 |
Les
successeurs de Mérovée
L'histoire des Mérovingiens
commence réellement avec Childéric
Ier,
fils de Mérovée, qui régna
de 457
à 481,
et eut pour principale résidence Tournai, où son tombeau
a été retrouvé en 1653.
Les Francs étaient alors les auxiliaires
des Romains
dans le Nord de la Gaule. Childéric combattit les Wisigoths
avec
Aegidius,
les Saxons avec le comte Paul. Son fils Clovis
(481-511)
fut le premier qui fit prévaloir le royaume des Francs Saliens à
la fois sur les autres royaumes francs, sur la Gaule romaine et sur les
autres royaumes barbares des Burgondes
et des Wisigoths. Après la chute de
l'empire d'Occident, le Romain Syagrius avait
pris le titre de roi; Clovis s'empara de son royaume et le fit tuer, puis
il s'avança successivement jusqu'à la Seine et jusqu'à
la Loire. Il tourna ses armes ensuite contre les autres peuples germains.
Mais ce qui contribua surtout à sa fortune, ce fut sa conversion
au catholicisme ;
l'Église
fut dès lors l'alliée de la dynastie mérovingienne.
Victorieux des Burgondes et des Wisigoths, Clovis réunit à
son royaume les autres royaumes francs, saliens et ripuaires.
A sa mort, ses États
s'étendaient sur la plus grande partie de la Gaule et l'avenir de
la dynastie était assuré, mais non pas l'unité du
royaume auquel on appliqua les règles de partage de la propriété
privée d'après la continue des Francs Saliens. Chacun des
fils de Clovis eut sa capitale et son royaume
dans les régions réellement occupées par les Francs
: l'aîné, Thierry, le royaume de
Reims; le second, Clodomir, le royaume d'Orléans;
le troisième, Childebert, celui de
Paris;
le dernier enfin, Clotaire, le royaume de Soissons.
Au delà il n'y avait en quelque sorte que des territoires militaires;
chacun des quatre rois en eut sa part.
Ce mode de partage,
tout arbitraire, devait favoriser les dissensions des princes mérovingiens
et tendre peu à peu à l'affaiblissement de la dynastie. De
concert, les fils de Clovis firent des expéditions
en Burgondie puis au delà du Rhin; au cours de l'une d'elles, Clodomir
fut tué (521);
il laissait trois fils en bas âge qui furent recueillis par leur
grand-mère la reine Clotilde, mais leurs
oncles Childebert et Clotaire
réussirent à se les faire livrer, en tuèrent deux,
firent moine le troisième (ce fut saint Cloud) et se partagèrent
les États de Clodomir.
Thierry,
l'aîné des fils de Clovis, mourut dix ans plus tard (534),
ses deux frères survivants voulurent se partager le royaume de Reims,
comme ils avaient fait de celui d'Orléans, mais le fils de Thierry,
Théodebert,
réussit malgré eux à recueillir l'héritage
paternel, l'agrandit encore d'une partie de la Provence et à sa
mort (547)
le transmit à son fils Théodebald
qui mourut sans enfants en 555.
Clotaire, oncle de ce dernier, mit alors la main sur son royaume en dépit
de son frère Childebert qui mourut en 558
sans enfants mâles et dont il recueillit encore la succession.
Le plus jeune des
fils de Clovis réunit donc toute la monarchie
franque, mais il ne tarda pas à mourir (561),
laissant quatre fils entre lesquels se fit un nouveau partage analogue
au premier. Ses quatre fils Caribert, Gontran,
Sigebert
et Chilpéric furent respectivement
rois de Paris, d'Orléans,
de Metz, de Soissons, mais les royaumes dont
ces villes étaient les capitales ne correspondaient pas du tout
à ceux qui avaient été le partage des fils de Clovis.
Caribert mourut le premier en 567
et son royaume fut dépecé entre ses trois frères,
moins Paris cependant, qui dut rester neutre et indivis. Vers le même
temps Chilpéric, le roi de Soissons, meurtrier de sa femme Galeswintle,
fille du roi des Wisigoths d'Espagne, fut chassé de son royaume
par ses frères, puis condamné à concéder à
la soeur de Galeswinthe. Brunehaut,
femme de son frère Sigebert, les cités de l'Aquitaine
qui avaient été sa part de l'héritage de Caribert.
En
574,
il attaqua de nouveau Sigebert, mais celui-ci, victorieux, réussi
a enfermer dans Tournai Chilpéric et sa femme Frédégonde,
qui avait succédé à Galeswinthe, et se fit proclamer
roi dans les États de son frère (575).
Chilpéric recouvra alors son royaume, occupa la plus grande partie
des États de Caribert et notamment Paris, et relégua Brunehaut
à Rouen.
Le fils de Sigebert,
Childebert,
âgé de cinq ans, fut enlevé par le duc Gondebaud qui
le fit proclamer roi. Frédégonde,
devenue toute-puissante, fit mettre successivement à mort deux fils
que son mari avait eus de sa première femme, Audovère, et
dont l'un avait épousé
Brunehaut,
captive à Rouen, mais qui songeait à venger les meurtres
de sa soeur et de son mari. Chilpéric et Frédégonde,
malgré leurs crimes, réussirent cependant à se maintenir
sur le trône et gouvernèrent même leur royaume avec
assez d'habileté; mais en 584,
Chilpéric périt assassiné dans sa résidence
de Chelles ,
laissant un enfant de quatre mois qui fut Clotaire
II. Celui-ci fut placé sous la tutelle de son oncle Gontran,
qui s'empressa de revendiquer tout l'héritage de Caribert dont Chilpéric
s'était emparé. Frédégonde réussit cependant
à assurer la domination de son fils sur les provinces de Rouen,
de Rennes et d'Angers,
ainsi que sur l'ancien royaume de Chilpéric. Brunehaut, de son coté,
conservait à son fils Childebert Il le royaume de son père
Sigebert.
Le traité
d'Andelot
en 587
régla les relations de Childebert Il
avec Gontran et fixa pour un temps les limites des royaumes d'Austrasie
et de Bourgogne .
Gontran garda le rôle d'arbitre entre ses deux neveux jusqu'à
sa mort survenue le 28 mars 593.
Conformément aux dispositions du traité d'Andelot, Childebert
Il recueillit sa succession. Frédégonde
mourut en 597,
et Childebert ll la même année. Il laissait deux fils Théodebert
Il qui fut roi d'Austrasie et Thierry II
qui fut roi de Bourgogne. Brunehaut,
leur grand-mère, les poussa contre Clotaire
II qu'ils battirent à plusieurs reprises, mais la discorde éclata
entre eux. Théodebert, vaincu par Thierry, vit ses enfants massacrés
à l'exception de Sigebert, et lui-même, relégué
dans un monastère ,
ne tarda pas à être mis à mort (612).
Thierry II s'empara de ses états, mais mourut l'année suivante
(613),
laissant quatre fils dont aucun ne régna.
Brunehaut,
âgée alors de plus de quatre-vingts ans, prétendit
gouverner à la fois l'Austrasie
et la Bourgogne; mais, livrée à Clotaire
II par la trahison des grands, auxquels elle portait ombrage, elle
subit trois jours de supplices atroces et périt enfin attachée
à la queue d'un cheval fougueux (613).
Elle avait fait proclamer roi son arrière-petit-fils, le jeune Sigebert,
mais les grands de l'Austrasie livrèrent le royaume à Clotaire
II qui réunit alors sous sa main la totalité de l'empire
franc. En réalité, son pouvoir, y était fort diminué,
et les royaumes d'Austrasie et de Bourgogne étaient livrés
à l'autorité des grands. Ceux de Bourgogne se choisirent
eux-mêmes un maire du palais, Warnachaire, et ceux d'Austrasie voulurent
un roi particulier; Clotaire II leur envoya son fils Dagobert
ler
(623).
A la mort de son père (octobre 629),
celui-ci recueillit sans difficulté sa succession, moins un royaume
dont Toulouse fut la capitale qu'il abandonna à son frère
Caribert
II, mais celui-ci mourut dès
630
et presque en même temps son fils Childéric.
L'unité de
l'empire franc fut alors rétablie sous le sceptre de Dagobert.
Elle dura deux années. Les tendances particularistes des Austrasiens
leur firent obtenir pour roi dès 634,
le fils de Dagobert, Sigebert II, enfant de
trois ans, qui régna sous la tutelle du maire austrasien, Pépin.
A son second fils, qui fut plus tard Clovis II,
né en 632,
Dagobert attribua les royaumes de Neustrie
et de Bourgogne .
Dagobert Ier, actif et entreprenant, ayant
le sentiment de la justice et de l'ordre, bien conseillé par son
ministre saint Eloi, accrut encore l'empire franc, et son règne
marqua l'apogée de la dynastie mérovingienne. A sa mort,
survenue le 19 janvier 639,
l'ordre de succession ne fut pas troublé, mais la décadence
était proche.
En Austrasie ,
dominaient les puissantes familles d'Arnulf et de Pépin, qu'un mariage
réunit, et dont les membres gouvernèrent le royaume sous
le titre de maires du palais. L'un d'eux, Grimoald, à la mort de
Sigebert
II, en février
656,
fit enlever le fils unique du roi, Dagobert,
âgé de quatre ans ou environ, l'envoya en Écosse
et mit sur le trône son propre fils Childebert. Mais la tentative
était prématurée, les grands d'Austrasie n'étaient
pas encore disposés à reconnaître cette suprématie
de l'un d'eux; au bout de sept mois ils chassèrent l'usurpateur,
arrêtèrent le maire Grimoald et le livrèrent au roi
de Neustrie ,
Clovis
Il. Celui-ci étant mort la même année (en 657)
laissait trois fils.
L'aîné,
Clotaire
III, âgé de quatre ans, succéda à son père
en Neustrie
et en Bourgogne ,
sous la tutelle de sa mère Bathilde,
et bientôt après joignit à ses États le royaume
d'Austrasie ,
vacant depuis la déchéance de Childebert. Mais en 660,
Bathilde fit placer sur ce trône son second fils, Childéric
II, âgé de sept ou huit ans, qui, treize ans plus tard,
recueillit encore la succession de son frère Clotaire III, mort
sans enfants au début de l'année 673,
au préjudice de son frère Thierry, troisième fils
de Clovis II, proclamé roi par le maire du palais Ebroïn, mais
bientôt détrôné, rasé et relégué
au monastère de Saint-Denis, tandis
que ce maire du palais était envoyé lui-même à
Luxeuil .
Vers le même temps, le fils de Sigebert
II, revenu d'Ecosse où il avait été déporté
en
656,
réussit à se faire proclamer roi en Austrasie, sous le nom
de Dagobert II (674).
Childéric
II étant mort assassiné à la fin de 675,
son frère Thierry III fut tiré
du monastère de Saint-Denis et
proclamé roi en Neustrie
où il subit la tyrannie d'Ebroïn, revenu de Luxeuil .
Le roi d'Austrasie ,
Dagobert
II, mourut assassiné à vingt-sept ans, le 23 décembre
679;
Ebroïn tenta de s'emparer du royaume au nom de Thierry III et battit
près de Soissons le maire d'Austrasie, Pépin, en 680;
mais l'année suivante il périt assassiné, et Pépin,
reprenant l'avantage, vainquit à Tertry, en 687,
le maire neustrien Berthaire et le roi Thierry III. Depuis lors Pépin
fut le véritable maître de l'empire franc, qu'il gouverna
tout en laissant subsister encore des fantômes de rois.
Au
temps des rois fainéants
Thierry III vécut
jusqu'au printemps de 691;
son fils Clovis III lui succéda sur
le trône de Neustrie
et de Bourgogne .
Quant à l'Austrasie ,
Pépin dédaigna d'y placer un roi, et sans et prendre lui-même
le titre, la gouverna comme un état héréditaire dans
sa famille. Après la mort de Clovis III (mars 695),
son frère Childebert III lui succéda;
il mourut le 14 avril
711
et fut remplacé par son fils âgé de douze ans, Dagobert
III. Pépin d'Héristal,
après avoir gouverné le royaume franc pendant vingt-sept
ans sous quatre rois, mourut le 16 décembre 714;
le fils qu'il avait eu d'une première femme, Charles
Martel, fut écarté par sa veuve,
qui voulait réserver le pouvoir à l'enfant dont elle était
enceinte. Mais les grands se soulevèrent et choisirent pour maire
du palais de Neustrie Ragenfroi, qui, allié au duc des Frisons,
délivra Charles-Martel.
A la mort de Dagobert
III (24 juin 715),
Ragenfroi et les leudes reléguèrent son fils Thierry au monastère
de Chelles ,
et élevèrent au trône sous le nom de Chilpéric
II un fils de Childéric II qu'ils
allèrent chercher dans le monastère où il vivait (717).
Ce roi de quarante-cinq ans paraît avoir échappé à
la décadence de la dynastie mérovingienne et combattit énergiquement
Charles
Martel; mais, trois fois vaincu, il fut livré
par le duc d'Aquitaine
à son ennemi et mourut peu après à Attigny
(janvier 722).
Charles
Martel fit alors venir du monastère de Chelles,
le fils de Dagobert III, Thierry IV, et le
fit roi d'Austrasie ,
aussi bien que de Neustrie
et de Bourgogne ,
et régna sous son nom. Sa puissance était si assure qu'à
la mort de Thierry IV (avril
737),
il ne se mit pas en peine de pourvoir à la vacance du trône
et gouverna ainsi l'empire franc jusqu'à sa mort survenue à
Quierzy, le 22 octobre 741.
Les deux fils de
sa femme Rotrude, Carloman et Pépin
se partagèrent ses états, mais obligés de lutter contre
leur frère Griffon, fils d'une seconde femme, ils pensèrent
sans doute affermir leur autorité en élevant un fils de Chilpéric
II, Childéric III (742).
Cette situation dura dix ans; Carloman s'étant retiré au
monastère du Mont-Cassin ,
Pépin, demeuré seul maître de la monarchie, fit déposer
Childéric III (752);
se fit reconnaître roi par les grands et sacrer par le pape Etienne
Il. Le dernier des Mérovingiens, fut rasé et enfermé
au monastère de Saint-Bertin à Saint-Omer
où il mourut en 755.
Son fils, du nom de Thierry, aurait vécu obscurément au monastère
de Saint-Wandrille . |