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Vespasien

Vespasien (T. Flavius Vespasianus), empereur romain (69-79 ap. J-C). Il naquit en Sabine le 18 novembre de l'an 9 ap. J.-C. Son père était de condition moyenne; sa mère était la soeur d'un sénateur romain. ll entra dans la carrière des honneurs. Il fut tribun militaire en Thrace, questeur dans la province de Crète et Cyrénaïque; à vingt-neuf ans il fut édile, un peu plus tard préteur. Vers la même époque, il épousa Flavia Domitilla, dont il eut deux fils, Titus et Domitien. Il fut ensuite chargé du commandement d'une légion en Germanie; puis il joua un rôle brillant dans la conquête de la Bretagne, sous Claude; en 51, il fut consul suffect; enfin sous Néron, il fut proconsul d'Afrique entre les années 62 et 65. Mais il faillit être condamné à mort, parce qu'il s'était endormi au théâtre pendant que Néron chantait sur la scène. Il fut un moment disgracié. Pourtant sa disgrâce fut de courte durée, puisque des l'année 66 Néron le désigna comme général en chef des troupes romaines de Syrie et de Judée. Les juifs venaient de se soulever contre la domination romaine et de chasser la garnison qui occupait Jérusalem; le gouverneur de Syrie, C. Cestius Gallus, avait subi de graves échecs. 

A l'arrivée de Vespasien, la situation changea. Aidé de son fils Titus, Vespasien mena la guerre avec une prudence et une habileté consommées. Il reconquit d'abord la côte et tout le Nord de la Palestine ; puis il s'empara de l'intérieur du pays, s'avança jusqu'au delà du Jourdain et cerna bientôt Jérusalem de toutes parts (66-68 ap. J.-C.). Sur ces entrefaites, Néron fut détrôné, chassé de Rome, réduit à se tuer; son successeur, Galba, après quelques mois de règne, fut massacré par les prétoriens; Othon, vaincu par son compétiteur Vitellius, se suicida, et l'Empire tomba dans une anarchie épouvantable. Ce fut alors que Vespasien, proclamé empereur à Alexandrie par le préfet d'Egypte, fut reconnu par toute l'armée d'Orient, puis par les légions de Mésie, de Pannonie et de Dalmatie. Il laissa à son fils Titus le soin de terminer la guerre de Judée; lui-même alla prendre possession de l'Egypte, tandis que ses lieutenants Antonius Primus et Mucien se dirigeaient rapidement vers l'Italie pour y abattre Vitellius. Les troupes de Vitellius furent vaincues à Crémone (octobre 69). Un affreux combat ensanglanta les rues de Rome. Le frère de Vespasien, T. Flavius Sabinus, fut massacré par la populace ; mais les partisans de Vespasien l'emportèrent à la fin. Vitellius fut tué, et Vespasien demeura seul maître de l'Empire. Le sénat le reconnut. Il fit son entrée solennelle à Rome en 70.

Sur le trône impérial, Vespasien se consacra tout entier au gouvernement du monde romain, et s'efforça de réparer les maux de la guerre civile. Le sénat avait été décimé, soit par Néron, soit pendant les luttes entre Galba, Othon et Vitellius: Vespasien, pour en combler les vides, y fit entrer beaucoup de provinciaux, ce qui infusa à l'aristocratie romaine un sang plus jeune et plus vigoureux. Il administra les finances avec une grande rigueur; on se moqua de sa parcimonie et des impôts qu'il créa; mais ce fut grâce à cette sévérité et à ces ressources nouvelles qu'il put réparer beaucoup de ruines, rétablir la paix dans tout l'Empire et laisser à sa mort le trésor public bien rempli. Rome avait beaucoup souffert pendant les années 69 et 70. Le Capitole avait été brûlé; une grande partie de la ville avait été détruite. Vespasien reconstruisit le Capitole; il répara les rues et les aqueducs; il éleva le temple de la Paix et commença le Colisée (Colosseum) ; il recula les limites du pomerium.

Les troubles qui avaient éclaté dans plusieurs provinces furent rapidement apaisés; deux guerres dangereuses furent terminées. Au Nord de la Gaule, les Bataves et les Frisons s'étaient révoltés en 69 à la voix de leur compatriote Civilis. Soutenus par plusieurs peuplades germaniques de la rive droite du Rhin, ils avaient infligé plusieurs défaites aux légions romaines; les Gaulois s'étaient alors soulevés sous la conduite de Classicus, de Tutor et de Sabinus. En 70, tout le Nord de la Gaule et tous les bords du Rhin étaient en feu. Heureusement Vespasien envoya contre les rebelles un officier actif et capable, Petilius Cerealis. La Gaule fut vite pacifiée. Sur le Rhin, la lutte dura plus longtemps. Civilis soutint avec vigueur le choc des armées romaines; à la fin pourtant il dut céder. Il obtint la vie sauve. Vespasien ne se montra pas cruel envers les insurgés; il ne punit que les chefs de la rébellion.

À l'autre extrémité de l'Empire, la guerre de Judée fut poussée avec vigueur par le fils de Vespasien, Titus. Jérusalem, bloquée par les légions, fut prise d'assaut après un combat acharné. La forteresse qui dominait la ville fut emportée. Les portiques du temple furent réduits en cendres, et le temple lui-même fut brûlé au mois d'août 70 avec tous les trésors qu'il contenait. Pendant plus d'un mois on se battit dans les rues. Jérusalem fut détruite, et une légion campa au milieu de ses ruines. 100 000 juifs furent emmenés prisonniers. Un arc de triomphe fut élevé à Rome pour perpétuer le souvenir de cette victoire sanglante; il est encore aujourd'hui debout, et sur l'un des bas-reliefs qui le décorent on reconnaît le fameux chandelier à sept branches (menorah) que les vainqueurs emportèrent du temple. De 70 à 79 l'Empire vécut en paix.

Malgré ces victoires et malgré le caractère globalement réparateur de son gouvernement, Vespasien eut des ennemis. Les philosophes, en particulier les Stoïciens, ne cessaient de regretter la République et d'attaquer l'Empire. L'empereur perdit patience et se montra cruel. Helvidius Priscus, l'un des plus nobles esprits de son temps, dut s'ouvrir les veines; d'antres philosophes furent bannis de Rome.
Vespasien mourut en 79. On raconte qu'avant de mourir il demanda à se lever, et dit :

« Un empereur doit mourir debout ».

(J. Toutain).
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Dictionnaire biographique
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