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Le Moyen Âge
Les Mérovingiens
On désigne sous le nom de Mérovingiens la dynastie des rois francs de la tribu des Saliens qui régna en Gaule depuis la fin du Ve siècle jusqu'au milieu du VIIIe. Longtemps les historiens ont nommé comme le premier roi de cette dynastie un prince du nom de Pharamond, qui n'est mentionné que par une chronique du VIIIe siècle. S'il n'est pas impossible qu'il y ait eu au début du Ve siècle un chef franc de ce nom, aucun témoignage ne le rattache à la famille mérovingienne dont le premier membre connu est Clodion, roi des Francs Saliens, de 428 à 448, établis alors au Nord de la Somme, auquel succéda un autre prince de la même famille, peut-être son fils, Mérovée (448-457) qui donna son nom à la dynastie. L'un et l'autre combattirent les autres barbares qui leur disputaient la Gaule : Suèves, Vandales, Huns

Les deux principaux rois mérovingiens seront Clovis Ier et Dagobert Ier. Et des généalogistes ont voulu plus tard leur rattacher la dynastie des Capétiens, mais il est prouvé aujourd'hui que leurs allégations ne reposent que sur des inventions de faussaires. Après Dagobert Ier , les Mérovingiens, rapidement, ne constituent plus qu'une sorte de dynastie fantôme. Ses fils sont les derniers qui aient encore exercé réellement le pouvoir, leurs successeurs, connus dans l'histoire sous le nom de rois fainéants, en ont eu à peine les apparences. La plupart, montés enfants sur le trône, y sont morts jeunes; ils vivaient oisifs, retirés dans une de leurs résidences d'où les maires du palais les faisaient sortir aux jours d'assemblées pour les montrer au peuple. 

La dynastie mérovingienne a régné en Gaule pendant deux siècles et demi; représentée d'abord par des princes énergiques, elle avait fait prévaloir du Rhin aux Pyrénées et des Alpes à l'Océan la domination des Francs; grâce à l'appui du clergé, elle avait rassemblé les débris de l'héritage de l'empire romain, et fait succéder au régime des invasions un ordre relatif et une civilisation nouvelle. Mais la coutume des partages successifs des royaumes a contribué à affaiblir le pouvoir royal; dès le VIe siècle, ce sera une source intarissable de discussions et de guerres, au milieu desquelles prendra naissance une aristocratie puissante qui profitera des minorités si nombreuses pour accroître sans cesse son pouvoir et réussir, dès la seconde moitié du VIIe siècle, à contrebalancer celui du roi.

Les successeurs de Mérovée

L'histoire des Mérovingiens commence réellement avec Childéric Ier, fils de Mérovée, qui régna de 457 à 481, et eut pour principale résidence Tournai, où son tombeau a été retrouvé en 1653. Les Francs étaient alors les auxiliaires des Romains dans le Nord de la Gaule. Childéric combattit les Wisigoths avec Aegidius, les Saxons avec le comte Paul. Son fils Clovis (481-511) fut le premier qui fit prévaloir le royaume des Francs Saliens à la fois sur les autres royaumes francs, sur la Gaule romaine et sur les autres royaumes barbares des Burgondes et des Wisigoths. Après la chute de l'empire d'Occident, le Romain Syagrius avait pris le titre de roi; Clovis s'empara de son royaume et le fit tuer, puis il s'avança successivement jusqu'à la Seine et jusqu'à la Loire. Il tourna ses armes ensuite contre les autres peuples germains. Mais ce qui contribua surtout à sa fortune, ce fut sa conversion au catholicisme; l'Église fut dès lors l'alliée de la dynastie mérovingienne. Victorieux des Burgondes et des Wisigoths, Clovis réunit à son royaume les autres royaumes francs, saliens et ripuaires. 

A sa mort, ses États s'étendaient sur la plus grande partie de la Gaule et l'avenir de la dynastie était assuré, mais non pas l'unité du royaume auquel on appliqua les règles de partage de la propriété privée d'après la continue des Francs Saliens. Chacun des fils de Clovis eut sa capitale et son royaume dans les régions réellement occupées par les Francs : l'aîné, Thierry, le royaume de Reims; le second, Clodomir, le royaume d'Orléans; le troisième, Childebert, celui de Paris; le dernier enfin, Clotaire, le royaume de Soissons. Au delà il n'y avait en quelque sorte que des territoires militaires; chacun des quatre rois en eut sa part. 

Ce mode de partage, tout arbitraire, devait favoriser les dissensions des princes mérovingiens et tendre peu à peu à l'affaiblissement de la dynastie. De concert, les fils de Clovis firent des expéditions en Burgondie puis au delà du Rhin; au cours de l'une d'elles, Clodomir fut tué (521); il laissait trois fils en bas âge qui furent recueillis par leur grand-mère la reine Clotilde, mais leurs oncles Childebert et Clotaire réussirent à se les faire livrer, en tuèrent deux, firent moine le troisième (ce fut saint Cloud) et se partagèrent les États de Clodomir. Thierry, l'aîné des fils de Clovis, mourut dix ans plus tard (534), ses deux frères survivants voulurent se partager le royaume de Reims, comme ils avaient fait de celui d'Orléans, mais le fils de Thierry, Théodebert, réussit malgré eux à recueillir l'héritage paternel, l'agrandit encore d'une partie de la Provence et à sa mort (547) le transmit à son fils Théodebald qui mourut sans enfants en 555. Clotaire, oncle de ce dernier, mit alors la main sur son royaume en dépit de son frère Childebert qui mourut en 558 sans enfants mâles et dont il recueillit encore la succession. 

Le plus jeune des fils de Clovis réunit donc toute la monarchie franque, mais il ne tarda pas à mourir (561), laissant quatre fils entre lesquels se fit un nouveau partage analogue au premier. Ses quatre fils Caribert, Gontran, Sigebert et Chilpéric furent respectivement rois de Paris, d'Orléans, de Metz, de Soissons, mais les royaumes dont ces villes étaient les capitales ne correspondaient pas du tout à ceux qui avaient été le partage des fils de Clovis. Caribert mourut le premier en 567 et son royaume fut dépecé entre ses trois frères, moins Paris cependant, qui dut rester neutre et indivis. Vers le même temps Chilpéric, le roi de Soissons, meurtrier de sa femme Galeswintle, fille du roi des Wisigoths d'Espagne, fut chassé de son royaume par ses frères, puis condamné à concéder à la soeur de Galeswinthe. Brunehaut, femme de son frère Sigebert, les cités de l'Aquitaine qui avaient été sa part de l'héritage de Caribert. En 574, il attaqua de nouveau Sigebert, mais celui-ci, victorieux, réussi a enfermer dans Tournai Chilpéric et sa femme Frédégonde, qui avait succédé à Galeswinthe, et se fit proclamer roi dans les États de son frère (575). Chilpéric recouvra alors son royaume, occupa la plus grande partie des États de Caribert et notamment Paris, et relégua Brunehaut à Rouen.

Le fils de Sigebert, Childebert, âgé de cinq ans, fut enlevé par le duc Gondebaud qui le fit proclamer roi. Frédégonde, devenue toute-puissante, fit mettre successivement à mort deux fils que son mari avait eus de sa première femme, Audovère, et dont l'un avait épousé Brunehaut, captive à Rouen, mais qui songeait à venger les meurtres de sa soeur et de son mari. Chilpéric et Frédégonde, malgré leurs crimes, réussirent cependant à se maintenir sur le trône et gouvernèrent même leur royaume avec assez d'habileté; mais en 584, Chilpéric périt assassiné dans sa résidence de Chelles, laissant un enfant de quatre mois qui fut Clotaire II. Celui-ci fut placé sous la tutelle de son oncle Gontran, qui s'empressa de revendiquer tout l'héritage de Caribert dont Chilpéric s'était emparé. Frédégonde réussit cependant à assurer la domination de son fils sur les provinces de Rouen, de Rennes et d'Angers, ainsi que sur l'ancien royaume de Chilpéric. Brunehaut, de son coté, conservait à son fils Childebert Il le royaume de son père Sigebert. 

Le traité d'Andelot en 587 régla les relations de Childebert Il avec Gontran et fixa pour un temps les limites des royaumes d'Austrasie et de Bourgogne. Gontran garda le rôle d'arbitre entre ses deux neveux jusqu'à sa mort survenue le 28 mars 593. Conformément aux dispositions du traité d'Andelot, Childebert Il recueillit sa succession. Frédégonde mourut en 597, et Childebert ll la même année. Il laissait deux fils Théodebert Il qui fut roi d'Austrasie et Thierry II qui fut roi de Bourgogne. Brunehaut, leur grand-mère, les poussa contre Clotaire II qu'ils battirent à plusieurs reprises, mais la discorde éclata entre eux. Théodebert, vaincu par Thierry, vit ses enfants massacrés à l'exception de Sigebert, et lui-même, relégué dans un monastère, ne tarda pas à être mis à mort (612). Thierry II s'empara de ses états, mais mourut l'année suivante (613), laissant quatre fils dont aucun ne régna. 

Brunehaut, âgée alors de plus de quatre-vingts ans, prétendit gouverner à la fois l'Austrasie et la Bourgogne; mais, livrée à Clotaire II par la trahison des grands, auxquels elle portait ombrage, elle subit trois jours de supplices atroces et périt enfin attachée à la queue d'un cheval fougueux (613). Elle avait fait proclamer roi son arrière-petit-fils, le jeune Sigebert, mais les grands de l'Austrasie livrèrent le royaume à Clotaire II qui réunit alors sous sa main la totalité de l'empire franc. En réalité, son pouvoir, y était fort diminué, et les royaumes d'Austrasie et de Bourgogne étaient livrés à l'autorité des grands. Ceux de Bourgogne se choisirent eux-mêmes un maire du palais, Warnachaire, et ceux d'Austrasie voulurent un roi particulier; Clotaire II leur envoya son fils Dagobert ler (623). A la mort de son père (octobre 629), celui-ci recueillit sans difficulté sa succession, moins un royaume dont Toulouse fut la capitale qu'il abandonna à son frère Caribert II, mais celui-ci mourut dès 630 et presque en même temps son fils Childéric. 

L'unité de l'empire franc fut alors rétablie sous le sceptre de Dagobert. Elle dura deux années. Les tendances particularistes des Austrasiens leur firent obtenir pour roi dès 634, le fils de Dagobert, Sigebert II, enfant de trois ans, qui régna sous la tutelle du maire austrasien, Pépin. A son second fils, qui fut plus tard Clovis II, né en 632, Dagobert attribua les royaumes de Neustrie et de Bourgogne. Dagobert Ier, actif et entreprenant, ayant le sentiment de la justice et de l'ordre, bien conseillé par son ministre saint Eloi, accrut encore l'empire franc, et son règne marqua l'apogée de la dynastie mérovingienne. A sa mort, survenue le 19 janvier 639, l'ordre de succession ne fut pas troublé, mais la décadence était proche. 

En Austrasie, dominaient les puissantes familles d'Arnulf et de Pépin, qu'un mariage réunit, et dont les membres gouvernèrent le royaume sous le titre de maires du palais. L'un d'eux, Grimoald, à la mort de Sigebert II, en février 656, fit enlever le fils unique du roi, Dagobert, âgé de quatre ans ou environ, l'envoya en Écosse et mit sur le trône son propre fils Childebert. Mais la tentative était prématurée, les grands d'Austrasie n'étaient pas encore disposés à reconnaître cette suprématie de l'un d'eux; au bout de sept mois ils chassèrent l'usurpateur, arrêtèrent le maire Grimoald et le livrèrent au roi de Neustrie, Clovis Il. Celui-ci étant mort la même année (en 657) laissait trois fils.

L'aîné, Clotaire III, âgé de quatre ans, succéda à son père en Neustrie et en Bourgogne, sous la tutelle de sa mère Bathilde, et bientôt après joignit à ses États le royaume d'Austrasie, vacant depuis la déchéance de Childebert. Mais en 660, Bathilde fit placer sur ce trône son second fils, Childéric II, âgé de sept ou huit ans, qui, treize ans plus tard, recueillit encore la succession de son frère Clotaire III, mort sans enfants au début de l'année 673, au préjudice de son frère Thierry, troisième fils de Clovis II, proclamé roi par le maire du palais Ebroïn, mais bientôt détrôné, rasé et relégué au monastère de Saint-Denis, tandis que ce maire du palais était envoyé lui-même à Luxeuil. Vers le même temps, le fils de Sigebert II, revenu d'Ecosse où il avait été déporté en 656, réussit à se faire proclamer roi en Austrasie, sous le nom de Dagobert II (674).

Childéric II étant mort assassiné à la fin de 675, son frère Thierry III fut tiré du monastère de Saint-Denis et proclamé roi en Neustrie où il subit la tyrannie d'Ebroïn, revenu de Luxeuil. Le roi d'Austrasie, Dagobert II, mourut assassiné à vingt-sept ans, le 23 décembre 679; Ebroïn tenta de s'emparer du royaume au nom de Thierry III et battit près de Soissons le maire d'Austrasie, Pépin, en 680; mais l'année suivante il périt assassiné, et Pépin, reprenant l'avantage, vainquit à Tertry, en 687, le maire neustrien Berthaire et le roi Thierry III. Depuis lors Pépin fut le véritable maître de l'empire franc, qu'il gouverna tout en laissant subsister encore des fantômes de rois. 

Au temps des rois fainéants

Thierry III vécut jusqu'au printemps de 691; son fils Clovis III lui succéda sur le trône de Neustrie et de Bourgogne. Quant à l'Austrasie, Pépin dédaigna d'y placer un roi, et sans et prendre lui-même le titre, la gouverna comme un état héréditaire dans sa famille. Après la mort de Clovis III (mars 695), son frère Childebert III lui succéda; il mourut le 14 avril 711 et fut remplacé par son fils âgé de douze ans, Dagobert III. Pépin d'Héristal, après avoir gouverné le royaume franc pendant vingt-sept ans sous quatre rois, mourut le 16 décembre 714; le fils qu'il avait eu d'une première femme, Charles Martel, fut écarté par sa veuve, qui voulait réserver le pouvoir à l'enfant dont elle était enceinte. Mais les grands se soulevèrent et choisirent pour maire du palais de Neustrie Ragenfroi, qui, allié au duc des Frisons, délivra Charles-Martel. 

A la mort de Dagobert III (24 juin 715), Ragenfroi et les leudes reléguèrent son fils Thierry au monastère de Chelles, et élevèrent au trône sous le nom de Chilpéric II un fils de Childéric II qu'ils allèrent chercher dans le monastère où il vivait (717). Ce roi de quarante-cinq ans paraît avoir échappé à la décadence de la dynastie mérovingienne et combattit énergiquement Charles Martel; mais, trois fois vaincu, il fut livré par le duc d'Aquitaine à son ennemi et mourut peu après à Attigny (janvier 722). Charles Martel fit alors venir du monastère de Chelles, le fils de Dagobert III, Thierry IV, et le fit roi d'Austrasie, aussi bien que de Neustrie et de Bourgogne, et régna sous son nom. Sa puissance était si assure qu'à la mort de Thierry IV (avril 737), il ne se mit pas en peine de pourvoir à la vacance du trône et gouverna ainsi l'empire franc jusqu'à sa mort survenue à Quierzy, le 22 octobre 741.

Les deux fils de sa femme Rotrude, Carloman et Pépin se partagèrent ses états, mais obligés de lutter contre leur frère Griffon, fils d'une seconde femme, ils pensèrent sans doute affermir leur autorité en élevant un fils de Chilpéric II, Childéric III (742). Cette situation dura dix ans; Carloman s'étant retiré au monastère du Mont-Cassin, Pépin, demeuré seul maître de la monarchie, fit déposer Childéric III (752); se fit reconnaître roi par les grands et sacrer par le pape Etienne Il. Le dernier des Mérovingiens, fut rasé et enfermé au monastère de Saint-Bertin à Saint-Omer où il mourut en 755. Son fils, du nom de Thierry, aurait vécu obscurément au monastère de Saint-Wandrille.

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