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La langue française
Le français est une langue italique, qui appartient au groupe des langues d'oïl, dans lequel on range aussi le picard et le wallon. Issue du latin vulgaire, parlé à l'origine dans la région de la Gaule romaine, elle s'est progressivement structurée à partir du Ve siècle avec l'arrivée des invasions germaniques, notamment celle des Francs, dont le nom a donné  francique puis français. Le français ancien, utilisé approximativement du IXe au XIVe siècle, a évolué vers le moyen français (XIVe-XVIe siècles), avant de se stabiliser au cours de la Renaissance. L'un des tournants majeurs fut l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, qui imposa le français, et non plus le latin, comme langue du droit et de l'administration. A l'époque classique,  la langue a connu une codification rigoureuse. Le français moderne, tel qu'on le connaît aujourd'hui, s'est véritablement affirmé à partir du XVIIe siècle, notamment grâce à l'action de l'Académie française, fondée en 1635 pour en fixer les règles et en assurer la pureté. Le siècle des Lumières a ensuite consacré son statut de langue de la pensée et de la diplomatie en Europe.

Le français se décline en une multitude de variétés régionales en France (accent méridional, parlers du Nord, influences alsaciennes ou corses) et surtout à travers le monde. Ces français régionaux, comme le québécois, l'acadien, l'africain (parlé en Côte d'Ivoire, au Sénégal, en République Démocratique du Congo) ou encore le belge et le suisse, enrichissent la langue de leurs particularismes lexicaux, phonétiques et parfois syntaxiques. Cette diversité est le reflet de son histoire coloniale et de son rayonnement culturel. De fait, le français est la langue de la littérature mondiale, de Rabelais à Victor Hugo, de Marcel Proust à Marguerite Yourcenar, en passant par les philosophes des Lumières. Le français reste aussi la langue de la diplomatie et du droit international, l'une des langues officielles de l'ONU, de l'Union européenne et du Comité International Olympique

Il est langue officielle dans 29 pays, dont la France, le Canada (principalement au Québec et au Nouveau-Brunswick), la Belgique, la Suisse, le Luxembourg, plusieurs pays d'Afrique subsaharienne, ainsi que des Antilles et de l'océan Indien comme Madagascar. Porté par la Francophonie, une communauté institutionnelle de 88 États et gouvernements, le français est une langue mondiale, parlée par environ 321 millions de locuteurs sur les cinq continents. Il se classe au cinquième rang des langues les plus parlées et est, avec l'anglais, la seule langue présente sur tous les continents. Malgré la montée en puissance de l'anglais comme lingua franca mondiale, le français conserve une place stratégique. Aujourd'hui, son dynamisme démographique est particulièrement porté par l'Afrique subsaharienne, qui représente un bassin croissant et essentiel pour son avenir.

Le français est une langue flexionnelle, mais moins que le latin, à la grammaire relativement complexe, avec des accords nombreux (en genre et en nombre) entre les noms, les adjectifs, les déterminants et les verbes au passé composé. Elle se caractérise par une distinction claire entre les classes grammaticales (noms, déterminants, adjectifs, verbes, adverbes, pronoms, prépositions, conjonctions et interjections) et par des règles rigoureuses d'accord, de conjugaison et de syntaxe. Le nom, ou substantif, désigne une personne, un animal, un objet ou une idée, et se distingue par son genre (masculin ou féminin) et son nombre (singulier ou pluriel). Le genre en français n'est pas toujours corrélé au sexe réel de l'être désigné, et de nombreux noms féminins ou masculins doivent être appris par coeur, bien que certaines terminaisons offrent des indices réguliers.

Les déterminants accompagnent presque toujours les noms en français, ce qui constitue une particularité par rapport à d'autres langues. Ils incluent les articles définis (le, la, les), indéfinis (un, une, des), démonstratifs (ce, cette, ces), possessifs (mon, ton, son, etc.), interrogatifs (quel...?), exclamatifs (quel...!) et numéraux (deux, plusieurs, etc.). Ces déterminants s'accordent systématiquement en genre et en nombre avec le nom qu'ils introduisent. Les adjectifs qualificatifs, qui décrivent ou précisent le nom, s'accordent également en genre et en nombre avec lui, et leur place varie selon leur nature : la majorité se place après le nom (une maison bleue), mais certains, souvent fréquents ou expressifs, se placent avant (un grand arbre, une belle journée). Certains adjectifs changent même de sens selon leur position (ancien ami vs ami ancien).

Le verbe occupe une place centrale dans la phrase française, car il porte les informations temporelles, modales et personnelles essentielles. Il existe trois groupes verbaux : le premier regroupe les verbes en -er (sauf aller), le deuxième ceux en -ir à radical en -iss- (finir, réussir), et le troisième comprend tous les autres, souvent irréguliers (venir, prendre, être, avoir, aller, faire, etc.). La conjugaison française distingue plusieurs modes : l'indicatif (pour les faits réels), le subjonctif (pour l'incertitude, le souhait ou l'émotion), le conditionnel (pour l'hypothèse ou la politesse), l'impératif (pour l'ordre ou la demande), ainsi que des formes impersonnelles comme l'infinitif, le participe présent et le participe passé. Chaque mode comporte plusieurs temps : dans l'indicatif, par exemple, on trouve le présent, l'imparfait, le passé composé, le plus-que-parfait, le passé simple, le passé antérieur, le futur simple et le futur antérieur. L'usage de ces temps varie selon le registre : le passé simple est réservé à l'écrit soutenu, tandis que le passé composé domine à l'oral.

Les pronoms sont nombreux et variés en français. On distingue les pronoms personnels (je, tu, il, nous, vous, etc.), qui varient selon la personne, le nombre, et parfois le genre, et qui peuvent apparaître sous différentes formes selon leur fonction (sujet, complément, objet direct, objet indirect, etc.). Les pronoms relatifs (qui, que, dont, où, lequel, etc.) servent à relier des propositions, tandis que les pronoms démonstratifs (celui, celle, ceux, celles), interrogatifs (qui?, lequel?), indéfinis (on, quelqu'un, personne, tout, rien) ou possessifs (le mien, la tienne) remplissent d'autres fonctions précises. La syntaxe française suit généralement un ordre sujet-verbe-complément (SVO), bien que cet ordre puisse être modifié à des fins stylistiques, notamment dans les questions ou les inversions littéraires.

La phrase en français peut être simple (une seule proposition) ou complexe (plusieurs propositions coordonnées ou subordonnées). La coordination se fait grâce à des conjonctions de coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car), tandis que la subordination repose sur des conjonctions de subordination (que, si, parce que, lorsque, bien que, etc.) ou des pronoms relatifs. La ponctuation joue également un rôle grammatical important, notamment dans la délimitation des propositions et la gestion des incises ou des parenthèses. Les accords sont omniprésents : non seulement les adjectifs et déterminants s'accordent avec les noms, mais les participes passés accompagnés de l'auxiliaire avoir s'accordent avec le complément d'objet direct placé avant le verbe (les lettres que j'ai écrites), et ceux avec être s'accordent avec le sujet (elles sont parties).

Enfin, la grammaire française intègre une dimension normative très marquée, en grande partie due à l'action de l'Académie française et à la tradition scolaire, qui insiste sur la correction formelle, même si l'usage réel évolue constamment. Des variations existent entre le registre soutenu, courant et familier, notamment dans la syntaxe (place des pronoms, usage du on plutôt que nous) ou la conjugaison (remplacement du passé simple par le passé composé). Malgré sa complexité, la grammaire française permet une grande précision et une grande richesse expressive, soutenue par une logique interne cohérente, même si elle exige des apprenants une attention soutenue aux détails morphologiques, syntaxiques et sémantiques.

La phonétique française repose sur un système de sons souvent non transparents par rapport à l'orthographe : de nombreuses lettres ne se prononcent pas, les liaisons et les enchaînements sont fréquents, et l'accent tonique est peu marqué comparé à d'autres langues. Son système phonétique est aussi caractérisé par des voyelles nasales, comme dans pain ou sans. La liaison, phénomène obligatoire ou facultatif liant la consonne finale d'un mot à la voyelle initiale du suivant, est une de ses spécificités les plus notables. L'orthographe,  réputée pour sa complexité, conserve de nombreuses traces étymologiques ainsi que des règles historiques héritées de la Renaissance, ce qui en fait un système à la fois riche et difficile à maîtriser. Elle conservant fréquemment des lettres autrefois prononcées, ce qui crée un écart entre l'oral et l'écrit. 

Sur le plan lexical, le français a emprunté des mots à de nombreuses langues au cours de son histoire : au latin classique, bien sûr, mais aussi au grec ancien, à l'arabe (notamment via les croisades et les échanges méditerranéens), à l'italien (pendant la Renaissance), à l'anglais (de plus en plus depuis le XXe siècle, notamment dans les domaines de la technologie et du commerce), et à diverses langues africaines ou amérindiennes dans les régions francophones hors d'Europe. Le français a aussi influencé d'autres langues, surtout l'anglais, qui contient un très grand nombre de mots d'origine française, notamment dans les domaines du droit, de la cuisine, de la mode ou de l'art.

L'histoire de la langue française

Le français a commencé à se dégager un peu nettement du latin au VIIIe siècle. Comme tous les idiomes de sa famille, il a formé ses mots de ceux du latin en conservant la syllabe sur laquelle se trouvait l'accent tonique; mais de plus il a supprimé ou rendu muettes toutes les syllabes venant après la tonique, et il a fait tomber les voyelles brèves précédant cette tonique. C'est de la sorte que de sanitatem il a fait santé et que de liberare il a fait livrer, etc. De plus, le français, dans l'intérieur des mots, a généralement supprimé les consonnes gutturales et dentales qui se trouvaient entre deux voyelles. Ainsi de crudelem, fodere, laudare, medulla, sudare, etc., il a formé respectivement cruel, fouir, louer, moelle, suer. Telles ont été les règles qui ont présidé à l'éclosion des mots francais pendant tout le temps que le sentiment de l'accent latin s'est conservé, et les mots ainsi formés sont essentiellement corrects. Mais, à coté de ces vocables, il en est d'autres qualifiés de mots savants qui ont été fabriqués sans tenir compte de la place primitive de l'accent, et que l'on a exactement calqués sur les mots latins. Ceux-là sont d'origine relativement récente. De ce nombre sont : fidèle, fragile, cumuler, venant de fidelem, fragilem, cumulare et faisant, en quelque sorte, double emploi avec les mots d'origine populaire féal, frêle, combler.

Le français se distingue encore des autres langues néo-latines en ce que, contrairement à ce qui se passa dans ces dernières, il a conservé longtemps une petite déclinaison, débris de la déclinaison latine, et réduite à deux cas, le nominatif et l'accusatif. Par exemple, dans l'ancien francais, aux mots latins latro, latronem, correspondaient les formes lerre, pour le nominatif, et larron, pour l'accusatif. Semblablement, le latin presbyter, presbyterum faisait prestre au nominatif et prouvaire à l'accusatif. Cette déclinaison disparut vers 1350 et alors le français, à de rares exceptions près, ne garda que ses anciens accusatifs qui remplirent toutes les fonctions dévolues aux différents cas de la déclinaison latine. 

Le français est une langue essentiellement analytique : il ne peut réunir plusieurs radicaux pour en former l'expression unique d'une idée complexe, et ne possède, par la même raison, qu'un petit nombre de diminutifs et d'augmentatifs. Il n'a que deux genres et deux nombres : il est dépourvu du genre neutre, qu'on trouve dans le grec, le latin et les langues germaniques, sauf Ie pronom il dans certaines phrases (il s'en faut, il suffit, il se peut que, etc.), et du nombre duel, usité en grec. Il possède un article défini, qu'il a tiré du pronom démonstratif des latin' ille, dont il a pris la dernière syllabe (le), tandis que l'italien a pris la première (il). Sa conjugaison est riche en modifications de temps; le rôle des auxiliaires y est moindre qu'en allemand et en anglais. Les règles grammaticales ont été généralement empruntées au latin; mais la phrase est beaucoup moins transpositive, surtout en prose, parce que l'absence de désinences pour la distinction des cas est une gêne pour la construction. 

II n'y a que les pronoms régimes qui aient conservé un reste de déclinaison, et il n'y a guère que la forme interrogative qui permette l'inversion sans nuire à la clarté. La langue française, tantôt en supprimant ou rendant muettes les désinences latines, tantôt en conservant les terminaisons ajoutées aux mots latins, a obtenu une variété de prononciation que n'avait pas le latin lui-même, et que les langues méridionales modernes possèdent moins encore; mais il a beaucoup perdu quant à l'éclat : ainsi, les voyelles sonores latines a, o, i, ont été changées en voyelles sourdes e, eu, u. Du reste, la prononciation s'est plusieurs fois modifiée, comme le prouvent les vers des anciens poètes : par exemple, les deux lettres de la diphtongue oi se sont fait jadis entendre distinctement dans roine, qui est devenu reine; il en fut de même de ai, que nous prononçons maintenant comme une voyelle simple; les consonnes finales l, n, r, qu'on fait entendre aujourd'hui, ont été souvent muettes, et réciproquement (monsieur rimait avec meilleur, altier avec fier, etc.).

Essentiellement héritier du latin, le français a aussi conservé quelques traces des autres langues parlées par les différents peuples qui ont occupé le sol de la France : ces idiomes, d'abord superposés, puis fondus ensemble, ont concouru à la former, mais dans des proportions fort inégales. Avant la conquête romaine, on parlait l'ibérien dans l'Aquitaine, et le celtique dans les autres parties de la Gaule. Aujourd'hui, l'ibérien ne subsiste plus que dans le basque, qui a fourni au français un très petit nombre d'éléments. On peut citer comme ayant cette origine : ennui (enojuo en basque, enojo en espagnol), aisé (aisa en basque), vague de la mer (baga).

La part du celtique dans la formation de la langue française a été, sans contredit, plus considérable, et on peut regarder comme lui appartenant les mots qui n'offrent pas la trace d'une dérivation certaine des langues étrangères avec lesquelles les invasions armées ou le mouvement de la civilisation ont mis le français en contact. Toutefois, il ne faut pas exagérer, comme l'ont fait Bullet et La Tour d 'Auvergne, l'importance des racines celtiques; car la langue et la civilisation des Romains pénétrèrent la Gaule avec trop de rapidité et trop de profondeur, pour que les idiomes antérieurs pussent exercer une grande influence. S'il est vrai qu'au Ve siècle de notre ère le celtique était encore en usage sur certains points, s'il s'est même conservé jusqu'à nos jours dans le dialecte bas-breton, il faut l'attribuer à la position géographique de l'Armorique, dont les communications avec les Romains furent plus tardives et plus rares que celles des autres parties de la Gaule. Parmi les traces que le celtique a laissées dans le français, on remarque les désinences des termes géographiques en dun (élévation de terre), dor (cours d'eau), et van ou ven (montagne). Les mots suivants ont peu ou pas changé en passant dans le français : banc, tas (taz), broc, parc, glas, quai (cai), corde (cord), cri, blanc (blan), aigreur (egri), dru (drud, héros), camus (cam, courbé, de travers), brusque (brysk, léger), truand (truan, misérable), bec (becco), trousseau (troos, vêtement), etc. Selon W. Edwards, la prononciation des langues celtiques s'est perpétuée en partie dans le français : il leur devrait notamment les voyelles nasales qu'il a, dans les dérivés du latin, substituées aux voyelles orales pures, suivies des articulations n ou m.

Les Phéniciens, qui fréquentèrent de bonne heure le littoral méditerranéen de la Gaule, et dont plusieurs monuments attestent encore le séjour, ne paraissent pas avoir agi sur la langue; les recherches de Bochart à ce sujet n'ont pas donné de résultats concluants. Il en est de même des Grecs de Marseille, à la langue desquels Henri Estienne s'est plu à attribuer un grand nombre d'étymologies françaises. Les mots dérivés du grec, qui se trouvent dans le français, sont venus par l'intermédiaire du latin; ou bien, on les doit aux écrivains de la Renaissance du XVIe siècle. Ceux qu'emploie la langue des sciences sont d'introduction moderne, et ils se retrouvent d'ailleurs, presque sous la même forme, dans les autres pays de l'Europe; où ils ont été admis simultanément.

Le latin, transporté en Gaule d'abord par les légionnaires de Domitius Ahenobarbus et de Licinius Crassus (121-118 av. J.-C), puis par ceux de César (58-51), constamment renforcé par l'afflux des soldats, des colons et des fonctionnaires, avait complètement triomphé de la langue gauloise au IVe siècle. Ce fut un latin qui avait beaucoup changé depuis l'époque classique, un latin populaire, qui évoluait vers la simplification, notamment par l'abandon de déclinaisons, qui fut ainsi parlé alors des Pyrénées au Rhin. Au Ve siècle, les Burgondes, les Wisigoths et les Francs apportèrent de la Germanie leurs idiomes, aussi étrangers au latin qu'au celtique; ces idiomes, qui avaient entre eux une grande affinité, ont été désignés, par facilité, sous le nom commun de tudesque. Autrement dit il s'agissait de langues germaniques. Celles-ci ont eu, en Gaule, des destins différents. Au Sud de la Loire, en pays wisigothique, si l'on veut, le latin a continué à être la langue de la population et a poursuivi son évolution pour devenir ce que l'on appellera plus tard la langue d'oc. Une dénomination empruntée aux mot par lequel on exprimait l'affirmation (oui). 

La ligne de séparation entre ces deux dialectes partait de Blaye et passait aux environs de Ribérac, de Confolens, de Boussac, de Charolles, à l'Est de Dôle, près de Belfort, et suivait ensuite la ligne des Alpes.
Au Nord, en pays franc, où la colonisation germanique est plus importante, le latin, à partir de Clovis, est aussi adopté (en même temps que le christianisme romain) par la nouvelle classe dirigeante. Une forme de bilinguisme s'installe, et le latin se nourrit quelque peu de la langue des Francs. La part que la langue francique eut dans la formation de ce qui allait devenir la langue française est diversement appréciée, mais s'accorde à évaluer à environ 400 le nombre des racines germaniques qui se sont implantées dans le français. Et, surtout, la prononciation change notablement au contact du francique. Un langue nouvelle se forge, qui prendra le nom de langue d'oïl, nommée ainsi selon le même principe que celui qui a fait parler de langue d'oc. Les idiomes du Nord et du Sud, ainsi formés évolueront chacun selon son propre chemin en donnant naissance à divers dialectes que l'on qualifiera tout naturellement en langues d'oil et en langues d'oc. (Un troisième espace linguistique existant encore en France, situé entre les deux à l'Est formant le franco-provençal, fomé dans ce que l'on appelera pour faire court la zone burgonde). Parallèlement, le francique se retrempa à sa source première sous Charlemagne, qui avait choisi Aix-la-Chapelle pour résidence; tandis que la nécessité de réunifier les langues d'oïl dans un cadre commun se faisait jour. On décida de constituer une sorte de langue commune, en mêlant les différents dialectes autour de celui parlé en Ile-de-France, et que les auteurs de l'époque appellent la langue romaine rustique. 

Le plus ancien texte que l'on connaisse de cette langue romane est le texte du serment que Louis le Germanique, fils de Louis le Débonnaire, et son frère Charles le Chauve, se prêtèrent l'un à l'autre à Strasbourg en 842. On y remarque encore quelques-unes de ces terminaisons latines qui sont aujourd'hui fréquentes dans l'espagnol et l'italien; mais l'influence germanique est visible dans la brièveté des mots et le redoublement des consonnes. Au Xe siècle, les flexions casuelles auront disparu, pour faire place à des particules isolées, et l'on verra naître l'article, une des différences essentielles qui séparent la langue française de celle des Romains.

L'époque est aussi à une prise de conscience plus aiguë des évolutions divergentes qu'on prises les langues au Nord de la Loire et celles qu'on parle dans le Midi. Les rapports que les événements politiques et les alliances princières établirent entre la France méridionale, la Catalogue et l'Aragon, l'éclat des cours d'Arles et de Toulouse, donnèrent à la langue d'oc une forme remarquablement régulière depuis la Loire jusqu'à l'Ebre et la Méditerranée. Mais cette langue, polie par les Troubadours, reçut de la guerre des Albigeois, au commencement du XIIIe siècle, un coup dont elle ne devait pas se relever : un concile la proscrivit "comme suspecte d'hérésie," en même temps que les seigneuries féodales qui avait éclaté la guerre étaient absorbées dans le domaine des rois de France. Après avoir été une langue littéraire, elle se démembra et fut condamnée à devenir, à terme, une langue ou un ensemble de langues régionales. Cependant, après la réunion politique du nord et du midi de la France sous l'autorité des rois capétiens, la relégation des langues du Sud par celle du Nord ne fut pas si rapide, que, sous le roi Jean, la différence de langage ne motivât la tenue de deux assemblées distinctes d'États généraux.

La langue d'oïl, devenue la langue romane, a été plus grossière à sa naissance; les mots latins, revêtus de terminaisons tudesques portent à l'oreille un son dur : mais le grand nombre des mots composés jette déjà de la variété dans la prononciation. II faudra beaucoup de temps pour épurer et adoucir cette langue, pour lui donner de l'élégance; les Trouvères de la Picardie, de la Normandie, de la Bourgogne, de la Champagne et de la Flandre concourront à cette formation laborieuse. Le dialecte picard est généralement regardé comme le type du langage septentrional, dont le domaine s'étendit avec l'influence de la couronne, et qui est devenu le français. Si les progrès furent lents pendant le Moyen âge il faut l'attribuer à l'ignorance de la noblesse au règne la féodalité, qui avait détruit tout centre et toute autorité commune, aux malheurs de la guerre de Cent Ans, et à la prédominance, chez les classes instruites, de la langue latine, qui était toujours la langue de la religion catholique, du droit et de l'enseignement. Parmi les premiers essais de la prose française, il faut citer la traduction de quelques livres de la Bible, celle du Symbole attribuée à Saint Athanase, les sermons de Saint Bernard en langue vulgaire, et la chronique de Villehardouin.

Le français du XIIIe siècle tel qu'on le trouve dans les Établissements de Louis IX, et dans les vers de Marie de France, de Rutebeuf, de Thibaut IV, comte de Champagne, commence à se dépouiller de la barbarie; il est déjà clair, simple, facile, et la fondation d'un Empire latin à Constantinople en faveur d'un prince français l'enrichit d'un plus grand nombre de radicaux grecs que ne pouvait le faire l'étude des oeuvres d'Aristote dans les écoles de la scolastique. Un certain nombre d'expressions arabes y ont pénétré, soit par les rapports que le midi de la France avait eus avec les musulmans de l'Espagne, soit par l'étude des ouvrages de leurs écrivains, soit surtout par l'effet des Croisades; par exemple: alambic, alcool, algèbre, almanach, amiral, avanie, azur, câble, cafard, café, chiffre, jarre, magasin, mesquin, tambour, truchement, zénith, etc. 

Les philologues ont signalé, dans les auteurs du XIIIe siècle, plusieurs faits grammaticaux intéressants : ainsi, la langue a conservé encore quelques traces de cas dans les noms, ce qui lui donne une place intermédiaire entre les langues qui ont la déclinaison et celles qui ne l'ont pas; c'est sous la forme qu'ils avaient primitivement à l'état de régime que beaucoup de mots ont passé dans le français moderne; la lettre s, employée comme désinence grammaticale dans les substantifs, marque le sujet de la phrase si le substantif est au singulier, et le régime s'il est au pluriel; la conjugaison se régularise; la construction se plie à l'ordre logique des idées, et devient définitivement directe. Quant à l'orthographe, elle n'a pas existé, à proprement parler, pendant tout le Moyen âge on trouve le même mot écrit de vingt manières différentes, soit que ces formes diverses représentent les nuances qui existaient dans les prononciations provinciales, soit qu'elles aient été les signes multiples et incertains d'une prononciation unique, le même mot étant souvent orthographié de façons variées dans un même manuscrit.

Aux XIVe et XVe siècles, pendant les guerres contre l'Angleterre (la Guerre de Cent ans) et au milieu des discordes civiles, Charles d'Orléans et Villon en poésie, Froissart et Comines dans la prose, surpassèrent leurs devanciers. Mais, outre que l'unité du langage littéraire n'existera qu'après la constitution de l'unité territoriale et politique, au moins dans la partie la plus éclairée de la population, les changements étaient si brusques, les formes du style vieillissaient si vite, que les écrits avaient besoin d'être commentés et même traduits, pour devenir intelligibles aux générations suivantes. Ainsi, au temps de François Ier, on ne lisait plus Joinville que dans une traduction, et Clément Marot, en rééditant les oeuvres de Villon, qui était né 60 ans seulement avant lui, jugeait nécessaire d'en expliquer parfois le texte par des notes marginales. 

Jusqu'au XVIe siècle, le français avait été repoussé par la religion, la politique et la science : à partir de Louis XII, il triompha de ces dédains. Ce prince l'introduisit dans les tribunaux à la place du latin, et, en 1539, François Ier prescrivit de l'employer exclusivement pour les jugements et les actes publics (Ordonnance dite de Villers-Cotterêts). Cette décision contribua puissamment aux progrès de la langue : du rôle nouveau qu'on lui assignait résulta l'obligation de la soumettre à une marche régulière, de lui donner plus de pureté et de correction, de régulariser sa syntaxe, et les études de grammaire auxquelles on se livra depuis cette époque furent considérablement aidées par les travaux des érudits de la Renaissance sur les ouvrages de l'Antiquité grecque et latine.
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Ordonnance de Villers-Cotterêts.
L'article 111 de l'Ordonnance de Villers-Cotterêts imposant l'usage
du français pour les actes publics.

Le grec et le latin donnèrent au français un réel secours pour former un grand nombre de mots nouveaux, rendus nécessaires par le progrès des idées comme par celui des sciences et des arts. Clément Marot perfectionna la langue sans en changer le caractère dominant; elle resta naïve, et manqua de noblesse et d'énergie : mais Ronsard et son école eurent des prétentions plus ambitieuses. Ils dénaturèrent la langue en voulant la réformer : au lieu de l'énergie, ils introduisirent l'enflure, la bizarrerie et l'obscurité. Une érudition sans goût surchargea le français de mots maladroitement composés et de tournures contraires à son génie; elle en fit une langue pédantesque et tourmentée. Plus heureuse fut l'influence d'Amyot par sa traduction des oeuvres de Plutarque, et surtout celle de Montaigne, dont la diction vive, brusque, précise, a créé une foule de mots heureux, de tournures claires et rapides. 

La Réforme religieuse eut aussi des effets salutaires : non seulement Calvin, pour répandre plus sûrement ses doctrines, s'étudia à écrire avec pureté et mérita d'être cité par Pasquier et Patru comme un des pères de la langue, mais les catholiques reconnurent la nécessité de combattre sur ce terrain les protestants, et d'abandonner le latin pour lutter, avec l'idiome vulgaire, contre les idées nouvelles. L'italien fit à son tour irruption dans le français à la suite des guerres d'Italie et pendant les Guerres de religion, et en modifia principalement la prononciation : c'est dans l'entourage de Catherine de Médicis qu'on donna le son de l'è ouvert à la diphthongue oi de la conjugaison. Henri Estienne reprochait à ses contemporains d'emprunter à l'Italie, entre autres expressions, tous leurs termes de guerre. A l'influence de l'italien succèda celle du castillan, et, à la cour de Louis XIII, il fut quelque temps de mode d'entremêler la conversation de mots espagnols.

Cependant, au milieu de ces causes diverses de désordre, on sentait le besoin de règles uniformes. Dès 1576, Blaise de Vigenère se plaignait de la licence qui était si funeste, aux progrès de la langue. Malherbe commença l'oeuvre de la fixation du français. L'Académie française fut instituée en 1635, "pour connaître de l'ornement, embellissement et augmentation de la langue française." Guez de Balzac montra que la prose française était capable d'une certaine pompe, et Descartes, qu'elle comportait la précision la gravité, la noblesse dans les matières les plus élevées et les plus abstraites. Voiture lui donna de la souplesse, de la variété, et quelquefois de la grâce. Mais notre premier grand monument littéraire en prose devait être les Provinciales de Pascal (1656). La cour eut aussi sa part d'influence sur le langage Henri Estienne disait déjà, au XVIe siècle :

"La cour est la forge des mots nouveaux, le palais leur donne la trempe."
Au XVIIe s., Vaugelas, voulant définir le bon  usage sur lequel il faisait reposer la pureté de la langue, s'exprimait ainsi : 
"C'est la façon de parler de la partie la plus saine de la cour [...]. II est certain que la cour est comme un magasin d'où notre langue tire quantité de beaux termes pour exprimer nos pensées, et que l'éloquence de la chaire ni du barreau n'aurait pas les grâces qu'elle demande, si elle ne les empruntait presque toutes à la cour."
En prenant la rigoureuse symétrie des règles modernes, le français devint une langue véritablement nationale. Il abandonna les allures libres, franches, hardies du vieux langage, dans lequel Fénelon trouvait "je ne sais quoi de court, de naïf, de vif et de passionné," pour revêtir une correction élégante, digne, mais un peu froide. II se fit, comme on l'a remarqué ", sage jusqu'à la pruderie, économe jusqu'à la parcimonie," au point que La Fontaine n'osait avouer ces vieilleries gauloises où il puisait souvent le fond et la forme de ses poésies. Toutefois, la langue du XVIIe siècle est notre langue classique.
"Elle fut, dit Ch. Nodier, tout ce que peut être une langue, parvenue à son apogée, tout ce qu'une langue n'est jamais deux fois, pleine de simplicité dans sa force et dans sa grandeur, de modération dans ses conquêtes, et de prudence dans son audace. Pascal donna au français de son siècle une exactitude lumineuse et une élégante précision; Corneille, la majesté sévère des langues antiques; Racine, leur grâce, leur mollesse et leur harmonie; Molière y consacra le gallicisme énergique du peuple, La Bruyère celui de la ville, Mme de Sévigné celui de la cour; Bossuet lui fit parler la langue pompeuse des prophètes, La Fontaine et Perrault la langue naïve des enfants; et tous ces admirables écrivains restèrent également fidèles au naturel, sans lequel il n'y a point de beautés parfaites. L'expression la plus hardie en apparence était alors la saillie d'un instinct et non pas la combinaison d'un artifice. L'effet des mots résultait de leur appropriation à la pensée, et non pas de la contexture mécanique d'une phrase industrieuse. "
Au XVIIIe siècle, la connaissance des littératures anglaise et allemande, l'imitation des mesure anglaises, la conformité des tendances politiques, firent pénétrer en France non seulement des radicaux nouveaux, mais des tournures et même des manières de penser nouvelles. On a signalé comme une particularité curieuse de cette adoption des mots étrangers, le sens ironique ou défavorable que le français leur a souvent donné : ainsi, de l'allemand buch ou de l'anglais book ( = livre), il a fait bouquin; de herr ( = seigneur), pauvre hère; de land ( = terre), lande; de ross ( = coursier), rosse, etc., de même que de l'espagnol hablar ( = parler) il a fait hableur. Au reste, le français, sans jamais se laisser corrompre par les idiomes voisins, s'est approprié ce qu'il a cru devoir leur emprunter: il n'est ni sifflant comme l'anglais, ni guttural comme l'allemand, ni chanté comme l'italien; il est véritablement parlé.

Depuis la Révolution de 1789, les débats parlementaires, les discussions quotidiennes de la presse, les progrès inouïs des sciences, ont introduit dans la langue française un grand nombre de néologismes; mais, dans cette invasion d'expressions nouvelles, le bon sens public fait disparaître les créations inutiles ou vicieuses, pour ne conserver que celles qui sont nécessaires. Bien que la langue ait beaucoup changé depuis le XIIIe siècle, 

"ses innombrables modifications, selon la remarque de Fallot, n'ont guère porté que sur des points de détail, sur la forme et l'orthographe des mots. Quant à tout ce qui est fondamental et essentiel dans le langage, quant à l'esprit et à l'ensemble de la grammaire, quant à la syntaxe, quant aux formes des phrases, aux constructions, à la logique et, comme on dit, au génie de la langue, l'identité est complète."
Les circonstances historiques ont fait adopter très tôt le français par les classes dirigeantes des autres pays. Au XIe, siècle, le roi anglo-saxon Édouard le Confesseur envoyait son neveu sur le continent, pour y perdre, au contact du français, la barbarie supposée de sa langue maternelle : porté en Angleterre par Guillaume le Conquérant, le français y devint la langue officielle, la langue de la cour, des lois et des tribunaux, et même, en 1120, Vital de Savigny s'en servit pour prêcher dans les églises de Londres. Le français fut parlé aussi à la cour d'Écosse; c'est lui qui est employé dans les pièces relatives aux débats de John Balliol et de Robert Bruce. Quand Édouard III, dans la seconde moitié du XIVe siècle, eut rendu à la langue anglaise son caractère public, elle conserva encore, surtout dans la jurisprudence, une foule de termes français, simplement déguisés sous la prononciation locale. Le premier acte de la Chambre des communes entièrement écrit en anglais ne date que du 1425. Ce furent aussi les Normands qui introduisirent le français en Sicile et dans le midi de l'Italie. Les Croisades le propagèrent à Chypre et  en Palestine; on s'en servit pour rédiger le code de lois connu sous le nom d'Assises de Jérusalem. Pendant le règne des empereurs latins à Constantinople, il fut seul en usage à la cour. En 1260, Brunetto Latini, précepteur de Dante en exil, composa en français à Paris son Petit Trésor, "parce que, dit-il, la parleure françoise est  plus délitable langage et plus commun que moult d'autres." Au siècle suivant, l'Italien Martino da Canale mettait aussi en français une partie de l'histoire de Venise, "parce que la langue françoise cort parmi le monde et est la plus delitable à lire et à oir que nulle autre."

C'est surtout depuis le XVIIe siècle que la langue française a été étudiée par tous les esprits cultivés de l'Europe, et parlée  dans toutes les cours : à partir du traité de Nimègue en 1678, elle a été employée pour rédiger tous les traités dans lesquels la France fut une des parties contractantes. On l'adopta même quand il s'agissait d'autres intérêts, par exemple, à Hubertsbourg : en 1763, et à Teschen en 1779, et l'on peut dire qu'elle est restée longtemps, entre nations différentes la langue diplomatique. Des hommes éminents de tous les pays l'ont choisie pour être l'interprête de leurs idées. Elle a été la langue de la haute société dans plusieurs Etats de l'Europe. L'expansion coloniale de la France, d'abord en Amérique, puis, au XIXe siècle, en Afrique et en Indochine, a également favorisé la propagation du français. Le domaine du français, comme langue vulgaire, maternelle ou dominante, a ainsi compris au moment de sa plus grande extension non seulement la France et les pays qui étaient alors ses colonies, mais une grande partie de la Belgique et de la Flandre orientale, du Limbourg et du Luxembourg, les cantons suisses de Genève, de Vaud et de Neuchâtel, une partie de ceux de Berne, de Fribourg et du Valais, les îles anglo-normandes de Jersey et Guernesey dans la Manche, certaines îles de l'Océan indien (les Mascareignes, les Seychelles, Maurice, Rodrigue), plusieurs des Antilles que la France posséda autrefois (Tobago, Sainte-Lucie, la Grenade, la Dominique, Haïti), un partie du Canada, et enfin les États de Louisiane, du Mississippi et de l'Illinois dans l'Amérique septentrionale. La seconde moitié du XXe siècle a cependant vu le déclin rapide de cette langue, d'une part à cause de la fin de l'empire colonial français qui a fait perdre à la France son rang de grande puissance, et surtout avec la montée en puissance des Etats-Unis, qui donne aujourd'hui à l'anglais qu'aucune autre langue ne peut plus lui disputer. (R.).

Les dialectes du français

La dialectologie française révèle une richesse linguistique souvent méconnue et sous-estimée. Bien que la standardisation par l'Académie française et l'éducation nationale ait uniformisé la langue officielle, les variétés régionales et internationales continuent d'exister. La tension entre uniformisation et diversification continue de façonner le paysage linguistique francophone, avec des enjeux identitaires, culturels et politiques importants pour l'avenir de ces parlers.

Français de France (hexagonal)
Langues d'oïl (dialectes historiques du Nord).
Les langues d'oïl forment un continuum dialectal, au sein duquel le français standard s'est progressivement imposé. 

Le francien est traditionnellement présenté comme la base principale du français moderne. Il s'agissait de la variété d'oïl parlée dans la région de l'Île-de-France et de l'Orléanais. Sa position géographique centrale, combinée au rôle politique, administratif et économique de Paris à partir du Moyen Âge, a favorisé sa diffusion et sa normalisation. Le francien se distingue par des traits phonétiques et morphologiques qui ont été retenus dans la langue écrite, notamment la simplification de certains systèmes verbaux et une évolution vocalique qui s'est imposée comme norme. Toutefois, les linguistes contemporains soulignent que le français est le résultat d'une convergence de plusieurs dialectes d'oïl, et non l'héritier exclusif du francien.

Le normand est une langue d'oïl parlée en Normandie et dans les îles Anglo-Normandes. Il se caractérise par une forte influence scandinave, héritée des établissements vikings aux IXe et Xe siècles, visible dans le lexique maritime, rural et toponymique. Phonétiquement, le normand conserve parfois des consonnes que le français standard a perdues, notamment le k et le g devant a. Le normand a joué un rôle majeur dans l'histoire du français par son exportation en Angleterre après la conquête de 1066, contribuant indirectement à l'enrichissement lexical de l'anglais.

Le picard est parlé dans le nord de la France et en Belgique. Il se distingue par des évolutions phonétiques spécifiques, comme la conservation de certaines voyelles anciennes et des formes consonantiques différentes de celles du français standard. Le picard possède une tradition littéraire ancienne, notamment au Moyen Âge, où il fut utilisé dans des chansons de geste et des textes administratifs. Longtemps considéré comme un patois, il est aujourd'hui reconnu comme une langue régionale à part entière, avec une grammaire et un lexique cohérents.

Le wallon, parlé principalement en Wallonie, appartient également au groupe des langues d'oïl mais présente des traits distinctifs marqués, tant sur le plan phonétique que lexical. Il a conservé des archaïsmes latins disparus ailleurs et développé des innovations propres. Le wallon a connu une production littéraire importante à partir du XIXe siècle, notamment dans le théâtre et la poésie, et a exercé une influence limitée mais réelle sur certaines variétés régionales du français belge.

Le bourguignon et le morvandiau constituent des variétés d'oïl parlées en Bourgogne. Ils se caractérisent par des traits conservateurs et une certaine proximité avec les parlers du centre de la France. Leur influence sur le français standard est indirecte mais perceptible dans certains usages lexicaux et phonétiques régionaux. Comme beaucoup d'autres langues d'oïl, leur recul s'est accéléré aux XIXe et XXe siècles avec la généralisation de l'école et de l'administration en français.

Le champenois est une langue d'oïl historiquement parlée en Champagne. Il partage des traits avec le francien et le bourguignon, ce qui reflète sa position intermédiaire. Il a contribué au développement du français médiéval, en particulier par l'intermédiaire des foires de Champagne, qui étaient des centres économiques et culturels majeurs favorisant la circulation des formes linguistiques. Bien que largement supplanté par le français standard, le champenois subsiste sous forme de parlers locaux.

Le lorrain roman (distinct du lorrain francique germanique) appartient au groupe d'oïl et était parlé dans une partie de la Lorraine. Il présente des particularités phonétiques, notamment dans le traitement des voyelles nasales, et un lexique influencé par le contact prolongé avec les langues germaniques. Cette zone de contact linguistique en fait un exemple important pour comprendre les mécanismes d'interférence et de bilinguisme dans l'histoire du français.

Parmi les autres langues d'oïl, on peut encore mentionner le poitevin (saintongeois, angevin), le berrichon, l'orléanais, le bourbonnais, le courtisien, le gallo (parlé en Bretagne), Le manceau-mayennais (mainiot), etc.

Français régionaux (variétés contemporaines).
Le français de France, souvent perçu comme la référence normative, est lui-même loin d'être homogène. Il se décline en une série de variétés régionales, qui ne correspondent pas à des langues distinctes, mais à des usages différenciés d'une même langue, façonnés par l'histoire linguistique régionale, le contact ancien avec les langues d'oïl, d'oc et le francoprovençal, ainsi que par des facteurs sociaux et culturels. Elles se manifestent principalement dans la phonétique, la prosodie, le lexique et certains traits pragmatiques, tandis que la morphosyntaxe reste largement commune.  Il existe en particulier de fortes variations régionales dans la prononciation, notamment entre le nord et le sud, dans le traitement des voyelles nasales, de l'intonation et du rythme. 

Dans les régions du nord et du nord-ouest, le français présente une articulation généralement plus tendue et un rythme perçu comme plus rapide. On observe des réalisations spécifiques des voyelles nasales, parfois plus fermées, ainsi qu'une intonation relativement plate en fin d'énoncé.  Il y a une distinction nette entre [a] et [É‘]. Le lexique régional demeure marqué par l'héritage des langues d'oïl, avec des mots comme drache ou biloute dans des usages familiers localisés. Ces particularités coexistent avec un français très proche de la norme scolaire, du fait de l'urbanisation ancienne et de la forte présence des médias nationaux.

Dans l'ouest de la France, notamment en Bretagne, en Pays de la Loire et en Poitou, le français régional est influencé par le substrat celtique breton à l'ouest et par les parlers d'oïl à l'est. La prosodie peut se distinguer par une intonation montante et une accentuation marquée en fin de groupe syntaxique. Certaines constructions pragmatiques, comme l'usage fréquent de quoi ou hein en clôture d'énoncé, sont particulièrement saillantes. Le lexique régional comprend des termes liés à la vie maritime, agricole et climatique, qui persistent dans l'usage courant.

Dans le bassin parisien et le centre de la France, le français parlé est généralement perçu comme le plus proche du français standard, en raison du rôle historique de cette région dans la formation de la norme. Néanmoins, des particularités subsistent, notamment dans la prononciation de certaines voyelles (par exemple, l'article "un" prononcé [ɛ̃] plutôt que [œ̃̃̃] en français standard) et dans des tours familiers propres à l'oral. 

Dans l'est de la France, le français régional est marqué par le contact ancien avec les langues germanique et le francoprovençal. En Alsace et en Lorraine, l'accentuation peut être plus marquée sur certaines syllabes, et l'intonation présente parfois des schémas influencés par l'allemand. Le lexique comporte des emprunts ou des calques sémantiques liés à l'administration, à la gastronomie ou à la vie quotidienne. Dans les zones francoprovençales, comme une partie de la Bourgogne et de la Franche-Comté, on observe des traits intermédiaires entre le nord et le sud, tant sur le plan phonétique que prosodique.

Dans le sud de la France, le français régional se caractérise par une influence marquée de l'occitan. La prosodie est souvent plus chantante, avec une intonation montante-descendante et un accent tonique plus perceptible sur la dernière syllabe prononcée. Les voyelles tendent à être plus ouvertes, et la distinction entre certaines voyelles nasales peut être moins marquée qu'au nord. 

• Dans le sud (Occitanie) et le sud-ouest (Aquitaine), le français est influencé notamment par le languedocien et le gascon. On y relève des particularités phonétiques spécifiques, comme une réalisation aspirée de certaines consonnes ou une intonation très marquée. Des tours syntaxiques calqués sur l'occitan peuvent apparaître à l'oral, notamment dans l'ordre des mots ou dans l'usage des temps verbaux. Le lexique régional reste très vivant et joue un rôle important dans l'expression de l'identité locale.

• Dans le sud-est (Provence et vallée du Rhône), le français régional présente des influences du provençal, mais présente aussi des influences ligures et franco-provençales dans certaines zones alpines. La prononciation des voyelles finales, parfois plus audible qu'au nord, et l'usage fréquent de diminutifs ou d'expressions affectives constituent des marqueurs identitaires. Le lexique intègre de nombreux régionalismes d'origine occitane, tels que pitchoun, gavé, emboucaner ou cagole, dont l'usage peut être familier. 

Dans les grandes aires métropolitaines de l'Hexagone, indépendamment de la région, s'est développé un français urbain marqué par la mobilité, la diversité sociale et les influences médiatiques. Il se caractérise par une grande créativité lexicale, l'usage de verlan, de registres familiers et de pratiques discursives spécifiques. En région parisienne, le français populaire urbain, influencé par la diversité sociale et culturelle, y a également développé des registres spécifiques, intégrant de l'argot, des innovations lexicales et des emprunts, tout en respectant la grammaire générale du français. Même chose pour le français parlé dans les grandes métropoles méridionales (Toulouse, Marseille, Lyon) combine ces traits régionaux avec des usages contemporains communs à l'ensemble du territoire. Cette variété transversale ne remplace pas les français régionaux, mais s'y superpose, créant des usages hybrides.
Le français des cités, c'est-à-dire la langue parlée dans les banlieues des grandes métropoles françaises est un sociolecte caractérisé par une grande inventivité linguistique et qui fonctionne comme un marqueur identitaire fort pour les locuteurs, transcendant souvent les origines sociales. Cette variété puise ses ressources dans le fonds linguistique français, mais opère des transformations audacieuses. On observe ainsi un processus de verlanisation poussé, où les syllabes sont inversées, parfois de manière réitérée, créant des termes comme meuf (femme) ou chelou (louche). L'argot traditionnel (largonji) est constamment recyclé et renouvelé. L'influence des langues de l'immigration, notamment l'arabe maghrébin, est notable dans le lexique avec des mots comme wesh (salut, quoi) ou kiffer (aimer), mais aussi dans certaines tournures syntaxiques ou dans l'utilisation d'articles définis à valeur possessive. La syntaxe peut présenter des particularités, comme l'omission fréquente de la négation ne dans pas ou l'utilisation de la préposition sur dans des contextes inattendus. La prosodie est également distinctive, avec un débit qui peut être rapide, une intonation montante caractéristique et une accentuation particulière sur certaines syllabes. Ce parler est avant tout un code d'appartenance à un groupe, un outil de résistance symbolique et de créativité face à une norme linguistique perçue comme extérieure. Il irrigue d'ailleurs constamment le français commun à travers la culture populaire, notamment le rap et les séries télévisées, et démontre par là son rôle central dans l'évolution contemporaine de la langue française.
Français hors de France.
Français de divers pays européens.
En Europe hors de France, la langue française se manifeste à travers plusieurs variétés  qui partagent une base normative commune, mais présentent des particularités phonétiques, lexicales, prosodiques et pragmatiques liées au multilinguisme, au contact avec d'autres langues nationales et à des traditions institutionnelles propres.

Le français de Belgique constitue l'une des variétés européennes les plus établies. Il est langue officielle en Wallonie et à Bruxelles, où il coexiste avec le néerlandais. Sur le plan phonétique, il se distingue par une articulation souvent plus stable et moins marquée par la réduction vocalique qu'en France. Le lexique comprend des particularités telles que septante, nonante, bourgmestre, kot ou dringuelle. Certaines constructions syntaxiques ou pragmatiques reflètent l'influence du néerlandais ou des usages administratifs locaux. Cette variété bénéficie d'une forte légitimité institutionnelle et d'une tradition littéraire et médiatique propre.

Le français de Suisse romande se caractérise par une grande régularité phonétique, une intonation perçue comme plus posée et un débit relativement lent. Le lexique comprend des régionalismes spécifiques, notamment septante, huitante ou nonante selon les cantons, ainsi que des termes liés aux réalités helvétiques, comme natel ou commune bourgeoise. Le contexte multilingue suisse favorise un français précis, normé et fonctionnel, particulièrement dans les domaines administratif, juridique et scientifique.

Au Luxembourg, le français occupe un statut officiel aux côtés du luxembourgeois et de l'allemand. Il est largement utilisé dans l'administration, la justice, les médias écrits et les relations internationales. Le français luxembourgeois présente peu de particularités phonétiques marquées, mais son usage pragmatique est influencé par le multilinguisme généralisé du pays. Le lexique peut inclure des emprunts ou des calques liés aux institutions nationales et européennes, et l'alternance codique avec l'allemand ou le luxembourgeois est fréquente à l'oral.

À Monaco, le français est la langue officielle et constitue la langue principale de la vie publique. Le français monégasque correspond globalement à un français standard, mais il peut présenter des particularités lexicales et prosodiques liées à l'influence de l'italien et du monégasque. Le contexte international et touristique favorise un français soigné, souvent utilisé comme langue de communication interlinguistique.

Dans le Val d'Aoste, en Italie, le français bénéficie d'un statut officiel aux côtés de l'italien. Il est principalement utilisé dans l'administration, l'enseignement et la signalisation, tandis que l'usage oral quotidien est plus limité. Le français valdôtain est caractérisé par l'influence de l'italien et du francoprovençal, tant dans la prononciation que dans certaines constructions syntaxiques. Il conserve néanmoins une forte valeur symbolique et identitaire.

En Belgique germanophone et dans certaines régions frontalières, le français est utilisé comme seconde langue ou langue de prestige. Dans ces contextes, il présente des traits influencés par les langues germaniques locales, notamment dans l'intonation et certains choix lexicaux. Le français y remplit souvent des fonctions professionnelles, éducatives et culturelles.

Dans les institutions européennes, notamment à Bruxelles, Strasbourg et Luxembourg, s'est développée une variété fonctionnelle du français, parfois qualifiée de français institutionnel européen. Elle se caractérise par un lexique administratif et juridique spécifique, des calques sémantiques issus d'autres langues de travail et une recherche de clarté et de neutralité. Cette variété n'est pas liée à un territoire national unique, mais elle exerce une influence sur les usages professionnels du français en Europe.

Dans les pays où le français n'a pas de statut officiel mais reste largement enseigné et utilisé, comme en Allemagne, en Espagne ou dans les pays d'Europe centrale, il existe des usages locaux du français seconde langue. Ces usages peuvent présenter des particularités phonétiques et pragmatiques liées à la langue maternelle des locuteurs, mais ils s'inscrivent globalement dans la norme internationale du français. 

Français africains.
En Afrique francophone, la langue française se déploie sous la forme d'un ensemble très diversifié, issu du français standard mais profondément adapté à des contextes sociolinguistiques caractérisés par le multilinguisme, le contact prolongé avec des langues africaines et des trajectoires historiques spécifiques. Le français y occupe des statuts variables, allant de langue officielle et administrative à seconde langue largement utilisée, voire première langue dans certains milieux urbains. 

Dans l'ensemble, on observe le développement de registres urbains spécifiques, parfois qualifiés de français populaires ou de français jeunes, caractérisés par une grande inventivité lexicale, l'usage d'argot, de néologismes et de mélanges linguistiques. Ces usages, souvent stigmatisés, jouent néanmoins un rôle central dans l'expression identitaire et culturelle, notamment dans la musique, le cinéma et les réseaux sociaux.

En Afrique de l'Ouest, le français est largement utilisé comme langue de communication interethnique et institutionnelle. Les variétés ouest-africaines se caractérisent par une prononciation souvent syllabique, avec une articulation claire des voyelles et une réduction limitée des consonnes finales. L'intonation et le rythme reflètent fréquemment les structures prosodiques des langues africaines locales. Le lexique est enrichi par des créations sémantiques, des emprunts aux langues nationales et des usages spécifiques, tels que l'extension de sens de mots français existants. Le français y est employé dans des registres très variés, allant de l'administration formelle à la communication quotidienne.

En Afrique centrale, notamment au Cameroun, au Congo et en République démocratique du Congo, le français coexiste avec un grand nombre de langues locales et avec des langues véhiculaires comme le lingala ou le sango. Le français se distingue par une grande flexibilité pragmatique et une créativité lexicale marquée. Des phénomènes d'alternance codique sont fréquents, et certaines structures syntaxiques reflètent des influences des langues africaines, notamment dans l'expression de l'aspect, du temps ou de l'insistance. Dans les centres urbains, le français est souvent utilisé comme première langue ou langue dominante par les jeunes générations.

Le français d'Afrique de l'Est, notamment à Djibouti et dans certaines zones du Rwanda et du Burundi, présente des traits liés au contact avec des langues couchitiques ou bantoues, ainsi qu'avec l'anglais dans certains contextes. La prononciation y est généralement influencée par les systèmes phonologiques locaux, et l'usage du français varie fortement selon les domaines, avec une présence marquée dans l'administration, l'éducation et la diplomatie.

En Afrique du Nord, le français occupe une place particulière en raison de l'histoire coloniale et de son statut actuel. Au Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc), il est largement utilisé dans les domaines économique, scientifique, technique et culturel, bien qu'il ne soit généralement pas langue officielle. Le français maghrébin se caractérise par une forte alternance codique avec l'arabe dialectal et, selon les régions, avec le berbère. Le lexique intègre de nombreux emprunts et calques, et certaines constructions pragmatiques reflètent les normes discursives locales. Le français y est habituellement un marqueur social et éducatif, avec des usages très différenciés selon les contextes.

Dans les pays du Sahel, le français joue un rôle central comme langue de l'État et de l'enseignement, dans des sociétés où le multilinguisme est la norme. Les variétés sahéliennes du français présentent une prononciation relativement régulière, une syntaxe globalement conforme au standard et un lexique enrichi par des termes liés aux réalités locales. Le français y est souvent acquis comme seconde langue, mais il peut devenir la langue principale de communication dans certains milieux urbains.

Français de l'océan Indien et du Pacifique.
Dans l'ensemble de l'Océan Indien et du Pacifique, le français occupe des statuts variables, allant de langue officielle et administrative à langue de prestige ou de scolarisation. On observe le développement de registres hybrides et de pratiques discursives résultant du contact permanent entre le français, les créoles et les langues autochtones. Ces variétés ne remettent pas en cause la base normative du français, mais illustrent sa capacité d'adaptation à des environnements linguistiques complexes.

Le français de La Réunion présente des traits spécifiques liés au contact étroit avec le créole réunionnais. Sur le plan phonétique, l'intonation est souvent plus mélodique et le rythme plus syllabique que dans le français hexagonal. Le lexique comprend de nombreux emprunts ou calques sémantiques issus du créole, notamment pour désigner des réalités sociales, culturelles et environnementales locales. Le français réunionnais s'inscrit dans une situation de diglossie, où le français standard est utilisé dans les contextes formels et institutionnels, tandis que le créole occupe une place centrale dans la communication quotidienne.

À Mayotte, le français coexiste avec le shimaoré et le kibushi. Il est principalement langue de l'administration, de l'enseignement et des médias, mais son usage comme langue première progresse chez les jeunes générations. Le français mahorais présente des particularités phonétiques et syntaxiques influencées par les langues locales, ainsi qu'un lexique adapté aux réalités socioculturelles de l'île. L'acquisition souvent tardive du français contribue à une grande variation interindividuelle des usages.

Aux Comores et à Madagascar, le français coexiste avec des langues nationales fortement structurées. Le français malgache, par exemple, présente des particularités phonétiques et prosodiques influencées par le malgache, ainsi qu'un lexique particulier. Il est utilisé dans l'administration, l'enseignement et les médias.

À Maurice, le français occupe un statut non officiel mais prestigieux, aux côtés de l'anglais et du créole mauricien. Il est largement utilisé dans les médias, la littérature, la vie culturelle et certains secteurs professionnels. Le français mauricien est influencé par le créole, tant dans la prosodie que dans certaines constructions pragmatiques, et intègre des régionalismes et des choix lexicaux spécifiques. Il se caractérise par une grande flexibilité et une forte alternance codique entre les langues.

Aux Seychelles, le français coexiste avec le créole seychellois et l'anglais. Il est utilisé dans des contextes formels, culturels et éducatifs, et présente des traits influencés par le créole, notamment dans l'intonation et le lexique. Le français seychellois demeure proche de la norme internationale, tout en reflétant le plurilinguisme institutionnel du pays.

Dans le Pacifique, le français de Nouvelle-Calédonie se développe dans un contexte de forte diversité linguistique, avec de nombreuses langues kanak et la présence du créole et de l'anglais, et il coexiste avec des usages identitaires variés. Le français calédonien se caractérise par des particularités lexicales bien identifiées, issues des langues locales et de l'histoire coloniale, ainsi que par une prosodie spécifique. Il est la langue principale de l'administration, de l'enseignement et de la communication interethnique.

En Polynésie française, le français est langue officielle aux côtés du tahitien et d'autres langues polynésiennes. Le français polynésien présente une intonation influencée par les langues polynésiennes, avec un rythme souvent plus lent et une accentuation régulière. Le lexique intègre des termes locaux liés à la culture, à l'environnement et à la vie sociale. Comme ailleurs, l'alternance codique est fréquente, et les usages varient selon les contextes et les générations.

À Wallis-et-Futuna, le français coexiste avec les langues wallisienne et futunienne. Il est principalement utilisé dans les domaines institutionnels, scolaires et religieux. Le français local est influencé par les structures phonétiques et prosodiques des langues polynésiennes, et son usage reste fortement contextualisé.

Français d'Amérique du Nord.
En Amérique du Nord; le français présente, des situations sociolinguistiques contrastées et porte la marque d'un contact prolongé avec l'anglais et, dans certains cas, avec des langues autochtones. Ces variétés partagent une base grammaticale commune, mais présentent des particularités qui les distinguent nettement du français européen et les unes des autres.

Le français du Québec constitue la variété la plus institutionnalisée et la plus normative d'Amérique du Nord. Il se caractérise par une phonétique spécifique, notamment l'affrication de /t/ et /d/ devant les voyelles antérieures, la diphtongaison de certaines voyelles longues et une intonation reconnaissable. Le lexique comprend de nombreux archaïsmes hérités du français des XVIIe et XVIIIe siècles, ainsi que des néologismes créés pour éviter les emprunts directs à l'anglais, en particulier dans les domaines technique, administratif et commercial. Sur le plan sociolinguistique, le Québec a développé un français standard propre, utilisé dans l'enseignement, les médias et l'administration, distinct du français familier québécois, plus relâché.

Le français acadien, parlé principalement au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à l'Île-du-Prince-Édouard, présente une forte variation interne. Il se distingue par la conservation de formes morphologiques anciennes, comme certains emplois verbaux et pronominaux, et par une phonétique qui peut différer sensiblement de celle du québécois. Le contact prolongé avec l'anglais a favorisé des emprunts lexicaux et des alternances codiques fréquentes, mais l'acadien demeure un marqueur identitaire fort, soutenu par une production culturelle et médiatique croissante.

Le chiac, variété urbaine et fortement hybridée parlée principalement dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, constitue un cas particulier. Il s'agit d'un français acadien fortement influencé par l'anglais sur le plan lexical et syntaxique, tout en conservant une base grammaticale française. Longtemps stigmatisé, le chiac est aujourd'hui revendiqué comme une expression identitaire légitime, notamment dans la musique, la littérature et les médias locaux.

Le français de l'Ontario, parfois désigné comme franco-ontarien, se caractérise par une grande diversité régionale. Il partage certains traits avec le français québécois, tout en présentant des influences acadiennes et un contact plus intense avec l'anglais, en raison du statut minoritaire des francophones. Le lexique intègre des anglicismes fréquents, parfois adaptés phonétiquement ou morphologiquement, et l'usage du français varie fortement selon les contextes sociaux, institutionnels et familiaux.

Le français de l'Ouest canadien, notamment au Manitoba et en Alberta, est issu de migrations multiples, incluant des francophones d'origine québécoise, acadienne et européenne. Cette diversité d'origines se reflète dans la variation linguistique, tant sur le plan phonétique que lexical. Le français y est souvent utilisé dans des contextes institutionnels et communautaires spécifiques, avec une alternance fréquente avec l'anglais dans la vie quotidienne.

Le français de Louisiane, souvent appelé français louisianais, regroupe plusieurs variétés, dont le français cadien et le français créole louisianais. Le français cadien, issu en partie de l'acadien, présente des traits conservateurs et une phonétique particulière, influencée par l'anglais et par le contact avec d'autres langues locales. Bien que son usage ait fortement décliné au XXe siècle, il connaît un renouveau symbolique et culturel, soutenu par des initiatives de revitalisation linguistique et éducative.

Le français créole louisianais, distinct du français standard mais en contact étroit avec lui, a également influencé les usages régionaux du français. Dans certains contextes, les frontières entre français régional, créole et anglais sont poreuses, donnant lieu à des pratiques linguistiques hybrides et dynamiques.

Aux États-Unis en dehors de la Louisiane, le français subsiste sous forme de communautés patrimoniales, notamment en Nouvelle-Angleterre, où il a été historiquement parlé par des populations d'origine canadienne-française. Le français y est aujourd'hui largement minoritaire, mais il demeure présent dans des contextes culturels, associatifs et familiaux, avec des usages fortement influencés par l'anglais.

Français antillais et guyanais.
Dans les Antilles françaises, le français est la langue officielle, scolaire et administrative, mais il coexiste avec le créole comme langue première et identitaire pour une grande partie de la population. Aussi se manifeste-t-elle sous la forme de variétés étroitement liées au contact permanent avec les créoles à base lexicale française. Ces variétés constituent des adaptations locales du français standard, façonnées par une histoire coloniale commune, par des situations de diglossie durable et par des dynamiques sociolinguistiques propres aux sociétés antillaises. 

Le français parlé en Martinique et en Guadeloupe présente des particularités phonétiques et prosodiques immédiatement reconnaissables. L'intonation est volontiers plus mélodique, avec des courbes montantes et descendantes marquées, et le rythme tend à être plus syllabique que dans le français hexagonal. Certaines voyelles sont réalisées de manière plus ouverte, et l'accentuation peut être plus régulière en fin de groupe rythmique. Ces traits sont directement influencés par la prosodie du créole antillais, même chez des locuteurs utilisant un français syntaxiquement conforme à la norme.

Sur le plan lexical, le français antillais intègre de nombreux emprunts au créole ou des mots français employés avec des sens spécifiques. Des termes liés à la culture, à l'environnement, à la gastronomie et aux pratiques sociales locales sont couramment utilisés dans le français courant. On observe également des extensions sémantiques et des calques, qui n'affectent pas la compréhension mutuelle mais marquent l'ancrage régional de l'usage.

La syntaxe reste globalement conforme au français standard, mais certains tours pragmatiques reflètent l'influence du créole. L'usage fréquent de marqueurs discursifs, de répétitions expressives et de structures emphatiques contribue à un style oral vivant et expressif. Dans les registres familiers, des constructions calquées du créole peuvent apparaître, notamment dans l'expression du temps, de l'aspect ou de l'insistance, sans pour autant constituer une norme écrite.

La situation de diglossie entre français et créole structure fortement les pratiques linguistiques. Le français est privilégié dans les contextes formels, institutionnels et scolaires, tandis que le créole est dominant dans la communication quotidienne et intime. Toutefois, les frontières entre les deux codes sont souvent perméables, donnant lieu à des alternances codiques fréquentes et à des formes intermédiaires, surtout dans les échanges oraux spontanés.

Aux Antilles, le français joue également un rôle central dans la production culturelle contemporaine. Dans la littérature, les médias, la musique et le cinéma, le français antillais est fréquemment utilisé de manière créative, intégrant des éléments créoles pour exprimer des réalités identitaires spécifiques. Cette hybridation contribue à la reconnaissance progressive des variétés antillaises comme des formes légitimes du français.

Dans les îles non françaises mais francophones ou partiellement francophones des Antilles, comme Haïti ou Sainte-Lucie, le français coexiste également avec des créoles et occupe des fonctions spécifiques. En Haïti, le français est langue officielle aux côtés du créole haïtien, et son usage est caractérisé par une forte stratification sociale. Le français haïtien présente des particularités phonétiques et lexicales influencées par le créole, tout en conservant une forte valeur symbolique et institutionnelle.

Le français parlé en Guyane française témoigne lui aussi de l'héritage plurilingue de cette région. Il est marquée par l'influence de plusieurs langues amérindiennes et les créoles guyanais, ainsi que par l'apport des populations issues de l'immigration africaine, asiatique et caribéenne. Cette variété se distingue par un lexique spécifique enrichi d'emprunts à ces différentes langues. On y trouve également des expressions et des tournures propres au parler local, souvent liées aux réalités géographiques, climatiques et historiques de la Guyane. Les accents et les rythmes prononciatifs diffèrent aussi, reflétant les influences culturelles et linguistiques locales. La syntaxe reste pour l'essentiel conforme à la norme française, mais des particularismes peuvent apparaître dans certaines constructions. 



Henriette Walter, L'aventure des mots français venus d'ailleurs, Le Livre de Poche, 2007. - Si la langue française dérive principalement du latin, elle s'est enrichie, au cours de son histoire, de milliers de mots venus de tous les horizons. Tantôt évidents, ces emprunts sont parfois insoupçonnables : qui devinerait que "jupe" vient de l'arabe, "épinard" du persan, "jardin" du germanique, "violon" de l'italien et "braguette" du gaulois? Henriette Walter, en linguiste érudite mais aussi en écrivain amoureux des mots, éclaire les raisons historiques de ces immigrations lexicales. Un index de plusieurs centaines de mots permet également d'utiliser ce livre comme un dictionnaire. (couv.)
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