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L'histoire de la Syrie
et du Liban
La Syrie est un Etat depuis 1946. Mais l'étendue de la région géographique à laquelle on a donné le nom de Syrie (Aram en hébreu, Syria en grec, Souristan en turc,  et en arabe' Bahr-et-Chan, c. à d. pays de la gauche, par rapport à la Mecque) a varié à différentes époques. La Syrie propre, bornée au Nord par le Taurus (Turquie), à l'Est par la Mésopotamie, au Sud par la Palestine, et à l'Ouest par la Phénicie et la Méditerranée, était divisée en Coélésyrie, c. à d. Syrie creuse, entre le mont Liban et l'Anti-Liban, et Syrie supérieure, au Nord et à l'Est de la Coélésyrie. Depuis le Moyen Age, le nom de Syrie, au sens géographique, s'applique à un territoire qui correspond à peu près à ceux de l'actuelle Syrie (en gros la Syrie supérieure) et du Liban actuel, lui-même formé de l'ancienne Coélésyrie (auj. vallée de la Bekaa) et de la bande littorale qui correspond en partie à l'ancienne Phénicie.

La Syrie Antique

Proche des lieux de passage entre l'Afrique, d'où provient l'espèce humaine, et l'Eurasie, la Syrie a  été très tôt parcourue par des hominidés. Les plus anciennes traces connues, telles que des haches, découvertes à Nahr el Kebir, remontent à 800.000 ans (Acheuléen). On connaît aussi des pointesde pierre remontant au Moustérien. 

La Syrie de la Bible, ou pays d'Aram, ne comprenait d'abord que la région comprise entre l'Amanus, l'Euphrate, le Liban occidental, les sources du Jourdain et le désert. Quand les Perses eurent conquis le pays, les Grecs étendirent le nom de Syrie à la Phénicie, à la Judée, ainsi qu'à la Mésopotamie, qui prit le nom de Syrie des Rivières. Damas, Hamah et Arpad étaient à ce moment les principales cités syriennes. Tombée en 738 av. J.-C. au pouvoir de Téglat-Phalazar, la Syrie fut conquise parles Perses sous Cyrus. Pendant le règne de Darius, elle fit partie de la cinquième satrapie, avec Sidon pour capitale. Alexandre traversa le pays en 333. Après la destruction de l'empire perse, la Syrie forma en 301, sous Séleucus Ier, le royaume de Syrie, qui comprenait, outre la Syrie propre, presque toute l'Asie Mineure et la haute Asie, de l'Euphrate à l'Indus. Mais, sous le règne du premier successeur de Séleucus, Antiochus Soter, ce trop vaste empire se démembra; le royaume de Pergame se déclara indépendant; de même, peu après, les Bactriens et les Parthes.

De 222 à 186, Antiochus II réussit à reprendre aux rois d'Egypte la Phénicie et la Palestine et à soumettre une partie des côtes grecques de l'Asie Mineure. Mais il n'allait pas tarder à se heurter à la puissance romaine. Battu aux Thermopyles (191) et à Magneni (190), il perdit l'Asie Mineure jusqu'au Taurus. Bientôt, la Palestine se soulevait sous les Macchabées les Parthes faisaient, à l'Est, d'incessants progrès. Les Syriens, fatigués de tant de vaines luttes, s'étaient donnés à Tigrane, roi d'Arménie, lorsque Pompée passa en Asie pour combattre Mithridate. Le général romain eut facilement raison de Tigrane, et la Syrie fut réduite en province romaine avec Antioche pour capitale. Le voisinage des Parthes empêcha la Syrie de recueillir de la domination romaine la même prospérité que les autres parties de l'empire. Un moment séparée de Rome (Antoine l'avait donnée à un fils qu'il avait eu de Cléopâtre), elle fut de nouveau rattachée à l'Empire par Auguste. Elle subit d'ailleurs particulièrement sous les règnes de Vespasien et d'Hadrien, plusieurs remaniements administratifs. 

Bientôt tranquillisée du côté des Parthes, grâce aux victoires de Trajan et de Septime-Sévère, soumise à une administration régulière, la Syrie parvint à un haut degré de prospérité. Elle donna à Rome la famille des empereurs dits syriens, depuis Septime-Sévère jusqu'à Alexandre Sévère. Mais la fondation du second empire des Perses sur les ruines de celui des Parthes fut pour elle la source de nouveaux désastres. C'est à grand peine qu'Aurélien, Dioclétien, et plus tard Justinien repoussèrent les invasions des Perses en Syrie. Leurs victoires, de même que celles d'Héraclius, n'arrachèrent la Syrie des mains de ces envahisseurs que pour la laisser tomber dans celles des Arabes (638).

Arabes, Byzantin et turcs

Le calife Omar vint en Syrie pour arrêter les bases de cette conquête et fixer le sort des populations non musulmanes. Les arrangements conclus survivent en partie. La terre fut frappée du kharadj ou impôt foncier, et les non musulmans de la djizya ou capitation. Les divers cultes étaient tolérés avec certaines restrictions, en particulier de ne pas édifier de nouveaux sanctuaires. En revanche, la sûreté des personnes et des biens devait être assurée par la communauté musulmane qui restait chargée de la défense du territoire. Mouaouiya fait de Damas le siège du califat (dynastie des Omeyyades). Aux anciennes divisions du pays se substituent les provinces de Hims (Emèse), de Damas, de Qinnesrin et les confins militaires, chef-lieu Antioche. Quand les Abbassides eurent transporté à Bagdad le centre de l'empire, la Syrie retomba dans ses éternelles vicissitudes : division du pays en petits Etats rivaux dont les empires voisins se disputent la suzeraineté.

A part les succès passagers des Byzantins et la domination franque rapidement entamée par Nour ed-Din et détruite par Saladin (1023-1079), la Syrie sera disputée par les princes de Mésopotamie et les califes ou sultans d'Egypte. Les Hamdanides de Mossoul s'installent à Alep (944-1003), et cette ville est incorporée en 991 à l'Egypte par les Fatimides qui possédaient le reste de la Syrie. Les Mirdasides (1023-1079) fondent une nouvelle dynastie à Alep. Les Ogailides font aussi sentir leur pouvoir dans la Syrie du Nord, puis les Seldjoukides occupent les mêmes régions (1094-1117). Des dynasties d'officiers seldjoukides se rendent presque indépendantes : les atabeks Bourides (1103-1154) à Damas, remplacés par les Zanguides (1146-1181) dont était le célèbre Nour ed-Din. Peu après sa mort, Saladin, qui venait de fonder en Égypte la dynastie des Ayyoubites, s'empara de toute la Syrie, d'une part sur les successeurs de Nour ed-Din, de l'autre sur les croisés (principauté d'Antioche et comté de Tripoli). 

Sous tous ces princes, certaines régions, entre autres les cantons montagneux, restaient indépendants : les Ismaéliens ou Assassins, installés dans la montagne nosairî, se rendaient particulièrement redoutables. En 1260, les Mongols, sous Houlagou, s'emparent des régions d'Alep et de Damas. Les sultans mamelouks d'Egypte qui possédaient la Syrie finissent par les repousser. En même temps, Bibars et Qilaoun chassent définitivement les Francs de Syrie (1291). En 1400, nouvelle invasion des Mongols sous Tamerlan un grand nombre de Syriens, entre autres les fameux armuriers de Damas, sont emmenés à Samarcande. Sélim Ier, sultan ottoman, s'empare de la Syrie en 1517 sur les sultans mamelouks. 

L'éloignement  de Constantinople, a exposé la Syrie, à plusieurs reprises, à des révolutions sanglantes. L'émir druze Fakhreddin (1635), le fameux pacha Djezzar (1795), voulurent s'y rendre indépendants. 

Bonaparte en tenta inutilement la conquête en 1798; Méhémet-Ali, vice-roi d'Egypte, l'enleva à la Porte de 1833 à 1841

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Druzes et les Maronites, qui sont les restes de l'ancienne population indigène, et auxquels les sultans avaient accordé des chefs de leur nation (1842), s'y sont livrés, par antipathie religieuse, à des hostilités sanglantes, où le gouvernement turc a joué un rôle déplorable (1860-1861). Les Druzes, plus nombreux et soutenus en leur qualité de musulmans par la connivence tacite du général Osman-Bey, du gouverneur de Beyrouth, Kourchid-Pacha, de celui de Damas, Ahmed-Pacha, livrèrent à un massacre horrible les chrétiens de ces deux villes et de tout le Liban, qui trouvèrent pour premier défenseur Abd-el-Kader. A cette époque, l'antagonisme de la France et de l'Angleterre avait déjà trouvé dans la région un nouveau territoire pour s'exprimer.

Les intrusions européennes. Le mandat français

La Syrie et le Liban sous le régime turc.
Depuis leur établissement en Inde, les Anglais ont disputé à la France la situation privilégiée qu'elle tenait en Syrie des capitulations. La Syrie les attirait non seulement en raison de sa situation dans le bassin de la Méditerranée orientale, mais surtout parce qu'elle est l'entrepôt des marchandises du Proche et du Moyen Orient, le point d'aboutissement des routes du désert, et qu'elle commande les routes qui vont de l'Egypte à l'Inde. Bonaparte avait tenté de la libérer, et, en 1805, il y avait envoyé la mission Lascaris, pour détacher les Bédouins de la sujétion ottomane. En 1832, Louis-Philippe avait soutenu Méhémet-Ali, en révolte contre le sultan. La Syrie fut conquise par Ibrahim-Pacha, fils de Méhémet-Ali ; mais la Quadruple Alliance obligea le vice-roi d'Égypte, quoique victorieux, à évacuer le soi syrien.

Le Liban, depuis la conquête ottomane, avait gardé son autonomie sous des émirs héréditaires, mais tributaires de la Porte. Jusqu'en 1840, il n'y eut pas de conflit irrémédiable entre les populations du Liban, entre Druzes et Maronites. Ceux-ci, catholiques latins, ont toujours revendiqué la protection de la France. Ceux-là, qui descendent des partisans du calife fatimide El Hâkim, forment une secte dissidente et sont belliqueux autant que fanatiques. Ayant à défendre leur indépendance, ils ont souvent fait cause commune et obéi mêmes chefs féodaux comme l'émir Bechir le Grand, mais il faut peu de chose pour les exciter les uns contre les autres. Les Druzes massacrèrent les Maronites en 1843 et surtout en 1860 : ils firent alors près de 8000 victimes dans le Liban et autant à Damas : ils étaient soutenus par la Turquie et ils escomptaient l'appui de l'Angleterre. La France envoya une escadre à Beyrouth et un corps expéditionnaire, sous les ordres du général d'Hautpoul. Il n'eut pas à combattre, car le sultan expédia en Syrie son ministre des Affaires étrangères, Fouad-Pacha, qui punit lui-même les coupables, mais permit aux Druzes de se réfugier dans le Leja et le Hauran. L'Angleterre obtint de Napoléon III le rappel du corps expéditionnaire, et une commission européenne élabora, en 1861, un règlement organique qui fut, de 1864 à 1914, la charte du Liban. 

La Montagne était érigée en moutessarifat autonome, avec un gouverneur chrétien, proposé par la Porte et agréé par les puissances. Celui-ci était assisté d'un conseil élu chargé de répartir l'impôt et de contrôler le budget. Lord Dufferin insista pour réduire à l'excès l'étendue territoriale du Liban, dont furent détachées les plaines de Tripoli et d'Akkar, la Bekaa (Coélésyrie), Beyrouth et Saïda, pourtant peuplés de chrétiens. Sans avenir dans l'Empire ottoman, Libanais et Syriens émigrèrent en masse et fondèrent des colonies en Égypte, en Amérique, en Australie. Plus de 500 000 Syriens débarquèrent dans l'Amérique du Sud, surtout au Brésil. D'autre part, l'influence française s'implanta dans le pays grâce à une multitude de fondations religieuses et scolaires, qui enseignèrent le Français à la jeunesse syrienne, musulmane ou chrétienne, de leur côté, la mission laïque, l'Alliance israélite ouvrirent des écoles. En 1914, on comptait, en Syrie et en Palestine, 500 établissements que fréquentaient 50.000 élèves. L'université de Beyrouth, créée en 1875 par les Jésuites, comprenait un collège d'enseignement secondaire, une faculté de médecine, une école de droit et une école d'ingénieurs. Rivale de l'université française, une université américaine, avec une faculté de médecine luxueusement outillée, s'efforça d'attirer la clientèle chrétienne et musulmane.

Quant au gouvernement ottoman, il ne sut guère qu'opprimer populations. Elles furent terrorisées sous Abdul Hamid, comme les autres populations de l'Empire, et leurs délégués firent vainement entendre leurs doléances en 1876 devant l'éphémère Parlement de Constantinople. En 1896, il fallut envoyer dans la plaine du Hauran et dans le Djebel 30 000 hommes pour réprimer une révolte des Druzes, et une nouvelle insurrection éclata en 1911.

Le nationalisme syrien.
La révolution turque de 1908, d'abord saluée avec joie par la Syrie parce qu'elle proclamait l'égalité politique des nationalités, se révéla bientôt par les massacres de 1909 à Antioche, à Alexandrette, à Alep, à Lattaquieh, comme une nouvelle entreprise de panturquisme, hostile à l'autonomie syrienne. En 1912, la Syrie, invitée par le grand vizir Kiamil-Pacha à formuler ses revendications, nomma un comité de réformes et élabora un programme qui fut considéré comme trahison envers le sultan. Mais un congrès arabo-syrien se tint à Paris en 1913, et, de cette époque, date le nationalisme syrien, tout à fait distinct du panarabisme.

Pendant la Première Guerre mondiale, le gouvernement turc soumit la Syrie au régime de la famine, des cours martiales, des pendaisons et des déportations. Elle fut le quartier général des germano-turc et de Djemal-Pacha commandant la IVe armée, qui, muni de pleins pouvoir, condamna à mort de nombreux patriotes syriens, suspects de sympathie four la France. La famille d'Abd-el-Kader fut décimée par ses ordres.

L'intrigue Fayçalienne.
Après la rupture du front germano-turc de Palestine, la Syrie et le Liban furent occupés par les forces britanniques et par le corps expéditionnaire français. Georges Picot fut chargé des fonctions de haut commissaire. Le voyage de Fayçal à Paris provoqua l'envoi en Syrie par la Conférence de la paix, sur la proposition du président Wilson, d'une commission d'enquête en Orient. Le plébiscite de 1919, contrôlé par les autorités anglo-arabes, tourna à l'avantage de la France; une majorité de chrétiens, de juifs et même de musulmans, se prononça en faveur du mandat français. 180 000 personnes étaient mortes de faim pendant la guerre : les premiers secours furent apportés par les Français au Liban et dans la zone côtière qu'ils occupaient.

En 1920, quand les troupes françaises eurent relevé les troupes britanniques en Cilicie et en Syrie, les autorités françaises se trouvèrent aux prises avec un double danger : au nord, les nationalistes turcs embrigadaient des bandes et harcelaient garnisons françaises; à l'est, Fayçal levait des taxes dans la Bekaa, établissait la conscription, massacrait les protégés de la France, attaquait ses détachements et prétendait interdire aux Français l'usage de la voie ferrée Rayak-Alep, seule artère de ravitaillement de leurs troupes de Cilicie. 

S'appuyant sur le parti extrémiste arabe, Fayçal, jetant le masque, refusait de collaborer avec les Français et affichait nettement son désir de les expulser. Le 8 mars 1920, un congrès qualifié de national, réuni à Damas, le proclama roi de Syrie. Le général Gouraud, haut commissaire depuis le mois de novembre 1919, lui adressa, le 24 juillet 1920, un ultimatum auquel Fayçal répondit par un ordre d'attaque à ses troupes; la victoire de Khan-Maisaloun, remportée par la division Goybet, mit en déroute l'armée chérifienne, et Fayçal, déposé, fut recueilli par les Anglais. Il devait recevoir en 1921 un trône arabe en Irak, tandis que son frère Abdallah, devenu émir de Transjordanie, dirigeait d'Amman, contre le mandat français, une propagande allant parfois au crime; sur la route de Kuneitra le général Gouraud, lui-même, faillit être victime d'un attentat.

L'échec de Fayçal ne devait pas mettre fin à l'intrigue hedjazienne en Syrie. En 1924, le malik Hussein tenta de se faire proclamer calife et roi des Arabes et de provoquer un mouvement insurrectionnel chez les Syriens. Cette manoeuvre échoua grâce à la vigilance du général Weygand.

Les accords relatifs à la Syrie.
A la suite de l'accord d'Ankara (20 octobre 1921), la France évacua la Cilicie, que ses troupes avaient défendue contre les Turcs et au nom de liens affichés remontant, comme pour la Palestine, à l'époque des Croisades.

La frontière turco-syrienne fut délimitée par une ligne partant de Payas, près d'Alexandrette, passant au nord d'Alep, à Nissibin, et joignant le Tigre à Djézireh-ibn-Omar.

Le président du Conseil français, Clemenceau, avait accepté pour la Palestine le mandat britannique et le passage de la région de Mossoul dans la zone anglaise : Millerand se considéra comme lié par les engagements de son prédécesseur et signa, en conséquence, le 24 avril 1920, la convention de San-Remo.

Par la convention franco-britannique du 23 décembre 1920, la frontière syro-palestinienne fut modifiée, au détriment de la Syrie, et la frontière avec l'Irak se trouva fixée par une ligne reliant Aboul-Kemal à Feichkanour, sur le Tigre.

Un accord, dit tripartite, avait été signé à Sèvres, le 10 août 1920, entre la France, l'Angleterre et l'Italie. Il avait pour objet de définir « les intérêts spéciaux » de l'Italie en Anatolie méridionale, ceux de la France en Cilicie et dans la partie occidentale du Kurdistan limitrophe de la Syrie, jusqu'à Djézireh-ibn-Omar. La zone française s'étendait au nord jusqu'au delà de Sivas, au Nord-Est jusqu'à l'Euphrate oriental, à l'est jusqu'au Tigre; la zone italienne s'étendait depuis la zone des Détroits et du territoire de Smyrne (Izmir) jusqu'à un point du littoral situé à la longitude du golfe d'Adalia.

Le mandat français.
Par application de l'article 22 du pacte de la Société des Nations, le mandat sur la Syrie fut attribué à la France par la Conférence de San-Remo (25 avril 1920), dont la Société ratifia la décision le 24 juillet 1922.

La France eut ainsi la charge de faire respecter l'intégrité territoriale de la Syrie, de diriger ses relations extérieures, d'y faire régner l'ordre et la sécurité à l'intérieur, de lui donner une organisation politique et administrative propre à préparer son indépendance future, de la doter d'un statut organique. Elle s'est acquittée de ce lourd devoir, malgré de grandes difficultés qui ne furent pas toutes d'origine orientale. La frontière a été plusieurs fois menacée par des bandes venues de Turquie ou de Transjordanie des troubles et des insurrections ont éclaté chez les Alaouites. qui réclamaient le protectorat français; chez les Métoualis, au Chouf, au Djebel Druze . Dans la région de Damas, de Homs et de Hama. Un parti révolutionnaire syrien a fait à la puissance mandataire une opposition systématique. Le principal organe des mécontents, le comité syro-palestinien du Caire, a plusieurs fois saisi le conseil de la Société des Nations de ses récriminations. Les événements sanglants qui ont troublé la Syrie et le Djebel Druze en 1925 et en 1926 sont en partie son oeuvre.

L'organisation territoriale du pays a passé par plusieurs étapes depuis l'origine du mandat. La Syrie s'achemine vers une unité qui a été retardée par des divergences de religion et de clans.

Après l'expulsion de Fayçal et sans attendre même la complète pacification du pays. le général Gouraud créa l'État du Grand Liban, I'Etat de Damas, l'État d'Alep. Le territoire des Alaouites forma un territoire autonome, et la région septentrionale, où se déroulaient encore des opérations, tut constituée en Confins militaires. En 1922 fut créé l'Etat indépendant du Djebel Druze. Sur l'initiative de Robert de Caix, secrétaire général, les Etats syriens, à l'exception du Grand Liban et du Djebel Druze, furent groupés en une Fédération dont le président était le chef du pouvoir exécutif. Chaque Etat eut à élire un conseil représentatif et envoya ses délégués au conseil fédéral. Les gouvernements locaux furent chargés de l'administration des États. leurs décisions devant être soumises à la puissance mandataire, responsable devant la Société des Nations.

Le général Weygand, qui succéda au général Gouraud en 1923 au haut commissariat de Beyrouth et au commandement en chef de l'armée du Levant, tut saisi, dès son arrivée, des griefs des Syriens contre I'organisme fédéral, qu'ils jugeaient coûteux et inutile. Tenant compte des vœux qui lui étaient exprimés, et après avoir consulté le gouvernement, il supprima la Fédération, réunit en un seul les Etats d'Alep et de Damas, tondit en une assemblée unique leurs deux conseils représentatifs. proclama à Lattakieh l'indépendance de l'Etat des Alaouites et maintint l'autonomie de l'État du Grand Liban.

La justice fut réorganisée et améliorée par la création de juridictions administratives et l'introduction de magistrats français dans les tribunaux locaux. L'essor économique fut encouragé par le deveIoppement de la culture du coton, le reboisement, les facilités accordées à l'estivage des Egyptiens, la sécurité des routes, l'ouverture des communications nouvelles avec l'Irak et la Perse, la signature de conventions de transit et d'accords douaniers avec la Palestine et avec l'Irak.

Le général Sarrail, appelé par le ministère Herriot, en décembre 1924, à la succession du général Weygand, fut aux prises, en juillet 1925, avec une redoutable insurrection druze. La rébellion disposait de fonds considérables, d'armes et de munitions. L'échec de la colonne Michaud (août 1925) provoqua le rappel du général Sarrail, à qui succéda un haut commissaire civil, Henri de Jouvenel. La prise de Soueida (25 avril 1926) par les troupes françaises porta un coup sérieux à la révolte druze.

La Commission permanente des mandats, chargée d'examiner les rapports annuels des puissances mandataires, déclarait, le 11 novembre 1925, dans son rapport à la Société des Nations :

La Commission a constaté avec satisfaction le succès avec lequel la Puissance mandataire s'est appliquée à conformer son administration aux termes du mandat. Elle a suivi pour l'élaboration d'un statut organique qu'elle est en train de réaliser une méthode qui lui permet d'écarter les difficultés d'ordre historique et politique, tout en tenant compte de l'organisation déjà établie par l'autorité qui l'avait précédée, ainsi que des différences ethniques et géographiques des diverses régions du pays.

La Puissance mandataire s'est efforcée d'appliquer avec la population dans la mesure la plus large, tout en gardant la possibilité de faire prévaloir sa volonté, afin d'assurer la tutelle que lui impose le pacte " jusqu'au moment où les populations seront capables de se conduire seules".

La fin du mandat français au Liban.
Le Liban, déjà séparé administrativement du reste de la Syrie par le général Gouraud depui le 1er septembre 1920, inaugura la marche vers l'indépendance. Le 26 mai 1926 fut constituée la République libanaise, dont le premier président est un Grec orthodoxe, Charles Debbas. Dès ce moment, une répartition des pouvoirs selon l'appartenance confessionnlle ou communautaire se met en place. L'exécutif est partagé entre un chrétien maronite (le président de la République) et un musulman sunnite (le chef du gouvernement). Cette tradition, qui s'étend dans de nombreux domaines de la politique et de l'administration sera la source de nombre des maux dont n'a cessé ensuite de souffrir le pays : incapacité de l'action politique, corruption, clientélisme.

Malgré la proclamation de la république, la France refuse de renoncer à son mandat. Un vote du Parlement français, encore en 1936, rejette cette éventualité. Au moment de la Seconde Guerre mondiale, des combats opposent au Liban comme en Syrie les forces de Vichy aux Britanniques et au combattants de la France Libre (juillet 1941). Le général Catroux, commandant en chef des Forces Françaises libres au Levant, proclame l'indépendance du pays le 26 novembre de cette même année. Béchara el-Khouri (1890-1964), devient président de la République. Le 10 novembre 1943, le haut-commissaire gaulliste le fait arrêter jusqu'à ce que l'indépendance soit proclamée une nouvelle fois le 22 novembre 1943 (elle deviendra effective le 1er janvier 1944). Les Libanais s'unissent et proclament le Pacte national. Le Liban adhère à la Ligue arabe en 1945, et les dernières troupes françaises évacuent le pays l'année suivante.

L'accession à l'indépendance de la Syrie.
Pour ce qui concerne la Syrie proprement dite, une constitution républicaine est adoptée en 1930, la proclamation de l'indépendance a lieu en 1941, mais ce n'est finalement qu'en 1946 que cette indépendance est effective, avec le retrait par les Nations Unies du mandat qui avait été confié à la France.

A partir de 1925, un mouvement révolutionnaire mené par Abd ar-Rahman Chakhandar commence à revendiquer l'indépendance du pays, dont la France accepte le principe. En 1928, les nationalistes remportent une victoire aux elections, et 1930 une constitution est promulguée par le haut-commissaire français. En 1936 un traité d'amitié perpétuelle franco-syrien est signe, mais la France sursoit à sa ratification.

En 1937 la France et la Turquie s'entendant sur l'autonomie du territoire d'Iskenderun (Alexandrette), à population turque majoritaire. La rétrocession à la Turquie de ce territoire sera effective en 1939. Dans l'intervalle, le gouvernement syrien a démissionné et le haut-commissaire Puaux prend la tirection d'un directoire après avoir suspendu la constitution. 

En 1941, le parti nationaliste demande l'indépendance. Khalid Al-Azam est nommé à la tête du gouvernement par la France. Victoire des nationalistes aux élections. Au mois de juin de cette même année, les forces britanniques, auxquelles se sont jointes des Forces françaises libres, affrontent dans de durs combats l'armée de Vichy stationnée en Syrie et du Liban. A la fin de l'année, après que les Alliés aient pris le dessus, comme pour le Liban, une indépendance de principe de la Syrie est proclamée par le général Catroux.

En 1943 Choukri al-Kourvatli (Sûkri al-Quwwatli) devient président de la République. En 1945 des troubles enflamment Damas et d'autres villes. Les Français bombardent la capitale; les Britanniques interviennent. La situation se calme avec le renoncement de la France à ce qui reste de son administration mandataire, qui n'est plus reconnue par les Nations Unies. Les dernières troupes françaises quittent la Syrie en 1946.

Le Liban depuis 1943

Au cours des années qui suivent l'indépendance, le pays,  présidé par  Béchara al-Koury, avec  Riad Bey Solh comme président du Conseil, connaît de nombreuses convulsions. Riad Solh est assassiné le 16 juillet 1951 par les membres d'un parti fascisant, le PPS (Parti populaire syrien), fondé en 1932 par Antoun Saadé. Le 19 septembre, Béchara al-Koury démissionne. Un gouvernement provisoire est alors formé (septembre 1952) par le général Fouad Chehab (1902-1973). Le 1er mars 1957,  Camille Chamoun devient le nouveau président. Mais la crise intérieure s'amplifie encore en mai 1958 avec l'assassinat du dirigeant communiste Narrib Metrib, qui provoque l'éclatement d'une première guerre civile. Chamoun demande leur assistance aux Etats-Unis qui envoient des troupes le 15 juillet. La guerre civile s'éteint progressivement, après que Fouad Chehab ait repris (31 juillet) les rennes du pouvoir qu'il conservera (malgré un la tentative de coup d'Etat,  en décembre 1961, du PPS et de l'armée) jusqu'en 1964, date à laquelle il est remplacé par Charles Hélou.

A cette époque la question palestinienne devient de plus en plus aigue. Le Liban compte une très importante population de réfugiés palestiniens, répartis dans des camps, et sert de base arrière aux force de l'OLP qui combattent militairement Israël.  Bien que menant, au sein de la Ligue Arabe, une politique de modération vis-à-vis d'Israël, le Liban subit, à cause de sa situation intérieure, les représailles de l'Etat hébreu, qui elles-mêmes provoquent des divisions au sein de la classe politique libanaise et une montée des tensions entre les différentes communautés. A partir de 1975 une guerre civile dévastatrice se déclenche, qui ne prendra fin qu'en 1990.

Après la guerre civile, le Liban a fait des progrès dans la reconstruction de ses institutions politiques. En vertu des Accords de Taëf - le plan de la réconciliation nationale (1989) - les Libanais ont mis en place un système politique plus équitable, notamment en accordant aux musulmans un plus grand poids dans le processus politique tout en institutionnalisant les divisions confessionnelles au sein du gouvernement. Depuis la fin de la guerre, la plupart des milices ont été réduites ou dissoutes, à l'exception du Hezbollah, qui est une organisation chiite, et des groupes militants palestiniens. 

Depuis la guerre civile, la Syrie entretenait au Liban de nombreuses troupes. Les Accords de Taef, entérinés par la Ligue Arabe, autorisaient le maintient d'encore 16000 soldats syriens, principalement à l'est de Beyrouth et dans la vallée de la Bekaa.  Mais le retrait d'Israël du Liban sud en mai 2000 et le vote par le Conseiul de sécurité des Nations Unies, en septembre 2004, de la résolution n° 1559, qui demandant à la Syrie de se retirer du Liban et de mettre fin à son ingérence dans les affaires libanaises, ont encouragé certains groupes libanais à exiger que la Syrie retire ses forces. L'assassinat de l'ancien premier ministre Rafik Hariri et de 22 autres personnes, en février 2005, a amplifié la contestation et  a conduit à des manifestations massives à Beyrouth contre la présence syrienne (« la Révolution du Cèdre »). La Syrie a fini par consentir à retirer le reste de ses forces militaires en avril 2005

En mai-juin 2005, les premières élections législatives libre de toute ingérence étrangère depuis la fin de la guerre civile ont donné la majorité au bloc dirigé par Saad Hariri, le fils du premier ministre assassiné. En juillet 2006, le Hezbollah a enlevé deux soldats israéliens au menant à un conflit de 34 jours avec Israël, dans lequel environ 1200 civils libanais ont été tués. La résolution du Conseil de sécurité n° 1701 a mis fin à la guerre en août 2006, et les Forces armées libanaises (FAL) ont été déployés dans tout le pays pour la première fois depuis des décennies. Elles ont été chargées,avec l'aide de la  Force intérimaire de nations Unies au  Liban (FINUL), de la sécurisation des frontières du Liban contre la contrebande d'armes et le maintien d'une zone exempte d'armes dans le sud du pays. 

De mai à septembre 2007, l'armée libanaise a combattu contre le groupe extrémiste sunnite Fatah al-Islam dans le camp de réfugiés palestiniens dee Nahr al-Barid. Elle a remporté une victoire décisive, mais au prix de la destruction du camp et du déplacement de 30.000 habitants palestiniens. En novembre de la même année, la démission du président Emile Lahoud et les dissenssions qui s'en sont suivies pour lui désigner un successeur a créé un vide politique plusieurs mois. Il faudra attendre mai 2008 pour qu'ait lieu l'élection à la présidence du général Michel Sulayman, suivie de la formation d'un nouveau gouvernement d'union en  juillet 2008. Les élections législatives de juin 2009 ont de nouveau donné la victoire au bloc dirigé par Saad Hariri. Après des négociations qui se sont prolongées pour la composition du cabinet, un gouvernement d'union nationale a finalement été formé en novembre 2009 et approuvé par l'Assemblée nationale le mois suivant.

Inspirée par les révoltes populaires contre les dictatures qui ont débuté fin 2010 à travers le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, des marches et des manifestations ont également eu lieu au Liban. mais celles-ci visaient plutôt l'organisation confessionnelle du système politique. Bien que les protestations aient eu un certain succès, elles sont restées limitées en taille et n'ont pas réussi à changer le système. Elles ont seulement débouché sur la chute du gouvernement d'union nationale dirigé par le premier ministre Saad Hariri en février 2011. Après plusieurs mois consacrés à gérer les affaires courantes, le gouvernement a nommé Najib Miqati comme nouveau premier ministre.

La Syrie depuis 1946

Le nouveau pays manquaient de stabilité politique et a connu une série de coups d'État militaires au cours de ses premières décennies. Insensiblement, la Syrie est entrée dans l'aire d'influence de l'Union soviétique, sans que le partie n'y acquière cependant de de l'importance. Le pouvoir est plutôt passé entre les mains d'un parti socialiste et panarabe, le Baas (ou Baath), fondé par Michel Aflak (1910-1989). C'est sous la houlette de ce partie que la Syrie s'est unie à l'Égypte de Nasser en février 1958, pour former la République arabe unie. En septembre 1961, après un nouveau coup d'État, ces deux entités se sont séparées, et la République arabe syrienne a été rétablie.

Lors de la guerre israélo-arabe de 1967, la Syrie a perdu le plateau du Golan au profit d'Israël. En novembre 1970, Hafez el-Assad, un général membre du parti Baas et issu de la minorité alaouite, a pris le pouvoir par un coup d'État sans effusion de sang. Un régime autoritaire, verrouillé par des Alaouites, s'est mis en place. Présente au Liban depuis 1976, l'armée syrienne a fortement été impliqué dans la guerre civile qui s'y est déroulée jusqu'en 1889. L'autre axe de la politique étrangère de la Syrie à cette époque aura été à l'encontre d'Israël. Cela n'a pas empêché, au cours des années 1990, que la Syrie et Israël aient eu des pourparlers de paix ponctuels sur la restitution du Golan.

Après la mort du président Hafez el-Assad, son fils, Bachar el-Assad, a pris sa succession. Un passage de relais approuvé pour la forme par un référendum populaire en juillet 2000. Les troupes syriennes encore stationnées au Liban ont été retirés en avril 2005. Au cours de la juillet-août 2006, au moment du conflit entre Israël et le Hezbollah, la Syrie a placé ses forces militaires en état d'alerte, mais elles ne sont pas intervenues directement pour le compte de son allié le Hezbollah. En mai 2007, Bahar el-Assad a été élu à un deuxième mandat en tant que président. 

Sous l'influence, ici aussi, des soulèvements qui ont agité le monde arabe à partir de la fin 2010, des manifestations antigouvernementales ont éclaté dans la province méridionale de Da'ra en mars 2011 pour appeler à la légalisation des partis politiques, à l'élimination de la corruption des fonctionnaires locaux et à l'abrogation de la loi d'urgence permettant des arrestations sans inculpation. Depuis lors, des manifestations et des troubles se sont étendus à presque toutes les villes en Syrie, mais l'ampleur et l'intensité des protestations ont fluctué au fil du temps, et Alep et Damas sont restées relativement calmes. 

Le gouvernement a réagi à l'agitation avec un mélange de répression et de concessions - notamment l'abrogation de la loi d'urgence, l'approbation de lois autorisant de nouveaux partis politiques et la libéralisation des élections locales et nationales. Cependant, l'opposition n'a pas obtenue la démission qu'elle demandait de Bachar el-Assad. De plus, la poursuite de la répression a débouché à des affrontements de plus en plus violents entre les forces gouvernementales et les opposants. 

En novembre 2011, la pression internationale sur le régime s'est intensifiée. Les 22 pays de la Ligue arabe, ainsi que  la Turquie, ont voté pour imposer des sanctions économiques à la Syrie. L'ancien Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, mandaté conjointement par les Nations Unies et la Ligne arabe a rencontré le président Assad en mars 2012 pour proposer un cessez-le-feu qui comprenait le retrait des troupes gouvernementales des villes et des villages syriens. Le même mois, la Commission des droits de l'homme de l'ONU  a estimé que depuis le début de l'insurrection 9000 personnes avaient été tuées. En mars 2015, le nombre de victimes du conflit était estimé à 215 000, et à 250 000 à l'automne de la même année. (NLI / R. Dussaud/ A19).

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