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Les Boïens
Les Boii sont une puissante nation celtique de la Gaule, célèbre par sa bravoure et ses migrations. Il faut distinguer au moins deux peuples principaux portant ce nom, dont l'un, dès le IVe siècle avant notre ère, habitait la vallée du Pô, tandis que l'autre habitait la forêt Hercynienne. On a supposé que tous deux, issus d'une souche commune, avaient la Gaule comme pays d'origine. Les Boii d'outre-Rhin, comme César (De Bel. gal., 1, 5) et Tacite (De mar. German., 25) semblent l'indiquer, du reste, auraient émigré en Germanie à une époque fort reculée, peut-être sous la conduite de Sigovèse. Les autres, à en croire Tite-Live  (V, 36) et Strabon (IV), auraient pris le chemin de l'Italie. Cependant on cherche en vain sur le territoire gaulois la contrée que ces peuples auraient occupée avant leur séparation. Tandis que toutes les autres nations qui ont émigré de la Gaule y ont laissé quelque souvenir, ne fut-ce que leurs noms restés attachés aux terres qu'elles quittaient, les Boii seuls n'auraient pas laissé de traces de leur existence sur le sol gaulois, à moins qu'on ne fasse entrer en ligne de compte les Boii picei, dont parle saint Paulin dans une lettre à Ausone, et qu'on admette l'hypothèse de Deloche, qui n'est pas loin de croire qu'il faut chercher le pays d'origine de la puissante nation boïenne sur le littoral au Sud de la Garonne, occupé au IVe siècle de notre ère par les Boiates, petit peuple perdu au milieu de populations ibères. Il est plus simple de supposer que les Boii qui, vers le Ve siècle, sont allés chercher fortune dans la vallée du Pô, ne sont pas sortis des Boii picei, mais qu'à cette époque ils étaient seulement de passage en Gaule et que leur pays d'origine doit être cherché en Germanie, dans cette vaste forêt d'Hercynie, dont parle Tacite. C'est là qu'à une époque fort, reculée la branche des Boii doit s'être détachée de la grande famille gauloise qui, venant de l'Asie, s'avançait vers l'Occident. Restée en route. cette branche a fait souche dans quelque contrée danubienne et a émis comme rejetons non seulement les Boii qui vers le va siècle traversèrent la Gaule et, entraînant avec eux d'autres peuples, les Lingones par exemple, se dirigèrent vers l'Italie, mais peut être aussi les Boii picei, les ancêtres de ces Boiates qui, voisins des Bituriges Vivisci, occupaient au ive siècle de notre ère les bords du bassin d'Arcachon.

Les Boii, restés dans les contrées danubiennes, habitaient, dit Tacite, dans le pays situé entre la forêt Hercynienne et les fleuves du Rhin et du Main; il ajoute que le nom de Bohème, subsistant encore de son temps, rappelle l'ancien souvenir du lieu, bien que les habitants soient changés. Cette dénomination de Boiemum, Boiohemum (Boio-heim - demeure, patrie des Boii) est évidemment d'origine allemande et doit dater de l'époque où les Marcomans, tribu germanique, étaient déjà en possession de la Bohème. La conquête faite par Marobod, roi des Marcomans, a eu lieu au commencement de l'ère chrétienne ou quelques années auparavant. Ces Boii ont été peu à peu absorbés par les Germains vainqueurs; mais il est possible que ce soient eux qui, chassés de leurs terres, ont formé des établissements dans la Vindélicie et ont également donné leur nom à la Bavière.

Les premiers Boii que les Romains aient appris à connaître étaient ceux qui, à en croire Tite-Live et Strabon, émigrèrent de la Gaule, à la suite de l'expédition de Bellovèse et de celle des Cénomans conduits par Elitovius, franchirent avec les Lingones les Alpes par le passage du Poeninon (le grand Saint-Bernard), traversèrent la nouvelle Isombrie, passèrent le Pô sur des radeaux, chassèrent les Etrusques et les Ombriens des plaines en deçà des Apennins et se fixèrent dans les pays qui forment aujourd'hui le Parmesan, le Modénais, le Bolonais, jusqu'au Rubicon, entre les Alamans établis dans le Plaisantin et les Lingones, occupant le delta du Pô (Cf. Polybe, II, 17). 

C'est dans cette contrée, qu'on pourrait appeler la Transpadanie orientale, que la nation boienne composée, s'il faut en croire Caton, de 112 tribus, prit dans la suite des temps une suprématie marquée, et se mit à la tête d'une forte confédération, qui devait éveiller la crainte de la puissance naissante des Romains et celle de la puissance à son déclin des Etrusques. Il s'ensuivit une longue série de guerres; car vraisemblablement les Boii participaient aux différentes expéditions entreprises par les Senons contre les Romains; dans tous les cas ils combattirent à Sentinum, et peu de temps avant la guerre avec Pyrrhus, ils essuyèrent une défaite. 

Vers l'année 236 av. J.-C., ils avaient pour chefs deux jeunes guerriers, Atès et Galate qui, ayant essayé de marcher contre les Romains avec l'appui de la jeunesse, sans consulter les anciens du peuple, furent mis à mort par le parti des anciens. Plus tard, quand Rome, se tournant vers la haute Italie, essaya de fonder des colonies sur le littoral de l'Adriatique, les Boii soulevèrent tous les peuples de la Gaule cisalpine, appelèrent à leur secours les tribus taurisques habitant le revers septentrional des Alpes et les Gésates et remportèrent une brillante victoire sur les Romains entre Aretium et Fésules; mais après la défection des Senons, ils furent défaits à leur tour à la bataille de Télamone. A la suite de cette victoire, les Romains envahirent le territoire des Boii; ceux-ci durent se soumettre, mais ne tardèrent pas à s'insurger quand les Romains eurent fondé les colonies de Crémone et de Placentia

Pendant la deuxième guerre punique, ils envoyèrent leur roi Magal en députation dans le camp d'Hannibal qui venait de remporter une victoire sur les Volci, pour l'engager à passer les Alpes, battirent les Romains  près de Modène, prirent part à la bataille de la Trebbia et exter minèrent une armée ennemie dans la forêt de Litanne. Aussi, dès que Rome fut délivrée par la retraite d'Hannibal, elle tourna tous ses efforts contre ces adversaires implacables et leur livra onze grandes batailles dans lesquelles elle fut tantôt victorieuse, tantôt vaincue. Enfin, en 191 av. J.-C., le consul P. Corn. Scipion écrasa la puissance de ces Celtes; dans une bataille sanglante il leur tua 25,000 hommes. Après ce désastre, ne pouvant se résigner à vivre esclaves dans le pays conquis par leurs ancêtres, ils quittèrent l'Italie et traversèrent les Alpes Noriques. Se rapprochant du Danube et de la forêt Hercynienne, leur pays d'origine, ils s'établirent à l'Est des Taurisci, autre population celtique, autour du lac Pelso (Plattensee, lac Balaton).

Cette émigration doit avoir eu lieu en 188; car, en 187, les peuples de la Gaule cisalpine firent la paix avec Rome. On ne saurait douter que  les Boii, signalés par un auteur du IIe siècle avant notre ère  et que cite Strabon dans le pays s'étendant sur les bords du Danube, ne soient les descendants de ceux que la consul P. Corn. Scipion avait chassés de l'Italie. Le témoignage de Strabon à ce sujet est explicite et Polybe (II, 28, 30) semble le confirmer. 

Vers la fin du IIe, siècle, ils réussirent à repousser les Cimbres qui, fuyant devant le cataclysme qui avait-bouleversé les régions de la Baltique, entraînèrent les Teutons et s'avancèrent vers le Sud. Vaincues par les Boii, ces hordes du Nord se tournèrent contre les Scordici, qu'ils battirent et, se rapprochant de l'Italie, ils rencontrèrent pour la première fois les Romains à Noreia en Styrie. César (I, 5) semble vouloir faire entendre que les Boii accompagnant les Cimbres avaient pris part an siège et à la prise de cette ville. Les Boii qu'avait épargnés le débordement des Cimbres et des Teutons ne tardèrent pas à reconstituer une nation puissante. Pendant de longues années ils luttèrent avec avantage contre les Daces ou Gètes, leurs voisins. 

Vers le milieu du Ier siècle avant notre ère, réunis aux Taurisci et à quelques peuplades illyriennes sous la domination d'un chef commun, nommé Crytasyrus (Critasis), ils furent défaits dans une bataille livrée sur les bords de la Theiss par Ia puissante nation des Grecs, commandée par le roi Boerebistas (Byrebistas). Après cette défaite, les terres qu'ils avaient habitées furent chargées en désert et abandonnées comme de vagues pâturages aux troupeaux des peuples voisins. Peu de temps après, le gros de la nation répondit à l'appel des Helvètes qui allaient envahir la Gaule, et une partie d'entre eux se dirigea vers la Vindélicie. Peut-être est-ce d'eux, plutôt que de leurs frères aînés de la Bohème, que provient le nom Boioaria donné à cette contrée, si toutefois on a raison de faire dériver du mot Boii cette ancienne dénomination de la Bavière, qu'on trouve pour la première fois dans Jordanes, De rebus geticis, 33, où les Boioarii (Baiua rii, Baiubari) sont mentionnés comme les voisins des Suèves. Quelques auteurs sallemands ont sérieusement contesté cette étymologie et ont écrit des volumes pour prouver que Boioaria est un mot allemand, mais malgré leurs dénégations nous trouvons sur les confins de la Bavière, au confluent de l'Ion et du Danube, vis-à-vis de Batava castra (Passau), un castellum appelé Boiodurum (Ptolémée, II, 13, 2 aujourd'hui Innstadt), dont le nom est évidemment celtique et dont l'origine boïenne ne saurait être mise en doute.

Les Boii, répondant à l'appel des Helvètes, se joignirent à eux et à leurs autres alliés pour aller chercher des terres au pays des Santons. Arrêtés dans leur marche par César, les Helvètes et leurs amis durent retourner dans leur patrie, après avoir livré des otages et leurs armes, parce que César voulait empêcher les Germains de s'établir en Helvétie (Plutarque, Vie de César, XVIII, 3), tandis que les Boii furent autorisés à s'établir sur les terres des Eduens. Ceux-ci, probablement pour garantir leurs frontières contre les invasions de voisins rivaux, admirent chez eux ces vaillants guerriers, non à titre de clients, mais à titre d'égaux et de frères. La commission de topographie des Gaules, localisant la ville de Gorgobina, dont César parle comme d'un oppidum Boiorum, à Sancerre, désigne comme territoire boien le Nord-Ouest du pays éduen, sur la rive droite de la Loire, au Sud d'Entrain, dans le diocèse d'Auxerre. Lors du soulèvement général des Gaulois, en 52 avant notre ère, les Boii, imposés pour 2000 hommes, s'armèrent pour défendre Alésia. Après la chute de cette villa, ils cessèrent de jouer un rôle. Une dernière fois nous les trouvons mentionnés comme corps de nation du temps de Vitellius et désormais leur nom disparaît de l'histoire.

On suppose qu'il y avait également des Boii dans ce corps de Gaulois qui, après avoir fait une expédition en Macédoine et en Grèce, passa le Bosphore et s'établit en Asie Mineure; car nous trouvons dans le pays des Galates une tribu du nom de Tolistoboii (Strabon, XII, pp. 547 et 567, Etienne de Byzance, p. 659 et Tite-Vive, XXXVIII, 15). C'était un des trois peuples qui, après avoir vaillamment défendu leur indépendance contre les successeurs d'Alexandre, durent se soumettre aux Romains après les deux batailles des monts Olympe et Magaba (190-189 av. J.-C.). (L. W.).

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