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L'histoire de la Nubie
et du Soudan oriental
La Nubie comprend, dans son sens le plus étendu, tout le territoire borné au Nord par l'Egypte, à l'Est par le mer Rouge, au Sud-Est  par l'Ethiopie (ou, anciennement par l'Abyssinie), au Sud, par la région de Khartoum (ou même, à l'époque de la domination anglo-égyptienne par le pays des Dinka) et à l'Ouest par le Sahara et un étroit repli du désert qui la sépare du Darfour. Elle s'étend ainsi, sur une longueur d'environ 1500 kilomètres et une largueur d'un peu plus de 900 km; elle renferme le basse Nubie, ou Nubie propre, des frontières de l'Egypte à la limite méridionale de la province de Dongola; l'ancien royaume de Meroé, sur la rive orientale du Nil, entre l'Atbara et le Bahr el-Azrak ou Nil Bleu, et le Sennaar, tout à fait au sud. Les géographes ont parfois considéré dans le passé le Kordofan comme une partie de la Nubie; mais le sens de ce terme est très indéfini.
La basse Nubie se compose princialement de déserts qui s'étendent à l'est jusqu'à la mer Rouge, dont les côtes sont bordées d'un rang de collines, et à l'ouest presque jusqu'au Sahara. La haute Nubie est un plateau de hauteur moyenne, bien arrosé, coupé de chaises de montagnes peu élevées, mais composé surtout de plaines vastes et fertiles, quoique pauvrement cultivées. Les principales formations géologiques sont le granit, le quartz et le micaschiste. Le climat est sec au nord, relativement humide au sud, et très chaud. Le grain qu'on y cultive le plus est la durra (sorghum andropogon). On y récolte aussi de l'orge, des fèves, des lentilles, des melons, des citrouilles et du tabac. La fabrication de grossiers tissus de coton et de laine constitue l'industrie principale. 
Parmi les populations qu'on rencontre en Nubie, on signalera  : 
1° les Barabras, voisins et, culturellement, proches parents des Egyptiens bien que leurs caractères physiques les rapprochent des populations subsahariennes. Leur habitat est la basse Nubie; un de leurs principaux rameaux est celui des Kénous, sur la frontière d'Egypte. Le Dongola est en partie peuplé par eux. C'est à tort que l'on a voulu rapprocher les Barabras des Berbères.

2° Les Bedjas, que l'on retrouve du reste en Ethiopie, dans le Kordofan et même au Dar-Four. Ils comprennent aujourd'hui les tribus suivantes : Abadèh, Bichareys ou Bichariès, Halengas, Hamrans, Béni-Amr, nomades, pasteurs et chasseurs. Polygames, musulmans de nom. 

3° Les Hadkarba, rattachés à la famille des Bichariès.

4° Les Funj, Founj, Foundji, Foundjés ou Foungs qui habitent la presqu'île de Sennaar. Aux Funj rattachent les populations des rives du Nil Blanc, et plus particulièrement aux Chillouks. Les Funj ont fondés un royaume sutué entre Napata et Sennaar au XVIe siècle.

On a parfois supposé que le nom de Nubie est d'origine égyptienne; le mot nob ou noub, signifiant or en Egypte, et qu'il aurait été appliqué aux pays d'où venait ce métal. Mais dans l'Antiquité, on semble n'avoir désigné la Nubie que sous le nom assez vague d'Ethiopie. Le terme de Nubie n'apparaît, semble-t-il, qu'au début de l'ère chrétienne est se réfère à un nouveau groupe de populations, les Noba (peut-être originaires des monts Nouba). C'est parmi ces Noba, que le christianisme, venu d'Egypte, commence à s'implanter. Trois petits royaumes chrétiens se partagent la Nubie au VIe siècle : le Nobadia, autour de Faras entre la deuxième et la troisième cataracte, le Makouria, autour de Dongola, entre la deuxième et la cinquième cataracte, et l'Aloa, dont la capitale est Soba, entre la cinquième cataracte et Sennaar. 

A partir de 641, les Arabes conquièrent l'Egypte et commencent à s'intéresser aux royaumes chrétiens de Nubie, mais ceux-ci résistent et continuent même de prospérer encore quelque temps. Ils se désintégreront au XVe siècle , quand une nouvelle puissance se forme en Nubie. Ce sera le royaume (parfois appelé empire) de Sennaar, gouverné pendant plus de trois siècles par la dynastie (musulmane) des Funj. Au début des années 1820, Mehemet Ali envoya une expédition contre le royaume de Sennaar et les autres petits Etats indépendants qui se partageaient alors la Nubie. Ismaïl-Pacha son fils, en fit la conquête de 1820 à 1822. Depuis cette époque, le pays est resté sous la domination des maîtres de l'Egypte, y compris quand ceux-ci entrèrent sous le protectorat britannique. La conquête, nominalement effectuée par l'Égypte, fut de fait organisée par la Grande-Bretagne par l'entremise de divers agents : Gordon, Kitchener, Schnitzer (Emin Pacha), notamment, qui auront à ce confronter avec le soulèvement politico-religieux du Mahdi, parviendront à leur fin en 1898. A l'indépendance du Soudan, en 1956, la Nubie et le Soudan Anglo-Egyptien  ont été rattachée à ce nouvel Etat.

Quand la Nubie s'appelait Ethiopie

Les premiers témoignages sur cette Nubie, que les anciens auteurs désignaient sous le nom Ethiopie, nous viennent des inscriptions égyptiennes; on trouvera aux pages sur l'Egypte, les indications relatives aux guerres et aux conquêtes des pharaons de ce côté. II n'y a nul motif d'ajouter crédit à l'idée des Grecs que la civilisation égyptienne provenait d'Ethiopie; et s'il est vrai qu'on a sous-estimé jusqu'à une époque récente la puissance et le degré de civilisation de l'ancienne Nubie, le contraire est bien plus probable : la cité de Meroé, capitale de l'Éthiopie, devait sa culture aux Egyptiens. Après les guerres soutenues par les rois de la XIIe dynastie (Moyen Empire), ceux de la XVIIIe (Nouvel Empire) établirent leur suprématie sur l'Ethiopie, dont les rois les avaient, semble-t-il, aidés à expulser les Hyksos. Thoutmosis III, Amenhotep II dominent en Éthiopie, sur la cité sacerdotale de Napata. Amenhotep III y fonde un temple au dieu de Thèbes. Vers l'époque de Ramsès II, l'Ethiopie se rebelle et les sculptures d'Ibsamboul (Abou Simbel) commémorent ces luttes. Elle s'affranchit durant la décadence égyptienne, et les rois de Napata exercent même une influence prépondérante dans la vallée inférieure du Nil. Ils n'étaient en ceci que les héritiers des grands prêtres de Thèbes, et cette Ethiopie historique est une sorte de colonie égyptienne. C'est là que se retirent les 240 000 automoles de la caste militaire, jaloux de la faveur accordée aux Grecs. 
 

Ruines de Méroé.
Les ruines de Méroé. Source : The World Factbook.


Après la conquête de l'Égypte par les Perses, l'Ethiopie demeure indépendante et repousse les attaques de Cambyse et de ses successeurs. Peu à peu l'influence grecque s'y répand. Au temps dès Ptolémées, les rivages de la mer Rouge se couvrent de colonies grecques, Adulis, Arsinoé, etc. La guerre s'engage entre Ptolémée Philadelphe et le roi d'Ethiopie Arkamen ou Ergamenes, chef militaire qui s'était affranchi de la suzeraineté sacerdotale. II traita avec le roi d'Egypte. On ne sait pas grand-chose de ses successeurs, jusqu'à cette reine Candace qui menaça l'Egypte au temps d'Auguste et fut repoussée par Petronius. Le royaume d'Ethiopie reconnut alors la suzeraineté nominale de Rome jusqu'au temps de Dioclétien. Une garnison s'établit à Primis, une cohorte de cavaliers germains à Pselchis; on voit les ruines d'un camp romain au Sud d'Hierasykaminos. Mais il semble que le vieux royaume éthiopien fût en décadence. Un autre grandissait autour d'Aksoum

Le Royaume de Sennaar

Le pays qui va devenir le royaume de Sennaar était celui que l'Antiquité peuplait, du moins au temps de Cambyse, de Macrobiens (peuple supposé à très longue vie); une tradition qui a tout de la légende lui donne ensuite une succession de douze reines et dix rois. Puis, au début du XVe siècle vinrent les Funj (Foundji) fondateurs du puissant royaume de Sennaar (Sénâr ou Sennâr). Venus du Sud, les Funj avaient traversé le fleuve Blanc et étaient arrivés à Arbaguy : là fut livré un grand combat dans lequel ils furent vainqueurs et qui les rendit maîtres du pays, où ils embrassèrent l'islam. Ce fut l'an 890, de l'hégire, qui répond, à l'an 1484 de notre ère, que les Funj bâtirent la ville de Sennaar, et fondèrent une monarchie, dont le trône a été occupé par vingt-neuf rois qui régnèrent l'espace de 336/7 ans (1484-1821). Voici, rapportée par Cailliaud, la chronologie des rois du Sennaâr :

Amarah Dou Naqs fut le premier en 1484, et régna,  42 ans. Nayl, son fils 12. Abd el-Qâder, 10. Amârah II, surnommé Abou- Asakykym, frère du précédent, 8. Dakyn Sâheb el-Adeh, 17. Dôrah ou Daoua, fils de Dakyn, 8. Tabl, enfant d'Abd el Qâder, 4, et fut tué à Chendy par les gens du roi de cette ville. Bâdi Abou-Arbât, 7. Arbât, son fils, 27. Bâdy II, Abou-Adqen, 37. Aouanseh II, fils de Nâser (en 1089 de l'Hégire, soit 1683), 12. Bâdy III, el-Ahmar, son fils, 27, nomma vizir le cheik Nâser el-Tamâny. Aouanseh III, son fils, 3 mort à Sennaar de la petite vérole. Nôl, 4. Bâdy IV, son fils, 40, Mort à Souakin. Nâser, son fils, 8, tué à el-Bouqra, par Bâdy Ouâled-Regeb. Ismâyl, son frère, mort du côté de Souakin. Adlân II, 12. Arbât, son fils, 30 jours, fut tué à Sennaar par Nâser. Aoukal, fils d'Aouanseh, 1 an 6 mois, fut tué à ad-Dâmer par Nâser. Tabl, 1 an 5 mois, fut tué à Chendy par Ouâled-Agyb. Bâdy V, fils de Dakyn, 1. Naoûar, 1, fut tué à Sennâr. Bâdy VI, fils de Tabl, 7. Rânfâ, 5, fut tué à Sennaar par Mohammed Regeb; le trône fut vacant pendant un an et demi, ensuite revint à  Bâdy, fils de Tabl qui règna 16 ans, et fut dépossédé par Ismaïl Pacha en juin 1821
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Le Soudan Oriental

Jusqu'à la conquête anglo-égyptienne de cette région qui correspond en gros aux deux-tiers méridionaux de la république actuelle du Soudan, aucune entité politique solide n'a semble-t-il existé, si ce n'est à l'Ouest, au Dar-four. Le Kordofan, son voisin oriental, s'est trouvé le plus souvent sous sa dépendance ou sous celle des puissances nubiennes, et plus au sud, les populations nilotiques (Dinka, Nuer, Shillouk, etc) étaient plutôt organisées en fédérations de petites chefferies.

Le Dar-Four.
Le Darfour ou Dar-four (dâr for = pays-des daims), est est borné à l'Est par le Kordofan, au Nord par le désert libyque, à l'Ouest par l'Ouadaï et au Sud. parle Dar-Fertit. C'est un pays de plaines parsemé d'oasis, traversé par une chaîne de montagnes, le Djebel Marra. Nachtigal, le dernier voyageur européen qui ait visité ce pays, lui donnait une population d'environ 4 millions d'habitants, à raison de 1000 habitants par mille carré. A cette époque, la population du Dar-four se compose en premier lieu des aborigènes ou Fouriens qui occupent surtout les parties montagneuses. Ils parlent une langue dite forang bélé. Viennent ensuite les Massabâs qui parlent arabe, et qui sont pour la plupart animistes; les Dadjo qui habitent le Sud; les Zoghâoua, établis au Nord; les Berti, au Nord-Est.; les Birguid et les Beqo, à l'Est  et au Sud; les Massalit, à l'Ouest Ces derniers, bien que musulmans, ont conservé un certain nombre de pratiques animistes. Enfin, des Arabes, nomades pour la plupart, sont en assez grand nombre dans le Darfour; ils sont surtout répandus sur les frontières du pays; ceux d'entre eux qui sont sédentaires ont leur habitation plutôt au centre et à l'Est. La religion dominante est l'islam.

L'histoire du Dar-Four est assez mal connue. La tradition locale a conservé le nom de Kosber comme étant celui du fondateur de la dynastie qui régna la première au Darfour. Ce Kosber s'était établi au mont Marra (le grand massif planté au centre de la région); il appartenait à la tribu des Dadjo qui, après avoir fourni treize princes, abandonnèrent le pouvoir aux Toundjour, autre tribu qui vint s'établir dans le pays. Le premier roi de cette seconde dynastie s'appelait Ahmed el-Magour et Hilâli; cette dernière partie de son nom donne à penser que c'était un des représentants de la grande tribu arabe des Beni Hilal qui envahit le Maghreb au XIe siècle. Cette seconde dynastie fit place à celle des Kêra dont le chef Delîl ou Bali organisa d'une manière définitive le pays et lui donna un code intitulé : Kitab Dali, dont les principes un peu différents de ceux du Coran sont restés en usage jusqu'à la chute de l'indépendance de Darfour. On sait peu de chose des successeurs, Saboun, Edris-Dzal, Bahar, Tounsam, et ce n'est qu'à partir du Solimân-Solon, neveu de Tounsam, que l'on a des renseignements véritablement précis sur l'histoire des princes darfouriens. Solimân-Solon régna de 1596 à 1637; il eut pour successeur Mousa (1637-1682), Mohammed-Tirâb (1752-1785), Abderrahman (1785-1799), Mohammed el-Fadhl (1799-1838), Mohammed el-Hassin (1838-1873), Brahim qui perdit la vie à la bataille de Menouatchi contre les Égyptiens et enfin Hasseb Allah qui fit sa soumission (1874) au khédive en lui abandonnant son royaume et alla finir ses jours au Caire. (O. Houdas).

Le Kordofan.
Le Kordofan (Kordifal), est une région qui se situe entre la Nubie et le Dar-Four, à l'Ouest du Nil blanc (Bahr el-Abiad), environ de 12° à 16°de latitude Nord et de 26° 30' à 29° 10' de longitude Est. Au Sud il confine au pays de Takalé qu'on y rattache, puis aux forêts des Chillouks et des Baggara ; des autres côtés à des steppes et à des déserts de sable.  Au moment de son intégration au Soudan anglo-égyptien, sa population était estimée à près de 300 000 habitants (soit dix fois mois qu'aujourd'hui), font 3/4 d'esclaves, répartis sur 100 000 km² environ, mais à cette époque les frontières n'avaient jamais été véritablement définies.

Comme au Dar-four, la population est très mélangée. la composante la plus ancienne connue a son origine en Nubie, mais les Bédouins semblent aussi être là depuis très longtemps. Les langues dominantes sont, comme dans le Dar-four, le koundjara et l'arabe. La population se divise en trois groupes principaux : les Radejat, les Mousabat (Mouserbat, Mesabaât) et les Koundjara; les Mousabat vivent autour d'El-Obéid et qualifiaient leur chef de sultan. Des populations nilotiques se rencontrent également au Sud-Est : Nouba, dans les montagnes voisines du pays des Chillouks (Dar Nouba), et, à côté d'eux les Takalé ou Téghélé, qu'on rapproche des Foung (Foundji). 

Le Kordofan ne paraît pas avoir eu d'unité politique permanente. Généralement dépendant des rois de Sennaar leur fut disputé par les gens du Dar-four. Ceux-ci le conquirent au début du XIXe siècle, mais en 1820 leur vassal fut tué à la bataille de Bara par les Égyptiens qui conquirent le pays. Ils le perdirent en 1883, lors de l'insurrection du Mahdi
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Photo de Khartoum.
Panorama de Khartoum au début du XXe siècle.

Le soudan égyptien et anglo-égyptien

A partir de la conquête du royaume de Sennaar par Ismaïl Pacha en 1821, l'histoire de la Nubie se confond avec celle de tout le Soudan égyptien, puis anglo-egyptien. Le Soudan égyptien est le nom par lequel on désignait les possessions égyptiennes du haut Nil divisées par Saïd Pacha en provinces de Dongola, Berber, Taka, Sennaar et Kordofan, étendues par les conquêtes d'Ismaïl Pacha jusqu'à Fachoda et au pas des Chillouks; par le  gouverneur général Baker (1869-74) jusqu'au 2° latitude Nord quand, il eut annexé l'Ounyoro (1872) (La Région des Grands lacs). Au gouvernement général du Soudan comprenant alors les trois gouvernements Berber, Khartoum, Fachoda, s'ajouta celui des Provinces équatoriales organisé par Gordon comme distinct  du Soudan; d'autre part, celui-ci s'accrut du Darfour à l'Ouest et s'étendit vers la mer Rouge et vers Harrar; mais les défaites infligées par les Abyssins aux troupes égyptiennes arrêtèrent son extension. Gordon fut obligé d'évacuer le Darfour, puis l'Ounyoro, laissant à Emin Pacha (Eduard Schnitzer) le gouvernement de la province équatoriale de Lado; il se retira en 1880. Alors éclata l'insurrection mahdiste (mai 1881) parti de l'île d'Aba, le Mahdi Mohammed Ahmed défit le gouverneur de Fachoda (juin 1882); la prise d'El-Obeid lui livra le Kordofan, où il anéantit l'armée du général Hicks (1883); son lieutenant Osman-Digna (Georges Nisbet) s'avança jusqu'à Souakin. Gordon, rappelé à Khartoum, y succomba après un siège de dix  mois (1884), et les protecteurs anglais de l'Égypte évacuèrent le Soudan, ramenant la frontière à Ouadi-Halfa. Emin Pacha fut emmené du haut Nil par Stanley, et le Soudan égyptien se trouva tout entier reperdu pour les Occidentaux et leurs protégés. Le Mahdi forma du Darfour à Kassala et de Lado à Ouadi-Halfa une sorte d'empire religieux dont la capitale fut, à Omdourman, en face de Khartoum. La mort du Mahdi, remplacé par Abdoullah-el-Taichi, qui prit également le titre de calife (22 juin 1885), ne modifia pas d'abord la situation. La décadence des derviches, dont l'armée quasi féodale n'était ni homogène, ni bien organisée, ni approvisionnée d'armes et munitions modernes, commença en 1889 par la défaite de Toski, près la deuxième cataracte; Osman-Digna fut tenu en échec près de Souakin; les guerres avaient détruit le bétail et arrêté le commerce; une fois le butin épuisé, le calife exigea des impôts écrasants; il appela au Nord la tribu des Daggara à laquelle il appartenait et lui distribua les terres fertiles de la vallée du Nil.
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Photo d'Omdurman.
A Omdurman, la ville soeur de Khartoum.

Le retour offensif des Européens contre les mahdistes désagrégés commença en 1893 par l'entrée des officiers belges du Congo qui chassèrent les mahdistes du Bahr-el-Ghazal; eu mai 1894, les Anglais le leur donnèrent à bail; mais sur les réclamations de la France, ils se limitèrent au territoire de Lado et Redjaf sur le Nil. En juin 1894, les Italiens enlevaient Kassala. La France, espérant une coopération  de l'Abyssinie, s'avance à son tour par l'Oubangui vers le Bahr-el-Ghazal. L'Angleterre, décide alors de reconquérir le Soudan égyptien. En 1896, le sirdar Kitchener concentre les troupes anglo-égyptiennes à Ouadi-Halfa, préalablement attaché à l'Égypte par un chemin de fer que l'on prolonge à mesure qu'avance l'armée.

Le 19 septembre, celle-ci prend Dongola. Un an après, Kitchener occupe Abou-Hanted et y amène le chemin de fer de Ouadi-Halfa. En octobre 1897, il entre à Berber; il réoccupe Kassala restitué par les Italiens. Pendant ce temps, les Français avaient occupé le Bahr-el-Ghazal; le capitaine Marchand avançait des postes de Dem-Ziber, de Fort-Desaix vers le Nil, tandis que les Abyssins, vainqueurs des Italiens, descendaient le Sobat. Ils ne joignirent pas Marchand qui occupa seul Fachoda le 10 juillet 1898 et repoussa les attaques des mahdistes. Les Anglo-Egyptiens, partant d'Ed-Damer, au confluent du Nil et de l'Atbara, écrasent le long de cette rivière l'armée de l'émir Mahmoud (8 avril 1898) et le 30 août, enlèvent le camp de, Keneri qui couvrait Omdourman. Le 2 septembre 1898, ils mettent en déroute le armées mahdistes et entrent dans leur capitale; le corps du Mahdi est  jeté au Nil, Omdourman rasé, et Khartoum reconstruit. Kitchener se portant aussitôt à Fachoda s'y était rencontré, avec Marchand (21 septembre), lequel refusa d'évacuer la place, Les négociations engagées entre la France et l'Angleterre aboutirent, après une période de tension aggravée par le langage de la presse, à la convention du 11 mars 1899.
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Photo d'un village Dinka.
Un village dinka, dans le Sud Soudan.

La France renonça à toute prétention sur l'ancien Soudan égyptien et l'Angleterre s'engagea à ne pas en dépasser les limites vers l'Ouest. Voici les dispositions essentielles de ce traité d'importance capitale :

Le gouvernement de la République française s'engage à n'acquérir ni territoire ni influence politique à l'Est, et le Royaume-Uni s'engage, à n'acquérir ni territoire, ni influence, politique à l'Ouest de la ligne frontière ainsi définie : ligne de partage  des eaux entre les bassins du Nil et du Congo, puis, du 11° latitude Nord au 15° de latitude Nord, frontière ancienne entre le Ouadaï et le Darfour, étant entendu que, le tracé à déterminer ne pourra dépasser à l'Ouest le 18°40' de longitude Est ni à l'Est le 20° 40', Au Nord du 15e parallèle, la frontière sera formée par une ligne tirée vers le Sud-Est à partir du point de rencontre du tropique du Cancer avec le 13° 40' et  jusqu'au, 21° 40' et à sa rencontre avec la frontière du Darfour.
Les Britanniques ont procédé à partir de là à la réorganisation du Soudan dont ils étaient  laissés seuls maîtres à la mort du calife Abdoullah tué avec ses lieutenants à la fin de novembre 1899 dans la bataille d'Omdebrikat. Une convention  passée le 19 janvier 1899 avec le khédive a séparé de l'Égypte tous les pays au Sud du 22° latitude Nord, et en a confié l'administration, y, compris Ouadi-Halfa et Souakin, à  un gouverneur général nommé par décret khédivial avec sanction du gouvernement anglais. Ce gouverneur était investi de pouvoirs dictatoriaux et les droits et garanties conférées aux étrangers en Égypte furent abolis. Le chemin de fer fut prolongé jusqu'à Khartoum et une administration anglaise installée. 
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