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Les
gens
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| Caligula
(C. Julius Caligula), empereur romain
de 37 à 41. Le surnom de Caligula, sous lequel il est resté
connu, vient de l'habitude qu'on lui avait fait prendre encore enfant de
chausser la caliga ou la chaussure militaire de mode gauloise, pour
se rendre populaire dans l'armée; les écrivains anciens le
désignent fréquemment aussi par son prénom de Caius.
Fils de Germanicus et de la première
Agrippine
(la seconde était sa soeur), petit-fils d'Agrippa
par sa mère, il naquit soit à Antium Rarement prince fut aussi populaire au
début ; les soldats aimaient cet empereur, qu'ils avaient vu enfant
au milieu d'eux; le peuple reportait sur lui l'affection qu'il avait eue
pour son père Germanicus, et le Sénat
s'était hâté de le reconnaître seul empereur,
sans tenir compte d'un autre héritier, un petit-fils de Tibère,
désigné aussi dans le testament impérial. Le nouvel
empereur commence par donner les plus belles espérances : il fait
transporter solennellement à Rome les cendres de sa mère
et de ses parents, qu'on dépose au mausolée d'Auguste;
il rappelle les bannis; il interdit toutes les accusations pour crimes
de lèse-majesté; il refuse d'écouter les délateurs;
il remet en circulation les ouvrages historiques de T. Labienus, de Crescentius
Cordus, de Cassius Severus, proscrits sous les règnes précédents;
il publie, à l'exemple d'Auguste, le budget de l'empire; il parle
de rétablir les comices et de rendre au peuple le droit de suffrage;
en même temps, il conquiert les bonnes grâces de la foule par
des distributions en argent ou en nature, par la célébration
de jeux extraordinaires à l'amphithéâtre « Jusqu'ici, dit Suétone, j'ai parlé d'un prince; désormais ce que j'ai à rapporter est d'un monstre. »L'âge d'or de Caligula ne dura guère en effet. Le malheureux avait eu dans son enfance des attaques d'épilepsie; le huitième mois de son règne, il tomba gravement malade; il faut croire que ces crises physiques influèrent sur son état mental, car on ne peut expliquer que par la folie les extravagances, les débauches, les cruautés dont l'incroyable énumération remplit la biographie de Suétone. Maître à vingt-six ans d'une autorité illimitée qui s'étendait sur quatre-vingts millions d'hommes, il eut le vertige de la toute-puissance; il crut que l'empire romain était sa chose, qu'il n'avait été inventé que pour la satisfaction de ses débauches et de ses folies. « J'ai pouvoir, disait-il, sur tout et sur tous, omnia mihi in omnes licere ». (Suétone, Caius, 29).Le mot fameux, « qu'ils me haïssent pourvu qu'ils me craignent, » fut comme sa devise. On l'entendit répéter : « Plût au ciel que le peuple romain n'eût qu'une tête! » Il inaugura la série trop nombreuse des tyrans insensés et stupides qu'on trouve dans l'histoire de l'empire romain. Toute sa famille est condamnée à l'exil ou à la mort; ses incestes avec ses soeurs Agrippine, Drusilla, Livilla, ses adultères journaliers, sont un scandale sans répit; des supplices atroces et sans motif sont multipliés contre les citoyens de tous les âges et de toutes les conditions; il s'amuse à faire jeter un pont de bateaux de 3600 pas entre Baïes et Pouzzoles, pour rivaliser avec Xerxès qui avait franchi de même l'Hellespont; il donne pour vestibule à son palais du Palatin le temple de Castor Le juif Philon,
qui vint à Rome en 38 pour réclamer justice au nom de ses
compatriotes alexandrins « qui semblait n'être au monde, suivant le mot de Sénèque, que pour montrer ce que peuvent les plus grands vices, dans la plus haute fortune (Consol. ad Helviam, 9), »rêva même de gloire militaire. En 39, l'idée lui vint de faire une expédition en Germanie; il traversa le Rhin et fit quelques prisonniers; c'étaient ses propres soldats qu'il avait postés dans un bois. L'année suivante, il parla d'une expédition en Bretagne (Angleterre) ; mais il n'alla pas plus loin que les environs de Boulogne « Caligula, dit Suétone, avait la taille haute, le teint pâle, le corps énorme, le cou et les jambes extrêmement grêles, les yeux caves et enfoncés, le front large et menaçant, la tête chauve. »Il ne laissait d'autre enfant qu'une fille, Julia Drusilla, âgée de deux ans, que Chaereas fit tuer avec sa mère Caeonia. Après lui, l'empire passa à Claude, le frère de son père. Caligula eut quatre consulats, en 37, en 39, en 40, en 41. Il avait, paraît-il, des dispositions pour l'éloquence et ne cachait pas son mépris pour les déclamations de Sénèque : c'était, disait-il, du sable sans chaux. Il avait institué à Lyon un concours d'éloquence grecque et latine les vaincus devaient faire l'éloge des vainqueurs, ils devaient aussi effacer leur propre composition avec une éponge ou même à coups de langue, à moins qu'ils ne préférassent recevoir la férule ou être jetés dans la Saône. Ce n'est pas l'idée la moins drôle de ce triste personnage. (G. L.-G.). |
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© Serge Jodra, 2006. - Reproduction interdite.