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Histoire de la France
La Monarchie de Juillet
Le règne de Louis-Philippe
La Révolution de Juillet remua profondément les peuples; les jeunes partis de démocratie et les nations en servage la voyaient venir à eux de la même allure que sa grande aînée de 1789.

La Monarchie de juillet se préoccupa aussitôt de rassurer les gouvernements et de se faire accepter par eux.

Ainsi, du premier jour, elle fit preuve de cette sagesse, qui valut à Louis-Philippe le nom, un peu gros, de  « Napoléon de la paix », mais qui n'alla pas quelquefois sans un peu d'humilité, dont s'armèrent les partis.

La politique intérieure et la politique étrangère de la nouvelle monarchie vont réagir l'une sur l'autre. Issue de la liberté, « la royauté des barricades », « la meilleure des Républiques », selon le mot de La Fayette, voudra montrer qu'elle n'est pas moins soucieuse d'ordre que les gouvernements absolus. Puis elle s'éloignera de ses origines et, à force de les vouloir faire oublier aux autres, les oubliera elle-même.

Talleyrand, au lendemain de la révolution, est allé comme ambassadeur à Londres où il a conclu « l'entente cordiale », gage et garantie de la paix et de l'équilibre de l'Europe. Casimir Périer, au lendemain de l'année de désordres qui a été comme le remous de la Révolution, a construit, sans porter atteinte à aucune liberté, un gouvernement qui gouverne. Mais le régime finira avec Guizot qui recherche l'appui de Metternich, se fait l'homme de la réaction et rouvre, par contre-coup, l'ère des aventures.

Le pays légal. 
L'erreur initiale, grosse de toutes les autres, de la bourgeoisie remplaçant l'aristocratie au pouvoir, fut avoir élargi de façon très insuffisante le corps électoral, c'est-à-dire les assises mêmes du régime parlementaire.

Sans doute, l'heure du suffrage universel n'était pas encore venue. Les républicains eux-mêmes ne le réclamaient pas. L'Empire et la Restauration avaient laissé les classes populaires dans une misérable ignorance. Les illettrés y étaient la majorité. Il faudra la loi de 1833 pour que chaque commune soit tenue d'ouvrir au moins une école primaire, sans que l'enseignement soit d'ailleurs ni obligatoire, ni gratuit, ni laïque.

Cependant la France de la Révolution de juillet, qui était, par surcroît, la France du plus magnifique mouvement intellectuel du siècle, méritait autre chose que le médiocre don de joyeux avènement qu'elle eut des classes moyennes. Ce furent tout juste l'article de la Charte qui abaissa à vingt-cinq ans l'âge de l'électorat et à trente celui de l'éligibilité, et la loi de 1831 qui abaissa le cens de l'éligibilité et celui de l'électorat à 1000 et à 200 francs d'impôts directs; pour les membres de l'Institut et pour les officiers retraités avec une pension de 1200 francs au moins, le cens électoral fut réduit à 100 francs. Cela faisait à peu près 190 000 électeurs pour 30 millions de Français.

Le pays légal aura souvent l'instinct des grands intérêts du pays et le dotera de quelques-unes de ses meilleures lois; mais le gouvernement n'est pas celui du pays par le pays; c'est celui d'une aristocratie d'argent qui porte fatalement en elle le germe des corruptions.

Les partis. 
De là, dès le début du règne, la désaffection des partis de démocratie, déçus et frustrés. Le parti républicain s'est multiplié comme par une sorte de génération spontanée, pendant les journées de juillet. Le parti socialiste s'est constitué à sa gauche, par une suite naturelle du développement de la vie industrielle. Le parti bonapartiste est né de la légende grandissante de l'empereur; il compagnonne avec les républicains et les socialistes, promet le plébiscite, l'élection directe du chef du peuple par tout le peuple.

A l'autre extrémité des partis antidynastiques, les « dépossédés», la noblesse et la plus grande partie du clergé, les légitimistes et les carlistes, comme ils s'appellent, tiennent Louis-Philippe, élu d'une Chambre dissoute (à la vérité illégalemnent) pour un usurpateur, et ne reconnaissent que le comte de Chambord. Le parti dynastique ou orléaniste se divisa bientôt en deux fractions principales qui, selon la règle du jeu parlementaire, se succédèrent au pouvoir une droite conservatrice avec Guizot pour chef ; une gauche progressiste avec Thiers à sa tête.

Entre ces deux partis constitués sur le modèle des tories et des whigs, un groupe du centre, sous la direction de Molé, fit l'appoint, se portant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, plus volontiers à droite.

Insurrections et attentats. 
La nation, dans sa grande majorité, avec son sens coutumier de l'équilibre, accepta le gouvernement de Louis-Philippe qui devait lui donner dix-huit années de paix
extérieure, d'une honnête liberté et d'une prospérité encore sans exemple.

L'assentiment fut manifeste, dans les campagnes comme dans les villes. L'avènement de la branche cadette mettait fin aux prétentions de la noblesse unie à l'Eglise, il consacrait l'égalité civile avec toutes ses conséquences.

Mais comme il n'y avait plus de légitimité en haut, et qu'il n'y en avait pas encore en bas, les partis en appelèrent souvent à la force; aucun règne ne fut troublé par plus d'insurrections et plus d'attentats.

Insurrections princières.
Les insurrections furent les unes princières, les autres républicaines.

La tentative de la duchesse de Berry, celles du prince Louis-Napoléon, fils de Louis Bonaparte et d'Hortense de Beauharnais, devenu l'héritier de l'empereur depuis la mort du duc de Reichstadt, furent aisément comprimées.

La duchesse de Berry ne trouva plus de « vendéens ». A peine une poignée de gentilshommes et de paysans la suivit (1832). Livrée par l'un de ses confidents, elle fut enfermée quelque temps au château de Blaye; elle y mit au monde une fille qu'elle avait eue d'un mariage secret avec un Italien.

Le prince Louis-Napoléon essaya en vain à Strasbourg, puis à Boulogne, d'entraîner les garnisons. Louis-Philippe s'était contenté de l'expulser après sa première tentative (1836); traduit, après la seconde, devant la Cour des pairs, il fut condamné à la prison perpétuelle et interné au château de Ham d'où il s'évada après six années de captivité (1840-1846).

La révélation de son mariage secret ruina la duchesse de Berry dans le parti royaliste; Louis-Napoléon parut un aventurier. Les idées socialistes dont il faisait montre ne lui valurent d'abord de sympathies que parmi un petit nombre d'ouvriers.

Insurrections républicaines. 
Les soulèvements populaires furent autrement graves par la puissance des lames de fond venant, à Paris comme à Lyon, des faubourgs ouvriers (1831, 1832, avril 1834). Il y eut des batailles de rues qui durèrent plusieurs jours, des répressions qui laissèrent de longs sillages de haine (cloître Saint-Merri, rue Transnonain) .

Le caractère politique domina à Paris (funérailles du général Lamarque), le caractère social à Lyon où les canuts arborèrent le drapeau noir avec l'inscription tragique :

 « Vivre en travaillant ou mourir en combattant. »
Les chefs de ces mouvements appartenaient pour la plupart au parti socialiste (Barbès, Blanqui, Martin Bernard).

Propagande républicaine.
La Société des droits de l'homme était presque exclusivement républicaine, avec
la « Déclaration » de 1792 pour Evangile et sans autre formule encore que l'appel au nombre pour constituer et faire fonctionner le pouvoir. Son chef, Godefroy Cavaignac, fils d'un conventionnel qui avait voté la mort du roi, était une âme chevaleresque, nourrie de la Révolution, un caractère entier et impétueux.

Parmi les socialistes, Barbès était, lui aussi, une manière de Bayard; Blanqui,
seul, eut des qualités d'homme d'Etat.

Le retentissement des procès (devant les tribunaux de droit commun ou devant la Cour des pairs) contribua beaucoup à la propagande républicaine. Les défenseurs (Ledru-Rollin, Michel de Bourges, Jules Favre) firent le procès, non seulement du régime, mais du principe monarchique.

Depuis Brumaire, la République n'avait plus été qu'un nom magnifique et effrayant; elle devint l'ambition déclarée de la démocratie : la Révolution ne se réalisera pleinement que par la République.

La machine infernale. 
Il n'y eut guère d'année où Louis-Philippe ne fut l'objet d'un attentat; il appelait ces tentatives d'assassinat « les risques professionnels de la royauté ».

La « machine infernale » de Fieschi épargna le roi, qui passait une revue de la garde nationale, et ses fils, mais fit autour d'eux une affreuse tuerie (1835).

Les deux époques de la Monarchie de Juillet

On peut diviser en deux parties l'histoire du règne :
• L'une, de dix années, où s'établit, au milieu de grandes difficultés, insurrections et attentats au dedans, menaces de conflits au dehors, le premier gouvernement qui ait résolument accepté comme règles le respect des libertés publiques et les principes et la pratique du régime constitutionnel;

• L'autre, de huit années, où tout le gouvernement se trouvant « comme entassé » dans les limites d'une seule classe, « à l'exclusion, en droit, de tout ce qui était au-dessous d'elle et, en fait, de tout ce qui avait été au-dessus », la bourgeoisie parut moins la directrice que « la fermière » du régime  (Tocqueville).

Si graves qu'aient été les erreurs de cette seconde période, cependant la presse et la tribune y restèrent libres, «le trône » fut tout le temps « exposé à la lumière » (Victor Hugo), le gouvernement et le Parlement abondants en talents variés et brillants.
Créés sous la Restauration, l'éloquence parlementaire atteignit son plein développement sous la monarchie de Juillet : énergique et rude chez Périer, avec des soubresauts d'orage; hautaine et grave chez Guizot, avec des éclairs de lumière; souple et vive chez Thiers, avec des pétillements de verve méridionale; solide et probe chez Dufaure, avec des coups de boutoir; harmonieuse et limpide chez Lamartine, avec des coups d'aile de prophète; fougueuse et sonore chez Berryer qui, tel Mirabeau, donnait à la raison l'allure et l'éclat de la passion.

Ministère Casimir Perier.
Le premier président du Conseil de la monarchie nouvelle, Jacques Laffitte, très honnête homme, mais faible et irrésolu, avait pris le tumulte de la liberté pour la liberté elle-même. Armand Carrel, directeur du National, qui inclinait déjà à la République, disait de lui qu'il avait fait l'essai, non pas d'un système, mais de l'absence de tout système : du « gouvernement par abandon ».

Le procès des ministres de Charles X devant la Chambre des pairs, qui les condamna à la prison perpétuelle, alors que la foule réclamait la peine capitale, et le service funèbre célébré par les légitimistes à Saint-Germain l'Auxerrois pour le duc de Berry, donnèrent lieu à d'affreux désordres. Les collègues de Laffitte eux-mêmes se demandèrent « si la monarchie pourrait subsister ».

L'autorité fut restaurée par son successeur, orateur puissant, caractère plus puissant, Casimir Périer. Né pour le commandement, d'une énergie d'airain dans un long corps débile et brûlé de fièvre, avec la volonté d'attirer tout à lui, « les affaires comme les haines », il dominait de son mépris « les misères d'une popularité de vanités et de
criaillerie », et, sauf l'intérêt de l'Etat, ne voulut rien connaître.

Quand il fut emporté, au bout d'un an de règne, par la première épidémie de choléra qui atteignit la France et dont il avait contracté le germe en visitant les hôpitaux, la monarchie bourgeoise avait perdu « l'apparence d'un gouvernement provisoire » (mai 1832).

Ses successeurs (d'abord le duc de Broglie, Thiers et Guizot dans un même ministère, puis Thiers en 1836, Molé de 1836 à 1839) s'appliquèrent à poursuivre la politique dont il avait donné la formule : 

« Au dedans l'ordre, sans sacrifice pour la liberté; au dehors, l'ordre sans qu'il en coûte rien à l'honneur»; 
et chacun selon son tempérament, Broglie avec cette parfaite loyauté d'esprit qui ne craint pas de donner raison au fait sur la théorie, Thiers avec le feu d'une intelligence qui s'attaque à tout et domine presque tout, Molé avec la belle probité d'un grand commis exact de l'empereur. Mais aucun n'y porta comme Périer cette sorte de génie, à la vérité âpre et violent, qui donnait un air de noblesse au « système », le moins propre aux belles déclamations, du « juste milieu ».

Les lois de réforme. 
L'ordre une fois assuré dans la rue, le gouvernement de Juillet s'appliqua moins à innover dans la législation qu'à assurer par des garanties solides le respect du droit et de la liberté.

Les lois sur le jury, sur les associations, sur le régime des aliénés, sur l'expropriation publique, sur l'organisation des assemblées départementales, sur les tribunaux de commerce, furent heureusement corrigées.

Des lois dites « de septembre », après l'attentat de Fieschi, sur la répression des délits (de presse, Victor Hugo a écrit qu'elles furent « des lois de claire voie »; elles entendaient faire rentrer tous les partis dans la Charte et empêcher qu'on n'en remit
chaque jour en discussion le principe. 

D'autres lois furent de réforme et d'amélioration sociale : la grande loi de Guizot sur l'instruction primaire, élémentaire et supérieure; celle de Thiers sur la construction et l'administration des chemins vicinaux; les lois sur les caisses d'épargne, la suppression des loteries, la compétence étendue des juges de paix.

La loi de 1834 sur l'état des officiers fit du grade une propriété; elle reste en vigueur.

La Révolution de Juillet au dehors. 
Pareillement, dans les choses du dehors, le gouvernement, né d'une révolution accomplie pour la défense de la liberté, s'appliqua à faire le départ « entre les idées et les forces diverses qui avaient été déployées autour de son berceau » (Guizot).

L'ébranlement causé par la Révolution de juillet fut ressenti dans presque toute l'Europe. Des révoltes éclatèrent en Italie (à Modène et dans les Romagnes), en Espagne et au Portugal, dans l'Allemagne du Nord, et deux véritables révolutions en Pologne et en Belgique.

Les plus ardents des combattants de juillet, dans la joie de la victoire et du drapeau tricolore retrouvé, méconnurent le sens de ces mouvements, regardèrent vers le Rhin et réclamèrent une guerre qui réveillerait « les échos des marches de la Convention et de l'Empire » (Quinet).

C'eût été provoquer une nouvelle coalition des grandes puissances continentales et de l'Angleterre elle-même. Elle n'aurait pas davantage cédé à Louis-Philippe qu'à Napoléon, à la Convention et à Louis XIV sur la Belgique et sur le Rhin.

Politique de non-intervention. 
Ni Louis-Philippe, ni Talleyrand, ambassadeur à Londres, et, de Londres, le véritable ministre des Affaires étrangères, tous deux lourds d'une longue expé rience, n'étaient hommes à jouer un pareil jeu. Laffitte lui-même, si empressé qu'il fût de céder aux démonstrations populaires, affirma « la politique de non-intervention ». Enfin, Casimir Perier  prononça le grand mot

« Le sang français n'appartient qu'à la France. » Il dit encore qu'il fallait vouloir la paix « comme on veut la justice ».
En fait, l'immense majorité de la France voulait la paix, mais la plupart des meneurs de l'opinion n'eurent pas le courage de donner raison à la raison.

D'autre part, la France ne saurait se désintéresser des événements qui se produisent dans des États assez voisins du sien pour que leur destinée importe à la sienne.

Ce n'est pas le cas de la Pologne; la malheureuse nation en conviendra elle-même : « Dieu est trop haut et la France est trop loin. » Par contre, quand il s'agit de la Belgique ou de la Suisse, de l'Italie ou de l'Espagne, la monarchie pose en principe qu'elle n'y souffrira aucune intervention étrangère, sans intervenir elle-même.

Elle ne réclame aucun avantage particulier, mais rien ne doit se décider sans elle.

Indépendance et neutralité de la Belgique.
La révolution de Bruxelles contre la domination hollandaise a suivi de près la révolution de Paris (août-septembre 1830). Comme le roi des Pays-Bas a fait aussitôt appel aux souverains garants des traités de Vienne et a réclamé leur intervention armée contre les Belges rebelles, Talleyrand a suggéré à Londres d'arbitrer le conflit dans une conférence à cinq.

L'Angleterre avant accueilli l'idée et l'avant fait accepter à Vienne, à Berlin et à Pétersbourg, la monarchie de juillet fut admise, sans débat, dans le concert européen. Elle y parut aussitôt avec la politique traditionnelle de protectrice des petites nationalités.

La satisfaction d'orgueil qu'a eue Louis XIV en acceptant le trône d'Espagne pour son petit-fils a précipité le royaume dans la guerre désastreuse de la Succession; Louis-Philippe a la sagesse de refuser pour son fils Nemours la couronne que lui offre le Congrès national de Bruxelles.

Dès lors, le concours de l'Angleterre reste assuré : il l'est d'autant plus que Talleyrand consent à la candidature du prince Léopold de Cobourg, veuf d'une princesse anglaise et qui va épouser l'une des filles de Louis-Philippe.

Le 20 décembre, la conférence reconnut l'indépendance de la Belgique et, le 20 janvier suivant, proclama la neutralité perpétuelle du nouvel Etat, sous la garantie des cinq grandes puissances.

Anvers et Ancône. 
Quand le roi des Pays-Bas repoussa les décisions de la conférence et envahit la Belgique, une armée française se porta au secours de la jeune nation, mit le siège devant Anvers et en chassa les Hollandais (1832). C'était bien le système de Metternich qui tombait en pièces.

L'année d'avant, les Autrichiens ayant prétendu être seuls à rétablir l'ordre dans les Etats du pape, Casimir Périer avait envoyé à Ancône un régiment  il l'y maintint tant que les Autrichiens n'eurent pas rappelé leurs troupes.

Conquête de l'Algérie

Les avantages de cette politique n'ont été reconnus que longtemps après; la paix en Europe et l'alliance anglaise étaient par surcroît les conditions nécessaires de la conquête de l'Algérie.

Cette grande affaire ne fut pas poursuivie dans les premiers temps avec  méthode ni vigueur. La Chambre fut loin d'être unanime; il s'y produisit des discussions mesquines et hargneuses. Les militaires eux-mêmes se montrèrent réservés. Ils préconisèrent l'occupation restreinte, réduite aux villes de la côte. Thiers dit rudement que ce serait « un non-sens ». Les établissements français auraient été constamment en alerte sous la menace des tribus.

Ce fut la force des choses qui imposa le plus grand effort. Avant la fin du règne, la conquête du vieux nid des pirates barbaresques fut étendue à toute l'Afrique du Nord depuis les confins de la Tunisie à ceux du Maroc.

Abd-el-Kader. 
L'occupation d'Oran mit les Français aux prises dès 1332 avec l'émir Abd-el-Kader, Arabe de «« grande tente », fils d'un marabout qui passait pour chérif, c'est-à-dire descendant du Prophète, lui-même moitié prêtre, moitié soldat, cavalier infatigable, avec, à vingt-quatre ans, quelques-unes des plus belles qualités d'un chef.

Les Arabes, vieille nation guerrière, furent, sous ce chef hardi et intelligent, des adversaires redoutables. Un sanglant succès qu'ils remportèrent au défilé de la Marfa, irrita une opinion jusqu'alors un peu stagnante. Le maréchal Clauzel, nommé gouverneur de l'Algérie, vengea avec cet échec, s'empara de Mascara, capitale de l'émir, puis, l'année d'après, occupa Tlemcen.

Abd-el-Kader, jouant la comédie de la soumission, obtint du général Bugeaud le traité de la Tafna qui lui laissait de grands avantages (1837).

Le duc d'Orléans, fils aîné du roi, rejoignit l'armée en Algérie; il y fut bientôt suivi par ses frères Nemours, Joinville et Aumale.

Constantine
A l'autre extrémité de l'Algérie, il fallut deux campagnes pour venir à bout de Constantine. Clauzel s'était flatté de l'enlever de vive force, avec 5000 hommes déjà épuisés par une marche pénible sous des pluies torrentielles, Repoussé avec de grosses pertes, il fut contraint à un retraite, où Nemours ne fut pas moins ferme.

A l'automne suivant, le général Damrémont, qui avait remplacé Clauzel au gouvernement de l'Algérie, mit le siège devant la ville. A la veille de l'assaut, il fut tué en arrière d'une batterie comme avait été frappé Turenne. Valée prit le commandement. Le lendemain, en une heure d'un terrible combat, Constantine fut emportée (octobre 1837).

Bugeaud.
Restait Abd-el-Kader que le traité de la Tafna avait grandi aux yeux des Arabes. Il l'avait conclu comme une trêve pour se donner le temps de préparer la guerre sainte avec l'appui du sultan du Maroc; l'ayant proclamée, il ne fut réduit qu'après huit années de durs combats (1839-1847). Côté français, la guerre fut conduite dans cette dernière période par Bugeaud (1784-1849).

Bugeaud avait été, dans les premiers temps, un adversaire déclaré de l'entreprise africaine, ce qu'il ne craignit pas de rappeler en prenant le commandement : 

« Le pays s'est engagé, je dois le suivre. »

« Mais, dit-il aussitôt, la guerre, indispensable aujourd'hui, n'est pas le but. La conquête serait stérile sans la colonisation. Je serai donc colonisateur ardent, car j'attache moins de gloire à vaincre dans les combats qu'à fonder quelque chose d'utilement durable pour la France. »

Il avait pour devise : Ense et aratro, « par le glaive et par la charrue ».  Tout
le système d'administration coloniale imposé par la France en Algérie
date de lui. Il fut exactement le fondateur de l'Algérie.

Isly
Les principaux événements de cette seconde partie de la guerre d'Afrique furent la prise de la Smala (ville ambulante de tentes) d'Abd-el-Kader par le jeune duc d'Aumale, la victoire de l'Isly sur l'armée marocaine, venue au secours de l'émir, les bombardements de Tanger et de Mogador par l'escadre du prince de Joinville et la conquête des montagnes du Dahra. Abandonné par l'empereur du Maroc et traqué de toutes parts, Abd-el-Kader se rendit au général La Moricière (décembre 1847). Entouré d'une escorte et gardant toute sa fierté dans la défaite, il vint se livrer aux mêmes lieux (Sidi-Brahim) où, l'année d'avant, une poignée de chasseurs et de carabiniers avait tenu tête à des nuées d'Arabes et s'était fait tuer jusqu'au dernier plutôt que de se rendre.

L'Algérie était soumise. Il ne restait plus à réduire que les montagnes de la Kabylie

Le déclin du règne de Louis-Philippe

Molé et la « coalition ».
Pendant que se poursuivait la conquête de l'Algérie, la monarchie atteignit le moment où, s'étant affermie contre les partis du passé, qui avaient perdu courage, et contre les partis de l'avenir, dont les espérances s'éloignaient, elle ne pouvait plus s'affaiblir que par ses propres fautes.

La rivalité de Thiers et de Guizot, surtout la conception, toute anglaise, qu'avait Thiers du souverain dans la monarchie constitutionnelle : « Le roi règne et ne gouverne pas », amenèrent Louis-Philippe à appeler aux affaires le comte Molé. Il n'était ni tory ni whig et recevait volontiers les indications du roi, Thiers et Guizot, libéraux et doctrinaires, parti du mouvement et parti de la résistance, se liguèrent contre lui avec

Berryer, le grand orateur des légitimistes, et Barrot, le porte-parole de la gauche avancée. Molé fut bientôt dans l'impossibilité de gouverner; il demanda au roi et obtint de lui la dissolution de la Chambre.

La coalition alla à la bataille avec cette formule : 

« Substitution du gouvernement parlementaire au gouvernement personnel ». 
Molé, battu, céda la place au maréchal Soult (avril 1839). Redevenu peu après premier ministre, Thiers gouverna avec l'appui de la gauche. Guizot avait accepté de Soult d'aller ambassadeur à Londres.

Le retour des cendres. 
Ami de Talleyrand, Thiers l'avait appuyé dans la politique de paix qui prévalut à l'époque de la révolution belge. Pourtant il eût voulu plus d'allure à la monarchie de juillet, comme Chateaubriand à la Restauration.

Il avait le goût des choses de l'armée, et il n'avait guère moins contribué que les artistes (Raffet, Charlet, les peintres des galeries de Versailles) et que les poètes (Béranger, Hugo) à la légende impériale. Il écrivait dans ses loisirs l'Histoire duConsulat et de l'Empire; il avait, dans son précédent ministère, achevé et inauguré l'Arc de Triomphe.

L'idée lui vint de fortifier, sinon d'exalter, le sentiment national par des mesures, en apparence fort différentes, mais qui procédaient l'une et l'autre des souvenirs de l'Empire. Paris, ville ouverte, n'avait pu résister en 1814 pendant plus d'une demi-journée, et n'avait même pas tenté de résister en 1815 aux armées étrangères : il proposa d'entourer Paris d'une enceinte de murs.

Le corps de Napoléon était toujours prisonnier des Anglais à Sainte-Hélène : il proposa de le faire revenir triomphalement pour être déposé non pas à Saint-Denis, « bien qu'il eût été le souverain légitime de la France », mais « dans un lieu silencieux et sacré, dans l'enceinte où vont se reposer les soldats de la patrie» - c'est-à-dire aux Invalides -  « où il régnera et commandera encore ». (Exposé des motifs du projet présenté par Charles de Rémusat, ministre de l'Intérieur).

Guizot obtint le consentement du gouvernement anglais à « la translation des cendres-». Louis-Philippe envoya le prince de Joinville à Sainte-Hélène pour y recueillir « les restes mortels de l'empereur ».

Prophéties de Lamartine.
Un grand poète, Lamartine, devenu député et n'appartenant alors à aucun parti, « siégeant, disait-il, au plafond », fut presque seul à combattre, dans des discours prophétiques, les deux projets.

Il dit qu'on voulait, depuis quelque temps, « substituer dans l'esprit de la nation le culte de la force à la religion sérieuse de la liberté », et qu'il y avait là un grand danger. En effet, « on ne rapetisserait pas en vain le trône devant un pareil tombeau ». Quoi ! « une telle épée donnée pour jouet à un tel peuple! ». 

Et il montra à l'horizon un autre Napoléon, une autre invasion. Pour les fortifications, la défense nationale n'en tirera aucun profit : « Paris ne sauvera pas la France, Paris ne se sauvera pas lui-même »; mais que deviendra la représentation nationale devant la gueule de deux cents bouches à feu dont une population affamée et ombrageuse tiendra la mèche? »  C'est-à-dire le Second Empire, Sedan, le siège de Paris et la Commune.

Les projets furent adoptés. Les militaires avaient décidé que Paris fortifié serait imprenable. Le retour des cendres fut comme une revanche de Waterloo.

Affaires de Syrie. 
La crise la plus grave du règne éclata soudain dans cette atmosphère d'évocations de guerre et de gloire prétendue. 

Comme la plupart des grandes crises qui agiteront l'Europe pendant encore des décennies, elle vint d'Orient. Méhémet-Ali, fils du pacha d'Egypte Ibrahim, était parti en guerre contre le sultan et, après avoir battu les Turcs à Nézib, s'était emparé de la Syrie d'où il menaçait la route de Constantinople.

Molé, puis Soult et Thiers appuyèrent Méhémet-Ali. La légende napoléonienne ayant réveillé les vieilles haines contre l'Angleterre, une partie de l'opinion vit dans Méhémet-Ali un lieutenant de la France au Caire. Toulon, Alger, Alexandrie et Beyrouth sous la même main, la Méditerranée sera un lac français : « La Méditerranée était à nous et nous frappions aux portes de l'Asie. » (Louis Blanc).

Le traité de Londres. 
Nécessairement, l'Angleterre et la Russie s'inquiétèrent de cette politique « séparée et personnelle » de la France. Traînant à leur remorque l'Autriche et la Prusse, elles s'entendirent dans le plus grand secret contre le pacha d'Egypte.

Le traité de Londres, reconstituant le pacte à quatre de Chaumont, mit Ibrahim en demeure d'évacuer la Syrie, dans le délai d'un mois; sinon sa déchéance serait prononcée (15 juillet 1840). Guizot, à Londres, ne connut l'ultimatum que par sa publication.

Ainsi la France était comme remise au ban de l'Europe, et par le procédé le plus brutal, sans même qu'on eût daigné prendre son avis; mais le gouvernement de Londres alléguait que celui de Paris avait poursuivi en Orient des desseins particuliers, malgré qu'il se fût engagé avec les autres puissances à respecter l'intégrité de l'Empire turc.

Comme les torts étaient partagés, la guerre parut aussitôt en vue.

La crise de 1840. 
A Paris, l'ultimatum de la nouvelle quadruple entente à l'Egypte fut aussitôt ressenti comme une injure à la France elle-même. Les républicains conseillèrent de porter la révolution en Irlande, en Italie, en Allemagne, en Pologne. Le duc d'Orléans dit à Thiers-:

« Mieux vaut mourir sur les rives du Rhin et du Danube que dans un ruisseau de la rue Saint-Denis. » 
Le roi lui-même parla de « coiffer le bonnet rouge ».

Bien que Thiers assurât que « la France, quoiqu'il arrivât en Orient, n'y tirerait pas un coup de canon », il ordonna de grands armements et fit commencer les fortifications de Paris. Il comptait que Méhémet-Ali, avec ses belles troupes, suffirait à tenir tête aux Russes et aux Anglais en Asie, et il se réservait d'agir sur le Rhin, où la France apparaîtrait en libératrice.

C'était tout ignorer de la nouvelle Allemagne qui n'avait plus aucun trait commun avec celle de 1792 et qui ne se souciait plus des « joyeux arbres de la liberté » qu'avait chantés Goethe. Elle entonna d'une seule voix le Rhin allemand, de Becker. Metternich écrivit :

« L'Allemagne tout entière est prête à accepter la guerre et cela de peuple à peuple. »
Entre temps, les Anglais bombardèrent Beyrouth et débarquèrent en Syrie.

Convention des détroits. 
Fallait-il relever le défi, entrer en guerre avec l'Europe pour assurer la Syrie au pacha d'Egypte?

Thiers continuait à ne pas s'effrayer. Au contraire Louis-Philippe s'était refroidi. Il vit très clairement que la guerre révolutionnaire ne trouverait pas d'appui chez les peuples. Aucun grand intérêt de la France n'était attaqué dans une affaire mal engagée.

Il fit connaître sa volonté très ferme de garder la paix à la jeune reine d'Angleterre qui s'employa, de son côté, à modérer son ministre des affaires étrangères, Palmerston.

« Si vous voulez ôter I'Egypte au pacha, avait déclaré Guizot à Palmerston, le canon décidera entre nous. »
A l'automne, le cabinet de Londres invita le sultan, si Méhémet-Ali se retirait de Syrie, à lui reconnaître l'investiture héréditaire d'Egypte.

C'était la paix, et dans des conditions acceptables pour tout le monde. Thiers en eut le sentiment; pourtant il eût voulu accueillir sans hâte la transaction anglaise et chercher à obtenir une réparation pour l'injure qu'avait été le traité de Londres. Comme le roi était plus pressé, il donna sa démission. Ce fut Guizot, ministre des Affaires étrangères sous le maréchal Soult, qui acheva la négociation. Le pacha d'Egypte consentit à la proposition anglaise. La convention des détroits, qui excluait tous les navires de guerre du Bosphore et des Dardanelles (mars-juillet 1841), fit rentrer la France dans le concert européen.

Ministère Guizot. 
Guizot va désormais garder le pouvoir, bientôt comme chef du gouvernement, jusqu'à la fin du règne, pendant sept longues années.

La paix conservée et, sans doute, un désastre évité dans une lutte inégale auraient dû être comptés au roi et à Guizot; mais, si belle et si noble, comme Thiers était le premier à le dire, que fût l'alliance anglaise, ils la recherchèrent trop tôt après l'humiliation que leur avait value l'entreprise égyptienne, où eux aussi s'étaient promis, à l'origine, de grands résultats. Ils semblèrent justifier ainsi l'accusation, imméritée, mais meurtrière chez une nation qui avait dû céder après avoir menacé, de vouloir
« la paix à tout prix ».

Cette tare originelle du gouvernement de Guizot se fût, d'ailleurs, effacée avec le temps, si l'Angleterre n'avait, comme à plaisir, multiplié des exigences offensantes, même quand elles étaient justes (droit réciproque de visite pour la répression de la traite des esclaves; indemnité à un missionnaire anglais, du nom de Pritchard, expulsé de l'île de Tahiti pour avoir excité les habitants contre le protectorat français).

Les oppositions parlementaires envenimèrent ces blessures.

Les mariages espagnols
Le roi, si dévoué qu'il fût à l'alliance anglaise, chercha une revanche en Espagne où les deux gouvernements poursuivaient des rivalités d'influence. La loi salique ayant été abolie par Ferdinand VII, le mariage de ses filles Isabelle et Ferdinande devint une grande affaire. Isabelle épousa un cousin espagnol; Palmerston eût voulu un prince de Cobourg pour la cadette; Louis-Philippe réussit à la marier à son plus jeune fils, Montpensier.

Comme le « mariage espagnol » mécontenta vivement l'Angleterre, le roi et Guizot se retournèrent vers l'Autriche, mais pour une politique qui ne leur valut pas de moins vifs reproches. Ils acceptèrent la suppression de la République de Cracovie, dernier lambeau d'une Pologne libre, favorisèrent en Suisse, de concert avec Metternich, les aristocraties cantonales (Sonderbund) contre les démocraties, et appuyèrent également l'Autriche en Italie.

Mort du duc d'Orléans. 
A l'intérieur, les complaisances de Guizot pour le gouvernement personnel du roi augmentèrent le mécontentement des partis et la désaffection du public. L'avenir s'assombrit encore après la mort du duc d'Orléans, tué dans un accident de voiture (juillet 1842).

Le duc d'Orléans avait épousé une princesse protestante et qui l'était restée, la duchesse Hélène de Mecklembourg ; l'aîné de leurs enfants, le comte de Paris, avait cinq ans. Le duc, d'une belle intelligence et d'esprit ouvert, qui aurait pu faire durer la monarchie, avait écrit dans son testament . « Que mon fils soit, avant tout, un homme de son temps et de sa nation; qu'il soit catholique et serviteur passionné, exclusif de la France et de la Révolution. »

Le gouvernement personnel du roi. 
Le roi, plus il avançait en âge, plus il s'éloignait des idées qui avaient fait sa fortune. Il s'opposa à toutes les réformes, se persuada que « la France est un pays qui se mène par des fonctionnaires »; surtout, il couvrit le système de corruption qu'avait organisé Guizot, lui-même intègre, mais qui achetait par des faveurs de toutes sortes le vote ces électeurs et celui des députés. Toujours plus confiant en lui-même à mesure qu'il commettait plus de fautes, il plaisantait des « criailleries qui ne l'empêcheraient pas de mener son fiacre ».

Ces « criailleries », c'étaient les protestations toujours plus véhémentes de la presse, en dépit d'innombrables procès, et des députés de l'opposition contre les
faiblesses de la politique extérieure et les brutalités d'un âpre conservatisme. « Pour la politique de l'immobilité, disait Lamartine, une borne suffirait. »

Des scandales éclatèrent dans la région du pouvoir. Deux anciens ministres (Teste et Cubières) furent condamnés par la Chambre des pairs pour concussion.

Questions économiques et sociales. 
L'application de la vapeur aux machines et, notamment, aux transports (chemins de fer et compagnies de navigation) donna un immense essor à l'industrie, mais, aussi, à la spéculation.

Le gouvernement parut être celui des seuls intérêts d'argent. Guizot fut accusé d'avoir donné ce conseil : « Enrichissez-vous. » Il avait dit : « Par le travail. » Le régime même se discrédita. Lamartine le menaça de « la révolution du mépris ».

Comme l'une des conséquences de l'évolution économique, c'était de mettre directement en présence une société capitaliste toujours plus riche et une masse d'ouvriers salariés dont la situation demeurait précaire, les idées socialistes, sur l'organisation du travail et sur la propriété, recrutèrent des adhérents toujours plus nombreux.

Saint-Simon et Enfantin s'étaient encore inspirés de Babeuf, mais avaient dégagé une noble et forte formule : « A chacun selon sa capacité; à chaque capacité selon ses ouvres»; Fourier, Considérant, Proudhon, Louis Blanc, Cabet, Blanqui, Pierre Leroux engagèrent la lutte contre le capital.

La presse à bon marché, inaugurée par un publiciste audacieux, Emile de Girardin, qui avait eu le malheur de tuer Armand Carrel en duel, fit pénétrer dans des couches sociales, longtemps indifférentes à la politique, les idées des partis d'opposition et de révolution.

La réforme électorale. 
Nécessairement, le système qui faisait du droit de vote le monopole de 200 000 électeurs ayant de la fortune, parut la cause profonde du mal : de la stérilité comme de la corruption parlementaire.

La réforme électorale devint le cri public. Guizot s'y opposa avec hauteur. Non seulement, « il n'y aurait pas de jour pour le suffrage universel », mais il n'y avait même pas lieu d'ajouter à la liste des électeurs et des éligibles « les capacités », les hommes de valeur qui n'étaient pas assez riches pour payer le cens.

Comme la Chambre suivit Guizot, l'opposition décida d'« ouvrir les fenêtres », c'est-à-dire d'engager, à la mode anglaise, une agitation populaire par des réunions et des banquets.

Les banquets. 
La campagne « des banquets » fut marquée par des discours retentissants : à Mâcon, celui de Lamartine à qui son Histoire des Girondins avait donné une vaste popularité; à Saint-Quentin et à Lille, ceux d'Odilon Barrot et de Ledru-Rollin.

A l'ouverture de la session de 1848, après vingt jours de débats passionnés sur la réforme électorale, Guizot l'emporta encore une fois. L'opposition parlementaire décida d'assister à un banquet du XIle arrondissement de Paris. Le gouvernement annonça qu'il interdisait la réunion.

Lamartine fit entendre cet avertissement : « Le jeu de Paume, c'est un lieu de réunion fermé par l'autorité, rouvert par la nation ».

La Révolution de Février.
Le principal grief allégué contre le gouvernement de Louis-Philippe avait été l'opposition systématique de  Guizot à tous les projets de réforme électorale. La révolution du 21 février 1848 renversa la monarchie, exila la famille d'Orléans et proclama la république. L'Assemblée constituante, élue le 23 avril, triompha sans peine de l'émeute du 15 mai, mais eut à soutenir une lutte sanglante dans les rues de Paris contre les insurgés de Juin, 23-26 juin, Elle vota la constitution républicaine du 12 novembre 1848, dont l'adoption mit fin à la dictature légale du général Cavaignac. Le 10 décembre, Louis-Napoléon Bonaparte fut élu président de la république (La Seconde République) pour quatre ans, et l'Assemblée se sépara le 27 mai 1849.  (J. Reinach).

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