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Histoire de la France
La Révolution de Février
La Révolution de 1848
La révolution du 24 février 1848  renversa le trône de Louis-Philippe , mettant ainsi fin à la monarchie de Juillet, et établit la Seconde République.

L'opinion publique réclamait avec insistance l'abaissement du cens électoral, l'admission des capacités et une large extension des incompatibilités parlementaires; toutes réformes que Louis-Philippe refusait obstinément. Les députés de l'opposition songèrent à renverser le ministère.

A ce dernier acte de la campagne pour la réforme électorale, l'opposition redoutait des troubles, se demandant où ils mèneraient ; le gouvernement et la majorité les « désiraient presque » (Tocqueville), sûrs qu'ils étaient d'en triompher et de s'y fortifier.

En apparence, le hasard mena tout. Mais les régimes ne succombent pas comme les individus à des accidents. Si la chute de la monarchie de Juillet fut plus rapide et aussi irrémédiable que celle de la monarchie de droit divin, c'est qu'elle n'était pas moins usée et qu'ayant perdu sa raison d'être par l'abandon des principes qui l'avaient portée au pouvoir, elle ne croyait plus en elle-même. Au premier choc, elle se chercha et ne se trouva plus.

Chute de Guizot. 
Ce fut l'affaire de deux jours. Les chefs de l'opposition parlementaire, même les républicains, n'avaient poursuivi que le renversement de Guizot. Le 22 février, après avoir, par prudence, décommandé le banquet du XlIe le arrondissement, Odilon Barrot et cinquante-deux députés déposèrent une demande de mise en accusation du ministère. Guizot l'accueillit avec dédain; rien qu'une manifestation pour couvrir la retraite.

Le lendemain matin, quelques barricades surgirent. Comme la garde nationale avait jusqu'alors soutenu le gouvernement contre toutes les émeutes, le général Jacqueminot la convoqua, et le premier coup de théâtre se produisit.

La bourgeoisie de Paris était excédée de Guizot; elle était d'ailleurs favorable à la réforme. Les légions ne furent pas plutôt dans la rue qu'elles se mirent entre la troupe et la foule, aux cris de : 

« Vive la réforme! » et « A bas Guizot ! »
Cette « insurrection morale de la garde nationale », comme l'appela Louis-Philippe, le bouleversa. Il était « le roi » de la garde nationale. La reine, le duc de Montpensier lui dirent que Guizot le perdait. Il fit venir Guizot, lui demanda sa démission.

Guizot se rendit à la Chambre, monta tout droit à la tribune et, « renversant la tête presque en arrière de peur de paraître la baisser », annonça que le roi faisait appeler Molé.

L'opposition éclata en applaudissements devant la majorité consternée. Le soir, Paris illumina.

La Révolution. 
Alors le second coup de théâtre. Comme une colonne de manifestants, joyeux de la facile victoire, passait sur le boulevard des Capucines, un coup de feu fut tiré (on ne l'a jamais su) de la foule ou de la troupe qui barrait le passage devant le ministère des Affaires étrangères. Les soldats, énervés, firent une décharge; les fusils partirent d'eux-mêmes.

Les manifestants, qui étaient sans armes, crurent à un guet-apens. Ayant ramassé les cadavres (il y en avait une vingtaine), ils les placèrent sur une charrette, et, à la lueur des torches, remontèrent vers la Bastille, en criant vengeance.

L'émeute, devenue révolution dans la nuit, emporta tout, le jour suivant (24 février), en quelques heures. Les meneurs décidèrent brusquement de renverser la monarchie.  Seulement ils n'avaient rien préparé qu'un mot pour la remplacer.

Abdication du roi.
Le roi, dès qu'il fut informé de la fusillade, fit venir Thiers et donna le commandement des troupes à Bugeaud, énergique et impopulaire. Thiers ne voulut pas prendre le pouvoir sans Barrot. Le premier acte de Barrot fut de demander que La
Moricière fût adjoint à Bugeaud. Cela équivalait à le révoquer, « sans cependant, comme disait Thiers, faire descendre de cheval un maréchal de France ».

Mais déjà, l'heure du classique « trop tard» avait sonné. Dès le matin du 24, Paris était couvert de barricades, d'où partait maintenant le cri de «Vive la République »; bientôt gardes nationaux et soldats de la ligne fraternisèrent avec le peuple. Avant midi, le Palais-Royal fut aux mains des insurgés.

On a reproché au roi de n'avoir pas défendu « son droit par les armes » (Renan). Il avait l'horreur de la guerre civile et le souvenir de Charles X le hantait. Et la troupe ne marcha pas. Il n'y eut « nulle part de résistance sérieuse » (Daniel Stern); le chiffre des morts pendant les journées de février fut pour l'armée de 72 et pour le peuple de 289.

Moins d'une heure après, le roi, abandonné et s'abandonnant, avait abdiqué en faveur de son petit-fils, comme avait fait Charles X, et quittait en fiacre le palais des Tuileries où la révolution entra derrière lui.

Le gouvernement provisoire. 
La duchesse d'Orléans se rendit à la Chambre avec ses enfants. Ici encore, c'était trop tard.

Si rapides qu'eussent été les événe ments, la foule déjà avait commencé envahir la Chambre. Barrot proposa la régence avec la duchesse d'Orléans, à la place du duc de Nemours. Ledru-Rollin et Lamartine, pressés par Berryer et La Rochejaquelein qui tenaient leur vengeance de juillet, réclamèrent la nomination d'un gouvernement provi soire. Comme les insurgés débordaient dans la salle des séances, le président Sauzet disparut. Il était un peu plus de 3 heures.

Lamartine et Ledru-Rollin firent acclamer par la foule les noms des membres du gouvernement provisoire, puis se rendirent à l'Hôtel de Ville où la liste fut complétée. Le gouvernement fut composé de Dupont (de l'Eure), Lamartine, l'astronome Arago, Ledru-Rollin, Marie, Crémieux, Garnier Pagès, députés, Louis Blanc, Flocon et Armand Marrast, journalistes, et Albert, ouvrier. (J. Reinach).

La République fut proclamée seulement le 25. Dans une adresse au peuple français, le gouvernement provisoire définissait ainsi le régime qu'il voulait fonder, et dont le programme appartient à l'histoire : 

Le règne du peuple s'appelle République. Si vous nous demandez quelle République nous entendons par ce mot, et quels principes, quelle politique, quelles vertus nous souhaitons aux républicains que vous allez élire, nous vous répondrons : « Regardez le peuple de Paris et de la France depuis la proclamation de la République! Le peuple a combattu avec héroïsme. Le peuple a triomphé avec humanité. Le peuple a réprimé l'anarchie dès la première heure. Le peuple a brisé de lui-même, aussitôt après le combat, l'arme de sa juste colère. Il a brûlé l'échafaud. Il a proclamé l'abolition de la peine de mort contre ses ennemis. Il a respecté la liberté individuelle en ne proscrivant personne. Il a respecté la conscience dans la religion qu'il veut libre, mais qu'il veut sans inégalité et sans privilège. Il a respecté la propriété. Il a poussé la probité jusqu'à ces désintéressements sublimes qui font l'admiration et l'attendrissement de l'histoire. Il a fait du nom du peuple le nom du courage, de la clémence et de la vertu. Nous n'avons qu'une seule instruction à vous donner! Inspirez-vous du peuple de Paris, imitez-le! Pensez, sentez, votez, agissez comme lui. »
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