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L'histoire de l'Inde
L'histoire antique de l'Inde, telle que la rapportent les textes indiens, est pleine d'obscurité et de mythes. L'archéologie éclaire cependant les époques les plus reculées. De  nombreux sites remontant au Paléolithique, ont été découverts dans tout le sub-continent. Mais le passé ancien de la région est surtout marqué par l'existence dans la Vallée de l'Indus et jusque dans le Gudjarat, d'une grande civilisation agraire, organisé autour de deux importants pôles urbains : Harappa, au Nord (Pendjab), et Mohendjo Daro, au Sud (Sind), et qui s'est développée au cours du IIIe millénaire av. J.-C. Cette civilisation, très comparable à celles qui fleurissent vers la même époque en Mésopotamie et en Égypte, reste moins connue que celles-ci. Les nombreux sceaux découverts révèlent une une écriture qui, bien que très imparfaitement déchiffrée, semble toutefois indiquer que  langue parlée par les Harappéens était apparentée aux langues dravidiennes, toujours pratiquées de nos jours dans le Sud de l'Inde et au Sri Lanka.

Aryas, Grecs et Mauryas.
La civilisation Harappéenne a disparu brutalement vers 1800 avant notre ère, et il faut attendre jusqu'au XVIe ou au XVIe siècle  av. J.-C, pour assister à l'entrée en Inde, d'une population apparentée par sa langue aux Iraniens, aux Arméniens, aux Grecs, aux Latins, aux Celtes, aux Germains  (Les langues indo-européennes). Les hymnes védiques, qui font connaître ces nouveaux venus sous le nom d'Aryas (Aryens), montrent leurs tribus établies dans le Pendjab, organisées en petites communautés où apparaissent, en germe, les éléments qui prévaudront plus tard dans la société hindoue. L'influence des brahmanes, déjà puissante, alla s'affirmant : de là des mouvements de réaction radicale qui suscitèrent les schismes religieux du VIe siècle, le bouddhisme et le jaïnisme, dans le but d'affranchir l'Inde du joug brahmanique.

L'histoire de l'Inde commence à acquérir quelque certitude au VIe siècle. Darius, roi des Perses, forma, du pays situé entre le Paropamisus et l'Indus, la vingtième satrapie. Alexandre, en 327 av. J.-C, soumit une partie du Pendjab, où régnait Porus, et descendit l'Indus jusqu'à son embouchure. Cette expédition ouvrit l'Inde aux Occidentaux et, dès lors, l'Europe entretint des relations commerciales avec le subcontinent indien, soit par terre au moyen de caravanes, soit par mer (Les Lagides en particulier n'allaient pas tarder à diriger d'Egypte vers l'Inde des flottes qui revenaient chargées de denrées). 

A la mort d'Alexandre, un Indien, Chandragoupta, son protégé, renversa la famille usurpatrice des Nandas (Pendjab) et fonda la dynastie maurya; il étendit son territoire jusqu'à l'Indus, et imposa un traité à Séleucus Nicator dont il épousa la fille. Un ambassadeur grec, Mégasthénès, s'établit à la cour de Patalipoutra (Patna); c'est à ses observations que nous devons de précieux renseignements sur la société de l'Inde 300 ans avant notre ère. La décadence des Séleucides ralentit cependant pour un temps les relations commerciales entre l'Inde et l'Occident. Tout au plus voit la cour impériale de Byzance recevoir plusieurs ambassades indiennes; au VIe siècle de notre ère, le moine Cosmas Indicopleuste visita une grande partie de l'Inde et en rapporta le ver à soie.

Ashoka  Piyadasi, petit-fils de Chandragoupta, porta à son apogée la puissance maurya; mais, sous ses successeurs, des princes grecs se rendent indépendants en Bactriane; Arsace émancipe les Parthes (L'histoire de l'Iran); des royaumes indo-grecs se fondent sur l'Indus et sur l'Oxus, d'après le modèle de celui de Diodote, le gouverneur indépendant de la Bactriane. Eucratidès, Démétrius, Agathoclès, Ménandre, frappent des monnaies, encouragent les arts, protègent même la religion indigène et se font presque Indiens. Vers 50 av. J.-C, tout ce groupe indo-grec, isolé du monde hellénique, battu en brèche par les succès des Parthes, disparaît devant la poussée des invasions venues de l'Asie centrale.

De l'ère saka au règne de Harcha.
Les Sakas (Scythes iranisés), à leur tour, furent bousculés par des peuples congénères, les Kouchans ou Kouchanes, qui rétablirent à leur profit l'empire des Démétrius et des Ménandre. Kanichka, le plus fameux de cette famille passe pour le créateur de l'ère saka ou çaka (78 apr. J.-C). D'un autre côté, des rois indo-parthes tâchaient de s'approprier les débris de l'empire séleucide et maurya L'un d'eux, Gondopharès, aurait été, d'après la légende, un des convertis de saint Thomas. Le sud de l'Inde, perdue par les successeurs d'Ashoka, entre dans l'histoire avec le mouvement commercial qui s'accentuait de jour en jour; à cette époque, la propagande bouddhique pénétrait en Chine et en Indochine.

L'ère chrétienne vit s'ouvrir une phase de prospérité et de grandeur commerciales. Une invasion de Huns (VIe s.) ravagea le Pendjab, le Cachemire et l'Inde centrale; puis les hordes disparurent sans laisser de traces de leur passage. Au VIIe siècle, un grand prince, Harcha Vardhana Siladatiya, soumit l'Hindoustan et essaya de faire renaître l'empire d'Ashoka; il s'avança vers le Sud, mais il fut repoussé par le chaloukya Poulikési II. A la mort d'Harcha, l'Hindoustan, ainsi que l'Inde méridionale, continua à se morceler en petites dynasties locales, au moment même où l'islam commençait à se répandre dans le pays entier.

L'islamisation.
Des trafiquants musulmans, presque au lendemain de la mort du prophète Mohammed (VIIe siècle), avaient paru sur les côtes, et des cavaliers faisaient des incursions dans le Sindh.  Les conquêtes des Musulmans au commencement du VIIIe siècle, et notamment celles de Kotaïbah, général du calife-Abdel-Malek, qui soumit les rives du Sind vers l'an 707, ajoutèrent aux connaissances que l'Occident possédait déjà sur l'Inde. Mahmoud de Ghazni (997-1030) est le premier véritable conquérant musulman de l'Inde, il y fit dix-sept expéditions. En 1024, il avait déjà soumis toute la partie septentrionale et occidentale jusqu'au Bengale : l'Inde était alors partagée entre un nombre immense de radjahs, parmi lesquels les radjahs de Lahore étaient les plus puissants; ceux-ci restèrent encore quelque temps indépendants. Mahmoud s'avança ensuite jusqu'à Gwalior et Canoge, d'une part; de l'autre, jusqu'à Somnath, dans le Kattiawar, et prit possession du Pendjab. Vint ensuite la maison de Ghor, ou dynastie des Gourides (1185-1289), qui étendit sa domination sur l'Inde entière; Mohammed marche contre le roi de Delhi, qu'il défait et tue, en 1193. Cette date est considérée comme marquant l'ère d'asservissement des Hindous.

Le successeur de Mohammed fut le gouverneur même de Delhi, Koutab-oud-Din, qui fonda la première dynastie musulmane de l'Inde (celle dite des Esclaves); elle compta des princes de valeur, et dura jusqu'en 1290; elle eut à repousser des invasions mongoles et à réprimer des révoltes intérieures. La maison de Kilji (Afghans Chilligis) occupa ensuite le trône pendant trente ans. Ala-oud-Din (1295-1315) augmenta son empire et s'empara du Gudjerat; un de ses généraux poussa ses conquêtes jusque dans le Carnatique; à l'extrémité même de l'Inde, il bâtit une mosquée en face du pont d'Adam. La maison de Toughlak (1320-1414) fournit des princes tels que Mohammed, dont la férocité ne fut surpassée que par celle de ses successeurs; elle disparut avec l'invasion de Tamerlan (1398-1399). 

La prise de Delhi fut célébrée par des horreurs sans nom; le terrible conquérant tartare traversa ensuite le Gange, alla jusqu'à Hardwar, ordonna un autre grand massacre à Meerut, et, après avoir contourné le pied de l'Himalaya, s'enfonça dans les défilés nord-ouest et passa dans l'Asie centrale (1399). L'invasion de Tamerlan ne laissa que des ruines. L'empire de l'Inde passa ensuite aux enfants de Tamerlan, mais seulement après la mort d'un usurpateur, Keser-Khan (1414-1421), et après l'extinction de la courte dynastie des Afghans Lodis (1448-1525). Sous ses dynasties s'achève l'oeuvre de désagrégation des provinces rassemblées à grand-peine sous l'autorité des princes de la maison de Toughlak. Le Bengale, était devenu indépendant, dès 1340; le Gudjerat l'était également, depuis 1391. Dans le Deccan, l'histoire du XIVe au XVIe siècle se trouve groupée autour de deux maisons royales : les rajahs de Vijayanagar et les sultans Bahmanis dont les possessions correspondaient en partie au territoire des Etats du Nizam. La chute des princes Bahmanis n'empêcha pas la ruine du grand royaume hindou du Deccan, qui succomba sous la coalition des princes musulmans, à la bataille de Talikot (1565).

L'empire du Grand Moghol.
Avec les Mongols, l'Inde allait reprendre une apparence d'unité (XVIe s.). Baber, descendant de Tamerlan, quitta son royaume héréditaire de Ferghana (Le Kharezm et les khanats ouzbeks), et, après s'être emparé de Samarcande, de Kaboul, et avoir traversé le défilé de Khaïber (Kaiber Pass), il défit le roi de Delhi à Panipat (1526), triompha des Radjpouts et mourut à Agra, ayant fondé un immense empire (1530), connu sous le nom d'empire du Grand Moghol. Sa dynastie devait fournir une longue suite de princes et finir, le 14 septembre 1857, par la capture du vieil empereur Bahadur-shah.

Akbar, petit-fils de Baber (1556-1605), est le prince le plus éclairé qui ait ,jamais régné sur l'Inde; il réunit sous son sceptre un grand nombre de provinces, et il inaugura un système d'administration dont les Anglais ont suivi par la suite les grandes lignes. Il sut se concilier les Hindous, encouragea la littérature et les arts et s'intéressa aux diverses religions qui avaient des représentants dans son empire. Il fit de sa cour un rendez-vous de lettrés et de sages. Avec son petit-fils, Jahângir, surnommé Shâh-Djihan, la puissance moghole atteignit son apogée; l'Europe apprit à connaître la splendeur de ses palais. On admire encore à Agra et à Delhi les monuments qu'il fit édifier. C'est à lui que l'on doit notamment, à Agra, le Tadj-Mahal, un mausaulée construit pour son épouse morte en 1631. Sous Aurangzeb (Aureng-Zeyb), son fils (1658-1707), grand prince, malheureusement fanatique et féroce, les Radjpouts se rendirent indépendants (1679), ainsi que les Mahrattes, guidés par un chef aventureux, Sivaji (1674). Les Sikhs se soulevèrent également. Les successeurs d'Aurangzeb ne purent enrayer ce mouvement de décadence.
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Grande Mosquée de Delhi.
La Grande mosquée de Delhi.

Le Deccan se détachait de l'empire, et le gouverneur d'Aoudh (Audh) secouait le joug. En 1739, les Iraniens envahissaient l'Inde; Nadir-shah assiégeait Delhi et ne se retirait qu'après avoir ordonné un pillage qui dura cinquante-huit jours. Il laissera l'empire du Grand Moghol irremédiablement affaibli. Les soubabs et nababs mongols, les radjahs et les tribus hindoues, surtout les Mahrattes et les Sikhs, se soulèvent et forment des États indépendants. Dix ans après, Ahmed-shah, à la tête des tribus afghanes, envahit et dévasta l'Inde six fois de suite. Les Mahrattes s'étaient vainement opposés à ces incursions ; ils avaient été battus à Panipat (1761) du reste, la dynastie fondée par Sivaji n'avait pas conservé longtemps l'autorité. Son petit-fils, Sahou, fut dépouillé de ses biens par son ministre brahmane, Balaji Visvanath, qui, avec l'appui des Moghols, prit le titre de pechva; un partage en cinq branches ne tarda pas à se faire des dépouilles de l'héritage de Sivaji : à Pounah (le Pechva), à Goualior (Sindhia), à Indore (Holkar), à Baroda (Gaïkowar). C'est chez les Mahrattes que les Anglais allaient bientôt trouver de la résistance. Quant au pouvoir du Grand Moghol ils avaient habilement profité de l'anarchie qui avait suivi l' invasion afghane pour le restreindre de plus en plus, jusqu'au jour où ils firent du vieil empereur de Delhi leur prisonnier à Rangoon.

Les convoitises européennes.
Attaquée par les musulmans du côté de la terre, l'Inde le fut, du côté de la mer, par les chrétiens. Des voyageurs européens avaient depuis longtemps devancé, à la côte de Malabar. En 1497, Vasco de Gama, envoyé par le roi de Portugal à la cour de Zamorin, avait doublé le cap de Bonne-Espérance, et était venu aborder sur les côtes occidentales de la presqu'île cisgangétique (1498). La suprématie portugaise se trouva établie pendant près d'un siècle sur tout le littoral ouest de l'Inde et, sur mer, du golfe Persique à l'Indochine (1500-1600). Elle passa ensuite aux Hollandais, qui arrivèrent dans les mers de l'Inde vers les dernières années du XVIe siècle, puis, dans la première moitié du siècle suivant, éliminèrent successivement les Portugais de tous leurs comptoirs (sauf Goa). La Compagnie des Indes orientales exerça la prépondérance jusqu'à la fin du XVIIe siècle, faisant peser lourdement sa domination sur les habitants. Mais, dès le début du XVIIIe siècle, sa puissance commença à décliner, et, pendant les guerres de la Révolution, les Hollandais furent supplantés dans presque toute la région par l'Angleterre, de 1793 à 1811; Java fut pourtant rendue en 1816, et Sumatra échangée contre Malacca en 1824

Les Anglais et les Français, longtemps avant la révolution de 1688, si fatale à la prospérité commerciale de la Hollande, avaient essayé de lutter contre la concurrence hollandaise et de fonder des compagnies. En 1599-1600, se formait, à Londres, la Compagnie des marchands trafiquants aux Indes orientales, qui prépara peu à peu la voie à l'impérialisme anglais. En France, des marchands rouennais essayèrent d'établir un commerce régulier avec l'Inde (1603); en 1611-1615-1642, on tenta de constituer une Compagnie des Indes orientales, qui ne fut définitivement organisée qu'en 1664 par Colbert. En 1719, elle devint la Compagnie des Indes par la fusion avec les compagnies des Indes occidentales, du Sénégal et de la Chine. En 1769, un décret royal suspendit ses privilèges, et un décret du Directoire l'abolit en 1796. Des compagnies rivales, danoise (1612-1846), écossaise (1695), espagnole (1733), allemande (1722-1793), suédoise, etc., étaient également entrées en ligne; mais, seules, l'Angleterre et la France luttèrent sérieusement pour la possession effective de l'Inde.

La grande période de combat s'ouvre avec la guerre de la succession d'Autriche. La Bourdonnais et Dupleix soutinrent la guerre; mais la cour de Versailles, au lieu de soutenir leurs efforts, les laissa livrés à eux-mêmes, et encore malgré les succès de Dupleix dans le Karnatik (Carnatique), celui-ci fut finalement rappelé en 1753, laissant le champ libre aux Anglais. Sous la direction de la Compagnie des Indes et sous la conduite de Clive et de Warren Hastings, ceux-ci reprennent le rôle que déserte Louis XV. Clive, le vainqueur de Plassey, soutenu et récompensé par son gouvernement; en 1765, fonde la dévannie du Bengale dont il est nommé gouverneur, et organisait les services de la Compagnie. Il quitta l'Inde en 1767 et fut remplacé par Warren Hastings en 1772, nommé, en 1774, gouverneur général du Bengale. A cette époque commence la longue série de gouverneurs qui se succédèrent au Bengale et, peu à peu, établirent solidement la suprématie anglaise par des annexions ou des conquêtes. Ils ont commencé par faire du nabab d'Aoudh leur vassal; puis ils obtiennent par surprise et par ruse Bénarès et beaucoup d'autres villes importantes; des guerres heureuses contre les Français, contre les deux rois de Maïssour (Haïder-Ali et Tippou-Saïb), contre les Mahrattes, contre tous les indigènes, finissent, vers 1817, par les rendre maîtres de presque tout l'Hindoustan, qu'ils possèdent, soit comme provinces immédiates, soit comme fiefs placés sous leur protection.
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Bénarès au XVIIIe siècle.
Bénarès et le Gange (Dasasvamedha Ghat), au XVIIIe siècle, par Thomas Daniell.

Naissance d'un empire.
Sous lord Auckland (1836-1842), on a à enregistrer l'effroyable massacre de 16 000 hommes de troupes anglaises dans les défilés de l'Afghanistan (défilé de Khaïber). Lord Ellenborough (1842-1844) vengea cet échec en annexant le Sindh (1843). Lord Hardinge (1844-1848) réduisit définitivement les Sikhs qui, à la mort de Ranjit Singh, avaient violé les conventions. L'annexion, cette fois complète, du royaume d'Aoudh, opérée en 1856 par le gouverneur général Dalhousie (1848-1856), jointe à diverses causes d'un mécontentement longtemps contenu, donne lieu en 1857 à la révolte des Cipayes et à une insurrection formidable. Le signal fut donné à Meerout (Mirat), au Bengale, par un régiment de cavalerie indigène (10 mai 1857) les insurgés furent bientôt maîtres de Delhi et de Lucknow, qui devinrent leurs principales places d'armes. 
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Siège de Delhi en 1857.
Le siège de Delhi, en 1857.

Bientôt, le rajah de Bithour, Nana Sahib, prit une part active à l'insurrection  et commanda l'effroyable massacre de Cawnpour; grâce au loyalisme des Sikhs, les Anglais eurent le temps de se reprendre et d'organiser la défense. Dès le 14 mai 1857, Delhi avait été pris après des prodiges de valeur; le vieil empereur, le dernier des Moghols, Bahadur-shah, fut fait prisonnier et envoyé à Rangoon, où il mourut (1862). Ses fils furent tués de la main même de Hodson. Les représailles furent horribles. Il fallut un an pour la répression complète de la révolte, dont les conséquences furent un changement dans l'administration, et, par l'act de 1858, le transfert du gouvernement de la Compagnie à la couronne. L'Inde, où  les Anglais ont fini par asseoir leur domination plus solidement que jamais. fut dès lors gouvernée par la reine d'Angleterre, Victoria, et, en son nom, par un secrétaire d'Etat assisté d'un conseil; le gouverneur général reçut le titre de vice-roi. En 1877, sous la vice-royauté de lord Lytton, la reine Victoria fut proclamée solennellement impératrice des Indes. Lord Dufferin (1885-1890) annexa la Birmanie à l'empire, qui s'était déjà étoffé à sa périphérie du Béloutchistan (dans l'actuel Pakistan) (1876-1887), du Népal (1816), du Bhoutan (1865) et du Sikkim (1890).

Le XXe siècle.
Le nationalisme indien (à distinguer des opposition et des révoltes locales que l'on a signalées) n'avait pas attendu la formation de l'empire pour apparaître. Mais il n'avait pris véritablement sa force qu'à partir de la fondation en 1885 du Congrès national Indien qui se pose dans un premier temps comme  l'interlocuteur institutionnel des Britanniques en Inde, et ensuite comme le principal mouvement indépendantiste. La première revendication exprimée de l'indépendance réunira Hindouistes et Musulmansen 1916 (Pacte de Lucknow). Diverses stratégies s'expriment à la même époque : Tilak prône l'action violente, le mahâtmâ  Mohandas Karamchand Gandhi, à la tête du Congrès national indien depuis 1920, prône la non-violence et la non-collaboration avec l'occupant. On assiste également à une séparation dans les revendications entre Hindouistes et Musulmans, ces derniers se plaçant sous la bannière de la Ligue musulmane, fondée dès 1906, et qui en 1940, sous la conduite de Mohammed Ali Jinnah, demande la création d'un État musulman au Pakistan.

Les Britanniques, sous la conduite du vice-roi Lord Mountbatten, accorderont finalement l'indépendance en 1947 (Indian Independance act, le 16 février; transmission effective des pouvoirs, 15 août). Deux États sont fondés, L'Union Indienne (Bharat), majoritairement hindouiste et le Pakistan, musulman, qui, à l'époque comprend une partie occidentale (le Pakistan actuel) et une partie orientale, qui est une portion du Bengale, et deviendra en 1971, après une guerre d'indépendance, le Bangladesh. Le Népal avait déjà acquis son indépendance en 1923; le Sikkim passe maintenant sous protectorat indien; la Birmanie (Myanmar) et Ceylan (Sri Lanka) acquièrent leur indépendance en 1948

Une démocratie parlementaire, membre du Commonweath, et dont le premier ministre, jusqu'à sa mort en 1964, est le pandit Jawâharlal Nehru, compagnon de route de Gandhi, s'installe à New Delhi. Le cadre dans lequel se déroule l'histoire de l'Inde depuis cette époque va rester à peu près le même pendant tout le XXe siècle, et même par certains aspects jusqu'à nos jours : conflits frontaliers avec la Chine, et surtout avec le Pakistan, qui se cristallise autour de la question du Cachemire (dont 40% de la superficie sont occupés par le Pakistan depuis 1947); problèmes des minorités, sources de bouffées de violence sporadiques; sous-développement endémique, mais coexistant avec des poches de prospérité, et des capacités technologiques avancées, etc.

Photo de Seringam.
Seringam, un exemple de l'architecture indienne.


Eric Paul Meyer, Une histoire de l'Inde, Albin Michel, 2007.
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L'Occident s'étonne aujourd'hui de voir le sous-continent indien faire son entrée sur la scène internationale. Mais en réalité, l'Inde "éternelle" et isolée du monde n'a jamais existé; elle fut une invention de l'Europe, confortée parfois par certains discours religieux des Indiens eux-mêmes. Un cinquième de l'humanité est l'héritier d'une histoire complexe, riche en ruptures et en épopées, qui couvre plus de quatre mille ans, des premières cités de l'Indus à l'empire d'Ashoka, de celui des Grands Moghols au Raj britannique, puis à l'Indépendance et à la Partition. Éric Paul Meyer, professeur et vice-président de l'Inalco, dresse ici une fresque vivante de ce monde en mouvement. On y voit naître le bouddhisme, se transformer l'hindouisme, s'implanter l'islam, arriver d'Occident les marchands et les missionnaires.
Au-delà des indispensables repères chronologiques, c'est à une réflexion plus thématique, centrée sur les liens entre économie, politique et religion que nous convie l'auteur. En montrant les enjeux considérables mobilisés par les différentes interprétations de cette histoire, il nous aide à comprendre l'un des acteurs majeurs de la mondialisation. (couv.).

Amina Okada, L'âge d'or de l'Inde classique, Editions Gallimard, 2007.
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En 320 de notre ère, l'arrivée d'une nouvelle dynastie, les Gupta, va marquer l'apogée de la civilisation indienne. L'époque gupta voit la rédaction de grands textes, tels le Vedânta et les Purâna, recueils de mythes et de légendes; c'est aussi le temps de l'épanouissement de la littérature et du théâtre. Dans cet âge d'or sans pareil de la civilisation indienne, les sciences (mathématiques, astronomie...) ne sont pas en reste. Quant à l'art, il atteint un raffinement et une perfection sans précédent. À noter : une exposition, L'Âge d'or de l'Inde classique, l'empire des Gupta, se tiendra aux galeries nationales du Grand Palais du 4 avril au 25 juin 2007. (couv.).

Roland Lardinois, L'invention de l'Inde, entre ésotérisme et science, CNRS, 2007.
9782271065902

De l'érudition à la controverse, l'Inde savante va se construire avec des personnages comme Eugène Burnouf, Sylvain Lévi, Marcel Mauss, Max Weber, René Daumal, René Guénon que l'on redécouvre et surtout Louis Dumont avec ce postulat : La vision brahmanique du monde est-elle transformable en modèle sociologique?
L'Inde mobilise trois curiosités : une érudite, une littéraire et mondaine et une confessionnelle, à tel point que l'étude du sanscrit et du système brahmanique est depuis toujours au coeur des débats intellectuels, politiques et religieux. "l'un des enjeux essentiels que soulève la sociologie de l'Inde est celui de la définition de la science comme expression de l'universel".  (couv.)

Douglas Gressieux, Les Troupes Indiennes en France 1914-1918, Alan Sutton, 2007.
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Parmi les nombreux pays qui ont participé, aux côtés de la France, aux combats de la Première Guerre mondiale, il en est un qui est souvent ignoré : l’Inde.
L’Inde, alors sous domination britannique, apporte une lourde contribution au déroulement des opérations dans le nord de la France. Le corps d’armée indien, composé de 100 000 hommes regroupés en deux divisions d’infanterie et deux divisions de cavalerie, va perdre près de 10 000 hommes dans la boue des tranchées.

Sous le commandement britannique, l’armée de l’Inde débarque à Marseille le 26 septembre 1914 pour gagner les zones de combat par train jusqu’à Saint-Omer. Elle doit s’adapter au terrain et au rude climat hivernal car elle n’a jamais combattu en Europe. Les soldats indiens vont très vite pactiser avec la population française et se battre vaillamment à Arras, Lens, Bapaume, Neuve-Chapelle, Ypres et Mons.
La France marquera sa reconnaissance par l’inauguration, le 7 octobre 1927, du mémorial de Neuve-Chapelle par le maréchal Foch qui rendra, à cette occasion, un vibrant hommage aux soldats indiens :

« Rentrez chez vous, dans le lointain pays d’Orient baigné de soleil, et faites savoir au monde entier comment vos compatriotes ont trempé de leur sang la terre froide du nord de la France et des Flandres, comment, avec un courage exemplaire, ils l’ont délivrée en luttant au corps-à-corps avec un ennemi redoutable ; faites également savoir à l’Inde tout entière que nous veillerons sur leur tombe avec la même dévotion que méritent nos morts. » (couv.).

William Dalrymple, Le Moghol blanc, Noir sur blanc, 2006.
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James Achille Kirkpatrick débarque sur la côte orientale de l'Inde en 1779, habité par une dévorante ambition d'officier dans l'armée de Madras de la Compagnie Anglaise des Indes orientales; il est fort désireux de se faire un grand nom dans la conquête et l'assujettissement du sous-continent indien. Mais, ironie de l'Histoire, le destin en décide autrement, et c'est lui qui est conquis non pas par une armée, mais par une princesse indienne musulmane. En effet, Kirkpatrick vient d'être nommé, à l'âge de 34 ans, pendant l'insupportable été caniculaire de 1797, Lord Résident britannique de la Compagnie anglaise des Indes orientales à la cour du nizam d'Hyderabad, où il aperçoit Khair un-Nissa, «La Plus Admirable d'Entre Toutes», une sublime beauté âgée de seulement 14 ans, petite-nièce du premier ministre du nizam et descendante du Prophète. Tombé fou amoureux de Khair, au point d'en oublier toute ambition, il relève de nombreux défis afin de l'épouser. Khair, déjà fiancée à un noble d'Hyderabad, vit enfermée derrière le purdah, ce lourd rideau qui soustrait les femmes résidant dans le zenana, le harem, au regard des hommes. Kirkpatrick se convertit à l'islam et épouse enfin la bégum Khair un-Nissa en 1800. Selon certaines sources indiennes, il devint même agent double au service d'Hyderabad contre les intérêts de la couronne. Il n'existe personne d'autre que William Dalrymple pour transformer l'histoire vraie d'un grand amour entre un diplomate anglais et une princesse indienne en une envoûtante et brûlante saga mêlant passion, séduction et trahison sur fond d'intrigues de harem et d'espionnage. Le Moghol Blanc déroule, en une grandiose fresque épicée, l'histoire colorée et souvent turbulente de l'Inde du XVIIIe siècle. (couv.).

Guillemette de La Borie, Indira Gandhi, Maren Shell, 2006.
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Indira Gandhi a été une des femmes les plus puissantes du monde, parmi les premières à diriger une démocratie moderne. Et pas n'importe laquelle : la plus grande de notre planète, bientôt peut-être la première économiquement! Elle a hérité de la sagesse de traditions millénaires, montré autant d'intuition politique que de passion maternelle. Vingt ans après sa mort, la dynastie qu'elle a contribué à créer continue à influencer la destinée de l'Inde.

Collectif, Découvertes de l'Inde, 1497-1947, Kailash, 2005.

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