| Le
courtisien est un dialecte du français
parlé à Courtisols (Marne). C'est une variété locale du domaine des
parlers champenois (souvent qualifiée dans la littérature régionale
de « patois de Courtisols ») remarquable par la conservation de traits
archaïques qui le distinguent nettement des parlers voisins de la Marne.
Des études anciennes et des recueils lexicaux (notamment l'enquête d'Émile
Guénard et des notices du XIXᵉ siècle) montrent que ce parler a conservé
des formes et un vocabulaire qui renvoient à l'ancien français plus fortement
que beaucoup d'autres patois champenois.
Ce dialecte est ainsi considéré par les spécialistes régionaux comme
une composante importante des parlers champenois et marnais; il a une valeur
historique pour comprendre l'évolution des langues
d'oïl en Champagne. Les études locales insistent sur son originalité
et la nécessité de recueils et d'analyses pour préserver la connaissance
de ce lexique et de ces tournures.
Le courtisien s'est
développé dans un milieu rural restreint autour du bourg et des hameaux
de Courtisols; sa situation géographique (entre plaines et milieux viticoles
de Champagne) et l'histoire locale expliquent
des influences croisées (champenois, rémois, et parfois des traits plus
anciens remontant aux parlers d'oïl). Les notices du XIXe
siècle et les études d'archives décrivent aussi un intérêt très ancien
des savants locaux pour ce parler, qui a été collecté et analysé depuis
le milieu du XIXe siècle.
Le courtisien se
caractérise par la conservation ou l'atténuation de certaines diphtongaisons
attendues en français moderne et par des réalisations vocaliques qui
peuvent paraître archaïques au francophone contemporain. On y rencontre
aussi des formes contractées (par exemple, des pronoms sujets réduits)
et des terminaisons verbales ou nominales qui reflètent des formes anciennes.
Les descriptions phonétiques détaillées sont contenues dans les relevés
lexicaux anciens qui notent la prononciation locale pour de nombreux mots.
La morphologie montre
parfois des flexions ou des formes pronominales différentes du français
standard (formes enclitiques, emploi conservé de certains suffxes, etc.).
Sur le plan syntaxique, on note une tendance à des constructions transpositives
héritées de pratiques discursives anciennes (par exemple, des inversions
ou des ordres de mots jugés aujourd'hui particuliers), et l'usage fréquent
de tournures idiomatiques locales pour exprimer des actions quotidiennes.
Le vocabulaire du
courtisien est l'un de ses aspects les plus riches et documentés : noms
d'outils agricoles, termes liés à la viticulture et à la vie domestique,
et de nombreux mots de la vie quotidienne qui n'apparaissent pas dans le
français standard. On trouve par exemple des mots propres à la Champagne
et au département de la Marne (issus des glossaires champenois) et des
unités lexicales qui ont été signalées comme typiques du village. Ces
lexiques montrent aussi des variantes locales internes (différences entre
quartiers ou hameaux).
Historiquement, le
courtisien était fortement ancré dans la communauté villageoise et transmit
générationnellement. L'émergence et la consolidation du français standard
(scolaire, administratif et médiatique), surtout depuis la fin du XIXe
siècle et les lois scolaires de Jules Ferry, ont
considérablement réduit son usage quotidien : aujourd'hui, il est en
forte régression, présent surtout dans la mémoire des personnes âgées,
dans des contes ou dans des archives locales et publications patrimoniales.
Des initiatives locales (collectes d'archives, publications communales)
ont documenté et parfois valorisé ce patrimoine linguistique. |