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Lorsque l'empire romain
s'écroule; rien que pour la Gaule ,
il fait place à plusieurs royaumes germaniques - franc,
burgonde, wisigoth
- entre lesquels se brise de nouveau l'unité du pays. Les rois francs,
pas plus que les autres rois barbares, ne concevaient l'idée d'unité,
pas plus que l'idée d'État. Bien qu'ils se drapent de la
pourpre et portent la couronne, ils n'ont plus, comme l'empereur romain,
ni armée permanente, ni système régulier d'impôts.
Il n'y a plus une langue unique, mais des idiomes d'origine romaine en
présence d'idiomes barbares. Il n'y a plus un droit unique, car
le droit romain ne subsiste que pour les
anciens sujets de l'empereur : le droit canonique régit les clercs;
les Francs Ripuaires ou Saliens, les Burgondes,
les Wisigoths se font juger d'après leurs propres lois. Les fonctionnaires
d'un roi franc, comtes, ducs, margraves, prétendent, une
fois qu'elle leur a été accordée par lui, rendre leur
fonction indépendante. Le système de gouvernement germanique
diffère totalement de l'ancien gouvernement romain. C'est dans ce
contexte mouvant et incertain que l'on fait ordinairement commencer
l'histoire de France, avec la dynastie mérovingienne .
Les Mérovingiens.
La puissance mérovingienne
s'impose à la fin du Ve
siècle avec le règne de Clovis,
roi des Francs et destructeur de la puissance romaine dans les Gaules,
et vainqueur des Alamans à la bataille
de Tolbiac (496). Vainqueur dans
cette célèbre journée de l'un des trois peuples qui
disputaient aux Francs la domination de
la Gaule, Clovis défit les Wisigoths
à Vouillé en 507, et
ses fils n'eurent plus qu'à renverser le royaume des Burgondes
pour achever de fonder l'empire français. La nation se constitua
sous l'influence du clergé, qui fut le lien entre les Gaulois vaincus
et les Francs victorieux. A la mort de Clovis, en 511,
l'empire des Francs se partagea en quatre royaumes, sur chacun desquels
régna l'un de ses fils, Thierry Ier
à Metz ,
Clodomir
à Orléans ,
Childebert
Ier à
Paris ,
et Clotaire Ier
à Soissons. Théodebert Ier
succéda en 534 à son
père Thierry Ier dans le royaume
de Metz ou d'Austrasie ,
et eut pour successeur en 547 son fils
naturel Théodebald. Childebert Ieret
Clotaire Ier mirent fin en 534
au royaume des Burgondes, dont ils se partagèrent le territoire.
Clotaire Ier,
resté seul maître de l'empire des Francs en 558,
le légua en 561 à ses
quatre fils, Caribert, qui régna à Paris ,
et mourut sans postérité en 567,
saint Gontran à Orléans et en Bourgogne ,
Sigebert
Ier en
Austrasie ,
et Chilpéric Ier
à Soissons. Gontran laissa en 593
les royaumes d'Orléans
et de Bourgogne à son neveu Childebert
II, roi d'Austrasie, qui eut pour successeur dans ces royaumes son
fils Thierry II, en 596.
Ce dernier réunit en 612 le
royaume d'Austrasie à ceux d'Orléans et de Bourgogne .
Sigebert
Ier, roi d'Austrasie, épousa
en 566Brunehaut,
dont la lutte contre la cruelle
Frédégonde,
femme de Chilpéric Ier, roi de Soissons,
représenta l'antagonisme de l'Austrasie, c'est-à-dire de
la France germanique, où les tendances aristocratiques étaient
prédominantes, et de la Neustrie
ou de la France gauloise, où l'esprit monarchique prévalait.
Grégoire
de Tours dit que la rivalité de ces deux reines fit souffrir
plus de maux aux chrétiens que
les persécutions de Dioclétien.
A Sigebert Ier, mort en 575,
succéda son fils Childebert II, qui
eut pour héritiers, en 596,
en Austrasie son fils Théodebert Il,
et dans les royaume d'Orléans et de Bourgogne, que lui avait laissés
son oncle Gontran en 593, son autre
fils Thierry Il. Chilpéric Ier,
que Grégoire de Tours, toujours aussi inspiré par ses références
romaines, appelle le Néron de son siècle,
fut assassiné en 584, et eut
pour successeur son fils Clotaire II, qui
réunit sous son sceptre tout l'empire des Francs en 613.
Dagobert
Ier, fils
de Clotaire II, lui succéda en 638,
et céda à son frère Caribert
une partie de l'Aquitaine ,
avec le titre de royaume.
A la mort de ce dernier, Dagobert
Ier resta
seul roi des Francs, et eut pour successeurs, en 638,
ses fils Sigebert II en Austrasie ,
et Clovis Il en Neustrie
et Bourgogne .
La puissance des maires du palais s'accrut au détriment de l'autorité
royale, dont la décadence date de cette époque. Childéric
II, fils de Clovis Il, remplaça son oncle Sigebert II sur le
trône d'Austrasie en 660, et
demeura possesseur en 670 de l'empire
entier des Francs par la mort de Clotaire III,
son frère, qui avait succédé en 656
à Clovis II. Childéric II, assassiné en 673
ou 674, eut pour successeur son frère
Thierry
III. Dagobert II, fils de Sigebert Il,
régna sur l'Austrasie de 674
à 679. Thierry III, resté
seul héritier de l'empire des Francs, n'avait plus que le titre
de roi lorsqu'il mourut en 691. Pepin
d'Héristal régnait de fait, et resta maître du
pouvoir sous Clovis III, 691-695,
Childebert
III, 695-711,
et Dagobert III, 711-715.
Il transmit ce même pouvoir à son fils Charles
Martel, qui l'exerça au nom de Chilpéric
II, 715-720,
Thierry
IV, 720-737,
et pendant un interrègne de 737
à 742. Pepin
le Bref, fils de Charles Martel, hérita de cette autorité
en Neustrie, dont Childéric III fut
proclamé roi en 742, tandis
que Carloman, autre fils de Charles Martel,
gouvernait l'Austrasie.
Les Carolingiens.
Le fait fut enfin converti en droit :
Childéric
III, dernier roi de la dynastie mérovingienne ,
ainsi appelé de Mérovée,
aïeul de Clovis, fut détrôné
et enfermé dans un monastère ,
et Pepin le Bref, reconnu roi, fut sacré
en 752 par saint
Boniface. Ainsi fut consommé le changement de dynastie qui fit
passer la couronne, jusque là héréditaire par les
mâles, à l'exclusion des femmes, dans la famille mérovingienne,
de la dynastie de Clovis sur la tête des Carolingiens ,
c'est-à-dire des fils de Charles Martel,
qui s'était rendu célèbre en battant les Arabes entre
Tours et Poitiers en 732. Sous la première
dynastie, et au commencement de la seconde, l'autorité royale était
tempérée par les assemblées appelées
Placita
regis, où les rois réunissaient à leur cour, pour
s'éclairer de leurs conseils, les évêques et les grands
du royaume. Le premier roi de la dynastie carolingienne consolida son trône
par son intervention dans les affaires d'Italie .
En arrêtant les envahissements des Lombards,
qui menaçaient d'asservir le Saint-Siège, et en dotant la
papauté d'un domaine indépendant et souverain, il donna pour
point d'appui à l'autorité spirituelle du Pape, une puissance
temporelle.
Charlemagne,
doué d'un génie politique essentiellement gouvernemental,
consomma l'oeuvre de son père en confirmant et en augmentant .la
donation faite au Saint-Siège, mit fin au royaume des Lombards,
et rangea sous son sceptre toute l'Europe centrale, depuis l'Oder et le
confluent du Danube et de la Raab jusqu'à l'Ebre, et depuis la mer
du Nord et la Baltique jusqu'au duché de Bénévent.
Il réunit toutes ses conquêtes en un empire sagement organisé,
où il favorisa la culture des lettres, des sciences et des arts.
Il reçut du souverain pontife, en 800,
la couronne impériale dans la basilique
de Saint-Pierre de Rome ,
et l'empire d'Occident, détruit par les barbares, fut relevé
par la main d'un Franc, devenu le restaurateur de l'Europe. Sa famille
porta la couronne impériale jusqu'en 899,
régna sur l'Allemagne
jusqu'en 911, et siégea sur
le trône de France jusqu'en 987.
Mais Charlemagne ne légua pas à ses descendants, avec ses
vastes Etats, son sens politique. L'autorité souveraine perdit la
force qu'il lui avait rendue dans les dissensions des fils de son faible
successeur, Louis le Débonnaire.
La noblesse d'origine germanique resta sur le champ de bataille de Fontenay,
où Charles le Chauve et Louis
le Germanique demeurèrent vainqueurs de l'empereur Lothaire,
en 841. L'élément gaullo-romain
redevint prédominant dans la culture des classes dirigeantes, et
prévalut dans la formation de la langue française, où
l'influence germanique est à peine sensible. La naissance de cette
langue date du traité de Verdun, qui sépara la France de
l'Allemagne
en 845.
L'affaiblissemnt de la dynastie mérovingienne
avait préparé la révolution aristocratique d'où
est sortie la féodalité, et dont le règne de Charlemagne
n'a pu que retarder l'effet. Charles le Chauve
fut forcé, dans l'assemblée de Quierzy, en 877,
de reconnaître par un capitulaire
l'hérédité des bénéfices. L'établissement
du régime féodal fut le résultat de cette grave atteinte
portée à l'autorité royale. Charles
le Gros réunit sous son sceptre presque autant d'Etats que Charlemagne;
mais il plia sous le poids d'une aussi lourde couronne, et il fut déposé
en 887. Un des grands feudataires du
royaume, Eudes, comte de Paris
et fils de Robert le Fort, duc de France,
qui s'était signalé en défendant Paris contre les
Vikings ,
fut proclamé roi, et régna jusqu'en 898.
Robert,
frère d'Eudes, et Raoul de Bourgogne ,
gendre de Robert, occupèrent aussi le trône, le premier de
922
à 923, et le second de 923
à 936, à l'exclusion
de la famille de Charles Martel et de Charlemagne.
Enfin, à la mort de Louis V le Fainéant,
Hugues
Capet, le plus puissant des grands feudataires, petit-fils du roi Robert,
duc de France et comte de Paris, fut élu roi en 987,
à la place du dernier descendant des Carolingiens ,
Charles, duc de la Basse-Lorraine.
Les premiers Capétiens
et les Croisades.
La royauté n'était plus
qu'un vain titre, la monarchie n'était
plus qu'un fief, la France qu'une sorte d'Etat fédératif,
et le domaine royal était réduit à la ville de Laon
et à son territoire, lorsque
Hugues Capet
parvint au trône, comme membre prépondérant de la hiérarchie
féodale. Son duché de France, avec Paris
pour capitale devint le noyau du royaume sur lequel sa dynastie étendit
progressivement le sceptre de la royauté restaurée. Le régime
féodal, auquel les Capétiens
devaient leur élévation, atteignit son apogée sous
les premiers rois de cette dynastie. Altéré dans son principe
par l'action du temps, à laquelle nulle institution humaine ne résiste,
il menaçait d'entraîner la société dans sa ruine
quand Philippe Ier
parvint au trône en 1060. Le
clergé lui-même, qui avait pris place dans la hiérarchie
féodale, avait perdu quelque chose de la position indépendante
qu'il avait occupée depuis Clovis jusque
sous les premiers successeurs de Charlemagne.
Quand le pape Urbain II résolut de soulever la chrétienté
contre l'Islam ,
ce fut à la France qu'il proposa la grande et funeste entreprise
que l'on allait appeler les Croisades ,
dans le concile
de Clermont en 1095, et la France répondit
: Dieu le veut! Appelée la première à concourir
aux croisades, elle y ,joua tristement le principal rôle. Elle ne
fut pas seulement le premier pays où s'alluma l'enthousiasme de
ces lointaines expéditions, si fécondes en heureux résultats,
elle fut aussi le dernier où il s'éteignit.
L'affranchissement des serfs, qui devenaient
libres en se croisant, la diminution des fiefs, l'affaiblissement du régime
féodal, l'établissement des communes, la naissance du tiers
état, et l'accroissement du pouvoir royal au détriment de
celui de la noblesse, tels furent , sur la société les principaux
effets des Croisades .
L'autorité des rois et la liberté des peuples prirent racine
au milieu de ce .grand mouvement; Les agissements d'Éléonore
de Guyenne, femme de Louis VII, qui prit part
à la seconde Croisade, conduirent le roi à demander l'annulation
de son mariage, et elle lui fut accordée en 1152.
Eléonore reprit sa riche dot, qui comprenait le Poitou ,
la Saintonge ,
l'Auvergne ;
le Périgord; le Limousin ,
l'Angoumois
et la Guienne ,
et épousa Henri Plantagenet,
comte d'Anjou ,
dont l'avènement au trône d'Angleterre, en
1154,
mit cette puissance, déjà maîtresse de la Normandie ,
en possession d'une étendue de territoire en France dépassant
celle sur laquelle régnaient les rois.
Les fruits de l'habile politique de Louis
VI le Gros et de la sage administration de Suger,
pendant l'expédition de Louis VII en
Palestine, furent perdus, et l'unité nationale et monarchique de
la France, que les Capétiens
sont parvenus à réaliser, fut retardée de trois
siècles. Saint Louis fut sur le trône
le modèle parfait du roi bigot et fanatique, mais il établit
également l'ordre et la discipline dans le régime féodal,
qui, quoique dégénéré, était le principe
politique sur lequel reposait l'édifice social. Il donna la justice
pour base à la royauté. La féodalité était
en pleine décadence lorsque Philippe le
Bel, prince avare et orgueilleux, introduisit un changement dans la
constitution du royaume, en convoquant pour la première fois les
états généraux en 1302.
L'idée d'assembler cette sorte de parlement national, où
il chercha un point d'appui contre le Saint-Siège ,
fut une inspiration de sa lutte inique contre le pape Boniface
VIII. La ligne directe de la famille des Capétiens avait donné
15 rois à la France lorsqu'elle s'éteignit avec Charles
IV le Bel en 1328.
La Guerre de Cent
Ans.
La branche collatérale des Valois
parvint au trône avec Philippe VI cette
même année. Le règne des sept premiers rois de cette
branche est l'une des époques les plus malheureuses que la France
ait traversée. Une guerre née sous Philippe de Valois, en
1336,
de la rivalité de la France et de l'Angleterre, et suscitée
par les prétentions à la couronne de France d'Edouard III,
roi d'Angleterre, fils d'Isabelle, fille de Philippe
le Bel, se prolongea pendant plus d'un siècle sous les règnes
de Jean II, Charles
V,
Charles VI et Charles
VII. Ces temps sont marqués par la défaite
de Philippe de Valois, battu à Crécy
par Edouard III en 1346, par la perte
de Calais ,
que les Anglais gardèrent de 1347
à 1558, par la bataille de Poitiers,
où Jean Il vaincu demeura prisonnier des Anglais en 1356,
par la révolte des paysans appelée la Jacquerie, et par le
désastreux traité de Brétigny
( La Guerre de Cent Ans ).
Après le sage règne de Charles
V, sous lequel Du Guesclin reprit aux
Anglais une grande partie de leurs possessions sur le continent, la minorité
si troublée de Charles VI fut suivie
de l'anarchie où la démence de ce prince et la rivalité
des maisons de Bourgogne
et d'Orléans plongèrent le royaume, et de la bataille d'Azincourt ,
où la majeure partie de la noblesse française succomba, en
1415,
sous les coups des Anglais. Henri VI,
roi d'Angleterre fut proclamé roi de France à Paris
en 1422. C'est alors que Jeanne
d'Arc, délivra Orléans
assiégé par les Anglais, qui furent partout défaits,
et acheva d'accomplir la mission qu'elle s'était assignée
en faisant sacrer Charles VII à Reims
en 1429. Cette longue et sanglante
lutte se termina en 1453, sous le règne
de ce prince par le retour des Anglais sur leurs îles, qui ne conservèrent
sur le continent que la ville de Calais .
La fin des Valois.
Louis XI réprima
la réaction féodale qui s'était opérée
à la faveur des longs troubles de la France de cette guerre dite
de Cent Ans .
Tous les moyens , même les crimes, furent bons à ce roi habile
pour atteindre le but de sa politique, l'humiliation de la noblesse. Il
imprima à la royauté cette tendance destructive de l'autonomie
de la nation, qui allait aboutir, sous le règne de Louis
XIV, préparé par Richelieu,
à l'établissement du pouvoir absolu. Charles
VIII, en qui finit, en 1498, la
première branche des Valois, ne recueillit aucun fruit d'une expédition
aventureuse tentée en 1498 pour
faire revivre les droits de la maison d'Anjou au trône de Naples ;
l'Italie
rapidement conquise fut aussi promptement perdue. Louis
XII se vit donner le titre de père du peuple; mais il échoua
également dans ses entreprises au delà des Alpes, où
il essaya sans succès de faire valoir les droits de son aïeule,
Valentine
Visconti, sur le Milanais, et de réaliser les desseins de son
prédécesseur sur le royaume de Naples. Le rameau de Valois-Orléans,
parvenu au trône avec Louis XII, s'éteignit en lui, et la
couronne passa en 1515 au rameau de
Valois-Orléans-Angoulême dans
la personne de
François Ier,
prince avide de renommée, qui protégea les lettres, eut le
goût effréné des plaisirs et des conquêtes, et
fit la guerre, sans en savoir l'art, avec une bravoure chevaleresque. Il
épuisa la France d'hommes et d'argent pour balancer la prépondérance
européenne de Charles-Quint, et n'y
réussit qu'imparfaitement. ( La
Renaissance ).
Des Guerres de
religion au règne de Louis XV.
Le protestantisme ,
qui devait acquérir une telle importance, naquit de son temps, et
commença sous son règne à se répandre en France,
en réponse aux abus et à l'avidité de l'Eglise .
La conjuration d'Amboise ,
ourdie par les calvinistes, alluma en 1560
le feu des guerres civiles de religion, qui ensanglantèrent la France
sous les règnes de François II,
Charles
IX et Henri III. La maison de Guise dirigea
les efforts des défenseurs de la foi catholique
contre les Protestants; mais une partie de la noblesse, nourrie par l'espoir
de fonder une sorte de république'
féodale,
fournit des chefs à la rébellion protestante, à la
tête de laquelle figurèrent les princes de Bourbon
et de
Condé. La Ligue, formée pour
résister à l'hérésie, atteignit son but en
obligeant Henri IV, devenu l'héritier
du trône, après l'assassinat de Henri Ill, en 1589,
de reconnaître qu'il ne pouvait porter la couronne de saint
Louis. qu'en abjurant le protestantisme. Ce roi vaillant pacifia la
France, et s'efforça d'y rétablir l'ordre profondément
altéré par les discordes religieuses et civiles.
Les protestants
néanmoins, non contents des droits et des priviléges que
Henri
IV leur avait accordés en 1598
par l'édit de Nantes, reprirent, les armes sous Louis
XIII, en 1621. Mais Richelieu,
réprima le protestantisme, écrasa la noblesse, dont une partie
soutenait la nouvelle foi en vue de ressusciter la féodalité
et jeta les fondements de la monarchie absolue.
Ce grand ministre fait jouer à la France le premier rang dans la
guerre de Trente ans (1618-1648)
et lui assure la prépondérance que possédait jadis
la maison d'Autriche. L'habileté de Mazarin
triompha des agitations de la Fronde, et acheva d'aplanir le terrain sur
lequel Louis XIV éleva l'édifice
de sa royauté prétentieuse, mais isolée dans sa grandeur,
par la destruction des anciens éléments constitutifs de la
nation absorbés dans l'omnipotence de la couronne. Maître
de la France, le monarque prétendit l'être aussi de l'Europe,
et faire prévaloir sa volonté jusque dans l'ordre spirituel.
De fait, il fit de la France la première puissance en Europe par
les traités de Westphalie (1648)
et des Pyrénées (1659).
Cette France, infatuée d'elle même et dominatrice, voit se
former trois coalitions contre elle, elle grandit à Nimègue
(1678), reste stationnaire à
Riswick (1697), mais recule à
Utrecht
(1713), épuisée par la
guerre de la succession d'Espagne .
L'éclat littéraire des siècles
de Périclès, d'Auguste
et de Léon X n'est pas supérieur à celui du siècle
de Louis XIV. Mais ce roi à force de
vanités, laissa la France ruinée. La régence du duc
d'Orléans préluda, par la dissolution des moeurs, au triste
règne de Louis XV, qui fut une époque
de repli d'un point de vue politique. La France acquiert sans doute la
Lorraine
et la Corse ,
mais n'a pas de système politique, se bat en faveur de l'Autriche
(1756-1763),
laisse démembrer la Pologne (1768-1774),
laisse l'Angleterre fonder en Inde
(1740-1756)
l'empire auquel avait songé Dupleix, et
perd ses colonies. Seule consolation, à la même époque,
elle se place à la tête des nations par sa littérature,
et la langue française devient la langue européenne.
Cette époque correspond, en Europe, avec l'avènement d'une
nouvelle ère toute de curiosité avide, d'indépendance
d'esprit et de subversion parfois, celle des Lumières.
La Révolution
française.
La France crut prendre sa revanche sur
l'Angleterre, sous le règne suivant, celui de Louis
XVI, en aidant les colonies anglaises de l'Amérique du Nord
à conquérir leur indépendance ( L'Histoire
des Etats-Unis ).
La marine française remporta des succès, et la paix de 1783
effaça la tache du traité de 1763.
Louis XVI voulait la réforme des abus dans une mesure qui dépassait
même celle de ses forces. Il assembla les états généraux
en 1789, et déclara, dans son
discours d'ouverture, «-qu'on devait
attendre de lui tout ce qu'on peut demander à un souverain, le premier
ami de son peuple ». Mais il était trop tard, et le tiers
état, dont la royauté avait favorisé l'élévation
sur la ruine de la noblesse, donna le signal de la révolution par
laquelle il prétendait s'emparer du pouvoir, en transformant les
états généraux en Assemblée nationale, le 17
juin 1789. La Bastille ,
symbole de la monarchie, fut prise le 14 juillet
suivant.
La Révolution
amena des guerres avec l'Europe monarchique, dites Guerres de la Révolution.
Ces guerre, pouvait-on les soutenir avec un « chef du pouvoir exécutif
» qui était membre de la famille des rois? L'Assemblée
législative, qui avait succédé à l'Assemblée
nationale, laissa donc détrôner Louis
XVI par le peuple (10 août 1792);
Ce fut ensuite le temps de la Convention. Le premier acte de ce sénat
fut de décréter, le 21 septembre 1792,
l'abolition de la royauté, pour y substituer la IreRépublique;
la Convention s'érigea en juge de ce qu'elle appelait ses trahisons
et frappa le roi d'une sentence capitale (21 janvier
1793).
Elle s'arrogea les trois pouvoirs : législatif, exécutif
et même judiciaire. En outre, la Convention crut qu'elle ne pouvait
soutenir la lutte contre l'étranger en conservant les institutions
de la Constituante, qui avaient si complètement désarmé
le pouvoir exécutif. Elle les laissa subsister, par respect des
principes; elle vota même la Constitution de 1793,
qui affaiblissait encore plus l'autorité centrale; mais, à
côté d'elles, la Convention institua tout un « gouvernement
révolutionnaire», reproduisant dans ses traits essentiels
le régime de la monarchie absolue. Par
son Comité de Salut public, elle exerça une autorité
aussi despotique que Louis XIV. Mettant sur
pied l'armée révolutionnaire de l'intérieur
« au lieu des intendants », elle eut les représentants
en mission; au lieu des « commissions extraordinaires », elle
eut le tribunal révolutionnaire; au lieu des lettres de cachet,
la loi des suspects : les propriétés furent soumises au droit
de réquisition; les personnes furent arrêtées arbitrairement;
la liberté de la presse, la liberté de conscience furent
violées. Tout plia sous l'implacable volonté de la Convention.
Du moins l'Europe fut vaincue. Mais le despotisme
d'une assemblée, suivie par la faiblesse du gouvernement qui lui
succéda, le Directoire (1795-99),
avait frayé les voies au despotisme d'un empereur.
Dictature militaire
: le Consulat et l'Empire.
La France était bouleversée
de fond en comble, comme le constate Thiers, lorsque
Napoléon
Bonaparte, en profita en 1799,
par la journée du 18 brumaire pour s'emparer du pouvoir. Par la
Constitution de l'an VIII, qui établit le Consulat, il créa
un tribunat chargé de discuter les lois présentées
par les trois consuls, un Corps législatif, et un Sénat conservateur.
Nommé premier consul pour 10 ans, puis consul à vie, il ajouta
à son illustration militaire la victoire de Marengo
en 1800, tira la France du chaos révolutionnaire,
fit sortir du désordre tout l'ordre possible, réorganisa
la législation et l'administration,
et conclut avec le Saint-Siège, en 1801,
un concordat réparateur du schisme de 1790.
Restaurateur de la religion catholique, il voulut l'être aussi du
pouvoir monarchique, et il fonda l'empire en 1804.
et prit le nom de Napoléon Ier.
Napoléon
consolida la plupart des réformes sociales accomplies par les assemblées
de la Révolution. Il codifia, après sélection, les
lois civiles et pénales qu'elles avaient votées. Il admit
le contrôle du pouvoir exécutif par des assemblées
(Conseil d'Etat, Corps législatif, Tribunal, Sénat), mais
pesa sur elles de tout le poids de son despotisme. Il nomma les juges,
les fonctionnaires, les officiers et, après le rétablissement
du Concordat, les archevêques et évêques. Il conserva
les conseils élus de département, d'arrondissement, de commune,
mais installa au-dessus d'eux des agents du pouvoir exécutif : le
préfet, le sous-préfet, le maire. Il modifia la hiérarchie
des tribunaux, et, auprès d'eux, organisa fortement le ministère
public (procureurs généraux, procureurs impériaux,
etc.). Il maintint le jury, mais frappa les jurys indépendants.
Il rétablit, sous le nom de droits réunis, les impôts
indirects abolis par la Constituante, et créa des organismes financiers
qui en assurèrent l'exacte perception. En général,
il respecta la liberté de conscience; mais il anéantit la
liberté de réunion et d'association, ainsi que la liberté
de la presse, et il rétablit l'esclavage dans les colonies.
Ce despotisme, Napoléon
l'exerça sur l'Europe avec autant de rigueur que Louis
XIV, et provoqua chez elle encore plus de coalitions et de révoltes.
Quelques batailles - Austerlitz ,
Iéna ,
Wagram
- acquirent au nouvel empire une prépondérance sous laquelle
toute l'Europe fut forcée de plier. L'Angleterre, retranchée
dans sa position insulaire, résista seule à cette puissance
dévastatrice, que la folie des grandeurs de ce boucher de l'Europe
exposa aux revers de la fortune en s'efforçant de lui donner une
extension exagérée. Sortant de la voie qui l'avait conduit
à renouveler l'empire de
Charlemagne,
il tenta de détruire l'ouvrage de celui qu'il aimait à appeler
son auguste prédécesseur, et réunit l'Etat pontifical
à l'empire français en
1809.
( Carte
de l'Empire 1811)
Affaibli par la destruction de son armée
en Russie, dans le désastreux hiver de 1812,
et par les échecs que ses trop vastes desseins rencontrèrent
en Espagne ,
il succomba en 1814 sous la coalition
de l'Europe entière. Louis XVIII remonta
sur le trône de ses pères. Son règne, qu'il inaugura
par l'octroi d'une charte et par l'institution du gouvernement parlementaire,
fut interrompu en 1815 par la réapparition
de l'empire dite des Cent-Jours. Napoléon
ler, vaincu
à Waterloo ,
proclama vainement son fils, Napoléon II,
empereur des Français. Les Bourbons revenus
de l'étranger régnèrent ensuite sur une France réduite
à ses anciennes limites.
La Restauration
et la Monarchie de Juillet.
La Restauration (1814-1830)
correspond aux règnes de Louis XVIII
et de Charles X, la monarchie de Juillet
(1830-1848)
à celui de Louis-Philippe. Ce furent
des monarchies parlementaires. Les deux royautés conservèrent
à peu près toutes les institutions administratives, judiciaires
et financières de Napoléon. Elles
gouvernèrent avec le concours d'une Chambre des pairs nommée
par le prince et d'une Chambre des députés élue par
la nation.
Ces règnes s'affermirent par
la répression de la Révolution en Espagne
en 1823 et acheva de relever le pays
de ses défaites, sous Charles X, successeur
de Louis XVIII en 1824,
par une active participation à l'affranchissement de la Grèce,
et par la prise d'Alger
en 1830 ( L'Histoire
de l'Algérie ),
qui allait constituer le premier maillon de son empire colonial en Afrique .
Louis
XVIII avait donné la Charte et établit le gouvernement
représentatif, mais Charles X se perd par son antipathie pour le
régime constitutionnel, et en 1830
la branche aînée des Bourbons va
être remplacée par la branche cadette ou d'Orléans.
En abdiquant en faveur de son petit-fils,
le duc de Bordeaux, auquel le Dauphin, son oncle, céda aussi ses
droits, Charles X chargea le duc d'Orléans,
qu'il avait nommé lieutenant général du royaume, de
faire reconnaître le jeune prince roi, sous le nom de Henri V. Mais
le duc d'Orléans se fit décerner à lui-même
la royauté, le 9 août 1830,
par la chambre des députés, et prit le nom de Louis-Philippe
Ier. Son avènement au trône
fut le triomphe du système parlementaire sur la royauté amoindrie,
et son règne, sous lequel fut poursuivie la conquête de l'Algérie ,
se passa en luttes de tribune.
Durant les dix-huit années de la
monarchie de Juillet, l'industrie achève de
changer de caractère. Aux petits
ateliers se substituent d'immenses chantiers, vers lesquels commença
la migration des travailleurs ruraux; les campagnes commencèrent
à se dépeupler au profit des villes, où se forma une
classe ouvrière de plus en plus nombreuse. Par la force des choses,
elle se trouva soumise à toutes les vicissitudes de l'industrie,
à la concurrence entre patrons et même entre nations, aux
variations du salaire, au chômage.
La loi de 1841
réglementa le travail des enfants et des femmes. Mais la classe
ouvrière connut de grandes souffrances. Elle en rendit la monarchie
responsable : d'où la fréquence des grèves, des émeutes,
comme celles de Lyon (1831 et 1834)
et de Paris
(1832 et 1834).
Contre l'ancien tiers état se dressait un quatrième état.
Des théoriciens apparurent, condamnant l'organisation sociale, opposant
les souffrances du travail à l'égoïsme du capital, s'attaquant
au principe de la propriété et imaginant les solutions les
plus diverses aux problèmes sociaux : les uns collectivistes,
comme Saint-Simon, Fourier,
Louis Blanc; les autres anarchistes, comme
Proudhon.
La IIe
République.
A la fin de 1847,
la monarchie de Juillet était menacée par trois groupes d'adversaires-:
1° ceux qui prônaient
une réforme électorale et une orientation plus libérale
de la politique;
2° ceux qui projetaient de substituer
la république
à la monarchie orléaniste;
3° ceux qui ne voyaient dans la république
elle-même qu'un moyen pour obtenir la transformation totale de la
société.
Ce sont les premiers qui commencèrent
l'agitation par les «- banquets réformistes
»; les seconds poussèrent la révolution du 24 Février
jusqu'au point où la République fut proclamée à
l'Hôtel de Ville ,
le suffrage universel établi; les troisièmes ne se tinrent
point pour satisfaits : sur la révolution républicaine bourgeoise
ils tentèrent de greffer une révolution sociale : d'où
les journées de juin 1848.
Réduits à l'impuissance par
la mise en vigueur de la constitution de 1848,
ils virent avec indifférence l'élection de Louis-Napoléon;
quand la Législative, par la loi du 31 mai 1850,
dépouilla du droit de voter un grand nombre d'ouvriers, ils en conçurent
contre elle une rancune qui ne pouvait profiter qu'au prince-président.
Lorsque celui-ci opéra le coup d'Etat de décembre 1851,
en proclamant que le suffrage universel était rétabli, une
faible partie des ouvriers de Paris
prit part à la résistance.
Le second Empire.
Dans la Constitution que le prince-président
fit sanctionner par un « plébiscite », il lui suffit
de changer quelques mots pour que l'Empire fût rétabli. Il
y eut un Sénat nommé par l'empereur, un Corps législatif
trié par la « candidature officielle », un Conseil d'Etat
qui fut le principal organe du travail législatif. Toute liberté
de la presse, de réunion ou d'association, fut supprimée.
L'université, la magistrature avaient été décimées
par l'obligation du serment, les républicains déportés,
les monarchistes déçus dans leurs espérances du 24-Février,
les commerçants et les industriels séduits par le rétablissement
de l'ordre, le clergé gagné d'avance par la restauration
du pouvoir temporel du pape.
Le Second Empire s'appuya principalement
sur les classes rurales : les paysans voyaient les bonnes récoltes
se succédant, leurs produits se vendre bien; ils étaient
ravis que l'on multipliât les constructions de routes, de chemins
de fer, d'églises, de mairies. Les classes ouvrières savaient
gré à Napoléon III d'avoir
rétabli le suffrage universel. Il leur accorda le droit de grève
(1864); il encouragea la Société
mulhousienne des cités ouvrières (1853),
fit voter la loi sur les Sociétés coopératives (1867),
créa des hospices. En 1867,
il présenta un projet de loi sur la Caisse des invalides du travail;
les grands travaux de Paris
assainirent les quartiers laborieux.
A l'extérieur, les débuts
du Second Empire furent d'abord marqués par quelques succès
: la soumission de l'Algérie
fut complétée (1851-1857);
la Russie fut vaincue en Crimée
(1854-55);
l'Autriche battue à Magenta et à Solférino (1859),
etc. Mais l'expédition du Mexique
commença une période de revers. Une guerre témérairement
entreprise contre la Prusse
(16 juillet 1870) acheva de perdre
le régime. La défaite des Français de Sedan devant
l'armée prussienne, le 1er septembre
1870
poussa Napoléon III à la capitulation
le lendemain. Le 4 septembre 1870,
une insurrection renversa l'Empire et proclama de nouveau la République.
La IIIe
République.
Un gouvernement provisoire de Défense
nationale (présidé par le général Trochu et
auquel participent notamment Gambetta, Jules Ferry,
Jules Favre, etc.) fut formé et reprit les hostilités. Les
armées françaises furent de nouveau rapidement submergées,
Paris
sera même assiégé; un armistice devra être demandé
en janvier 1871. Dès la fin
février, un nouveau parlement fut élu et
Adolphe
Thiers fut nommé chef de l'exécutif. C'est lui qui négocia
la paix avec Bismarck qui fut achetée
au prix de la cession de l'Alsace et de la Lorraine à l'Allemagne
(26 février). En mars 1871,
un mouvement insurrectionnel animé par des idées socialiste
se déclenche dans la capitale; c'est la Commune de Paris qui conduit
le gouvernement le l'assemblée à se réfugier à
Versailles ,
d'où part la contre offensive. Les troupes gouvernementales (Versaillais),
reprennent Paris le 21 mai 1871, et
infligent aux Communards une répression féroce : exécutions
en masse, incendies de quartiers, etc. C'est la Semaine sanglante, qui
s'achève le 28 mai, au cimetière du Père-Lachaise,
par l'écrasement complet de la Commune.
Le gouvernement commence ensuite à
engager des réformes administratives et financières, mais
se trouve contraint de démissionner en mai 1873.
Thiers
est remplacé par le maréchal Mac-Mahon, qui s'était
illustré lors de la guerre franco-allemande et souhaite un rétablissement
de la monarchie. Ce projet échoue et Mac Mahon, poussé à
mettre en oeuvre une constitution républicaine (1875)
reste président de la République jusqu'au 30 janvier 1879,
date à laquelle il démissionne pour laisser la place à
Jules Grévy, un républicain convaincu. Des lois sont votés
sous sa présidence qui progressivement confèrent au régime
un caractère de plus en plus laïque et démocratique
: liberté de réunion et de presse en 1881,
autorisation des syndicats et du divorce, etc. A l'initiative de Jules
Ferry, devenu ministre de l'instruction publique, des lois scolaires
instituant l'enseignement laïque, gratuit et obligatoire sont également
votées entre 1880 et 1887.
A cette période de réformes
succède une période de grande instabilité gouvernementale
et de crises graves. Les élections de 1885
avaient déjà révélé une poussée
monarchiste et bonapartiste. Un démagogue habile et comploteur,
le général Georges Boulanger, un temps ministre de la Défense,
suscite autour de sa personne l'engouement de tous ceux qui souhaitent
le renversement de la République. Placé au pied du mur, il
renonce finalement, et s'enfuit en Belgique en 1889,
et s'y suicidera 3 ans plus tard. Ses partisans sont traduits devant la
Haute Cour.
La République semble se ressaisir,
mais le répit est de courte durée. En 1892
éclate le scandale dit de Panama ,
au moment de la faillite de la société chargée du
percement du canal, qui met au jour des gaspillages éhontés
et la corruption de nombreux députés, achetés à
prix d'or, de journalistes, de banquiers, etc. Ce climat malsain éveille
le mouvement anarchiste responsable de plusieurs attentats. L'un d'eux
coûte la vie au président Sadi-Carnot, à Lyon ,
en 1894. L'implication de financiers
juifs dans le scandale de Panama sert aussi de prétexte à
une vague d'antisémitisme, dont l'expression la plus connue sera
l'affaire Dreyfus : un capitaine de l'état-major de l'armée,
juif, accusé à tort de trahison et qu'une machination judiciaire
conduira au bagne. Des intellectuels, tels Émile
Zola, se mobilisent en sa faveur, et le pays entier se trouve divisé
à partir de 1897 entre dreyfusards
et anti-dreyfusards. Alfred Dreyfus ne sera réhabilité qu'en
1906,
avant d'être réintégré dans l'armée.
L'affaire Dreyfus avait fortement secoué
la classe politique et fait apparaître une nouvelle force, celle
des socialistes qui firent leur entrée au Parlement, et qui alliés
aux Radicaux, formèrent ce qu'on a appelé le Bloc des gauches
(ou Bloc de la défense républicaine). Celui-ci est au pouvoir
à partir de 1899 (ministère
Waldeck-Rousseau, puis, entre 1902
et 1905 ministère Combes). Émile
Combes initia une politique anti-cléricale qui aboutit, en 1905,
à la séparation de l'Église et de l'État. Le
Bloc des gauches se disloqua en 1906,
pour laisser le gouvernement à Clémenceau, président
du Conseil jusqu'en 1909.
Pendant tout ce temps, à l'extérieur,
la France poursuivait vigoureusement son entreprise coloniale, devenu depuis
1881
(Jules Ferry) un véritable programme politique,
essentiellement porté à cette époque par la gauche.
L'isolement de la France qui avait suivi la guerre franco-allemande de
1870-1871,
commence aussi à prendre fin avec la conclusion de nouvelles alliances
: rapprochement avec la Russie en 1907,
l'« Entente cordiale» avec l'Angleterre .
Des rapprochements qui sont la contrepartie de l'alliance adverse (la «
Triple alliance ») de l'Allemagne
avec l'Autriche (1879) et l'Italie
(1883). Des grandes manoeuvres diplomatiques
n'empêcheront cependant pas la guerre d'éclater. Tout au contraire,
en 1914, la mécanique infernale
des alliances se met en route pour déclencher la première
Guerre mondiale.
Une trêve entre les différents
partis politiques prévaut pendant le conflit. Cette union sacrée
disparaît dès qu'il se termine. L'instabilité gouvernementale
s'installe et, en 1924, le Bloc national
de Georges Clémenceau au pouvoir est replacé par le Cartel
des Gauches que dirige Édouard Herriot, lui-même devant céder
la place en 1926 à l'Union nationale,
qui devra affronter la grande crise financière mondiale qui frappe
la France. en 1932. En 1936,
une coalition de gauche revient au pouvoir sous le nom de Front populaire.
C'est sous le Front populaire que sont signés les Accords Matignon
accordant la semaine de 40 heures et quinze jours de congés payés.
Mais ce gouvernement ne tiendra pas plus de deux ans. Avec Hitler au pouvoir
en Allemagne ,
les rumeurs de guerres sont de nouveau à l'ordre du jour. En septembre
1939,
la France liée par des accords, déclare la guerre à
l'Allemagne qui vient d'envahir la Pologne. Cette guerre, connue sous le
nom de Drôle de guerre, ne durera que jusqu'à l'année
suivante. L'armée française est écrasée, et
la IIIe République tombe.
Vichy, Londres
et la IVe République.
Tout le Nord de la France et la façade
atlantique sont occupées par les troupes allemandes. Un gouvernement
dirigé par le maréchal Philippe Pétain s'installe
à Vichy et collabore avec le régime hitlérien
en instaurant un système répressif, tandis que le général
De Gaulle, réfugié à Londres ,
appelle à la résistance, et constitue sous le nom de France
Libre une forme de gouvernement qui se veut l'alternative au gouvernement
de Vichy. Fin 1942, la zone Sud est
occupée par les Allemands, mais bientôt le débarquement
des troupes alliées en Normandie
(6 juin 1944), puis en Provence (15
août), permettent de libérer progressivement le territoire.
De Gaulle s'impose alors comme l'unique représentant de la France.
Il va diriger à la libération un gouvernement provisoire
auquel participent au côté des gaullistes, les socialistes
et les communistes. Ce gouvernement cédera la place en octobre 1946
à la IVe République. Il s'agit
d'un système particulièrement instable, reprenant beaucoup
des défauts de la IIIe République,
tout entier à la merci des rivalités entre les partis. Il
parvient sous la conduite à partir de 1947
de Jean Monnet, à réaliser le relèvement rapide du
pays détruit par la guerre, notamment grâce à l'aide
américaine (Plan Marshall). Monnet est également l'inspirateur
du projet européen, qui se concrétise d'abord par la création
en 1951 de la Communauté européenne
du Charbon et de l'acier (CECA), qui réunit la France, l'Allemagne ,
L'Italie
et les pays du Bénélux, puis par la signature, par les mêmes
pays, en 1957 du Traité de Rome ,
fondateur de la Communauté économique Européenne (CEE).
Mais, dans le même temps, la France se montre incapable de faire
face au grand défi de l'époque : l'empire colonial désormais
déchiré par les guerres d'indépendance. Après
la guerre d'Indochine perdue à la suite de la bataille de Dien-Bien-Phu
(1954), la France est confrontée
à une autre guerre en Algérie .
De Gaulle, à l'écart pendant cette période, manoeuvre
alors pour apparaître une nouvelle fois comme l'homme de la situation.
Le 13 mai 1958, le président
René Coty finit par l'appeler à la tête du pays.
La Ve
République.
La Ve
République est instaurée officiellement en février
1959.
Elle repose sur une constitution, adoptée par référendum
dès le 28 septembre
1958, qui
confère un rôle renforcé au président. Celui-ci,
que l'on élira au suffrage universel, y puisera sa légitimité
pour déterminer et conduire l'action politique du pays. En attendant
le suffrage universel (5 décembre 1965),
c'est De Gaulle, qui est élu par le Parlement le 21 décembre
1958.
En 1960, la plupart des colonies françaises
en Afrique sub-saharienne cèdent la place à de nouveaux États
indépendants. De Gaulle règle ensuite le problème
algérien en accordant l'indépendance à l'Algérie
le 18 mars 1962 (Accords d'Evian).
Avec cette disparition de l'empire colonial français la France,
bien qu'elle ait réussi à arracher un siège permanent
au Conseil de sécurité des Nations Unies; cesse d'être
une grande puissance. De Gaulle va cependant continuer de lui jouer sur
la scène internationale un rôle en quelque sorte surdimensionné,
en prenant par exemple ses distances par rapport aux Etats-Unis
(compensées par un rapprochement avec l'Allemagne
de Konrad Adenhauer), en quittant l'OTAN et en se dotant de l'arme nucléaire
(1960). De Gaulle est réélu,
au suffrage universel cette fois, le 5 décembre 1965. En mai 1968,
le pays est secoué par une crise sociale, économique et politique
sans précédent qui semble, un instant, faire vaciller le
pouvoir de De Gaulle. Celui-ci parvient à se maintenir en place
grâce notamment à la concession de quelques avancées
sociales (Accords de Grenelle), mais l'année suivante, un référendum
perdu convainc le président de quitter le pouvoir. Georges Pompidou,
qui avait été son premier ministre, est élu à
sa succession en juin 1969. Il mourra
d'un cancer le 2 avril 1974.
Un nouveau président est élu,
Valéry Giscard d'Estaing, qui sera, pour la première fois
depuis la création de la Ve République
un représentant de la droite non gaulliste. Giscard d'Estaing, sous
la présidence duquel les deux chocs pétroliers annoncent
un période durable de récession économique et de montée
du chômage, s'emploie à donner une image plus moderne de l'action
politique et, surtout, conduit une politique européenne volontariste.
Il est battu au élections du 10 mai 1981,
qui portent à la présidence le socialiste François
Mitterrand, à la tête d'une coalition de la gauche. Quatre
ministres communistes entreront même au gouvernement, cependant dominé
par les socialistes. Une avalanche de réformes est engagée.
La peine de mort est abolie; les liens étroits de la télévision
et du pouvoir, qui en faisait son outil de propagande privilégié
depuis De Gaulle, sont quelque peu dessérés, des mesures
économiques parfois abruptes sont également prises. Mais
en quelques mois, les enthousiasmes et les excès des débuts
se heurtent aux réalités, et le nouveau pouvoir s'inscrit
dans la même ligne modérée des autres partis socio-démocrates
d'Europe. L'élection législative de 1986
sera un nouveau tournant avec la victoire de la droite qui va placer
le pays dans une situation inédite : un président de gauche
et premier ministre de droite, Jacques Chirac, issu du parti gaulliste
(ou néo-gaulliste). C'est la cohabitation. Une étrange situation
dans le cadre d'institutions qui donnent la primauté au président
qui appartient à un camp, mais où le suffrage universel confère
la légitimité à une Assemblée nationale et
à un gouvernement d'un autre camp.
En 1988,
Mitterrand est pourtant réélu pour un nouveau septennat.
Le Parlement, cette fois, est majoritairement à gauche. La défaite
à plusieurs élections locales signalent cependant l'érosion
d'un pouvoir au caractère de plus en plus «
monarchique
». Le président, inaccessible dans sa tour
d'ivoire, règne, tandis que des scandales politiques et financiers
(commissions occultes sur des ventes d'armes, emplois fictifs, marchés
publics truqués, etc.) commencent aussi à éclater,
impliquant aussi bien le parti socialiste que la droite. Ils n'ont toujours
pas pris fin aujourd'hui, tant la classe politique à su se doter
des dispositifs qui rendent intouchables ses principaux responsables. La
présidence de Mitterrand est également marqué par
un creusement des inégalités sociales, une montée
de l'exclusion et de la précarité et un chômage persistant;
autant de maux qui eux aussi resteront d'actualité sous les présidences
de son successeur.
En 1993,
les socialistes perdent une fois de plus les élections législatives,
et une nouvelle cohabitation a lieu, avec cette fois pour premier ministre
Édouard Balladur. L'élection présidentielle de 1995
portera ensuite Jacques Chirac à la présidence. Une dissolution
intempestive de l'Assemblée nationale en 1997,
et la victoire de la gauche, le priveront cependant du pouvoir réel
pendant les cinq années suivantes, pendant lesquelles le premier
ministre est le socialiste Lionel Jospin. Au cours de cette troisième
cohabitation, l'incongruité de la situation conduit à modifier
la longueur du mandat présidentiel, qui sera désormais portée
à cinq ans, comme celle du mandat des députés. On
espère qu'ainsi la majorité présidentielle et la majorité
parlementaire coïncideront toujours.
Le 21 avril 2002,
le premier tour des élections présidentielles réservent
une mauvaise surprise aux démocrates. Lionel Jospin, le candidat
socialiste, est devancé par le candidat de l'extrême droite,
qui affrontera au deuxième tour, le président sortant, Jacques
Chirac, qui pourra alors bénéficier des voix d'une grande
partie des électeurs de gauche. Il est réélu avec
plus de 82 % des voix. Le quinquennat va être marqué par des
crises à répétition, et par le divorce de plus en
plus apparent de la population et de ces dirigeants : en novembre
2002,
une grande grève paralyse le secteur public à la suite des
privatisations engagées par le gouvernement. Un gouvernement qui
laisse une image de désinvolture, en août 2003,
lors d'une canicule responsable d'une surmortalité évaluée
à 15 000 personnes, âgées pour la plupart. En mars
2004,
la droite au pouvoir subit une défaite cuisante lors des élections
régionales, mais semble n'en tirer aucune conséquence. De
nouvelles grèves paralysent le pays en janvier 2005,
à propos de la réforme des retraites. En mai 2005
a lieu un référendum sur la constitution européenne.
Le traité proposé est rejeté par 54% des votants,
alors même que les principaux partis, à droite comme à
gauche, s'étaient prononcés en sa faveur. En octobre et novembre
2005,
des émeutes violentes embrasent les quartiers défavorisés
de la banlieue nord-est de Paris ,
puis d'autres villes. En mars et avril
2006,
c'est le désarroi d'une jeunesse, cette fois bien moins défavorisée,
qui se fait entendre par une grande grève qui bloque les lycées
et les universités pendant plusieurs semaines. Ce mouvement étudiant
aboutit au retrait de la loi qui l'avait déclenché.
Le 6 mai 2007,
les élections présidentielles qui ont opposé Ségolène
Royal, la candidate de la gauche, issue du Parti socialiste, à l'ancien
ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac et candidat de la droite,
Nicolas Sarkozy, ont donné la victoire à ce dernier. Les
élections législatives qui ont suivi, en juin, ont reconduit
la majorité sortante de droite à l'Assemblée nationale. |
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