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La Guerre de Crimée
Lorsque l'attitude menaçante de l'Autriche et le débarquement des armées française et anglaise eurent obligé les Russes à évacuer les principautés danubiennes, on se demanda quel objectif assigner aux forces franco-anglaises concentrées à Varna, afin d'imposer au tsar l'acceptation des conditions de paix arrêtées au protocole de Vienne le 9 avril 1854. Les Autrichiens, désireux d'occuper la Valachie et la Moldavie, proposaient une campagne sur le Pruth contre la Bessarabie. Les Turcs (L'agonie de l'empire Ottoman), commandés par Ferhat-pacha, beau-frère de Chamyl, conseillaient une campagne dans le Caucase afin d'en chasser les Russes.

Les Anglais eussent agréé ce plan, mais ils souhaitaient aussi une descente en Crimée et l'anéantissement de la puissance navale de la Russie dans la mer Noire. En ce cas, l'objectif était l'arsenal maritime de Sébastopol. Le chef français Saint-Arnaud, désireux de frapper un grand coup, appuya ce projet de concert avec le chef anglais lord Raglan; il fut adopté au conseil de guerre de Varna et, après de longs préparatifs, l'expédition appareilla le 7 septembre 1854. C'était le début de Guerre de Crimée, ou guerre d'Orient. Elle sera marquée principalement par le siège de Sébastopol (26 septembre 1854 - 9 septembre 1855), une opération militaire, qui a été l'une des plus considérables du XIXe siècle.

Les Russes ignorant cette décision et craignant pour Odessa, avaient concentré 180 000 hommes en Bessarabie, 32 000 entre Odessa et Nicolaïev, seulement 51 000 en Crimée sous le prince Mentchikov. Les Anglais amenaient 21 500 hommes (5 divisions d'infanterie, 1 division de cavalerie, 9 batteries de campagne, un parc de siège); les Français, 30 000 hommes (4 divisions, 42 batteries de campagne et 65 pièces de siège); les Turcs, une division de 6000 hommes; on apportait 45 ,jours de vivres; la flotte comprenait 89 navires de guerre et 267 transports, sous les vice-amiraux Hamelin, Bruat, Dundas et Lyons. Après que l'hiver et le choléra aient tué plus de cent mille personnes, Sébastopol tombe un an plus tard aux mains des alliés et la paix  est signée à Paris le 30 mars 1856. La Mer Noire est neutralisée et les Occidentaux (Angleterre et France) font payé à la Turquie leur aide, en lui imposant leur protection. 

Dates clés :
1854 - Début du siège de Sébastopol (26 septembre).

1855 - Chute de Sébastopol (9 septembre).

1856 - Traité de Paris (30 mars).

Le Siège de Sébastopol 

Du côté de la mer, Sébastopol était formidablement défendu par 1 forts, 2 batteries, ouvrages casematés à plusieurs étages, armés de près de 600 canons; mais, du côté de la terre, une faible enceinte inachevée, disposant seulement de 145 canons sur 7 kilomètres de périmètre. Mentchikov, pour gagner du temps, se porta à la rencontre des alliés débarqués le 14 septembre à Eupatoria et qui s'étaient mis en route le 19; établi avec 40 000 hommes derrière le ravin de l'Alma, il en fut débusqué le 20 septembre en laissant 1000 hommes sur le terrain. Il prit aussitôt des mesures très clairvoyantes : continuant de tenir la campagne, pour maintenir les communications, il organisa la défense de Sébastopol. Sur son ordre, l'amiral Kornilof barra l'entrée de la grande rade en y coulant 5 vaisseaux de lignes et 2 frégates; le reste de la flotte fut ramené dans le port intérieur qui s'embranche sur la rade; on mit à terre 18 000 matelots, 3 000 canons, 7 mois de vivres. D'autre part, Sébastopol était une véritable colonie militaire ne comptant que 7 000 civils sur 42000 habitants. 
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La Crimée au XIXe siècle.

Les forces russes étaient donc suffisantes pour tenir en échec les assaillants. La résistance fut prolongée au delà de toute attente par le génie du lieutenant-colonel Totleben. Il improvisa avec des fascines et des sacs de terre tout un système de fortifications, dont la puissance imprévue fut une révélation. Il ne cessa d'opposer des contre-attaques à l'attaque des alliés, étendant sans cesse ses retranchements, refaisant la nuit ceux qui avaient été bouleversés par l'artillerie ennemie. Ainsi que le définit Pélissier, le siège de Sébastopol fut la lutte persistante de deux armées marchant l'une contre l'autre en remuant de la terre, combat continu de onze mois, où chaque parti ouvrit 80 kilomètres de tranchées; dès que l'un s'arrêtait l'autre avançait contre lui. Lorsque le 26 septembre, les alliés, ayant contourné la rade, et franchi la Tchernaia, débouchèrent sur le plateau. de Chersonèse, dont Sébastopol occupe le versant septentrional, la place était trop défendue pour qu'ils pussent l'emporter d'assaut. Ils durent se contenter d'investir le côté Sud, sans pouvoir bloquer le côté Nord au delà de la rade, par lequel les communications demeurèrent constamment ouvertes entre les assiégés et l'extérieur.

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Les Anglais s'installèrent à l'Est, en face du faubourg de Karabelnaia, défendu par les redoutes de Malakof et du Grand Redan; les Français, à l'Ouest, en face de la ville défendue par le bastion du Mât et le bastion Central.

Saint-Arnaud, mort du choléra le 29 septembre, fut remplacé par le général Canrobert, brave, ménager du sang de ses soldats, manquant de fermeté et de décision. Lord Raglan étant comme lui un temporisateur, ils perdirent un temps précieux, durant lequel ils eussent encore pu enlever la place, de l'avis de Totleben. Une attaque, essayée le 17 octobre, échoua; les Anglais, qui avaient démoli le Grand Redan, s'y arrêtèrent, puis ne purent s'y maintenir. Les alliés furent alors réduits à la défensive. Retranchés à la pointe Sud-Ouest de la Crimée sur le plateau de Chersonèse, derrière le cours de la Tchernaia et la baie de Balaklava, ils furent assaillis par Mentchikov à qui des renforts venus de Bessarabie permirent de mettre en ligne 400 000 hommes contre les 65 000 Franco-Anglais. Il attaqua d'abord le port de Balaklava, défendu par les Anglais; ceux-ci le repoussèrent, mais perdirent une partie de la cavalerie sacrifiée dans une charge théâtrale (25 octobre), puis il se porta au Nord par le plateau d'lnkermann, en même temps que les assiégés attaquaient les Anglais par Karabelnaia. Ils tinrent bon, et avec l'appui de la division Bosquet culbutèrent les Russes dans le ravin de la Tchernaia; 11 800 Russes, 2 000 Anglais, 1700 Français étaient hors de combat.

Pour reprendre l'offensive, il fallut attendre des renforts et hiverner en Crimée. L'hiver fut terrible et infligea aux troupes des souffrances effroyables. Les Anglais avaient fondu de 53 000 hommes venus d'Angleterre, il en restait à peine 12 000 à côté des 50 000 français. Lord Raglan se vit obligé, 13 janvier 1855, de prier Canrobert de se charger de l'attaque de Karabelnaia en occupant le plateau d'Inkermann. Ainsi le camp anglais, en face du Grand Redan, se trouva encadré entre deux camps français. Les Turcs, sous Omer Pacha, occupaient Eupatoria ou ils repoussèrent les Russes le 17 février. Chacune des trois armées était autonome, et les états-majors communiquaient sur le mode diplomatique. Cette division les paralysait. Le traité du 26 janvier 1805 leur procura l'appoint de 15 000 Piémontais commandés par La Marmora. Napoléon avait envoyé en janvier le général Niel examiner la position, et songeait à venir lui-même achever la victoire.

Au printemps, les alliés disposaient de 140 000 combattants. Niel avait signalé comme point faible Karabelnaïa, mais Totleben, gagnant de vitesse les assiégeants, le couvrit du formidable ensemble d'ouvrages entourant la tour Malakof. Malgré la mort du tsar Nicolas (2 mars), l'inertie de Raglan et la mollesse de Canrobert éternisaient la lutte. Canrobert fut remplacé le 16 mai par Pélissier qui agit résolument. ll fit détruire les ports russes de Kertch, lenikalé, Anapa, Taganrog, Tariopol, par où se ravitaillait l'armée ennemie. Le 7 juin, il enleva le Mamelon Vert, défense extérieure de la place; le 18 juin, anniversaire de Waterloo, fut risqué un assaut général : il échoua complètement, les Anglais furent repoussés au Grand Redan, les Français à Malakof. Le 28 juin, lord Raglan mourait et était remplacé par Simpson; le 11 juillet, succombait l'amiral Nakhimov.

On reprit lés travaux d'approche avec méthode; le 16 août, Gortchakov, commandant l'armée russe de Crimée, attaqua les Franco-Piémontais au pont de Traktir sur la Tchernaïa; il fut repoussé avec perte de 8000 hommes. L'assaut final fut préparé par un effroyable bombardement qui écrasa les ouvrages de Sébastopol, tuant près de 800 hommes par jour, du 17 août au 5 septembre; puis, 800 canons redoublèrent leurs coups les 5, 6 et 7 septembre, faisant périr 7500 Russes; les parallèles étaient à 25 mètres de Malakof. La lutte finale eut lieu le 8 septembre : d'un côté, 50 000 Russes; de l'autre, 20 000 Franco-Piémontais attaquant la ville, 11 000 Anglais le Grand Redan, 25 000 Français Malakof et Karabelnaïa. 
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L'assaut, donné à midi à Malakof par les généraux Bosquet et Mac-Mahon, réussit. Après cinq heures de lutte corps à corps dans un inextricable réseau de chemins couverts, les Français restèrent maîtres de Malakof; ils avaient coupé les fils juste à temps pour empêcher les Russes de faire sauter tout le bastion; une batterie seulement sauta. Sur tous les autres points, les Russes avaient l'avantage; les Anglais avaient pris le Grand Redan, mais n'avaient pu s'y maintenir. Mais la prise de Malakof rendait intenable la place de Sébastopol et surtout menaçait de couper la retraite vers le Nord. Gortchakov donna l'ordre d'évacuer; la retraite se fit de nuit par un pont jeté sur la rade; les magasins, les vaisseaux furent incendiés, on fit sauter les fortifications. Le matin du 9 septembre, les alliés entrèrent dans la ville; la dernière journée coûtait 7300 hommes aux Français, 2400 aux Anglais, 43 000 aux Russes. La ruine de Sébastopol fut achevée par les Anglais qui détruisirent systématiquement les ports, les docks, les bassins, les casernes. (A.-M. B.).
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En librairie - Alain Gouttman, La guerre de Crimée, Perrin, 2003. - André Rouillé et François Robichon, Jean-Charles Langlois (Peintre et photographe de la guerre de Crimée), Jacqueline Chambon, 1998. 
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