelles au milieu desquelles s'acheva la XVIIIe dynastie eurent compromis l'empire syrien de l'Egypte, les Hittites, conduits par leur roi Suppiluliuma, conquirent la Syrie du Nord et la vallée entière de l'Oronte, plus le pays compris entre l'Euphrate et le Khabour jusqu'à la frontière de l'Assyrie et de la Chaldée. Au milieu du XIVe siècle, Harmhabi, puis Séti Ier, arrêtèrent leur mouvement vers le Sud et entretinrent de bons rapports avec leurs rois. En l'an IV de Ramsès II, Khatousarou (Hattušili II) reprit la lutte contre le pharaon. Battu en l'an V, sous les murs de Kackhou, il tint tête si vigoureusement à son vainqueur, qu'en l'an XXI, celui-ci conclut la paix avec lui sur pied d'égalité. Ramsès II épousa une fille de Khatousarou et celui-ci vint visiter son gendre aux bords du Nil. 

La bonne harmonie régna dès lors entre les Egyptiens et les Hittites; mais, vers la fin de la XIXe dynastie, l'invasion des peuples de l'Asie Mineure porta un coup funeste à ces derniers. Délivrés par les victoires de Ramsès III, leur royaume ne reprit jamais l'importance qu'il avait eue sous Khatousarou. En butte aux attaques des Assyriens, il dut payer tribut à Téglatphalazar Ier et aux successeurs de ce prince pendant près de cinquante ans, jusqu'à la fin du XIe siècle. Il formait alors une sorte de confédération, sous l'hégémonie du roi de Karchemish qui prenait le titre de « roi des Khâti ». 

L'infiltration lente des tribus araméennes acheva de le désorganiser. Lorsque les Assyriens revinrent à la charge en 876, sous Assournazirabal, Carchemish et les Khâti se soumirent sans résistance, et ils demeurèrent désormais les vassaux de l'Etat ninivite, non sans velléités de recouvrer leur indépendance. Sargon fit du territoire de Karchemish une province, dont le préfet eut rang parmi les hauts fonctionnaires assyriens. Karchemish tombée, la civilisation et le nom des Khâti allèrent en s'éteignant rapidement. Ils n'existaient plus, même à l'état de souvenir, au moment de la conquête d'Alexandre. Les restes du vieux peuple, ou s'étaient mêlés aux Araméens, ou s'étaient réfugiés dans les gorges du Taurus, parmi les tribus qui s'y maintenaient indépendantes.

Les Phéniciens

La tradition voulait que les Phéniciens fussent venus des bords du golfe Persique à ceux de la Méditerranée. Resserrés entre la mer et la montagne, ils étaient devenus d'intrépides navigateurs. Ils avaient exploré successivement la Méditerranée entière, et ils en avaient couvert les côtes de comptoirs et de chantiers maritimes, à partir de 1100. On les rencontre ainsi en Asie Mineure, dans la mer Egée et en Grèce, dans l'Italie méridionale en Sicile, dans la Libye, où leur colonie principale fut Carthage, en Espagne : au milieu du XIe siècle, ils avaient fondé Gadès (Cadix), et ils s'étaient aventurés déjà sur l'Atlantique ils pénétrèrent, peut-être, jusqu'au Sénégal vers le Sud, jusqu'aux îles Britanniques vers le Nord. Ils échangeaient les produits de l'Orient contre ceux des pays qu'ils fréquentaient, surtout contre les métaux précieux, l'or, l'argent, l'étain, le cuivre. Absorbés par leur commerce, ils se mêlaient assez peu aux guerres de la Syrie; ils subirent la domination égyptienne du XVIe au XIIe siècle av. J.-C., l'amitié des Hébreux (population apparentée par la langue aux Phéniciens, et installée en Palestine entre 1500 et 1200), sous David et sous Salomon (vers 960), la suzeraineté de l'Assyrie du IXe au VIIe siècle, celle de Babylone du VIIe au VIe siècle. Ils furent incorporés successivement à l'empire de Cyrus, puis à celui d'Alexandre, des Lagides et des Séleucides : ils furent annexés à l'Empire romain au Ier siècle, mais la conquête arabe seule eut raison de leur vitalité au VIIe siècle de notre ère. 

Carthage.
Trois villes se sont succédés à l'emplacement de Carthage propice à un établissement maritime. De la première (Cambé ou Caccabé), simple comptoir installé vers le XVIe siècle av. J.-C. par les Sidoniens pour faire concurrence à la colonie tyrienne d'Utique, on ne sait presque rien. 

La seconde ville, au contraire, est célèbre dans l'histoire, La légende veut qu'elle ait été fondée au IXe siècle (vers 814)  par Elissar, surnommée depuis Didon (la Fugitive), qui se dérobait à la vengeance de son frère Pygmalion, roi de Tyr. Une inscription qui porte le nom de Pygmalion, le mot sémitique Kart-hadatsch ou Kart-hadschat (la Ville neuve), par lequel on désigna la cité, les rapports étroits qui existèrent toujours entre elle et Tyr, sembleraient indiquer que le récit légendaire repose sur un fondement réel. La colonie se développe rapidement, couvre de ses comptoirs (emporia) les côtes de l'Afrique septentrionale, et, dès le VIe siècle, domine tout le littoral, depuis la Numidie jusqu'à la Cyrénaïque

En 574, Tyr est ruinée; Carthage hérite de toutes ses possessions dans la Méditerranée. La Corse, la Sardaigne, Malte, les Baléares lui appartiennent; elle s'installe en Espagne et prend l'ouest de la Sicile. Là, elle rencontre les Grecs, qui cherchent à lui disputer la suprématie de l'île. Depuis 550 environ jusqu'en 288, elle revient sans cesse à la charge; et, malgré des défaites sanglantes, comme celle qui lui fut infligée par Gélon à Himera, en 480, malgré l'audacieuse diversion d'Agathocle qui porta la guerre en Afrique (août 310-octobre 307), malgré les conspirations de ses principaux citoyens, Hannon, Bomilcar, qui voulaient devenir rois, telle était son opiniâtreté, qu'elle aurait fini par subjuguer la Sicile entière, si elle ne se fût alors trouvée en face de la République romaine

Les trois Guerres puniques (264-241, 219-201, 149-146) mirent tour à tour Rome et Carthage à deux doigts de leur perte : il ne s'agissait plus seulement de se disputer la Sicile, mais de lutter pour l'existence. Carthage eut la bonne fortune de pouvoir opposer à l'ennemi de vaillants généraux, et surtout Hannibal; elle succomba néanmoins dans ce duel gigantesque et Rome, victorieuse, détruisit sa rivale, garda une partie des territoires qu'elle occupait en Afrique et donna le reste à Masinissa (printemps de 146). Détruite par Scipion en 146, Carthage fut rebâtie, dès 122, par Caïus Gracchus et fint par devenir une des plus grandes villes de l'Empire romain. 

La supériorité de ses adversaires ne suffit pas à expliquer l'effondrement de Carthage. Elle portait en elle-même le principe de sa ruine : ses armées, composées de mercenaires, guidés par le seul espoir du gain, n'avaient pas la solidité des légions de citoyens romains; à plusieurs reprises, mécontentes de leurs chefs, elles réduisirent la ville aux abois. En outre, les haines des grandes familles déchiraient la cité; la rivalité des Barca, représentant le parti militaire, et des Hannon, qui sacrifiaient tout, même l'honneur, an désir de s'enrichir par le commerce, paralysa bien souvent les efforts d'Hannibal. Carthage, république aristocratique, ressemblait assez, extérieurcnient, à la république romaine : deux suffètes, analogues aux deux consuls, mais indéfiniment rééligibles, et un sénat, y représentaient l'aristocratie; l'assemblée populaire traduisait les voeux de la démocratie. Mais, en réalité, l'argent dirigeait tout; Carthage était une ploutocratie. Elle connut peu les grands sentiments et la bonté du coeur, mais son avidité commerçante lui fit accomplir de grandes entreprises; c'est de son port, le Cothon, qu'était sortie cette flotte d'Hannon qui, dès 460 av. J.-C., explora les côtes de l'Atlantique, depuis l'Angleterre jusqu'au golfe de Guinée (Le périple d'Hannon).

La Perse

Au cours de son histoire, la Perse a vu ses limites reculées jusqu'en Babylonie et en Syrie, à l'Est, jusqu'à l'Indus, englobant ainsi les contrées appelées aujourd'hui Afghanistan et Baloutchistan (Sud-Ouest du Pakistan). La première mention du nom de Perse se trouve dans les inscriptions de Salmanassar Ier, roi d'Assyrie, en 835 av. J.-C., où il est question des Parsouas; les Grecs nous ont transmis ce nom sous la forme Persai; les Arabes en ont fait Fars, la Perse en général et, en particulier, la province méridionale du Farsistan, Fours, les Persans, Farsi, un habitant du Fars, un Persan.

Les Perses, peuple de langue indo-européenne, n'apparaissent dans l'histoire que vers le VIe siècle avant notre ère, fondus qu'ils étaient auparavant dans la nation assyrienne, mais leur établissement sur le plateau iranien paraît remonter à une antiquité très reculée. On est toutefois indécis sur l'habitat primitif des Perses. Les diverses invasions qui ont passé sur le plateau de l'Iran depuis l'Antiquité y ont laissé des peuples qui n'ont pas réussi à se fondre dans la poulation majoritaire : Turkmènes, Kurdes, Arabes nomades de la Susiane, Hindous des ports du golfe Persique et des frontiares du Baloutchistan.

Seuls les livres sacrés retracent la marche errante des Aryas, depuis le plateau du Pamir, jusqu'au lac Hamoun, où ils s'étaient séparés en deux grandes tribus : les Perses, qui étaient allés s'établir sur les confins de l'Elam, dans un canton qu'ils appelèrent Parça, et les Mèdes, qui avaient émigré vers le Nord, autour du Zagros, chassant devant eux les premiers occupants. La Perse, morcelée en un grand nombre de petits Etats rivaux, paraît avoir obéi à une infinité de principicules jusqu'au moment où le roi assyrien Salmanassar Ier, soumit, en 827 av. J.-C., un prince d'Atropatène appelé Artasari. 

Le royaume Mède.
Un siècle après, en 713, ce fut la Médie qui devint tributaire de Sargon, roi d'Assyrie. Après un demi-siècle d'anarchie, les princes mèdes élurent un juge appelé Déjocès, selon Hérodote, qui gouverna dans la ville d'Ecbatane (Hangmatana), aujourd'hui Hamadan, qu'il avait fondée. Pendant le règne de ce juge, les Mèdes durent subir une invasion de Cimmériens. Mais ceux-ci furent repoussés par les Assyriens, qui profitèrent de cette circonstance, mais qui furent arrêtés dans leur marche par le fils de Déjocès, Phraortès. Un descendant de ce juge, Cyaxare (Huvakhchatara), fut assez puissant pour entrer en lutte contre l'Assyrie; après avoir repoussé une invasion de Scythes, il s'empara de Ninive et la détruisit. Astyage, successeur de Cyaxare en 585, s'empara de Harran en Mésopotamie et régna avec plus d'éclat encore que son prédécesseur, mais finit par succomber sous les coups d'une nouvelle nation, les Perses.

Le premier empire Perse.
Le fondateur de l'empire perse, Cyrus, sortit d'Elam ou Susiane. L'Elam, vaincu enfin par Assurbanipal, perdit son indépendance jusqu'au jour où des princes perses, descendants d'un certain Achéménès, s'emparèrent du district d'Anchan et y établirent la dynastie des Achéménides, dont les premiers souverains, Cyrus Ier et Cambyse Ier, reconnurent pendant un siècle la suzeraineté des Mèdes. Cyrus II (vers 550), devenu roi d'Anchan, marcha contre Astyage, le vainquit, s'empara de la Lydie conduisit ensuite ses armées victorieuses jusqu'aux limites de la Sibérie. La conquête de la babylonie occupa la fin de son règne.

Cambyse, son fils, entreprit la conquête de l'Egypte, s'empara de Memphis, poussa une pointe jusqu'en Nubie, mais vit son armée engloutie par les sables sur la route de l'oasis d'Ammon. Parvenu au faite de la puissance, après avoir réuni sous son sceptre tout le vieux monde oriental, il se livra à des actes de folie qui lui aliénèrent les Egyptiens. Pendant ce temps, le mage Gaumata fut reconnu par le peuple et proclama la déchéance de Cambyse. L'usurpateur, bientôt démasqué, fut mis à mort par Darius, fils d'Hystaspe, qui appartenait à une branche collatérale de la famille de Cyrus. Darius, monté sur le trône en 521, arrêta la décadence de l'Empire perse et réprima plusieurs rébellions (bas-relief de Béhistoun).

Arrivés aux confins du monde oriental, les Perses n'avaient plus comme voisins que les peuplades de l'Inde que Darius soumit rapidement, les Scythes, qu'il poursuivit dans la fond de leurs steppes, et les Grecs, avec qui les rapports étaient déjà tendus par suite du voisinage des colonies grecques d'Ionie (494). Darius entama contre les Grecs cette longue série de campagnes désignées sous le nom de Guerres médiques.

Dans le dernier tiers du IVe siècle avant notre ère, la Syrie, l'Egypte (332) et le reste de la Perse (330) furent conquises par Alexandre; mais la Perse resta peu de temps sous la domination grecque. Après la mort d'Alexandre (323), elle échut en partage à Séleucos Nicator,  qui fonda en 312 la dynastie hellénistique des Séleucides, dont la capitale fut Séleucie, sur le Tigre, en aval de Bagdad. Sous le dernier Séleucide, Antiochos Théos, un satrape de Bactriane, appelé Diodote, se déclara indépendant et fonda le royaume gréco-bactrien, qui étendit la civilisation grecque jusque dans l'Inde. 

La domination parthe. Grecs et Romains.
Pendant ce temps, un nommé Arsakès (Arsace), d'origine parthe, tua le satrape de la Parthiène et fonda la dynastie parthe des Arsacides (247 av. J.-C. - 227 apr. J.-C). Son frère, Tiridate, lutta avec succès contre Ptolémée Evergète, puis contre les Séleucides et les Bactriens coalisés contre lui. A la mort de Diodote, il s'allia avec le fils de ce dernier et vainquit les Séleucides. Le règne d'Artaban Ier, fils de Tiridate, fut occupé par une lutte continuelle contre Antiochus III; après avoir subi de nombreux revers, il réussit à faire reconnaître l'indépendance de son royaume.

Après le court règne de Phraatès Ier, Mithridate Ier monta sur le trône et étendit ses conquêtes sur tout le territoire de la Perse, aux dépens de Demetrios Nicator qui tomba en captivité. Sous Phraatès II, les Séleucides reprirent l'offensive, mais, peu après, la Syrie se souleva et secoua leur joug, suivie bientôt de la Judée et de toute la Perse. Phraatès, victorieux, périt en marchant contre les Scythes. 

Ses successeurs éprouvèrent les plus grandes difficultés à maintenir l'intégrité de leur royaume contre les Mongols, sous Artaban II contre les Sakas, sous Mithridate II contre les Arméniens, sous Phraatès III jusqu'au montent où l'arrivée de Crassus en Syrie, comme proconsul romain, fut le signal d'une longue suite de guerres entre les Parthes et les Romains. Orodès, fils de Phraatès, ne cessa de harceler l'armée, romaine, qui pillait la Mésopotamie jusqu'à Harran (Carrhes), où elle fut complètement défaite par Suréna, son général (53); Crassus fut tué et sa tête fut portée à Orodès, en Arménie. Peu de temps après, Pacorus, général perse, soumit la Syrie, la Phénicie et la Judée, mais dut se retirer devant l'armée qu'Antoine envoyait d'Alexandrie.

Sous Phraatès IV, Antoine voulut exécuter son projet de conquête de la Syrie et de l'Arménie. Repoussé dans une première expédition, il reprit l'avantage et conquit l'Arménie, mais sa lutte contre Octave l'obligea à abandonner ses conquêtes. Phraatès eut ensuite à lutter contre ses sujets, qui l'avaient obligé à partir pour l'exil, puis il renvoya ses fils étudier à Rome et mourut en laissant la couronne à son fils Phraatacès, qu'il avait eu d'une Italienne envoyée par Auguste. Phraataces malgré son éducation italienne, continua à soutenir l'Arménie contre Rome, mais craignit d'entamer une lutte contre Caïus, envoyé par Auguste et obtint la paix avec Rome.

Après sa mort (an 6 ap. J.-C.), l'empire parthe fut déchiré pendant cinquante ans par des divisions intestines : les fils de Phraatès eurent à lutter contre l'usurpateur Artaban et ses fils jusqu'au moment où les fils de Vononès Il se partagèrent l'empire. Pacorus eut l'Atropatène, Tiridate l'Arménie, et Vologèse ler fut reconnu roi des Parthes. L'ère de prospérité qui paraît avoir régné sur le royaume parthe à cette époque n'arrêta pas la décadence de la dynastie. Trajan voulut en finir avec les ennemis héréditaires des Romains; il s'empara de Séleucie et de Ctésiphon, mais un soulèvement l'obligea à battre en retraite, et il mourut peu après. Chosroès, qui avait délivré la Perse des Romains, monta sur le trône et sut conserver la paix que lui offrait l'empereur Hadrien.

Sous Vologèse III, les hostilités recommencèrent à propos de la succession au trône d'Arménie; Séleucie et Ctésiphon furent reprises deux fois par les Romains; Caracalla ravagea la Mésopotamie et périt assassiné, Artaban IV rétablit alors un Arsacide sur le trône d'Arménie. Ce furent les derniers succès des rois parthes : une autre dynastie, celle des Sassanides, naissait sur un autre point du territoire iranien (224). 

Le deuxième empire perse.
Ardschir (Artaxerxès), fondateur de la dynastie des Sassanides, avait créé, par ses victoires sur Artaban IV, dernier roi des Parthes, le nouvel empire des Perses, dont le souverain prit, comme les anciens rois de Perse, le titre de grand roi et de roi des rois. Sapor Ier (Chahpour) deuxième roi de cette dynastie, fit aux Romains une guerre redoutable (338-350); mais Narsès, sixième roi sassanide, battu par Galère, fut forcé de céder à l'Empire romain cinq provinces sur le Tigre. Sapor  II qui persécuta les chrétiens pendant quarante ans, se fit rendre ces provinces, après avoir défait Julien, en 363, dans une bataille où cet empereur fut mortellement blessé; le même roi combattit les Huns en 377 et repoussa leur invasion. 

Une nouvelle persécution contre les chrétiens commença en 418, sous lsdegerdès ou Yezdedjerd Ier, et continua sous Varanane IV, son fils, et sous Yezdedjerd II, son petit-fils. Chosroès le Grand  persécuta aussi le christianisme. Il avait élevé la Perse à un haut degré de puissance; mais elle n'éprouva que des revers dans la lutte contre l'empire d'Orient sous son fils, Hormisdas Ill, qui fut déposé et emprisonné à cause de sa cruauté, en 590, et assassiné par ordre de son fils, Chosroès II, en 592.

En 611, les Perses prennent possession de Jérusalem et d'Antioche, puis occupent l'Egypte en 618. Mais la Perse fut envahie en 622, 625 et 624 par Héraclius, qui reprit l'Asie Mineure et la Syrie, enlevées à l'empire d'Orient par Chosroès II, lequel mourut de faim en 628 dans la prison où l'avait jeté son fils aîné, le cruel Siroès, qu'il avait voulu écarter du trône. Affaiblie par ses guerres contre l'empire d'Orient, la Perse n'allait pas tarder à succomber sous les coups de l'islam (636-637).Cela se passa sous le règne de Yezdedjerd III, dernier souverain du royaume de Perse fondé par les Sassanides, et fils de l'usurpateur Sarbazas. 

La Grèce

L'histoire de la Grèce ancienne, au sens large du mot, comprend l'histoire de toutes les populations de langue grecque, établies dans la péninsule des Balkans, dans les îles et sur la plupart des rivages de la Méditerranée, de l'Adriatique et du Pont-Euxin (Mer Noire) ; au sens restreint du mot, c'est l'histoire de la Grèce propre et des colonies grecques d'Asie Mineure, d'Italie et de Sicile, qui ont été avec elle en rapports constants. La Grèce propre a porté divers noms, suivant les époques; elle s'est appelée successivement Pélasgie on terre des Pélasges; Achaïe, du nom d'une des tribus dominantes à l'époque héroïque; Hellade du nom des Hellènes, l'une des populations principales dont se forma sa population, appelée par les Romains Graecia, nom des Graekes, une tribu d'Illyrie, l'une des premières qu'ils aient connues. Elle devint ensuite la province romaine d'Achaïe, nom qu'elle conserva jusqu'à la chute de l'Empire et au delà. Elle forme aujourd'hui, sous le nom de Hellas, un Etat indépendant.

Ce qui caractérise surtout l'histoire grecque, c'est la constitution originale et le développement complet de la cité, à travers de multiples révolutions qui substituèrent aux royautés primitives le régime aristocratique, la démocratie ou la tyrannie. Parmi les autres traits de cette histoire, notons quasi le morcellement de la vie politique et la rivalité des cités; l'effort souvent répété, sous diverses formes, mais toujours impuissant, des Hellènes pour se constituer en corps de nation.

On peut compter cinq grandes époques dans l'histoire de la Grèce indépendante. Pendant les temps archaïques, subsiste le régime patriarcal. Puis se constitue la cité, où fermentent les révolutions (VIIe et VIe s.). Au Ve siècle, la Grèce confédérée lutte victorieusement contre l'Asie, s'épanouit dans tout l'éclat de la puissance, du commerce et des arts. Depuis le milieu du Ve siècle jusqu'au milieu du VIe, Athènes et Sparte entreprennent également de constituer, chacune à son profit, une grande ligue des Etats grecs; le monde hellénique est partagé en deux camps : d'une part les cités continentales, de l'autre les cités maritimes; les deux tentatives échouent, comme plus tard celle de Thèbes. Au milieu du IVe siècle, Démosthène s'efforce en vain de réaliser l'union de tous contre la Macédoine; la Grèce, divisée et vaincue, revient à la vie municipale et s'abandonne au gré des événements. Elle meurt pour l'histoire et ne survit que dans son oeuvre.

La Grèce archaïque.
La Grèce primitive n'a pas connu cet âge d'or dont rêvaient plus tard ses poètes. Des marins aventureux et pillards, Cariens, Lélèges, Minyens, Crétois,Tyrrhéniens, commencèrent de bonne heure à courir la mer Egée. La première civilisation des Cyclades remonte à l'an 3000 av. notre ère. A ces populations s'ajoutèrent peu à peu, à partir de 2000, des populations indo-européennes, parmi lesquelles les tribus proprement helléniques. Elles s'installent dans le Péloponnèse, en Crète (civilisation minoenne entre 2000 et 1450). La civilisation mycénienne remonte au XVIIe siècle. Mycènes est détruite vers 1150.  A cette époque est déjà  dessinée la physionomie des Ioniens, des Eoliens, des Achéens. Ces peuples nomades et remuants s'éveillèrent au contact de l'Orient, notamment des Phéniciens. Cette Grèce-là, dont on connaît mieux l'archéologie que l'histoire, avait une organisation patriarcale ou féodale, avec sa hiérarchie de familles, de phratries et de tribus, ses rois ou chefs militaires assistés d'hétaires et d'un conseil d'anciens, ses châteaux forts ou camps de refuge, son goût des aventures, des grands coups d'épée, avec ses repas copieux, ses défis épiques et ses religions encore imprégnées de naturalisme.

L'irruption des Doriens, en déterminant une formidable poussée de peuples, en jetant une foule de Grecs sur des côtes lointaines, ébranla tout le système des royautés achéennes et du royaume patriarcal. Les premières colonies grecques sur le pourtour méditerranéen remontent au milieu du VIIe siècle Marseille sera fondée par les Phocéens vers 600. Au VIIe, siècle avant notre ère, la Grèce primitive avait presque entièrement disparu. Les colons que le flot des migrations avait jetés sur tant de rivages durent, pour se défendre, resserrer le lien des tribus entre elles. Dans les diverses régions de la Grèce, les conquérants aussi durent se grouper en un corps homogène, capable de tenir sous le joug les périèques, les serfs et les esclaves. 

La Grèce classique.
En même temps, le progrès du commerce, de la richesse mobilière, l'invention de la monnaie et de l'écriture émancipèrent les classes inférieures. Partout prévalut une nouvelle organisation sociale qui eut pour principe la cité. Monarchique d'abord, la cité s'achemina, à travers des révolutions, vers le régime républicain, d'abord aristocratique, puis démocratique, non sans avoir à certains moment laissé la place à des tyrans, comme à Corinthe (vers 650) ou à Athènes, avec Pisistrate (561). Lycurgue donna des lois à Sparte, Dracon et Solon à Athènes; chaque législation nouvelle consacra quelque conquête des classes inférieures. De la démocratie, instaurée à Athènes en 508 par Clisthène, sortit souvent la démagogie ou, de nouveau, la tyrannie.

La Grèce, du VIIIe et plus encore du VIIe au IVe siècle, se partageait entre deux grandes populations : les Doriens et les Ioniens, dont les rivalités dominent toute l'histoire du temps. Les deux populations s'unirent dans la première moitié du Ve siècle, pour défendre leur indépendance et la civilisation grecque contre un retour offensif de l'Orient. C'est le temps, jusqu'en 448, des Guerres médiques. Les Perses sont repoussés à Marathon (490) , à Platées (480) et sur mer à Salamine (480), et chemin faisant, Athènes monte en puissance (fondation de la confédération de Délos, en 478).

C'est aussi  le temps où la culture grecque s'étend dans tous les sens en littérature, en art, le commerce, la vie politique. A cette époque se précise aussi le sentiment de l'unité nationale, fondée sur la communauté d'origine, de langue et de religion et rendue sensible par de vastes confédérations, des institutions commerciales, la rencontre de tous les Hellènes dans les sanctuaires et les grands jeux d'Olympie, Delphes, de l'Isthme, d'Athènes, etc. Les premiers Jeux olympiques datent de 776.

Mais la constitution de l'unité nationale fut rendue impossible par l'âpre rivalité des principaux Etats, de Sparte, d'Athènes et de Thèbes. La guerre du Péloponnèse (431-404), puis les guerres de la première moitié du IVe siècle affaiblirent peu à peu la Grèce en face des ennemis qui l'entouraient. Dans toutes ces luttes, il n'y avait eu vraiment que des vaincus. Sparte, Thèbes et Athènes, en s'épuisant l'une l'autre, en mêlant les barbares aux affaires helléniques, avaient jeté toutes ces cités aux pieds de la Perse. Lysias et Isocrate prêchèrent en vain l'union contre l'ennemi traditionnel; cette union se fit, mais aux dépens de la liberté des Hellènes.

La Grèce sous les dominations macédonienne et romaine.
Maintenant se montrait un adversaire autrement redoutable. Au Nord, du chaos des nations barbares, avait grandi une monarchie à demi hellénique, qui asservit la Grèce en l'unifiant. Contre la Macédoine, tous furent impuissants : Sparte avait perdu sa force; Thèbes ne sut que périr glorieusement, après avoir aidé l'ennemi; Athènes ne se releva, à la voix de Démosthène, que pour finir avec honneur. Philippe II de Macédoine, vainqueur de la bataille de Chéronée (338) assure le contrôle de la Grèce à la Macédoine. Au congrès de Corinthe, il reçut les hommages de toute la Grèce, le titre de généralissime et la direction de la guerre nationale contre les Perses. Son fils Alexandre conduisit à la conquête de l'Asie les Hellènes confédérés, ses alliés de nom, ses sujets de fait.

Pendant les deux siècles suivants, toute la vie, politique fut à Alexandrie, à Antioche, à Pergame, dans ces monarchies grecques d'Orient nées des conquêtes d'Alexandre, et qui, à leur tour, s'épuisèrent par leurs rivalités. Soumise successivement aux rois de Macédoine, d'Asie Mineure, de Syrie ou d'Egypte, la Grèce ne conservait plus guère que des libertés municipales, et le droit de flatter ses maîtres. Quelque temps, elle parut reprendre un peu de force, sous la direction des chefs énergiques de la La ligue Achéenne ou de la Ligue étolienne. Mais l'opposition et les luttes armées de ces deux ligues, qui toutes deux appelèrent à l'aide l'étranger, finirent par donner à la Grèce le coup de mort. En 146 avant J.-C., après la victoire de Rome sur la ligue Achéenne à Leucopetra, la Grèce devenait sous le nom d'Achaïe, province romaine.

L'échec des entreprises de Mithridate, la prise d'Athènes et du Pirée par Sylla, les victoires de Chéronée et d'Orchomène, ôtèrent à la Grèce ses dernières espérances. Depuis, elle fut à plus d'une reprise le champ de bataille où ses vainqueurs se disputèrent le pouvoir. Mais si, politiquement, la Grèce avait perdu toute importance, son influence morale, intellectuelle, littéraire, reçut, au contraire, un accroissement nouveau. Ses artistes, ses grammairiens, ses philosophes, apportèrent à Rome la culture grecque dans ce qu'elle avait eu de meilleur. La Grèce garda ses jeux, où l'on vit Néron concourir. Athènes garda ses écoles. Le voyage de Grèce fut le complément indispensable de toute bonne éducation. Corinthe, Némée, Mantinée, Hyampolis et Abès en Phocide furent embellies par Hadrien. A Athènes, où il aimait à vivre simplement, il bâtit une ville nouvelle et magnifique, Hadrianopolis, et un Panhellenion, dédié à Jupiter et à Hadrien. Toutes les villes de Grèce et d'Asie Mineure y consacrèrent des statues du restaurateur de la Grèce. Cette prospérité ne décrut qu'après la fondation de Constantinople, qui marque pour cette partie du monde le début du Moyen âge.

Rome

Les découvertes archéologiques, la philologie et la critique permettent de substituer aux légendes qui rapportent à Romulus et à Rémus la fondation de Rome, traditionnellement placée en 753 av. J.-C., ce qui suit : avant Romulus, il existait sur la colline une bourgade nommée Ruma, du nom primitif du Tibre, Rumon. A la suite d'une éruption des monts Albains, qui chassa les habitants du lieu, elle reçut une nouvelle colonie; celle-ci occupa, comme la précédente, le mont Palatin, qui a la forme d'un carré : d'où le nom de Roma quadrata; c'était surtout une citadelle. En même temps se développait sur le Quirinal un établissement sabin, séparé de son voisin par la vallée qui fut le forum. Les deux fractions, d'abord rivales, furent réunies ensuite sous une seule autorité. Rome se costitua en monarchie.

Peu à peu la nouvelle ville occupa les cinq collines voisines : Viminal, Esquilin, Caelius, Aventin et Capitole; ainsi constituée, elle fut entourée d'une enceinte continue, qui est le mur de Servius. Une trace de cet état primitif aurait subsisté dans la division de Rome primitive en trois tribus : les Ramnenses (Latins), les Titienses (Sabins) et le Luceres (c'est-à-dire Etrusques, population arrivée en Italie vers le IXe s.). Chaque tribu était composée de plusieurs familles (gentes), dont chacune avait un culte commun et un nom unique; elle comprenait des patriciens et des clients, hommes libres, mais consacrés de père en fils au service des familles de patriciens.

Les étrangers, les esclaves affranchis formaient la plèbe. Les familles étaient réparties en trente curies qui composaient l'assemblée appelée comices : on y décidait par le vote et sous l'inspiration des chefs de famille des lois, de la paix et de la guerre, du choix des magistrats. Au-dessus était le sénat, composé des chefs de gentes choisis par le roi; au-dessus de ce conseil enfin se place le roi, personnage élu par l'assemblée des citoyens et confirmé par le sénat. Il était le grand justicier, le chef de la religion et de l'année.

En somme, les patriciens, directement ou indirectement, possédaient toute l'autorité. Ceci dura jusqu'à l'époque de Servius Tullius. La plèbe fut alors introduite dans la cité. A la division en curies se substitua la division en tribus et en classes. Les tribus nouvelles étaient des divisions territoriales, où chacun, patricien ou plébéien. était réparti d'après son domicile : il y en eut d'abord quatre; les classes, au nombre de sept, étaient établies d'après la richesse immobilière. Cette nouvelle organisation ruinait la suprématie du patriciat; il essaya de la ressaisir par la révolution de 510.

La République romaine.
La royauté fut abolie et remplacée par une république où le pouvoir exécutif était confié à deux consuls, chefs de l'armée comme le roi, comme lui chefs religieux, présidents des assemblées et chargés de la juridiction. La Rome républicaine des premiers temps était un Etat faible, qui, pendant un siècle et demi, n'eut que peu d'influence en Italie. La lenteur de ses progrès avait pour cause des dissensions intestines. Les plébéiens sortirent de Rome vers 494, avec l'intention de fonder une nouvelle cité; mais on en vint à un compromis et les tribuns du peuple furent créés. En même temps on accorda aux plébéiens l'élection de deux édiles. La première élection libre se fit vers 470. C'est à cette période qu'appartiennent les légendes du premier Brutus, de Coriolan, de Cincinnatus, etc. Le décemvirat fut établi en 451, et ne dura que deux ans, qui furent une période de despotisme patricien. D'après quelques-uns, les premiers consuls furent élus en 449. La questure devint accessible aux plébéiens en 421, et elle leur donna l'entrée du sénat

Vers 390, Rome fut prise par les Gaulois (population celtique arrivée en Gaule vers 900) de Brennus, et détruite, à l'exception de la citadelle du mont Capitolin. Le dictateur Furius Camillus (Camille) rétablit la cité, et empêcha la population d'émigrer à Véies, récemment conquise. Les rogations liciniennes (pour le soulagement des débiteurs, la limitation de l'usage du domaine public, et l'établissement de l'obligation de choisir un des deux consuls parmi les plébéiens), que présentèrent en 376 les tribuns C. Licinius Stolon et L. Sextius, furent adoptées après dix ans de lutte, et L. Sextius fut le premier consul plébéien. C'est à cette époque que l'on créa l'édilité curule, dignité à laquelle les citoyens des deux ordres étaient éligibles, Ces changements contribuèrent puissamment à l'union des deux ordres et à la fin de ces dissensions civiles qui avaient arrêté les progrès militaires des Romains. En 172 les deux charges de consul purent être occupées à la fois par des plébéiens. 

Le premier dictateur plébéien fut C. Marcius Rutilus (356), qui fut élu censeur cinq ans après. La première guerre Samnite, commencée en 343, ne dura guère plus d'un an, et fut suivie de la guerre du Latium, qui se termina par le triomphe de Rome (339). La seconde guerre Samnite commença en 326 et dura près de 22 ans; c'est dans le cours de cette guerre qu'eut lieu le désastre des Fourches Caudines; mais les Romains finirent par être vainqueurs. La troisième guerre Samnite, de 298 à 290, se termina par la soumission du Samnium à Rome, désormais maîtresse de toute l'Italie centrale. Pendant ces guerres, différentes mesures politiques furent prises à Rome, qui tendaient à établir l'égalité entre les plébéiens et les patriciens. L'adoption en 300 de la loi Ogulnia, qui ouvrait le pontificat et l'augurat aux plébéiens, est regardée comme marquant l'établissement de la constitution romaine. La dernière scission tentée par les plébéiens eut lieu en 286, et fut apaisée par les lois hortensiennes qui revêtirent le peuple du pouvoir législatif suprême, et enlevèrent au sénat son veto sur les décrets populaires.

Au temps des Guerres Puniques.
Fabricius et Curius Dentatus firent avorter l'invasion de Pyrrhus d'Epire (281-275). Vers 264, les Romains s'étaient rendus maîtres de toute l'ancienne Italie. 

Cette même année éclata la première Guerre Punique qui dura 33 ans, avec des succès divers. La première victoire navale des Romains fut gagnée par C. Duilius en 260. En 256, M. Regulus et son collègue Manlius défirent les Carthaginois dans la plus grande bataille sur mer de l'époque; puis ils débarquèrent en Afrique, où Regulus fut à la fin vaincu; les Romains ayant remporté plusieurs avantages, la paix se fit, et la Sicile devint la première province romaine.  Pendant la guerre avec Carthage il s'était fondé des colonies, et le nombre des tribus avait été porté à 35. 

Dans la guerre gallique, qui commença en 333 et dura 4 ans, les armées romaines avancèrent dans la direction des Alpes. 

Rome déclara de nouveau la guerre à Carthage en 219. L'année suivante, Hannibal entra en Italie, où il resta jusqu'en 204, battant les Romains dans plusieurs grandes batailles, et menaçant Rome elle-même. L'Espagne commença à passer sous le contrôle de Rome en 206. Scipion envahit l'Afrique, Hannibal fut rappelé, et la guerre se termina par la victoire des Romains à Zama en 202.

Philippe V de Macédoine ayant attaqué Rome pendant qu'elle luttait avec Hannibal, eut à soutenir la guerre en 200. Flaminius le délit à Cynoscéphale (197) et rendit nominalement la liberté aux Grecs; mais, en réalité, il établissait sur la Grèce l'influence romaine. Une guerre contre la Syrie, commencée en 191, se termina par la défaite d'Antiochus le Grand à Magnésie. En Espagne, la domination romaine s'était considérablement étendue. La dernière guerre de Macédoine commença en 174, et finit au bout de trois ans, par la victoire de L. Emilius Paulus sur Persée à Pydna. Rome était virtuellement alors la maîtresse de l'Orient et de l'Occident.

Les légions franchirent les Alpes Maritimes en 166 et firent ainsi le premier pas vers la conquête de la Gaule, achevée 12 ans après; La Dalmatie fut soumise en 155. La ligue Achéenne fut vaincue en 146, et la Grèce devint une province romaine, appelée Achaïe. 

La troisième Guerre Punique, de 149 à 146, aboutit à la prise et à la destruction de Carthage par le second Scipion l'Africain, qui réduisit aussi Numance en Espagne (133). La Lusitanie fut annexée vers 140. En Asie, les Romains acquirent le royaume de Pergame, par le testament du dernier monarque, Attale III. Le tribun Tibérius Gracchus commença à exécuter ses plans de réforme de législation agraire en 133. il fut massacré dans un soulèvement excité par le parti de l'aristocratie ou des optimales. Caïus Gracchus reprit les projets de son frère, mais il échoua également, et fut assassiné en 121. L'élection de Marius au consulat, pendant la guerre contre Jugurtha, fut un triomphe du peuple sur les optimates. 

La Numidie fut conquise en 107, et Marius extermina les envahisseurs Teutons et Cimbres en 102 et 104. Dans la guerre sociale, ou marsique (90-88), les Romains furent vainqueurs, mais ils accordèrent volontairement aux italiens le droit de cité (89) romaine pour lequel ceux-ci avaient pris les armes. La nomination de Sylla au commandement dans la guerre contre Mithridate, roi du Pont, amena une guerre civile sanglante entre lui et Marius, laquelle eut pour résultat de faire tomber entre les mains de Sylla tout le pouvoir de la république (82-79). 

Les conquêtes des Romains furent poursuivies en Orient par Sylla, et ensuite par Lucullus et Pompée. Pompée convertit la Syrie en province romaine (64 av. J.-C), et rendit dépendante la Judée. 

Troubles intérieurs.
La grande insurrection des esclaves, ou guerre servile, qui éclata sous la conduite de Spartacus en 73, fut écrasée après une lutte de près de trois années. La conspiration de Catilina (63) fut déjouée par Cicéron. Pompée eut bientôt à se défendre contre la rivalité de Jules César. Par le premier triumvirat, César, Crassus et Pompée devinrent les vrais maîtres de leur  pays (60); mais la défaite et la mort de Crassus, dans une expédition contre les Parthes, laissa le pouvoir suprême à disputer entre ses associés. Sous prétexte de se porter champion du sénat, Pompée rompit avec César, qui avait conquis la Gaule (59-49); mais la victoire resta à ce dernier. II avait concentré tous les pouvoirs entre ses mains, lorsqu'il fut assassiné en 44.

Le Haut-Empire (29 av. J.-C - 284 ap. -J.C.).
Après la mort de César, son autorité passa à son neveu Octave, qui avec l'aide d'Antoine, battit Brutus et Cassius (42), se retourna contre Antoine qu'il vainquit à Actium (31), devint le maître du monde romain et prit le titre d'Auguste (27). L'Égyptefut réduite en province romaine (30). Auguste conduisit une guerre en Espagne (26-24) et assujétit la Judée à Rome (6 av. J.-C). Rome était dès lors un empire monarchique.

A Auguste succéda en 16 ap. J.-C Tibère, son fils adoptif, qui eut à son tour pour successeur, en 37, son petit-neveu Caïus, connu sous le nom de Caligula. Après celui-ci régna Claude, sous lequel les Romains envahissent les Îles Britanniques (43) et annexent la Maurétanie (44), puis Néron (54-68). La tyrannie et la corruption avaient atteint leur apogée. Les empereurs Galba, Othon et Vitellius se suivirent dans une succession rapide, et le trône fut occupé par la famille Flaminienne dans la personne de Vespasien (69), à qui succéda son fils Titus (79-81, à l'époque de la destruction de Pompéi par le Vésuve), le conquérant de Jérusalem (destruction du Second Temple en 70), qui eut pour successeur son frère Domitien. Après l'assassinat de ce tyran, le bon Nerva fut fait empereur. Son successeur Trajan (98) ajouta la Dacie à l'Empire, et porta les armes romaines jusqu'au golfe Persique; l'Arabie devint une province romaine. Hadrien (117-138), qui réprima une révolte des Juifs en 132, mais abandonna les conquêtes en Orient, eut pour successeur Antonin le Pieux, dont l'héritier fut Marc-Aurèle (161-180). Les 84 années des règnes de Nerva, de Trajan, d'Hadrien et des deux Antonins sont regardées comme la période la plus heureuse de l'Empire romain; et c'est de l'année de l'avènement de Commode (180) que Gibbon datait le commencement de sa décadence. 

A ce moment l'Empire romain avait une population estimées à 120 millions d'habitants. Commode, fils de Marc-Aurèle, fut assassiné en 192. Son successeur, Pertinax, fut égorgé par les prétoriens, qui rendirent l'Empire à Didius Julianus, à qui succéda Septime-Sévère (193-211). Le fils de Sévère, Caracalla (dont l'édit de 212 confère la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l'Empire), et le successeur de celui-ci, Elagabale, ou Héliogabale, rivalisèrent avec Caligula et Néron en infamies. La plupart des empereurs qui vinrent ensuite furent des hommes de peu de mérite jusqu'à Dioclétien. Alexandre Sévère (222-235), Dèce, et Aurélien sont les exceptions les plus remarquables. 

Le Bas-Empire (284-476).
Dioclétien (284-305) s'associa, comme collègue à l'Empire, Maximien, et plus tard deux autres, avec le titre subalterne de César, tandis que les deux souverains s'appelaient Auguste (régime de la tétrachrie, 293). Rome cessa alors d'être le siège du gouvernement, Dioclétien résidant principalement à Nicomédie en Bithynie, et Maximien à Milan. Constantin le Grand, fils de Constance Chlore, fit du christianisme, persécuté depuis Néron, la religion de l'Empire, et transféra officiellement la capitale à Byzance, qui s'appela dès lors Constantinople (330). C'est de ce moment que doit dater l'arrêt du progrès de la puissance romaine, bien que les restes de l'Empire continuèrent à exercer leur influence sur le monde jusqu'au milieu du XVe siècle, époque où Constantinople tomba entre les mains des Turcs

A sa mort, Constantin divisa l'empire entre ses trois fils; mais le second, Constance, en resta seul maître en 351. Julien, qui lui succéda en 361, restaura le paganisme, et périt en 363, dans une expédition en Perse. Le paganisme périt avec lui. L'armée donna la couronne à Jovien, qui mourut avant d'arriver à Constantinople. Son successeur, Valentinien Ier, prit pour collègue son frère, Valens. Le règne infortuné de Valens (364-378) se termina par la défaite que lui firent subir à Andrinople les Goths qui ravagèrent tout le pays jusque sous les murs de Constantinople C'est aussi de cette époque que datent, en Europe, les premières incursions des Huns.

Gratien vint ensuite. Il se choisit comme collègue Théodose, et le fit proclamer empereur d'Orient (379). Après un règne qui ne fut pas sans gloire (367-383), il eut pour successeur Maxime, qui chassa d'Italie Valentinien Il. Théodose battit l'usurpateur (388) et le fit mettre à mort. Valentinien fut assassiné peu après, et Théodose, qui mérita le surnom de Grand, fut reconnu en 394, sans rival et sans collègue, dans toute l'étendue de l'Empire romain. A sa mort, en 395, la souveraineté se partagea entre ses fils Arcadius et Honorius; il y eut dès lors deux empires distincts, celui d'Orient, dont l'histoire se développera tout au long du Moyen âge, et celui d'Occident, dont il sera question ici.

L'Empire d'Occident (395-476).
L'empire d'Occident fut légué à Honorius, alors qu'il n'était agé que de 11 ans. Le tuteur d'Honorius fut Stilicon, qui battit les Wisigoths commandés par Alaric, en 403, et repoussa les hordes de Radagaise, en 405. Deux ans plus tard, il réprima une insurrection qui était née en Bretagne (Angleterre), et qui s'était répandue dans la Gaule et en Espagne. En 408, Alaric traversa tout à coup les Alpes et le Pô, ravagea tout Ie Nord de l'Italie et vint camper sous les murs de Rome. Il ne leva le siège de cette ville qu'après avoir reçu un large tribut; mais il revint en 409, prit Rome et porta au trône Attale, préfet de cette ville, qui, à son tour, le nomma grand maître de l'Empire. Presque toute l'Italie se soumit; et Honorius était sur le point de se sauver auprès de son neveu Théodose II, lorsque 4000 vétérans débarquèrent à Ravenne, sa capitale. Les troupes d'Attale furent battues en Afrique, et Alaric, qui avait repris Rome le 10 août 410. mourut soudainement pendant qu'il se disposait à se rendre en Sicile. Jovin, s'étant fait proclamer empereur dans la Gaule, marcha sur le Rhône avec une grande armée de barbares, et Constance, général d'Honorius, abandonna la Gaule, sans avoir livré une seule bataille. Mais Jovin fut ensuite vaincu et tué par Ataulphe, beau-frère d'Alaric, qui fut lui-même contraint par Constance de se retirer en Espagne, où il lut assassiné en 415. 

Wallia, son successeur, fut reconnu comme roi dans le Sud-Ouest de la Gaule. A la mort d'Honorius (423), le trône fut usurpé par son principal secrétaire, Jean, qui le conserva jusqu'en 425. A cette époque, Valentinien III, fils de Constance, et âgé seulement de 6 ans, reçut la pourpre impériale. Sa mère, Placidie, fille de Théodose le Grand, devint la véritable souveraine. Les villes et les provinces excentriques se détachèrent peu à peu de l'Empire. De nouveaux pouvoirs commencèrent à s'installer, comme celui des Angles, des Saxons et des Jutes, qui prennent possesion de l'Angleterre (449).

En 451, Attila, roi des Huns, entra dans les Gaules et fut écrasé par Aétius dans la bataille qui se livra dans les plaines de Châlons (bataille des Champs Catalauniques). Valentinien, assassiné en 455, eut pour successeur Petronius-Maxime, qui força Eudoxie, veuve de son prédécesseur, à devenir son épouse, bien qu'il lui eût fait connaître la part qu'il avait prise au meurtre de Valentinien. Cette princesse implora secrètement le secours de Genséric, roi des Vandales. Le roi barbare et son armée débarquèrent à l'embouchure du Tibre, et Maxime fut tué par la populace romaine après trois mois de règne. Trois jours plus tard, les Vandales marchèrent sur Rome, et la livrèrent au pillage pendant 14 jours et 14 nuits. Un illustre citoyen romain, Avitius, monta sur le trône, mais il fut presque aussitôt renversé par le comte Ricimer, l'un des chefs des troupes barbares au service de l'Empire. En 457, Ricimer consentit à l'avènement de Majorien, le plus habile et le meilleur des derniers empereurs romains. Ce prince réduisit la Gaule à l'obéissance, battit le Wisigoth Théodoric et le força à devenir son allié. Il entreprit de rattacher l'Afrique à l'empire, mais une trahison permit à Genséric de détruire l'immense flotte de Majorien dans la baie de Carthage

Ricimer persuada les soldats de se révolter, et Majorien abdiqua le 2 août 461. Cinq jours plus tard, il mourut ou fut mis à mort; et le Sénat romain conféra le titre impérial à Libius Severus. Le règne de ce dernier prince est très obscur. Le gouvernement resta entre les mains de Ricimer qui, après avoir empoisonné l'empereur en 465, ne lui donna pas de successeur. Les Vandales continuèrent leurs déprédations sur les côtes d'Italie, et Ricimer sollicita humblement l'assistance de Léon, empereur d'Orient. Ce monarque plaça sur le trône d'Occident, en 467, l'un de ses sujets les plus distingués, Anthème; ce nouvel empereur fut renversé par Ricimer en 472 et remplacé par Olybrius

Ricimer mourut peu après, laissant le commandement de l'armée à son neveu Gondebauld, prince des Bourguignons. La mort d'Olybrius arriva le 23 octobre. Gondebauld persuada un obscur soldat nommé Glycerius d'accepter le fantôme de souveraineté, et ce nouvel empereur fut élevé au trône en mars 473, à Ravenne. Son titre ne fut pas reconnu par l'empereur d'Orient, qui conféra la dignité impériale à Julius Nepos. Ce dernier marcha contre Glycerius et le renversa. En 475, Oreste, général des confédérés barbares déposa Nepos et mit à sa place son propre fils, Romulus Augustule, qui fut le dernier empereur. Romulus fut renversé en 476 par Odoacre, chef des barbares, et le vainqueur, déterminé à détruire le nom aussi bien que la puissance de l'empereur d'Occident, prit le titre de roi d'Italie. (NLI / Dzb. / Trt.).

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