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Le
latin
(ou langue latine) n'est, primitivement, qu'un dialecte
italique parmi d'autres (samnite, osque, ombrien, etc.), parlé sur
les rives du Tibre, le Latium. Elle appartient à la famille des langues
indo-européennes, et est à l'origine de la formation des langues
néo-latines ou romanes (italien, français,
espagnol,
roumain,
etc). La langue latine est est attestée à partir du Ier
millénaire avant notre ère dans la région du Latium,
autour de Rome, avant de devenir la langue officielle
et administrative de l'Empire romain.
Sa diffusion sur une vaste partie de l'Europe, de l'Afrique du Nord et
du Proche-Orient a profondément marqué l'histoire linguistique et culturelle
de l'Occident.
Le latin n'a jamais
été une langue parfaitement uniforme. On distingue généralement le
latin archaïque, le latin classique et le latin tardif. Le latin archaïque
correspond aux premières inscriptions et aux textes juridiques anciens,
caractérisés par une morphologie et une phonétique encore instables.
Le latin classique, codifié entre le Ier
siècle avant JC. et le Ier siècle après
JC, est la langue des grands auteurs tels que Cicéron,
Virgile,
César
ou Ovide; il est souvent considéré comme un modèle
de clarté et de rigueur stylistique. Le latin tardif, quant à lui, reflète
l'évolution progressive de la langue parlée et écrite à la fin de l'Empire,
avec des simplifications grammaticales et des innovations lexicales.
Sur le plan phonétique,
le latin possédait un système vocalique fondé sur l'opposition de quantité,
c'est-à-dire la distinction entre voyelles longues et brèves, distinction
essentielle pour la métrique poétique. Les consonnes étaient globalement
proches de celles des langues européennes modernes, bien que certaines
valeurs phonétiques aient évolué au fil du temps. L'accent tonique,
généralement placé sur l'avant-dernière syllabe si celle-ci est longue,
ou sur l'antépénultième si elle est brève, jouait un rôle structurant
dans la prononciation.
Le lexique latin
reflète à la fois la société romaine et son évolution historique.
Il est marqué par des emprunts au grec,
notamment dans les domaines de la philosophie, de la médecine et des sciences,
mais aussi par une forte capacité de dérivation et de composition interne.
De nombreux préfixes et suffixes latins ont survécu dans les langues
modernes, contribuant à la formation d'un vocabulaire savant commun à
l'échelle européenne.
Après la chute de
l'Empire romain d'Occident, le latin cesse progressivement d'être une
langue maternelle, mais il demeure une langue de culture, de savoir et
de communication internationale. Le latin médiéval, puis le latin humaniste,
sont utilisés dans l'administration, l'enseignement, la théologie, le
droit et les sciences. Parallèlement, le latin parlé évolue vers les
langues
romanes, telles que le français,
l'italien, l'espagnol,
le portugais et le roumain.
Aujourd'hui, le latin
est considéré comme une langue morte, dans la mesure où il n'est plus
acquis comme langue maternelle. Il reste néanmoins largement étudié
et utilisé dans des contextes académiques, liturgiques et scientifiques.
La grammaire latine
La grammaire de la langue
latine repose sur un système fortement flexionnel, dans lequel les fonctions
syntaxiques sont principalement indiquées par les désinences
plutôt que par l'ordre des mots, bien que certaines tendances soient observables.
Le verbe est souvent placé en fin de phrase, tandis que les éléments
mis en valeur peuvent être déplacés en tête de proposition. Cette liberté
permet des effets stylistiques variés, notamment dans la prose littéraire
et la poésie, où l'hyperbate et l'enjambement syntaxique sont fréquents..
Cette caractéristique confère au latin une grande souplesse syntaxique,
tout en exigeant une attention précise aux formes morphologiques.
Les noms.
En latin, le nom
(ou substantif) est une catégorie grammaticale variable en genre,
en nombre et en cas. On distingue deux nombres
(singulier et pluriel), le singulier et le pluriel, trois genres (féminin,
masculin et neutre) et six cas principaux. Le fonctionnement du système
casuel est étroitement lié aux déclinaisons,
c'est-à-dire aux paradigmes morphologiques selon lesquels les noms se
fléchissent. Les noms sont répartis en cinq déclinaisons, définies
par la terminaison du génitif singulier et par des schémas réguliers
de désinences.
Cas.
Le latin est une
langue à flexion nominale dans laquelle les relations syntaxiques entre
les mots sont principalement exprimées par des désinences appelées cas,
et non par l'ordre des mots. Le système casuel latin constitue le coeur
de la syntaxe nominale de la langue. Il combine précision fonctionnelle,
richesse sémantique et économie syntaxique, et il joue un rôle fondamental
dans la compréhension des textes latins, tant du point de vue grammatical
que stylistique. Ce système repose sur un ensemble de formes morphologiques
qui indiquent la fonction grammaticale d'un nom, d'un adjectif, d'un pronom
ou d'un participe dans la phrase.
On distingue traditionnellement
six cas en latin classique (nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif
et ablatif), auxquels s'ajoute parfois un septième à valeur marginale,
le locatif. Ce dernier, vestige archaïque du système casuel, réservé
à un nombre limité de noms indiquant principalement des lieux, comme
certaines villes ou des mots désignant le foyer. Le locatif a des formes
proches du génitif ou de l'ablatif selon les déclinaisons, et son emploi
est restreint et lexicalisé.
• Le
nominatif
est le cas du sujet du verbe et de l'attribut du sujet. Il sert à désigner
l'être ou la chose dont on parle, sans dépendance syntaxique. Dans une
phrase déclarative simple, le nominatif identifie l'agent ou le thème
principal, mais il est également utilisé dans des structures non verbales,
comme les titres ou certaines expressions nominales autonomes.
• Le vocatif
est employé pour interpeller directement une personne ou une entité.
Il n'a pas de fonction syntaxique interne à la phrase, car il est extérieur
à la prédication. Morphologiquement, il est souvent identique au nominatif,
sauf pour certains noms masculins de la deuxième déclinaison en -us,
qui prennent une forme spécifique en -e. Le vocatif relève davantage
de la pragmatique du discours que de la syntaxe proprement dite.
• L'accusatif
est le cas de l'objet direct et, plus largement, de l'élément directement
affecté par l'action du verbe. Il est également utilisé après de nombreuses
prépositions pour exprimer le mouvement, la direction, la durée ou l'étendue.
En syntaxe infinitive, l'accusatif joue un rôle central comme sujet logique
de l'infinitif, notamment dans la construction dite de l'accusatif avec
infinitif, caractéristique du discours indirect latin.
• Le génitif
exprime principalement un rapport de dépendance ou de détermination entre
deux noms. Il peut marquer la possession, l'appartenance, l'origine, la
matière ou encore une relation abstraite comme l'explication ou la qualification.
Le génitif latin est sémantiquement très riche et se subdivise traditionnellement
en de nombreuses catégories d'interprétation, bien que ces distinctions
soient analytiques et non morphologiques. Il est aussi employé avec certains
adjectifs, verbes et expressions figées.
• Le datif
sert principalement à marquer le complément d'attribution ou l'intérêt.
C'est le cas du destinataire, du bénéficiaire ou de l'entité concernée
indirectement par l'action. Il correspond souvent à ce que l'on appelle
le complément d'objet indirect. Le datif peut également exprimer la possession
dans certaines constructions, notamment avec le verbe esse, ou indiquer
le but, l'intérêt ou le point de vue. Comme le génitif, il est requis
par certains verbes et adjectifs de manière lexicale.
• L'ablatif
est le cas le plus polyvalent du système latin. Il résulte historiquement
de la fusion de plusieurs anciens cas indo-européens et couvre des valeurs
très diverses, telles que l'origine, le moyen, la cause, la manière,
le lieu ou la séparation. Il est fréquemment utilisé avec des prépositions,
mais peut aussi apparaître seul dans des constructions syntaxiques complexes,
comme l'ablatif absolu, qui exprime une circonstance indépendante de la
proposition principale.
Déclinaisons.
Le latin compte
cinq déclinaisons principales. Chacune de ces déclinaisons présente
des désinences spécifiques pour chaque cas et chaque nombre, ce qui permet
d'identifier la fonction grammaticale indépendamment de la position dans
la phrase.
• La
première déclinaison regroupe essentiellement des noms féminins
en -a, bien qu'il existe quelques exceptions masculines (comme poeta,
agricola, nauta, souvent désignant des personnes). Ces noms se caractérisent
par un génitif singulier en -ae. Le nominatif singulier se termine
généralement en -a (ex. : puella, -ae → la fille).
Les cas pluriels présentent des terminaisons en -ae (nominatif/vocatif),
-ārum (génitif), -īs (datif/ablatif) et -ās (accusatif).
Cette déclinaison est très régulière.
• La deuxième
déclinaison comprend majoritairement des noms masculins et neutres.
Le génitif singulier se termine en -ī. Les noms masculins ont
ordinairement un nominatif singulier en -us (ex. : servus, -ī
→ l'esclave), tandis que les neutres finissent en -um (ex. :
templum,
-ī → le temple). Le système casuel présente des différences
notables entre masculins et neutres : en effet, pour les neutres, le nominatif,
le vocatif et l'accusatif sont identiques au singulier (-um) et
au pluriel (-a), conformément à la règle neutre selon laquelle
nominativus,
vocativus et accusativus idem sunt. Les autres cas pluriels (génitif
: -ōrum; datif/ablatif : -īs) sont communs aux deux genres.
• La troisième
déclinaison est la plus vaste et la plus complexe. Elle comprend des
noms de tous les genres (masculin, féminin, neutre) et présente une grande
variété de radicaux. Le génitif singulier se termine en -is.
Le nominatif singulier peut avoir diverses terminaisons : -or (honor,
-ōris), -x (lex, legis), -s (civis,
civis), -r (pater, patris), -ō (homo, hominis),
ou aucune terminaison apparente (cōnsul, cōnsulis). Cette
déclinaison se subdivise en plusieurs sous-groupes selon la nature du
radical (en consonne, en i, en liquide, etc.), ce qui influence
les terminaisons, notamment à l'ablatif singulier (-e pour les
radicaux en consonne, -ī pour ceux en i) et au nominatif
pluriel (-ēs). Les neutres de la troisième déclinaison ont un
nominatif/accusatif/vocatif pluriel en -a.
• La quatrième
déclinaison est reconnaissable au génitif singulier en -ūs.
Elle comprend surtout des noms masculins, mais aussi quelques féminins
(comme manus, la main, ou domus, la maison, bien que ce dernier
mot présente des irrégularités). Le nominatif singulier masculin se
termine en -us (ex. : exercitus, -ūs → l'armée),
ce qui peut prêter à confusion avec la deuxième déclinaison, mais la
différence apparaît clairement au génitif. Les cas pluriels utilisent
les terminaisons -ūs (nominatif/vocatif/accusatif), -uum
(génitif), -ibus (datif/ablatif). Les noms neutres de cette déclinaison
(très rares, ex. : genu, genus, le genou) ont un nominatif/accusatif/vocatif
singulier en -ū et pluriel en -ua.
• La cinquième
déclinaison, la moins nombreuse, se caractérise par un génitif singulier
en -ēī ou -eī (souvent simplifié en -ēī dans
les manuels modernes). Le nom le plus emblématique est dies, -ēī
(le jour, masculin, parfois féminin selon le contexte), suivi de rēs,
reī
(la chose, féminin). Le nominatif singulier se termine en -ēs,
et les cas pluriels en -ēs (nom./voc.), -ērum (gén.),
-ēbus (dat./abl.), -ēs (acc.). Contrairement aux autres
déclinaisons, la cinquième ne contient presque que des noms féminins,
à l'exception notable de diēs et de ses composés.
Le système de déclinaison
impose donc une grande régularité dans les formes, mais aussi une exigence
de mémorisation du radical et du type de déclinaison pour chaque nom.
L'accord entre le nom et l'adjectif (ou le pronom, ou le participe) est
rigoureux : ils doivent partager le même genre, le même nombre et le
même cas, ce qui renforce la cohérence syntaxique même dans des constructions
complexes ou inversées, fréquentes en latin. C'est ce système morphologique
riche et précis qui permet une grande liberté d'ordre des mots, la fonction
grammaticale étant marquée non par la position mais par les désinences.
Les pronoms.
Les pronoms
se déclinent pour exprimer le genre, le nombre et le cas. Ils se répartissent
en plusieurs catégories aux fonctions distinctes. La déclinaison de ces
pronoms mêle souvent des thèmes et des désinences de différentes origines,
comme on le voit dans les formes de hic ou de ille. Leur
emploi syntaxique est important : outre leurs fonctions évidentes de sujet,
d'attribut, de complément, ils interviennent dans des tournures spécifiques
comme l'accusatif avec l'infinitif, l'ablatif absolu, ou les propositions
subordonnées. Le choix du pronom peut porter une nuance de sens essentielle,
comme entre is et ille pour la référence anaphorique, ou
l'opposition entre suus et eius pour marquer la possession. La maîtrise
des pronoms latins est donc indispensable à la compréhension fine des
relations logiques et des participants dans la phrase, et forme un système
cohérent mais exigeant où la forme révèle toujours la fonction.
Pronoms
personnels.
Les pronoms personnels
désignent les participants au discours : la première personne (ego,
nos), la deuxième personne (tu, vos) et la troisième, souvent
rendue par des démonstratifs ou le pronom réfléchi. Le réfléchi (sui,
sibi, se, se) est employé pour renvoyer au sujet de la phrase, quel
que soit son genre ou son nombre, et ne possède pas de forme nominative.
Les pronoms possessifs (meus, tuus, suus, noster, vester) indiquent
l'appartenance et s'accordent avec le nom qu'ils déterminent.
Pronoms
démonstratifs.
Les démonstratifs,
nombreux, servent à montrer ou à situer dans l'espace et le discours.
Les trois principaux sont : hic, haec, hoc (ceci, proche du locuteur),
iste,
ista, istud (cela, proche de l'interlocuteur, souvent avec une nuance
péjorative), et ille, illa, illud (cela, éloigné, à l'origine
de l'article défini dans les langues romanes). Le pronom
is, ea, id
est plus faible, signifiant celui-là, celle-là de manière neutre ou
anaphorique. Le pronom identique ipse, ipsa, ipsum insiste sur l'identité,
traduit par lui-même, en personne. Idem, eadem, idem exprime la
similitude ("le même").
Pronoms
interrogatifs.
Les pronoms interrogatifs
(quis? quid? pour les personnes et choses, ou qui? quae? quod?
comme adjectif) introduisent une question directe ou indirecte. Les pronoms
relatifs (qui, quae, quod) relient une proposition subordonnée
à un antécédent, reprenant son genre et son nombre, mais son cas est
déterminé par sa fonction dans la proposition relative. Les pronoms indéfinis
désignent d'une manière vague (quelqu'un, quelque chose, chacun). Ils
forment un ensemble complexe avec des formes issues de quis ou de
qui,
comme aliquis (quelqu'un), quidam (un certain),
quisque
(chacun), quisquam (qui que ce soit, dans un contexte négatif ou
interrogatif), et ecquis (est-ce que quelqu'un?). La négation nemo
(personne) et nihil (rien) sont aussi des pronoms indéfinis.
Les adjectifs
et adverbes.
Adjectifs.
Les adjectifs
latins, quant à eux, doivent s'accorder en genre, nombre et cas avec le
nom qu'ils qualifient. Ils se répartissent en deux grands groupes selon
leur déclinaison. Le premier groupe suit les modèles de la première
et de la deuxième déclinaison : ces adjectifs ont trois terminaisons
de base (ex. bonus, -a, -um), permettant de couvrir
les trois genres. Ainsi, bonus servus (masc.), bona puella
(fém.), bonum templum (neut.). Leur déclinaison est donc double
: féminin selon la 1re déclinaison, masculin
et neutre selon la 2e. Le deuxième groupe
d'adjectifs suit la troisième déclinaison.
Certains ont trois
terminaisons (ācer, ācris, ācre), d'autres deux (fortis, forte,
la même aux masculin et féminin), et d'autres une seule (pār, pāris,
identique pour les trois genres). Ces adjectifs partagent fréquemment
le même radical pour tous les genres, mais peuvent présenter des irrégularités,
notamment en ce qui concerne l'ablatif singulier (-ī ou -e)
ou le nominatif pluriel (-ēs). Quelques adjectifs irréguliers,
comme bonus, malus, magnus, parvus, possèdent des formes comparatives
et superlatives supplétives (melior / optimus, peior / pessimus,
etc.).
Adverbes.
Les adverbes,
invariables, sont généralement dérivés d'adjectifs. Pour les adjectifs
de la 1re et 2e
déclinaisons, l'adverbe de manière se forme en ajoutant -ē à
la racine du neutre singulier (clārus → clārē, clairement).
Pour ceux de la 3e déclinaison, on ajoute
-iter si le nominatif singulier masculin se termine par une consonne
(ācer → ācriter), mais -ter si la racine se termine
déjà par une voyelle (līberālis → līberāliter). Certains
adverbes sont irréguliers ou ne dérivent pas directement d'un adjectif
: bene, male, saepe, nōn, iam, tūnc, ibi, etc.
Le latin possède
aussi un système d'adverbes comparatifs et superlatifs, formés respectivement
à partir du comparatif et du superlatif de l'adjectif correspondant :
ainsi, clārē → clārius (plus clairement) → clārissimē
(très clairement, au plus haut degré). Ces formes adverbiales ne s'accordent
évidemment pas et conservent leur invariabilité même dans les constructions
les plus complexes.
Les verbes.
Le verbe
constitue le coeur de la phrase latine et se distingue par une conjugaison
extrêmement riche et structurée, marquant le temps,
le mode, la voix, la personne et le nombre.
Chaque forme verbale est le résultat de la combinaison d'un radical (ou
thème) avec des désinences spécifiques, habituellement précédées
d'éléments temporels ou modaux.
Conjugaison.
La conjugaison
latine repose sur un système de quatre conjugaisons principales, identifiables
à partir de la terminaison de la première personne du présent de l'indicatif
actif : -ō (1re conjugaison : amō,
j'aime), -eō (2e : moneō,
j'avertis), -ō après une consonne (3e
: regō, je commande), et -iō (4e
: audiō, j'entends). Ces conjugaisons déterminent la voyelle thématique
qui apparaît dans certaines formes (respectivement -ā-, -ē-, -e-
ou absence de voyelle, et -ī-).
Voix.
Le verbe latin distingue
deux voix : active et passive. La voix passive
exprime que le sujet subit l'action, et elle possède ses propres désinences,
distinctes de celles de la voix active. Certaines formes, notamment à
l'indicatif présent, imparfait et futur, ont des paradigmes passifs complets,
tandis que d'autres temps et modes (comme le parfait passif) sont formés
à l'aide d'un participe passé associé à une forme du verbe esse
(être). Par exemple, amātus sum (j'ai été aimé) combine le
participe amātus et la première personne du singulier de esse
au présent.
Temps.
Le système temporel
latin se divise en deux séries : l'aspect imparfaitif (présent, imparfait,
futur) et l'aspect parfaitif (parfait, plus-que-parfait, futur antérieur).
Cette distinction fondamentale entre aspect imparfait
(action en cours, répétée, habituelle) et aspect
parfait (action achevée, vue dans son ensemble) imprègne toute la conjugaison.
Le présent indique une action en cours ou habituelle
au moment de la parole; l'imparfait, une action passée en cours, répétée
ou non achevée (amābam, j'aimais / j'étais en train d'aimer);
le futur, une action à venir (amābō, j'aimerai). Le parfait exprime
une action passée et terminée, perçue comme un événement ponctuel
(amāvī, j'ai aimé / j'aimai); le plus-que-parfait situe
une action antérieure à un autre moment du passé (amāveram,
j'avais aimé); le futur antérieur désigne une
action qui sera achevée avant un autre moment futur (amāverō,
j'aurai aimé).
Modes.
Chaque temps existe
dans plusieurs modes : indicatif (réalité
factuelle), subjonctif (possibilité, souhait, incertitude), impératif
(ordre ou demande), et infinitif (forme impersonnelle, souvent complément
du verbe principal).
Le subjonctif
possède ses propres séries temporelles : présent, imparfait, parfait
et plus-que-parfait, chacune avec une valeur modale précise. Le subjonctif
présent exprime souvent un souhait ou une action concomitante dans une
subordonnée; l'imparfait subjonctif sert dans les subordonnées circonstancielles
au passé ou pour exprimer une action irréelle au présent; les subjonctifs
parfaits et plus-que-parfaits indiquent respectivement une action antérieure
hypothétique ou irréelle. L'impératif, quant
à lui, n'existe qu'à la deuxième personne (singulier et pluriel), parfois
à la première du pluriel (allons!), et rarement à la troisième (dans
les formules impératives dites impératif de permission comme dīcātur
= qu'on dise).
L'infinitif
joue un rôle central en syntaxe latine, servant notamment dans les propositions
infinitives (construction avec l'accusatif et l'infinitif), dans les complétives
ou comme sujet ou attribut. Il existe six formes d'infinitif : actif et
passif pour chacun des trois aspects : présent (amāre, aimer /
amārī, être aimé), parfait (amāvisse, avoir aimé /
amātus esse, avoir été aimé), et futur (amātūrus esse,
devoir aimer / amātum īrī, devoir être aimé, cette dernière
forme étant très rare).
Le participe,
forme verbale adjectivale, participe aussi pleinement à la conjugaison.
Il existe quatre participes principaux : le participe présent actif (amāns,
aimant), le participe parfait passif (amātus, ayant été aimé),
le participe futur actif (amātūrus, sur le point d'aimer), et,
dans certaines constructions, un participe futur passif (ou gérondif en
fonction passive, comme amāndus, qui doit être aimé). Ces participes
s'accordent en genre, nombre et cas avec le nom auquel ils se rapportent
et permettent de construire des propositions participiales très fréquentes
en latin.
Formes
nominales dérivées.
Le système verbal
latin intègre également des formes nominales dérivées du verbe : le
gérondif (forme impersonnelle en -ndum,
utilisée notamment avec des prépositions : ad amāndum,
pour aimer) et le supin (forme archaïque en -tum
ou -sū, utilisée après certains verbes de mouvement : īre
vīsum, aller voir). Ces formes, bien que résiduelles, illustrent
la complexité et la polyvalence du verbe latin, qui ne se contente pas
d'exprimer l'action, mais la nuance selon le temps, le mode, la voix, et
la relation logique ou syntaxique avec les autres éléments de la phrase.
La maîtrise de ce système exige la reconnaissance rapide du type verbal,
la connaissance des thèmes fondamentaux (présent, parfait, supin), et
la capacité à combiner ces éléments avec les désinences appropriées,
une architecture grammaticale à la fois rigoureuse et expressive.
Origines et histoire
de la langue latine
Les origines du latin sont très obscures
et très difficiles à déterminer. Les grands maîtres de la prose historique
chez les Romains, plus soucieux d'éloquence,
que d'érudition, ne nous ont rien appris de leur histoire et de leur langue.
Varron,
dans les six livres incomplets qui nous restent de son traité Sur la
langue latine, Festus, dans son livre de la Signification des mots,
quelques débris de l'ancien langage, recueillis çà et là par une critique
ingénieuse dans la poussière des monuments mutilés ou dans les grammairiens
( Egger, Latini sermonis reliquiae),
voilà où il faut puiser les éléments d'une histoire de la langue latine
dans les premiers siècles de Rome.
"Notre langue,
dit Varron, n'est pas tirée toute des termes nationaux " (liv. IV,
init.).
Il est établi, du moins, que le latin des
vieux âges, et de façon générale les langues
italiques, ont une origine commune, mais lointaine, avec les langues
celtiques , qui forment un autre rameau des langues
indo-européennes. Une vie agricole et guerrière, point de sentiment
des arts, c'étaient là des conditions faites pour maintenir le langage
à l'état rudimentaire, et réduire le rustique Latium ,
comme l'appelle dédaigneusement Horace, à la
dégoûtante âpreté du grossier mètre saturnien. Dans quelle proportion
les populations italiques, les Osques,
les Sabins, etc., modifièrent-ils ces éléments
primitifs? Il est impossible de le dire. La langue latine dut vieillir
dans une enfance de cinq siècles, jusqu'au moment où le progrès des
armes romaines la mit en présence de la langue
grecque, et fit subir aux rudes fils de Romains l'ascendant d'une civilisation
encore inconnue. Les deux idiomes, bien que tous les deux de la même famille,
avaient singulièrement changé pour se reconnaître après une séparation
si profonde. Toutefois, on put retrouver peu à peu les traces de la commune
origine, un air de famille, et adopter les mots grecs avec d'autant plus
de facilité.
C'est depuis ce moment, c. à-d. depuis
la guerre de Pyrrhus, que le latin se forme et
se polit. II suit alors un progrès constant, du moins à nos yeux, jusqu'au
siècle de Cicéronet d'Auguste,
jusqu'à la perfection de la langue oratoire et de la langue poétique.
Remarquons cependant que Cicéron, meilleur juge que les modernes, cherche
la vraie pureté de la langue dans les âges, qui l'avaient précédé,
et en fait honneur au siècle de Caton, d'Ennius
et de Térence. Comment s'expliquer cette infériorité
de langage dont Cicéron semble accuser son siècle? Sans doute, il veut
dire que la langue, à cette époque, était essentiellement latine, peu
mêlée de grec et d'idiomes étrangers, tandis que, de son temps, les
poètes de Cordoue même apportaient à
Rome,
avec leur langue, l'enflure particulière à leur pays. On le voit d'ailleurs
insister, lorsqu'il raconte dans le Brutus l'histoire de l'éloquence,
sur le mérite des orateurs qui parlaient bien le latin, et en faire une
partie de la gloire d'Antoine (Brutus,
XXXII).
Du reste, si le latin s'altérait déjà,
ce n'était pas par la recherche des archaïsmes.
Au temps de César, Salluste
lui-même, malgré son goût affecté pour l'Antiquité ,
ne s'inquiétait guère plus des vieilles sources de l'histoire et du langage
que de la précision géographique. Varron écrivait,
il est vrai :
"Mieux vaut
approuver celui qui donne facilement beaucoup d'explications sur les origines
des mots que de critiquer celui qui ne peut pas les donner toutes; d'autant
plus qu'en matière d'étymologie on ne peut pas rendre raison de
tout" (liv. VI).
Mais les écrivains supérieurs aimaient mieux
mépriser, comme Horace, les poudreuses
annales des pontifes, et déclarer inintelligibles
des hymnes saliens de Numa,
que les étudier, ou tout au moins les sauver de la destruction. Ainsi
se sont perdus, avec ces hymnes saliens, le chant des frères
Arvals ,
le texte complet et original des lois des Douze Tables ,
les Grandes Annales, une foule enfin de documents où la philologie
moderne retrouverait certainement, à force de patience et de sagacité,
les éléments du latin.
La langue du Droit
avait dû se former, et la langue oratoire avait pu se préparer chez les
Romains
avant le commerce des Grecs; mais
celles de la philosophie et de la
poésie
furent une conquête de Rome sur la Grèce, ou plutôt encore de la Grèce
sur Rome. Après le laborieux enfantement d'Ennius
ce sont Lucrèce et Catulle
qui assouplissent l'instrument poétique dont Virgile
et Horace feront un si merveilleux usage. Après
les efforts de Lucrèce pour rompre aux sujets philosophiques l'idiome
rebelle de son pays, dont il accuse si fréquemment l'indigence, c'est
Cicéron
qui, dans ses grands traités, donne à ses lecteurs et à son pays la
langue de la philosophie, en même temps que celle de la critique littéraire.
Déjà, cependant, le latin subissait une
modification nouvelle par un effet de cette loi inévitable qu'Horace exprime
en termes si poétiques quand il compare les mots qui s'en vont aux feuilles
qui tombent. Lui-même, avec tout son talent, contribuait à cette altération
par l'emploi trop fréquent et trop heureux des hellénismes. Le temps
n'était pas très éloigné où les mots grecs viendraient reprendre,
dans les vers de Juvénal lui-même, la place
qu'ils avaient eue jadis dans ceux de Lucilius.
A coté de la langue poétique, les formes de la prose changeaient également
: Sénèque coupe et brise la période; Tacite
introduit dans la langue historique les termes, les tours, les hardiesses
propres à la poésie. Les règles de la grammaire
commencent à s'oublier, ou, du moins, le grand écrivain se permet des
licences comme Horace s'en était permis. Bientôt
l'élément barbare arrive à la suite de l'élément grec. Les guerres
lointaines, les rapports perpétuels et inévitables avec des vaincus tout
prés de devenir vainqueurs, corrompent le latin, surtout en Gaule
et même en Italie .
Vienne le règne de Théodose, et la langue,
déjà réduite à la stérile élégance de Claudien,
s'abaissera encore dans les vers d'Ausone, pour
descendre aux poèmes de Sidoine Apollinaire,
et de Fortunat, et à la prose de Grégoire
de Tours.
La transformation s'opère à travers les
révolutions de l'Europe ,
et la corruption de la langue mère forme les langues néolatines, telles
que le français, l'italien
et l'espagnol. On pourrait fixer sans
doute au serment des fils de Louis le Débonnaire,
en 843, la disparition du latin comme langue politique en France ,
de même que l'ordonnance de Villers-Cotterets, en 1539, le bannit de la
langue judiciaire et des arrêts du Parlement. Il demeure encore comme
au Moyen âge ,
la langue de la théologie, du Droit,
de la philosophie scolastique, de l'érudition,
même des sciences naturelles; car, au XVIIe
siècle, Descartes écrit encore ses traités
de physique en français et en latin. II est
également, jusqu'à la Révolution,
la langue de l'Université; le prince de Conti félicitait Rollin de parler
le français comme si c'eût été sa langue naturelle; et l'Université,
en mémoire de ces vieilles traditions, l'a longtemps conservé dans ses
distributions du concours général. Enfin, il est encore la langue liturgique
de quelques composantes de l'Église catholique ,
en tout cas l'une des langues encore parlées au Vatican .
(A.
D.).
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Jurgen
Leonhardt, La grande histoire du latin, des origines à nos jours,
CNRS , 2010. - Sans
le latin, inutile de chercher à comprendre les 2700 ans d'histoire qui
ont vu naître l'Empire romain, triompher le christianisme, s'affirmer
l'identité de l'Occident. Sans le latin, qui faillit disparaître au cours
du haut Moyen Age, impossible de comprendre la place de l'anglais dans
notre univers mondialisé, puisque cet idiome fut le premier à connaître
un rayonnement international. Voici retracée pour la première fois l'extraordinaire
aventure de cette langue, des origines de Rome à nos jours, en passant
par les monastères carolingiens, le mouvement humaniste, les écoles jésuites,
les clubs de conversation, le concile de Vatican II... qui vit le latin
chassé des églises et continuer sa route ailleurs... Langue des vainqueurs,
langue administrative, langue des érudits, langue scolaire et langue de
l'Eglise... Classique, vulgaire, médiéval, humaniste, moderne, le latin
sous toutes ses formes a façonné nos représentations, épousé la marche
de l'histoire, produit d'innombrables trésors de foi et de culture. Et
offert un support indispensable à la bonne santé de ses nombreux cousins,
le français, l'italien, l'espagnol... Comment croire après un tel livre
que le latin est une langue morte? (couv.). |
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