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Histoire de la Sicile
D'après la mythologie antique, la Sicile était peuplée d'êtres fabuleux (Cyclopes, Géants, Lestrygons) qui travaillaient le fer et la pierre. A l'époque préhistorique, elle fut habitée par une population inconnue, dont quelques monuments ou instruments de pierre nous révèlent l'existence; à l'époque historique, par les Sicanes, qui furent refoulés à l'Ouest, à côté du peuple mal connu des Elymes, par l'invasion des Sicules, venus d'Italie, et des Sicanes, venus de l'Hispanie. A partir du XIe siècle. av. J.-C., mais surtout depuis le VIIIe, il y vint de nombreuses colonies grecques, tant doriennes qu'ioniennes : Syracuse Agrigente, Sélinonte, Catane sont les plus célèbres; les indigènes furent refoulés vers les montagnes de l'intérieur. Les villes grecques parvinrent bientôt à une grande prospérité, mais elles furent en proie à beaucoup de révolutions intérieures; pour échapper aux excès de la démagogie, la plupart acceptèrent le joug de tyrans. Les tyrans les plus fameux furent Phalaris et Théron dans Agrigente; Gélon, Hiéron, les deux Denys (Denys l'Ancien, Denys le Jeune), Agathocle, à Syracuse. 

En 415, Athènes entreprit la conquête de la Sicile, mais elle échoua piteusement devant Syracuse (413). Les Carthaginois ensuite envahirent ce pays : Denys le Tyran, Agathocle, et plus tard Pyrrhus, ne retardèrent qu'un instant leurs progrès : ils possédaient déjà la partie occidentale et allaient faire la conquête de toute l'île, quand Rome vint la leur disputer (266). La première Guerre punique valut à cette dernière puissance toute la partie que possédaient les Carthaginois (241); la Deuxième Guerre punique lui donna le reste (212) : toute la Sicile fut réduite en province romaine. Elle eut souvent à souffrir des exactions des préteurs : de 73 à 71 av. J.-C, Verrès exerça un véritable brigandage. De 44 à 36, elle fut le siège de la puissance de Sextus Pompée : la victoire navale de Nauloque la livra à Octave

Après cinq siècles de paix, elle fut envahie par les Vandales, 440, puis par les Goths, 493. Bélisaire la reprit en 535 pour les empereurs grecs et en fit la base de ses opérations contre l'ltalie. Dès le VIIe s., les Musulmans commencèrent à envahir la Sicile : en 827, les Aghlabites en ravirent la plus grande partie aux Grecs; les Fatimides leur succédèrent en 917 et en restèrent maîtres jusqu'au XIe s. De 1058 à 1090, Roger le Normand chassa les Grecs et les Arabes, et prit le titre de grand-comte de Sicile. 

Au siècle suivant, en 1130 l'île devint une partie du royaume normand des Deux-Siciles, mais elle en fut détachée à diverses reprises, notamment en 1282 à la suite des Vêpres siciliennes et de l'expulsion de la maison d'Anjou. Elle forma alors un Etat à part sous le titre de Royaume de Sicile. Quand Naples eut été occupé par les armées françaises, le roi Ferdinand IV se réfugia en Sicile. C'est cette île qui, en 1848 et 1859, commença le mouvement insurrectionnel qui aboutit en 1860 à l'expulsion des Bourbons.

L'Antiquité et le Haut-Moyen âge

Les Sicules, qui arrivèrent dans l'île vers l'an 1000 av. J.-C, étaient probablement de même origine que les Latins; établis dans l'angle Sud-Est, ils fondèrent un certain nombre de villes, parmi lesquelles Menae (Mineo), Hybla minor (Paterne), Centuripae (Centorbi), Agyrium (Agyra), Aluntium (San Marco). Les Sicules coexistèrent avec les Phéniciens, qui fondèrent des établissements sur les côtes, en particulier à l'Ouest, Motya, Panorme (Palerme) et Soloeis. Enfin au VIIIe siècle vinrent des Grecs, qui colonisèrent toute la partie orientale de la Sicile. Les Ioniens de Chalcidique fondèrent Naxos (735), puis les Corinthiens créèrent Syracuse (734 av. J.-C.), Leontini et Catane (729), Zancle (Messine); les Doriens, Mégare (728); les Crétois, Géla sur la côte Sud (689); progressant vers l'Ouest, les gens de Zancle fondèrent Himera (618); ceux de Mégare, Selinonte (628), et ceux de Géla la célèbre Agrigente (580). Le progrès des Grecs en Sicile s'arrêta à l'occupation des îles Lipari (580).

A partir de ce moment commença leur rivalité avec les Phéniciens, qui appelèrent à leur aide les Carthaginois. Repoussés par la victoire d'Himera (480), ces derniers, profitant des querelles intestines des villes grecques, de leurs luttes entre Ioniens et Doriens, de l'échec de l'expédition d'Athènes contre Syracuse (415-413), recommencèrent leurs attaques à la fin du Ve siècle et prirent successivement Sélinonte, Himera, Agrigente, Camarina, Messana, (409-396). Tenus en échec, soit par Denys l'Ancien de Syracuse (406-367) qui étendit sa domination sur presque toute la Sicile, soit par quelques-uns de ses successeurs, Timoléon (344-336) et Agathocle, qui fit en Afrique une expédition brillante (310), soit enfin par Pyrrhus, qui dut précipitamment retourner en Italie (278-276), ils engagèrent contre les Romains, une lutte qui dura vingt ans (Première guerre punique, 264-241) et se termina, par leur expulsion définitive. 

La domination romaine et byzantine.
La Sicile devint entièrement romaine après que la prise de Syracuse par Marcellus (214-212) eut mis fin à l'existence du petit royaume indépendant qu'avait gardé Hiéronyme, successeur de Hiéron ll. Devenue province, elle fut divisée en deux questures Lilybetana et Syracusana. A peine maîtres du pays, les Romainscherchèrent à l'exploiter pour en mettre en valeur les richesses en minéraux et en céréales; ils y envoyèrent des colonies d'esclaves dont la révolte donna lieu aux deux guerres serviles (139-131 et 104-101). Plus tard, un de leurs gouverneurs, Verrès (73-71), s'y illustra par ses déprédations. Enfin la guerre civile entre César et Pompée accéléra la décadence de la Sicile, attestée par Strabon, de sorte qu'Auguste fut obligé d'en rebâtir les villes et d'envoyer des colonies à Tauromenium, Catane, Syracuse, Thermae et Tyndaris. C'était une province sénatoriale proconsulaire. Enfin l'île eut à subir le contre-coup d'invasions barbares. Désolée par une nouvelle guerre des esclaves (259), pillée par une horde de Francs (278), rattachée en 395 à l'empire d'Occident, puis successivement conquise par Genséric, par Odoacre et par les Ostrogoths, elle fut reconquise par Bélisaire (535) et réunie à l'empire d'Orient. La domination byzantine dura plus de trois siècles.

Arabes et Normands.
En 827, les Arabes commencèrent la conquête de la Sicile. Appelés par le gouverneur Euphemias, ils débarquèrent à Mazzara, s'emparèrent de Palerme en 831, de Syracuse en 878 et refoulèrent les chrétiens dans l'angle Nord-Est de l'île. Ils fondèrent un émirat particulier, sous la dynastie des Fatimides, et accrurent la richesse du pays par le développement donné à l'agriculture, à l'industrie et au commerce.

Au XIe siècle, les Arabes durent à leur tour céder la place aux Normands; les fils d'un chevalier normand, Tancrède de Hauteville, avaient peu à peu conquis, de 1016 à 1071, tous les territoires grecs de l'Italie méridionale; en 1061, le plus jeune d'entre eux, Roger, franchit le détroit de Messine, appelé par les chefs sarrasins qui se disputaient la suprématie, les battit les uns après les autres et termina en 1091 l'assujettissement de l'île tout entière; pendant ce temps, son frère aîné, Robert Guiscard, étendait sa domination jusqu'à Naples. Son fils, Roger II, lui succéda en Sicile (1111), puis devint duc de Pouille et de Calabre (1127) quand la descendance de Robert Guiscard se fut éteinte; enfin il fut sacré roi des Deux-Siciles par le pape Anaclet II (1130). La Sicile avait désormais perdu son autonomie politique, et ses destinées devaient être associées jusqu'à nos jours à celles de l'Italie méridionale.

Le Royaume des Deux-Siciles

La domination normande. 
Sous Roger II (1130-1154), le royaume des Deux-Siciles atteignit un haut degré de prospérité. Palerme et Amalfi devinrent les rivales commerciales de Venise et de Pise; une école de médecine célèbre s'établit à Palerme. Les Arabes purent exercer librement leur religion, moyennant un tribut annuel, et furent utilisés comme soldats. Les fils de Roger, Guillaume ler (1154-1166) et Guillaume II (1166-1189), maintinrent, malgré leur médiocrité, les traditions paternelles. En 1177, ce dernier maria sa soeur et héritière, Constance, avec le fils de l'empereur Frédéric Ier, Henri VI. Ce mariage allait faire passer les Deux-Siciles dans la maison des Hohenstaufen.

Après la mort de Henri VI (1197), son fils Frédéric II lui succéda. Né en Italie, il fit de Palerme sa résidence favorite et s'attacha à réorganiser complètement le royaume. De 1222 à 1225 il y raffermit son autorité; en 1231, il lui donna une constitution dans laquelle il s'efforçait de rajeunir les institutions normandes; en même temps, il centralisait, comme dans les Etats modernes, l'administration des finances et de l'armée et créait des Etats provinciaux pour servir de contrepoids au pouvoir de ses agents. Il affichait une prédilection particulière pour les lettres et les arts, bâtissait des villes, fondait des universités et faisait de sa cour la plus brillante et la plus policée de l'Europe. Son fils, Conrad ler (1250-1254), ne laissa qu'un enfant de dix ans, Conradin, qu'il institua son héritier, et un frère naturel, Mainfroi, qui profita de cet événement pour se faire proclamer roi, en répandant le bruit de la mort de son neveu. Cette usurpation servit de prétexte au pape Clément IV, qui n'aimait pas la maison de Souabe, pour donner l'investiture des Deux-Siciles au Français Charles d'Anjou, père de Louis IX (1265). Ce dernier vint se faire sacrer à Rome, avec le consentement de son frère, battit et tua Mainfroi près de Bénévent (1260), vainquit à Tacliacozzo (1268) et fit décapiter à Naples le jeune Conradin, et put se croire le maître des Deux-Siciles.

La souveraineté de la maison d'Anjou et de la maison d'Aragon.
Mais sa domination ne devait qu'être éphémère en Sicile. Il froissa les sentiments et les intérêts des habitants du pays par la lourdeur des impôts, par des confiscations sans motifs, par sa prédilection pour ses compagnons français, par la hauteur de ces derniers; le 30 mars 1282 éclata à Palerme un formidable soulèvement resté célèbre dans l'histoire sous le nom de Vêpres siciliennes; des centaines de chevaliers français furent massacrés; toute l'île suivit ce mouvement et Charles d'Anjou prit la couronne de Sicile.
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Les Vêpres siciliennes

On a donné le nom de Vêpres siciliennes au massacre des Français par les Siciliens en 1282 : Charles d'Anjou y perdit la souveraineté de la Sicile.Selon la tradition, le massacre débuta à Palerme le lundi de Pâques (30 mars 1282), au son de la cloche des vêpres, et le massacre s'étendit dans le courant d'avril à toute la Sicile près de 8000 Français périrent. 

On a souvent affirmé que les Vêpres siciliennes avaient été préméditées par Jean de Procida, gentilhomme sicilien du nom de Jean de Procida et agent de Pierre III d'Aragon (compétiteur de Charles d'Anjou et gendre de Minafroi), et l'heure de la révolution fixée d'avance. 

Il paraît plus vraisemblable que les Siciliens, exaspérés par la dureté de la domination de Charles d'Anjou, n'attendaient qu'une occasion de se soulever : une insulte du Provençal Drovet à une Sicilienne, à l'heure où la foule se rendait à l'église de Montréal, aurait déchaîné l'émeute. Les Français, surpris sans défense, périrent sans distinction des femmes ni des enfants. 

Charles d'Anjou qui était à Orvieto près du pape, chercha vainement à agir contre la Sicile : le 30 août, Pierre d'Aragon débarqua à Trépani et enleva à la maison d'Anjou la souveraineté de la Sicile au profit de sa femme et de son fils Jacques.

Les maisons d'Aragon et d'Anjou devaient régner parallèlement en Sicile et à Naples, jusqu'en 1442. Elles se combattirent d'abord sous le règne de Charles d'Anjou (1266-1285), qui vit même la flotte sicilienne, sous le commandement de Roger de Loria, faire prisonnier son fils Charles. Celui-ci, devenu roi sous le nom de Charles II, après sa délivrance, essaya vainement de prendre sa revanche, perdit son fils aîné, Philippe, à la bataille de Falconera (1299) et dut reconnaître définitivement en 1302 l'indépendance de la Sicile. Son successeur, Robert (1309-1343), suivit au contraire une politique pacifique. Il laissait comme héritière une nièce, Jeanne (1343-1382), dont les quatre mariages successifs avec André d'Anjou, Louis de Tarente (1346), Jacques d'Aragon (1362) et Othon de Brunswick (1376) amenèrent à Naples une série de guerres intestines et de complications extérieures.

La Sicile, au contraire, avait mené depuis la paix de 1302 une existence des plus tranquilles. Ses souverains, Frédéric (1296-1337), Pierre II (1337-1342), Louis (1342-1355), Frédéric II (1355-1377), Marie (1377-1402), Martin d'Aragon (1402-1409), l'avaient tenue à l'écart de la politique générale. Martin n'ayant pas laissé d'enfants, son père, déjà roi d'Aragon, recueillit son héritage, qu'il ne garda d'ailleurs qu'un an (1409). Lorsque sa famille se fut éteinte avec lui (1410), Ferdinand, prince de Castille, réussit, avec un interrègne de deux ans, à lui succéder en Aragon et en Sicile (1412) et à léguer ses Etats (1446) à son fils Alphonse. Ce dernier devait encore réunir Naples à ce vaste domaine. Il réussit à se faire reconnaître un instant comme héritier par la dernière souveraine de ce royaume, Jeanne (1114-1135), triompha de la résistance de l'héritier légitime, René d'Anjou, et s'empara de Naples en 1412. Le royaume des Deux-Siciles se trouvait désormais reconstitué et devait rester près de trois siècles sous la domination espagnole.

La domination espagnole
Alphonse V résida presque uniquement en Italie et mérita par sa sage politique et sa bonne administration le surnom de Magnanime. A sa mort, ses Etats furent séparés une dernière fois : son frère Jean reçut la Sicile et l'Aragon; son fils, Ferdinand Ier (1458-1494), le royaume de Naples. Ce dernier mécontenta les barons et permit ainsi au roi de France' Charles VIII de faire revivre, sous le règne de son fils Alphonse II (1494-1493), les prétentions de la maison d'Anjou. On sait quelle fut l'issue de l'expédition de Charles VIII. Après être rentré sans obstacle à Naples et s'être fait couronner roi (février 1495), il fut rappelé en arrière par une coalition européenne et dut laisser le fils d'Alphonse II, Ferdinand II (1495-1496), reconquérir son royaume. Ferdinand II eut pour successeur son oncle Frédéric (1496-1501), contre lequel se liguèrent le nouveau roi de France Louis XII et Ferdinand le Catholique, déjà souverain de l'Aragon et de la Sicile depuis 1479. Frédéric fut fait prisonnier et perdit ses Etats (1402) que Gonzalve de Cordoue réussit aussitôt après à conquérir sur les Français (batailles de Séminara, de Cerignola et de Garigliano, 1503). Naples et la Sicile se retrouvaient dans la même situation qu'en 1442.

Leur histoire fut peu agitée pendant le XVIe et le XVIIe siècle : une incursion du Français Lautrec jusqu'à Naples en 1527, une tentative infructueuse d'un vice-roi espagnol, le duc d'Ossuna, pour se rendre indépendant (1620), en sont les principaux incidents. En 1647, un simple pêcheur, Masaniello, souleva le peuple contre le duc d'Arcos qui avait établi des impôts écrasants sur les vins et les fruits; il fut facilement saisi et fusillé. A la suite de la guerre de la succession d'Autriche, les traités d'Utrecht et de Rastadt donnèrent Naples à la maison d'Autriche et la Sicile au duc de Savoie. Mais en 1721, ce dernier échangea la Sicile contre la Sardaigne. D'autre part, en 1735, l'empereur Charles VI céda Naples et la Sardaigne à l'infant Charles d'Espagne, à condition qu'il ne pourrait être en même temps roi d'Espagne. Le royaume des Deux-Siciles recouvrait ainsi son indépendance.

La domination des Bourbons.
Le premier Bourbon, Charles III (1735-1759), fut surtout un prince réformateur. Il appela aux affaires le libre penseur Tanucci et s'efforça de restreindre les privilèges du clergé en concluant un concordat avantageux avec Benoît XIV (1746), en supprimant le droit d'asile dans les églises et les juridictions épiscopales, en réduisant les biens de mainmorte et en abolissant l'Inquisition. Il développait en même temps le commerce, augmentait les revenus de l'Etat et repoussait à Velletri (1744) une invasion autrichienne. Lorsque la mort de son frère, Ferdinand VI (1759), l'eut appelé au trône d'Espagne, son troisième fils, Ferdinand Ier, lui succéda (1759-1825) et régna d'abord sous la tutelle de Tanucci, qui continua la politique du règne précédent en expulsant les Jésuites (1767). A sa majorité, Ferdinand épousa une fille de Marie-Thérèse, Marie-Caroline, qui appela aux affaires son favori Acton, et exerça une influence prépondérante sur les affaires de l'Etat. Sous cette influence, il entra dans la première coalition (1793), dont il se détacha à la suite des victoires de Bonaparte (traité de Brescia, 1796). Mais, à la suite du départ de ce dernier pour l'Egypte et de la fondation d'une république romaine, Marie-Caroline travailla activement à former une seconde coalition, demanda à l'Autriche le général Mack pour commander les troupes napolitaines et leur fit passer la frontière; elles s'emparèrent de Rome (novembre 1798), mais durent l'évacuer au bout d'un mois et reculer devant l'armée de Championnet qui s'avança jusqu'à Naples et fit capituler Mack (janvier 1799). Le roi et la cour étaient partis pour Palerme.

La République parthénopéenne
Championnet, maître de Naples, confia le pouvoir à un gouvernement provisoire dirigé par deux partisans des idées révolutionnaires, Cirillo et Pagano; ils proclamèrent la République parthénopéenne et rédigèrent une constitution calquée en partie sur celle qui régissait alors la France, en partie sur celle de Sparte. Elle fut presque aussitôt détruite que mise en vigueur. Dès le mois de mars 1799, les provinces, agitées par les prêtres et les nobles, se soulevaient contre le gouvernement central, le cardinal Ruffo, commandant des troupes royales, débarquait à Reggio, et Macdonald, successeur de Championnet, était rappelé vers le Nord par la défaite des Français à la Trebbia.

Les républicains napolitains essayèrent en vain de se défendre; cernés par les troupes de Ruffo (juin 1799), réduits à s'enfermer dans les châteaux de Naples, ils durent signer une capitulation que la cour désavoua ensuite; la plupart passèrent devant des tribunaux militaires et furent exécutés. Ferdinand et Marie-Caroline, rentrés dans leur capitale, ordonnèrent, avec la complicité de Nelson, des représailles impitoyables : 30.000 personnes furent emprisonnées, 7000 bannies, 9000 mises à mort. Ces inutiles cruautés ne purent assurer à Ferdinand la paisible possession de son royaume; après Marengo, il fut contraint de signer avec Bonaparte le traité de Florence (18 mars 1801) qui lui imposait l'amnistie pour tous les condamnés suspects ou exilés politiques et l'occupation par les troupes françaises d'Otrante, Tarente et Brindisi. Après la rupture de la paix d'Amiens, l'armée de Gouvion Saint-Cyr envahit ses Etats ; lorsqu'elle les eut évacués en 1805, il en profita pour se joindre à la troisième coalition. Le châtiment ne se fit pas attendre. Napoléon déclara dans son 37e bulletin que la maison de Naples avait cessé de régner, fit occuper toute la terre ferme par l'armée de Masséna (février 1806), proclama son frère aîné, Joseph, roi de Naples (mars), et réduisit le couple royal à la possession de la Sicile, dont il devait chercher en vain à le déposséder.

La domination française.
Joseph ne régna que deux ans et, pour lui, régner se réduisit à combattre (1806-1808).
Il eut en effet à prendre Gaëte où les troupes bourbonniennes résistèrent jusqu'en juillet 1806, à vaincre l'insurrection de Fra Diavolo dans les Calabres et à chasser les Anglais de Capri. A l'intérieur, il commença la réforme des institutions, abolit le système féodal (août 1806), promulgua le code civil français et établit une constitution libérale qu'il n'eut pas le temps d'appliquer. En mars 1808, il était appelé à Bayonne pour y recevoir le trône d'Espagne, et le 6 septembre, suivant, son successeur, Murat, faisait son entrée à Naples. Soldat plus qu'administrateur, Murat tenta un débarquement en Sicile, dompta définitivement, grâce à son aide de camp Manhès, l'insurrection des Calabres et forma une solide armée; mais ses collaborateurs, Zurlo, Ricciardi, Delfico, mirent à exécution les réformes civiles décrétées par Joseph, donnèrent une vigoureuse impulsion aux travaux publics, ornèrent Naples de belles promenades et rendirent son nom populaire dans le royaume. 

Après la campagne de Russie, qui avait coûté la vie à un fort contingent napolitain, Murat chercha à séparer sa cause de celle de Napoléon pour conserver son royaume. Il entama d'actives négociations avec lord Bentink, commandant des forces anglaises en Sicile, et finit par signer avec l'Autriche un traité secret (11 janvier 1814) qui lui promettait, en échange de son concours militaire, la garantie de ses Etats. Il l'exécuta assez mollement en conduisant une armée napolitaine contre celle d'Eugène de Beauharnais et envoya au congrès de Vienne un plénipotentiaire demander aux puissances de le reconnaître. Les résistances que rencontra son envoyé lui firent craindre de se voir enlever sa couronne par le Congrès; pour la conserver, il changea brusquement de tactique, se déclara le défenseur de l'unité et de l'indépendance italiennes, appela tous les Italiens aux armes et s'avança avec une armée jusqu'à Bologne. D'abord vainqueur, il fut repoussé par l'armée autrichienne de Blanchi, dut rétrograder jusqu'à Naples, et capituler dans cette ville où le remplaça Ferdinand, accouru de Sicile (mai 1815). Un débarquement qu'il tenta quatre mois après au Pizzo (Calabre), échoua misérablement. Il fut traduit devant une commission militaire et fusillé (13 octobre 1815).

Le royaume des Deux-Siciles de 1815 à 1860. 
Ferdinand IV, veuf depuis 1814, accourut alors de Palerme, reprit possession de ses Etats et reconstitua le royaume des Deux-Siciles dont il devint souverain sous le nom de Ferdinand Ier. La surveillance de l'Autriche l'empêcha de signaler sa restauration par les mêmes violences qu'en 1799; mais il abolit la constitution libérale qu'il avait donnée à la Sicile en 1812, rendit à l'Eglise, par le concordat de 1818, ses biens et ses privilèges et provoqua par ce régime d'arbitraire un mécontentement qui se traduisit par le développement du Carbonarisme, société secrète née sous la domination française. En 1820, éclata un premier mouvement libéral. A la nouvelle de la révolution espagnole, un régiment de cavalerie se soulève à Nola, marche sur Naples, dont la garnison le rejoint, entre dans la ville, et contraint Ferdinand à promulguer une constitution (juillet). Un parlement se réunit et une émeute séparatiste est étouffée à Palerme. Malheureusement Ferdinand, qui n'avait accordé ces concessions qu'à contre-coeur, se fit inviter par les puissances européennes à aller plaider la cause de son peuple au congrès de Laybach. Grâce à ce subterfuge, il put s'échapper de son royaume (décembre 1820) et y rentrer à la tête d'une armée autrichienne qui battit les troupes constitutionnelles à Rieti (7 mars), rétablit l'absolutisme et fit peser sur les Deux-Siciles un régime de terreur. Sous l'inspiration du ministre de la police, le fameux Canosa, plus de 800 personnes périrent pour la cause de la liberté et 1500 furent envoyées aux galères. L'armée fut dissoute et l'on brûla sur la place publique les oeuvres de Voltaire, de Rousseau et de Montesquieu.

La mort de Ferdinand ler (4 janvier 1825) et l'avènement de François ler(1825-1830), n'eurent d'autre résultat qu'un redoublement de rigueurs, François Ier mourut de la frayeur que lui causait la révolution de 1830 et laissa le trône à son fils Ferdinand II, âgé de vingt ans. Ce dernier devait rester célèbre dans l'histoire sous le nom de roi Bomba. Moins débauché et meilleur administrateur que ses prédécesseurs, il montra une dureté égale à la leur dans la répression des mouvements constitutionnels en Sicile (1831-1837) et de deux conjurations militaires à Naples (1832-1833). La révolution de 1848 lui fournit l'occasion de faire preuve du même manque de foi. Dès le mois de janvier 1848, une insurrection victorieuse éclate à Palerme, et s'étend à l'île tout entière, d'où elle chasse les garnisons bourbonniennes elle a pour conséquence, à Naples, un mouvement populaire qui force le roi à renvoyer son ministre Delcarretto, à accorder une constitution et bientôt (mai) à déclarer la guerre à l'Autriche, contre laquelle fut envoyée une armée commandée par Pepe. En trois mois, Ferdinand avait fait toutes les concessions qu'on eût pu attendre d'un prince réformateur. Comme son aïeul, il saisit la première occasion pour les retirer. Le 15 mai, jour où devait se réunir le nouveau Parlement, il fit attaquer la garde nationale par les troupes de sa garde, renvoya le ministère, mit le royaume en état de siège et rappela l'armée de Pepe. Puis, enhardi par le succès de l'armée autrichienne, il prorogea ce Parlement pour une date indéterminée (5 septembre). Restait à reconquérir la Sicile qui, dès le 13 avril, avait proclamé sa déchéance et offert en vain la couronne à un prince savoyard. Il y parvint en écrasant Messine sous une pluie de bombes (septembre), puis en débarquant une armée d'occupation qui s'empara de Palerme après un combat acharné (mai 1849). Il semble dès lors uniquement préoccupé de rétablir l'absolutisme et de remplir les prisons.

Ce régime de terreur dura jusqu'à 1860, sans autres incidents qu'une inutile expédition des Mazziniens à Sapri (1857) et qu'un attentat contre le roi. En avril 1860, à la suite de l'ébranlement que la guerre d'indépendance avait communiqué à l'Italie tout entière, une insurrection éclate à Palerme; sollicité d'intervenir par les exilés siciliens, Garibaldi débarque à Marsala (11 mai); la population se joignant à lui, il bat les troupes royales à Calatafimi, entre à Palerme (28 mai), établit un gouvernement provisoire et prend Messine (27 août); un mois lui suffit pour continuer sa marche jusqu'à Naples; il y entre le 7 septembre, tandis que le roi François II se réfugie avec ses dernières troupes dans la forteresse de Gaëte. A ce moment, Victor-Emmanuel et Cavour crurent prudent d'intervenir; craignant l'établissement à Naples d'un gouvernement révolutionnaire, ils firent passer la frontière à une armée piémontaise qui se joignit aux troupes garibaldiennes, occupa tout le royaume et força François II à capituler dans Gaëte (janvier 1861). Le 24 octobre, un plébiscite solennel prononça l'annexion au Piémont des provinces napolitaines et siciliennes; le royaume des Deux-Siciles terminait sa longue existence.
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La Mafia

La Mafia est une organisation criminelle  tenant en Sicile la même place qu'à Naples la Camorra. C'est une sorte de brigandage régularisé, de société privée qui se constitue parallèlement au gouvernement officiel et en contradiction avec lui. Elle se rattache aux Compagnie d'armi, formées en 1800 par la monarchie, qui, pour se défendre contre la Révolution française et assurer un peu d'ordre, arma et enrégimenta les brigands. La dissolution du régime féodal avait donné beau jeu à ceux-ci; la Mafia continua plus méthodiquement leurs opérations et fit payer tribut aux propriétaires en garantie de leur sécurité. 

Garibaldi, en 1860, prononça la dissolution des Compagnie d'armi; une commission extraordinaire en 1875, Nicotera en 1876, Crispi en 1895 firent de vains efforts pour abolir la Mafia, dont le peuple reconnaît l'autorité; on s'explique les formidables progrès que firent les Fasci dei lavoratori organisés par les socialistes, à leur tête De Felice, groupant le prolétariat sicilien pour la revendication de réformes sociales. L'état de la propriété au début du XXe siècle, la misère générale des travailleurs ont assuré à la Mafia leurs sympathies. A partir de cette époque, les propriétaires ont été contraints de se placer sous sa protection, de lui payer tribut, de prendre ses affiliés pour gardes, jardiniers, etc. Celui qui refuse ou qui dénonce un Mafioso n'échappe pas à la vendetta. 

La Mafia est solidement organisée, sous des chefs sévèrement obéis. Ses adeptes ont à faire la preuve de leur courage dans un duel au couteau. Ils s'engagent à ne jamais s'adresser aux tribunaux et à ne jamais témoigner devant eux, à se faire justice eux-mêmes. Le meurtre ou les vols sont interdits, sauf en cas de vendetta. La Mafia protège ceux que poursuit la justice; elle intervient à tous les niveaux de la vie économique de l'île, etc. Les agents d'exécutions violentes sont appelés Malandrini; les Mafiosi s'intitulent Giovanni d'onore. (A. M. B.).

La Sicile après l'unité italienne

L'introduction en Sicile d'un régime libéral ne pouvait faire cesser brusquement ni les aspirations séparatistes qui avaient toujours distingué les habitants de l'île, ni les difficultés économiques qui provenaient de l'inégale répartition de la propriété. Les premières amenèrent une terrible insurrection qui éclata à Palerme au lendemain de là guerre contre l'Autriche (septembre 1866) et fut facilement réprimée; les secondes s'aggravèrent à mesure que s'accroissait le poids des impôts et finirent par aboutir, à la fin de 1893, à une série d'émeutes qui compromirent gravement la sécurité publique. Dans plusieurs petites villes, le peuple brûla les bureaux de l'octroi et pilla l'hôtel de ville. Le gouvernement ordonna une répression vigoureuse; l'état de siège fut proclamé, un désarmement général ordonné, et le général Morra di Lavriano envoyé à Palerme avec des pouvoirs extraordinaires. Ces mesures mirent fin aux troubles, mais ne purent en faire disparaître les causes qui tiennent aux conditions économiques de la Sicile. (A. Pingaud).
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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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