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Olympie

Au pied du mont Kronion qui la domine au Nord, au-dessous de la colline de Pise, à l'Est, entre l'Alphée et l'embouchure de son affluent, le Kladéos, s'étend une petite plaine dont la tradition voulait qu'une partie eût été consacrée à Zeus par Héraclès. C'est là que se développa le centre religieux le plus important de la Grèce, le sanctuaire d'Olympie, le plus riche en monuments de l'art. La légende amène successivement sur les bord de l'Alphée une foule de héros, dans lesquels on a voulu voir la personnification des divers peuples grecs qui, par apports successifs, avaient mêlé leur sang dans l'Elide. Chacun contribuant pour sa part à l'établissement des divers cultes en honneur à Olympie.  Quoi qu'il en soit, les premiers venus y fondent l'autel d'Ouranos et de Gaïa, le Ciel et la Terre, puis un autel commun s'élève en faveur de Cronos, fils d'Ouranos et de Gaia, et d'Hélios, signe de luttes apaisées. Phéniciens, Crétois, Ioniens remontent la vallée de l'Alphée et donnent au sanctuaire son premier développement. Zeus enfant est amené de Crète par les cinq Curètes, dont le chef, Héraclès de l'Ida, ouvre le premier concours, et Apollon, vainqueur d'Arès et d'Hermès, reçoit la première couronne d'olivier sauvage. En l'honneur des Curètes, les jeux se renouvelleront tous les cinq ans. Le grand autel de Zeus est fondé. D'autres cultes orientaux, comme ceux de Zeus, Amon et de Dionysos, s'introduiront plus tard à Olympie, grâce aux relations que, dès ces temps reculés, les prêtres établissent avec l'Afrique et l'Asie. D'autres peuples, venus du Nord, apportèrent des légendes thessaliennes, 572, Pise est entièrement rasée, et un siècle et demi de paix profonde suit la destruction de cette ville. 

Les jeux olympiques sont célébrés sans interruption, et l'invasion même des Perses n'empêche pas les Grecs de s'y rendre. L'influence de Sparte, qui préside la ligne du Péloponnèse, domine à Olympie. Mais l'exemple d'Athènes au temps de Périclès amène partout des révolutions démocratiques. Le trouble règne en Élide. La politique et la religion se confondent. En 368, Sparte lassée abandonne définitivement aux Eléens la suzeraineté d'Olympie; et pendant huit siècles la paix n'est plus interrompue. Cessant d'être un centre politique, l'Altis devient de plus en plus le centre religieux de tous les Grecs. Dès le Ve siècle, la gloire de Delphes est surpassée. C'est là que les grandes familles viennent pendant les jeux étaler leur faste, que les ambitieux se montrent aux peuples, que poètes et artistes donnent à leurs oeuvres comme celle des Centaures et des Lapithes. L'histoire de Pélops, dont on vénérait les reliques à Olympie, rappelle une invasion d'Achéens qui restaurèrent les jeux olympiques et fondèrent le culte d'Héra. Les Doriens, conduits par Héraclès, fils d'Amphitryon, tracent l'enceinte du bois sacré, l'Altis, et célèbrent les jeux. Enfin une invasion étolienne donne à l'Elide sa forme définitive. 

Sous Oxylos, les populations d'origines diverses se fondent. Iphitos continue l'oeuvre d'Oxylos, son aïeul, restaure les jeux, établit le culte d'Héraclès, met l'oracle d'Olympie en relations suivies avec celui de Delphes, fait proclamer la trêve sacrée, traite avec Pise, Elis et Sparte, Ceci se passe au VIIIe siècle, Olympie, la ville sacrée, symbole de l'unité grecque, atteint en même temps que la Hellade son plein épanouissement. Elis et Pise luttent d'abord pour la suprématie à Olympie. En une publicité inaccoutumée. Zeus reçoit les hommages et les dons du monde hellénique tout entier, toute guerre lui apporte une part de butin, il est le gardien des traités; les Barbares tiennent à honneur de joindre leurs présents à ceux des Grecs. Jusqu'à l'adoption du christianisme, Olympie attire la même affluence de fidèles, ses jeux sont célébrés avec une splendeur égale, et le sanctuaire exerce sur le monde grec, son autorité, toute spirituelle et morale.

Un bois de platanes, aux arbres duquel on suspend des ex-voto, sur la colline l'autel de Cronos et d'Hélios, au pied un amas de pierres consacré à Zeus, Ouranos et Gaïa, tel est le noyau primitif, dont le développement du VIIIe au IVe siècle constituera Olympie. Bientôt le sanctuaire offrira à l'admiration des visiteurs un incroyable ensemble d'édifices, temples, palais, portiques, divers par le style et les dimensions, et, en outre, une multitude de monuments plus petits, chapelles, autels, trépieds, groupés; statues, ex-voto de toutes sortes; qui en feront le musée le plus riche de toute la Grèce.

De bonne heure on ferma l'enceinte sacrée agrandie à diverses reprises; surtout à l'époque macédonienne. Au centre était le grand autel de Zeus. Au VIIIe siècle s'élève le temple d'Héra, où s'abritèrent le coffre de Cypsélos et plus tard l'Hermès de Praxitèle. Au VIe siècle, hors de l'enceinte et au Sud, on bâtit le Bouleutherion, pour le sénat d'Olympie. Le Ve siècle voit se produire un grand événement artistique, l'érection du temple de Zeus, sous la direction de Libon; architecte du pays; qui travaille de 470 à 457. Un artiste inconnu sculpta sur les métopes les Travaux d'Hercule, et sur les frontons Poeonios et Alcamène, dit-on, représentent à l'Est la Lutte de Pélops et d'Oenomaos, à l'Ouest le Combat des Centaures et des Lapithes.

Phidias, malgré des traditions postérieures, ne paraît avoir connu le temple que vingt ans après son achèvement. Il exécute alors; avec l'aide de Colotès et de Panaïnos, la fameuse statue chryséléphantine de Zeus olympien, et 700 ans plus tard les Éléens montraient encore avec orgueil la salle qui, disaient-ils, lui avait servi d'atelier. Au Ve siècle encore s'élèvent plusieurs palais pour les prêtres d'Olympie : le Théocoleon, pour les chefs du culte (théocoles), le Prytanée avec la chapelle d'Hestia et des salles de banquet, puis le temple d'Ilithye et de Sosipolis, et à l'Est de l'Agora un long portique. Tout cela est construit sur les ressources du trésor de Zeus, par les administrateurs du sanctuaire. En même temps les ex-voto, quadriges portraits d'athlètes, figures de Jupiter ou Zanes, signés des artistes les plus célèbres, partout répandus, forment comme un répertoire complet de l'histoire de la sculpture grecque. Du VIe au IVe siècle, les archives des fêtes, gravées sur des tables de bronze, gardent les noms de vainqueurs aux jeux. Les divers États de la Grèce élèvent chacun leur chapelle particulière, avec leur trésor, le long d'une sorte de terrasse au Nord. Enfin, le stade et l'hippodrome ont reçu, à peu de chose près, la forme qu'ils garderont jusqu'à la fin.

Dès le temps des guerres médiques, les Macédoniens avaient revendiqué le titre d'Hellènes et avaient été les fidèles alliés des Eléens. Il n'est donc pas surprenant, quand s'élève la puissance macédonienne, de constater d'étroites relations entre Philippe, Alexandre, les successeurs de celui-ci et le sanctuaire. Philippe élève le Philippeion, consacré aux princes de sa famille, ce qui entraîne l'agrandissement de l'enceinte, puis un palais pour les magistrats, la palestre, le grand gymnase en dehors de l'enceinte, près du Kladéos; dans l'Altis même, le Métroon ou temple de la mère des dieux; les propylées du Pélopeion, et beaucoup de statues. Tous les rois, Pyrrhus, les tyrans de Sicile; placent leurs images à Olympie. De leur côté, les Eléens érigent des statues à Philippe, à Alexandre, à Antigone; à Séleucos, et un groupe de Démétrius et ses fils, couronnés par Élis et la Grèce.

En 240, les Romains apparaissent à Olympie où ils déposent une copie de leur traité avec les Etoliens. Paul-Emile sacrifie au temple de Zeus. Mummius, le vainqueur de Corinthe, plein d'égards pour Olympie, y consacre de très riches ex-voto, et les Eléens lui érigent une statue. Au siècle, suivant ils consacrent un temple à la déesse Roma. Auguste protège Olympie, et bientôt un temple des empereurs romains s'élève à Elis. Néron se fait bâtir une maison grecque à Olympie où il vient en 67 pour prendre part aux jeux. Naturellement, il est proclamé vainqueur dans tous les concours. Hadrien tente de faire revivre les amphictionies, achève l'Olympieion d'Athènes avec une organisation imitée de celles du célèbre sanctuaire et reçoit le surnom d'olympique. Les Thermes au Nord, un petit théâtre à l'Ouest, les propylées monumentaux de la palestre et du gymnase, de grands portiques, une porte triomphale, l'aqueduc et l'exèdre d'Hérode Atticus avec ses belles statues, beaucoup de portraits impériaux, attestent l'intérêt que Rome ne cessa de porter au grand sanctuaire hellénique.

La fin d'Olympie est marquée par l'édit de Théodose en 393, qui interdisait les cérémonies païennes. Puis il est dévasté par les Goths d'Alaric en 395, par les émissaires de Théodose II en 426 qui détruisent les temples païens, par un tremblement de terre au VIe siècle; par les Byzantins qui y érigent une forteresse; par le Kladéos qui ensable la Partie ouest de l'enceinte ou s'élève l'église byzantine. La cité byzantine ne dure pas, les Francs achèvent l'oeuvre de ruine, et l'ère de l'abandon s'ouvre pour Olympie.
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L'administration et culte

Dépositaires du trésor de Zeus, le peuple et le sénat d'Élis, chargés de l'administrer, ne devaient en disposer que pour l'entretien ou l'embellissement du sanctuaire. En cas d'urgence, ils pouvaient cependant y faire des emprunts. Les magistrats éléens étaient intimement liés à la vie d'Olympie. Au moment de la foire qui accompagnait les jeux olympiques, les agoranomes s'y rendaient; pendant les dix mois qui précédaient les concours, des nomophylarques instruisaient les Hellanodicés des devoirs de leur charge. 

A Olympie même régnait un sénat dont la principale fonction était de gérer les financés du temple. Outre les dons immenses qu'il ne cessait de recevoir, le sanctuaire avait des revenus fixes, tributs payés par certains peuples, produits de terres cultivées ou louées, auxquels s'ajoutaient les amendes infligées pendant les jeux et que les peuples les plus fiers ne pouvaient refuser de payer s'ils en avaient encouru. Enfin, on recevait des dépôts d'or et d'argent, et l'on faisait des avances aux États et aux particuliers. Le sénat d'Olympie exerçait un contrôle général sur tous les fonctionnaires du sanctuaire, autorisait ou refusait la création de monuments ou l'érection de statues, réglait les différends relatifs aux jeux et au culte, et pouvait réviser les sentences des Hellanodices. Au temps de la ligue du Péloponnèse, il fut comme une sorte d'arbitre entre les. peuples confédérés. Le secrétaire du sénat était chargé d'exécuter les décrets de ce corps. A l'époque romaine, un épimélète ou inspecteur, sans doute élu par les Éléens, représentait l'autorité romaine.

Le culte exigeait un grand nombre de prêtres. Chaque temple en avait un ou plusieurs et tout un personnel. Au sommet étaient les trois grands prêtres ou théocoles, et leurs assistante, les trois spondophores, gardiens des traités et du droit olympique, et qui allaient de ville en ville convoquer les cités helléniques à assister aux jeux. Eux-mêmes étaient souvent secondés par trois sous-spondophores, ordinairement leurs parents ou leurs amis. Ensuite venaient les devins. Mais au-dessous de ces grands dignitaires existaient une foule d'autres fonctionnaires, sacrificateurs, musiciens, danseurs, artisans, médecins, cuisiniers etc., dont la liste nous a été conservée au moins en ce qui concerne les chefs de service. Les devins qui dirigeaient l'oracle, jouirent en Grèce d'une immense autorité pendant mille ans. Cités, rois, chefs d'armée en appelaient auprès d'eux et les retenaient à prix d'or. Un devin assistait à chaque sacrifice offert à Olympie, et il s'en offrait une multitude. Un de ces devins, moins considéré que les autres, paraît-il interprétait les songes. 

Tous se recrutaient dans trois familles d'Elide les Iamides, les Klytiades, les Telliades. Le culte lui-même était très compliqué et tous les détails en étaient révus et réglés avec un soin minutieux. Outre les sacrifices des pèlerins, d'autres, en nombre considérable, étaient obligatoires; il y avait des cérémonies quinquennales, annuelles, mensuelles, quotidiennes. Les deux plus grandes fêtes étaient celles de Zeus et de Héra, qui revenaient tous les cinq ans et dont l'une était la fête des hommes, l'autre la fête des femmes.

Le site reconstitué.
Au XVIIIe siècle, Montfaucon, le premier, rêve une exploration des ruines d'Olympie; Winkelmann reprend ce projet. A la demande de l'Institut de France, lord Stanhope étudie le terrain dont il fait dresser le plan par un architecte. L'ouvrage de Quatrèmère de Quincy en 1815 et son essai de reconstitution du temple de Zeus éveillèrent l'attention du public, et lors de l'expédition de Morée, le maréchal Maison, qui, comme jadis Bonaparte, s'entoure de savants et d'artistes, permet aux archéologues Blouet et Dubois d'entreprendre d'importants travaux, trop vite interrompus par les chaleurs, le départ des Français et la nécessité de publier les travaux de la commission. On avait pu cependant mesurer une grande partie du monument, et découvrir un certain nombre de sculptures, parmi lesquelles la belle métope d'Héraclès domptant le taureau, que le Louvre possède.

En 1874 seulement les fouilles furent reprises, à la suite d'un accord survenu entre les gouvernements allemand et grec. Les Allemands devaient en faire tous les frais, sans qu'un seul morceau de sculpture pût enrichir leurs musées. Conduites avec autorité et persévérance par E. Curtius, secondé de Hirtschfeld, Boetticher et Adler, de 1875 à 1884, on peut dire qu'elles ont rendu Olympie. Des chefs-d'oeuvre tels que la Victoire de Paeonios et l'Hermès de Praxitèle; des fragments considérables des frontons et des métopes du temple de Zeus, 130 statues en bronze ou en marbre 1300 objets de bronze, 6000 monnaies, 400 inscriptions, 1000 objets de terre cuite, 40 monuments, ont été le fruit de ces heureuses campagnes. Après 1887, grâce à la générosité d'un riche Hellène, tous ces objets ont été classés au musée Zingros, qui porte le non de son fondateur.
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Fronton (restauré) du temple de Zeus.

Les fouilles et la relation de Pausanias ont permis de se lancer dans une restauration d'Olympie. L'enceinte était un carré long, qui avait subi une déformation, surtout vers l'Ouest, au temps des Macédoniens. Elle était percée de sept portes dont la principale parait avoir été située à l'Ouest., dans la direction d'Elée. Au milieu, à l'Ouest également, s'ouvrait une autre petite porte, puis une troisième au Sud, près du Bouleuterion, transformée à l'époque romaine en arc de triomphe; quatre autres, dont l'une mettait en communication l'hippodrome et l'agora, facilitaient la circulation des pèlerins. L'intérieur de l'enceinte, rempli de monuments de toutes sortes, et rafraîchi par des bassins et des fontaines; était divisé en deux grandes régions : l'agora à l'Est., et à l'Ouest le bois ou Altis. 

Le bois, où s'abritaient des temples, des chapelles, des statues et des autels, était entretenu dans sa fraîcheur par une savante canalisation qui emportait les eaux descendues de la montagne en hiver et en amenait pendant l'été. La voie sacrée, bordée de statues, traversait l'enceinte de la porte du Sud-Ouest. à la porte du Nord-Est. Au centre du bois s'élevait la terrasse de Zeus, où se dressait, monté sur, un soubassement, le grand temple, Il avait 64,10 m de longueur, 27,69 m de largeur, était d'ordre dorique; hexastyle, périptère et hypètre. Les colonnes, au nombre de six sur les façades et treize sur les côtés, étaient hautes d'environ 10,5 m. 

L'entablement avait environ 4 mètres. Sur les cotés principaux l'architrave était décorée de boucliers à ornements peints; les triglyphes de la frise étaient d'un bleu sombre; il n'y avait pas de métopes à l'extérieur. Les eaux s'écoulaient par des gueules de lions; le toit était couvert en tuiles de marbre. Le fronton oriental était surmonté d'une Victoire sans ailes, ex-voto des Spartiates après la bataille de Tanagra; deux trépieds de métal doré servaient d'acrotères. Il est probable que le fronton occidental avait une décoration analogue. L'entablement et les frontons offrent de nombreuses traces de polychromie, ainsi que l'échine des chapiteaux. Les sculptures portaient des appliques de métal. La décoration était complétée par vingt et un boucliers en bronze doré, donnés par Mummius et suspendus au-dessus des colonnes. Le fronton oriental, attribué à Poeonios, représentait les préparatifs de la course des chars où vont lutter Pélops et Oenomaos. Au milieu se dressait Zeus, à droite étaient disposés Oenomaos, barbu et casqué, sa femme Stérope, Myrtile, cocher d'Oenomaos, accroupi devant quatre chevaux cabrés qu'il s'efforce de maintenir, puis derrière les chevaux un homme âgé accroupi, le genou droit relevé sur lequel s'appuie sa lance, et une jeune fille, qui regarde le fleuve Alphée, dont les jambes s'allongent à l'angle du fronton. A gauche de Zeus se succédaient : Pélops debout, jeune et armé, Hippodamie,Sphairos, cocher de Pélops, vu de profil, le genou droit en terre et maintenant ses quatre chevaux; un vieillard chauve assis à terre, un ,jeune homme accroupi tourné vers le Kladeos étendu, figuré sous les traits d'un jeune homme. 

La symétrie est poussée jusqu'à la naïveté, avec une certaine recherche cependant pour varier. Le côté d'Oenomaos est réservé à la vieillesse, le côté de Pélops à la jeunesse, mais du premier se trouve une figure de jeune fille, du second une figure de vieillard. Le fronton Ouest était attribué à Alcamène. On voyait au centre Apollon, père des deux lignées ennemies, puis de chaque coté un groupe de trois combattants; à la suite, toujours symétriques, un Centaure et un Lapithe, luttant agenouillés, un autre groupe, et enfin une Nymphe. Il y a dans ce groupement beaucoup plus de science et d'habileté que sur l'autre fronton. L'exécution de l'un et de l'autre fronton est loin d'être parfaite, et, malgré la rudesse si originale du fronton Est, la composition habile du fronton Ouest, la beauté de plusieurs têtes, on voit que les auteurs, sur l'identité desquels il est difficile de se prononcer avec certitude, ne sont pas encore entièrement affranchis de la tradition archaïque et aussi qu'ils ont traité leurs figures à un point de vue trop exclusivement décoratif. La frise des portiques Est et Ouest était ornée de bas-reliefs, répartis en six métopes sur chaque façade, qui représentaient les Douze Travaux d'Heraclès. Ces métopes,dont plusieurs sont d'une grande beauté, présentent de grandes inégalités dans la composition et dans l'exécution. Toutes ont quelque chose d'archaïque et doivent être antérieures au milieu du Ve siècle. Elles portent de nombreuses traces de couleur.

Temple de Zeus, à Olympie.
Plan du temple de Zeus, au début de sa restauration.

L'intérieur du temple était divisé en trois parties  :

1° le Pronaos, qui s'ouvrait dans toute sa largeur sous le portique oriental et que fermaient trois grilles de bronze ; une mosaïque couvrait le sol; il était orné de nombreuses statues, parmi lesquelles le groupe d'Iphitos couronné par Ekekheiria, déesse de la trêve sacrée, et la Victoire sans ailes de Calamis; 

2° l'Opisthodome, complètement isolé de la cella, et où l'on donnait des séances littéraires et musicales; 

3° la Cella, large de 13 m sur 28 de long, divisée en trois nefs par deux rangs de sept colonnes cannelées, comprises entre deux antes; deux ordres doriques étaient superposés; mi fond était assise la statue de Zeus, si grande que, si elle se fût levée, elle eut dépassé le plafond. Cette statue était isolée par une balustrade qui fermait une partie de la cella, et que Panainos avait décorée de peintures. Une partie de la cella était à ciel ouvert. mais la statue était sous le plafond; un voile magnifique, qui préservait du soleil l'intérieur de la cella pendant le jour, retombait la nuit devant la statue pour la préserver de l'humidité. Une multitude d'ex-voto faisaient de la cella un musée.

Zeus avait été très anciennement représenté à Olympie, où l'on trouve beaucoup de petites terres cuites archaïques à son image. Mais c'est Phidias qui a créé le type du Père des dieux et des humains. La statue d'or et d'ivoire représentait Zeus assis sur un trône. Il portait toute sa barbe, et son épaisse chevelure était couronnée d'olivier. L'expression était celle d'un calme souverain. L'épaule droite et le buste étaient découverts en grande partie. La main gauche levée s'appuyait sur un sceptre; sur la droite, se tenait debout une Victoire chryséléphantine. Le trône était d'or, d'ivoire et d'ébène, orné de pierres précieuses (Joaillerie), de bronze ciselé et de peintures. Derrière Zeus il se terminait en fronton, et sur l'escabeau où s'appuyait le pied du dieu étaient ciselés des lions d'or. Aux angles étaient des Victoires. Cette statue, emportée plus tard à Constantinople, périt dans un incendie.

Immédiatement au Nord du temple de Zeus venait le Pélopeion, enceinte consacrée au héros national et peut-être le plus ancien monument de l'Altis après le grand autel de Zeus. Consacré par Héraclès, fils d'Amphitryon, il n'avait consisté d'abord qu'en un tertre, puis on avait ajouté une bordure en pierre; enfin, à l'époque macédonienne, on avait bâti de magnifiques propyléeset de larges escaliers qui conduisaient à un vestibule ouvert, précédé d'un portique et communiquant avec un vestibule intérieur, qui, par des portes latérales, donnait accès au chemin de ronde de l'enceinte. L'enceinte elle-même était plantée d'arbres et pleine de statues. Un peu au Nord-Ouest s'élevait le Philippeion commencé par Philippe, achevé par Alexandre. C'était un temple ionique, rond et périptère, bâti sur un soubassement en pierre; la partie la plus originale de ce monument était une lanterne percée de fenêtres qui s'élevait au-dessus de la cella. Les ex-voto qui le remplissaient avaient tous une origine macédonienne. A l'angle Nord-Ouest de l'enceinte était le Prytaneion. Il se composait d'une vaste cour à colonnes, précédée d'un portique et entourée de diverses salles, dont celles des banquets publics et de chapelles, parmi lesquelles celle d'Hestia, où brillait le foyer sacré d'Olympie. Au Nord du Pélopeion, séparé de lui par la voie des processions et les statues qui la bordaient, se dressait un très ancien temple dorique, bâti à l'origine en bois sur un soubassement de pierre, long de 50 m, large de 18, avec six colonnes aux façades et seize aux côtés, l'Heraion. Peu à peu des colonnes de pierre, très variées de style, avaient remplacé les colonnes de bois. L'entablement n'a point laissé de trace, il était donc probablement de bois. Sous le portique s'abritaient de nombreuses statues. A l'intérieur, avec un soubassement, deux piédestaux semblables supportaient des statues de Zeus et de Héra

On pouvait, entre une foule d'autres oeuvres, y contempler toute une collection de vieilles idoles en or et ivoire, de l'école des Argiens Dipoïnos et Scyllis, et surtout l'Hermès portant Dionysos enfant, chef-d'oeuvre de Praxitèle. Tout voisin de l'Héraion fut construit l'exèdre d'Hérode Atticus, au delà duquel, à quelque distance vers l'Est, venait le Metroon. Bâti au IVe siècle, il fut mal réparé au temps d'Auguste ou d'Hadrien. On ne sait si cette Mêter qu'on y adorait était Athéna, Gaïa ou Rhéa-Cybèle. Le Métroon s'élevait sur un soubassement long de 20,55 m sur 10,50 m de large, et avait jusqu'à la pointe du fronton 17,60 m de haut; il avait six colonnes aux façades et onze aux cotés. L'architrave était sans doute décorée en bronze. L'intérieur présentait les trois divisions ordinaires. A l'époque romaine, on y plaça des statues d'empereurs. Derrière le Métroon, tout le long de l'enceinte Nord, s'étendait la terrasse des trésors, l'une des grandes curiosités d'Olympie. Bâtie en pierre, elle dominait l'Altis de 3 ou 4 mètres; des murs de soubassement la protégeaient du côté de la montagne. Ces trésors,au nombre de douze, étaient de petits édifices consacrés à Zeus par des villes ou des nations et qui contenaient les offrandes de chacune d'elles. Tous offraient d'incroyables richesses artistiques et chacun présentait quelque caractère original, tous étaient pleins d'armes curieuses et antiques, offertes en ex-voto. Entre les trésors, trouvaient place sur la terrasse une foule de statues et d'autels.

L'Agora comprenait toute la partie Nord de l'enceinte. Elle était limitée par la terrasse des Trésors au Nord, le Métroon, le grand autel de Zeus, le bois de platanes et la terrasse de Zeus à l'Ouest, au Sud par le Bouleuterion et le mur d'enceinte, à l'Est par le portique d'Echo, long de 97 m, d'ordre ionique. Le mur de fond du portique d'Echo était percé de quatre portes qui le faisaient communiquer avec un second portique reliant les deux chemins qui conduisaient au Stade et à l'Hippodrome. A l'angle Sud-Est était une enceinte sacrée avec un bosquet, l'Hippodameion, où les femmes célébraient une fête annuelle, et dans le prolongement du portique d'Echo un autre portique moins long, dit d'Agnaptos. Au Nord, entre le Métroon et l'angle Nord-Est de l'Agora s'échelonnaient les Zanes ou statues votives de Jupiter, en bronze, fondues avec le produit des amendes encourues dans les jeux. Les bases nous ont livré de curieuses inscriptions en vers dont, quelques-unes indiquent le motif de l'amende. Beaucoup d'autres n'étaient dus qu'à la piété des villes ou des particuliers. Devant le portique d'Écho était un grand soubassement long de 20 m, où l'on montait par un escalier tournant situé au milieu. Il servait de tribune aux magistrats et était tourné vers le grand autel de Zeus.

Autour de l'enceinte, mais en dehors, se groupaient un certain nombre d'édifices destinés au service du sanctuaire. C'étaient au Nord-Ouest, vers le Kladeos, le grand Gymnase, limité à l'Est et au sud par de grands portiques de plus de 200 m de long. A l'extrémité Sud du coté Est s'ouvraient des propylées monumentaux qui donnaient accès dans le bâtiment. On conservait dans le Gymnase la liste des vainqueurs, des portraits d'athlètes, etc. Le Gymnase communiquait  avec la palestre située au Sud. Dans ces deux monuments, les candidats aux concours s'exerçaient pendant le temps légal. Après la palestre venait le palais des prêtres la grande salle appelée Atelier de Phidias, l'Héroon, la salle des Processions, etc. Sur le côté Sud de l'enceinte et communiquant avec l'Altis, s'appuyait le Bouleuterion, palais du sénat olympique, et dans la cour duquel magistrats et athlètes prétaient serment devant une statue de Zeus.

A l'extrémité Sud-Ouest était le Léonidaion, immense palais des Hellanodices, maison des hôtes pendant les fêtes et résidence choisie par les gouverneurs romains. Enfin, à l'Est s'étendaient l'Hippodrome et le Stade. L'Hippodrome, parallèle au Stade, était quatre fois plus long et beaucoup plus large. Une construction triangulaire, adossée au portique d'Agnaptos, le préservait des crues de l'Alphée. A l'Ouest étaient les barrières et de nombreux autels. On y affichait le programme des courses. Un dauphin de bronze tombant du haut d'une colonne, un aigle, de même métal, qu'un mécanisme soulevait, donnaient le signal du départ. Le Stade, creusé sur la pente du Kronion, avait une entrée réservée aux cortèges officiels, à l'angle Est de l'Agora. On avait fait de ce passage un tunnel long de 32 m quand, à l'époque macédonienne, on avait exhaussé les talus du Stade, pour permettre à un plus grand nombre de spectateurs d'y prendre place. Ces talus n'étaient que des pentes ou des gradins gazonnés. La piste était limitée par une bordure en calcaire blanc, où de distance en distance des trous permettaient de ficher des poteaux. Entre les poteaux se plaçaient les coureurs. A une des extrémités était une tribune pour les Hellanodices, et près d'un autel s'asseyait la prêtresse de DéméterChamyné, seule femme qui assistât aux jeux olympiques. Une tente était réservée aux préparatifs des concurrents. Enfin là, comme partout a Olympie, les statues s'offraient en foule aux regards. (André Baudrillart).

Plan d'Olympie.
Plan d'Olympie.
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Dictionnaire Villes et monuments
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