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Histoire de la Mésopotamie
Les empires babyloniens

L'Ancien empire babylonien

Avec l'affaiblissement de la puissance d'Ur (Ur III), vers le milieu du XXe s. av. J.-C, les grandes cités de la Basse-Mésopotamie s'émancipent et retrouvent leurs anciennes rivalités, tandis que Amorrites, venus du Nord-Ouest, s'implantent progressivement dans la région, où ils feront de Babylone leur capitale. Pendant plus de deux siècles cette nouvelle cité-Etat ne se distinguera pas beaucoup des autres, avec lesquelles partagera les vélléités hégémoniques, mais aussi la nécessité de répondre aux mêms menaces : Poussée des Assyriens, sous Iloushuma, vers 1830, et Shamshi-Adad ler , vers 1740 et, à cette époque, des Elamites, sous Rim-Sin.

La situation de Babylone avec Hammurabi. Celui-ci, sixième roi de la dynastie fondée par Sumu-Abum en 1830, va régner 42 ans, de 1728-1686. Comme ses prédesseurs, il fait la guerre. Pendant quinze ans, Babylone, Larsa, et Mari s'allient pour combattre Eshnunna, Elam, et les peuples des montagnes et Assur. Au final, Hammurabi parvient à réunir sous son autorité tout le pays : l'Empire babylonien est né.

Hammourabi.
Véritable fondateur de l'hégémonie babylonienne, Hammurabi centralise le pouvoir et tente de donner aux peuples soumis à son sceptre une organisation unique au point de vue administratif, judiciaire et religieux. Sa correspondance avec les gouverneurs des cités le montre dirigeant lui-même les grands travaux publics; il s'occupe du recrutement de la main-d'oeuvre veille à l'exécution de ses ordres, rappelle ses décisions antérieures, exige des rapports, mande au palais fonctionnaires et particuliers pour se renseigner.

La justice est rendue par des tribunaux ecclésiastiques et par des tribunaux civils. Les décisions judiciaires sont obligatoirement consignées par écrit et il n'est pas permis à un juge, pour quelque cause que ce soit, sous peine de destitution, de réformer un jugement par lui prononcé. Un tribunal l'appel fonctionne à Babylone. La législation diffère d'une ville à l'autre; dans chaque cité un droit coutumier s'est formé au cours des siècles et est appliqué par les juges; inspiré par le dieu Shamash, Hammourabi fait consigner une jurisprudence sur laquelle devront s'apppuyer les décisions de justice dans tout le royaume; on la grave sur des stèles de diorite, dont les archéologues ont retrouvé un exemplaire en janvier 1902 dans les ruines de Suse, où il avait été transporté par le conquérant élamite Shutruk-Nahhunté. Ce monument juridique, le plus important qui nous soit parvenu de l'Antiquité, est témoin d'une civilisation développée, beaucoup plus avancée que celle des Assyriens et des Hittites, dont nous connaissons des recueils de lois rédigés plusieurs siècles après, dans la seconde moitié du deuxième millénaire. La comparaison avec d'antiques lois sumériennes montre que souvent il n'y a pas innovation, mais seulement proclamation nouvelle de règles depuis longtemps obligatoires : la jurisprudence acquiert désormais force de loi. (Le Code d'Hammourabi)

Le dieu Enki semble bien avoir été pour les très anciens Sumériens le dieu du monde terrestre; depuis le début des temps historiques ce rôle a été dévolu à Enlil, dieu de Nippur. Hammurabi estime nécessaire qu'il appartienne désormais à Marduk, le dieu de Babylone. Ainsi pourra s'exercer une action plus directe du pouvoir royal sur le clergé dont la puissance considérable est d'ailleurs régulièrement contrôlée, ainsi se réalisera plus complètement la domination de Babylone, devenue centre politique et religieux. Les théologiens se mettent à l'oeuvre; les anciennes traditions sont révisées et adaptées aux idées nouvelles; les divinités locales, entre lesquelles des rivalités et des inimitiés se sont multipliées, doivent se plier à une nouvelle hiérarchie et des poèmes de circonstance apprendront au peuple que, sous des noms différents et avec des caractéristiques diverses, le même dieu est honoré en plusieurs lieux, que toutes les divinités quel que soit leur rang, sont désormais comme les humains soumises à Marduk, devenu Bel, c'est-à-dire « le Seigneur».

Cette réforme est tellement profonde que les Assyriens, lorsqu'ils voudront faire copier les anciens textes religieux, auront le plus souvent à leur disposition les versions babyloniennes de l'époque de Hammurabi et ne connaîtront à peu près jamais les documents antérieurs. Le prêtre chaldéen Bérose, au IIe siècle avant notre ère, ne sera pas plus favorisé et rapportera de bonne foi la tradition, née seulement à la fin du IIIe millénaire, d'après laquelle Babylone serait la plus ancienne cité où s'est établi un gouvernement régulier. Les assyriologues, instruits par la découverte de tablettes plus anciennes, ont reconnu la nécessite de passer au crible d'une critique très serrée tous les textes religieux dont les copies ne remontent pas aux époques antérieures à l'exaltation de Marduk.

Les successeurs de Hammurabi.
Après Hammurabi la situation politique se modifie. La région méridionale de la Babylonie est appelée le « Pays-de-la-mer », non pas à cause du voisinage du golfe Persique, mais par suite de l'existence d'un grand lac marécageux, couvert en partie de roseaux, qui s'étend aujourd'hui de Nasriyé à Bassorah et jadis pouvait atteindre la région d'Éridu, où la faune d'eau douce est beaucoup plus développée que la faune de mer. Là, au moment de l'établissement des Amorrites en Sumer et en Akkad, se sont installés des Sumériens échappés à la destruction de leur peuple et des Sémites qui parviennent à conserver une certaine indépendance. Sous Samsu-iluna (2080-2043), fils de Hammurabi, un de leurs chefs, Iluma-ilum, se déclare roi du Pays-de-la-mer vers le temps où des Kassites, habitants du Zagros, font un raid contre Babylone (2073); en effet, à Kutalla, les contrats babyloniens cessent subitement après l'année 2070, et l'on est d'autant plus invité à établir un rapport entre les deux événements que le raid kassite est suivi de cinq années de désordres. Idamaraz et Émutbal à l'Est, Uruk et Isin au Sud se révoltent et prennent le parti d'un pseudo Rîm-Sin, bientôt vaincu et brûlé vif. D'Ur et d'Uruk les murs sont détruits; ceux d'Isin et d'Emutbal, fortement endommagés. C'est alors, semble-t-il, qu'lluma-ilum se lève et deux ans durant la lutte continue sans trêve.

Si ensuite Samsu-iluna rebâtit les murs d'Isin (2067) et d'Émutbal (2065), c'est que vers le sud il a perdu toute influence. Au nord il doit également renforcer les murs de Sippar, en prévision d'un raid des Sémites du moyen Euphrate qui se produira vers la fin du règne (an 46). En la 20e année (2061), nouvelle révolte. En la 24e année (2057), autre preuve de l'instabilité de son pouvoir, il rebâtit le mur de Kish, près de Babylone, et renforce le mur d'Enlil à Nippur. En deux mois il lui faut restaurer Dur-Zakar et les quatre forteresses de la frontière d'Akkad bâties par Soumu-la-ilum, deuxième roi de la dynastie, 150 ans auparavant. Il est pressé par Iluma-ilum qui sera maître de Nippur en l'an 30 (2051). Quelque 15 ans plus tard, en 2046, les Amorrites font une démonstration contre Babylone; c'est alors probablement que les statues de Marduk et de Zarpanitotum sont emmenées captives à Hana, sur le moyen Euphrate, où elles resteront cinq siècles durant, jusqu'au temps du roi kassite Agum II (v. 1550).

Le règne de Samsu-iluna s'achève pendant une révolution en Akkad. Son successeur, Abêshu (2042-2015), tente de dériver le Tigre pour enfermer Iluma-ilum dans Nippur, mais ne parvient pas à s'emparer de son ennemi. Le pouvoir royal devient de plus en plus faible. Sous Samsu-ditana (1956-1926), après une longue période d'insécurité, les Hittites établis sur le plateau d'Anatolie descendent le cours de l'Euphrate envahissent Akkad et s'emparent de Babylone mais ne s'y établissent pas.

Kassites et Assyriens

Les Kassites à Babylone. 
Si la date la plus basse proposée par P. Kugler pour Ammizaduga est la véritable, la dynastie kassite s'empare du trône de Babylone presque immédiatement après la ruine de cette ville par les Hittites; si au contraire la première dynastie s'étend de 2225 à 1926, les rois du Pays-de-la-mer occupent Babylone un peu plus d'un siècle et demi. L'un d'eux, Gulkishar (v. 1877- 1823), d'après un kudurru d'Ellil-nadin-apli, aurait vécu 696 ans avant Nabuchodonosor (2e moitié du XIIe siècle) et le début de sa dynastie, 193 ans plus tôt, serait à placer vers 2070 comme nous l'avons indiqué.
Vers 1761, un chef kassite nommé Gandash s'établit à Babylone et s'empare de Nippur où il inscrit son nom sur des crapaudines. C'est vers 1703 seulement que disparaît la dynastie du Pays-de-la-mer. Son dernier roi a lutté contre l'Elam et ensuite a été vaincu par les Kassites.

Comme les gens de Gutium les Kassites sont des habitants de la montagne au Nord-Est de la Babylonie, où ils apparaissent dès le temps de Hammurabi. Ils sont indomptables; les Perses ne parviendront pas à les subjuguer et devront leur
payer un tribut annuel pour vivre en paix avec eux; Alexandre fera la conquête de leur territoire, mais aussitôt après sa mort ils redeviendront indépendants.

Des tablettes lexicographiques donnent l'interprétation de quelques termes de leur langue. Certains noms divins ont été comparés aux noms de divinités indo-européennes, mais la comparaison ne s'étend pas aux autres mots et ceux-ci se présentent assez souvent sous deux formes absolument différentes, ce qui permet de supposer l'existence d'une population plus ancienne qui aurait été subjuguée par les Kassites à leur arrivée sur les flancs du playeau iranien.

Pendant 576 ans ils occupent le trône de Babylone et donnent au pays, d'après leur langue, le nom de Karduniash. Les habitants semblent avoir accepté facilement leur domination. Gandash, le premier prince de la dynastie, s'empresse d'ailleurs de s'assurer la bienveillance des dieux en ordonnant la restauration des sanctuaires endommagés; il adopte la langue vernaculaire et la langue sacrée; comme les anciens princes il se dit « roi des quatre régions, roi de de Sumer et d'Akkad roi de Babylone-». Lui-même fait la conquête de Nippur. Son second successeur, Kashtiliash, vainc Éa-gamil, dernier prince de la IIe dynastie, et ajoute à ses titres celui de roi du Pays-de-la-mer étend aussi son pouvoir vers l'Ouest, mais c'est seulement sous Agum II, un siècle et demi plus tard, que les statues de Marduk et de Zarpanitum sont ramenées de Hani à Babylone. Les documents de cette période sont des lettres, des contrats, des kudurrus.

Les Kassites inaugurent en Babylonie une méthode plus simple de chronologie; désormais les années ne sont plus nommées d'après un événement plus ou moins important, mais pour chaque règne elles se suivent simplement dans l'ordre numérique. Un autre avantage, beaucoup plus important, que les Babyloniens retirent de leur présence, c'est l'introduction définitive du cheval; à peine connu et utilisé dans la plaine au temps de Hammurabi. C'est aussi pendant leur domination que la métallurgie du fer naît dans le Taurus et se développe dans tout l'Orient.

Il est difficile d'esquisser l'organisation du royaume. La justice semble administrée comme à l'époque de la première dynastie babylonienne et le roi est juge en dernier ressort au criminel. Le pays est divisé en districts et dans chaque district un fonctionnaire est chargé de percevoir les impôts. Les temples ont des revenus en nature, orge, sésame, huile, dattes, farine, dont il est tenu, comme jadis, une comptabilité rigoureuse; les fondations, les salaires des prêtres et des employés, les transactions commerciales, sont soigneusement enregistrés.

Pour reconnaître le mérite des principaux officiers ou pour donner des apanages à ses enfants, le roi leur attribue des propriétés foncières affranchies de toute corvée, redevance ou impôt. Le titre de propriété est établi sur une tablette, mais par un usage nouvellement établi on le reproduit sur une stèle ou un galet, et on le met sous la protection de nombreuses divinités dont les figures ou les emblèmes sont sculptés ou les noms gravés sur la pierre : ce sont les kudurrus; avec quelques cylindres-sceaux et des poteries émaillées ils sont les seuls témoins de l'art kassite.

Rarement les dieux sont représentés sur les kudurrus, on préfère multiplier les symboles et parfois on les accompagne de légendes pour la détermination des divinités auxquelles ils ont été attribués. Sur quelques-uns on trouve des personnages historiques, les rois Marduk-nadinahê, Nabu-mukîn-apli, Nabu-apla-iddin.

Les cylindres-cachets de cette époque présentent un caractère particulier; on revient aux pierres volumineuses, donnant une large surface de développement; en usage au temps des anciens rois de Lagash et d'Akkad elles avaient été abandonnées depuis l'époque de Gudéa pour des pierres de moindres dimensions. Maintenant on n'y représente plus de scènes mythologiques compliquées; la légende, presque toujours en langue sumérienne se développe et s'étend parfois sur sept ou huit lignes, au point, du ne plus laisser de place pour une figure ou un symbole. Beaucoup de ces intailles ne présentent aucun mérite artistique, mais vers la fin de la dynastie on y rencontre des symboles nouveaux, dus sa des influences étrangères : le sphinx, le disque ailé, la croix à branches égales, etc.

Les inscriptions assyriennes dites synchroniques nous apprennent que dès lors l'Assyrie commença la lutte contre la Babylonie, son ancienne métropole. C'est durant cette même période que la Babylonie entra en relations avec l'Egypte. Les conquêtes des pharaons de la XVIIIe dynastie, principalement Thoutmosis Ill et Aménophis II, dans le Routennu, le Naharanna ou la Syrie, jusqu'à Cadès et Charcamis, leur permirent de soumettre passagèrement au tribut quelques princes babyloniens on du moins assyriens, et de mentionner comme vassaux les princes d'Assur, Singar ou Senkérèh; et peut-être Arach.

Mais les tablettes de Tell el-Amarna, tout en confirmant le fait de rapports suivis entre l'Eypte et la Babylonie, nous montrent que les monarques kassites de Babylone traitaient avec les pharaon sur le pied d'égalité; elles nous permettent aussi de constater qu'à cette époque la civilisation, et probablement l'autorité de Babylone, s'étendaient sur toute la partie occidentale de l'Asie : la lanhue babylonienne, plus ou moins modifiée, était alors la langue de chancellerie de toute la Syrie et de la Palestine, y compris Jérusalem, dont les Hébreux n'avaient pas encore fait la conquête. Mais comme les inscriptions historiques babyloniennes de cette époque font, pour ainsi dire, totalement défaut, nous ignorons la marche de ces agrandissements successifs de l'influence ou de la domination babylonienne; toutefois les inscriptions de Tell el-Amarna, émanées un peu de partout, ne laissent aucun doute sur le fait lui-même.

En tout cas, l'autorité de l'Eypte cessa d'être réelle en Babylonie, si elle l'y fut jamais, dès la XIXe dynastie, surtout vers la fin de cette dynastie, qui marque pour l'Egypte une période d'abaissement. Alors l'Assyrie, qui n'était à l'origine qu'une colonie babylonienne, commence avec Babylone une série de luttes qui finira par l'extinction de la monarchie assyrienne. Ces luttes, interrompues par des traités de paix peu durables, commencent dès le XIVe siècle ou la fin du XVe.

Babylone secoue le joug des Kassites vers 1170; peu après, de 1033 a 1049, nous voyons roi de Babylonie un Elamite dont le nom nous est inconnu, non moins que les circonstances qui le portèrent au trône. 

En 1049, la Babylonie ressaisit son indépendance; mais les renseignements historiques nous font à peu près défaut, si l'on en excepte ce qui a trait aux luttes avec l'Assyrie, qui se poursuivent jusqu'à l'ère de Nabonassar. C'est en 747 que ce roi, en babylonien Nabunasir, monta sur le trône; toutefois aucun texte n'indique que les Babyloniens eux-mêmes aient réellement pris cette époque comme point de départ de leur comput chronologique.

La domination assyrienne.
L'Assyrie était alors une formidable puissance, dont les conquêtes avaient déjà entamé la Syrie et la Palestine. Théglathphalasar, qui y régnait, envahit la Babylonie, dont il se déclara d'abord suzerain; bientôt il en prit même le titre de roi, et la gouverna deux ans (728-726). Les textes babyloniens le désignent quelquefois sous le none de Pulu, le Phul de la Bible, le Pôros du canon de Ptolémée. Salmanassar, aussi nommé en Babylonie Ulula (726-721), régna également sur l'Assyrie et la Babylonie; mais dès les premières années de Sargon, son successeur, Mérodach-Baladan, appuyé par l'Élam, secoua le joug assyrien et remonta sur le trône de Babylone (721-709). Sargon finit par le détrôner, et prit comme ses prédécesseurs le titre de roi d'Assyrie et de Babylone (709-704). 

Sennachérib, son fils, ne régna personnellement sur Babylone que deux ans (704-702); puis (702 à 688) plusieurs monarques nationaux y prirent le titre de roi , les uns comme vassaux de l'Assyrie, les autres tout à fait indépendants; parmi ces derniers, il faut noter Mérodach-Baladan (703), le même qui envoya une ambassade à Ézéchias, adversaire, comme Mérodach-Baladan lui-même, de Sennachérib. Les Élamites, ennemis des Assyriens, entretinrent à Babylone toutes ces agitations, auxquelles Sennachérib mit fin en s'emparant de nouveau de la Babylonie, en jetant en prison le roi national Musézib-Mardok, en battant l'Élam, et en reprenant lui-même le gouvernement de la Babylonie (688-680). Assarhaddon, son fils (680-667), régna sur les deux pays jusqu'en 668, époque où il abandonna l'Assyrie à Assurbanipal, continuant lui-même jusqu'à sa mort, survenue un an plus tard, de gouverner Babylone.

Assurbanipal donna comme roi aux Babyloniens son propre frère, Samas-sum-ukin, le Saosdouchinos de Ptolémée (667-647). Celui-ci ayant suscité contre son aîné une formidable coalition de tous les tributaires de l'Assyrie, y compris Manassé, roi de Juda, vit ses alliés battus tour à tour, puis son propre royaume ravagé, enfin fut pris et brûlé vif. Assurbanipal réunit encore une fois entre ses mains les deux monarchies (617-635). C'est à Babylone, où il résida lui-même assez longtemps, que Manassé de Juda lui fut amené prisonnier.

L'Empire Néo-babylonien

Tandis, que vers cette époque et sous les faibles successeurs d'Assurbanipal l'Assyrie eut beaucoup à souffrir d'une invasion des Cimmériens et d'une révolte des Mèdes, Babylone, au contraire, prospéra entre les mains de son roi Nabopolassar, Nabu-abal-usur (625-604), au point que, quand Ninive fut de nouveau assiégée par Cyaxare le Mède, Nabopolassar se joignit à lui pour en finir avec la suzeraineté de l'Assyrie. Ensemble ils prirent et pillèrent Ninive, mirent fin à la monarchie assyrienne et s'en partagèrent les dépouilles (606 [?]). 

Babylone hérita de l'Elam, de la vallée de l'Euphrate, de sa suzeraineté ou du moins de ses prétentions sur la Syrie, la Palestine et l'Égypte. Ce dernier pays était alors aux mains d'un prince national, Néchao II (XXVIe dynastie), qui voulut aussi profiter de la chute de Ninive pour se rendre maître de la Syrie, afin de n'être plus exposé à voir pénétrer jusqu'au coeur de l'Égypte les invasions mésopotamiennes. Il envahit donc la Palestine, battit et tua Josias de Juda à Mageddo, (IV Reg., XXIII, 39; II Par., XXXV, 30), conquit le pays jusqu'à l'Euphrate, et commença à assiéger Charcamis. Nabopolassar envoya contre Néchao son fils Nabuchodonosor, qui battit les troupes égyptiennes à Charcamis (606[?]), reprit possession de la Syrie, occupée par Néchao, et de la Palestine, où il reçut la soumission de Joakim, et poursuivit le roi d'Égypte jusqu'à Péluse. C'est là que Nabuchodonosor apprit la mort de son père; il traita donc avec Néchao, se réservant de reparaître plus tard dans la vallée du Nil, et revint en toute hâte à Babylone prendre possession du trône.

Nabuchodonosor (601-561) eut l'un des règnes les plus glorieux et les plus longs de la monarchie babylonienne, et soit souvenir éclipsa celui de ses faibles successeurs. Les circonstances l'obligeaient à reprendre pour son propre compte le plan des monarques assyriens Assarhaddon et AssurbanipaI : assurer sa domination sur toute l'Asie occidentale, et dans ce but soumettre l'Égypte.

Malheureusement les Phéniciens et les Juifs, excités par l'Égypte sans doute, supportaient impatiemment le joug babylonien et négociaient avec Néchao. Instruit de ces intrigues, Nabuchodonosor (602) revint en Palestine, battit Joakim, lui imposa un fort tribut et en exigea des otages. Joakim s'étant révolté de nouveau, comptant sur l'appui de l'Égypte et des Phéniciens de Tyr, attira une seconde fois contre lui l'armée babylonienne : Jéchonias, qui venait de remplacer son père sur le trône (599), fut détrôné, envoyé prisonnier avec dix mille hommes à Babylone, et remplacé par Sédécias, Ce dernier, profitant de quelques embarras survenus à Nabuchodonosor sur les frontières de l'est, renouvela la tentative de ses prédécesseurs, sans plus de succès. Nabuchodonosor revint mettre le siège devant Jérusalem (588), détruisit la ville et le temple. Ce prince lit de nombreuses campagnes, mais il se signala surtout comme infatigable bâtisseur. L'orgueil qu'il en conçut et le châtiment qui le suivit sont racontés dans l'Ancien Testament, et aussi, fragmentairement, dans les auteurs anciens.

Nous savons peu de chose des successeurs de ce prince Evilmérodach (561-559), fils de Nabuchodonosor, fut détrôné et mis à mort par son beau-frère, gendre du même
monarque, Nériglissor, Nergal-sar-usur, qui travailla aussi activement à l'embellissement de la capitale; mais comme à sa mort il ne laissait pour héritier qu'un enfant, le Labosorrakos de Bérose, on pronostiqua que cet enfant régnerait en tyran, et on le mit à mort. Sans doute que sous ces pronostics des astrologues chaldéens se cachait la crainte de n'avoir pour défenseur qu'un enfant, au moment où, sur la frontière de l'est, Mèdes ou Perses donnaient déjà des sujets d'inquiétude. Le chef de la conspiration, Nabonide ou Nabu-nahid, fils d'un grand dignitaire sacerdotal de l'empire, monta sur le trône; mais il s'occupa beaucoup de restaurer les temples anciens de la Babylonie, et trop peu, semble-t-il, de la puissance croissante des Perses; de plus, le bon accord cessa vite entre lui et ceux qui l'avaient porté à l'empire. 

La fin de Babylone

Cyrus, qui venait de joindre à son royaume de Perse celui du Mède Astyage profita de cet accroissement de puissance pour déboucher par le nord de la Mésopotamie. Au lieu de marcher à sa rencontre, Nabonide envoya pour protéger la frontière babylonienne son fils Baltassar, Bel-sur-usur, qui paraît avoir été associé à l'empire même avant cette époque. Mais Cyrus n'envahit la Babylonie proprement dite que huit ans plus tard, en 538. Nabonide, s'étant porté à sa rencontre, fut battu à Rutu, et se replia sur Babylone. Cyrus l'y suivit, l'y assiégea, et s'empara de la ville un jour de fête, en y pénétrant par le lit de I'Euphrate desséché, et sans doute aussi aidé des intelligences qu'il avait dans la place et avec le concours des ennemis de Nabonide. Baltassar fut tué; quant à Nabonide, Cyrus le fit prisonnier et l'envoya gouverner la Carmanie en qualité de satrape. Gubaru, le Gobryas d'Hérodote, peut-être Darius le Mède de Daniel, fut nommé satrape de Babylone: telle fut la fin de l'empire Néo-Babylonien, qui existait depuis Nabopolassar, et avait été illustré par le long règne de Nabuchodonosor.

Les principales villes babyloniennes gardèrent néanmoins leur importance jusque sous les Séleucides et les Parthes : Babylone resta même une des capitales de l'empire des Perses. A plusieurs reprises elle tenta de reconquérir son indépendance : Cambyse dut réduire Bardès et un prétendu Nabuchodonosor; Darius, Nidintabel, puis Arahou, qui se donnèrent comme fils de Nabonide; en 308, encore sous Darius, Babylone secoua le joug pour vingt ans, mais fut reconquise et démantelée. Une nouvelle récolte la fit saccager par Xerxès

Alexandre voulait la reconstruire et en faire sa capitale; mais la mort l'en empêcha. Séleucus Nicator reprit son projet, mais après un court séjour dans cette ville, il bâtit non loin de là et sur le Tigre une nouvelle capitale, Séleucie. Plus lard, les Parthes enu construisirent une troisième en face de Séleucie et sur l'autre rive du Tigre, Ctésiphon.

Bien que ruinée, saccagée, abandonnée par les nouveaux souverains, Babylone conserva encore les restes de ses temples, de sa religion, de son antique civilisation, sa langue et jusqu'à son écriture cunéiforme, au delà même de l'ère chrétienne : on possède une inscription datée de l'an III de Pacorus (81 ap. J,-C). Mais peu à peu la ville se dépeupla , elle tomba en ruines, et ces ruines, connue celles de toutes les vieilles cités qui l'entouraient, servirent de carrières et de matériaux de construction pour toutes les cités arabes qu'ont éleva depuis dans ces régions. Le reste du pays demeura à l'abandon : les canaux se comblèrent, de sorte que le sable et les eaux stagnantes des marais couvrent maintenant en grande partie le territoire de l'empire
Babylonien. (L. Delaporte / Vigouroux).

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