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Darius Ier.
- Roi de Perse ,
le premier et le plus grand de tous ceux qui ont porté le nom Darius.
Darius ler et qui régna de 521 à
485 av. J.-C, était le fils d'un Achéménide,
Hystaspe (Vistaspa en perse, Gustasp en persan moderne). Son père
était fils d'Arsamès, fils d'Ariaramnès, fils de Teispès,
fils d'Achéménès : Ariaramnès,
son bisaïeul, avait été le frère de Cyrus,
père de Cambyse, père de
Cyrus I le Grand, roi de Perse. Selon Hérodote
(I, 209), il était très jeune lors de la mort de Cyrus; cette
circonstance nous enseigne que Darius naquit vers 550 av. J.-C. Il pouvait
donc avoir près de trente ans quand, après la mort de Cambyse
II, le pseudo-Smerdis, le mage Gaumates, usurpa le trône de Perse
pendant sept mois (mars à octobre 521 av. J.-C.). Il se lia avec
six autres nobles perses dont les noms, à une exception près,
sont rendus exactement par Hérodote, contrôlé par l'inscription
de Bisitun
: Otanès, Intaphernès, Megabyze, Hydarmès, Gobryas
et Ardomanes; au dernier, Hérodote substitue Aspathines qui, en
effet, jouissait plus tard tellement de la faveur du roi que son portrait,
figure sur le tombeau du monarque. Selon la légende, qui peut-être
a un fond historique, les six conjurés, après avoir tué
le mage à la forteresse de Sikhiachotis en Nisée, en Médie,
où l'imposteur s'était retiré, délibérèrent
d'abord sur la forme du gouvernement; après s'être décidés
pour la continuation de la monarchie, ils auraient résolu de reconnaître
roi celui d'entre eux, dont le cheval, au soleil levant, hennirait le premier.
Grâce à l'intelligence de l'écuyer de Darius, Oebares,
le cheval de ce prétendant aurait le premier satisfait à
cette condition, et Darius, fils d'Hystaspe, aurait été proclamé
roi des Perses.
Quoi qu'il en soit, Darius commença
à régner en octobre 521 av. J.-C. Nous avons au sujet des
débuts du règne de ce roi une bonne fortune absolument exceptionnelle.
Ce que peu de monarques ont fait dans l'histoire, Darius fit faire sur
le rocher de Bagastana, aujourd'hui Behistoun ou Bisitun ,
sa généalogie, la mention succincte des faits qui précédèrent
son règne et le récit détaillé des combats
qu'il eut à livrer pour affermir sa royauté. Cette relation,
rédigée en perse, en médique et en assyrien, a depuis
cinquante ans seulement rempli le but que l'auteur royal se proposait.
Darius doit à la révélation faite de ce texte par
Sir
Henry Rawlinson, d'être depuis la fin du XIXe
siècle mieux connu qu'il n'était pendant tous les siècles
où l'on ne lisait plus les inscriptions cunéiformes.
Immédiatement après la mort
du pseudo-Smerdis, et peut-être peu de jours auparavant, les Babyloniens
s'étaient rendus indépendants. Un nommé Nidintabel
s'était donné pour Nabuchodonosor, fils de Nabonid. Ce qui
est certain, c'est que nous possédons du règne de ce Chaldéen
une série de textes. Darius, après avoir étouffé
la révolte d'un nommé Athrinès, en Susiane ,
fit marcher une armée contre Babylone; la teneur ambiguë à
dessein du récit de Bisitun
fait supposer qu'il n'accompagna pas son armée dès le début.
Il avait d'ailleurs d'autres soucis plus pressants et supérieurs
au point de vue de sa politique. Il devait remettre en état les
lois anciennes, et rétablir le culte d'Ormuzd
que le mage, représentant de la réaction médique,
avait aboli. Déjà, aux mois de décembre et de janvier,
l'armée perse battit en deux batailles, l'une sur le Tigre, l'autre
sur l'Euphrate, les forces chaldéennes qui furent refoulées
et enfermées dans Babylone. Au dire des Grecs, Babylone résista
pendant vingt mois aux efforts des Perses; la ville fut prise, selon la
légende, par le dévouement de Zopyre qui se serait coupé
le nez et les oreilles, se serait donné aux Chaldéens comme
un transfuge, maltraité par Darius, auquel il aurait ouvert les
portes de la cité trop confiante en ses paroles. Darius fit subir
à Babylone une terrible punition; il tua ou asservit les habitants
rebelles, détruisit le mur extérieur et enleva les portes
d'airain de la seconde enceinte : au demeurant, il se regarda comme roi
de Babylone; il ne prit jamais cette qualification que vis-à-vis
des Babyloniens, mais ses textes, quand ils sont datés de Babylone,
ne remontent pas au delà du printemps de sa seconde année
de règne, c.-à-d. au mois d'avril 519 av. J.-C, époque
de la prise de Babylone.
Il quitta cette ville au mois d'octobre
519 pour châtier le mède Phraortes qui s'était proclamé
roi de Médie sous le titre de Sattarita, de la dynastie mède
de Cyaxarès. Dès la mort du mage, révoltée,
la Médie voulut recouvrer son ancienne suprématie, sa langue,
ses cultes. Trois généraux de Darius, Hydarnès, Dadarsès
et Onives, furent obligés successivement de livrer sept batailles,
victorieuses selon le récit euphémique de Darius; c'est le
roi lui-même qui prit le chef des Mèdes dans la capitale,
Rhages, après quoi il le fit exécuter cruellement à
Ecbatane
(Hamadan). D'autres révoltes avaient dit être réprimées:
une nouvelle en Susiane ,
une en Parthie ,
une autre en Margiane, même un second Sattarita surgit en Médie
et fut traité avec la même férocité que Phraortes
(517 av. J.-C.). Sérieuse encore fut la rébellion de la Perse
elle-même où un nouveau pseudo-Smerdis avait surgi dans la
personne d'Oeosdates dont Darius déclare lui-même qu'il fut
roi. En mai 517, il fut chassé, vaincu dans la bataille de Rakha;
Darius s'installa alors à Pasargade
et le fit poursuivre par son général Artavardes jusque dans
la Caramanie, le Laristan d'aujourd'hui, où il se maintint pendant
un an. L'imposteur fut battu à Paraga (Forg) et amené à
Chodaitchiya (Audedj), où il fut mis à mort. Mais ses adhérents
se retirèrent dans l'orient de l'empire, dans l'Afghanistan
actuel, et il fallut trois batailles pour en finir avec les rebelles qui
ne furent définitivement soumis qu'en mars 515 av. J.-C. Un an à
peu près plus tard, il surgit à Babylone un autre pseudo-Nabuchodonosor,
dans la personne d'un Arménien nommé Arakha : mais sa résistance
ne fut pas longue; il fut pris et crucifié avec ses adhérents,
au commencement de l'an 513 av. J.-C. Les Saces se révoltèrent
aussi, mais ils furent soumis par le général de Darius, Gobryas,
et leur chef Iskhunkha figure parmi les rebelles immortalisés sur
le roc de Bisitun .
La puissance de Darius était donc
établie sur les pays que Cambyse lui avait
légués, sauf sur l'Égypte
qui, d'après le texte du roi, se souleva, mais dont la soumission
n'est pas mentionnée par l'auteur du récit lapidaire. C'est
alors que Darius se montra grand administrateur, dans le sens moderne du
mot et même comme le plus ancien et l'un des plus habiles dont l'histoire
ait gardé le souvenir. Il est le premier qui ait établi un
pouvoir vraiment central, contrôlant et dirigeant les actes des satrapes
qui gouvernaient ses provinces. Darius nous dit qu'il régna sur
vingt-trois pays différents; Hérodote
nous apprend que ses vingt satrapies ne coïncidaient nullement avec
ces nationalités. Ces satrapies, nommées parties ou nomes,
étaient administrées par des préfets ou gouverneurs,
mais leur délimitation était faite de manière à
prévenir les soulèvements nationaux; les peuples apparentés,
parlant la même langue, étaient le plus souvent partagés
entre des nomes tout différents. Pour prévenir la rapacité
des satrapes et la ruine des provinces, Darius fixa la somme que chaque
nome devait verser au pouvoir central il départagea les prestations
en nature, en chevaux et autres objets des contributions en métal,
soit or, soit argent. A cet effet, il fixa le rapport constant de l'argent
à l'or comme celui de 13, 5 à 1.
Les provinces de son vaste empire n'étaient
pas toutes dans le même rapport vis-à-vis du pouvoir central;
les unes étaient directement administrées par le roi et ses
conseillers perses, les autres étaient gouvernées par les
indigènes du pays avec une sorte d'autonomie surveillée seulement
par l'autorité souveraine du roi. Les divisions directement gouvernées
étaient les second, quatrième, sixième, huitième,
neuvième, dixième, douzième, quatorzième, quinzième
et seizième nomes. Les pays qui relevaient ainsi directement de
la couronne étaient la Lydie, la Cilicie ,
l'Égypte ,
la Susiane ,
la Mésopotamie, la Médie, les pays du nord et les contrées
de l'est de la Perse, la Bactriane
et la Parthie .
C'étaient en général les pays qui, autrefois, avaient
joui d'une grande indépendance et dont on redoutait, non sans raisons,
les soulèvements nationaux. D'autres n'étaient que surveillées
par des satrapes, tout en gardant leur autonomie, leur constitution, même
leurs rois indigènes. Les villes grecques de l'Asie Mineure, la
Phénicie, appartenaient à cette catégorie : elles
étaient gouvernées par leurs magistrats, battaient monnaie,
s'administraient elles-mêmes et leur sujétion se bornait aux
tributs qu'elles envoyaient au grand roi. La Cappadoce ,
quoique citée par Darius lui-même comme l'une de ses provinces,
avait conservé ses propres rois, parents même des Achéménides
: telle était aussi la situation de l'Arménie. Les habitants
de l'Inde occidentale qui formaient la vingtième nome, jouissaient
d'une indépendance presque complète. Les tributs en argent
et or entrant dans le trésor royal, sont évalués par
Hérodote
à la somme de 14 560 talents d'argent.
Pour transmettre les ordres du pouvoir
central et pour correspondre plus directement avec les satrapes, Darius
introduisit des messagers réguliers se relayant entre eux, et une
correspondance télégraphique par signaux. Darius peut donc
passer à bon droit, sinon comme le premier inventeur, au moins comme
un des promoteurs les plus actifs des postes et télégraphes...
Telle était l'administration de
ce vaste empire fondé par Cyrus, dont
Darius recula encore les limites. Cyrus n'avait pas soumis les Arabes,
dont Darius annexa les tribus les plus voisines de la Mésopotamie
et de la Syrie. Il étendit aussi ses conquêtes au delà
de l'Égypte
sur la côte de la Libye ,
et Carthage
est probablement la ville désignée sous le nom de Karkâ
dans son inscription funéraire de Nakch-i-Roustam. Roi chaldéen
à Babylone, il était pharaon
en Égypte, et il médita et commença même l'oeuvre
de la jonction des deux mers à l'isthme de Suez qu'il tenta de percer
en partie. Il entreprit aussi, mais avec moins de succès que Nécho,
une circumnavigation de l'Afrique .
Partout il porta ses regards, en inspectant les progrès de l'agriculture
et l'élevage des animaux, et fit argent de tout, en sorte que les
Perses l'appelaient le Marchand.
Parmi les satrapes qui avaient des velléités
d'indépendance, se trouvait Oroitès, gouverneur de Lydie,
qui y avait été installé déjà par Cyrus
après la conquête de ce pays. Le satrape avait tué
Mitrabathès, gouverneur de Dascylion, et son fils, avait attiré
le tyran de Samos, Polycrate, l'avait fait crucifier et avait chassé
de Samos
le frère de ce dernier, Syloson. Darius fit tuer le gouverneur,
qui avait presque une autorité royale, par une ruse, et envoya une
armée pour établir à Samos Syloson qui jadis lui avait
rendu quelques services.
Après avoir organisé son
administration en Asie, Darius porta ses regards vers l'Europe. Il songea
d'abord à soumettre les pays au Nord et à l'Ouest du Pont-Euxin
et entreprit une expédition contre les Scythes qui habitaient cette
partie de l'Europe méridionale. En vain son frère Artaban
voulait le détourner de ce projet : le roi partit avec sept cent
mille hommes de Suse .
Il traita ses sujets avec une cruauté extrême, si les faits
rapportés à cet effet ont une base historique; il passa en
Europe sur un pont jeté par l'architecte Mandroclès de Samos .
L'armée traversa la Thrace et arriva aux bords du Danube, ou sur
un pont elle pénétra dans le pays des Scythes. Ceux-ci prirent
le parti de se retirer et de se laisser poursuivre; ainsi l'armée
perse arriva au Borysthènes (Dniepr) où enfin Darius fut
obligé de rebrousser chemin; son armée étant constamment
harcelée. Darius aurait été anéanti avec toute
son armée, si Histiée n'avait pas contrecarré les
projets des Grecs asiatiques de couper le pont sur le Danube (500 av. J.-C.).
Darius retourna en Asie, en laissant à Mégabyse une armée
de trente mille hommes qui soumirent la Thrace. Le monarque perse soumit
l'Inde des sept fleuves (Pendjab), et, avec une armée perse, conquit
la Cyrénaïque .
De grandes atrocités signalèrent la prise de Barca
dont les habitants furent transplantés d'Afrique en Bactriane .
Les dernières années de Darius
appartiennent presque entièrement à la Grèce et aux
colonies helléniques de l'Asie. Darius voulut châtier les
Ioniens
de leur participation à sa défaite et de leur déclaration
d'indépendance qui avait suivi l'expédition en Europe. Milet
fut prise et détruite (524), mais ce châtiment ne suffisait
pas à Darius, qui était surtout irrité contre les
Erétriens et les Athéniens, fidèles alliés
des Ioniens. A cet effet, Darius envoya sous Mardonius en 495 une armée
qui devait attaquer la Grèce, en traversant la Macédoine
: l'hostilité des Thraces contribua à la défaite de
cette armée : une flotte de quatre cents navires fut détruite
au mont Athos .
Les Cyclades s'étaient soumises, et Darius n'abandonna pas ses projets
de vengeance contre Athènes et Sparte, qui avaient renvoyé
ses hérauts délégués pour recevoir la soumission
de ces cités. Une grande armée, la troisième, attaqua
en 490 la Grèce sous Datis et Artaphernes;
les Cyclades se soumirent toutes, Erétrie fut saccagée, mais
la victoire des Athéniens à Marathon ,
sous le commandement de Miltiade, mit fin à cette expédition.
Darius, à la réception de cette nouvelle, s'apprêta
à diriger contre les Grecs une armée qu'il aurait commandée
en personne ( Les Guerres médiques ).
L'Egypte
s'étant soulevée sous Inaros, il
fut retardé : mais la mort l'atteignit pendant les préparatifs,
vers la fin de 485 av. J.-C., laissant à son fils et successeur
Xerxès
le soin d'exécuter ses projets.
Darius avait atteint à peu près
soixante-cinq ans; des dix femmes que nous lui connaissons, il laissa de
nombreux enfants. Avant son avènement, il avait épousé
une fille de Gobryas, dont il eut Ariobarzane et Artabignès : son
premier né fut écarté par Xerxès,
né le premier après son élévation, de la fille
de Cyrus, Atossa,
qui avait été la femme de Cambyse
et du pseudo-Smerdis; il eut pour fils, en dehors de Xerxès, Masistès,
Achéménès et Hystaspe. Il épousa aussi Artystone,
autre fille de Cyrus, laquelle fut sa femme préférée
et qui lui donna Gobryas et Arsamès; puis Parmys (abeille ),
fille de Smerdis, la mère d'Ariomardus. Il épousa aussi Phratagune,
sa nièce, fille de son frère Arsames, mère d'Abrocanas
et d'Hyperanthès, et n'oublia pas, à cause des services qu'elle
avait rendus en livrant le pseudo-Smerdis, Phédimé, la fille
d'Otanès. Parmi ses filles nous connaissons Artazostra, l'épouse
de Mardomus; une autre fille fut mariée à Artaxerxès
et nous ne connaissons pas la mère d'Artaxerxès, fils de
Darius. Nous connaissons donc encore les noms de quatorze enfants de Darius.
En dehors de ses exploits de conquérant,
Darius fut le constructeur des palais perses qui durèrent jusqu'à
Alexandre.
C'est lui qui bâtit les grands palais de Persépolis
et de Suse ,
et probablement aussi ceux de Taocé et de Gabae. Il inscrivait sur
ces édifices ses hauts faits en trois langues, en perse, en médique
et en assyrien. Il construisit la salle du trône gigantesque de Suse,
l'apadâna, qui fut détruite par un incendie sous Artaxerxès
Ier, et
rebâtie par Artaxerxès Mnémon.
Il perpétua la mémoire de son règne par l'inscription
trilingue de Bisitun ,
et par la stèle de Suez qui devait faire revivre son nom plusieurs
milliers d'années plus tard.
De nombreux textes sont datés de
son règne; c'est par milliers qu'on peut compter les textes juridiques
et commerciaux en caractères cunéiformes et qui fixent la
limite de son règne vers l'automne de 485 av. J.-C.
Les Persans, qui pendant les premiers siècles
de leur islamisation, ne se sont plus souvenu de leur histoire ancienne,
ont raccourci les trois Darius en deux Dârâ autour desquels
ils ont bâti des récits absolument fabuleux. Le premier est
le fils de Lohrasp (Auroadaepa en zend) qui vivait quelques milliers d'années
avant Darius, mais cet intervalle n'effrayait pas les historiens persans.
Les textes les plus intéressants
de Darius, après l'inscription de Bisitun ,
sont ceux gravés sur son tombeau à Nakch-i-Roustam, la nécropole
des rois perses, près de Persépolis .
Il y a l'énumération la plus complète des provinces
du vaste empire perse, y compris la Thrace, le Pont-Euxin et les îles
grecques. Lors de la construction de ce tombeau taillé dans le roc,
vers 500 av. J.-C., Hystaspe et sa femme vivaient encore : les parents
de Darius voulant visiter le tombeau, se firent hisser par des cordes,
mais les ouvriers effrayés par la vue de serpents, lâchèrent
prise, et les vieillards périrent. Darius fit tuer les maladroits
qui avaient causé la mort de ses parents. (J. Oppert). |
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