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Dagobert Ier

Dagobert Ier, roi des Francs d'Austrasie de 622 à 632, des Francs de Neustrie et de Bourgogne de 628 à 638 (Moyen âge). C'est le dernier Mérovingien qui ait gouverné par lui-même. En l'année 622, Dagobert fut associé par son père Clotaire Il au pouvoir royal; il reçut le royaume d'Austrasie; toutefois, son père conserva le pays à l'Ouest de l'Ardenne et des Vosges; il avait été forcé de concéder à la noblesse austrasienne un roi particulier, mais gardait le plus de territoire possible sous son autorité directe. 

Sous le nom du jeune Dagobert, le pouvoir fut exercé par les chefs des l'aristocratie, l'évêque Arnulf de Metz et Pépin (dit l'Ancien), maire du palais. Quelques hostilités avec les Saxons troublèrent à peine la paix. Dagobert exerçait en Austrasie la plénitude de l'autorité royale, y compris le droit de vie et de mort. En 625, il réclame la restitution des provinces démembrées de l'Austrasie. Il vient avec ses leudes à Clichy où il épouse Gomatrude, soeur de la reine Sichilde. 

Trois jours après le mariage, violente querelle entre le fils et le père, au sujet des possessions enlevées à l'Austrasie. On choisit douze grands, dont Arnulf, pour trancher le différend. Ceux-ci réconcilient Clotaire Il et Dagobert; on rend à l'Austrasie tout ce qui en avait été démembré, du moins au Nord de la Loire, revenant aux limites de Sigebert, mais Clotaire II garde la Provence et les districts de l'Aquitaine. C'était un succès pour l'aristocratie austrasienne.  

En 627, quand Arnulf se retire, l'évêque de Cologne, Cunnibert, succède à son influence. L'année suivante, la mort de Clotaire Il amène Dagobert au premier plan. Il ajoute à l'Austrasie, la Bourgogne et la Neustrie; son frère Caribert ne reçoit que l'Aquitaine (628). 

Ce partage inégal était contraire à la tradition mérovingienne; il ressort des textes que Dagobert accomplit presque une usurpation; il réunit ses leudes et se prépara à entrer en campagne, envoya en Neustrie et en Bourgogne pour s'y faire reconnaître. Il vint à Reims, puis à Soissons où il reçut l'hommage des grands laïques et ecclésiastiques de Bourgogne. Il se rendit alors dans ce royaume, à Langres, puis à Dijon, à Saint-Jean-de-Losne, à Chalon-sur-Saône; sa ventre intimida les leudes, fut saluée avec joie par le peuple et les faibles dont le roi s'érigeait en  protecteur naturel; il accomplit son rôle de justicier, entre temps il fit tuer l'oncle maternel de Caribert, Brodulf; puis il revint à Paris par Autun, Auxerre et Sens; il renvoya à Reuilly la reine Gomatrude et la remplaça par une fille de sa maison, Nantechilde. En 629, il fit sa chevauchée en Austrasie et y prit pour femme Ragnetrude qui lui donna un fils, Sigebert (629). Enfin il se décida à fixer sa résidence à Paris, comme avait fait son père. 

Les historiens burgondes et austrasiens, tel que Frédégaire, déclarent qu'à dater de ce moment, Dagobert empira, corrompu par la vie facile des Neustriens. Pour se procurer de l'argent, il en prit aux églises et même aux grands, mais il le distribua largement aux pauvres; d'autre part il avait à la fois trois femmes légitimes, Nantechilde ou Nanthilde, Wulfgunde et Berchilde. En réalité, ce qu'on lui reproche c'est de s'être affranchi de la tutelle des grands, laïques et ecclésiastiques. Pépin, grâce à sa prudence, évita quelque temps la disgrâce du roi. En 629 il fut chargé de conduire le petit Sigebert à son oncle Caribert qui lui servit de parrain (à Orléans). Mais Dagobert ne lui permit pas de retourner en Austrasie; il le retint avec ses partisans dans la région d'Orléans. Cet exil dura jusqu'à la mort du roi. 

En 630, la mort de Caribert II, bientôt suivie de celle de son fils Chilpéric, fit de Dagobert le seul roi des Francs; l'Aquitaine fut réunie à ses États, y compris la Vasconie. Des difficultés surgirent du côté de l'Est. Le marchand Franc Samo y était devenu le chef des Slaves de Bohème et de Moravie. Ses attaques contre la Thuringe provoquèrent une guerre. Trois armées attaquèrent les Slaves; celle des Alamans et celle des Bavarois furent victorieuses, mais celle des Austrasiens complètement défaite (630). 

Le mécontentement des Austrasiens en fut très accru. Le massacre de 9000 réfugiés bulgares fut une piètre compensation. Dagobert se rendit à Metz et se mit à la tête de l'armée, mais ne dépassa pas Mayence. Il fit remise aux Saxons du tribut de 500 vaches que leur avait imposé Clotaire Ier, afin de les engager à garder la frontière contre les Vendes (631). L'année suivante, les ravages, des Slaves Vendes s'aggravant, Dagobert se rendit de nouveau à Metz et céda au désir des Austrasiens d'avoir un roi distinct; il leur donna son fils le petit Sigebert, sous le nom duquel gouvernèrent l'évêque de Cologne Cumfert et le duc Adalgisih (632). 

Lorsque en 633, Nanthilde donna au roi un second fils Clovis, on procéda sur-le-champ, d'accord avec les grands, à un partage éventuel de la succession; les chefs des Austrasiens jurèrent de reconnaître Clovis pour roi de Neustrie et de Bourgogne; mais on promit de rendre à Sigebert II tous les districts d'Aquitaine et de Provence possédés par Sigebert Ier; la Provence de Marseille, le Poitou, l'Auvergne, le Quercy, et de plus, semble-t-il, la Touraine, le Bourbonnais, le Velay, le Gévaudan, l'Albigeois, le Rouergue, l'Uzège, Avignon, Aix et Vence, possédés par Théodoric. Cependant il fallait guerroyer sur, les frontières, contre le duc de Thuringe, les Vascons, les Bretons. De sa cour de Clichy (ou de Saint-Ouen?), le roi expédiait des ordres; c'est là qu'il reçut les hommages du roi breton Judicaël (635) et du duc des Vascons, Aigyna (636). 

Il mourut dans sa résidence voisine d'Epinay. On sait peu de chose du caractère de Dagobert, malgré la légende qui l'a popularisé. Il semble avoir été assez doux et prudent, dévoué à l'Église; il fut un des principaux bienfaiteurs de l'abbaye de Saint-Denis. Ses principaux conseillers furent le référendaire Dado et le fameux saint Eloi, qui remettait tout à l'endroit. (A.-M. B.).



Yvan Gobry, Dagobert Ier, Pygmalion, 2006.

Numismatique. - Un petit nombre de monnaies mérovingiennes présentent le nom de Dagobert, gravé sur l'une de leurs faces. Ce sont toutes des sous et des tiers de son d'or. L'absence de date sur ces monuments en rend l'attribution difficile à l'un des trois rois qui ont porté ce nom. Toutefois, l'on ne peut douter que les monnaies qui offrent à la fois le nom de Dagobert et celui d'Eloi ne doivent être attribuées à Dagobert ler. Les ateliers d'où sont sorties des monnaies au nom de Dagobert Ier sont : Paris, Marseille, Viviers, Uzès, Agaune, Bannassac, Limoges, Verdun, Tours. A Dagobert II, on peut donner un tiers de sou de Clermont en Auvergne. Sur un certain nombre de tiers de sou, on trouve avec le nom du roi celui d'un monétaire; on ne saurait décider auquel des trois Dagobert il convient de les attribuer. (M. P.).

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