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Le Périple d'Hannon

Relation d'Hannon, amiral carthaginois
sur les pays libyens situés au-delà des colonnes d'Hercule

Aperçu
La destruction totale de la littérature carthaginoise fut, comme celle de la littérature phénicienne, un désastre irréparable pour la géographie antique. On en peut juger par le fragment qui a survécu à ce naufrage, le Périple de Hannon, si admiré de Montesquieu, et sur l'époque duquel on a tardé à se mettre d'accord : Gosselin le faisait remonter à 1000 ans avant J.-C., et Mélot à 300 ans; la moyenne de 570, admise par Bougainville, est une date encore parfois avancée, mais il existe aussi des arguments qui feraient plutôt opter pour celle qui situe l'expédition en 465 avant notre ère. Une époque qui correspond pour Carthage à une réorientation (au sens propre) de sa politique commerciale, qui lui fait viser désormais les richesses situées à l'Ouest de l'Europe, et qui s'étaient trouvées auparavant entre les mains de Tyr. Quoi qu'il en soit, cela en fait la plus ancienne description d'un voyage entrepris pour la découverte des côtes occidentales de l'Afrique (L'exploration de l'Afrique).

Ce Périple est rapporté dans un traité écrit en Grec qui se présente comme la traduction d'une inscription consacrée par Hannon, magistrat carthaginois et chef de l'expédition, dans le temple de Baal (que notre auteur identifie à Cronos) à Carthage, en commémoration de l'entreprise. Hoefer préfère y voir l'extrait d'un ouvrage plus considérable, écrit primitivement en phénicien. La chose est que le récit reste partiel (on ne nous dit rien en particulier du retour, qui pour cause de vents et de courants contraires dans cette région n'a pas dû être simple).

Il résulte de ce curieux document que les navigateurs puniques, sortis du détroit de Gibraltar, ont longé la côte orientale de l'Afrique. Mais jusqu'où ce voyage s'est-il étendu exactement? C'est toute la question, et elle a été vivement controversée sans qu'on ne puisse lui en donner de solution réellement satisfaisante. Dès le XIXe siècle, Gosselin (Recherches sur la Géographie des Anciens, vol. 1, p. 63) et Rennel (Geopraphy of Herodotus, p. 910) vont représenter presque les deux opinions extrêmes. Le premier abrège le voyage d'Hannon tellement, que la Corne du sud serait le cap Noun (à 28° de latitude nord), tandis que le second le prolonge jusqu'à Sierra-Leone, vers le 8° de latitude nord.

Gosselin fonde son calcul sur des suppositions il est vrai assez contestables. Il pense que l'expression hors des Colonnes comprend encore le détroit, les Colonnes d'Hercule n'étant que les deux rochers Calpé et Abyla, à l'entrée intérieure du détroit. En partant de ce point, il place la ville Thymiatérium dans le détroit même, près de Ceuta; il prend le cap Soloës, qu'Hannon n'atteignit qu'au bout de deux journées en dehors des Colonnes, pour le cap Spartel, qui ferme l'issue du détroit du côté de l'Afrique, et il place l'île de Kerné à 33° de latitude nord, aujourd'hui île de Fédal. Mais on peut lui rétorquer, d'une part, que la décision du sénat carthaginois enjoignit à Hannon d'établir des colonies et de faire des découvertes en dehors du détroit; et d'autre part, que l'expression les Colonnes se prend ordinairement pour le détroit en général. Gosselin prétend ensuite que la journée n'était pas de plus de six lieues :

"Car, dit-il, Cook, en longeant la côte orientale de la Nouvelle-Hollande (Australie), n'avait pas pu faire plus de dix-sept lieues en vingt-quatre heures; c'est pourquoi on ne pouvait accorder à Hannon, qui la nuit se tenait tranquille et avait toute une flotte avec lui; que cinq lieues pour le jour. "
Mais, cette comparaison n'est pas exacte. Cook naviguait le long d'une côte parsemée de bancs de coraux, et pour en lever la carte il fut obligé d'avoir presque toujours la sonde à la main. Rien de cela pour Hannon. Tout au contraire, Hannon, sorti du détroit, entra dans des courants qui vont avec une assez grande rapidité du nord au sud, et, au lieu de cinq lieues, il devait faire au moins trente lieues par jour; car Hérodote lui-même fixe (4, 86) une ,journée de navigation ordinaire (dans la Méditerranée) à sept cents stades vingt-huit lieues). Enfin, il n'est nullement démontré (encore que bien possible) que la flottille d'Hannon s'arrêtât la nuit pour ne marcher que le jour.

L'opinion de Rennel, admise en partie par Heeren, réunit plus de chances de probabilité. Hoefer l'adopte lui aussi, mais en y apportant plusieurs modifications importantes. En supposant que la journée ait été en moyenne d'un degré de latitude (25 lieues), il obtient les résultats suivants : la ville de Thymiatérium correspondrait à un endroit voisin de l'embouchure de la rivière Sebou, sur la côte atlantique du Maroc; le cap Soloës serait le cap Blanc; les colonies de Karikum, Teichos, Gytta, Acra, Mélite et Arambe, se trouveraient entre Safi et Mogador; le fleuve Lixus serait la rivière Sous; l'île de Kerné, l'une des Canaries (Fuertaventure?); le grand fleuve, rempli de crocodiles et d'hippopotames, le Sénégal; la Corne d'Ouest, le cap Vert; la Corne du Sud, le cap Roxo, près de l'archipel des Bissagos. Ainsi, d'après cette évaluation, c'est à 11° ou 12° de latitude nord qu'il faudrait placer le terme de l'expédition d'Hannon. 

Hannon s'avança au delà du détroit de Gadès, longeant la côte occidentale d'Afrique et y établissait des colonies. Il visita l'île de Kerné qu'on place vers la baie du Rio de Ouro, où un îlot (entre 23° et 24° de latitude Nord) porte encore le nom de Herné; cette île fut, par la suite, le terme ordinaire des navigations dans cette direction; mais Hannon continua pendant vingt-six jours de s'avancer vers le Sud. Il paraît avoir atteint le golfe de Cherbro sur la côte de Sierra Leone (entre 7° et 8° de latitude Nord); là serait le golfe de la Corne du Midi auquel il s'arrêta; trois jours plus tôt, il avait relevé la montagne du Char des dieux , probablement la montagne de Sagrés (10° de latitude Nord), qui resta le terme des connaissances courantes des Anciens. 

Les notes qui accompagnent le texte ci-dessous permettront de mieux suivre cet itinéraire. Mais, comme on va vite le constater, quelles que soient les options que l'on adopte, des anomalies subsistent toujours.  Il y a d'abord les exagérations : soixante vaisseaux et 30 000 hommes, cela semble beaucoup. Même si l'on note que ledit périple n'est ni un voyage d'exploration, ni même unique. De fait, le récit est d'évidence celui de plusieurs voyages, avec des objectifs différents. On a affaire pour commencer à une entreprise de colonisation. Des implantations carthaginoises ont bien lieu le long des côtes atlantiques au nord-ouest de l'Afrique, comme en attestent d'ailleurs les fouilles archéologiques. Et sans doute cela implique-t-il après tout beaucoup de monde. Mais l'exploration proprement dite c'est autre chose, même si le texte cherche à tout agréger en une entreprise unique. D'autres voyages ont dû avoir lieu, peut-être de véritables routes maritimes ont-elles même été ouvertes. Et se serait leur existence que le texte viserait simplement à attester, sans se soucier ni des détails, ni des contradictions. Des contradictions d'ailleurs qui pourraient, selon J. Carcopino, être volontaires : les Carthaginois  pourraient très bien avoir voulu se vanter de leurs exploits ou célébrer leur puissance maritime et commerciale, mais sans en donner les clés à leurs adversaires et concurrents. En tout cas, cela expliquerait bien pourquoi il est impossible de reconstituer le périple avec certitude...

On donne ici une édition établie principalement à partir des traductions données par Arnold Heeren dans ses Idées sur les relations politiques et commerciales des anciens peuple de l'Afrique (an VII de la République) et par Ferdinand Hoefer, dans Chaldée, Assyrie, Médie, etc., (1852). [les crochets rendent compte des variantes, éventuellement puisées à d'autres sources] :
Les Carthaginois résolurent qu'Hannon naviguerait au-delà des Colonnes, et qu'il fonderait des colonies avec les Liby-Phéniciens. Il partit, emmenant avec lui une flotte de soixante vaisseaux, une quantité d'hommes et de femmes, au nombre de trente mille, des provisions et toutes les choses nécessaires.

«Après nous être embarqués et après avoir passé par le détroit, nous naviguâmes durant deux jours, et fondâmes ensuite une ville du nom de Thymiatérium [soit Autel de l'encens] [a]. Il y avait à côté d'elle une grande plaine. De là nous fîmes voile à l'ouest, vers le cap libyen de Soloës [b], garni de toutes parts d'arbres.

Après y avoir élevé un temple à Poséidon [ou plutôt au Dieu de la Mer Phénicien], nous nous dirigeâmes, pendant une demi-journée, de nouveau vers l'ouest jusqu'au moment de toucher à un lac voisin de la mer, et rempli de joncs [ou de roseaux]. Il s'y trouvait des éléphants et beaucoup d'autres animaux herbivores [sauvages]. Nous longeâmes le lac pendant une journée, et nous construisîmes des villes sur la mer, que nous appelâmes Karikum Theichos, Gytte, Acra, Melitte et Arambé [c].
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Possible étapes du périple de Hannon et tracés hypothétiques (en vert) des routes
caravanières transsahariennes reliant le monde carthaginois à l'intérieur de l'Afrique.
 En médaillon :  Navire phénicien (Ier siècle).
[a] Peut-être, Mehdiya-plage, à l'embouchure de la Sebou.

[b] Le cap Soloës serait le cap Blanc (el-Jadida), ou le cap Cantin, au nord de Safi.

[c] Ces villes pourraient se situer entre Safi et Essaouira. Une interprétation alternative place plus au Nord le commencement du chapelet : ainsi Azemmour s'identifierait avec Karikum Theichos, El-Jadida avec Gytte, le cap Cantin avec Acra, Oualad Ali avec Melitte, et l'îlot de Mogador (Essaouira) avec Arambé.

En partant de ces lieux , nous arrivâmes au grand fleuve Lixus [d], qui descend de la Libye. Le long de ses rivages demeure un peuple nomade, les Lixites, qui faisaient paître leurs troupeaux; nous y fîmes quelque séjour en contractant avec eux alliance. Mais au-dessus d'eux vivaient des Éthiopiens sauvages, occupant un pays montagneux et riche en animaux [féroces], où le Lixus prend naissance. Les montagnes étaient habitées par des hommes d'une figure étrange, que l'on nomme Troglodytes, et que les Lixites dépeignaient comme plus agiles à la course que des chevaux.
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L'archipel de Tudra, vu d'un satellite : l'ancienne Kerné?

Nous prîmes des interprètes parmi les Lixites, et nous passâmes près [ou nous naviguâmes au-delà] du désert durant deux jours. Nous nous portâmes de là à une journée vers l'est ici nous rencontrâmes au fond d'un golfe une petite île ayant cinq stades de circuit [e]; nous y établîmes des colons en lui donnant le nom de Kerné. Selon notre calcul, il nous semblait qu'elle devait être aussi éloignée des colonnes d'Hercule que l'était Carthage; car on mit autant de temps pour le trajet de là aux Colonnes que de celles-ci à Kerné. Nous arrivâmes à un lac, où nous remontâmes [ou, plus probablement, en remontant] un grand fleuve, nommé Chrêtes [f]. Ce lac renfermait trois îles plus grandes que Kerné. A partir de ces îles, il nous fallut une journée pour atteindre l'extrémité du lac.

[d] Ce pourrait être le Souss, qui débouche à Inezgane (au sud d'Agadir), ou bien le Drâa, qui se jette dans la mer au nord de Tan-Tan (Cap Drâa).
 

[e] Pour certains auteurs, l'île de Kerné, serait l'une des Canaries (Fuerteventure?); D'autres y voient un îlot près de Dakhla, nommé Herné. Les trois îles pourraient correspondre à l'archipel de Tudra, au sud de Nouâdhibou (Banc d'Arguin,).

[f] Une rivière très difficile à identifier. Entre le Nun (très au nord) et le Sénégal, aucun cours d'eau de réelle importance ne se jette dans l'océan dans cette région. Mais, dans tous les cas où sont les montagnes signalées ensuite?

Au-dessus de ce lac on voyait s'élever de hautes montagnes, couvertes d'hommes féroces [sauvages], revêtus de peaux d'animaux qui nous lancèrent des pierres, et nous empêchèrent d'aborder [ou de monter jusqu'à eux]. En continuant notre route, nous parvînmes à un autre grand fleuve, rempli de crocodiles et d'hippopotames [g]. Nous rebroussâmes chemin, et nous allâmes rejoindre Kerné.

De cet endroit, nous nous embarquâmes vers le sud, et nous longeâmes les côtes pendant douze jours. Toute la contrée était habitée par des Éthiopiens, qui en nous voyant arriver prirent la fuite. Ils parlaient un langage inintelligible, même pour les Lixites qui nous accompagnaient. Le dernier jour nous abordâmes près de quelques montagnes élevées, et garnies de différentes espèces de bois odoriférants. Nous naviguâmes deux journées plus loin, et nous mouillâmes près d'un très grand golfe, ayant des deux côtés un terrain plat, sur lequel nous vîmes brûler partout, la nuit, des feux à une certaine distance [, et à une élévation plus ou moins grande]. Nous y fîmes de l'eau , et nous côtoyâmes les rives pendant cinq jours; au bout de ce temps nous vîmes devant nous un grand golfe [bassin], auquel nos interprètes donnèrent le nom de Corne d'ouest [ou Pointe Occidentale] [h]. Il y avait dans ce golfe une grande île dans laquelle se trouvait un lac, qui à son tour renfermait une île plus petite.

Nous abordâmes en ce lieu, où nous ne vîmes, tout le jour, que des forêts, mais la nuit beaucoup de feux; et nous entendîmes le son de flûtes, de cymbales, de timbales, et des cris violents [ou un bruit effroyable]. La terreur s'empara de nous, et nos devins [prêtres] nous ordonnèrent de quitter l'île. Nous mîmes aussitôt à la voile, et nous passâmes près d'une contrée brûlante nommée Thymiamata. Elle était pleine de torrents de feu qui se jetaient dans la mer. Mais cette terre était inaccessible à cause de sa grande chaleur. La crainte nous fit encore quitter promptement ces parages.

[g] Généralement identifié au Sénégal. Mais si l'identification revenait au Chrêtes, il pourrait s'agir de la Gambie ou de la Casamance.
 
 
 
 

[h] Le identifications vont du Cap Vert au cap Three Points (Cap des Trois Pointes) en passant par le cap des Palmes.

 

Pendant quatre jours en mer, nous aperçûmes, la nuit, les côtes couvertes de feux. Nous vîmes, au milieu de ce pays, un feu énorme qui semblait toucher jusqu'aux étoiles. Le jour nous y distinguâmes une montagne très élevée, que l'on appelait le Char des dieux.
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Le Char des Dieux

"Voilà bien, écrit Heeren, la description de la côte de Guinée, au sud du Sénégal et de la Gambie. Les torrents de feu dont Hannon va parler, sont très bien expliqués par James Bruce (vol 2. pag. première) : les sauvages, dit-il, sont dans l'usage de mettre le feu aux herbes sèches, dans les crevasses des montagnes, en sorte que la flamme se précipite comme un torrent de feu

Mais bien sûr, on pense aussi à la description d'une éruption volcanique, qui pourrait être celle du mont Cameroun. Selon Humboldt, pessimiste quant à la longueur du voyage, on devrait plutôt y voir un volcan des Canaries : 

"Il serait possible, note Humboldt, à la vérité, que les feux, dont il est si fréquemment question dans le Périple d'Hannon, provinssent de champs incendiés ou de signaux à l'aide desquels les habitants sauvages des côtes se donnaient avis du danger, au premier aspect des chariots ennemis. Le haut sommet du char des dieux, qu'Hannon représente comme illuminé par des flammes, pouvait être aussi un souvenir confus du pic de Ténériffe; mais, plus loin, Hannon décrit une contrée d'une configuration singulière : il signale dans le golfe qui touche à la Corne du couchant, une île étendue, et dans cette île un lac salé renfermant lui-même une seconde île. Au sud de la baie des Singes Gorilles, les lieux se retrouvent disposés de même. Cette description représente-t-elle des dépôts de corail, des îles formées par des lagunes (atolls), ou des cratères-lacs volcaniques, du milieu desquels a surgi une montagne en forme de cône? Le lac Tritonide n'était pas situé dans le voisinage de la petite Syrte, mais sur les côtes occidentales. Il disparut à la suite de tremblements de terre accompagnés de grandes éruptions de flammes. Diodore de Sicile dit expressément une grande éruption de feu." (Humboldt, Tableaux de la Nature, t. 1, 1849).

Durant trois jours nous passâmes près des torrents de feux, et nous approchâmes d'un golfe appelé la Corne du Sud [Pointe méridionale] [i]. Dans l'angle [l'enfoncement] de ce golfe il y avait une île pareille à l'autre dont nous avons parlé, laquelle contenait un lac; celui-ci renfermait à son tour une autre île, habitée par des hommes sauvages; mais la plupart d'entre eux étaient des femmes aux corps velus [ou très fortement constituées], que nos interprètes appelaient Gorilles. Nous ne pûmes pas attraper les hommes : ils s'enfuirent dans les montagnes et se défendirent avec des pierres. Quant aux femmes, nous en prîmes trois, qui mordirent et égratignèrent leurs conducteurs, et ne voulurent pas les suivre. Nous les tuâmes, et nous leur ôtâmes la peau, que nous apportâmes à Carthage; car nous ne pûmes pas aller plus loin, faute de provisions.-»



En bibliothèque - Arnold Heeren, Idées sur les relations politiques et commerciales des anciens peuple de l'Afrique (an VII de la République); Ferdinand Hoefer, Chaldée, Assyrie, Médie, etc., 1852. J. Carcopino, Le Maroc Antique, 1943 Paris.

En librairie - J.G. Demerliac et J. Meirat, Hannon et l' Empire Punique (paris, 1983).

[i] Si l'on admet l'identification du Cap Vert, pour la Pointe Occidentale, il pourrait s'agir ici du Cap Roxo (au sud de la Casamance), mais d'autres auteurs, qui reconnaissent le mont Cameroun dans le Char des Dieux, considèrent qu'il s'agit plutôt du cap Esterias, au Gabon, ou le Cap San Juan, un peu plus au Nord en Guinée Equatoriale. Dans les deux cas, le point extrême du Périple se situerait dans la baie de Corisco.

 

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