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Comores
Union des Comores

12 10 S, 44 15 E
Les Comores sont un groupe d'îles situées  dans l'Océan Indien, au Nord du canal de Mozambique, sur une ligne Nord-Ouest-Sud-Est, entre la côte d'Afrique et la pointe nord de Madagascar. Les quatre îles principales de l'archipel des Comores sont Grande Comore (Ngazidja), Anjouan (Ndzuwani), Mohéli (Mwali) et Mayotte (Maore), cette dernière étant aujourd'hui département d'Outre-Mer de la France bien qu'appartenant géographiquement à l'archipel. Les trois premières constituent l'Union des Comores, qui est un État Indépendant depuis 1975.
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Carte des Comores.
Cartes des îles de l'Union des Comores. (Cliquer sur l'image pour afficher une carte plus détaillée).

Géographie physique des Comores

Les îles de l'Union des Comores.
Les Comores sont sont nées de l'activité volcanique sur des points chauds successifs et se rattachent par tous les caractères physiques à la région africaine. 

La Grande Comore.
La Grande Comore (Ngazidja) (66 km sur 24; 1102 km²), la plus grande et la plus occidentale des îles, est dominée par le massif du mont Karthala, un volcan bouclier actif culminant à 2361 mètres, qui est l'un des plus grands volcans actifs du monde par sa surface. Son paysage est largement façonné par les pentes de ce volcan, marquées par de nombreuses coulées de lave, certaines très récentes. L'île présente peu de cours d'eau permanents en surface, l'eau de pluie s'infiltrant rapidement dans le sol volcanique poreux, mais elle abrite quelques lacs de cratère, dont le pittoresque Lac Salé près de la côte nord-ouest. Le littoral est varié, et alterne falaises rocheuses, plages de sable volcanique souvent sombre, et quelques baies.

Anjouan.
Anjouan (Njouana, Nzwani ou Johanna), la seconde par la taille (40 kilomètres sur 30, soit 373 km²) et la plus ancienne des trois principales, présente un relief beaucoup plus escarpé et profondément érodé. Son paysage est caractérisé par un massif montagneux central d'origine volcanique (le mont Ntringui atteint 1595 m), d'où rayonnent de profondes vallées radiales, sculptées par de nombreux cours d'eau permanents qui en font l'île la mieux arrosée en surface. L'érosion des sols y est un problème majeur, particulièrement sur les pentes cultivées. L'île possède également un lac de cratère, le Dziani Boundouni. Ses côtes sont généralement accidentées avec quelques plaines côtières plus propices à l'établissement humain.

Mohéli.
Mohéli (Mohilla, Mohil ou Mwali),  la plus petite des trois îles principales, a 291 km². Elle se distingue par un relief moins élevé et plus doux, avec des collines ondulantes (le point culminant, le mont Ntibé, atteint environ 790 m). Elle a conservé une proportion plus importante de végétation naturelle, nottammnt des forêts et des mangroves, et est renommée pour son parc marin, un site important pour la conservation de la biodiversité marine, notamment des tortues et des récifs coralliens. L'île est entourée de plusieurs petits îlots. Son système hydrologique comprend quelques rivières et zones humides.

Le climat.
Le climat de l'archipel est tropical maritime, chaud et humide pendant la majeure partie de l'année. Il y a deux saisons principales : une saison chaude et pluvieuse, appelée le kashkazi humide (novembre à avril), caractérisée par des températures élevées, une forte humidité, des précipitations abondantes et un risque de cyclones tropicaux; et une saison plus sèche et fraîche, le kashkazi sec (mai à octobre), avec des températures légèrement plus basses et des vents du sud-est. Les températures moyennes varient généralement entre 25 et 30°C.

La géologie.
La géologie volcanique sous-jacente confère aux îles des sols d'origine basaltique généralement fertiles, bien que leur vulnérabilité à l'érosion soit élevée. Cette érosion est exacerbée par le relief pentu, les fortes pluies et les activités humaines (déforestation). L'environnement marin est également un élément clé de la géographie physique, avec des eaux chaudes, des récifs coralliens plus ou moins développés autour des îles, et une riche vie marine. L'hydrologie de surface, bien que limitée sur Grande Comore en raison de la perméabilité du sol, est plus présente sur Anjouan et Mohéli, avec des cours d'eau qui jouent un rôle vital pour les populations et les écosystèmes locaux. 

Biogéographie des Comores

La biogéographie des Comores est façonnée par l'origine volcanique de l'archipel, son âge variable selon les îles, son relief contrasté qui crée une mosaïque d'habitats altitudinaux, son climat tropical et son isolement océanique. Ces facteurs ont favorisé une diversification unique, qui a abouti à des niveaux élevés d'endémisme dans de nombreux groupes taxonomiques, de la flore aux vertébrés et aux invertébrés. Cependant, cette biodiversité remarquable est fortement menacée par les pressions anthropiques croissantes, notamment la destruction de l'habitat, les espèces invasives et la surexploitation.

Les écosystèmes terrestres vont des zones côtières incluant plages, côtes rocheuses et mangroves (bien que limitées et souvent dégradées), aux forêts de basse altitude (largement converties en terres agricoles), puis aux forêts humides de moyenne altitude, et enfin aux forêts de montagne et de nuage sur les pentes supérieures du Karthala et du Ntringui. Ces forêts d'altitude sont les plus riches en biodiversité et en endémisme, abritant une flore épiphyte dense et une végétation adaptée à l'humidité constante. Les paysages volcaniques, en particulier autour du Karthala, présentent des environnements plus ou moins végétalisés selon leur ancienneté.

La flore comorienne montre des affinités avec l'Afrique de l'Est et Madagascar, mais l'isolement a conduit à une spéciation importante. Le taux d'endémisme est élevé, surtout dans les forêts d'altitude. On y trouve des espèces uniques d'arbres, de fougères, d'orchidées, de plantes à fleurs comme des Impatiens endémiques, et des variétés locales de genres plus répandus. La déforestation pour l'agriculture, le bois de chauffage et la construction est la principale menace pour cette flore unique.

La faune terrestre native est caractérisée par la pauvreté en mammifères terrestres, à l'exception notable des chauves-souris. L'archipel abrite plusieurs espèces de chauves-souris frugivores et insectivores, dont la Roussette de Livingstone (Pteropus livingstonii), l'une des plus grandes chauves-souris du monde, gravement menacée et endémique des forêts d'altitude d'Anjouan et de Mohéli. Les mammifères introduits comme les rats, les chats sauvages et les civettes affectent la faune native.

L'avifaune est plus diversifiée et présente un endémisme remarquable. Chaque île possède son lot d'espèces ou sous-espèces d'oiseaux uniques, tels que le Pigeon des Comores, le Pigeon olive des Comores, plusieurs espèces de souïmangas, de zostérops (dont le Zostérops du Karthala, strictement confiné à ce volcan) ou de foudi. 

La faune herpétologique est bien représentée, en particulier par les geckos, avec de nombreuses espèces endémiques du genre Phelsuma (geckos diurnes) qui se sont diversifiées sur les différentes îles et dans différents habitats. On y trouve aussi des scinques, des serpents non venimeux (certains endémiques) et quelques espèces de caméléons, bien que moins diversifiées qu'à Madagascar. L'herpétofaune insulaire reflète l'isolement et les vagues de colonisation. L'herpétofaune est également riche en espèces endémiques. Les amphibiens sont moins nombreux, limités à quelques espèces de grenouilles, certaines endémiques et dépendantes des milieux forestiers humides.

La macrofaune d'invertébrés, bien que moins étudiée, est extrêmement riche et présente un fort taux d'endémisme, notamment parmi les insectes, les mollusques terrestres et les araignées, soulignant l'histoire évolutive isolée des îles.

Le milieu marin autour des Comores fait partie de la province biogéographique indo-pacifique et est d'une grande richesse. Les récifs coralliens abritent une immense variété de poissons, de coraux, de mollusques et d'autres invertébrés marins. Le Parc Marin de Mohéli est particulièrement reconnu pour la richesse de ses récifs, ses herbiers marins et la présence d'espèces emblématiques comme les tortues marines (qui viennent pondre sur les plages), les dugongs (bien que rares) et diverses espèces de dauphins et de baleines dans les eaux plus profondes.

Géographie humaine des Comores

Population.
Les Comores ont une population d'environ 850 000 habitants (estimation 2020-2023, sujette à variations), concentrée sur les trois îles principales : Grande Comore (Ngazidja), Anjouan (Ndzuani) et Mohéli (Mwali). La densité de population y est élevée, surtout sur Anjouan, ce qui exerce une pression considérable sur les ressources limitées, en particulier les terres arables. La population est très jeune, avec une proportion importante de moins de 25 ans, typique des pays en développement . Le taux de natalité est encore élevé, malgré une certaine baisse observée. L'espérance de vie, bien qu'en amélioration, reste relativement faible. La majorité de la population réside en milieu rural, mais l'urbanisation progresse lentement autour des capitales insulaires et de la capitale fédérale, Moroni.

La composition ethnique de la population comorienne est le résultat d'un brassage historique résultant des vagues de migration et des échanges commerciaux le long de la côte swahilie. Les origines principales comprennent les populations bantoues d'Afrique continentale, les Arabes (notamment du Hadramaout), les Malgaches, ainsi que des composantes perses et indiennes. Ce mélange a donné naissance à une identité comorienne distincte, unie par une langue commune, le shikomori, qui se décline en plusieurs dialectes selon les îles (shingazidja, shinzwani, shimwali). Le shikomori est la langue vernaculaire et d'identité. L'arabe joue un rôle important en tant que langue liturgique de l'islam et est une langue officielle, tandis que le français est la langue de l'administration, de l'enseignement supérieur et des affaires, héritage de la colonisation.

La société est traditionnellement organisée autour du village et des lignages. La famille élargie et la parenté jouent un rôle primordial dans la solidarité sociale, l'entraide et la transmission des valeurs.

Le système éducatif, bien qu'en expansion, fait face à un manque d'infrastructures, une faible qualité de l'enseignement, une inadéquation avec les besoins du marché du travail et un fort taux d'abandon, surtout chez les filles dans certaines régions. Le système de santé est également sous-financé et manque de personnel qualifié et d'équipements adéquats, ce qui contribue à la persistance de maladies infectieuses et à une mortalité infantile relativement élevée.

Les Comores sont confrontées à une pauvreté généralisée, un taux de chômage élevé (particulièrement chez les jeunes), et une forte dépendance à l'agriculture pluviale et aux transferts de la diaspora. L'émigration est un phénomène social central et structurel. Une part importante de la population vit à l'étranger, principalement en France et sur l'île voisine de Mayotte (qui est un département français). Cette diaspora constitue une source vitale de revenus qui soutiennent de nombreuses familles et l'économie du pays. Cependant, l'émigration entraîne également une "fuite des cerveaux", la séparation des familles.

Quelques-unes des principales villes des Comores

• Moroni est la capitale de l'Union des Comores et la plus grande ville de l'île de Grande Comore (Ngazidja). Située sur la côte ouest, elle sert de centre politique, administratif et économique du pays. Elle est connue pour son architecture traditionnelle swahilie, ses ruelles étroites, ses marchés animés et son front de mer bordé de bateaux de pêche. Elle abrite la principale mosquée du pays, la Mosquée du Vendredi, et plusieurs institutions gouvernementales. Le port de Moroni est un point clé pour les échanges commerciaux inter-îles, mais manque d'équipements modernes. La ville accueille également l'aéroport international Prince Saïd Ibrahim. Malgré son statut de capitale, Moroni fait face à d'importants défis : urbanisation désorganisée, manque de traitement des déchets, coupures d'eau et d'électricité fréquentes, ainsi qu'une infrastructure routière dégradée.

• Mutsamudu, capitale de l'île d'Anjouan (Ndzuwani), est la deuxième ville en importance des Comores. Elle est située sur la côte nord-ouest de l'île et possède une histoire riche, marquée par la période des sultanats. Sa médina, l'une des plus anciennes de la région, conserve encore des traces de l'architecture arabe et swahilie. La ville est également dotée d'une citadelle du XVIIIe siècle construite pour se défendre contre les invasions européennes. Mutsamudu est un port commercial important, bien que son accès soit parfois difficile à cause des conditions météorologiques. L'économie locale repose en grande partie sur l'agriculture (ylang-ylang, vanille, girofle) et le commerce régional. Néanmoins, la ville est exposée à de nombreux aléas naturels comme les inondations et les glissements de terrain, et son réseau urbain reste sous-développé.

• Fomboni est la principale ville et capitale administrative de l'île de Mohéli (Mwali), la plus petite des îles principales de l'Union des Comores. Moins densément peuplée que Moroni

ou Mutsamudu, Fomboni est réputée pour sa tranquillité, ses plages et son environnement naturel encore peu altéré. La ville joue un rôle essentiel  dans l'organisation politique et économique de l'île. Elle est le point de départ de nombreuses initiatives d'écotourisme, notamment en lien avec le parc marin de Mohéli, une aire protégée abritant des tortues marines, des baleines et une riche biodiversité marine. L'économie locale est centrée sur la pêche artisanale, l'agriculture vivrière et quelques petites entreprises familiales. Fomboni est toutefois confrontée à des problèmes structurels tels que l'exode des jeunes, l'accès limité aux soins spécialisés, et un réseau de transport interne peu développé.

• Domoni, également située sur l'île d'Anjouan, est une autre ville historique notable. Autrefois siège d'un sultanat, elle possède des mosquées anciennes, des maisons en pierre de corail et des traditions culturelles vivaces. La ville est connue pour ses activités artisanales, ses marchés colorés et ses fêtes traditionnelles. Bien que plus petite que Mutsamudu, Domoni joue un rôle local important dans l'économie rurale de l'île, notamment grâce à l'agriculture et à la production d'huiles essentielles.

• Ouani, aussi sur Anjouan, est connue pour son aéroport domestique, facilitant les connexions aériennes entre les îles. Elle se développe lentement en tant que centre commercial régional. Elle est entourée de zones agricoles fertiles, ce qui en fait un point stratégique pour le commerce de produits vivriers.

• Mbeni, sur l'île de Grande Comore, est une ville du nord réputée pour sa tradition religieuse et éducative. Elle abrite plusieurs écoles coraniques et des institutions islamiques influentes. Bien que peu développée économiquement, elle joue un rôle culturel important dans la formation des élites religieuses du pays.

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Culture.
L'islam sunnite (principalement de rite shaféïte) est la religion d'État et imprègne fortement la vie quotidienne, les coutumes, le droit coutumier et l'organisation sociale. La religion influence les relations interpersonnelles, les pratiques familiales et les normes communautaires. Pratiqué par une très large majorité de la population, il imprègne tous les aspects de la vie quotidienne, des rythmes de prière qui ponctuent la journée aux fêtes religieuses majeures (Aïd el-Fitr, Aïd el-Kébir, Mawlid) qui sont célébrées avec ferveur et unité. Les mosquées sont des lieux de rassemblement importants, et l'éducation coranique joue un rôle essentiel dans la transmission des valeurs et des traditions. La religion influence les coutumes, le droit coutumier et même l'organisation sociale.

La société comorienne est traditionnellement organisée autour de la famille élargie et des liens claniques. L'une des institutions sociales les plus emblématiques et étudiées est le "Grand Mariage" (Anda ou Hirima selon les îles). C'est un événement prestigieux, étalé sur plusieurs jours, qui confère un statut social élevé aux hommes qui l'accomplissent. Malgré les débats contemporains sur son coût excessif, son caractère inégalitaire et la pression sociale qu'il exerce, le Grand Mariage demeure profondément ancré dans l'identité comorienne, particulièrement à Ngazidja (Grande Comore). Il est perçu comme le garant de la cohésion sociale et reste une pierre angulaire de la structure sociale traditionnelle. 

L'institution du Grand Mariage, connue localement sous le nom de Mbiya ou Anda na mila (la coutume, la tradition), est un pilier central de la vie sociale, culturelle et politique aux Comores, particulièrement sur l'île de Grande Comore (Ngazidja). Plus qu'une simple union conjugale, il s'agit d'un rite de passage fondamental pour l'homme, une étape indispensable pour acquérir un statut social élevé et accéder aux sphères de pouvoir traditionnelles au sein de la communauté. Le Grand Mariage représente l'aboutissement d'un parcours social pour l'homme. 

Sans avoir accompli ce rite, un homme, même âgé, reste considéré comme un "jeune" ou un "célibataire social", n'ayant pas voix au chapitre dans les grandes décisions communautaires prises par le conseil des notables (idjuma). C'est en réalisant son Grand Mariage qu'il devient un mzé, un sage respecté, habilité à participer aux délibérations et aux cérémonies publiques importantes. Autant dire que c'est une institution essentiellement centrée sur l'homme. La femme, bien qu'elle soit l'élément essentiel de l'union et souvent le centre de l'attention durant les festivités, ne se voit conférer par le Grand Mariage aucun statut direct d'accès aux instances de pouvoir. 

La préparation du Grand Mariage est un processus long et coûteux, pouvant s'étendre sur plusieurs années. Il repose sur une mobilisation massive de la famille de l'homme et de toute la communauté villageoise. Le coût financier est colossal et représente le principal défi. Il englobe l'achat de bétail pour les festins, de quantités astronomiques de riz et d'autres denrées, l'acquisition de vêtements traditionnels somptueux pour le couple et les proches, de bijoux pour la mariée, ainsi que des dépenses liées aux rénovations ou constructions de maisons pour le nouveau foyer, et à l'organisation des nombreuses cérémonies et divertissements. La solidarité communautaire joue un rôle important par le biais de l'oudja, une contribution financière ou matérielle apportée par les amis, les parents et les voisins pour aider à supporter la charge. Cette aide, cependant, crée une obligation morale de réciprocité que l'époux devra honorer à l'avenir pour les Grands Mariages d'autres membres de la communauté.

Le Grand Mariage se déploie sur plusieurs jours, voire une semaine, selon les traditions locales et les moyens des familles. Il est jalonné de rituels spécifiques et publics. Parmi les étapes clés, on compte le mlalio, une grande réunion des notables pour officialiser l'union et fixer les détails; l'oudja elle-même, moment de la collecte des contributions; le jour du mbiya à proprement parler, avec les cérémonies officielles, les processions, le port des tenues traditionnelles distinctives (le kandzu et le chipao pour l'homme, le chirumani et les parures pour la femme); les repas communautaires gigantesques; le dahalaco, une présentation publique de la mariée dans ses différentes tenues; et le mwandza, l'échange de cadeaux. Chaque étape est accompagnée de chants, de danses traditionnelles comme le wadaha ou le chigoma, et d'une ambiance de fête intense qui soude la communauté.

Économiquement, le Grand Mariage est un moteur important bien que controversé. Il génère une activité économique locale significative (boucherie, agriculture, artisanat, commerce de tissus, etc.) et est fortement alimenté par les transferts d'argent de la diaspora comorienne à l'étranger, qui soutient financièrement les familles dans cette entreprise coûteuse. Cependant, il peut aussi conduire à l'endettement des familles et créer des pressions sociales considérables. La compétition pour organiser un Grand Mariage toujours plus grandiose que le précédent a entraîné une inflation constante des coûts au fil des décennies.

Socialement, l'institution renforce la hiérarchie et le prestige. Accomplir son Grand Mariage confère respect et autorité. L'accès à l'idjuma, ce conseil des sages qui gère les affaires du village et prend les décisions importantes (résolution des conflits, organisation des travaux communautaires, etc.), est réservé aux hommes ayant réalisé ce rite. Il s'agit donc d'un système qui mêle tradition, exclusion sociale (pour ceux qui ne peuvent pas se permettre le coût) et forte cohésion communautaire à travers la solidarité de l'oudja et la participation aux festivités.

Le shikomori, une langue bantoue avec une forte influence arabe, très proche du swahili parlé sur la côte Est de l'Afrique est non seulement  la langue de la communication quotidienne, mais aussi la langue des traditions orales, des chants et des contes. L'art et la musique sont omniprésents dans la vie comorienne, généralement liés aux célébrations et aux événements sociaux. La musique est rythmée par des tambours traditionnels comme le fumba et est accompagnée de danses expressives. Les chants racontent l'histoire, célèbrent les héros ou commentent la vie quotidienne. L'artisanat inclut la sculpture sur bois (portes, coffres), la vannerie, et la confection de bijoux et de textiles traditionnels. Influencées par les traditions swahilies et arabes, la poésie et la littérature orale sont également importantes.

Le riz est l'aliment de base. Il est fréquemment accompagné de poisson ou de viande en sauce. La noix de coco, la banane plantain, le manioc et une variété de légumes et de fruits tropicaux sont largement utilisés. Les épices telles que les clous de girofle, la vanille et l'ylang-ylang, qui sont des produits d'exportation importants, parfument de nombreux plats. Le poisson et les fruits de mer, frais et abondants, sont au oeur de nombreux repas.
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Carte des Comores.
Carte de l'archipel des Comores.
Source : The World Factbook.

Economie.
L'économie des Comores est l'une des plus modestes et fragiles au monde. Elle repose traditionnellement sur l'agriculture et la pêche (40% du PIB), des secteurs qui emploient l'immense majorité de la population active (80%) mais restent largement dominés par des pratiques de subsistance et vulnérables aux aléas climatiques. Les cultures de rente destinées à l'exportation, telles que la vanille, le clou de girofle et surtout l'ylang-ylang (dont les Comores sont un producteur majeur pour l'industrie du parfum), constituent une source essentielle de devises étrangères, bien que leurs cours mondiaux soient très volatils. La production vivrière, principalement le riz, le maïs, le manioc et la banane, ne couvre pas les besoins de la population, ce qui rend le pays fortement dépendant des importations alimentaires. La pêche est principalement artisanale et vise la consommation locale, avec un potentiel inexploité en matière de pêche hauturière et de transformation.

Les reversements effectués par les 150000 Comoriens expatriés, notamment en France représentent une part très significative du revenu national brut, souvent supérieure aux recettes d'exportation et à l'aide publique au développement cumulées. Ces transferts sont vitaux pour soutenir la consommation des ménages et atténuer la pauvreté, mais ils soulignent également le manque de dynamisme du secteur productif national et la fuite des cerveaux.

Le secteur des services est en développement, axé principalement sur l'administration publique, le commerce (largement informel) et quelques activités liées au transport et aux télécommunications. Le tourisme dispose d'un potentiel certain grâce aux paysages naturels, mais son développement est entravé par des infrastructures limitées (routes, ports, aéroports, hébergement de qualité), une connectivité internationale insuffisante et des contraintes en matière de marketing et de sécurité. Le secteur industriel est quasi inexistant. Il se limite à quelques petites unités de transformation agroalimentaire ou de production légère pour le marché local.

L'insuffisance et la vétusté des infrastructures, notamment l'approvisionnement en énergie et en eau potable, constituent un frein majeur au développement des activités économiques. La vulnérabilité aux chocs externes est élevée, qu'il s'agisse des fluctuations des prix des matières premières exportées, des coûts d'importation (en particulier du pétrole), ou des impacts croissants du changement climatique (élévation du niveau de la mer, intensification des événements météorologiques extrêmes). Le taux de pauvreté reste élevé, en particulier dans les zones rurales, et les inégalités sont marquées. Le marché du travail est contraint, avec un chômage important, notamment chez les jeunes, et une large part de l'emploi dans le secteur informel. Les défis de gouvernance, l'instabilité politique occasionnelle et un environnement des affaires peu favorable à l'investissement privé, tant national qu'étranger, persistent. La dette publique, bien qu'allégée par des initiatives internationales, reste un sujet de préoccupation.

Les efforts de développement visent à diversifier l'économie, à renforcer les secteurs à potentiel comme le tourisme et la pêche, à améliorer les infrastructures et à promouvoir la bonne gouvernance pour attirer les investissements. L'intégration régionale au sein de la COMESA et d'autres blocs cherche à ouvrir de nouveaux marchés. La politique monétaire est gérée par la Banque Centrale des Comores, qui émet le franc comorien, arrimé à l'euro, ce qui assure une certaine stabilité des prix mais limite l'autonomie monétaire pour stimuler l'économie. Le budget de l'État dépend largement des aides extérieures et des recettes douanières, avec des capacités limitées pour financer les dépenses publiques et les investissements nécessaires au développement. Cela étant dit, le gouvernement, aux prises avec des dissensions politiques sans fin, s'est montré jusqu'ici impuissant à relever les grands défis qui se posent aux Comores : élever le niveau d'éducation et de compétences techniques de la population, améliorer les services de santé, diversifier les exportations, promouvoir le tourisme et freiner la croissance démographique. 

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