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Les langues > Indo-européen
La langue grecque
Grec ancien, grec moderne
Le groupe des langues helléniques forme une branche isolée dans la famille des langues indo-européennes. Il se composait du phrygien, du macédonien ancien (ce dernier sans rapport avec le macédonien moderne, qui est une langue slave), et du grec ancien avec ses divers dialectes, et n'a plus pour représentant que le grec moderne, dérivé du grec ancien et qui est parlé par environ 13 millions de personnes dans le monde.

Le grec ancien se composait de dialectes tels que l'ionien, l'attique, le dorien et l'éolien, chacun ayant ses spécificités phonétiques et morphologiques. Le dialecte attique, parlé à Athènes, a acquis une importance dominante en raison du rayonnement culturel et politique de la cité, devenant la base de la langue littéraire classique. À la suite des conquêtes d'Alexandre le Grand, une forme de grec commun, appelée koinè, s'est diffusée dans tout le bassin méditerranéen oriental et le Proche-Orient et a servi de langue de communication, d'administration et de culture. La koinè est la langue du Nouveau Testament, ce qui a contribué à sa transmission et à son influence durable. 

La koinè est  aussi cette variété qui a évolué pour devenir le grec byzantin, puis le grec moderne. Le grec byzantin, également appelé grec médiéval, est la forme du grec parlée pendant la période byzantine, entre le IVe et le XVe siècle ap. JC. Il est caractérisé par une standardisation progressive, influencée par la liturgie chrétienne et les écrits religieux. Cette période marque également l'apparition de nouvelles structures grammaticales et lexicales, marquant la transition vers le grec moderne.

Le grec moderne (νεοελληνική) est utilisé aujourd'hui dans tous les aspects de la vie quotidienne, culturelle et politique en Grèce et à Chypre, mais aussi dans les communautés grecques à travers le monde. Il existe des variations dialectales dans la prononciation et l'usage lexical, notamment entre la Grèce continentale et les îles, ainsi que dans certaines régions de Macédoine et de Thrace. Le dialecte du Pont, parlé par les Grecs de l'ancienne province de Trabzon en Turquie, est un exemple notable de diversité linguistique.
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Grec ancien Langues mortes : mycénien, éolien, ionien, dorien, attique, arcado-chypriote, macédonien (?) alexandrin (koinè), etc.
Grec médiéval Langues mortes : byzantin, cappadocien.
Grec moderne Attique Grec standard, pontique, yévanique (= judéo-grec, en voie d'extinction).
Dorien Tsakonien.

La langue grecque a exercé une influence considérable sur de nombreuses autres langues, en particulier dans les domaines du savoir. Une part importante du vocabulaire scientifique, médical, philosophique et technique des langues européennes est d'origine grecque. Des termes tels que démocratie, philosophie, mathématiques, économie ou biologie témoignent de l'héritage intellectuel de la Grèce antique et de la capacité du grec à former des concepts abstraits précis à partir de racines et d'affixes productifs. Cette influence se poursuit encore aujourd'hui par la création de néologismes scientifiques et techniques fondés sur des éléments grecs (ex. logiciel, cybernétique, anthropocène, etc.). La continuité du grec, à la fois comme langue vivante et comme langue de tradition écrite, en fait un exemple rare de permanence et d'adaptation, illustrant la capacité d'une langue à évoluer tout en conservant une identité forte à travers les siècles.

Le grec ancien

Le grec ancien correspond à l'ensemble des formes de la langue grecque utilisées depuis les premières attestations écrites, vers le IIᵉ millénaire avant notre ère, jusqu'à l'émergence du grec médiéval. Il constitue une étape fondamentale dans l'histoire linguistique et culturelle du monde occidental, tant par son ancienneté que par la richesse de ses productions littéraires et intellectuelles. Les premières formes connues sont le grec mycénien, attesté par les tablettes en linéaire B, qui révèlent une langue déjà structurée, principalement employée pour l'administration des palais. Après l'effondrement du monde mycénien, la langue connaît une période de transmission essentiellement orale avant de réapparaître sous forme écrite avec l'alphabet grec, dérivé de l'alphabet phénicien et adapté pour noter les voyelles, innovation majeure dans l'histoire de l'écriture.

Le vocabulaire du grec ancien se distingue par sa capacité de formation lexicale. À partir de racines, de préfixes et de suffixes, la langue permet de créer des termes abstraits d'une grande précision conceptuelle. Cette aptitude a favorisé l'émergence d'un langage philosophique et scientifique élaboré, notamment chez Platon et Aristote, dont les oeuvres ont fixé une grande partie de la terminologie intellectuelle encore utilisée aujourd'hui. Le lexique reflète également la société grecque antique, ses institutions politiques, ses pratiques religieuses, sa vision du monde et ses rapports à la nature et au divin.

La koinè, issue principalement du dialecte attique, a servi de langue commune dans l'ensemble du monde hellénistique et a assuré la transmission du grec au-delà de l'Antiquité classique. Les textes grecs ont été étudiés, commentés et traduits durant l'Antiquité tardive, le Moyen Âge byzantin et la Renaissance, et ont contribué à la formation des traditions intellectuelles européennes. En tant que langue de fondation de la philosophie, des sciences, de la rhétorique et de la littérature occidentales, le grec ancien demeure aujourd'hui un objet d'étude central, non seulement pour la compréhension des textes antiques, mais aussi pour l'analyse des mécanismes profonds de la langue et de la pensée.

Les Grecs de l'Antiquité ne nous ont rien appris sur l'origine de leur langue; un préjugé invincible élevait dans leur esprit une barrière infranchissable entre eux et les autres peuples, qu'ils appelaient des Barbares, et ils n'eussent pas imaginé, par exemple, pouvoir trouver au delà des limites de la Grèce la racine d'un mot grec. Platon seul avoue qu'il faudrait recourir aux langues étrangères, pour découvrir les sources ou ses compatriotes avaient puisé la leur; mais aucun travail de ce genre ne fut tenté. Hérodote prétend que les habitants primitifs de la Grèce parlaient un idiome spécial, éteint de son temps; mais on n'avait fait alors aucune étude comparative des langues, de manière à reconnaître les radicaux sous leurs transformations diverses.
La grammaire du grec ancien.
La grammaire repose sur une forte flexion, tant nominale que verbale, ce qui confère à la langue une grande liberté d'ordre des mots tout en maintenant une structure logique rigoureuse.

Le système nominal.
Le système nominal du grec ancien comprend les noms, adjectifs, pronoms et articles, tous soumis à la déclinaison. Les mots se déclinent selon le genre, le nombre et le cas. 

Il existe trois genres grammaticaux, le masculin, le féminin et le neutre, qui ne correspondent pas toujours au genre naturel. Le nombre comprend le singulier et le pluriel, auxquels s'ajoute, dans certaines formes archaïques et poétiques, le duel. Les cas grammaticaux sont généralement au nombre de cinq dans le grec classique : le nominatif, qui marque le sujet et l'attribut du sujet; le vocatif, utilisé pour l'interpellation; l'accusatif, qui exprime le complément d'objet direct et diverses relations de direction ou de durée; le génitif, qui indique l'appartenance, l'origine ou la dépendance; et le datif, qui sert à exprimer l'attribution, le moyen, le lieu ou certaines relations circonstancielles. Chaque cas possède une large gamme d'emplois sémantiques, ce qui donne au grec ancien une grande souplesse expressive.

Les déclinaisons nominales sont traditionnellement classées en plusieurs groupes selon la terminaison du thème et les désinences casuelles. On distingue principalement la première déclinaison, souvent associée aux thèmes en voyelle longue et comprenant de nombreux noms féminins, la deuxième déclinaison, caractérisée par des thèmes en voyelle brève et comprenant des masculins, féminins et neutres, et la troisième déclinaison, la plus variée et la plus complexe, qui regroupe des thèmes consonantiques ou irréguliers. 

Les adjectifs suivent des modèles de déclinaison comparables à ceux des noms et s'accordent avec le nom qu'ils qualifient en genre, en nombre et en cas. L'article défini, absent de nombreuses langues indo-européennes anciennes, joue en grec ancien un rôle fondamental dans la détermination du nom et participe à la structuration du groupe nominal.

Le système verbal.
Le système verbal constitue l'un des aspects les plus élaborés de la grammaire du grec ancien. Les verbes se conjuguent selon la personne, le nombre, le temps, le mode et la voix, mais la notion centrale du système est celle de l'aspect

Le grec distingue principalement l'aspect imperfectif, qui présente l'action comme en cours ou habituelle, l'aspect perfectif, qui envisage l'action comme un tout achevé, et l'aspect statif ou résultatif, qui met l'accent sur l'état résultant d'une action. Ces aspects sont réalisés à travers différents thèmes verbaux, tels que le présent, l'aoriste et le parfait, auxquels s'ajoutent des temps secondaires et composés.

Les modes verbaux comprennent l'indicatif, qui sert à l'énoncé des faits, le subjonctif, qui exprime la potentialité, l'éventualité ou la dépendance, l'optatif, mode caractéristique du grec ancien, utilisé pour exprimer le souhait, la possibilité ou le discours indirect, et l'impératif, réservé à l'ordre et à la demande. À ces modes personnels s'ajoutent des formes non personnelles, notamment l'infinitif et le participe, qui jouent un rôle syntaxique essentiel. Le participe, en particulier, est extrêmement productif et permet de condenser des propositions entières en une forme adjectivale ou verbale, contribuant à la densité et à la complexité des phrases grecques.

La voix verbale en grec ancien ne se limite pas à l'opposition active et passive. La voix moyenne occupe une place centrale et exprime des valeurs sémantiques spécifiques, telles que l'implication du sujet dans l'action, l'intérêt du sujet pour le résultat ou une action réflexive ou réciproque. De nombreux verbes n'existent qu'à la voix moyenne ou passive, ce qui souligne l'importance de cette catégorie dans la conception grecque de l'action.

La syntaxe.
La syntaxe du grec ancien repose sur l'accord et la concordance des formes, mais elle se caractérise aussi par une grande liberté de construction. L'ordre des mots est déterminé moins par des règles fixes que par des considérations de sens, de rythme et d'emphase. Les propositions subordonnées sont introduites par une grande variété de conjonctions et de pronoms relatifs, et leur valeur dépend étroitement du mode et du temps employés. 

Les particules, petits mots invariables qui modulent le sens, l'attitude du locuteur ou la progression logique du discours ont une importance particulière. Des particules telles que μέν, δέ, γάρ ou οὖν jouent un rôle essentiel dans l'articulation du raisonnement et la cohérence du texte. Leur emploi subtil est l'un des aspects les plus délicats de la langue, mais aussi l'un des plus révélateurs de la finesse et de la précision de la grammaire grecque, qui permet d'exprimer avec une grande exactitude les relations logiques, temporelles et argumentatives.

Le grec ancien utilise abondamment le discours indirect, notamment à l'aide de l'infinitif et du participe, ainsi que des constructions comme le génitif absolu, qui permet d'exprimer une circonstance indépendante du reste de la phrase. Les constructions participiales, en particulier, condensent l'information et permettent une grande densité de sens, caractéristique notable des textes philosophiques et historiques.

La connaissance du grec ancien.
L'étude de la langue grecque, très répandue dans l'Orient, où elle se maintint jusqu'à la conquête ottomane, s'introduisit à Rome au IIe siècle avant l'ère chrétienne, et ne tarda pas à y prendre un grand développement : sous les empereurs surtout, elle fut populaire dans les classes aristocratiques, et il fut souvent de mode à la cour de parler grec. De Rome elle pénétra dans la Gaule Cisalpine, puis dans la Transalpine, ou elle était parlée depuis longtemps sur la côte Sud-Est, par Marseille et ses colonies, puis enfin dans la Péninsule ibérique. Elle paraît même avoir été cultivée à Carthage, puisque Hannibal savait non seulement la parler, mais l'écrire; au temps de César et d'Auguste, le roi de Maurétanie Juba II composa en langue grecque une sorte d'encyclopédie dont nous avons quelques fragments.

L'invasion des Germains porta à l'étude du grec un coup mortel dans toutes les contrées où la langue n'était pas celle des peuples; quelques écrits d'Aristote et de Galien, traduits en latin d'après des traductions arabes des VIIIe et IXe siècles, furent, au Moyen âge, les seuls débris connus, en Europe occidentale, de cette littérature, qui ne reparut dans l'Occident sous sa forme originale qu'à la fin du XVe siècle. Cultivée en France avec ardeur par les savants du XVIe, et enseignée au Collège Royal, elle pénétra dès cette époque dans les écoles de l'Université de Paris et des Jésuites; interrompue par les guerres religieuses, cette étude reprit quelque éclat au XVIIe siècle. L'esprit novateur du XVIIIe affecta de la mépriser, sans s'inquiéter de connaître les originaux, et lui fit perdre sa faveur. Restaurée sous le Ier Empire, lors de la constitution de l'Université actuelle, elle a continué d'occuper dans les études secondaires et supérieures la place notable, à coté du latin et du français. Mais nulle part elle n'a été cultivée avec autant de patience et d'ardeur qu'en Allemagne, où cependant le point de vue auquel on l'a étudiée est plutôt critique et philologique que vraiment littéraire. 
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Les dialectes grecs de la Grce continentale (Hellade)..
Carte schématique des dialectes de la Grèce continentale
pendant la période historique.

Les anciens dialectes.
Le grec, avant d'arriver à l'état sous lequel nous le connaissons, a subi de grandes modifications. Dès les premiers temps de l'occupation hellénique, on distingua trois tribus principales, la tribu éolienne, la tribu dorienne, et la tribu ionienne : de là trois formes principales de la langue commune, c.-à-d. trois dialectes. Les différences qui séparaient ces dialectes furent sans doute peu tranchées d'abord, à cause des relations à peu près constantes des peuples grecs entre eux, dans les premiers temps de leur histoire. Les migrations nombreuses des peuples du XIIe au Xe siècle av. J.-C., ne permirent pas à la langue grecque de prendre un caractère d'unité, et, à l'époque d'Homère, c.-à-d. vers la fin du VIIIe siècle, elle ne présente pas encore une parfaite uniformité : l'ionien, sans doute, domine dans ses poésies; mais d'autres formes en assez grand nombre y sont mélangées, les unes éoliennes, quelques autres doriennes, d'autres dont il est impossible maintenant d'assigner le caractère. On imaginé de donner un nom particulier à la langue grecque telle qu'elle se trouve dans Homère : la  langue ou dialecte épique :

Le dialecte épique. - Tout en se rapprochant de la langue qui plus tard s'appela ionique, cette langue offrait des traces nombreuses d'une langue sans doute commune aux Grecs jusqu'au VIIIe siècle av. JC, et aussi de dorismes et d'éolismes. Tous les poètes postérieurs l'adoptèrent pour l'épopée, lors même qu'elle cessa d'être intelligible dans tous ses détails pour l'ensemble des nations grecques. Dès l'époque des premiers Ptolémée, elle est devenue une, langue savante, une langue morte pour ainsi dire, qu'il faut expliquer dans les écoles, et rendre claire pour le public à l'aide de lexiques spéciaux. Au Moyen âge il fallut faire des traductions d'Isomère en prose byzantine. L'auteur des Dionysiaques (Nonnus), qui vivait au Ve siècle ap. J.-C., est un des derniers portes grecs connus qui se soient servis de la vieille langue épique; elle est encore assez pure dans Quintus de Smyrne, qui fut peut-être son contemporain.
La langue poétique d'Hésiode, la seule usitée dans les autres oeuvres littéraires de l'époque, diffère peu de celle de l'Iliade et de l'Odyssée. Mais, progressivement jusqu'au VIe siècle, on voit se dessiner nettement chacun des trois dialectes qui jusque-là n'avaient pas eu de forme bien arrêtée : l'ionien apparaît plus net dans Archiloque, Callinus, Tyrtée, Mimnerme, Anacréon; le dorien semble se fixer avec Alcman; l'éolien est porté à sa perfection par Alcée, Sappho, Érinne. Enfin, au VIe siècle, l'idiome athénien, modification du dialecte ionique, se montre avec des caractères bien distincts dans les poésies de Solon
Le dialecte ionien. - On le parlait surtout dans les colonies de l'Asie Mineure et les îles des Cyclades. Il se divise en ancien et en nouveau. Homère et Hésiode ont, en général, écrit dans le premier des deux, qui originairement différait peu ou pas de l'ancien attique. La mollesse plus récente de ce dialecte prit naissance lorsque les Ioniens commencèrent à se mêler avec d'autres peuples par le commerce, et à envoyer des colons au dehors. Anacréon, Hécatée, Hérodote, Hippocrate, Phérécyde, Démocrite, en ont fait usage. Le dialecte ionien était le plus doux de tous les dialectes grecs, à cause de la fréquente rencontre des voyelles, et de l'absence non moins fréquente des aspirations. ( Guillaume Dindorf, Commentatio de dialecto Herodoti cum dialecto attica veteri comparata (dans l'Hérodote grec-latin de Didot); Heyne, Observations sur l'Iliade, Raps. VIII, vers 226 et suiv.; Sur la différence du dialecte ionien dans Homère et dans Hérodote).
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Fragment d'une compte milsien.
Fragment d'un compte milésien (IIe s. av. J.-C).

Le dialecte dorien. - Dialecte parlé dans la Doride, dans le Péloponèse, à Tarente, à Syracuse, à Agrigente, à Byzance, en Crète, à Halicarnasse, à Rhodes; et généralement dans toutes les colonies doriennes. Il passait pour le moins élégant et le moins souple de tous les dialectes. Les Anciens reprochent à ses finales d'avoir quelque chose de dur, d'âpre, d'épais, surtout à cause du fréquent emploi d'a long. Indépendamment des flexions de déclinaison et de conjugaison, bon nombre de mots de toute espèce avaient une forme particulière en dorien. C'est surtout dans Pindare et Théocrite que l'on peut étudier aujourd'hui les formes de la langue dorienne. La perte des ouvrages d'Épicharme, Sophron, Timée, Archytas, Stésichore, qui avaient écrit dans l'ancien dorien, ne nous permet pas de connaître aussi nettement ce dialecte que l'ionien et l'attique. Les poètes athéniens n'employaient dans les choeurs des pièces de théâtre que les formes doriennes qui s'écartaient le moins de la langue athénienne, et à cet égard ils ne peuvent nous aider à combler de trop nombreuses lacunes. Quelques scènes d'Aristophane nous donnent une idée du dialecte mégarien et laconien (les Chevaliers, Lysistrate, etc.). 

Le dialecte éolien. - Dialecte parlé avec des nuances distinctes en Béotie, en Eubée, en Phocide, en Locride en Thessalie, dans quelques îles du Nord de la mer Égée, et dans les colonies éoliennes d'Asie, notamment à Lesbos. Alcée, Sappho (tous deux Lesbiens), Corinne (de Tanagre), étaient les types classiques de ce dialecte. Ce qui le caractérisait surtout., c'était l'aspiration avec laquelle on prononçait les voyelles au commencement et au milieu des mots (digamma), et même quelques consonnes, comme le r (brodon pour rodon). Il passait pour offrir le plus de traces de la langue grecque primitive. Dans la déclinaison, on remarque la terminaison a au nominatif singulier des noms masculins terminés en hs dans les autres dialectes; l'accusatif pluriel de la 1re et de la 2e déclinaison a les diphtongues ai et oi. Par la même analogie, on disait melais pour melas, au nominatif singulier, et lusais pour lusas. Dans la conjugaison, beaucoup de verbes étaient terminés en mi , contrairement à l'usage des autres dialectes; les 3e personne du singulier et du pluriel étaient terminées en ti, nti. Les Anciens ont été frappés des ressemblances que le latin offrait particulièrement avec le dialecte éolien, et dont nous pouvons saisir encore quelques traces assez remarquables. 

Au Ve siècle, l'éolien est en décadence comme langue littéraire, et, se fondant avec le dorien, donne naissance au dialecte éolo-dorien des poésies de Pindare, de manière toutefois que l'élément dorien domine; 
Le dialecte éolo-dorien. - On nomme ainsi le dialecte que Pindare se forma par le mélange du dorisme, de l'éolisme et de la langue épique. La langue épique domine, à cause des sujets traités par le poète; du dialecte dorien il empruntait ce qui pouvait contribuer à la gravité, à l'éclat, à la commodité des nombres, et du dialecte éolien les mesures vives et rapides. Le dialecte pindarique est aussi appelé éolo-dorien; il serait peut-être plus juste de le nommer épico-lyrique.
On voit se fixer la prose ionienne, dont les oeuvres d'Hérodote et d'Hippocrate sont les plus illustres monuments, tandis que la prose et la poésie attiques sont portées à leur perfection, l'une par Antiphon, Andocide, Lysias et Thucydide, l'autre par les grands poètes dramatiques. La suprématie littéraire et intellectuelle conquise dans ce siècle par Athènes donne à sa langue, désormais fixée, une prépondérance marquée sur tous les dialectes, dont elle s'est assimile quelques formes, surtout dans la poésie; l'éolien semble disparaître définitivement de la littérature; l'ionien homérique devient de plus en plus une langue savante, à l'usage des poètes, et qui n'est plus guère comprise que dans les écoles et par les gens instruits; l'ionien cesse peu à peu de s'écrire après Démocrite et Ctésias; la Grèce a enfin une langue littéraire uniforme, qui est celle de Lysias, de Xénophon, de Platon, d'Iscocrate, et de Démosthène
Le dialecte attique. - Ce dialecte fut celui qui, littérairement, se développa le dernier; mais, dès le IIIe siècle av. JC, il était devenu la langue littéraire des écrivains grecs désormais dispersés dans la Grèce, la Macédoine, la Thrace, l'Asie Mineure, la Syrie, l'Égypte, et il subsista fort longtemps après la chute de l'indépendance hellénique, grâce aux nombreuses écoles de rhétorique établies partout où avait pénétré la civilisation grecque et dans lesquelles on n'enseignait que ce seul dialecte. Avant sa diffusion, le dialecte attique présente trois phases : 
L'ancien attique, très semblable à l'ancien ionien, et dont on voit déjà beaucoup de formes dans Homère; Solon est le dernier représentant du vieil attique;

L'attique moyen, qui est l'ancien attique modifié par certains mélanges résultant des relations fréquentes avec les contrées voisines, la Béotie, la Mégaride et le Péloponnèse, et aussi de l'empire ou du commerce maritimes, qui, avec certains usages asiatiques, thraces, égyptiens, siciliens, introduisirent des mots nouveaux, comme le témoigne Xénophon dans son Opuscule sur la république athénienne. Gorgias, Thucydide, et les quatre grands poètes dramatiques du Ve siècle, sont les principaux représentants du moyen attique; 

L'attique nouveau représenté par Démosthène et Eschine (Xénophon, Platon, Isocrate, forment la transition entre le moyen et le nouvel attique). C'est cette dernière forme de la langue littéraire athénienne qui allait devenir la base du dialecte alexandrin. 

On a plusieurs recueils d'atticisme, dont le principal est dans Grégorius, métropolitain de Corinthe, qui a laissé un ouvrage sur les dialectes (V. l'édition de Koen, Leyde, 1766, in-8°; et celle de Schaefer, Leipzig, 1811, in-8°). Henri Estienne a laissé une dissertation sur le dialecte attique, qui se trouve dans l'Appendix du Thesaurus Linguae groecae. ( le recueil de Maittaire, Graecae Linguae dialecti, 1706, et la Bibliothèque grecque de Fabricius, t. VI, p. 164, édit. Harles, 1790-1812).
Cette langue se répand dans tout l'Orient après les conquêtes d'Alexandre le Grand; mais cette diffusion même en altéra promptement la pureté; et l'influence toute-puissante de la Macédoine au IIIe siècle en Grèce, en Égypte et dans l'Asie occidentale, amena dans le dialecte attique des modifications sensibles, contre lesquelles on sut réagir à Athènes et dans les principales écoles des rhéteurs et des sophistes, mais qui furent irrévocables en Asie, à Alexandrie, et même dans certaines parties de la Grèce européenne, puisque nous voyons Polybe écrire dans une langue qui se rapproche beaucoup plus de l'alexandrin que de l'élégance et de la pureté attiques.
Le macédonien ancien. - Cette langue a un statut débattu.  Dialecte du grec, langue soeur ou langue tout à fait distincte? La question est ancienne. Il fut d'abord appelé, suivant Dicéarque, hellénique, et peut-être fut-il commun, dans l'origine, à la Macédoine méridionale et à la Thessalie, où habitèrent longtemps les Hellènes proprement dits : peut-être aussi est-ce dans ce parler antique que les poésies religieuses, de Musée et d'Orphée se répandirent parmi les peuples. Le macédonien dut subir dans la suite des modifications importantes, en particulier vers le VIIIe siècle av. JC, lorsque Caranus vint en Macédoine avec une colonie argienne, et à partir du Ve, grâce à la culture intellectuelle que le roi Archélaüs s'efforça de propager, mais surtout sous le règne de Philippe et d'Alexandre, tous deux amis des lettres et des beaux-arts. Ce qui rendit au macédonien son importance et sa célébrité, ce fut la conquête de l'Orient par Alexandre; il exerça aussi quelque influence sur les Grecs eux-mêmes, et finit par modifier jusqu'au dialecte athénien : telle fut la source de ce que les critiques appelèrent langue commune ou hellénique. Mais il subit lui-même en Égypte et en Asie, particulièrement en Syrie, des modifications considérables, d'où provinrent plusieurs dialectes nouveaux, dont le plus important fut le dialecte alexandrin. On n'a, sur le macédonien, que des données assez vagues : comme particularités, on cite l'emploi de la lettre B à la place de l'aspirée F ; ainsi, Bérénice est un mot de forme macédonienne, au lieu de Phérénice usité dans les autres dialectes. Les Phrygiens s'appelaient aussi chez eux Brygiens, et la ville macédonienne de Béroea eût été appelée ailleurs Phéroea. Quant aux reproches de mécédonisme adressés par les grammairiens aux écrivains postérieurs au IVe siècle avant JC, ils portent principalement sur des néologismes, ou plutôt sur les modifications que les écrivains de cette époque faisaient subir au sens de certains mots; ainsi, ils reprochent à Polybe d'employer le mot romh  (élan, impétuosité, mouvement accéléré) dans le sens de rue, inconnu aux Attiques, et parembolh dans le sens de camp, lorsque ce mot avait toujours signifié jusque-là intercalation, ou, en termes militaires, attaque par le flanc. ( Saumaise, De Lingua hellenistica, an sit, an fuerit, 1643; Sturz, De Dialecte macedonica et alexandrina, 1803). 
Le dialecte alexandrin et la koinè hellénistique. - L'alexandrin est né de la confusion du macédonien avec les dialectes des différentes parties de la Grèce, principale l'attique, auxquels venaient s'ajouter des locutions empruntées à des langues étrangères. Dans la plupart des écrivains alexandrins, ce dialecte a pris la forme de ce qu'on a appelé la langue commune (koinè). Ce furent surtout les Égyptiens, les Hébreux, les Syriens, qui usèrent de ce nouveau dialecte, et les écrivains de ces nations qui le parlèrent ou l'écrivirent reçurent le nom d'hellénistes (imitateurs des Grecs) : aussi le désigne-t-on souvent par le nom de dialecte hellénistique. Nulle part, il ne présente des formes plus caractérisées que dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Dans la plupart des autres ouvrages de l'époque alexandrine, même ceux des Pères de l'Église d'Alexandrie, de Jérusalem ou d'Antioche, bon nombre de nuances qui le séparent de la langue athénienne classique échappent aux modernes, et l'on y sent l'influence bien plus marquée des écoles et des écrivains de la véritable Grèce. 

C'est donc le néologisme qui distingue surtout le dialecte alexandrin, et nous ne parlons ici que de ce néologisme vicieux qui consiste à créer des synonymes inutiles. Ces défauts provenaient sans doute de la manière imparfaite avec laquelle on  avait étudié les grands modèles littéraires, ou peut-être certains écrivains hellénistiques étaient-ils moins préoccupés de l'élégance du style que de se rendre plus spécialement intelligibles aux populations semi grecques et semi asiatiques répandues entre le Nil et l'Euphrate inférieur. Il existe un Traité du dialecte macédonien et alexandrin, par F.-W. Sturz, Leipzig, 1808, in-80. 

Le dialecte alexandrin que l'on peut désormais confondre avec la koinè subsista jusqu'au VIIe siècle de l'ère chrétienne sans subir de modifications bien remarquables : à cette époque il est définitivement remplacé par le byzantin, qui s'est formé dès le Ve siècle après JC., et qui, évoluant peu à peu, devait aboutir au grec moderne. 
La langue byzantine. - C'était le grec parlé à Contantinople, et formé par l'altération progressive du dialecte hellénistique introduit au IVe siècle de l'ère chrétienne dans cette ville, devenue la capitale de l'Empire romain d'Orient. A partir surtout du Ve siècle, des mots latins, orientaux, bulgares, arabes, slaves, italiens, français, turcs, etc. ne cessèrent, jusqu'au XVe, d'y pénétrer; ce qui nécessita la publication d'une foule de glossaires. De cette déformation continuelle et insensible naquit le grec moderne. Les personnes instruites et de haut rang se piquaient cependant de conserver autant que possible la tradition de l'ancien grec, du moins tel qu'il était au IVe siècle, c.-à-d. modifié par les écrivains chrétiens. Cette langue plus pure paraît avoir touours été celle de la cour, des ecclésiastiques, et des grammairiens; et c'est elle que nous trouvons dans les traductions d'Homère, d'Ovide, de César et de Cicéron en prose grecque, qui nous sont parvenues, et qui sont du XIVe et du XVe siècle. 
Dans les plus anciens témoignages de la langue grecque (l'Iliade et l'Odyssée), on trouve déjà tous les caractères essentiels qu'on lui voit conserver dans les temps postérieurs : une déclinaison et une conjugaison très variées et très riches; une syntaxe éminemment synthétique, l'usage très fréquent des ellipses, des syllepses, des attractions, des anacoluthes; l'usage habituel de l'inversion, dans la prose comme dans les vers. Considérée au point de vue littéraire, elle est poétique et pittoresque entre toutes les langues, en même temps que naïve et simple. Elle excelle à exprimer, à l'aide de ses nombreuses particules, des nuances fines et délicates; ce qui contribue à lui donner une précision que les autres langues ne sauraient atteindre au même degré, et qui fait le désespoir des traducteurs. Sa syntaxe est d'une merveilleuse flexibilité, image de la mobilité et de la puissance d'imagination des grands écrivains. (P.).

Le grec moderne

Le grec moderne (langue qu'on a aussi appelé romaïque parce que les Turcs du XVe siècle considérèrent comme romaine toute la population de l'empire grec qui leur était étrangère) est la forme actuelle de la langue grecque. Il est le résultat d'une évolution continue du grec ancien et du grec médiéval, sans rupture linguistique majeure. Le grec moderne est aujourd'hui langue officielle de la République hellénique et de la République de Chypre.

Lle grec moderne, on l'a dit, s'est progressivement constitué à partir de la koinè hellénistique, qui s'est transformée au cours de la période byzantine sous l'effet de changements phonétiques, morphologiques et syntaxiques. À partir du Moyen Âge, la langue parlée s'est éloignée de plus en plus de la langue écrite savante, héritée du grec ancien. Cette situation a donné naissance à une diglossie durable entre une langue populaire, la dimotikí, et une langue savante artificiellement archaïsante, la katharévousa, utilisée dans l'administration, l'enseignement et les textes officiels jusqu'au XXe siècle. La reconnaissance officielle de la dimotikí comme langue standard, dans la seconde moitié du XXe siècle, a marqué une étape décisive dans la normalisation du grec moderne.

La comparaison avec le grec ancien.
Sur le plan phonétique, le grec moderne se distingue nettement du grec ancien par une simplification importante du système sonore. Les distinctions de quantité vocalique ont disparu, et plusieurs voyelles et diphtongues du grec ancien ont convergé vers le même son, phénomène connu sous le nom d'itacisme. Le système consonantique a également évolué, avec notamment l'apparition de fricatives issues d'anciennes occlusives aspirées. L'accent grec moderne est un accent de hauteur devenu accent d'intensité, noté par un accent graphique unique, ce qui simplifie considérablement l'orthographe par rapport au système accentuel ancien, tout en conservant un lien historique avec les formes antérieures.

La grammaire présente une structure globalement simplifiée. Par rapport au grec ancien, le nombre de cas a été réduit, le datif ayant disparu en tant que catégorie morphologique distincte. Ses fonctions ont été redistribuées entre le génitif, l'accusatif et des constructions prépositionnelles, ce qui marque un passage d'un système synthétique à un système plus analytique. Le nominatif continue d'indiquer le sujet, l'accusatif le complément d'objet direct et diverses valeurs circonstancielles, tandis que le génitif a étendu son champ d'emploi pour exprimer la possession, l'origine, la dépendance et certaines fonctions autrefois datives. Le vocatif, déjà marginal en grec ancien, demeure limité à l'interpellation. Les trois genres grammaticaux, masculin, féminin et neutre, ont été conservés, de même que l'accord en genre, en nombre et en cas entre le nom, l'article et l'adjectif, bien que les paradigmes flexionnels soient globalement plus réguliers.

L'article défini, déjà pleinement développé en grec ancien, a vu son rôle renforcé en grec moderne. Son emploi est devenu presque systématique devant les noms déterminés, y compris les noms propres et abstraits dans certains contextes, ce qui traduit une grammaticalisation accrue. L'article fonctionne également comme support de constructions nominales complexes et participe à l'expression de valeurs syntaxiques qui étaient auparavant marquées plus directement par la flexion. Cette évolution illustre la tendance générale du grec moderne à compenser la perte de distinctions morphologiques par des moyens syntaxiques.

Le système verbal du grec moderne constitue l'un des domaines où la continuité et la transformation sont les plus visibles. Le principe fondamental de l'aspect, central en grec ancien, a été pleinement conservé, mais il est désormais exprimé de manière plus transparente et plus régulière. L'opposition entre aspect imperfectif et perfectif structure l'ensemble du système verbal, indépendamment de la valeur temporelle. En revanche, plusieurs temps anciens ont disparu ou ont perdu leur autonomie fonctionnelle, notamment l'aoriste et le parfait anciens en tant que catégories distinctes du point de vue morphologique et sémantique. Les temps composés, formés à l'aide d'auxiliaires, se sont développés, marquant une évolution vers des constructions périphrastiques.

Les modes verbaux témoignent également d'une simplification notable. L'optatif, mode caractéristique du grec ancien, a entièrement disparu, ses fonctions ayant été reprises par le subjonctif, l'indicatif ou des périphrases modales. Le subjonctif, quant à lui, n'est plus exprimé par des formes verbales spécifiques, mais par l'usage de particules, principalement να, qui introduisent des formes verbales dépendantes. Cette évolution reflète une perte de distinctions morphologiques compensée par une plus grande importance des éléments syntaxiques et lexicaux. L'infinitif, omniprésent en grec ancien et porteur de nombreuses fonctions syntaxiques, a presque entièrement disparu en grec moderne, remplacé par des propositions subordonnées finies, ce qui constitue l'un des changements structurels les plus profonds de la langue.

La voix verbale a également évolué, tout en conservant une opposition fondamentale héritée du grec ancien. La distinction entre actif et non-actif, issue de la fusion progressive des voix moyenne et passive anciennes, est aujourd'hui centrale. De nombreux verbes continuent d'exprimer des valeurs proches de la voix moyenne ancienne, telles que l'implication du sujet ou une action réflexive, mais ces valeurs sont désormais intégrées dans un système plus binaire et plus régulier. Cette réorganisation témoigne d'une réinterprétation fonctionnelle des catégories anciennes plutôt que de leur disparition totale.

La syntaxe du grec moderne reflète une tendance générale à la fixation de l'ordre des mots et à l'explicitation des relations syntaxiques. Alors que le grec ancien permettait une grande liberté d'ordre grâce à sa riche morphologie, le grec moderne privilégie un ordre plus stable, généralement sujet-verbe-objet, même si des variations restent possibles pour des raisons pragmatiques. Les pronoms personnels compléments, ordinairement placés avant le verbe, jouent un rôle important dans la construction de la phrase et dans la reprise de l'information. Les subordonnées sont fréquentes et introduites par un système de conjonctions et de particules qui permet d'exprimer avec précision les relations temporelles, causales, finales ou conditionnelles. Le grec moderne utilise également des constructions périphrastiques pour exprimer la modalité, l'obligation ou la possibilité. Les constructions participiales complexes, caractéristiques du grec ancien, ont été largement réduites, et le génitif absolu a disparu, ses fonctions étant reprises par des subordonnées circonstancielles explicites. Cette évolution va de pair avec une préférence pour des phrases plus analytiques et plus transparentes sur le plan syntaxique. 

Le système des particules, bien que profondément remanié, demeure un héritage essentiel de la grammaire ancienne. Certaines particules antiques ont disparu, tandis que d'autres ont évolué vers des marqueurs grammaticaux à part entière, jouant un rôle clé dans l'expression de la modalité, de la négation, de l'aspect ou de la subordination. Le grec moderne continue ainsi d'exprimer de fines nuances de sens par des éléments invariables, mais dans un cadre grammatical plus régularisé et plus accessible. 

Le lexique est majoritairement issu du fonds grec ancien et médiéval, mais il a également intégré de nombreux emprunts, notamment au turc, à l'italien, au français et plus récemment à l'anglais, en fonction des périodes historiques et des contacts culturels. Parallèlement, la langue grecque moderne continue de produire des néologismes à partir de racines grecques, en particulier dans les domaines scientifique et technique, ce qui contribue à la cohérence et à la continuité de son vocabulaire. 

Les variétés dialectales du grec moderne.
Le grec moderne constitue une langue relativement homogène du point de vue normatif, mais il présente une différenciation interne complexe. La distinction fondamentale oppose la variété standard à un continuum de variétés régionales,  conservatrices ou divergentess. Cette situation est héritée de la diglossie historique entre la dimotikí et la katharévousa, officiellement résolue en 1976 mais dont les effets persistent. 

Le grec standard.
Le grec standard actuel incorpore, fondé essentiellement sur les parlers du sud de la Grèce continentale, consolidé aux XIXe et XXe siècles, constitue aujourd'hui la norme de l'administration, de l'enseignement, des médias et de l'écrit formel. Il intègre toutefois des éléments issus de plusieurs régions et n'est pas l'extension directe d'un seul dialecte local. On y observe une stratification interne, avec des niveaux de langue allant du registre familier à un registre formel marqué par des lexèmes, des tournures syntaxiques et des morphèmes hérités de la katharévousa.

On peut ainsi distinguer le grec standard écrit formel, le grec standard oral surveillé, le grec familier urbain et les variétés locales vernaculaires. Le grec familier urbain présente des simplifications morphologiques, une syntaxe plus paratactique et un lexique fortement influencé par l'argot, les emprunts internationaux et les usages générationnels. Les variétés locales, quant à elles, conservent des traits phonétiques, prosodiques et lexicaux spécifiques, sans constituer nécessairement des systèmes autonomes.

Le grec moderne standard présente aussi une stratification interne liée à l'origine du vocabulaire. Le lexique courant combine des héritages populaires du grec médiéval, des emprunts savants au grec ancien réintroduits par la katharévousa, des emprunts ottomans, italiens, français et plus récemment anglais. Cette coexistence crée des quasi-doublets lexicaux différenciés par le registre, la spécialisation sémantique ou le contexte d'usage, participant à la complexité interne de la langue.

Dialectes périphériques.
Du point de vue dialectal, on distingue classiquement deux grands ensembles phonologiques, définis notamment par le traitement des voyelles non accentuées.

Les dialectes dits « septentrionaux » (Macédoine, Épire, Thessalie, parties de la Thrace) se caractérisent par la réduction ou la chute des voyelles /i/ et /u/ en position atone et par diverses assimilations consonantiques. 

Les dialectes « méridionaux » (Péloponnèse, Grèce centrale, Cyclades, Crète, Chypre) conservent en revanche un système vocalique plus proche de la norme standard. Cette division est graduelle et non strictement binaire.

À côté de cette opposition large, plusieurs dialectes périphériques présentent des évolutions propres suffisamment marquées pour justifier un statut distinct.
Le grec pontique, historiquement parlé sur les rives sud de la mer Noire, conserve de nombreux traits archaïques du grec médiéval et a subi des influences turques et caucasiennes. Le grec cappadocien, aujourd'hui presque éteint, montre une restructuration morphosyntaxique profonde sous l'influence du turc, allant jusqu'à remettre en cause des catégories centrales du grec.

Le tsakonien, parlé dans quelques villages du Péloponnèse oriental, est directement issu du grec dorien ancien et se distingue fortement du reste du grec moderne sur les plans phonologique, morphologique et lexical, au point d'être parfois considéré comme une langue distincte d'un point de vue strictement linguistique.

Le grec chypriote constitue un cas intermédiaire important : il s'agit d'un dialecte vivant, fortement différencié de la norme standard par sa phonologie (gémination consonantique, palatalisations spécifiques), sa morphologie verbale et son lexique, tout en étant pleinement intercompréhensible avec le grec standard pour les locuteurs instruits. Il existe en situation de diglossie fonctionnelle avec la langue standard, utilisée pour l'écrit et les contextes formels.



Quentin Ludwig, Les racines grecques du français : Une étymologie toujours vivante, Eyrolles , 2007. - Nous parlons grec sans le savoir... Après avoir rappelé les principes de base de la linguistique, cet ouvrage décrypte les références de la vie quotidienne (marques, prénoms...). Pour chacune, il livre sa racine, sa signification et les différents termes français dérivés. Complet, pratique et vivant, ce guide est un outil précieux pour mieux connaître la langue française, enrichir son vocabulaire et découvrir la civilisation grecque. (couv.).
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