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Le
poitevin est un dialecte roman de la langue
d'oïl, parlé principalement dans la région historique du Poitou,
au centre-ouest de la France ,
ainsi que dans certaines zones de la Vendée, de la Charente et de la Vienne.
Il fait partie du groupe des dialectes du français,
au même titre, par exemple, que le normand, le picard et le champenois.
Le poitevin constitue une variété régionale qui conserve des traits
phonétiques, morphologiques et lexicaux distincts du français moderne,
tout en étant fortement influencé par ce dernier, surtout depuis le XIXᵉ
siècle.
Le poitevin s'est
développé à partir du latin vulgaire
introduit par les Romains, en interaction
avec les substrats gaulois et, dans une moindre mesure, germaniques lors
des invasions franques. Au Moyen
Âge, le poitevin s'inscrivait dans le vaste continuum des langues
d'oïl, avec une forte vitalité orale et écrite, utilisée dans la littérature
populaire, les documents administratifs et les échanges commerciaux régionaux.
La centralisation politique et linguistique opérée par l'État français
à partir du XVIe siècle a progressivement
marginalisé le poitevin au profit du français, qui devient la langue
de l'administration, de l'école et de la culture écrite.
Le poitevin se distingue
par des voyelles nasales moins accentuées que dans le français standard
et par la conservation de certaines diphtongues anciennes, comme ai
ou ei, héritées du latin. Les consonnes finales, souvent muettes
en français, sont conservées ou prononcées différemment, ce qui confère
au dialecte un rythme distinct et une musicalité spécifique. L'accentuation
tonique peut également différer, donnant une intonation particulière
aux phrases.
La morphologie du
poitevin conserve plusieurs traits archaïques. Les articles définis et
indéfinis sont proches du français mais présentent des variantes régionales,
comme lo, la, les ou un, une. Les noms
et adjectifs ne comportent pas toujours les accords réguliers du français
moderne, et le système verbal maintient des formes anciennes pour certains
temps composés ou du subjonctif. L'usage des pronoms personnels enclitiques
et des tournures inversées dans les questions reste fréquent dans les
formes orales.
Le lexique poitevin
est majoritairement d'origine latine, mais il contient des survivances
celtiques et de nombreux archaïsmes
non présents en français moderne. L'influence du français standard est
importante depuis plusieurs siècles, surtout dans les domaines de l'administration,
de l'éducation et des médias, mais le poitevin conserve des mots et expressions
spécifiques liés à la vie rurale, à l'agriculture, à la pêche, et
aux pratiques traditionnelles locales. Certains termes poitevins se retrouvent
dans les parlers de la diaspora poitevine en Amérique du Nord ,
notamment au Québec et en Louisiane,
où ils ont contribué à la formation du français cadien et cajun.
On y distingue deux
variétés, le langage du haut Poitou, qui est plus doux, et celui du bas
Poitou, qui se ressent du voisinage de la Bretagne.
Le parler de la Saintonge, de l'Aunis et de l'Angoumois est une variété
du poitevin, dite poitevin-saintongeais. Autre variété : le parler
de la Vendée, qui conserve des traits phonétiques et lexicaux spécifiques.
Dans la Gavacherie (enclave des arrondissements de Libourne,
de la Réole et de Marmande), on parlait
le saintongeois; c'est que des colons de la Saintonge y furent appelés
aux XVe et XVIe
siècles. Ces variations concernent la prononciation, certains mots et
certaines formes grammaticales, mais l'intelligibilité reste généralement
bonne entre locuteurs des différentes zones.
La littérature poitevine,
bien que peu abondante, a une tradition ancienne. Elle se compose principalement
de chansons populaires, de contes et de récits oraux transmis de génération
en génération. Parmi les oeuvres écrites dans ce dialecte, on remarque
le recueil intitulé La gente poitevine, dont il existait déjÃ
plusieurs éditions à la fin du XVIe siècle,
et La Mizaille à Tauny (La Gageure d'Antoine), comédie
par Jean Drouet, apothicaire Saint-Maixent, 1651. Des auteurs modernes
et des linguistes ont entrepris depuis le XXe
siècle de documenter et de standardiser le dialecte, notamment à travers
des dictionnaires, des recueils de textes et des travaux de phonétique
et de grammaire. Les initiatives culturelles locales cherchent à maintenir
la langue vivante par des ateliers, des publications et des événements
associatifs.
Le poitevin est en
situation fragile. La majorité des locuteurs actuels ont une connaissance
passive ou limitée, et l'usage quotidien est surtout oral, dans les villages
ou entre personnes âgées. Le français standard domine dans tous les
domaines publics et éducatifs, tandis que le poitevin subsiste comme marqueur
identitaire et culturel, symbole de l'histoire et des traditions de la
région. |
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